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Stratégique

Histoire Militaire et Stratégie
Correspondance de Napoléon
RIHM
 

 

 

Correspondance militaire
de Napoléon I
er

Extraite de la correspondance générale et publiée

par ordre du ministère de la guerre

Tome troisième

Paris - 1876

 

 

567.
Au maréchal Bernadotte
Commandant le 1er corps de la Grande Armée

Monsieur le Maréchal, l’Empereur vous ordonne de partir, avec votre corps d’armée, pour vous rendre à Würzburg, et de combiner votre marche de manière à y être arrivé du 1er au 2 vendémiaire. Vous êtes censé vous rendre à Mayence. Vous écrirez à M. Bignon pour qu’il demande passage sur les terres de l’Électeur, pour rentrer en France. Arrivé à Würzburg, vous recevrez de nouveaux ordres. M. Otto, qui est à Munich, est chargé de vous instruire de tout ce qu’il y aurait de nouveau sur l’Inn, qui pourrait vous intéresser. Je m’en rapporte à ma dernière lettre pour toutes les précautions à prendre par vous, et pour tout ce que vous devez faire. Envoyez-moi, par le retour de mon courrier, la route que vous prendrez, afin que je puisse faire connaître à l’Empereur le lieu où vous serez chaque jour.

Je n’ai pas besoin de vous dire qu’il est nécessaire de donner cinquante cartouches à chacun de vos soldats et que vous en fassiez transporter autant qu’il sera possible, non-seulement par les charrois, mais encore par les transports du pays.

Je dois vous dire, mais absolument pour vous seul, car c’est un secret politique qu’il importe de garder scrupuleusement, que l’électeur de Bavière a mis ses troupes à la disposition de l’Empereur, et que, si ce prince se trouvait attaqué par l’Autriche, il se porterait avec 25 000 hommes par Donauwœrth et opérerait sa jonction avec vous. Mais rien ne porte à penser que l’Autriche soit en mesure et assez décidée pour commencer les hostilités. Je ne puis donc de nouveau trop vous recommander de vous bien observer dans vos discours, et de faire en sorte que vos généraux en usent de même. Vous ferez dire partout que vous rentrez en France, parce que vos troupes sont relevées par d’autres troupes venant de Hollande. On en croira ce qu’on voudra ; mais il n’en est pas moins nécessaire de ne pas sortir de ce cercle de conversation.

Archives de l’Empire

 

568.
Au maréchal Berthier

Saint-Cloud, 20 fructidor an XIII (7 septembre 1805)

Mon Cousin, je vous prie de me faire connaître si vous avez chargé un individu sachant l’allemand de suivre la marche des régiments autrichiens et de les classer dans des cases d’une boîte que vous avez dû faire faire exprès.

Le nom ou le numéro de chaque régiment doit être inscrit sur une carte de jeu, et on les change de case selon qu’ils changent de position. Les régiments autrichiens sont répartis en Italie, dans le Tyrol, au camp de Wels et en Bohême. Faites écrire à mes différents ministres à Vienne, à Munich, à Salzburg, à Dresde, à Ratisbonne, à Berne, et faites abonner aux gazettes allemandes de ces villes l’individu que vous chargerez de cette besogne. Tous les journaux allemands ne retentissent que du nom et de la marche des régiments autrichiens. M. Bacher, mon ministre à Ratisbonne, vous donnera d’excellents renseigne­ments ; le général Vial peut également vous en donner. Cet objet est très-important.

Je désire que vous me présentiez lundi la caisse, que je dois garder, dans laquelle la répartition des régiments sera faite exactement.

NAPOLÉON

Dépôt de la guerre

(En minute aux Arch. de l’Emp.)

 

569.
À M. Talleyrand

Saint-Cloud, 21 fructidor an XIII (8 septembre 1805)

Monsieur Talleyrand, je désirerais que vous chargeassiez MM. Laforest, Durand, le général Victor, et Ruffin, qui est à Constantinople, de se procurer le nom de tous les régiments qui se trouvent soit en Pologne, soit sur les bords de la mer Noire, soit dans l’intérieur de la Russie, afin qu’l soit possible de suivre leurs mouvements à mesure qu’ils en feraient. MM. Alquier et Rostagny pourront, de leur côté, envoyer le nom de tous les régiments qui sont à Corfou. Je désire que vous me fassiez remettre le plus tôt possible un almanach et un état militaire russes.

NAPOLÉON

Archives des affaires étrangères

(En minute aux Arch. de l’Emp.)

 

570.
À M. Fouché

Saint-Cloud, 25 fructidor an XIII (12 septembre 1805)

Témoignez mon mécontentement au préfet de Strasbourg pour la proclamation qu’il a faite aux communes de son département ; c’est un véritable parlage. Toutes les mesures étaient prises par les autorités militaires, et je n’avais pas besoin d’une proclamation qui décèle mes projets avec tant de détails. Faites défense aux gazettes des bords du Rhin de parler de l’armée, pas plus que si elle n’existait pas ; dites-leur qu’il ne leur est pas plus permis d’en parler que des mouvements des escadres.

NAPOLÉON

Archives de l’Empire

 

571.
Au prince Murat
Lieutenant de l’empereur, à Strasbourg

Saint-Cloud, 26 fructidor an XIII (13 septembre 1805)

Je reçois votre dépêche télégraphique ; j’attendrai l’arrivée de vos courriers pour prendre un parti. En attendant, faites armer et faites faire un service sévère à Belfort, Huningue et Neuf-Brisach. Deux régiments de cuirassiers doivent être arrivés à Schelestadt ; vous pourrez en disposer pour garnir ces deux places. La garde nationale, d’ailleurs, fera le service. On prendra toutes les précautions pour que ces places ne soient point surprises. Vous vous tiendrez prêt, avec le 18e, les trois régiments de dragons qui sont à Strasbourg, le 1er de hussards arrivant le 28, et quelques pièces d’artillerie, à passer le Rhin, si, après la réception des dépêches de M. Otto, je le juge convenable.

J’imagine que vous envoyez des agents en Allemagne et à Donaueschingen, aux différents débouchés de la forêt Noire, aux environs de Kempten et Stochach. Vous aurez soin de bien faire traiter à Strasbourg tous les Bavarois qui s’y réfugieraient. Instruisez-moi de tous les mouvements de l’ennemi.

NAPOLÉON

Archives de l’Empire

 

572.
L’empereur au prince Murat
(dépêche télégraphique)

Saint-Cloud, 26 fructidor an XIII (13 septembre 1805)

J’attends votre courrier avec des détails sur l’entrée des Autrichiens à Munich. Préparez l’artillerie qu’il faut pour occuper Kehl, si cela est nécessaire. Faites armer Huningue, Belfort, Neuf-Brisach et Schelestadt. Que les canons y soient placés sur les remparts ; que les portes ne s’ouvrent plus de nuit, et que les gardes nationales y fassent le service. Envoyez un régiment de cuirassiers à Neuf-Brisach et un autre à Huningue.

Archives de l’Empire

 

573.
Au général Marmont
Commandant en chef le 2e corps
de la Grande Armée

Paris, 26 fructidor an XIII (13 septembre 1805)

L’Empereur me charge de vous donner l’ordre, Général, de vous rendre, sur-le-champ et en poste, à Mayence, où vous devez être arrivé le plus tôt possible. Vous prendrez le commandement de cette place ; vous veillerez à ce qu’on arme la place et que l’on tente l’inondation des marais. Vous ordonnerez également qu’on fasse les préparatifs nécessaires pour pouvoir travailler avec la plus grande activité aux ouvrages de Cassel, du moment où l’Empereur aura ordonné le passage du Rhin. Ce qui empêche Sa Majesté de l’effectuer, ainsi qu’elle le désirerait, dans cinq ou six jours, c’est le défaut de troupes en nombre suffisant. Si, sans fatiguer un ou deux régiments de votre armée, vous pouvez gagner quelques jours de marche sur leur itinéraire, ce serait une chose convenable et utile.

Lorsque vous serez arrivé à Mayence, vous vous mettrez en correspondance avec le maréchal Bernadotte, qui doit arriver du 1er au 5 à Würzburg, venant de Gœttingen.

Instruisez-moi souvent, par des courriers extraordinaires, de ce qui se passera dans cette partie de l’Allemagne. Envoyez des espions, même des officiers, à Nuremberg et dans la Franconie, pour connaître et surveiller les mouvements des Autrichiens sur le Danube. Mettez-vous en correspondance avec l’agent de l’Empereur à Francfort, et recommandez-lui de vous faire connaître, par estafettes, les nouvelles qu’il apprendrait, et de les transmettre également à M. le maréchal Bernadotte, à Würzburg.

En cas d’événements, il n’y a aucun doute que vous ne deviez manœuvrer pour vous joindre au mouvement du maréchal Bernadotte, afin de le soutenir.

À Mayence, vous serez dans une position à savoir tout ce qui se passera et à en instruire l’Empereur. Au surplus, vous serez à même de recevoir des ordres avant que votre armée se trouve réunie à Mayence.

Je dois vous faire observer que la guerre n’est pas déclarée, mais que les mouvements des Autrichiens ne laissent pas de doute qu’ils sont dans l’intention de ne rien ménager.

Le maréchal Berthier, par ordre de l’Empereur.

Dépôt de la guerre

 

574.
Au prince Eugène

Saint-Cloud, 13 septembre 1805

Mon Cousin, il paraît que les Autrichiens ont passé l’Inn, le 23 fructidor. L’électeur de Bavière s’est retiré sur Würzburg. Cela me paraît assez important pour que je vous expédie un courrier extraordinaire, afin que vous vous teniez sur vos gardes. Faites part de cela au maréchal commandant mon armée en Italie, afin qu’il active ses mouvements et se tienne sur ses gardes, et mette définitivement une garnison à Legnago, dans le château de Vérone, et se tienne à l’abri de toute surprise.

NAPOLÉON

Archives de l’Empire

 

575.
Note sur l’organisation des gardes nationales

Saint-Cloud, 28 fructidor an XIII (15 septembre 1805)[1]

Organiser les gardes nationales.

Y créer des compagnies de grenadiers et de chasseurs pour en former la réserve des gardes nationales.

La première réserve serait composée de compagnies de chasseurs et de grenadiers des départements de l’Ourthe, des Forêts, de la Roër, de la Sarre, de la Meuse-Inférieure, de Rhin-et-Moselle et du Mont-Tonnerre. Elle serait commandée par le maréchal Lefebvre, qui aurait le commandement général des gardes de ces départements.

Le chef-lieu serait à.....

La seconde réserve serait composée des grenadiers et chasseurs des départements du Haut-Rhin, du Bas-Rhin, des Vosges, de la Meurthe, de la Moselle et de la Meuse. Elle serait sous les ordres du maréchal Kellermann, qui aurait le commandement général de ces six départements.

Le chef-lieu serait à.....

La troisième réserve serait composée des grenadiers et chasseurs des départements du Doubs, du Jura, de la Marne, de la Côte-d’Or et de Saône-et-Loire. Elle serait sous les ordres du sénateur Aboville.

Le chef-lieu serait à.....

La quatrième réserve serait composée des grenadiers et chasseurs du Léman, du Mont-Blanc, de l’Isère, de la Drôme et des Hautes-Alpes. Elle serait sous les ordres du sénateur Dedelay d’Agier.

Le chef-lieu serait à.....

La cinquième réserve serait composée des grenadiers et chasseurs des Bouches-du-Rhône, du Var, de Vaucluse, des Basses-Alpes et des Alpes-Maritimes. Elle serait sous les ordres du sénateur.....

Le chef-lieu serait à.....

La sixième réserve serait composée des grenadiers et chasseurs de la Seine-Inférieure, de la Somme, de l’Aisne, du Pas-de-Calais et du Nord. Elle serait sous les ordres du sénateur Rampon.

Le chef-lieu serait à.....

La septième réserve serait composée des grenadiers et chasseurs des départements de la Belgique. Elle serait sous les ordres du sénateur......

Le chef-lieu serait à…..

Les différentes réserves pourraient comprendre au moins six départements chacune.

On déterminerait le nombre des bataillons composant les gardes nationales de chaque département. Chaque bataillon fournirait au moins deux compagnies désignées pour la réserve.

On n’admettrait dans ces compagnies que des officiers ou soldats ayant solde de retraite ou traitement de réforme, et les citoyens les plus aisés faisant partie de ce qu’on appelait la bonne bourgeoisie et en état de se procurer leur uniforme.

La réunion des compagnies de réserve devrait former deux bataillons par département frontière, et un bataillon par département de seconde ligne, ce qui porterait chaque réserve de 5 à 6 000 hommes.

En cas d’événements imprévus et urgents, les réserves seraient appelées et se rendraient à Mayence,  Strasbourg, Besançon, Chambéry, Marseille on Toulon, Boulogne ou le Havre, Anvers ou Ostende.

Les commandants des réserves de gardes nationales seraient autorisés à les convoquer ; ils demeureraient au chef-lieu pendant tout le temps nécessaire ; ils feraient des inspections pour le bon établissement des compagnies ; ils concourraient en même temps aux mesures propres à assurer la conscription et n’auraient pas d’autre service extraordinaire.

Indépendamment de ces dispositions, qui n’auront lieu que dans les circonstances d’événements extraordinaires, la garde nationale d’Anvers, Boulogne, Besançon, Strasbourg, Mayence et de toutes les places fortes de l’extrême frontière du Rhin, sera organisée de manière qu’elle puisse faire le service de place en attendant les secours de l’armée.

Il faudrait porter en même temps un soin particulier à l’organisation de la garde nationale de Rouen, de celle de Lille et des autres grandes villes du nord, afin que, si les Anglais menaçaient Boulogne, on pût tout de suite avoir un corps considérable pour se porter sur ce point et le défendre.

Tout ceci a besoin d’être mûri.

NAPOLÉON

Archives de l’Empire

 

576. Au maréchal Berthier.

Saint-Cloud, 28 fructidor an XIII (15 septembre 1805).

La route que vous avez tracée au général Marmont passe à Simmern : c’est l’ancienne route. J’en ai fait faire une autre qui passe le long du Rhin, beaucoup plus courte, puisqu’elle abrège de deux journées de marche. Quoique j’imagine que le général Marmont n’a pas besoin d’être prévenu, faites-lui cependant connaître l’avantage de passer par cette nouvelle route, puisqu’au lieu d’arriver à Mayence le cinquième jour complémentaire, il y arrivera le troisième.

Prévenez également le général Marmont que l’électeur de Bavière est arrivé à Würzburg le 25, et que là il réunit toutes ses troupes. Envoyez-lui un de vos officiers pour lui faire connaître qu’il est avec son corps de 20 000 hommes à Mayence, pour marcher sur Würzburg, pour se réunir au maréchal Bernadotte et se joindre à son armée.

Écrivez également à M. Otto, qui est à Würzburg, une lettre dans laquelle vous lui ferez connaître les dispositions que j’ai faites à Würzburg : que le maréchal Bernadotte, avec 20 000 hommes, et Marmont avec 20 000, qui seront augmentés d’un corps de 8 000 hommes du landgrave de Hesse-Darmstadt, formeront ma gauche, et que le gros de l’armée se trouve placé à Strasbourg, le long du Rhin, incontinent.

Dites à M. Otto qu’il est nécessaire de faire faire 300 000 rations de biscuit à Würzburg, et d’approvisionner la citadelle, afin de pouvoir donner aux opérations militaires toute la rapidité convenable ; qu’il ne perde pas un moment ; que, quant à l’argent, 300 000 rations ne sont qu’un objet de 200 000 francs ; que Petiet, qui est à Strasbourg, a ordre de les payer comptant ; mais, pour Dieu, qu’il ne perde pas un moment. Écrivez à M. Petiet que j’ai ordonné qu’on fit 300 000 rations de biscuit à Würzburg ; que M. Otto, qui est près de l’Electeur, en est instruit ; que, sans perdre un moment, il expédie l’ordre à un commissaire des guerres de Marmont de se rendre à Würzburg pour cet objet. Il sera muni des sommes nécessaires ; qu’il le munisse, pour les premières dépenses, d’une somme de 50 000 francs. Il est très-nécessaire de ne pas perdre un moment pour avoir du biscuit. Je désire, par le retour du courrier, être instruit si j’aurai mes 600 000 rations à Strasbourg, et il faudrait en augmenter le nombre, s’il était possible.

Je désire, par le retour du courrier, savoir du général Songis la situation de toute mon artillerie.

Je désire aussi qu’il me fasse connaître combien il faut qu’il soit prévenu d’avance pour jeter trois ponts : un du côté de Spire, l’autre du côté de Phalsbourg, et l’autre sur le haut Rhin.

NAPOLÉON

Archives de l’Empire



[1]      Date présumée.

 

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