Institut de Stratégie Comparée, Commission Française d'Histoire Militaire, Institut d'Histoire des Conflits Contemporains

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Stratégique

Histoire Militaire et Stratégie
Correspondance de Napoléon
RIHM
 

 

 

Correspondance militaire
de Napoléon I
er

Extraite de la correspondance générale et publiée

par ordre du ministère de la guerre

Tome deuxième  

Paris - 1876

 

280.
Instructions sur les mesures à prendre
dans la province de Damiette,
qui n’a rien à craindre du côté de la mer
Au général Dugua, à Damiette

Quartier général, au Caire, 4 frimaire au VII
(24 novembre 1798)

J’ai reçu, Citoyen Général, votre lettre du 29 brumaire. On a à Gaza une très grande peur que nous n’y allions, et on est bien loin de s’aventurer à aucune expédition contre nous. Ce ne sont pas 600 Mameluks, 800 Maghrebins et 8 à 900 Kurdes, qui se trouvent à présent à Gaza, qui peuvent rien vouloir entreprendre.

Quant à l’embarquement d’Hassan-Toubâr pour prendre Damiette, il aurait bien saisi la saison et il aurait une merveil­leuse prudence de venir sans cavalerie et sans canon avec leur mauvaise infanterie, faire un débarquement !

Il y a une vingtaine de bateaux à Saint-Jean-d’Acre, qui sont destinés à faire de l’eau et porter des provisions aux Anglais, et sur lesquels on pourrait au plus embarquer un millier d’hommes. Les Anglais n’ont pas d’autre but que de bloquer Alexandrie.

Ainsi, je ne pense pas que vous ayez dans le moment autre chose à faire à Damiette que lever les impositions, reposer votre division, compléter son armement, lever les chevaux que doit fournir votre province, faire fournir par la ville de Damiette un grand nombre de travailleurs pour pousser avec la plus grande activité les travaux de Lesbé, afin que, si votre division devait faire un mouvement du côté de Sâlheyeh et de la Syrie, le dépôt, les magasins et les malades se trouvassent en sûreté à Lesbé, et pussent, en occupant ce poste, empêcher la navigation de la rivière.

La force de la Turquie est dans sa cavalerie ; ainsi nous n’aurons jamais d’attaque sérieuse à craindre que par terre.

Bonaparte

Dépôt de la guerre

 

281.
École d’infanterie à établir pour apprendre
la manœuvre à divers officiers d’état-major
Au général Berthier

Quartier général, au Caire, 4 frimaire an VII
(24 novembre 1798)

Il y a, Citoyen Général, à l’état-major, plusieurs adjoints qui n’ont aucune instruction des manœuvres d’infanterie. Veuillez bien ordonner pour eux l’établissement d’une école d’infanterie.

Les capitaines des guides à pied et plusieurs de mes aides de camp y assisteront.

Veuillez aussi me proposer un adjudant pour les guides, qui connaisse parfaitement bien non-seulement l’école de bataillon, mais aussi les manœuvres de ligne ; celui qui y est n’y entend rien.

Vous les préviendrez qu’à dater du 1er nivôse je prendrai indistinctement les adjoints et je leur ferai commander les manœuvres de plusieurs bataillons.

Bonaparte

Dépôt de la guerre

 

282.
 Instructions en prenant le commandement d’Alexandrie
Au général Marmont, à Alexandrie

Quartier général, au Caire, 9 frimaire au VII
(29 novembre 1798)

L’état-major vous ordonne, Citoyen Général, de prendre le commandement de la place d’Alexandrie. Je fais venir le général Manscourt au Caire, parce que j’ai appris que, le 24, il a envoyé un parlementaire aux Anglais sans m’en rendre compte, et que d’ailleurs sa lettre à l’amiral anglais n’était pas digne de la nation. Je vous répète ici l’ordre que j’ai donné de ne pas envoyer de parlementaire aux Anglais sans mon ordre. Qu’on ne leur demande rien. J’ai accoutumé les officiers qui sont sous mes ordres à accorder des grâces et non à en recevoir.

J’ai appris que les Anglais avaient fait quatorze prisonniers à la 4e d’infanterie légère ; il est extrêmement surprenant que je n’en aie rien su.

Secouez les administrations, mettez de l’ordre dans cette grande garnison, et faites que l’on s’aperçoive du changement de commandant.

Écrivez-moi souvent et dans le plus grand détail. Je savais depuis trois jours la nouvelle que vous m’avez écrite, par des lettres venues de Saint-Jean d’Acre.

Renvoyez d’Alexandrie tous les hommes isolés qui de­vraient être à l’armée. Ayez soin que personne ne s’en aille qu’il n’ait son passe-port en règle ; que ceux qui s’en vont n’emmè­nent point de domestiques avec eux, surtout d’hommes ayant moins de trente ans, et qu’ils n’emportent point de fusils.

Bonaparte

Collection Napoléon

 

283.
Ordre de se rendre à Suez pour en prendre
le commandement ; Instructions
Au général Bon

Quartier général, au Caire, 11 frimaire au VII
(1er décembre 1798).

Vous vous rendrez, Citoyen Général, demain, à Birket el-Hâggy. Vous partirez après-demain, avant le jour, de cet endroit, pour vous rendre, avec la plus grande diligence possible, à Suez. Il serait à désirer que vous pussiez y arriver le 14 au soir ou le 15 avant midi.

Vous m’enverrez, tous les jours, un exprès arabe ; vous leur ferez connaître que je donnerai plusieurs piastres lorsqu’ils me remettront vos lettres.

Vous aurez avec vous, indépendamment des troupes que le chef de l’état-major vous a annoncées, le citoyen Collot, enseigne de vaisseau, avec dix matelots et le moallem...... qui aura huit ou dix de ses gens avec lui.

Vous trouverez à Suez toutes les citernes que j’ai fait remplir.

Votre premier soin sera, en arrivant, de nommer un officier pour commander la place.

Le citoyen Collot remplira les fonctions de commandant des armes du port, et les officiers du génie et d’artillerie qu’y envoient les généraux Caffarelli et Dommartin commanderont ces armes dans cette place ; le moallem..... remplira les fonctions de nazir ou inspecteur des douanes.

Votre première opération sera de remplir toutes les citernes qui ne sont pas pleines, et de faire un accord avec les Arabes de Thor pour qu’ils continuent à vous fournir toute l’eau existant dans les citernes en réserve.

Vous ferez retrancher, autant qu’il sera possible, tout Suez ou une partie de Suez, de manière à être à l’abri des attaques des Arabes et avoir une batterie de gros canons qui battent la mer.

Vous vivrez dans la meilleure intelligence avec tous les patrons des bâtiments venant de Yanbo ou de Djeddah, et vous leur écrirez pour les assurer qu’ils peuvent en toute sûreté continuer le commerce, qu’ils seront spécialement protégés.

Vous tâcherez de vous procurer, parmi les bâtiments qui vont à Suez, une ou deux felouques, des meilleures qui se trouvent dans ce port, que vous ferez armer en guerre.

Vingt-quatre heures après votre arrivée, vous m’enverrez, toujours par des Arabes et par duplicata, un mémoire sur votre situation militaire, sur celle des citernes, et sur la situation du pays et le nombre des bâtiments.

Vous ferez tout ce qui sera possible pour encourager le commerce, et vous ne ferez rien de ce qui pourrait l’alarmer.

Dès l’instant que je saurai votre arrivée, je vous enverrai un second convoi de biscuit.

Vous ferez commencer sur-le-champ les travaux nécessaires pour mettre tout Suez ou une partie de Suez à l’abri des attaques des Arabes, et, si vous ne trouvez pas dans cette place un assez grand nombre de pièces pour mettre en batterie, indépendamment des deux que vous emmenez avec vous, je vous en ferai passer deux autres.

Mon intention est que vous restiez dans cette place assez de temps pour faire des fortifications, afin que la compagnie Omar, les marins et les canonniers suffisent pour la défense contre les entreprises des Arabes, et, si ces forces n’étaient pas suffisantes, vous me le manderez : alors je les renforcerai de quelques troupes grecques.

Je vous recommande de m’écrire, par les Arabes, deux fois par jour.

Vous m’enverrez toutes les nouvelles que vous pourrez recueillir, soit sur la Syrie, soit sur Djeddah la Mecque.

Bonaparte

Collection Napoléon

 

284.
Ordres relatifs à l’envoi des troupes
contre Mourad-Bey
Au général Berthier

Quartier général, au Caire, 14 frimaire an VII
(4 décembre 1798)

Vous donnerez l’ordre, Citoyen Général :

Au chef de brigade, à un chef d’escadron et à 200 hommes du 7e régiment de hussards,

Au chef de brigade, à un chef d’escadron et à 220 hommes du 22e régiment de chasseurs,

À un chef d’escadron et à 100 hommes du 24e de dragons,

Au chef de brigade, à un chef d’escadron et à 160 hommes du 20e de dragons,

À un chef d’escadron et à 100 hommes du 18e de dragons,

Au chef de brigade, à un chef d’escadron et à 160 hommes du 20e de dragons,

Au général de brigade Davout,

À l’adjudant général Rabasse, chef de l’état-major de la cavalerie,

À trois pièces d’artillerie légère,

De partir, le 16 frimaire au matin, pour se rendre à Beny-Soueyf. Vous leur tracerez la route sur la rive gauche du Nil ; ils feront cette route en quatre jours.

On fera distribuer, dans la journée de demain, deux jours de pain et trois jours de biscuit à cette troupe, à compter du 16.

Vous préviendrez le général commandant la cavalerie que je le laisse maître de suivre le mouvement de sa cavalerie ou de rester au quartier général.

Vous donnerez les ordres au général d’artillerie pour qu’il prenne des mesures pour faire passer promptement le Nil à ladite cavalerie.

Bonaparte

Dépôt de la guerre

285.
Blâme à infliger aux individus demandant
des certificats pour retourner en Europe
Au général Berthier

(Pour mettre a l’ordre de l’armée).

Quartier général, au Caire, 18 frimaire au VII
(8 décembre 1798)

Vous voudrez bien, Citoyen Général, faire connaître au médecin et au chirurgien en chef que je suis mécontent de la facilité avec laquelle ils donnent des certificats pour retourner en Europe à des individus que la lâcheté, l’inconstance et le peu d’amour de leur devoir portent à quitter l’armée avant que la campagne soit finie.

Spécifiez bien qu’ils ne doivent donner des certificats qu’à des individus qui ne pourraient guérir qu’en Europe ; ce qui, dans un pays aussi sain, doit être borné à un très petit nombre de maladies.

Ce n’est pas, Citoyen Général, que mon intention soit de garder à l’armée des hommes qui ne seraient pas sensibles à l’honneur d’être nos compagnons d’armes ; qu’ils partent, je faciliterai leur départ : mais je ne veux pas qu’ils masquent, par des maladies feintes, le motif réel de ne pas partager nos fatigues et nos périls ; nous risquerions qu’ils partageassent notre gloire.

Bonaparte

Dépôt de la guerre

 

286.
Détachements à envoyer à Suez ; Instruction
à donner à l’officier de Génie qui y commande
Au général Caffarelli

Quartier général, au Caire, 20 frimaire an VII
(10 décembre 1798)

Je vous prie, Citoyen Général, de faire partir demain pour Suez un détachement de vingt-cinq sapeurs, quatre ou cinq maçons français, deux ouvriers en bois, un en fer, avec les outils nécessaires.

Vous aurez soin que tout le monde soit armé, d’un bon fusil et de cinquante cartouches, et que tout cela soit rendu demain à midi sur la place Ezbekyeb, pour partir avec le convoi qui se rend à Suez.

Recommandez à l’officier du génie que vous avez à Suez de commencer par réparer les citernes ; c’est le travail le plus indispensable, car le premier ennemi que nous ayons à vaincre à Suez, c’est la soif.

Vous connaissez trop l’importance de Suez pour ne pas recommander à l’officier du génie que vous y avez de porter la plus grande activité dans les travaux. Je crois qu’il serait nécessaire que vous fissiez partir demain pour Suez des officiers géographes et des ponts et chaussées, avec des planchettes et des niveaux d’eau.

Bonaparte

Cette lettre étant très pressée, le général Caffarelli est prié d’en envoyer demain matin la copie.

Comm. par M. le comte Caffarelli.

 

287.
Ordre d’employer aux avant-postes un officier demandant à rentrer en Frange
Au général Dommartin

Quartier général, au Caire, 20 frimaire an VII
(10 décembre 1798)

Le général en chef me charge, Citoyen Général, de vous dire qu’il a reçu une demande du chef de brigade Grobert, qui sollicite son retour en France.

Le général en chef répond à cette demande que, comme le citoyen Grobert a gagné son grade de chef de brigade à Paris, et sans avoir entendu un coup de fusil, son intention est que vous employiez continuellement cet officier aux avant-postes. Vous voudrez bien, en conséquence, le faire partir pour Sâlheyeh.

Par ordre du général en chef.

Je vous envoie, par le porteur, trois fusils et un poignard.

Dépôt de la guerre

 

288.
Ordre pour le départ et la marche d’une colonne escortant le général en chef
Au chef de brigade Bessières

Quartier général, au Caire, 3 nivôse au VII
(23 décembre 1798)

Vous voudrez bien, Citoyen, donner les ordres pour que les 100 guides à cheval et les 200 guides à pied qui partent pour Suez soient demain matin sur la place, pour se mettre en marche, à huit heures précises.

Le chef d’escadron Barthélemy commandera la colonne et réglera l’ordre de marche ; il aura une avant-garde de cavalerie, ensuite un corps de cavalerie avec la pièce d’artillerie, 100 guides à pied, tous les équipages, 100 guides à pied, et enfin une arrière-garde de troupes à cheval, c’est-à-dire de guides.

L’adjoint aux adjudants Arrighi marchera avec lui et l’aidera pour mettre la colonne en marche, établir et maintenir l’ordre.

Il sera ordonné une garde d’un officier et 30 hommes, qui fournira la sentinelle à différentes distances, de manière qu’elle garde tous les chameaux chargés d’eau, et qu’une fois partis de Birket el-Hâggy, personne ne puisse prendre une goutte d’eau sans un ordre de celui qui commande la colonne.

Un caporal et six hommes sont affectés à la garde des équipages du général en chef, et en répondent.

Un caporal et quatre hommes sont affectés à la garde des équipages du chef de l’état-major général, et en répondent.

Demain, à huit heures précises du matin, les tambours des 200 guides à pied feront un roulement qui sera le signal de se mettre en marche, sans autre ordre de l’état-major.

Par ordre du général en chef

Comm. par M. le duc d’Istrie

 

289.
Peine contre les officiers de santé pour refus de soins ; Punition d’un chirurgien
Ordre du jour

Quartier général, au Caire, 19 nivôse an VII
(8 janvier 1799)

Tout officier de santé qui quitterait le lien désigné pour l’ambulance, devant l’ennemi, sans ordre, ou qui, dans une maladie contagieuse, se refuserait à porter aux malades ses secours, sera arrêté, traduit devant le conseil militaire, et traité selon l’article loi relative aux soldats et militaires qui ont fui devant l’ennemi. Aucun Français ne doit craindre la mort, quel que soit l’état qu’il ait embrassé.

Le citoyen Boyer, chirurgien des blessés à Alexandrie, qui a été assez lâche pour refuser de donner des secours à des blessés qui avaient eu contact avec des malades supposés atteints de maladies contagieuses, est indigne de la qualité de citoyen français. Il sera habillé en femme, promené sur un âne dans les rues d’Alexandrie, avec un écriteau sur le dos, portant : Indigne d’être citoyen français, il craint de mourir. Après quoi, il sera mis en prison et renvoyé en France sur le premier bâtiment.

Le Commandant d’Alexandrie enverra un exemplaire dudit ordre du jour au président de son département avec invitation de le rayer de la liste des citoyens français.

Par ordre du général en chef

Dépôt de la guerre

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