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Histoire Militaire et Stratégie
Correspondance de Napoléon
RIHM
 

 

 

Correspondance militaire
de Napoléon I
er

Extraite de la correspondance générale et publiée

par ordre du ministère de la guerre

Tome troisième

Paris - 1876

 

557.
Au général Duroc

Camp de Boulogne, 10 fructidor an XIII (28 août 1805)

Monsieur le Général Duroc, l’armée est en plein mouvement. Les grenadiers et les premières divisions de chaque corps d’armée sont partis. Demain partent les deuxièmes divisions. J’ai envoyé des ordres au général Marmont et à l’armée de Hanovre. Ces corps d’armée seront organisés et devront se rendre sur le Rhin dans les premiers jours de vendémiaire. J’imagine qu’à l’heure qu’il est vous savez à quoi vous en tenir sur le but de votre mission. L’armée de Hanovre n’a encore reçu que l’ordre de se rendre à Gœttingen. Si je m’arrange avec la Prusse, je n’ai pas besoin de penser au Hanovre ; si je ne m’arrange pas avec elle, je laisserai dans la place forte des vivres pour un an, un bon commandant et de l’artillerie ; et, si quelqu’un vient l’assiéger, je reviendrai, avant que la tranchée soit terminée, tomber sur l’armée assiégeante. Ces renseignements peuvent vous être utiles, car on pourrait croire que j’ai plus d’intérêt à me défaire du Hanovre qu’à le garder. Ce ne serait que de 3 000 hommes que me priverait le refus de la Prusse, c’est-à-dire de la garnison de Hameln, et, si 30 ou 40 000 Anglais venaient l’assiéger, vous sentez combien cela serait heureux. Frédéric allait bien, rapidement, de Prague à Rosbach.

Lorsque l’armée apprit qu’elle allait sur le Rhin, la joie fut universelle. Comme vous êtes près du Nord, que votre langage soit modéré et pacifique. Mais dites au Roi, seulement, que l’Autriche m’insulte trop et d’une manière trop évidente ; que, dans le fait, elle a déjà déclaré la guerre.

Il est possible que d’ici à cinq ou six jours j’envoie l’ordre au corps du maréchal Bernadotte de se rendre à Würzburg. Il devra alors traverser un pays neutre. Commencez à faire les premières démarches pour obtenir des facilités pour le passage, par l’intermédiaire de la Prusse ; ce sera, si l’on veut, un corps qui se rend en France, et qui se dirige, par le plus court chemin, sur Strasbourg. J’ai envoyé le général Bertrand à Munich.

NAPOLÉON

Le 13 fructidor an XIII

Tout est parti ; je serai en mesure le 5 vendémiaire. J’ai donné l’armée d’Italie à Masséna. L’Autriche est très-insolente ; elle redouble ses préparatifs. Mon escadre est entrée à Cadix. Gardez le secret ; ceci est pour vous seul. Prenez toutes les cartes possibles du Danube au Mein, de la Bohême, et portez-moi l’organisation de l’armée autrichienne et russe.

Archives de l’Empire

 

558.
Au maréchal Berthier

Camp de Boulogne, 11 fructidor an XIII (29 août 1805)

Je vous ai déjà donné l’ordre de mettre en marche pour Alençon le 16e d’infanterie légère et le 105e de ligne, sous les ordres du général Desjardins. Mon intention est que vous donniez le même ordre aux deux bataillons du 44e de ligne, qui sont à Brest, ce qui achèvera de compléter la division du général Desjardins.

Vous composerez une autre division des deux bataillons du 63e qui sont à Brest, du 7e d’infanterie légère et du 24e de ligne, qui se dirigeront, par la plus courte route, également sur Alençon. Vous ordonnerez, à cet effet, que tout le 7e d’infanterie légère et le 24e de ligne soient débarqués des vaisseaux, les troupes n’y étant pas comme garnison. Vous nommerez le général Sarrut et le général Sarrazin pour commander ces troupes, sous les ordres du général Mathieu, commandant la division.

Chacune de ces divisions se trouvera ainsi composée de neuf bataillons.

Les administrations, les commissaires des guerres, les sapeurs, les compagnies d’artillerie, qui étaient attachés à l’armée de Brest, seront partagés entre ces deux divisions. Il sera également tiré du parc de Brest douze pièces d’artillerie attelées pour être attachées à chacune de ces divisions.

La Grande Armée sera composée de sept corps :

1er corps, composé de deux divisions, chaque division de trois régiments, c’est-à-dire neuf bataillons, plus une division de cavalerie légère de quatre régiments. Ce sera le corps de Hanovre, que commande le maréchal Bernadotte ;

2e corps, sous les ordres du général Marmont, et composé de trois divisions et une division de cavalerie légère ;

3e corps, sous les ordres du maréchal Davout, composé de trois divisions et une division de cavalerie légère ;

4e corps, sous les ordres du maréchal Soult, et composé de trois divisions et une division de cavalerie légère ;

5e corps, sous les ordres du maréchal Lannes composé, de trois divisions et une division de cavalerie légère ;

6e corps, sous les ordres du maréchal Ney, composé de trois divisions et une division de cavalerie légère ;

7e corps, sous les ordres du maréchal Augereau, composé de deux divisions, chacune de neuf bataillons ; ce corps formera la réserve.

NAPOLÉON

Archives de l’Empire

 

559.
Au maréchal Berthier

Camp de Boulogne, 12 fructidor an XIII (30 août 1805)

Envoyez l’ordre au général Gassendi de se rendre en poste à Grenoble, de s’assurer que tous les fusils que j’ai ordonnés pour l’Italie sont partis. Il ira de là à Briançon et fera partir les quatre mortiers de 12 pouces, à chambre soit cylindrique, soit sphérique, pour Mantoue. Il donnera ordre qu’on arme Fenestrelle, et on s’assurera que l’artillerie de cette place est en état. Il se rendra de là à Turin, ordonnera sur-le-champ que cette citadelle soit armée, en formera lui-même l’armement, et prescrira des mesures pour l’approvisionnement de tout ce qui est nécessaire sous le point de vue de l’artillerie.

Vous ferez connaître à M. Lamogère[1] qu’en cas de siège il commandera l’artillerie de la citadelle de Turin ; qu’il est donc nécessaire qu’il prenne, dès ce moment, toutes ses précautions, et que le sous-directeur de l’artillerie de Turin commandera l’artillerie de la place. Vous mettrez 50 000 francs à sa disposition, et vous donnerez l’ordre qu’on travaille sur-le-champ aux réparations de ladite citadelle ; qu’on répare les parapets et qu’on réunisse un approvisionnement abondant de gabions, sacs à terre, outils, etc., de Briançon, de Fenestrelle, de Grenoble, de Turin. Le général Gassendi vous enverra des rapports détaillés. Vous préviendrez le général Lacombe Saint-Michel de cette mission de Gassendi, pour que toutes les pièces de campagne, etc., qui se trouveraient sous sa main, Gassendi puisse sur-le-champ les lui faire passer.

Vous ferez connaître au général Menou que, si Turin se trouvait assiégé, mon intention est de le charger de s’enfermer dans la citadelle ; que, dans ce cas, M. Lamogère et le directeur du génie de Turin commanderont l’artillerie et le génie ; qu’il ait donc à la mettre dans le meilleur état de défense. Désormais, le poste d’honneur est la défense des places.

Faites connaître au général Despinoy qu’étant destiné à défendre la citadelle d’Alexandrie, il doit s’y prendre d’avance, et à Chasseloup, qu’il s’enferme dans la citadelle et place d’Alexandrie pour y commander le génie ; qu’il ait donc à la mettre en bon état de défense. Le directeur d’artillerie d’Alexandrie commanderait l’artillerie.

Que Menou veille sur l’arsenal et la citadelle de Turin, et, tous les sept jours, vous envoie un rapport que vous me mettrez sous les yeux.

Gassendi, en voyant la citadelle de Turin, fera passer des munitions à Legnago, Mantoue, et, sans perdre un moment, mettra tout en train. Après avoir conféré et mis la citadelle d’Alexandrie en état, il se rendra à Monza, de là à Mantoue ; il s’assurera de la situation de l’artillerie de cette place, donnera tous les ordres, prendra note, et vous fera un rapport pour l’améliorer. Il se rendra de là à Legnago, et de là à Peschiera, de là à Pizzighettone, de là à la citadelle de Plaisance, à Gavi, à Gènes et à Savone.

Il vous rapportera des procès-verbaux et états, en bien précisant et ordonnant qu’il soit fait mention de tout ce qui sera fait. Il me rendra compte des mesures qu’il aura prises pour mettre tout en état. Je m’en rapporte à ce qu’il fera. Inspecteur général de l’artillerie des 27e et 28e divisions militaires et de toute l’armée d’Italie, fonderie, poudrières, arsenaux, équipages de campagne, tout sera de son ressort ; il correspondra le plus fréquemment possible avec vous, et, avant le 15 octobre, se mettra en route pour venir me rejoindre et me rendre un compte direct de sa mission. Il fixera à Gènes l’emplacement de tous les établissements d’artillerie, organisera la fonderie de Gênes, la fera transporter où il voudra, la laissant en pleine et entière activité.

Vous ferez connaître aux généraux la mission extraordinaire que j’ai donnée au général Gassendi.

Faites connaître au général Montchoisy que c’est lui qui commandera à Gênes en cas d’événement ; qu’il prenne les précautions convenables ; qu’il ait l’œil sur les armements et pour les approvisionnements de cette belle et intéressante cité. Qu’il porte également son attention sur Savone et Gavi.

NAPOLÉON

Archives de l’Empire

 

560.
Au prince Eugène

Camp de Boulogne, 31 août 1805

Mon Cousin, je suis encore à Boulogne. Je compte en partir dans deux jours. La Grande Armée est en pleine marche ; elle sera toute rendue sur le Rhin au le, vendémiaire. J’occuperai l’ennemi de manière qu’il n’aura pas de temps à perdre à vous chicaner en Italie. Je n’ai pas besoin de vous répéter que cela est pour vous seul. Vous devez dire que je fais marcher quelques troupes de mon armée des côtes, mais seulement 30 000 hommes. Du reste, que votre langage soit pacifique et modéré ; c’est dans ce sens qu’il faut faire expliquer les journaux de Milan.

Ma Garde italienne part pour l’armée avec le reste de ma Garde. Je laisse les trois corps italiens qui sont à Calais, pour garder mon camp de Boulogne, avec un bon corps français. J’imagine qu’à l’heure qu’il est vous vous serez mis en route pour votre tournée. Pressez l’approvisionnement de la place de Mantoue. J’en ai donné le commandement au général Miollis, et j’y envoie le général Campredon pour commander le génie, et un bon officier pour commander l’artillerie. Allez de l’avant et faites approvisionner Mantoue de manière qu’il puisse se défendre un an. Envoyez, sans faire semblant de rien, quelqu’un pour savoir si l’on travaille à la citadelle de Plaisance, que j’ai ordonné de mettre en état de défense. Faites-moi connaître quand il arrivera des mortiers de Pavie, et s’il en est venu de Turin. Toutes les troupes du Piémont et de Gênes doivent à l’heure qu’il est être en route pour se rendre à Brescia. Plusieurs régiments filent par le Simplon.

Il est constant aujourd’hui que nos escadres ont battu les Anglais. Si elles n’ont pas fait tout ce que je voulais, je n’ai pas lieu d’être trop mécontent. Quand j’aurai donné une leçon à l’Autriche, je reviendrai à mes projets. Je sens que vous devez regretter de ne pas vous trouver à la guerre ; mais soyez sans inquiétude : aussitôt que cela sera possible et que l’Italie ne sera plus menacée, je vous y appellerai. Aujourd’hui vous sentez que cela ne serait pas convenable.

NAPOLÉON

Comm. par S. A. I. Mme la duchesse de Leuchtenberg.

(En minute aux Arch. de l’Emp.)

 

561. À M. Cambacérès

Camp de Boulogne, 14 fructidor an XIII
(1er septembre 1805)

Mon Cousin, je vous dirai en grande confidence qu’il n’y a plus un homme à Boulogne, excepté les hommes jugés nécessaires pour la défense de la place et du port. D’ici à peu de jours nous verrons qui aura les rieurs de son côté, de la cour de Vienne ou de moi. Je vous envoie des pièces que me remet le grand juge ; faites-moi connaître ce qu’il convient d’en faire.

NAPOLÉON

Comm. par M. le duc de Cambacérès

(En minute aux Arch. de l’Emp.)

 

562.
Au prince Eugène

Camp de Boulogne, 1er septembre 1805

Mon Cousin, j’ai reçu l’état, que vous m’avez envoyé, des jeunes gens de la garde d’honneur et de ceux destinés aux vélites. Allez de l’avant et formez-en des premières compagnies, qui vous seront nécessaires pour votre garde dans les circonstances orageuses qui vont se présenter. Je serai dans peu de jours à Paris. Cet automne sera un automne de grands événements. Poussez l’approvisionnement de Mantoue. J’ai appris avec plaisir que deux mortiers de 12 pouces, avaient été fondus à Pavie : faites-les partir pour Mantoue. Écrivez au directeur de la fonderie de Turin que vos places ont grand besoin de mortiers, et qu’il vous en envoie. Étudiez le pays ; les connaissances locales sont des connaissances précieuses qu’on retrouve tôt ou tard. Mon armée est ici en grande marche. Continuez cependant à dire que c’est un détachement de 30 000 hommes que je fais partir pour garantir mes frontières du Rhin. Le général Gassendi se rend en Italie. Donnez-lui toutes les instructions et facilités nécessaires pour l’organisation de l’artillerie des places. Je lui ai donné l’ordre de se rendre près de vous en passant à Milan, pour se concerter avec vous sur les opérations dont je l’ai chargé. À l’heure qu’il est, M. le maréchal Jourdan a reçu tous les ordres pour les mouvements de son armée. Je ne pense pas que les Autrichiens mettent beaucoup de troupes à Vérone autrichienne. Toutefois, le maréchal Jourdan en mettra davantage à Vérone française. La désertion, que devront craindre les Autrichiens, les éloignera de ce point de contact. Quelques chevaux de plus ou de moins à la cavalerie italienne ne feront pas grand’chose ; les principales ressources du ministère de la guerre doivent être aujourd’hui employées à bien approvisionner les places.

NAPOLÉON

Comm. par S. A. I, Mme la duchesse de Leuchtenberg

 

563.
À M. Barbé-Marbois

Camp de Boulogne, 15 fructidor an XIII
(2 septembre 1805).

Vous avez vu, par ma dernière lettre, que les quatre millions de la caisse d’amortissement ont été distribués. Ils seront donc à ma disposition. Mais ce qui m’importe beaucoup, c’est que ces quatre millions, pour les capotes, remontes, charrois, pour les attelages, soient payés le 20 de ce mois, car le moindre retard contrarierait toutes les opérations.

Quant au système des finances, il est on ne peut plus mauvais. Ces billets de coupes ne sont que des chiffons, parce qu’ils ne sont pas échus. Mon intention est que l’escompte s’en charge, sans quoi, je ne les reçois plus au trésor, surtout pour la réserve.

Il faut se procurer sept ou huit millions à la trésorerie pour des dépenses urgentes, et qu’il y ait, au 1er vendémiaire, dans la caisse du payeur à Strasbourg, de quoi payer vendémiaire et fructidor. Je ne veux point me mettre en campagne sans avoir les moyens de maintenir la discipline, et je ne le peux, si le soldat n’est pas payé. Il me faudra de l’argent pour payer l’extraordinaire en charrois et transports. Je pense qu’il faut qu’au 1er vendémiaire il y ait huit millions dans la caisse de Strasbourg : quatre pour les frais extraordinaires de transport et d’artillerie, et quatre pour le reste.

NAPOLÉON

Archives de l’Empire

 

564.
Au général Gouvion Saint-Cyr à Barletta

Camp de Boulogne, 15 fructidor an XIII
(2 septembre 1805)

Monsieur le Général Saint-Cyr, je ne crois pas devoir attendre le dernier moment pour vous faire connaître le plan de campagne adopté par l’Empereur ; il est bon que quinze jours à l’avance vous en soyez instruit, afin que, dans le plus profond silence, vous puissiez prendre toutes vos mesures ; de sorte que, lorsque je vous aurai transmis les derniers ordres de l’Empereur de commencer les hostilités, vous soyez préparé à jouer le rôle important que vous a confié Sa Majesté dans ses vastes plans, qui embrassent depuis la Baltique jusqu’à Naples.

Vous aurez 20 000 hommes au moment de commencer les hostilités, soit Français, Polonais, Suisses ou Italiens. Cette force, suffisante pour s’emparer de Naples, pour en chasser la cour, pour dissoudre et anéantir l’armée napolitaine, ne le sera plus si 12 000 Russes, 6 000 Anglais avaient le temps, de Corfou et de Malte, de se concerter avec l’armée napolitaine.

Il est essentiel que vous ayez l’initiative des mouvements ; il faut donc que vous gagniez du temps, que vous dissimuliez profondément vos projets, et que, jusqu’au moment où vos opérations commenceront, vous ne donniez aucune inquiétude au roi de Naples.

L’intention de l’Empereur est que vous entriez à Naples au même moment qu’il passera le Rhin ; ce que l’on suppose être dans la première quinzaine de vendémiaire. Par là, vous préviendrez les projets des Russes et des Anglais ; vous serez maître de Naples avant que ceux-ci aient appris que les hostilités sont commencées ; vous aurez dissous l’armée napolitaine, et vous aurez eu le temps de vous emparer des forts.

Vous établirez à Naples une régence en forme de gouvernement provisoire, et vous ferez ce qui sera convenable pour flatter l’opinion contraire à la cour.

Votre conduite ultérieure dépendra de la conduite des Russes et des Anglais.

Ou ils se réuniront tous en Sicile, pour y attendre de nouveaux secours et concerter un plan d’invasion à l’effet de reprendre Naples : alors les mois se passeront, et vous resterez une partie de l’hiver à armer, s’il est possible, le parti qui est pour nous et à attendre le résultat des grands événement d’Allemagne ;

Ou si, au contraire, 10 000 Russes tentent de débarquer à Tarente, et que vous puissiez être assez fort pour marcher à eux avant qu’ils aient pu se rallier, monter leur cavalerie et leur artillerie, vous ne vous y épargnerez pas ; et si, par quelques combinaisons que ce soit, les forces de l’ennemi étaient telles que vous fussiez obligé d’évacuer Naples et la partie méridionale du royaume, vous disputeriez le terrain et vous feriez votre retraite lentement.

Arrivé à Pescara, vous y laisseriez le général de division Reynier pour y commander la place avec une forte garnison et un abondant approvisionnement d’artillerie, vivres, etc., et vous continueriez votre retraite sur Parme ou sur la Toscane, selon les événements qui auraient eu lieu dans l’Italie supérieure.

Ainsi donc on peut considérer vos opérations sous deux points de vue : comme opposé à l’armée napolitaine, vous êtes attaquant et vous devez faire la guerre offensive, envahir le royaume ; et si des forces coalisées supérieures voulaient, à leur tour, établir la guerre offensive dans le royaume de Naples, vous seriez à leur égard un corps d’observation qui leur disputerait le terrain et qui ne pourrait les vaincre parce qu’elles seraient trop supérieures à vous ; vous leur rendriez leurs conquêtes difficiles, leur marche lente, et donneriez le temps aux armées d’Allemagne et d’Italie de vous envoyer de nombreux et puissants renforts.

Sous le premier point de vue d’armée opposée à l’armée napolitaine, vos opérations sont de peu d’utilité pour les opérations générales ; mais, sous le point de vue d’armée d’observation opposée aux coalisés, vous empêcherez ou retarderez considérablement leur jonction avec l’armée autrichienne de l’Adige.

Les grands coups se porteront en Allemagne, où l’Empereur se portera en personne, et les opérations mêmes de l’armée d’Italie, si elles n’avaient pas de succès, ne devraient en rien influer sur les vôtres. L’ennemi serait à Milan que vous n’en devez pas moins rester à Naples ; car ses succès, s’il en obtient, ne seront que de courte durée et une chimère éphémère. Si les opérations de l’Empereur sont couronnées du succès qu’on a droit d’en attendre, leur premier résultat sera de dégager l’armée d’Italie et de vous envoyer les secours dont vous auriez besoin pour jeter dans la mer les forces coalisées, reprendre tout le pays que vous auriez perdu, et même menacer la Sicile.

En dernière analyse, vous devez sans délai commencer l’armement et l’approvisionnement de Pescara, y placer tous, les dépôts de votre armée, y mettre un commandant d’armes. C’est sur ce point-là que seront dirigés vos secours, et enfin c’est votre centre d’opération. Cette place doit tenir plusieurs mois, lors même que vous seriez obligé d’évacuer tout le pays, et redonner à l’Empereur le temps de compléter son plan.

Une fois maître d’une place, vous devez en démolir les fortifications et diriger toute l’artillerie et les approvisionne­ments sur Pescara. Les châteaux mêmes qui dominent Naples, à peine en serez-vous maître que vous les ferez miner ; et, afin que vous ne soyez pas obligé de les reprendre deux fois, vous les ferez sauter dans le cas où vous seriez contraint d’évacuer Naples.

La présente lettre est l’instruction principale de votre plan de campagne, et, quelque événement imprévu qui puisse arriver, c’est dans l’esprit de cette instruction que vous devez chercher la règle de votre conduite.

Si l’on parle de la contre-marche que la Grande Armée a faite de l’Océan sur le Rhin, vous devez dire que ce ne sont que 30 000 hommes qui ont marché pour renforcer la ligne de cette partie.

Dans le prochain courrier que je vous expédierai, je vous ferai connaître le plan adopté par l’Empereur, la force de ses différents corps d’armée, ce qui vous rendra plus intelligible ce que je viens de vous écrire.

Mettez-vous en correspondance avec S. Ém. M. le cardinal Fesch. Convenez d’un chiffre, que vous me ferez passer, afin que l’on ne puisse prendre connaissance de la correspondance que l’on pourrait arrêter.

Le maréchal Berthier, par ordre de l’Empereur.

Dépôt de la guerre

(En minute aux Arch. de l’Emp.)

 

565.
Au maréchal Berthier

Saint-Cloud, 18 fructidor an XIII (5 septembre 1805)

Mon Cousin, expédiez au général Masséna, par l’estafette de demain, l’ordre de faire avancer son parc d’artillerie, de former ses divisions, de faire mettre de l’artillerie sur les remparts du château de Vérone. Vous lui commanderez d’exiger que le biscuit y soit renfermer, et de déterminer le commandant qui sera chargé de défendre Vérone, vu qu’il est important de se tenir maître du vieux pont. Il fera préparer aussi tous les outils, afin qu’on puisse, dès qu’on aura passé, construire sur-le-champ une tête de pont au vieux pont. Vous lui enverrez, dans deux jours, le plan de campagne qu’il doit suivre. Vous recommanderez cependant que son langage soit toujours pacifique, vu que je ne serai en mesure sur le Rhin que le 5 vendémiaire. Je n’ai encore reçu que les lettres du 10 fructidor aux généraux Marmont et Bernadotte. Mon désir est que vous m’apportiez, ce soir, les dernières lettres à ces généraux. Donnez ordre à tous les colonels et lieutenants-colonels absents de leurs corps de les rejoindre, même à ceux qui font partie de la Maison de l’Impératrice et de la mienne, ainsi que de celle des princes. Plusieurs officiers sont nommés chefs de bataillon ou capitaines dans ma Garde ; vous leur donnerez l’ordre de se rendre en droiture à Strasbourg, afin de leur épargner de faire une route inutile en se rendant à Paris.

NAPOLÉON

Archives de l’Empire

 

566.
Au maréchal Berthier

Saint-Cloud, 18 fructidor an XIII (5 septembre 1805)

Mon Cousin, je vous ai demandé la copie des lettres que vous avez écrites au maréchal Bernadotte et au général Marmont ; vous ne m’envoyez que celles du 10. Faute de ces copies, il m’est impossible de vous donner d’autres ordres. Je vous ai dit, une fois pour toutes, de me renvoyer la copie de tous les ordres que je vous dictais. Je vous renvoie des lettres qui ne me servent à rien. Je vois seulement dans une lettre du maréchal Jourdan qu’il dit qu’il n’a pas d’équipage de campagne ; cela est par trop bête. Demandez à vos bureaux l’état de ce qui existe en artillerie de campagne, en Italie, et mettez-le-moi sous les yeux demain.

NAPOLÉON

Archives de l’Empire



[1]         Colonel directeur de l’artillerie à Turin.

 

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