Institut de Stratégie Comparée, Commission Française d'Histoire Militaire, Institut d'Histoire des Conflits Contemporains

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Stratégique

Histoire Militaire et Stratégie
Correspondance de Napoléon
RIHM
 

 

 

Correspondance militaire
de Napoléon I
er

Extraite de la correspondance générale et publiée

par ordre du ministère de la guerre

Tome deuxième  

Paris - 1876

250.
Recommandations aux commandants de place
pour le service de garde
Ordre

Quartier général, au Caire, 17 fructidor an VI
(3 septembre 1798)

Le général en chef recommande aux commandants de place de ne faire faire à leurs troupes que le service indispensable ; il y a des villes où, sur 600 hommes de garnison, les commandants de place en mettent 300 de garde. La ville du Caire, où il y a quatre hôpitaux, où est tout le quartier général, où sont tous les magasins et enfin tous les dépôts de l’armée, n’a, par jour, que 150 hommes de garde.

Le général en chef recommande également aux différents commandants de tenir leurs troupes en masse et de ne pas les disséminer dans les différents villages, sous quelque prétexte que ce soit.

Il défend expressément d’employer les grenadiers pour les escortes ; la fonction des grenadiers, en temps de guerre, doit être de rester avec la masse de leur bataillon ; ils ne doivent jamais être en tirailleurs, jamais placés aux grand’gardes, jamais disséminés dans des corps de garde ; la compagnie doit toujours pouvoir se trouver réunie pour prendre la tête de la colonne, ou, dans un cas d’alerte, marcher pour soutenir la grand’garde, et, par sa contenance, donner de la confiance à la troupe. Quelquefois, cependant, il est des postes tellement essentiels, tels qu’un pont, etc., que l’on doit les faire garder par les grenadiers.

Bonaparte

Dépôt de la guerre

 

251.
Moral de la Marine depuis le combat d’aboukir ;
Instructions pour le tir à boulets rouges
Au général Kléber

Quartier général, au Caire, 18 fructidor an VI
(4 septembre 1798)

Je reçois, Citoyen Général, tout à la fois vos lettres des 9, 11 et 12 fructidor. Je ne suis point surpris de ce qui est arrivé à l’aviso la Torride. Il faut encore au moins un mois pour que la marine sorte du découragement où elle doit être ; jusqu’alors il ne faut rien compromettre. Il me semble qu’il eût les deux pièces de 18 que portait cet aviso, à l’embouchure du canal, sur du sable, que de tenir là un bâtiment.

Ordonnez et tenez la main à ce que vos canons ne tirent pas lorsque les bâtiments sont encore hors de portée, cela prouve que l’on a peur ; qu’on les laisse avancer jusqu’à demi-portée, et qu’alors les bombes et les boulets rouges commencent à la fois doucement et avec méthode, et je vous assure qu’ils ne tarderont pas à s’en repentir.

Lorsque les bâtiments viennent faire les jolis cœurs, faites tirer à demi-charge pour les attirer et les amorcer. Toute batterie où on n’a que le temps de tirer une ou deux bombes et trois ou quatre coups de canon est commandée par un homme qui ne sait pas son métier, ou c’est qu’on n’a pas laissé assez approcher le bâtiment. Si l’on a laissé approcher le bâtiment à demi-portée, on doit avoir le temps de tirer cinq ou six bombes et huit ou dix boulets par bouche à feu ; et, si les pointeurs sont bons et que les officiers aient du sang-froid, il est certain que dans ce nombre de coups il y en a qui doivent faire grand ravage, et le vaisseau doit être perdu. Défendez que l’on tire à boulets froids, à moins que cela ne soit quelques coups entre­mêlés pour faire reposer la pièce : sans cela les canonniers tireront toujours à boulets froids ; ils n’aiment pas à tirer à boulets rouges.

Je me fais rendre compte de ce qui concerne l’aga. Assurez hardiment que tous les hommes qui se conduiront bien et nous serviront de même seront riches et puissants. J’ai donné ordre qu’on vous envoyât les beniches et châles que vous demandez. Par la première occasion j’enverrai un cheval à votre aga ; j’en enverrai aussi un pour vous.

J’attends le contre-amiral Ganteaume pour rendre un parti définitif sur tout le personnel de la marine.

Nous ne pouvons pas nous dissimuler qu’au combat du 14 ce sont nos généraux qui ont été battus plutôt que l’escadre, puisque, à nombre, égal, les Anglais étaient trois et quatre contre un. Je ne vois dans tout cela qu’une fausse combinaison ; elle me donne une idée favorable de l’amiral Nelson, mais ne m’en donne pas une idée trop défavorable de notre marine, et je reste toujours convaincu que, si les Anglais avaient bien voulu nous attaquer pendant notre traversée, nous les aurions battus d’importance.

Faites faire tous les jours, par les différents détachements d’artillerie, l’exercice à boulets rouges. La plupart de nos canonniers, même nos officiers, ont eu peu d’occasions de tirer à boulets rouges. Il est inutile de faire des fours à réverbère ; pour les bien faire, il faut une grande dépense de fer, et, pour peu qu’ils soient mal faits, la chaleur les fait fondre, et ils ne sont plus d’aucun usage. Un bon gril enfoncé d’un pied en terre et environné de briques de terre est tout aussi bon et ne coûte ni peines ni dépenses à faire.

Tout ici va fort bien ; nous avons fait hier l’émir-hadji ; c’est Mustapha, kiâya du pacha.

Dans les endroits les plus essentiels, je désirerais que vous eussiez un gril particulier, avec deux pièces de 16 et même de 12, longues. Le tir à boulets rouges en est beaucoup plus certain, beaucoup plus facile et moins sujet à accidents ; seulement il faut tirer d’un peu plus près. Il faudrait placer ces batteries de petites pièces sous la protection des batteries de 24 ; elles ne sont destinées à commencer le feu que bien après l’autre, et au moment où le vaisseau arrive à un point déterminé que ces petites pièces sont chargées de défendre ; elles servent d’ailleurs de batteries de réserve. Il faut assez les éloigner des batteries de 24 pour qu’un accident, qui arriverait à ces premières batteries, n’influât pas sur les secondes, et bien éviter surtout que, quelque position que puissent prendre les vaisseaux, elles ne se trouvent sous le prolongement des eux l’une de l’autre.

Je vous salue.

Bonaparte
Dépôt de la guerre

 

252.
Instructions à donner à Desaix pour opérer
contre Mourad-Bey
Au général Berthier

Quartier général, au Caire. 18 fructidor an VI
(4 septembre 1798)

Vous donnerez l’ordre au général Desaix d’attaquer Mourad-Bey partout où il le trouverait, en tenant cependant toujours ses forces réunies ; mon intention n’est point qu’il divise ses forces dans l’idée d’envelopper l’ennemi, ces manœu­vres étant trop incertaines dans les pays coupés de la nature de celui où il se trouve.

Mourad-Bey fera une des trois choses ci-après :

Ou il restera à Behnesé, et alors le général Desaix peut se porter sur lui avec toutes ses forces, soit par le canal d’Abou-Girgeh, soit en mettant pied à terre et profitant de quelques digues, soit enfin par Melâouy.

Si Mourad-Bey remonte le Nil, s’en allant toujours dans la haute Égypte, le général Desaix pourra le poursuivre devant lui jusqu’à Syont.

Si enfin Mourad-Bey, après avoir évacué Behnesé, se jette dans le désert, le général Desaix prendra possession de la province de Behnesé, jusqu’à ce que le général lui ait fait passer quelque cavalerie.

Le général en chef autorise à conclure une convention avec les anciens beys retirés à Denderah.

Ils devront 1° ne pas sortir des limites où ils sont, 2° payer le myry, 3° fournir 300 chevaux.

Bonaparte

Dépôt de la guerre

 

253.
Ordre nommant une commission chargée
de la surveillance de la fabrication du pain
Ordre du jour

Quartier général, au Caire, 18 fructidor an VI
(4 septembre 1798)

Le général en chef est extrêmement mécontent du pain que l’on donne aux hôpitaux.

Désormais il sera fait, tous les jours, un procès-verbal, par le capitaine qui est de service à chaque hôpital, le directeur, le médecin et le chirurgien de service. Extrait de ce procès-verbal sera envoyé au général en chef.

Lorsque le pain sera de mauvaise qualité, il sera examiné si c’est la faute du boulanger ou du mélange ; dans le premier cas, il sera fait une retenue sur les boulangers ; dans le second cas, l’ordonnateur en chef fera sur-le-champ arrêter et mettre en prison le garde-magasin.

Le chef de brigade Boyer, le citoyen Lavallette, aide de camp du général en chef, et le citoyen Berthollet, membre de l’Institut, formeront une commission.

Cette commission aura la surveillance sur la fabrication du pain et du biscuit ; elle se portera, au moins deux fois par décade, dans chaque établissement du Caire, du Vieux-Caire et de Boulâq, et dressera un procès-verbal pour constater la qualité du pain et surtout la qualité des mélanges de farine.

L’agent des subsistances enverra tous les jours, à cette commission, un échantillon du pain et du biscuit qui est fabriqué.

Cette commission me fera connaître les gardes-magasins qui se conduisent le mieux, les boulangers qui fabriquent le meilleur pain, ainsi que les établissements où le pain est ordinairement le plus mauvais.

Bonaparte

Dépôt de la guerre


254.
Renseignements demandés sur Sâlheyeh,
les canaux, les routes et la Syrie
Au général Reynier, à Sâlheyeh

Quartier général, au Caire, 25 fructidor au VI
(11 septembre 1798)

Je vous prie, Citoyen Général, de me faire connaître la quantité de pièces de canon qui existe dans ce moment-ci à Sâlheyeh, ainsi que la situation des magasins.

J’avais donné des ordres à l’artillerie pour que les trois redoutes de Sâlheyeh fussent armées chacune de trois bouches à feu, et la mosquée de quatre.

J’ai donné ordre au général Vial, qui est à Damiette, de faire passer par les canaux 5 ou 600 quintaux de riz.

Je donne ordre pour que l’on fasse partir encore aujourd’hui 100 quintaux de farine pour Sâlheyeh.

Dans la position actuelle des choses, il est essentiel que la garnison de Sâlheyeh ait toujours en réserve de quoi vivre au moins pendant huit ou dix jours.

Je donne ordre au général d’artillerie d’y faire passer de suite 100 000 cartouches, qui y resteront en dépôt. Faites-y passer, des différents points de la province, des légumes et du riz.

Je désirerais que, décidément, vous poussiez une reconnais­sance jusqu’à la pointe du lac Menzaleh, le plus près de la Syrie. Enfin, connaissez décidément la position de Sâlheyeh par rapport à ce lac et à la mer. Faites aussi reconnaître quel est le canal de communication entre Sâlheyeh et Damiette, le plus court et le plus commode ; même chose pour Mansourah.

Envoyez-moi une note de la route depuis Sâlheyeh à Gaza, en déterminant les distances et les points où il y a de l’eau, en distinguant celle qui est bonne pour les hommes et celle qui est bonne seulement pour les animaux.

Le chef de brigade Sanson va partir avec des outils et des fonds pour travailler vigoureusement aux fortifications de Belbeys ; j’en ai arrêté ce matin le plan.

Continuez à envoyer des espions en Syrie ; recommandez que l’on ait à Sâlheyeh toute la vigilance nécessaire.

Tous les jours, une heure avant le jour, on doit faire partir une reconnaissance d’infanterie et de cavalerie pour éclairer la première marche du désert.

L’on m’assure que la première eau que l’on trouve après Sâlheyeh n’est pas éloignée de plus d’une lieue et demie du champ de bataille du dernier combat.

J’attends avec intérêt votre réponse aux différentes deman­des que je vous fais.

Bonaparte

Dépôt de la guerre

 

255.
Ordre prescrivant des distributions de café
Au général Berthier

(Pour mettre à l’ordre de l’armée)

Quartier général, au Caire, 27 fructidor au VI
(13 septembre 1798)

Le général en chef accorde à l’armée une ration de café pour chaque jour complémentaire.

Il sera distribué pour deux jours.

L’on distribuera le café grillé ; il sera envoyé à chaque division un moulin à café.

Le commissaire des guerres de la division fera moudre et envoyer en poudre le café aux troupes détachées.

Bonaparte

Dépôt de la guerre

 

256.
Ordres pour une mission. Travaux à ordonner
à Damiette ;
Reconnaissance à faire du lac Menzaleh
Au général Andréossy, à Gyzeh

Quartier général, au Caire, 28 fructidor an VI
(14 septembre 1798)

Le général Andréossy se rendra à Damiette ; il y visitera les magasins de bois, de fer, de cordages et de tout ce qui serait relatif à la marine, à l’artillerie et au génie.

Il choisira, à l’embouchure du Nil, un point pour servir de point d’appui à toute la défense de cette branche du Nil. À moins de raisons de localités qui soient absolument obligatoires, je préférerais la rive gauche du Delta, soit sur le point actuel où est située la tour, soit sur un point plus en arrière.

Il fera sonder la barre du Nil et déterminera à combien de distance de la tour actuelle un vaisseau de guerre, une frégate, une bombarde, une chaloupe canonnière, une tartane canon­nière, peut s’enfoncer.

Il fera établir des grils à boulets rouges pour les batteries.

Indépendamment de la chaloupe canonnière et des deux djermes armées de canons qui existent dans ce moment-ci à Damiette, mon intention est d’en armer deux autres pour communiquer au lac Menzaleh, en supposant que ces bateaux ne puissent pas aller du Nil au lac Menzaleh.

Le général Andréossy s’embarquera sur le lac Menzaleh, et le reconnaîtra jusque vers son extrémité qui, sur la carte de d’Anville, est marquée comme les ruines de l’ancienne Peluse. Il fera souvent jeter la sonde surtout aux environs de son embou­chure dans la mer.

Des djermes de Syrie, des chaloupes anglaises peuvent-elles entrer par une des bouches du lac et se porter sur un des points du rivage, surprendre Damiette, ou même par là se porter dans la province de Mansourah et de Damiette ?

Combien y a-t-il de canaux qui, du Nil, communiquent au lac Menzaleh ? Sont-ils navigables toute l’année ? De quels points du Nil partent-ils ? Enfin, à quel éloignement Peluse se trouve-t-elle de Sâlheyeh et de quel point le plus près sur la route de Sâlheyeh en Syrie ?

Le général Andréossy aura bien soin, quand il se portera lui-même sur le lac Menzaleh, d’avoir une ou deux djermes armées de canons, et au moins 100 hommes d’escorte.

Bonaparte

Collection Napoléon

 

257.
Mesures d’ordre prescrites pour les convois partant d’Alexandrie
Au général Berthier

Quartier général, au Caire, 30 fructidor au VI
(16 septembre 1798)

Lorsque les convois partiront d’Alexandrie, un adjudant de la place tirera, de l’officier commandant le convoi, un reçu du nombre d’hommes, de bêtes qui le composent et du nombre de ballots dont elles sont chargées.

Le reçu sera envoyé par duplicata à l’état-major général et aux officiers commandant à Rosette ou à El-Rahmânyeh, qui donneront un certificat à l’officier commandant le convoi, consta­tant qu’il a conduit son convoi en entier et sans perte.

Lorsque le convoi aura essuyé quelques pertes, l’officier en rendra un compte particulier au général commandant à Rosette ou à El-Rahmânyeh, et au général en chef.

Bonaparte

Dépôt de la guerre

 

258.
Ordres pour l’envoi de rations de pain et de riz
à Sâlheyeh
Au citoyen Sucy

Quartier général, au Caire, 1er jour complémentaire an VI
(17 septembre 1798)

Je vous prie, Citoyen Ordonnateur, de prendre des mesures pour faire partir dans la journée de demain, pour Sâlheyeh : 100 000 rations de biscuit et de la farine pour faire 100 000 rations de pain ; l’un et l’autre resteront en réserve à Sâlheyeh, dans le magasin de siège que vous ferez établir à cet effet, et ne pourront être entamés que par ordre de moi.

Sur les 600 quintaux de riz que vous avez ordonné que l’on envoie de Damiette à Sâlheyeh, 300 quintaux seront pour le magasin de siège. Vous ordonnerez, en outre, que l’on envoie de Damiette à Sâlheyeh 700 autres quintaux de riz, aussi pour le magasin de siège, de manière qu’il y aura 1 000 quintaux de riz outre les 100 000 rations de biscuit et la farine pour 100 000 rations de pain.

L’exécution de cet ordre est la base des opérations militaires que je dois faire.

Le général Desaix me mande que vous devez avoir reçu 20 000 ardebs de blé. Si cela était, il serait bien essentiel d’en faire partir quelques milliers pour El-Rahmânyeh, et de là pour Alexandrie.

Bonaparte

Collection Napoléon

 

259. 

Instructions pour son opération
dans la province de Bahyreh.
Avis au général Marmont

Quartier général, au Caire, 1er jour complémentaire an VI
(17 septembre 1798)

Vous devez avoir reçu, Citoyen Général, l’ordre de vous rendre à El-Rahmânyeh, où je compte que vous êtes en ce moment.

Vous prendrez le commandement de toutes le troupes qui se trouvent dans la province de Bahyreh, et vous y resterez jusqu’à nouvel ordre.

1)   J’ai déjà donné l’ordre, il y a longtemps, pour que l’on fît à El-Rahmânyeh une bonne redoute capable de contenir 500 hommes ; vous demanderez à Alexandrie trois ou quatre pièces de 3, de celle qui étaient sur les bâtiments, pour assurer ladite redoute. Vous choisirez l’emplacement et y ferez travailler de suite, si, comme on me l’a assuré, on n’avait pas encore commencé.

2)             Vous assurerez la navigation du canal d’El Rahmânyeh et l’arrivée des objets les plus essentiels à l’armée ; il ne nous en est encore presque rien arrivé.

Vous ferez spécialement la demande au commandant de l’artillerie à Alexandrie pour vous faire arriver en toute dili­gence 200 harnais, quatre forges de campagne, 6 000 baïon­nettes, six pièces de 8, six obusiers et leurs munitions, 2 000 outils à pionniers. Ce sont les objets les plus urgents et que j’attends avec impatience ; je désire qu’ils passent avant, ce qui ne doit pas signifier que l’on doive apporter le moindre retard à nous faire parvenir le reste, surtout les sabres, les pistolets et 600 fusils pour la cavalerie.

Mourad-Bey a été battu par Desaix, qui lui a pris tous ses bateaux, dont 150 chargés de grains, d’effets, etc. Il est, avec 7 ou 800 Mameluks et Arabes, entre le Fayoum et le désert. Nous sommes maîtres de la haute Égypte jusqu’à Syout.

Dans cette situation de choses, Mourad-Bey va être pour­suivi ; il ne lui restera que le parti de se jeter dans les oasis ou de se rendre sur la lisière du Bahyreh, pour passer dans la Barbarie et arriver sur des Arabes et chercher à inquiéter Alexandrie. Si cela arrivait, j’aurais le temps de vous en préve­nir et même de vous renforcer pour vous mettre à même de lui tenir tête, de protéger la navigation du canal et soutenir à la fois Alexandrie, Rosette et le Bahyreh.

Faites-moi connaître quelle est la situation de l’inondation dans la province de Bahyreh, et de quelle manière on communique, ce qu’on pourrait et ce que vous pourriez faire.

Écrivez dans le Delta et envoyez le plus de blé que vous pourrez à Alexandrie.

J’ai ordonné que l’on envoyât à Alexandrie 100 000 rations de biscuit pour la marine, et 5 à 6 000 quintaux du blé qui commence à nous arriver de la haute Égypte, dont Desaix et sa division sont enchantés.

Vous avez lu le message du Directoire : vous avez été promu au grade de général avec une solennité qui m’a fait plaisir, parce qu’elle a dû en faire à votre nouvelle famille. Je suis fâché que vous ne puissiez pas être ici à la fête du 1er vendémiaire, qui sera extrêmement belle.

Écrivez au général Kléber et faites-lui connaître la nouvelle destination que je vous donne. Je lui envoie un officier du génie pour activer les travaux de la place. Je vous embrasse et vous aime.

Bonaparte

Collection Napoléon

 

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