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Correspondance
militaire
de Napoléon Ier
Extraite
de la correspondance générale
et publiée
par
ordre du ministère de la guerre
Tome
troisième
Paris
- 1876
557.
Au général Duroc
Camp
de Boulogne, 10 fructidor an XIII (28 août 1805)
Monsieur
le Général Duroc, l’armée est en plein mouvement. Les grenadiers et les
premières divisions de chaque corps d’armée sont partis. Demain partent
les deuxièmes divisions. J’ai envoyé des ordres au général Marmont et
à l’armée de Hanovre. Ces corps d’armée seront organisés et devront
se rendre sur le Rhin dans les premiers jours de vendémiaire. J’imagine
qu’à l’heure qu’il est vous savez à quoi vous en tenir sur le but de
votre mission. L’armée de Hanovre n’a encore reçu que l’ordre de se
rendre à Gœttingen. Si je m’arrange avec la Prusse, je n’ai pas besoin
de penser au Hanovre ; si je ne m’arrange pas avec elle, je laisserai
dans la place forte des vivres pour un an, un bon commandant et de
l’artillerie ; et, si quelqu’un vient l’assiéger, je reviendrai,
avant que la tranchée soit terminée, tomber sur l’armée assiégeante.
Ces renseignements peuvent vous être utiles, car on pourrait croire que
j’ai plus d’intérêt à me défaire du Hanovre qu’à le garder. Ce ne
serait que de 3 000 hommes que me priverait le refus de la Prusse,
c’est-à-dire de la garnison de Hameln, et, si 30 ou 40 000 Anglais
venaient l’assiéger, vous sentez combien cela serait heureux. Frédéric
allait bien, rapidement, de Prague à Rosbach.
Lorsque
l’armée apprit qu’elle allait sur le Rhin, la joie fut universelle.
Comme vous êtes près du Nord, que votre langage soit modéré et
pacifique. Mais dites au Roi, seulement, que l’Autriche m’insulte trop
et d’une manière trop évidente ; que, dans le fait, elle a déjà déclaré
la guerre.
Il est
possible que d’ici à cinq ou six jours j’envoie l’ordre au corps du
maréchal Bernadotte de se rendre à Würzburg. Il devra alors traverser un
pays neutre. Commencez à faire les premières démarches pour obtenir des
facilités pour le passage, par l’intermédiaire de la Prusse ; ce
sera, si l’on veut, un corps qui se rend en France, et qui se dirige, par
le plus court chemin, sur Strasbourg. J’ai envoyé le général Bertrand
à Munich.
NAPOLÉON
Le
13 fructidor an XIII
Tout est
parti ; je serai en mesure le 5 vendémiaire. J’ai donné l’armée
d’Italie à Masséna. L’Autriche est très-insolente ; elle
redouble ses préparatifs. Mon escadre est entrée à Cadix. Gardez le
secret ; ceci est pour vous seul. Prenez toutes les cartes possibles du
Danube au Mein, de la Bohême, et portez-moi l’organisation de l’armée
autrichienne et russe.
Archives de
l’Empire
558.
Au maréchal Berthier
Camp
de Boulogne, 11 fructidor an XIII (29 août 1805)
Je vous
ai déjà donné l’ordre de mettre en marche pour Alençon le 16e d’infanterie
légère et le 105e de ligne, sous les ordres du général
Desjardins. Mon intention est que vous donniez le même ordre aux deux
bataillons du 44e de ligne, qui sont à Brest, ce qui achèvera
de compléter la division du général Desjardins.
Vous
composerez une autre division des deux bataillons du 63e qui sont
à Brest, du 7e d’infanterie légère et du 24e de
ligne, qui se dirigeront, par la plus courte route, également sur Alençon.
Vous ordonnerez, à cet effet, que tout le 7e d’infanterie légère
et le 24e de ligne soient débarqués des vaisseaux, les troupes
n’y étant pas comme garnison. Vous nommerez le général Sarrut et le général
Sarrazin pour commander ces troupes, sous les ordres du général Mathieu,
commandant la division.
Chacune
de ces divisions se trouvera ainsi composée de neuf bataillons.
Les
administrations, les commissaires des guerres, les sapeurs, les compagnies
d’artillerie, qui étaient attachés à l’armée de Brest, seront partagés
entre ces deux divisions. Il sera également tiré du parc de Brest douze pièces
d’artillerie attelées pour être attachées à chacune de ces divisions.
La
Grande Armée sera composée de sept corps :
1er
corps, composé de deux divisions, chaque division de trois régiments,
c’est-à-dire neuf bataillons, plus une division de cavalerie légère de
quatre régiments. Ce sera le corps de Hanovre, que commande le maréchal
Bernadotte ;
2e corps,
sous les ordres du général Marmont, et composé de trois divisions et une
division de cavalerie légère ;
3e corps,
sous les ordres du maréchal Davout, composé de trois divisions et une
division de cavalerie légère ;
4e corps,
sous les ordres du maréchal Soult, et composé de trois divisions et une
division de cavalerie légère ;
5e
corps, sous les ordres du maréchal Lannes composé, de trois divisions et
une division de cavalerie légère ;
6e corps,
sous les ordres du maréchal Ney, composé de trois divisions et une
division de cavalerie légère ;
7e corps,
sous les ordres du maréchal Augereau, composé de deux divisions, chacune
de neuf bataillons ; ce corps formera la réserve.
NAPOLÉON
Archives
de l’Empire
559.
Au maréchal Berthier
Camp
de Boulogne, 12 fructidor an XIII (30 août 1805)
Envoyez
l’ordre au général Gassendi de se rendre en poste à Grenoble, de
s’assurer que tous les fusils que j’ai ordonnés pour l’Italie sont
partis. Il ira de là à Briançon et fera partir les quatre mortiers de 12
pouces, à chambre soit cylindrique, soit sphérique, pour Mantoue. Il
donnera ordre qu’on arme Fenestrelle, et on s’assurera que
l’artillerie de cette place est en état. Il se rendra de là à Turin,
ordonnera sur-le-champ que cette citadelle soit armée, en formera lui-même
l’armement, et prescrira des mesures pour l’approvisionnement de tout ce
qui est nécessaire sous le point de vue de l’artillerie.
Vous
ferez connaître à M. Lamogère[1]
qu’en cas de siège il commandera l’artillerie de la citadelle de Turin ;
qu’il est donc nécessaire qu’il prenne, dès ce moment, toutes ses précautions,
et que le sous-directeur de l’artillerie de Turin commandera
l’artillerie de la place. Vous mettrez 50 000 francs à sa
disposition, et vous donnerez l’ordre qu’on travaille sur-le-champ aux réparations
de ladite citadelle ; qu’on répare les parapets et qu’on réunisse
un approvisionnement abondant de gabions, sacs à terre, outils, etc., de
Briançon, de Fenestrelle, de Grenoble, de Turin. Le général Gassendi vous
enverra des rapports détaillés. Vous préviendrez le général Lacombe
Saint-Michel de cette mission de Gassendi, pour que toutes les pièces de
campagne, etc., qui se trouveraient sous sa main, Gassendi puisse
sur-le-champ les lui faire passer.
Vous
ferez connaître au général Menou que, si Turin se trouvait assiégé, mon
intention est de le charger de s’enfermer dans la citadelle ; que,
dans ce cas, M. Lamogère et le directeur du génie de Turin commanderont
l’artillerie et le génie ; qu’il ait donc à la mettre dans le
meilleur état de défense. Désormais, le poste d’honneur est la défense
des places.
Faites
connaître au général Despinoy qu’étant destiné à défendre la
citadelle d’Alexandrie, il doit s’y prendre d’avance, et à
Chasseloup, qu’il s’enferme dans la citadelle et place d’Alexandrie
pour y commander le génie ; qu’il ait donc à la mettre en bon état
de défense. Le directeur d’artillerie d’Alexandrie commanderait
l’artillerie.
Que Menou
veille sur l’arsenal et la citadelle de Turin, et, tous les sept jours,
vous envoie un rapport que vous me mettrez sous les yeux.
Gassendi,
en voyant la citadelle de Turin, fera passer des munitions à Legnago,
Mantoue, et, sans perdre un moment, mettra tout en train. Après avoir conféré
et mis la citadelle d’Alexandrie en état, il se rendra à Monza, de là
à Mantoue ; il s’assurera de la situation de l’artillerie de cette
place, donnera tous les ordres, prendra note, et vous fera un rapport pour
l’améliorer. Il se rendra de là à Legnago, et de là à Peschiera, de là
à Pizzighettone, de là à la citadelle de Plaisance, à Gavi, à Gènes et
à Savone.
Il vous
rapportera des procès-verbaux et états, en bien précisant et ordonnant
qu’il soit fait mention de tout ce qui sera fait. Il me rendra compte des
mesures qu’il aura prises pour mettre tout en état. Je m’en rapporte à
ce qu’il fera. Inspecteur général de l’artillerie des 27e et
28e divisions militaires et de toute l’armée d’Italie,
fonderie, poudrières, arsenaux, équipages de campagne, tout sera de son
ressort ; il correspondra le plus fréquemment possible avec vous, et,
avant le 15 octobre, se mettra en route pour venir me rejoindre et me rendre
un compte direct de sa mission. Il fixera à Gènes l’emplacement de tous
les établissements d’artillerie, organisera la fonderie de Gênes, la
fera transporter où il voudra, la laissant en pleine et entière activité.
Vous
ferez connaître aux généraux la mission extraordinaire que j’ai donnée
au général Gassendi.
Faites
connaître au général Montchoisy que c’est lui qui commandera à Gênes
en cas d’événement ; qu’il prenne les précautions convenables ;
qu’il ait l’œil sur les armements et pour les approvisionnements de
cette belle et intéressante cité. Qu’il porte également son attention
sur Savone et Gavi.
NAPOLÉON
Archives
de l’Empire
560.
Au prince Eugène
Camp
de Boulogne, 31 août 1805
Mon
Cousin, je suis encore à Boulogne. Je compte en partir dans deux jours. La
Grande Armée est en pleine marche ; elle sera toute rendue sur le Rhin
au le, vendémiaire. J’occuperai l’ennemi de manière qu’il n’aura
pas de temps à perdre à vous chicaner en Italie. Je n’ai pas besoin de
vous répéter que cela est pour vous seul. Vous devez dire que je fais
marcher quelques troupes de mon armée des côtes, mais seulement 30 000
hommes. Du reste, que votre langage soit pacifique et modéré ;
c’est dans ce sens qu’il faut faire expliquer les journaux de Milan.
Ma Garde
italienne part pour l’armée avec le reste de ma Garde. Je laisse les
trois corps italiens qui sont à Calais, pour garder mon camp de Boulogne,
avec un bon corps français. J’imagine qu’à l’heure qu’il est vous
vous serez mis en route pour votre tournée. Pressez l’approvisionnement
de la place de Mantoue. J’en ai donné le commandement au général
Miollis, et j’y envoie le général Campredon pour commander le génie, et
un bon officier pour commander l’artillerie. Allez de l’avant et faites
approvisionner Mantoue de manière qu’il puisse se défendre un an.
Envoyez, sans faire semblant de rien, quelqu’un pour savoir si l’on
travaille à la citadelle de Plaisance, que j’ai ordonné de mettre en état
de défense. Faites-moi connaître quand il arrivera des mortiers de Pavie,
et s’il en est venu de Turin. Toutes les troupes du Piémont et de Gênes
doivent à l’heure qu’il est être en route pour se rendre à Brescia.
Plusieurs régiments filent par le Simplon.
Il est
constant aujourd’hui que nos escadres ont battu les Anglais. Si elles
n’ont pas fait tout ce que je voulais, je n’ai pas lieu d’être trop mécontent.
Quand j’aurai donné une leçon à l’Autriche, je reviendrai à mes
projets. Je sens que vous devez regretter de ne pas vous trouver à la
guerre ; mais soyez sans inquiétude : aussitôt que cela sera
possible et que l’Italie ne sera plus menacée, je vous y appellerai.
Aujourd’hui vous sentez que cela ne serait pas convenable.
NAPOLÉON
Comm.
par S. A. I. Mme la duchesse de Leuchtenberg.
(En
minute aux Arch. de l’Emp.)
561.
À M. Cambacérès
Camp
de Boulogne, 14 fructidor an XIII
(1er septembre 1805)
Mon
Cousin, je vous dirai en grande confidence qu’il n’y a plus un homme à
Boulogne, excepté les hommes jugés nécessaires pour la défense de la
place et du port. D’ici à peu de jours nous verrons qui aura les rieurs
de son côté, de la cour de Vienne ou de moi. Je vous envoie des pièces
que me remet le grand juge ; faites-moi connaître ce qu’il convient
d’en faire.
NAPOLÉON
Comm.
par M. le duc de Cambacérès
(En
minute aux Arch. de l’Emp.)
562.
Au prince Eugène
Camp
de Boulogne, 1er septembre 1805
Mon
Cousin, j’ai reçu l’état, que vous m’avez envoyé, des jeunes gens
de la garde d’honneur et de ceux destinés aux vélites. Allez de
l’avant et formez-en des premières compagnies, qui vous seront nécessaires
pour votre garde dans les circonstances orageuses qui vont se présenter. Je
serai dans peu de jours à Paris. Cet automne sera un automne de grands événements.
Poussez l’approvisionnement de Mantoue. J’ai appris avec plaisir que
deux mortiers de 12 pouces, avaient été fondus à Pavie : faites-les
partir pour Mantoue. Écrivez au directeur de la fonderie de Turin que vos
places ont grand besoin de mortiers, et qu’il
vous en envoie. Étudiez
le pays ; les connaissances locales sont des connaissances précieuses
qu’on retrouve tôt ou tard. Mon armée est ici en grande marche.
Continuez cependant à dire que c’est un détachement de 30 000
hommes que je fais partir pour garantir mes frontières du Rhin. Le général
Gassendi se rend en Italie. Donnez-lui toutes les instructions et facilités
nécessaires pour l’organisation de l’artillerie des places. Je lui ai
donné l’ordre de se rendre près de vous en passant à Milan, pour se
concerter avec vous sur les opérations dont je l’ai chargé. À l’heure
qu’il est, M. le maréchal
Jourdan a reçu tous les ordres pour les mouvements de son armée. Je ne
pense pas que les Autrichiens mettent beaucoup de troupes à Vérone
autrichienne. Toutefois, le maréchal Jourdan en mettra davantage à Vérone
française. La désertion, que devront craindre les Autrichiens, les éloignera
de ce point de contact. Quelques chevaux de plus ou de moins à la cavalerie
italienne ne feront pas grand’chose ; les principales ressources du
ministère de la guerre doivent être aujourd’hui employées à bien
approvisionner les places.
NAPOLÉON
Comm.
par S. A. I, Mme la duchesse de Leuchtenberg
563.
À M. Barbé-Marbois
Camp
de Boulogne, 15 fructidor an XIII
(2 septembre 1805).
Vous avez
vu, par ma dernière lettre, que les quatre millions de la caisse
d’amortissement ont été distribués. Ils seront donc à ma disposition.
Mais ce qui m’importe beaucoup, c’est que ces quatre millions, pour les
capotes, remontes, charrois, pour les attelages, soient payés le 20 de ce
mois, car le moindre retard contrarierait toutes les opérations.
Quant au
système des finances, il est on ne peut plus mauvais. Ces billets de coupes
ne sont que des chiffons, parce qu’ils ne sont pas échus. Mon intention
est que l’escompte s’en charge, sans quoi, je ne les reçois plus au trésor,
surtout pour la réserve.
Il faut
se procurer sept ou huit millions à la trésorerie pour des dépenses
urgentes, et qu’il y ait, au 1er vendémiaire, dans la caisse
du payeur à Strasbourg, de quoi payer vendémiaire et fructidor. Je ne veux
point me mettre en campagne sans avoir les moyens de maintenir la
discipline, et je ne le peux, si le soldat n’est pas payé. Il me faudra
de l’argent pour payer l’extraordinaire en charrois et transports. Je
pense qu’il faut qu’au 1er vendémiaire il y ait huit
millions dans la caisse de Strasbourg : quatre pour les frais
extraordinaires de transport et d’artillerie, et quatre pour le reste.
NAPOLÉON
Archives
de l’Empire
564.
Au général Gouvion Saint-Cyr à Barletta
Camp
de Boulogne, 15 fructidor an XIII
(2 septembre 1805)
Monsieur
le Général Saint-Cyr, je ne crois pas devoir attendre le dernier moment
pour vous faire connaître le plan de campagne adopté par l’Empereur ;
il est bon que quinze jours à l’avance vous en soyez instruit, afin que,
dans le plus profond silence, vous puissiez prendre toutes vos mesures ;
de sorte que, lorsque je vous aurai transmis les derniers ordres de
l’Empereur de commencer les hostilités, vous soyez préparé à jouer le
rôle important que vous a confié Sa Majesté dans ses vastes plans, qui
embrassent depuis la Baltique jusqu’à Naples.
Vous
aurez 20 000 hommes au moment de commencer les hostilités, soit Français,
Polonais, Suisses ou Italiens. Cette force, suffisante pour s’emparer de
Naples, pour en chasser la cour, pour dissoudre et anéantir l’armée
napolitaine, ne le sera plus si 12 000 Russes, 6 000 Anglais
avaient le temps, de Corfou et de Malte, de se concerter avec l’armée
napolitaine.
Il est
essentiel que vous ayez l’initiative des mouvements ; il faut donc
que vous gagniez du temps, que vous dissimuliez profondément vos projets,
et que, jusqu’au moment où vos opérations commenceront, vous ne donniez
aucune inquiétude au roi de Naples.
L’intention
de l’Empereur est que vous entriez à Naples au même moment qu’il
passera le Rhin ; ce que l’on suppose être dans la première
quinzaine de vendémiaire. Par là, vous préviendrez les projets des Russes
et des Anglais ; vous serez maître de Naples avant que ceux-ci aient
appris que les hostilités sont commencées ; vous aurez dissous
l’armée napolitaine, et vous aurez eu le temps de vous emparer des forts.
Vous établirez
à Naples une régence en forme de gouvernement provisoire, et vous ferez ce
qui sera convenable pour flatter l’opinion contraire à la cour.
Votre
conduite ultérieure dépendra de la conduite des Russes et des Anglais.
Ou ils se
réuniront tous en Sicile, pour y attendre de nouveaux secours et concerter
un plan d’invasion à l’effet de reprendre Naples : alors les mois
se passeront, et vous resterez une partie de l’hiver à armer, s’il est
possible, le parti qui est pour nous et à attendre le résultat des grands
événement d’Allemagne ;
Ou si, au
contraire, 10 000 Russes tentent de débarquer à Tarente, et que vous
puissiez être assez fort pour marcher à eux avant qu’ils aient pu se
rallier, monter leur cavalerie et leur artillerie, vous ne vous y épargnerez
pas ; et si, par quelques combinaisons que ce soit, les forces de
l’ennemi étaient telles que vous fussiez obligé d’évacuer Naples et
la partie méridionale du royaume, vous disputeriez le terrain et vous
feriez votre retraite lentement.
Arrivé
à Pescara, vous y laisseriez le général de division Reynier pour y
commander la place avec une forte garnison et un abondant approvisionnement
d’artillerie, vivres, etc., et vous continueriez votre retraite sur Parme
ou sur la Toscane, selon les événements qui auraient eu lieu dans
l’Italie supérieure.
Ainsi
donc on peut considérer vos opérations sous deux points de vue :
comme opposé à l’armée napolitaine, vous êtes attaquant et vous devez
faire la guerre offensive, envahir le royaume ; et si des forces coalisées
supérieures voulaient, à leur tour, établir la guerre offensive dans le
royaume de Naples, vous seriez à leur égard un corps d’observation qui
leur disputerait le terrain et qui ne pourrait les vaincre parce qu’elles
seraient trop supérieures à vous ; vous leur rendriez leurs conquêtes
difficiles, leur marche lente, et donneriez le temps aux armées
d’Allemagne et d’Italie de vous envoyer de nombreux et puissants
renforts.
Sous le
premier point de vue d’armée opposée à l’armée napolitaine, vos opérations
sont de peu d’utilité pour les opérations générales ; mais, sous
le point de vue d’armée d’observation opposée aux coalisés, vous empêcherez
ou retarderez considérablement leur jonction avec l’armée autrichienne
de l’Adige.
Les
grands coups se porteront en Allemagne, où l’Empereur se portera en
personne, et les opérations mêmes de l’armée d’Italie, si elles
n’avaient pas de succès, ne devraient en rien influer sur les vôtres.
L’ennemi serait à Milan que vous n’en devez pas moins rester à Naples ;
car ses succès, s’il en obtient, ne seront que de courte durée et une
chimère éphémère. Si les opérations de l’Empereur sont couronnées du
succès qu’on a droit d’en attendre, leur premier résultat sera de dégager
l’armée d’Italie et de vous envoyer les secours dont vous auriez besoin
pour jeter dans la mer les forces coalisées, reprendre tout le pays que
vous auriez perdu, et même menacer la Sicile.
En dernière
analyse, vous devez sans délai commencer l’armement et
l’approvisionnement de Pescara, y placer tous, les dépôts de votre armée,
y mettre un commandant d’armes. C’est sur ce point-là que seront dirigés
vos secours, et enfin c’est votre centre d’opération. Cette place doit
tenir plusieurs mois, lors même que vous seriez obligé d’évacuer tout
le pays, et redonner à l’Empereur le temps de compléter son plan.
Une fois
maître d’une place, vous devez en démolir les fortifications et diriger
toute l’artillerie et les approvisionnements sur Pescara. Les châteaux
mêmes qui dominent Naples, à peine en serez-vous maître que vous les
ferez miner ; et, afin que vous ne soyez pas obligé de les reprendre
deux fois, vous les ferez sauter dans le cas où vous seriez contraint d’évacuer
Naples.
La présente
lettre est l’instruction principale de votre plan de campagne, et, quelque
événement imprévu qui puisse arriver, c’est dans l’esprit de cette
instruction que vous devez chercher la règle de votre conduite.
Si l’on
parle de la contre-marche que la Grande Armée a faite de l’Océan sur le
Rhin, vous devez dire que ce ne sont que 30 000 hommes qui ont marché
pour renforcer la ligne de cette partie.
Dans le
prochain courrier que je vous expédierai, je vous ferai connaître le plan
adopté par l’Empereur, la force de ses différents corps d’armée, ce
qui vous rendra plus intelligible ce que je viens de vous écrire.
Mettez-vous
en correspondance avec S. Ém. M. le cardinal Fesch. Convenez d’un
chiffre, que vous me ferez passer, afin que l’on ne puisse prendre
connaissance de la correspondance que l’on pourrait arrêter.
Le maréchal
Berthier, par ordre de l’Empereur.
Dépôt
de la guerre
(En
minute aux Arch. de l’Emp.)
565.
Au maréchal Berthier
Saint-Cloud,
18 fructidor an XIII (5 septembre 1805)
Mon
Cousin, expédiez au général Masséna, par l’estafette de demain,
l’ordre de faire avancer son parc d’artillerie, de former ses divisions,
de faire mettre de l’artillerie sur les remparts du château de Vérone.
Vous lui commanderez d’exiger que le biscuit y soit renfermer, et de déterminer
le commandant qui sera chargé de défendre Vérone, vu qu’il est
important de se tenir maître du vieux pont. Il fera préparer aussi tous
les outils, afin qu’on puisse, dès qu’on aura passé, construire
sur-le-champ une tête de pont au vieux pont. Vous lui enverrez, dans deux
jours, le plan de campagne qu’il doit suivre. Vous recommanderez cependant
que son langage soit toujours pacifique, vu que je ne serai en mesure sur le
Rhin que le 5 vendémiaire. Je n’ai encore reçu que les lettres du 10
fructidor aux généraux Marmont et Bernadotte. Mon désir est que vous
m’apportiez, ce soir, les dernières lettres à ces généraux. Donnez
ordre à tous les colonels et lieutenants-colonels absents de leurs corps de
les rejoindre, même à ceux qui font partie de la Maison de l’Impératrice
et de la mienne, ainsi que de celle des princes. Plusieurs officiers sont
nommés chefs de bataillon ou capitaines dans ma Garde ; vous leur
donnerez l’ordre de se rendre en droiture à Strasbourg, afin de leur épargner
de faire une route inutile en se rendant à Paris.
NAPOLÉON
Archives
de l’Empire
566.
Au maréchal Berthier
Saint-Cloud,
18 fructidor an XIII (5 septembre 1805)
Mon
Cousin, je vous ai demandé la copie des lettres que vous avez écrites au
maréchal Bernadotte et au général Marmont ; vous ne m’envoyez que
celles du 10. Faute de ces copies, il m’est impossible de vous donner
d’autres ordres. Je vous ai dit, une fois pour toutes, de me renvoyer la
copie de tous les ordres que je vous dictais. Je vous renvoie des lettres
qui ne me servent à rien. Je vois seulement dans une lettre du maréchal
Jourdan qu’il dit qu’il n’a pas d’équipage de campagne ; cela
est par trop bête. Demandez à vos bureaux l’état de ce qui existe en
artillerie de campagne, en Italie, et mettez-le-moi sous les yeux demain.
NAPOLÉON
Archives
de l’Empire
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