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Correspondance
militaire
de Napoléon Ier
Extraite
de la correspondance générale
et publiée
par
ordre du ministère de la guerre
Tome
troisième
Paris
- 1876
577.
Au prince Eugène
Saint-Cloud,
16 septembre 1805
Mon
Cousin, je reçois votre lettre du 11 septembre. J’avais chargé M. Maret
de vous envoyer copie d’un décret sur une réquisition de 3 ou 4 000
voitures, que j’ai ordonnée dans les départements de France, et sur la
manière de les embrigader. Je pense que vous devez faire la même chose
pour le service de mon armée d’Italie. Ainsi, si l’on avait besoin de
900 voitures, vous en feriez faire la répartition entre les départements,
qui les fourniront et qui en seront payés exactement. Vous sentez qu’il
est impossible de faire des achats de chevaux et de voitures ; il faut
six mois pour cela ; les chevaux et les voitures des paysans ont
toujours fait, dans tous les pays, ce service. Je ne puis approuver ce que
vous me dites à cette occasion ; il faut parler paix, mais agir
guerre. Il ne faut rien épargner pour réunir mon armée et lui faire
fournir tout ce dont elle pourrait avoir besoin. Donnez des ordres pour
qu’on se concerte avec l’ordonnateur et qu’on requière des voitures,
qu’on payera et qu’on embrigadera pour le service de l’armée. Vous
avez fait louer 200 chevaux au général Lacombe Saint-Michel ;
qu’est-ce que c’est que 200 chevaux ? Si les Autrichiens étaient
dans le royaume, ils ne se comporteraient pas avec tant de ménagement :
c’est ce qu’ils font à Venise, c’est ce qu’on a toujours fait. Je
ne vois pas pourquoi vous y trouvez de la répugnance ; je suis surpris
que le ministre de la guerre ne vous ait pas éclairé là-dessus. Dans
toutes les circonstances semblables, on a fait des réquisitions de chevaux.
Ce n’est pas 900 chariots que je prenais lorsque j’étais en Italie,
mais 2 000, et ces réquisitions se faisaient en désordre, ce qui était
alors vexatoire pour le pays. Il ne faut pas vous épouvanter des cris des
Italiens ; ils ne sont jamais contents. Mais faites-leur faire cette
seule réflexion : Comment faisaient les Autrichiens, comment
feraient-ils ? Montrez de la vigueur.
J’apprends
avec grand plaisir que mes places sont approvisionnées. Le général
Miollis, que j’ai nommé gouverneur de la place de Mantoue, doit y être
arrivé à l’heure qu’il est. Envoyez sur Mantoue toutes les compagnies
de pionniers, de pontonniers, d’artillerie, qui vous sont inutiles, pour
vous former un fond de garnison. Je vous ai écrit que les troupes
autrichiennes étaient entrées à Munich. L’Électeur s’est retiré sur
Würzburg, où il a rassemblé son armée, forte de 25 000 hommes. Il
est avec moi, ainsi que la plupart des petits princes d’Allemagne. Ceci
est pour vous seul.
Duroc est
à Berlin. Je suis bien avec la Prusse ; mais la Russie lui fait une très-grande
peur. Les Russes ne sont pas encore entrés en Gallicie, mais probablement
ils y seront à la fin de septembre. Mon armée sera digne de sa réputation
et battra ce ramas de recrues, je l’espère. Si vous y étiez contraint,
vous vous ploieriez avec tous nos amis sur Alexandrie. Gardez, à cet effet,
votre régiment de dragons, quelques pièces d’artillerie, la gendarmerie
d’élite et tous les gendarmes que vous appelleriez avec vous. Je ne pense
pas que cela doive arriver qu’après qu’on aurait évacué l’Adige, le
Mincio, l’Oglio et l’Adda. Cependant mon intention est que vous restiez
à Monza. Arrangez-vous de manière à pouvoir toujours être le maître de
la couronne de fer et à l’enlever sans qu’on s’en aperçoive. Enfin,
soyez très-certain que, quoique je compte sur l »Italie, son destin
est tout entier où je suis. Je vous confie que, dans quinze jours,
j’aurai passé le Rhin avec 180 000 hommes. Si jamais mon armée
d’Italie était battue, je viendrai à son secours et je dégagerai
Mantoue et les autres places. Faites reconnaître si les voitures peuvent
passer par le Simplon. Vous aurez bien soin que, si quelques départements
étaient envahis, les préfets et les administrations aient à se replier en
ordre. Avec les dragons et les Français que je vous ai laissés, et
quelques pièces d’artillerie, vous pouvez vous porter, soit sur des
points de l’Adda, soit sur tout autre point, pour repousser les troupes légères
de l’ennemi et donner le temps à l’armée d’arriver. Vous devez
toujours vous retirer avec la décence convenable. Mes grands officiers et
les personnes attachées à ma Maison doivent vous suivre ; sans quoi,
à mon retour, je les ferai fusiller comme des traîtres.
Vous
sentez bien que ce n’est que par une extrême prévoyance que je pense à
des choses de cette nature ; car je ne puis penser que l’armée
autrichienne puisse lutter contre la mienne, si elle est un peu habilement
dirigée.
Le jour où
vous quitterez Milan, vous ferez une proclamation pour annoncer que je serai
de retour avant un mois. Vous ne manquerez pas, du moment où je commencerai
ici à donner de la publicité aux affaires, d’en faire de même en
Italie.
NAPOLÉON
Ayez
soin que l’argent ne reste pas dans la caisse des départements frontières,
mais que le ministre du trésor public le fasse verser à Milan, rapidement
et tous les cinq jours. Je crois vous avoir écrit d’aller reconnaître la
chute de l’Adda du lac ; une bonne reconnaissance là peut vous être
utile ; poussez-la jusqu’à Pizzighettone. Les dépôts des régiments
italiens doivent être à Lodi, Pizzighettone. Faites-vous rendre compte de
tous les hommes qui peuvent rejoindre. Établissez une police sévère au
pont de l’Adda, pour empêcher qu’on ne puisse revenir de l’armée
qu’avec un ordre. Écrivez à M. Moreau de Saint-Méry pour qu’il fasse
la même chose à Plaisance. Il faut veiller avec grand soin sur les
prisonniers ; dans mes campagnes d’Italie il s’en échappait un
grand nombre par la Suisse. Le service que peuvent vous rendre les gardes
nationales de Brescia, de Côme et de Bergame, c’est de garder les portes
et d’empêcher qu’aucun prisonnier ne se sauve. Faites-y établir aussi
des postes de gendarmerie et préparer des locaux pour les contenir. Il
serait convenable que les prisonniers n’entrassent jamais à Milan, mais
qu’ils en passassent cependant assez à portée pour que le public pût
les voir. Faites choisir, à une demi-lieue de Milan, un grand couvent pour
leur servir d’étape ; de là, on les dirigera sur Pavie, et de Pavie
sur Alexandrie. La gendarmerie et la garde nationale les escorteront tant
qu’ils seront sur le territoire du royaume.
Après
cela, c’est l’affaire de la 27e division militaire. Écrivez-en
au général Menou. Il faut aussi que toutes les fois que des prisonniers
arriveront, vous ayez des hommes parlant leur langue, pour les interroger
sur le nom de leur régiment, le corps d’armée auquel il appartient, sur
le temps depuis lequel il est arrivé ; enfin, sur les mouvements de l »ennemi.
Vous sentez que j’ai besoin d’un contrôle aux exagérations des états-majors,
afin de savoir positivement les faits. Ayez toujours un dépôt pour
recruter les Polonais. Il pourrait être à Novare. On y enverrait de préférence
tous les Polonais, et on y attacherait cinq ou six officiers polonais. Tout
ce qui voudrait prendre de l’engagement dans ce dépôt augmenterait
sur-le-champ la légion.
Je vois,
par votre lettre du 9 septembre, qu’on travaille faiblement à
Pizzighettone. Faites un des objets de vos soins particuliers de la mettre
en bon état.
Dans les
dispositions que j’ai faites pour la distribution des fonds du mois,
j’ai affecté des sommes pour dépenses secrètes au général en chef, et
à l’ordonnateur pour dépenses imprévues ; j’ai mis 300 000
francs pour les transports. Ainsi, dans ma distribution de chaque mois, je
ferai payer par mon trésor de France ce qui sera convenable.
Toutes
les avances qu’a faites le trésor de mon royaume d’Italie doivent être
remboursées. J’ai mis des fonds pour faire faire une paire. de souliers
à chaque régiment. Vous devez ainsi, sur les fonds d’Italie, avoir de
grandes économies. Le corps d’armée que vous avez en France vous coûte
peu ; celui que vous avez à Naples vous coûte peu. D’ailleurs, la
nouvelle imposition de six millions vous donnera encore des moyens. Je pense
donc que vous devez faire confectionner cinquante mille paires de souliers
avec le moins d’éclat possible, de manière que, dans les cas urgents,
vous puissiez en envoyer à l’armée. Cinquante mille paires de souliers
sont un objet de 2 à 300 000 livres de Milan, et le bien qui en résultera
pour l’armée est incalculable ; mais ce sont des souliers qu’il
faut avoir, et non des cartons comme c’est l’usage en Italie. Portez-y
toute votre attention et toute votre sévérité. Faites en sorte d’avoir
ce nombre de souliers pour vendémiaire, si toutefois vous pouvez vous
flatter de les bien faire faire. J’imagine que la cavalerie a des bottes ;
si vous appreniez qu’elle en eût besoin, vous pourriez en faire faire un
millier. Quelques bonnes marmites et quelques outils de campement pourront
vous être utiles, en réserve ; faites faire cela avec le moins de
bruit possible, sans que les corps le sachent, pour ne point les empêcher
de faire faire les leurs, et les autoriser à compter sur cette ressource.
À la guerre, c’est de souliers qu’on manque toujours. Je pense aussi
que les dépôts, à Milan, des quatre corps italiens qui sont à l’armée
de Naples, pourraient leur faire faire des souliers. Faites-leur en faire
une paire en gratification, et envoyez-les à Ancône, où ces troupes
seront fort heureuses de les trouver.
Comm. par S.
A. I. Mme la duchesse de Leuchtenberg.
(En
minute aux Arch. de l’Emp.)
578.
Ordre
Saint-Cloud,
30 fructidor an XIII (17 septembre 1805)
La
division de Nansouty, qui est arrivée le 29 fructidor à Pirmasenz, se
rendra à Oggersheim par Kaiserslautern (vis-à-vis Manheim), le 3 vendémiaire,
à la petite pointe du jour ; elle passera le pont et se portera en
avant de Manheim jusqu’à Heidelberg.
La 1re
division du maréchal Davout, qui arrivera le 3 vendémiaire à Dürkheim,
passera le 4 à Manheim, et, le 4, le général Davout établira son
quartier général à Manheim.
Toutes
les divisions du maréchal Davout se rendront de Dürkheim en droite ligne
sur Manheim. Le 15e d’infanterie légère, qui est à Landau,
se rendra à Manheim le 3, pour soutenir la division Nansouty ; il
devra donc être arrivé le 1er vendémiaire vis-à-vis Manheim.
La
cavalerie légère du maréchal Davout, à mesure qu’elle sera arrivée,
se portera en avant jusqu’à Sinsheim.
La
division du général Klein, qui passera le Rhin le 3, à la pointe du jour,
à Germersheim, protégera l’établissement du pont et se rendra à
Bruchsal.
La 1re
division du général Soult passera du moment que le pont sera établi, et
il devra l’être le 3 vendémiaire avant midi ; elle ira coucher à
Bruchsal.
La
division de dragons du général Klein poussera jusqu’à Bretten, et du
moment que la division y sera arrivée, elle prendra position à Bretten, où
elle passera la nuit.
Le 4, le
quartier général de l’armée du maréchal Soult se rendra à Bruchsal.
L’armée
du maréchal Ney passera à Seltz, où il sera jeté un pont qui sera terminé,
avant midi, le 3 vendémiaire ; l’établissement du pont sera protégé
par la division des dragons du général Bourcier, qui ira coucher, le 1er
vendémiaire, à Strasbourg, et le 3, avant le jour, passera le Rhin à
Kehl, et se portera le long de la rivière de Murg.
La 1re
division du général Ney passera le pont sans s’arrêter, et se rendra le
3 à Rastadt.
Le 4, le
quartier général de l’armée du maréchal Ney sera à Rastadt.
La
division de dragons de Bourcier se rendra à Durlach dès le 4.
La
division de dragons du général Beaumont se rendra à Strasbourg le 2 au
soir, et passera le Rhin à la pointe du jour. La division de grosse
cavalerie de d’Hautpoul se rendra à Strasbourg le 2 au soir, et passera
le Rhin à la pointe du jour, et se rendra à Oberkirch ; celle de
Beaumont se rendra à Offenburg.
La
division de grenadiers d’Oudinot, le 3, à la pointe du jour, passera le
Rhin, et prendra position à une lieue de Kehl.
Les
dragons à pied du général Baraguey d’Hilliers passeront sur le pont qui
sera établi dans la journée du 3 à Neuf-Brisach et coucheront le 3 à
Fribourg. Baraguey d’Hilliers aura sous ses ordres la division de dragons
du général Walther, lequel avancera des reconnaissances sur Donaueschingen
et se mettra en communication avec la division qui est à Offenburg.
Chacune
de ces divisions de dragons, d’infanterie et de cavalerie devra avoir son
artillerie, que le général Songis fera trouver au pont de leur passage, et
sur la rive gauche du Rhin.
Le corps
d’armée du maréchal Lannes devra passer par la route dite de Kniebis,
par Sand, Oberkirch, Freudenstadt, Rottenburg, Reutlingen, Urach et Ulm. Sa
division de cavalerie légère, qui arrivera le 1er à
Strasbourg, poussera sur-le-champ des reconnaissances sur cette route pour
la bien connaître.
La
division de dragons à pied qui arrive à Sainte-Marie-aux-Mines, le quatrième
jour complémentaire, se rendra droit à Strasbourg, où elle arrivera le 1er.
Le 3, à la pointe du jour, elle passera le Rhin.
La
division Gazan, qui arrive le 6 à Saverne, se rendra le 7 à Strasbourg, de
manière que le général Lannes avec sa division de grenadiers, la division
Gazan, sa cavalerie légère et son artillerie, soit au- delà du Rhin le 7
vendémiaire.
Ce jour-là
même ses grenadiers et sa cavalerie légère se mettront en marche pour Ulm ;
il y a cinquante lieues, il lui faut dix jours : il n’arrivera que le
17 vendémiaire.
Le maréchal
Ney a ses trois divisions, qui arriveront du 3 au 4 : son premier régiment
de hussards est déjà arrivé. Ce sera le premier régiment qui passera le
pont de Kehl pour se porter à Rastadt. Ainsi le maréchal Ney, qui prendra
la route de Durlach, Pforzheim, Stuttgart, Esslingen, Gœppingen, Geislingen
et Ulm, a cinquante lieues à faire. En partant le 5, il y sera le 15, deux
jours avant le maréchal Lannes.
Le
corps du maréchal Soult, qui passe à Gemersheim, suit la route de
Bruchsal, Bretten, Vaihingen, Ludwigsburg, Schorndorf, Gmünd, Aalen ;
il sera arrivé, n’ayant qu’une cinquantaine de lieues, le….., sa 1re
division arrive le 2 ; sa 2e peut arriver le 3, en se
rendant droit au pont ; sa 3e ne peut guère arriver que le
5 ; sa
4e division ne peut arriver que le 6 : ainsi elle ne
peut partir que le 7. Il ne sera donc que le 17 à Aalen.
Le
maréchal Davout ne pourra partir également que le 7. Il passe par Manheim,
Heidelberg, Sinsheim, Heilbronn, OEhringen, Hall, Ellwangen, Nœrdlingen ;
il ne pourra y être que le 18.
Le
corps d’armée de Bernadotte et de Marmont, qui sera le 6 à Würzburg, et
qui n’a qu’une quarantaine de lieues, sera à Weissenburg le 17 vendémiaire.
Il faudra donc qu’il parte le 8 ou le 10 de Würzburg. Ainsi, le 17, les
corps du général Ney et du général Lannes seraient à Ulm ; le
corps du général Soult serait à Aalen ; celui du général Davout à
Nœrdlingen ; celui des généraux Bernadotte et Marmont à Weissenburg ;
la réserve de cavalerie, le parc, les grenadiers de la garde à Gmünd.
NAPOLÉON
Archives
de l’Empire
579.
Au prince Murat
Lieutenant de l’empereur, à Strasbourg
Saint-Cloud,
1er jour complémentaire an XIII
(18 septembre 1805)
Je reçois
votre lettre du 28 fructidor. Je vous ai écrit de ménager l’électeur de
Bade, pour ne point le compromettre, jusqu’au moment où mon armée sera
en mesure. Faites-moi passer tous les renseignements que vous recevrez de
l’armée sur le nombre des malades, déserteurs, et le degré de fatigue
des soldats. Voyez M. Petiet pour savoir si le service de fourrages marche
bien, surtout celui de l’avoine. Le service du pain et de la viande sera
bien assuré. Je désire savoir quand les fourgons du parc de Sampigny
arriveront.
Faites-moi
connaître si les 20 000 paires de souliers que j’ai envoyées de
Paris, et les 20 000 de Boulogne, sont arrivées. Enfin faites-moi
connaître si les Autrichiens sont arrivés à Ulm et à Donauwœrth, ou si
les Bavarois s’y maintiennent toujours. Faites bien reconnaître la route
qui, de Strasbourg, va à Ulm par Kniebis, et si les voitures y passent avec
facilité.
Passez la
revue des divisions de cavalerie, à mesure qu’elles arrivent. Les
grenadiers d’Oudinot et les dragons doivent être arrivés quand vous
recevrez cette lettre. Passez-en la revue ; faites-moi connaître leur
véritable situation et ce qu’ils attendent de leurs dépôts.
Assurez-vous de quelques Suisses, Allemands et Prussiens pour pouvoir vous
servir d’espions. Un bon chef d’espionnage vous serait nécessaire.
Envoyez savoir ce qui se fait à Fribourg ; il doit y avoir un
bataillon et, s’il ne s’était pas retiré, méditez les moyens de
l’enlever, lorsque le passage aura lieu. Il y a un régiment de cavalerie
à Rottenburg, à deux marches de Bade ; s’il était possible, par
une marche forcée de nuit, de l’enlever à la pointe du jour, voyez de méditer
cette opération, car il serait fort bon de débuter par ces deux petits
succès ; ce serait d’ailleurs 5 ou 600 chevaux qui seraient fort
utiles. Engagez les colonels des dragons à acheter des chevaux dans ce
pays, afin que le nombre d’hommes qu’ils avaient en partant ne soit
point disséminé et qu’ils aient le temps de recevoir leurs dépôts. Tâchez
aussi d’avoir le nom de tous les régiments qui sont en Bavière et dans
le Tyrol.
NAPOLÉON
Archives
de l’Empire
580.
Au maréchal Masséna
Commandant en chef l’armée d’Italie, à Valeggio
Saint-Cloud,
1er jour complémentaire an XIII
(18 septembre 1805)
Mon
Cousin, j’ai reçu votre lettre du 24 fructidor. Le ministre de la guerre
me rend compte qu’un grand nombre de généraux de division, de généraux
de brigade, d’adjudants commandants, d’officiers d’artillerie, sont en
marche pour se rendre à votre armée. J’espère qu’à l’heure où
vous recevrez cette lettre, les corps qui se trouvaient dans la 27e division
militaire, ceux mêmes qui étaient à Livourne, à Gênes, en Corse et dans
le Valais, vous auront joint. J’ai appris que les bataillons du 20e régiment
de ligne, qui étaient en Corse, avaient débarqué à Gênes. Le 4e bataillon
de ce régiment, qui était à l’île d’Elbe, a reçu l’ordre de débarquer
à Piombino et de vous joindre. Plusieurs régiments de dragons doivent également
être arrivés à Turin. Le ministre de la guerre vous aura fait connaître
mes intentions pour la campagne. Je ne doute point que l’ennemi, qui ne
peut tarder à voir le déploiement de mes forces en Allemagne, ne soit
obligé de dégarnir son armée d’Italie pour défendre Vienne. Les
Russes, qui entrent en Gallicie, sont encore très-éloignés ; j’espère
avoir obtenu des succès marquants avant leur arrivée. Vous aurez vu, par
vos instructions, que 500 Français et 300 Italiens sont suffisants à
Legnago ; qu’une moindre garnison suffit à Peschiera ; que 7 000
hommes sont suffisants à Mantoue, et que vous ne devez les y jeter que
lorsque vous serez obligé de laisser cette place à elle-même. Vous devez
avoir près de 60 000 hommes sous vos ordres ; c’est un tiers de
plus que je n’ai jamais eu. Je ne puis trop vous recommander de ne pas
vous disséminer. À mon sens, si vous pouvez parvenir à vous emparer de Vérone,
vous aurez là une très-bonne défensive. Je suis fondé à penser que tout
ce que les Autrichiens ont à Trente ne tardera pas à se replier sur
Inspruck à marches forcées. Les lieux où vous êtes sont pleins de votre
gloire. Je vous réitère que les digues de Legnago doivent être coupées
en cas de siège. J’ai fait approvisionner les places de Legnago et de
Peschiera à un peu plus qu’il n’est nécessaire, parce que j’ai pensé
qu’on pourrait se trouver obligé de fournir quelques jours de vivres à
l’armée dans des circonstances impérieuses.
Je compte
passer le Rhin le 5 vendémiaire. Je ne m’arrêterai pas que je ne sois
sur l’Inn, et plus loin. Je me confie à votre bravoure et à vos talents.
Gagnez-moi des victoires.
NAPOLÉON
Dépôt
de la guerre
581.
Au maréchal Berthier
Saint-Cloud,
2e jour complémentaire an XIII
(19 septembre 1805)
Je vous
envoie un décret destiné à être imprimé, lorsqu’on fera connaître
les mouvements de l’armée ; mais les dispositions suivantes doivent
rester secrètes :
Le corps
d’armée du maréchal Brune sera composé des troupes déjà déterminées ;
Celui du
maréchal Lefebvre sera composé des 3e bataillons des corps des
maréchaux Bernadotte, Davout et Ney ;
Celui du
maréchal Kellermann, des 3e bataillons des corps des maréchaux
Soult, Lannes et Augereau.
Les dépôts
de dragons seront partagés en divisions, dont deux seront attachées à
chacun de ces deux derniers corps. La cavalerie légère et l’artillerie
attachées à ces corps suivront leurs déplacements, de manière à être
toujours sous les ordres des maréchaux commandants.
Les maréchaux
Lefebvre et Kellermann devront être rendus à Mayence et à Strasbourg le
10 vendémiaire.
NAPOLÉON
Archives
de l’Empire
582.
Ordre de l’armée
Saint-Cloud,
3e jour complémentaire an XIII
(20 septembre 1805)
Le major
général donnera les ordres, par un courrier qui partira avant minuit, au général
Songis, de jeter un pont vis-à-vis Spire et un pont vis-à-vis Pforzheim,
entre Lauterbourg et Rheinzabern. Ces deux ponts devront être jetés depuis
minuit, le 2 vendémiaire, jusqu’à neuf heures du matin du 3 vendémiaire.
Le major
général fera connaître au maréchal Davout que mon intention est qu’il
passe à Manheim, lorsque j’en donnerai l’ordre, et qu’il se dirige,
par Heidelberg et par Neckarelz, sur Nœrdlingen. Mon intention n’est pas
qu’il passe par Sinsheim, qui est destiné, au corps du maréchal Soult.
Il peut prendre des renseignements et envoyer même reconnaître la route,
ayant soin cependant qu’on ne se compromette pas. La route passant par
Mergentheim devant être évitée, s’il est possible, parce qu’elle s’éloigne
trop, l’on verrait si de Neckarelz on peut trouver une route bonne pour
l’armée qui se rendrait sur Ilshofen, et de là à Nœrdlingen, par
Dinhelsbühl. Le but est de rendre cette marche plus courte et de tenir son
corps d’armée constamment plus près de celui du maréchal Soult.
Vous
ferez connaître au maréchal Soult que son quartier général doit être
transporté à Spire, quand je lui en donnerai l’ordre ; ce sera
probablement le 1er vendémiaire ; que, de Spire, il doit
suivre la route de Heilbronn, OEhringen, Hall, Aalen ; qu’il est
convenable, s’il n’y a pas d’inconvénient, qu’il fasse reconnaître
cette route avec le plus de mystère possible ;
Au maréchal
Ney, qu’il doit passer le Rhin entre Hagenbach et Mühlburg, au village
appelé Pforz, au lieu qu’il jugera le plus propre pour jeter le pont ;
qu’il doit prendre la route de Durlach, Pforzheim, Stuttgart, Gmünd et
Giengen. Il faut qu’il fasse reconnaître cette route.
Enfin,
ordonnez au prince Murat de faire reconnaître la route du Kniebis par
Oberkirch, Freudenstadt, Horb, Rottenburg, Tübingen, Grœtzingen, Nürtingen,
Gœppingen, et connaître le nombre de jours qu’il faut pour y arriver, et
de faire reconnaître aussi l’état actuel du débouché de la Kinzig.
Vous
ferez connaître à ces maréchaux que leurs ponts doivent être jetés dans
la nuit du 2 au 3.
NAPOLÉON
Archives
de l’Empire
583.
Au général Songis
Premier inspecteur général de l’artillerie
Paris,
3e jour complémentaire an XIII (20 septembre 1805)
En conséquence
des dispositions arrêtées par l’Empereur, Général, vous ferez celles nécessaires
pour que, du 3 vendémiaire jusqu’à minuit du 4, vous jetiez deux ponts
sur le Rhin : l’un vis-à-vis de Durlach, l’autre vis-à-vis Spire.
Je vous
préviens que les différents corps d’armée ne se dirigent plus sur les
cantonnements qui leur avaient été assignés. Voici les nouvelles
directions que je leur ai données, par ordre de l’Empereur.
M. le maréchal
Davout occupera, le 3, Manheim, où il sera réuni ; il faut donc
qu’il y trouve l’artillerie de son armée, ses munitions, et 50
cartouches par homme.
M. le
maréchal Soult a ordre
de se réunir à Spire le 3 ; il passera, les 4, 5 et 6, sur le pont
que vous y aurez établi ; il faut qu’il y trouve l’artillerie de
son armée, ses approvisionnements et les 50 cartouches qui doivent être
distribuées à chaque homme.
M. le maréchal
Ney a ordre de passer au pont que vous aurez fait jeter à Durlach le 4 vendémiaire.
M. le maréchal
Lannes passera, le 3, le Rhin à Kehl, avec les deux régiments de cavalerie
légère arrivés à son corps d’armée, et la division de grenadiers ;
il doit donc trouver à Strasbourg son artillerie, ses munitions et 50
cartouches par homme.
S. A. S.
le prince Murat, avec les dragons à cheval et la cavalerie de la réserve
du général d’Hautpoul, passera le Rhin au pont de Kehl, le 3 vendémiaire,
ainsi que la division de dragons à pied du général Baraguey d’Hilliers.
La
division de cavalerie du général Nansouty passera le Rhin, le 3, à
Manheim ; elle doit y trouver son artillerie et ses approvisionnements
au passage du pont.
Votre
grand parc, Général, devra partir le 6, sous l’escorte de la division de
dragons à pied. L’intention de l’Empereur est qu’une fois ce
mouvement fait il ne passe plus personne par Kehl ; et cette route de
l’armée est interdite jusqu’à nouvel ordre.
La Grande
Armée, doit s’approvisionner, pour l’artillerie et pour ses munitions,
par Mayence et par Manheim ; et les convois qui partiront de Strasbourg
pour s’y rendre devront suivre la rive gauche du Rhin, jusque vis-à-vis
Durlach, d’où, selon les circonstances, ils remonteront jusqu’à
Manheim et Spire, ou bien prendront le chemin de Stuttgart.
Telles
sont, Général, les dispositions que vous avez à faire, et je vous répète
qu’il est très-important que les ponts vis-à-vis Durlach et Spire soient
jetés du 3 vendémiaire au 4, à minuit.
Le maréchal
Berthier, par ordre de l’Empereur
Dépôt
de la guerre
(En
minute aux Arch. de l’Emp.)
584.
Au maréchal Berthier
Saint-Cloud,
4e jour complémentaire an XIII
(21 septembre 1805)
Mon
Cousin, l’armée hollandaise n’ayant fourni que 800 hommes de cavalerie
à l’armée du général Marmont, cela n’est pas suffisant. Mon
intention est, en conséquence, qu’elle en fournisse encore 800, et vous
donnerez les ordres nécessaires à cet effet, en enjoignant que ces 800
hommes se rendent à Mayence. La Hollande n’a rien à craindre dans les
circonstances actuelles. J’ai 30 000 hommes à Boulogne, et j’en
garderai toujours bien une quinzaine de mille à Mayence, prêts à se
porter rapidement au secours de la Hollande, si elle était attaquée. Vous
recommanderez au général Michaud d’avoir toujours une réserve de 1 500
à 18 000 hommes, Français et Hollandais, avec des pièces
d’artillerie, et prête à être envoyée rapidement sur Anvers et sur
Boulogne, si l’ennemi fait quelque tentative de ce côté. Vous direz au général
Michaud qu’il ne faut pas qu’il considère ce secours comme insuffisant,
parce que plusieurs secours de cette espèce, et plus ou moins nombreux, se
réuniraient en même temps sur des points indiqués. Vous recommanderez au
général Michaud d’envoyer au maréchal Brune un tableau détaillé de
cette réserve, dès que les troupes qui la composeront auront été désignées.
Dès l’instant que j’aurai pris un parti définitif sur le Hanovre, tous
les dépôts qui s’y trouveront devront se rendre dans la 26e division
militaire. Faites connaître enfin au général Michaud que mon intention
est qu’il fasse partir de chacun des dépôts qui sont en Hollande 100
hommes pour renforcer les régiments qui sont au corps d’armée du général
Marmont. Cette mesure procurera environ 600 hommes qui, réunis sous le
commandement d’un chef de bataillon, devront être rendus, bien armés et
bien équipés, à Mayence, le 1er brumaire prochain. 400 hommes
des dépôts bataves devront partir également, pour renforcer les corps
auxquels ils appartiennent. Ainsi le général Marmont recevra au 1er
brumaire un secours de 1 000 hommes.
Il est nécessaire
que tous les 3e bataillons du corps d’armée du maréchal
Davout soient dirigés sur Mayence et Juliers, et sur d’autres places des
25e et 26e divisions militaires. Vous les ferez réunir
par divisions, de telle sorte que tous les 3e bataillons dont les
régiments, à l’armée active, composent ensemble un corps d’armée,
soient dans la même division de la réserve. Vous en excepterez toutefois
les 3e bataillons qui sont eux-mêmes à la réserve de Boulogne,
tels que celui du 13e d’infanterie légère, celui du 17e de
ligne, ceux des 48e et 108e qui sont nécessaires à
Anvers, et celui du 25e de ligne qui est au camp des côtes.
Ainsi, sur quatorze régiments dont se compose le corps d’armée du maréchal
Davout, neuf 3e bataillons feront partie de la réserve de
Mayence. Il est également nécessaire de donner l’ordre aux 3e
bataillons du corps d’armée du maréchal Soult de se rendre sur le Rhin
pour faire partie de la réserve de Strasbourg. Vous en excepterez ceux qui
sont destinés à rester à la réserve des côtes. Le 64e restera
à Besançon ; mais il enverra régulièrement l’état de sa
situation au maréchal commandant la réserve de Strasbourg, et il sera censé
en faire partie. Il y a dix-neuf régiments à ce corps d’armée ;
six font partie de la réserve des côtes ; il en reste donc treize qui
doivent faire partie de celle de Strasbourg. Vous donnerez pareillement
l’ordre aux dépôts des régiments du corps d’armée du maréchal
Lannes de se rendre à Strasbourg, pour y faire partie de la réserve
commandée par le maréchal Kellermann. Quant aux 3e bataillons
des régiments qui composent le corps d’armée du maréchal Ney, vous leur
enjoindrez de se rendre à Mayence pour y faire partie de la réserve ;
cependant vous n’y comprendrez pas le 3e bataillon du 5e,
qui fait partie de la réserve de Boulogne. Ainsi le corps d’armée du maréchal
Ney fournira dix bataillons à la réserve de Mayence. Enfin vous donnerez
le même ordre aux 3e bataillons du 7e corps d’armée,
commandé par le maréchal Augereau, de sorte qu’il fournira six
bataillons à la réserve de Strasbourg. Moyennant ces ordres, la réserve
de Strasbourg aura dix-neuf bataillons, sans parler des dépôts du corps
d’armée du maréchal Lannes, et la réserve de Mayence aura également
dix-neuf bataillons. Il y aura autant de généraux de brigade, pour
commander ces 3e bataillons et veiller à leur instruction,
qu’il y a de corps d’armée. Ainsi les neuf 3e bataillons du
corps d’armée du maréchal Davout formeront la 1re division de
la réserve de Mayence et les dix 3e bataillons du corps d’armée
du maréchal Ney formeront la 2e division. Les treize 3e
bataillons de la réserve du maréchal Soult formeront la 1re
division de la réserve de Strasbourg, et les six 3e bataillons
du corps d’armée du maréchal Augereau formeront la 2e division
de la réserve de Strasbourg.
Vous me
remettrez, lundi, un état de l’organisation des deux réserves, avec le détail
de l’emplacement de chacune des divisions de la réserve, et le nom des
bataillons qui les composent, celui des généraux qui les commandent, et la
force approximative de ces 3e bataillons. Vous aurez soin de spécifier
si vous y comprenez ou non les 100 hommes que j’ai ordonné, dans le
courant de fructidor, que ces corps fournissent aux bataillons de guerre.
J’ai eu pour but, en donnant cet ordre, de maintenir
les bataillons de guerre à la même force qu’au moment de leur départ
pour Boulogne. Les conscrits de la réserve, soit des années X, XI, XII et
XIII, que je viens d’appeler, soit ceux de l’an XIV et ceux de l’an
XV, qui vont être appelés dans le courant de nivôse, rejoindront ces 3e
bataillons.
Je vous
ai fait connaître les trois bataillons de grenadiers qui feront partie du
camp volant qui doit se réunir à Rennes sous les ordres du général de
brigade Boyer. Indépendamment de toute autre destination, cette réserve
aurait pour destination spéciale de se rendre à marches forcées du côté
de Boulogne, en cas que le maréchal Brune y fût attaqué sérieusement par
les Anglais.
Le
deuxième camp volant qui doit se réunir à Napoléon s’assemblera à
Poitiers. Le général sénateur Gouvion le commandera. Les départements de
la Vendée, de la Loire-Inférieure, des Deux-Sèvres, de la Charente, et
les côtes depuis la Gironde jusqu’à la Vilaine, seront sous son
commandement. Ce camp volant sera composé du 5e régiment
d’infanterie légère, du 7e, du 66e, du 82e et
du 86e régiment d’infanterie de ligne. Ces cinq régiments
forment déjà ensemble, aujourd’hui, plus de 5 000 hommes. La
conscription de l’an XV les portera, avant le 1er nivôse, à
plus de 10 000 hommes. C’est là la véritable réserve qui doit
garantir Bordeaux, Nantes, marcher au secours de Brest, de Saint-Malo, de
Cherbourg, et même de Boulogne. Mon intention est qu’elle soit réunie
tout entière à Poitiers, que deux généraux de brigade, bons
instructeurs, ayant l’habitude des détails, soient chargés de les
former, et qu’on leur attache un bon inspecteur aux revues. Les onze ou
douze compagnies de grenadiers de ce corps, qu’on se contentera pour le
moment de compléter à 60 hommes, tiendront garnison à Napoléon, aux
Sables, et seront toujours disponibles et en mouvement, pour maintenir la
tranquillité et se montrer dans ce département, où leur vue ne peut
produire qu’un bon effet. Le reste du camp ne marchera qu’en cas d’événements
importants, et vous ferez connaître au général Gouvion que c’est un
corps dont je peux avoir besoin, même pour l’armée active, en germinal
prochain. Ce corps aura six pièces d’artillerie attelées. Vous ferez
pourvoir à son armement et à tous ses moyens d’habillement. Mon
intention est que le général Gouvion parte dès le 3 vendémiaire ;
qu’il se rende successivement où sont les différents régiments qui
doivent être réunis sous ses ordres ; qu’il en passe la revue pour
connaître bien l’état dans lequel ils se trouvent, qu’il visite leurs
magasins et examine leur comptabilité, afin qu’il n’y ait, en un mot,
pas une minute de perdue pour prendre les mesures nécessaires pour la
formation et la mise en bon état de ces troupes.
Aux
dispositions ci-dessus, vous ajouterez de faire connaître au commandant de
la 15e division militaire qu’en cas que les Anglais tentassent
de débarquer à Boulogne-sur-Mer, il devrait réunir sur-le-champ le 31e
régiment de ligne et le porter sur Abbeville, afin d’en former
l’avant-garde des gardes nationales et autres forces qui se dirigeraient
sur la Somme pour secourir Boulogne. Vous préviendrez le commandant de la
14e division que, dans le cas dont je viens de parler, il aura à
réunir sans délai le 112e de ligne et le 28e d’infanterie
légère, afin de se porter à marches forcées sur Abbeville. Le commandant
confierait la garde de Cherbourg aux gardes nationales. Ce que mon frère le
connétable, le maréchal Brune et l’inspecteur de gendarmerie Lagrange,
qui se tiendra à Lille, auront à faire, en cas d’une attaque sur
Boulogne de la part des Anglais, complètera l’ensemble de ces mesures, et
je vous ferai connaître incessamment mes instructions pour ces trois
officiers.
NAPOLÉON
Les
bataillons devront être mis en divisions : ceux du maréchal Augereau,
par exemple, à Neuf-Brisach et Huningue ; ceux du maréchal Lannes,
tous réunis à Schelestadt ; ceux du général Soult, tous réunis à
Strasbourg ; ceux du général Ney, à Landau ; ceux des généraux
Davout et Bernadotte, à Mayence.
La
cavalerie pourra être placée en arrière le long de la Meuse. Il y aura un
général qui les passera en revue, et qui sera chargé de les instruire.
Dépôt de
la guerre
(En
minute aux Arch. de l’Emp.)
585.
Au prince Murat
Saint-Cloud,
4e jour complémentaire an XIII
(21 septembre 1805)
Vous
devez avoir reçu les ordres du ministre de la guerre. La division du général
Baraguey d’Hilliers, je le prévois, ne pourra pas, le 3, être arrivée
à Strasbourg, mais peut facilement y être arrivée le 4 au soir. Vous
enverrez vos dragons sur les trois routes de Fribourg, de la Kinzig,
c’est-à-dire du côté d’Offenburg, et du Kniebis, c’est-à-dire
d’Oberkirch, et vous pousserez des reconnaissances aussi loin qu’il vous
sera possible. S’il arrivait que les ponts à jeter par l’artillerie ne
puissent être prêts, le 4, à Durlach et Spire, vous écrirez aux maréchaux
Ney et Soult, et leur mouvement sera alors retardé d’un jour.
Dès que
d’Hilliers sera arrivé, vous reconstituerez les dragons. Si le mouvement
se trouvait retardé, le général Lannes passerait une journée à Rastadt.
Le
ministre de la guerre n’a donné l’ordre qu’à deux régiments de
chasseurs de partir ; je n’en vois pas la raison ; il faut que
le maréchal Lannes fasse partir toute sa cavalerie légère. Mais j’espère
que le général Songis sera prêt et que, du 3 à midi au 4 à minuit, il
aura jeté ses ponts.
Le 2,
faites connaître à M. Thiard, à Bade, que l’armée marche, et
instruisez-le qu’il est nécessaire que les Badois suivent le mouvement du
maréchal Ney à Durlach et se rangent sous ses ordres.
Si
l’ennemi s’était emparé de Freudenstadt, position principale de la
route du Kniebis, alors la division Lannes resterait en position du côté
d’Oberkirch, en attendant que les autres divisions soient arrivées ;
mais je ne pense pas que l’ennemi ait été si imprudent. Si l’ennemi était
au Kniebis en petite force, je laisse à vous concerter avec Lannes pour
l’enlever. Cependant je ne désire point engager une affaire un peu sérieuse
de ce côté.
Vous écrirez
à Didelot[1],
quand vous aurez passé le Rhin, pour lui faire connaître vos mouvements.
Vous aurez soin aussi qu’il vous fasse connaître le jour où les troupes
du Wurtemberg seront réunies, mon intention étant que ces troupes soient
immédiatement sous vos ordres. S’il arrivait que les Autrichiens fissent
un mouvement sur Stuttgart, et que le Wurtemberg voulût continuer à rester
avec nous, je désire qu’une forte colonne avance par le Kniebis et occupe
Freudenstadt.
Le général
Lannes vivra des réquisitions qu’il fera sur la droite du grand chemin de
Durlach à Stuttgart ; les pays de la gauche nourriront le maréchal
Ney sur la route jusqu’où passe le maréchal Soult ; Soult, les pays
situés sur la gauche de sa route jusqu’à la route de Davout ; et
Davout, les pays qui sont sur sa gauche. Les États de Bade doivent être ménagés,
puisque nous sommes amis.
Au moment
de passer le Rhin, vous écrirez à l’électeur de Bade que mes troupes
sont passées pour défendre l’indépendance du Corps germanique, et protéger
les États de Bade contre les violations de l’Autriche ; que le corps
qu’il a doit passer à Durlach et se mettre sous les ordres du maréchal
Ney.
NAPOLÉON
Archives
de l’Empire
586.
Au général Lemarois
Saint-Cloud,
4e jour complémentaire an XIII
(21 septembre 1805)
Monsieur
le Général Lemarois, vous partirez dans la nuit ; vous vous rendrez
à Bâle, sans faire connaître votre nom ni vos qualités.
Vous y
recueillerez, avec une grande attention, les renseignements les plus exacts
sur les Autrichiens qui sont dans les villes forestières, à Stockach, dans
la forêt Noire et dans le Vorarlberg. Vous longerez le Rhin du côté de la
Suisse, et vous vous rendrez à Schaffhouse pour y recueillir de semblables
renseignements. De là, vous irez à Coire, et vous reviendrez par Berne,
après y avoir également pris connaissance de tout ce qu’on y peut savoir
au sujet des troupes autrichiennes, tant auprès de l’ambassadeur Vial que
dans la ville, ainsi que sur la situation des choses en Suisse.
Vous
recommanderez de ma part au général Vial de me prévenir souvent, et par
courrier extraordinaire, des mouvements de l’ennemi. Vous y prendrez des
notes sur le contingent que la Suisse doit fournir pour défendre sa
neutralité. Enfin vous vous rendrez de nouveau à Bâle, où vous prendrez
de nouvelles informations, et de là à Strasbourg, où vous me rejoindrez
avant l’expiration de la première décade de vendémiaire.
NAPOLÉON
Comm.
par M. le sénateur comte Lemarois
(En
minute aux Arch. de l’Emp.)
587.
Au prince Eugène
Saint-Cloud,
21 septembre 1805
Mou
Cousin, je compte aller, le 1er vendémiaire, au Sénat, et être
rendu à l’armée le 3. Les opérations militaires commenceront
probablement sur le Rhin, le 4.
Cependant,
jusqu’à ce que vous soyez instruit de mon départ de Paris, écrivez-moi
ce que vous auriez d’important à me transmettre, en double, à Paris et
à Strasbourg. Lorsque vous aurez reçu cette lettre, je pense que vous
pourrez faire partir votre premier courrier pour Strasbourg. Je ne doute
point qu’a l’heure qu’il est mon armée ne soit réunie entre la
Chiese et l’Adige, que Mantoue ne soit armée et approvisionnée, que son
gouverneur, le général Miollis, ne soit arrivé, qu’enfin, toute
l’artillerie ne soit partie de Plaisance, et que mon armée n’en soit
abondamment pourvue. J’imagine également que tous les dépôts des corps
de l’armée sont au-delà de l’Adda, à Cassano, Lodi, Pizzighettone,
Codogno ; cela est important sous tous les points de vue. Ils ne
doivent se porter sur la Chiese et l’Adige qu’autant que l’armée
aurait fait de grands progrès, et aurait passé le Tagliamento. Faites-moi
connaître là-dessus ce qu’il en est. Guicciardi doit trouver des hommes
qui de la Valteline peuvent se rendre dans le Tyrol italien, et des Grisons
dans le Tyrol allemand ; et ces hommes doivent vous donner des
renseignements sur tous les différents mouvements des Autrichiens.
NAPOLÉON
Comm.
par S. A. I. Mme la duchesse de Leuchtenberg
(En
minute aux Arch. de l’Emp.)
588.
Instructions pour la défense de Boulogne
Saint-Cloud,
1er jour complémentaire an XIII
(22 septembre 1805)
De tout
ce que peuvent faire les Anglais, ce qui serait le plus funeste et ce qui
pourrait leur permettre de réunir le plus de troupes, ce serait l’expédition.
de Boulogne pour brûler notre flottille. Le maréchal Brune a plus de 30 000
hommes sous ses ordres ; la côte est parfaitement armée : il
paraîtrait cependant qu’une armée de 40 000 à 50 000 hommes
serait suffisante pour débarquer de vive force. Les points où ce débarquement
peut s’opérer avec quelque facilité, c’est sur la plage d’Étaples
à Boulogne, où il n’y a que peu de batteries ; mais la mer y est
presque constamment mauvaise dans cette saison. Peut-être préféreraient-ils
de débarquer dans la baie de Wissant ; et cette côte est fortement
armée. Il est difficile aux Anglais de pouvoir disposer pour une telle expédition
de plus de 20 000 à 25 000 hommes de troupes de ligne. Tout ce
qu’ils y emploieraient en sus serait des volontaires ou des miliciens.
Mais supposons-les débarqués, et que tous les efforts du maréchal Brune
pour les rejeter dans la mer aient échoué, et qu’il se trouve lui-même
cerné, avec ses 30 000 hommes, entre les ouvrages qui défendent
aujourd’hui le port de Boulogne : le débarquement, les événements
qui auront lieu, l’investissement, prendront à l’ennemi plus d’une
semaine de temps, et il se passera plus d’une autre semaine avant qu’il
soit retranché, qu’il ait fait des chemins, placé son artillerie ;
et, pendant ce temps, la garnison pourra communiquer avec l’intérieur et
en recevoir des secours.
Quoique
ces choses soient en quelque sorte improbables, cependant il est bon que les
forces existant dans un rayon de quinze à vingt marches autour de Boulogne
puissent se mettre en marche sur Calais, Saint-Omer et Montreuil, qui sont
trois places fortes, où, même en petit nombre, elles seraient dans une
bonne position et où elles pourraient attendre les secours qui arriveront.
Dans cet état des choses, tous les corps que j’ai en Hollande, soit français,
soit hollandais, fourniraient une réserve de 1 500 à 1,800 hommes qui
se tiendraient à Berg-op-Zoom et autres places fortes sous les ordres
d’un des généraux de brigade qui sont en Hollande. Au premier ordre, ils
se mettraient en route pour se rendre à Calais à marches forcées. Tout ce
qui se trouverait disponible dans la 24e division militaire, soit
les bataillons qui sont à Anvers ou les conscrits ouvriers qui s’y
trouvent, se mettrait en marche et se réunirait sous les ordres du général
commandant la division, à Calais. Tout ce qui se trouverait disponible dans
la 16e division militaire se réunirait sur-le-champ à
Saint-Omer ; et tout ce qui se trouverait disponible dans les 1re,
2e et 15e divisions se réunirait à Montreuil. Le
connétable se rendrait de sa personne à Saint-Omer pour y prendre le
commandement de ces trois corps, La réserve de Rennes, au premier bruit du
débarquement des Anglais, marcherait sur Montreuil à grandes journées,
par Rouen et Amiens. Enfin toutes les troupes de ligne des 14e et
15e divisions militaires marcheraient sans exception, laissant
Cherbourg, Granville et le Havre aux soins de la garde nationale. Tout ce
qui se trouverait à Paris marcherait sous les ordres du général
Broussier. Tout ce qu’il y aurait, dans la capitale, de garde impériale
ou de troupes de ligne, ainsi que les corps de la garde de Paris,
marcherait. La garde nationale ferait le service.
Le général
Lagrange se tiendra à Saint-Omer, où il se rendra le 4 vendémiaire. Il y
prendra une exacte connaissance de tous les débouchés qui, de Calais,
Saint-Omer et Montreuil, se rendent à Boulogne. Il aura toujours toutes ses
lettres prêtes et signées, de manière qu’au moindre mouvement il puisse
convoquer la gendarmerie des 15e, 16e et 17e légions
et moitié de la 1re, de la 2e, de la 14e et
de la 18e légion, pour qu’elles se rendent à marches forcées
sur Saint-Omer, de manière toutefois à se réunir en route, en compagnies,
sans pour cela que leur marche éprouve de retard. Le général Lagrange
aura préparé d’avance le mouvement avec les colonels et capitaines, et
on me fera connaître quelle sera la force qu’il aura le quatrième jour
après le débarquement, le huitième jour et le douzième jour. Il faut
que, pendant cet espace de temps, il puisse réunir 3 000 hommes de
cavalerie. Le général Lagrange, avant l’arrivée du connétable, aura le
commandement des troupes qui se porteront aux divers rendez-vous de
Saint-Omer, Montreuil et Calais. Le ministre de la guerre, en envoyant les
instructions au connétable, au maréchal Brune et au général Lagrange, ne
manquera pas d’y joindre le tableau des corps qui se réuniront aux
rendez-vous indiqués, de manière qu’on sache quelle sera la force dans
chacun de ces rendez-vous, le premier jour, le second, etc., et ainsi de
suite jusqu’au douzième jour. Il sera fait des dispositions relatives à
la garde nationale, de manière que 60 000 ou 80 000 hommes de
gardes nationales puissent être réunis en peu de jours derrière les trois
premiers postes qu’on vient d’indiquer, et les gardes nationales seront
également sous les ordres du connétable.
NAPOLÉON
Faire
connaître que les 1 500 hommes de Hollande qu’on réunira à
Berg-op-Zoom formeraient la réserve aussi de toutes les côtes de Hollande.
Le général
Lagrange, après avoir pris connaissance des débouchés de Calais,
Boulogne, etc., et après s’être concerté avec le maréchal Brune, ira
faire l’inspection de ses légions.
Dépôt de
la guerre
(En
minute aux Arch. de l’Emp.)
589.
Note sur les mouvements de la Grande Armée[2]
Saint-Cloud,
3e jour complémentaire an XIII
(22 septembre 1805)[3]
|
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14
|
17
|
24
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|
Bernadotte
|
|
Anspach
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Nuremberg
|
Ratisbonne
|
|
Marmont
|
Id.
|
Id.
|
Id.
|
Id.
|
|
Davout
|
Manheim
|
Mergentheim
|
Anspach
|
Dietfurt
|
|
Ney
|
Setz
|
Cralsheim
|
Weissemburg
|
Ingolstadt
|
|
Lannes
|
Strasbourg
|
Gmünd
|
Nœrdlingen
|
Neubourg
|
|
Soult
|
Landau
|
Aalen
|
Donauwœrth
|
|
Dépôt de
la guerre
|