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Stratégique

Histoire Militaire et Stratégie
Correspondance de Napoléon
RIHM
 

 

 

Correspondance militaire
de Napoléon I
er

Extraite de la correspondance générale et publiée

par ordre du ministère de la guerre

Tome deuxième  

Paris - 1876

 

300.
Importance du commandement d’Alexandrie ; Instructions et ordres
Au général Marmont, à Alexandrie

Quartier général, au Caire, 21 pluviôse an VII
(9 février 1799)

Vous verrez par l’ordre du jour, Citoyen Général, que tous les fonds des provinces d’Alexandrie, de Rosette et de Bahyreh, doivent être versés dans la caisse du payeur d’Alexandrie. Le citoyen Baude a été investi de toute l’autorité du citoyen Poussielgue.

Le commissaire Michaux est investi de toute l’autorité de l’ordonnateur en chef sur l’administration de ces trois provinces, dont les fonds seront exclusivement destinés à pourvoir à vos services.

Ordonnez que le 3e bataillon de la 75e se réunisse, avec deux bonnes pièces d’artillerie, à Damanhour ; que cette colonne puisse se porter dans toute cette province et même dans celle de Rosette pour lever les impositions et punir ceux qui se compor­teraient mal. Cette mesure aura l’avantage de tirer tout le parti possible de ces deux provinces, de tenir une bonne réserve éloignée de l’épidémie d’Alexandrie, et, selon les événements, vous la feriez revenir à Alexandrie, où sa présence relèverait le moral de toute la garnison, car il est d’axiome, dans l’esprit de la multitude, que lorsque l’ennemi reçoit des renforts, elle doit en recevoir pour se croire en égalité de force ; et enfin, s’il arrivait quelque événement dans le Delta, ce bataillon pourrait s’y porter et être d’un grand secours.

Mettez-vous en correspondance avec le général Lanusse, qui commande à Menouf, et le général Fugière, qui commande à Mehallet-el-Kebyr. Ne vous laissez point insulter par les Arabes. Le bon moyen de faire finir votre épidémie est peut-être de faire marcher vos troupes. Saisissez l’occasion, et calculez une opération de 4 ou 500 hommes sur Maryout : cela sera d’autant plus essentiel que, partant demain pour me rendre en Syrie, l’idée de mon absence pourrait les enhardir.

Si des événements supérieurs arrivaient, le commandant de Rosette doit se retirer dans le fort de Qatyeh, qui doit être approvisionné pour cinq on six mois. Maître de ce fort, il le serait de la bouche du Nil, et dès lors empêcherait de rien faire de grand contre l’Égypte. Faites donc armer et approvisionner le fort de Rachyd[1] ; mettez dans le meilleur état celui d’Aboukir ; profitez de tous les moyens possibles, et du temps qui vous reste d’ici au mois de juin, pour mettre Alexandrie à l’abri d’une attaque de vive force pendant, 1) cinq à six jours, qu’une armée puisse débarquer et l’investir ; 2) quinze jours, qu’elle commence le siège ; 3) quinze à vingt jours de siège.

Vous sentez que, lorsque cette opération pourrait être possi­ble, je ne serais pas éloigné de dix jours de marche d’Alexandrie.

Faites lever exactement la carte des provinces de Bahyreh, Rosette et Alexandrie, et, dès l’instant qu’elle sera faite, envoyez-la-moi, afin qu’elle puisse me servir si votre province devenait le théâtre des plus grands événements. Dans ce moment-ci, la, saison ne permet pas aux Anglais de rien faire de dangereux. Envoyez-moi des Arabes par Damiette et par Le Caire, pour me donner de vos nouvelles dans ces deux villes, on saura où je me trouve.

Vous trouverez ci-joint la relation de la fête du Ramazân et une proclamation du divan du Caire. Il est bon de répandre l’une et l’autre, non-seulement dans votre province, mais encore par les bâtiments qui partiront.

Je puis pas vous donner une plus grande marque de confiance qu’en vous laissant le commandement du poste le plus essentiel de l’armée.

Le citoyen Hamelin est arrivé hier ; j’ai trouvé beaucoup de contradiction dans tout ce qu’il a appris en route, et j’ajoute peu de foi à toutes les nouvelles qu’il donne comme les ayant apprises en route : la situation de l’Europe et de la France, jusqu’au 10 novembre, me paraissait assez satisfaisante.

J’apprends qu’il est arrivé un nouveau bâtiment de Candie ; interrogez-le avec le plus grand soin, et envoyez-moi les demandes et les réponses. Informez-vous de l’escadre russe.

Quoique je croie que nous soyons en paix avec Naples et l’Empereur, cependant je vous autorise à retarder, sous diffé­rents prétextes, le départ des bâtiments napolitains, impériaux, livournais ; concertez-vous avec le citoyen Le Roy, et envoyez-m’en l’état ; nous acquerrons tous les jours des renseignements plus certains.

Bonaparte

Collection Napoléon

 

301.
Ordre de prendre le commandement
de la province du Caire ; Instructions
Au général Dugua

Quartier général, au Caire, 21 pluviôse au VII
(9 février 1799)

Vous prendrez, Citoyen Général, le commandement de la province du Caire.

Les dépôts des divisions Bon et Reynier gardent la citadelle avec deux compagnies de vétérans.

Il y a à la citadelle des approvisionnements de réserve pour nourrir cinq à six mois la garnison et l’hôpital qui s’y trouvent.

Il y a au fort Dupuy un détachement de la division maltaise et de canonniers.

Le fort Sulkowski est gardé par le dépôt du 7e de hussards et du 22e de chasseurs.

Le fort Camin est gardé par un détachement du 14e de dragons.

La tour du fort de l’Institut est gardée par un détachement des dépôts de la division Lannes, ainsi que le fort de la Prise d’eau et de la maison d’Ibrahim-Bey ; dans cette dernière est notre grand hôpital.

Tous nos établissements d’artillerie sont à Gyzeh, ainsi que les dépôts de la division du général Desaix.

Tous les Français sont logés autour de la place Ezbekyeh. J’y laisse un bataillon de la 69e, un de la 4e d’infanterie légère et un de la 32e.

Le bataillon de la 4e partira le 24 ; une compagnie de canonniers marins, le 27 ; et le bataillon de la 32e, le 30 pluviôse. J’ai désigné le 30 pour le départ de ce bataillon, parce que je suppose que le général Menou sera arrivé à cette époque avec la légion nautique. Si elle n’était pas arrivée, vous garderez ce bataillon jusqu’à son arrivée, et, dans ce cas, vous ferez escorter le trésor qu’on doit envoyer à l’armée par un détache­ment qui ira jusqu’à Belbeys.

Je laisse à Boulâq tous les dépôts de dragons, ce qui, avec les dépôts des régiments de cavalerie légère, forme près de 300 hommes. Il leur reste à tous quelques chevaux ; il en arrive d’ailleurs journellement que vous leur ferez distribuer.

La première opération que vous aurez à faire est de réunir chez vous les commandants des différents dépôts, de passer la revue de leurs magasins et de prendre toutes les mesures afin que chacun de ces régiments puisse, en cas d’alerte, monter tant bien que mal un certain nombre de chevaux. Ce sont princi­palement les selles qui manquent. Il y a à Boulâq un atelier, qui a déjà reçu 6 000 francs d’avance, et qui doit en fournir 400, à 30 par décade. Vous ne recevrez que des selles très bonnes, puis­qu’on les paye très cher. Le 14e de dragons a 200 selles qui sont en quarantaine à Rosette depuis vingt-cinq jours, et qui doivent être ici avant la fin du mois.

On doit monter à Gyzeh au moins cinq à six sabres par jour. Vous les ferez donner, à mesure, aux dépôts de cavalerie qui en ont le plus besoin. Vous passerez une réforme des chevaux, et je vous autorise à faire vendre, au profit des masses des régiments de cavalerie, tous les chevaux hors d’état de servir.

Il y a dans la province du Caire cinq tribus principales d’Arabes : les Bily : c’est la plus nombreuse, elle est en paix avec nous, elle a, dans ce moment-ci, son chef et plus de 200 chameaux à l’armée ; les Saouâlhât : nous sommes en paix avec eux ; les fils de ses deux principaux cheikhs sont en otage chez Zoulfiqâr, commissaire près le divan ; les Terrâbyn : nous sommes en paix avec eux ; ils ont leurs cheikhs et presque tous leurs chameaux dans les convois de l’armée ; enfin les Haouytât et les A’ydy, qui sont nos ennemis : nous avons brûlé leurs villages, détruit leurs troupeaux ; ils sont dans le fond du désert ; mais ils pourront revenir faire des brigandages aux environs du Caire. Il faut que les forts Camin, Sulkowski et Dupuy leur tirent des coups de canon, quand ils s’approchent trop.

Il faut avoir toujours un bâtiment armé, embossé ; plus bas que la ville, près du rivage, de manière à pouvoir tirer dans la plaine.

Il faut, de temps en temps, envoyer 100 hommes à Qelyoub avec une petite pièce de canon, tant pour lever le myry que pour connaître si ces Arabes sont retournés, et pouvoir les investir et surprendre leur camp. Il faut aussi, de temps en temps, réunir une centaine d’hommes à Gyzeh, faire une tournée, dans le nord surtout de la province, lever le myry et donner la chasse aux Arabes. Je désirerais que, dès que le général Leclerc sera arrivé à Gyzeh, vous envoyassiez, avec 100 hommes de Gyzeh et 50 de la garnison du Caire, faire dans le nord de sa province une tournée de cinq à six jours. Vous régleriez sa marche de manière à être instruit tous les jours où il se trouverait, afin de pouvoir le rappeler, si les circonstances l’exigeaient.

Le divan du Caire a une influence réelle dans la ville et est composé d’hommes bien intentionnés. Il faut le traiter avec beaucoup d’égards et avoir une influence particulière dans le commissaire Zoulfiqâr et dans le cheikh El-Mohdy.

L’intendant général copte, le chef des marchands de Damas, Mikhayl, que vous pourrez consulter secrètement, lorsque vous aurez quelque inquiétude, pourront vous donner des renseigne­ments sur ce qui se passerait dans la ville.

S’il y avait du trouble dans la ville, il faudrait s’adresser au petit divan, réunir même le divan général : ils réussiront à tout concilier, en leur témoignant de la confiance ; enfin prendre toujours ses mesures de sûreté, telles que consigner la troupe, redoubler les gardes du quartier français, y placer quelques petites pièces de canon, mais n’arriver à faire bombarder la ville par le fort Dupuy et la citadelle qu’à la dernière extrémité ; vous sentez le mauvais effet que doit produire une telle mesure sur l’Égypte et tout l’Orient.

S’il arrivait des événements imprévus à Alexandrie ou à Damiette, vous y feriez marcher le général Lanusse, et même le général Fugière.

Si vous veniez à craindre quelque chose de la populace du Caire, vous feriez venir le général Lanusse, de Menouf. Il viendrait sur l’une et l’autre rive, et son arrivée ferait beaucoup d’effet dans la ville.

J’ai donné des fonds au génie, à l’artillerie et à l’ordon­nateur, pour tout le mois de ventôse.

Vous correspondrez avec moi par des Arabes et par tous les convois qui partiront.

Quels que soient les événements qui se passent dans la province de Charqyeh, 25 hommes, partant de nuit, arriveront toujours à Birket-el-Hâggy, à Belbeys et à Sâlheyeh.

Le commandant des armes à Boulâq vous remettra l’état des bâtiments armés que nous avons sur le Nil. Il est nécessaire que ces bâtiments fassent un service de plus en plus actif.

Le payeur a ordre de tenir à votre disposition 2 000 francs par décade, pour payer les courriers que vous m’expédierez.

Le directeur du parc de Gyzeh doit envoyer, le 24, une pièce de 8 au général Fugière : veillez, je vous prie, à ce qu’elle parte ; vous sentez combien il est nécessaire qu’il la reçoive ; il n’a que 200 hommes sans canons.

Bonaparte

Dépôt de la guerre

 

302.
Avis des mouvements ordonnés sur Sâlheyeh
Au général Kléber

Quartier général, Belbeys, 23 pluviôse an VII
(11 février 1799)

Je suis parti hier soir, à dix heures, et je suis arrivé à minuit à Belbeys. Je reçois votre lettre du 19, et, deux heures après, celle du 20. Le parc d’artillerie est arrivé hier à Sâlheyeh. J’ai ordonné que le reste de la division Bon partît demain de Sâlheyeh pour se rendre à Qatyeh. La division Lannes ira ce soir à Korâym, et demain à Sâlheyeh. Toute la division de cavalerie du général Murat, forte de plus de 1 000 chevaux, part également et sera demain soir à Sâlheyeh. 200 chameaux chargés d’orge doivent être arrivés ou sont en chemin pour Qatyeh. Nous ramassons dans le Charqyeh tous les chameaux nécessaires, et nous cherchons tous les vivres que nous pouvons. Si les officiers de marine ont trouvé un point de débarquement près d’El-A’rych, et que l’un des deux convois y arrive, je crois que nous serons bien, grâce au mouvement que vous avez donné à Damiette pendant le peu de temps que vous y êtes resté.

Quand je suis parti du Caire, le général Desaix avait détruit une partie des Mameluks, à trois journées des Cataractes. On disait trois beys pris et Mourad-Bey tué depuis trois jours. Cette nouvelle était celle du Caire, et l’intendant général l’avait presque reçue officiellement. Ainsi il est sûr qu’il y a eu une affaire.

Bonaparte

Collection Napoléon

 

303.
Mesures pour approvisionner El-A’rych
et envoyer des vivres à Qatyeh
Au citoyen d’Aube

Quartier général, Qatyeh, 27 pluviôse an VII
(15 février 1799)

L’adjudant général Grezieu, qui part avec 200 chameaux pour Tyneh, a ordre de faire un second voyage, si cela est nécessaire, pour l’entière évacuation des magasins de Tyneh. Le parc d’artillerie, qui arrive ce soir, enverra 100 chameaux à Tyneh, et, si cela est nécessaire, ces chameaux feront deux voyages.

Vous donnerez ordre au commissaire Sartelon de rester à Qatyeh jusqu’à nouvel ordre, et de faire filer avec la plus grande activité sur El-A’rych tous les objets de subsistance qui se trouveront à Qatyeh.

Il doit y avoir, à Damiette, Menouf, Mehallet-el-Kebyr, une grande quantité de son ; faites filer le tout sur Qatyeh ; ce point est le plus essentiel, tant pour avancer que pour la retraite, et doit être approvisionné par tous les moyens possibles.

Vous renouvellerez les ordres à Sâlheyeh, Belbeys et au Caire, de faire filer avec activité des convois de biscuit, orge, fèves, son et riz, sur Qatyeh.

Bonaparte

Collection Napoléon

 

304.
Ordres pour l’ouverture de la tranchée
devant le fort d’el-A’RYCH
Au général Caffarelli

Quartier général, devant El-A’rych, 29 pluviôse an VII
(17 février 1799)

Le général en chef vous ordonne, Citoyen Général, de faire, cette nuit, deux bouts de tranchée à 40 toises des deux tours du front du fort d’El-A’rych opposé à celui où est la porte d’entrée, c’est-à-dire du côté des monticules de sable vers la plaine. Ces bouts de tranchée doivent être tels, qu’ils puissent contenir au moins une centaine d’hommes à l’abri du feu du fort. Ce ne peut être qu’à l’instant, où de grosses gardes seront établies dans ces deux morceaux de tranchée, qui feront place d’armes que l’on pourra regarder le fort comme bloqué.

Le général en chef vous ordonne d’ouvrir, le plus tôt possible, la tranchée vis-à-vis la tour désignée comme la tour d’attaque, c’est-à-dire celle déjà annoncée par le général Lagrange, et d’y établir trois batteries, une de quatre pièces de 8, battant au même pan de la tour, deux autres de chacune deux obusiers. La batterie de brèche devra être à une distance de 20 à 40 toises ; les deux d’obusiers à une distance de 40 à 60 toises.

L’intention du général en chef est également qu’on place une pièce de canon contre la porte du fort. Vous ferez également ouvrir, cette nuit, un boyau pour attacher des mineurs au bas du rempart où nous avons reconnu, ce matin, une poterne sur le front de l’est.

L’intention du général en chef est que vous lui fassiez connaître, avant minuit, l’heure à laquelle les pièces pourront être en batterie contre le fort., et où on pourra les démasquer.

Vous vous concerterez avec le général Dommartin, auquel je donne les ordres qui le concernent. Vous demanderez au général Reynier, chargé du siège, les hommes de corvée dont vous pourrez avoir besoin.

Je vous préviens que les divisions Bon, Kléber et la cavalerie ont ordre d’employer la journée de demain pour se préparer à partir. Ils doivent se faire donner du pain pour le 1er et le 2 ventôse inclus ; vous en ferez donner aux troupes de votre arme qui peuvent être dans le cas de suivre ces mouvements.

Je vous préviens que demain l’adjudant général Devaux part avec des chameaux pour Qatyeb, pour chercher des vivres. Si vous aviez quelque ordre. à envoyer à Qatyeh, vous pouvez le lui donner.

Il part également, ce soir, un Arabe à dromadaire pour Le Caire.

Par ordre du général en chef.

Dépôt de la guerre

 

305.
Ordres pour le blocus du fort d’el-A’rych
et la protection des travaux de siège
Au général Reynier

Quartier général, devant El-A’rych. 29 pluviôse an VII
(17 février 1799)

En conséquence des dispositions du général en chef, le général Reynier est chargé de faire le siège du fort d’El-A’rych avec les troupes de sa division. En conséquence, il fera relever, dès ce soir, avec les troupes de sa division, tous les postes qui pourraient être occupés par les troupes des autres divisions.

L’intention du général en chef est que le général Reynier bloque le fort de manière que personne ne puisse s’échapper.

Il poussera le siége, avec toute l’activité possible ; il se concertera, à cet égard, avec les généraux d’artillerie, et du génie auxquels le général en en chef a déjà donné des ordres relativement à ce siège.

Le général Reynier verra l’ordonnateur en chef relative­ment aux moyens de subsistance de sa division.

Par ordre du général en chef

Dépôt de la guerre

 

306.
Même sujet au général Reynier

Quartier général, devant El-A’rych, 29 pluviôse an VII
(17 février 1799)

Le général en chef me charge de vous donner l’ordre, Citoyen Général, que, dans le cas où les ennemis chercheraient trop à inquiéter les travailleurs de la tranchée, vous devez porter une patrouille d’une cinquantaine d’hommes qui s’épar­pilleront sur le front du côté de l’ouest, c’est-à-dire du côté de Qatyeh, afin de leur donner de l’inquiétude de ce côté et détour­ner leur attention sur le point de notre travail.

Le général en chef ordonne qu’avec des perches et un morceau en travers, sur lequel on mettra un mauvais sarrau de soldat et une espèce de bonnet ou chapeau, vous fassiez faire une vingtaine de mannequins qu’on placerait dans différents coins, pour faire croire à l’ennemi que ce sont des sentinelles ou des postes, leur faire consommer leurs munitions, et les dégoû­ter de tirer sur nos sentinelles lorsqu’ils commenceront à s’apercevoir qu’elles sont invulnérables.

Ordonnez à votre chef d’état-major de m’envoyer l’état exact des hommes tués des demi-brigades de votre division à l’attaque du village.

Par ordre du général en chef

Dépôt de la guerre

 

307.
Travaux à faire au château de Gaza
et au fort d’el-A’rych
Au général Caffarelli

Quartier général, Gaza, 8 ventôse an VII (26 février 1799)

Le château de Gaza, étant susceptible de défense contre les Turcs, peut être mis dans une situation à soutenir un siège.

Je désirerais, 1) que les plates-formes des huit tours fussent rehaussées de manière que les canons à barbette passent par-dessus les merlons actuels ; 2) un fossé de 8 à 10 toises autour ; employer les terres à former un glacis capable de couvrir, le plus possible, le fort ; 3) y faire une porte par laquelle l’artillerie y puisse entrer facilement ; y faire un pont-levis ; palissader le chemin couvert. Par la nature du terrain, il y a des endroits, du côté de la campagne, qui ne voient plus le fort : je désirerais alors construire, en très bonne maçonnerie, de petites fléchés crénelées qui éloignassent l’ennemi du fort et s’opposassent à son approche ; démolir les murailles qui pourraient favoriser l’approche de l’ennemi, et raser les terrasses, les dômes, les minarets et les maisons à portée de fusil.

Je n’entre dans ces détails que pour vous faire connaître le but que vous devez remplir.

Je désirerais que vous fissiez faire un projet de défense pour tout le plateau de Gaza.

Il doit y avoir à Gaza deux hôpitaux de chacun, un pour les blessés et l’autre pour les malades ; on choisira les emplacements les plus près du fort.

On arrangera ces deux hôpitaux de manière qu’ils soient bien fermés et qu’ils puissent se défendre contre les habitants du pays ou les Arabes.

Tous les établissements et magasins d’artillerie seront contenus dans le fort ; il devra y avoir un emplacement pour une ambulance, un magasin de biscuit capable de contenir 200 000 rations, un autre pour contenir 2 000 quintaux de légumes, enfin un troisième capable de contenir 1 000 boisseaux d’orge, des logements pour un commandant, un adjudant, un comman­dant d’artillerie et un du génie, le commissaire des guerres de la place, 50 sapeurs, 50 canonniers, 150 hommes d’infanterie.

Il y aura trois fours de 500 rations. Si vous n’aviez de l’emplacement que pour un four, vous feriez placer les deux autres avec les magasins de la ville. La maison de Hussein-Pacha est désignée pour le quartier général. L’okel du biscuit sera arrangé pour les convois, et l’on aura des casernes numérotées, capables de caserner six bataillons ; il y en aura une au génie.

Quant au fort d’El-A’rych, son importance est telle, que je désire que l’on n’épargne aucun moyen pour le mettre dans le meilleur état de défense. Ordonnez que l’on rase toutes les maisons qui peuvent en faciliter l’approche, et surtout tous les minarets ou terrasses qui seraient plus élevés que le fort. Faites faire un fossé tout autour, avec un massif de terre palissadé, des casemates dans les quatre tours ; autant de casernes que le local peut en permettre, un hôpital de 200 lits et des magasins.

Bonaparte

Dépôt de la guerre

 

308.
Ordres concernant la garnison de Gaza,
la route de l’armée du Caire à Gaza,
et les convois venant de Damiette
Au général Berthier

Quartier général, Gaza, 8 ventôse an VII (26 février 1799)

La garnison de Gaza sera composée de 50 hommes de la légion maltaise, 40 sapeurs, 40 canonniers.

Chacune des divisions de l’armée laissera un officier avec 20 hommes qu’elles choisiront parmi les éclopés. Vous préviendrez les généraux Lannes et Bon d’ordonner à la moitié des hommes qu’ils ont laissés à El-A’rych, qui seraient les plus reposés, de rejoindre leurs divisions.

Il y aura un commissaire des guerres.

J’ai donné les ordres au général du génie, et vous prévien­drez le commandant de la place et le commissaire des guerres que la maison de Hussein-Pacha est destinée pour le quartier général ; qu’il doit y avoir deux hôpitaux, un pour les blessés et un pour les malades, capables chacun de contenir 150 lits ; que tous les convois qui arriveront doivent descendre à l’okel où nous avons trouvé le magasin de biscuit ; que le commandant du génie, le commissaire des guerres, le commandant de la place doivent se concerter pour choisir des okels pour caserner six bataillons, afin que toutes les troupes de passage y soient logées, mon intention étant que personne ne bivouaque aux environs de Gaza, à moins que le corps de troupes ne soit si considérable qu’il ne puisse pas être caserné.

Le chef de brigade Ledée commandera le dépôt de la cava­lerie ; tous les chevaux éclopés ou tous les hommes démontés des régiments de cavalerie formeront le dépôt. Il sera choisi, le plus près possible du fort, une maison avec des écuries pour ledit dépôt. Il sera laissé des artistes vétérinaires.

Vous donnerez l’ordre, à Qatyeh, pour qu’on laisse à la disposition des corps les chameaux qui leur appartiennent.

Plusieurs demi-brigades ont laissé à Qatyeh, avec leurs bagages, des détachements ; vous donnerez l’ordre pour que ces bagages et ces détachements reviennent tous ensemble.

La route de l’armée sera :

1er jour, Birket-el-Hâggy ;

2e, Belbeys, où l’on prendra des vivres pour deux jours ;

3e, Korâym ;

4e et 5e, séjour à Sâlheyeh, où l’on prendra des vivres pour quatre jours ;

6e, le pont d’El-Khazneh ;

7e Qatyeh, prendre des vivres pour deux jours ;

8e, le puits d’El-Abd, d’où l’on partira à deux heures du matin pour venir coucher à mi-chemin ; la cavalerie viendra coucher au puits de Mesoudyah ; c’est une journée forcée de quatorze lieues ;

Le lendemain, 10e, à El-A’rych ; on prendra à El-A’rych des vivres pour deux jours ;

11e, le puits Reyfah, limites de l’Asie et de l’Afrique ;

Le 12e, à Gaza.

Les commandants des places de Sâlheyeh, Qatyeb, El-A’rych ne laisseront jamais partir aucun détachement, à moins d’une circonstance extraordinaire, qu’il ne soit fort de 40 ou 50 hommes. Chaque détachement, indépendamment de ses bidons, devra se pourvoir d’une corde d’au moins 60 pieds, pour pouvoir puiser de l’eau dans certains puits qui sont très profonds.

Les officiers du génie à Sâlheyeh, Qatyeh, El-A’rych, doivent avoir dans leur cabinet des croquis de la route, avec les distances et la position des différents puits, qu’ils communi­queront aux commandants des différents détachements.

Les convois de Damiette débarqueront à Omm-Fâreg, sans aller à Tyneh ; d’Omm-Fâreg, ils iront par terre à Qatyeh. Le commandant du génie à Qatyeh fera faire une digue sur la barre de la bouche Pelusiaque.

Le commandant de Damiette tiendra à la bouche d’Omm-Fâreg plusieurs bâtiments armés.

Le commandant du génie à Damiette fera faire sur la rive droite de la bouche d’Omm-Fâreg un hangar avec un réduit palissadé ; il y sera mis une deux pièces de 3.

Bonaparte

Dépôt de la guerre

 

309.
Ordres à donner pour un mouvement
des divisions sur Ramleh
Au général Berthier

Quartier général, Gaza, 9 ventôse au VII (27 février 1799)

Vous donnerez l’ordre au général Kléber de partir demain, une demi-heure avant le jour, pour se rendre à plus de demi-chemin d’ici à Ramleh, au-delà du village d’Esdoud.

Vous donnerez l’ordre au général Lannes de partir demain, à la pointe du jour, pour se rendre au village d’Esdoud, à demi-chemin de Ramleh. Vous préviendrez que l’avant-garde marche devant lui.

Vous donnerez l’ordre au général Bon de partir, demain, au jour, pour se rendre au village d’Esdoud, à demi-chemin de Ramleh.

Vous donnerez l’ordre au général Reynier et au parc de l’armée de partir demain, à une heure après midi, pour se rendre au village de Deyr-Esny. L’ordonnateur fera faire au général Reynier et au parc les distributions jusqu’au 11 au soir, comme au reste de l’armée ; il fera emporter demain du biscuit pour l’armée pour un jour, et du riz pour un jour. Par ce moyen, la subsistance de l’armée sera assurée jusqu’au 13 au soir.

Les bagages de l’armée, sous l’escorte des sapeurs et des guides à pied, et sous les ordres d’un adjudant général de l’armée, partiront demain, à sept heures, avec le quartier général.

Bonaparte

Dépôt de la guerre



[1]           Rosette.

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