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Stratégique

Histoire Militaire et Stratégie
Correspondance de Napoléon
RIHM
 

 

 

Correspondance militaire
de Napoléon I
er

Extraite de la correspondance générale et publiée

par ordre du ministère de la guerre

Tome troisième

Paris - 1876

 

590.
Au maréchal Masséna

Paris, 1er vendémiaire an XIV (23 septembre 1805)

L’Empereur va aujourd’hui au Sénat, Monsieur le Maréchal. Sa Majesté sera le 3 vendémiaire à Strasbourg. Le Rhin sera passé le 4. Il est probable qu’avant le 10 la guerre se trouvera décidément déclarée. Dans cette circonstance, je ne puis que vous transmettre les propres termes de l’Empereur :

Si j’étais en Italie, je formerais mon armée en six divisions, chacune de 7 000 hommes d’infanterie, et de 1 000 hommes de cavalerie et d’artillerie.

Je laisserais mes cuirassiers, avec un ou deux régiments de dragons, pour réserve.

Du 6 au 8, à petit bruit, je passerais avant le jour au vieux pont ; j’enlèverais toutes les hauteurs de Vérone, la ville ; je ferais entrer une réserve de cuirassiers, et, suivant les événements, je pousserais l’ennemi l’épée dans les reins, ou je prendrais mes positions, la droite à l’Adige, la gauche aux montagnes, et opposées à celles que l’ennemi prendrait sur les hauteurs de Caldiero, s’il était en force.

Quelle que soit la force de l’ennemi, il doit garder beaucoup de troupes vis-à-vis Padoue et vis-à-vis Legnago ; il doit aussi en avoir dans le Tyrol ; il est donc impossible que, le jour de la bataille, il ait même 30 000 hommes à Vérone et sur les hauteurs.

Enfin, à cette manœuvre, il n’y a aucun danger, le vieux pont étant garanti par un bon ouvrage et par une bonne batterie ; on peut donc passer l’Adige sous cette protection.

Une fois qu’on se serait emparé de Vérone, il n’y aurait donc aucun danger subséquent, puisque toute l’enceinte de Vérone servirait de tête de pont, et qu’en mettant quelques pièces sur les remparts et sur les tours, on protégerait toujours le ralliement de l’armée”.

Le maréchal Berthier, par ordre de l’Empereur

Dépôt de la guerre

(En minute aux Arch. de l’Emp.)

 

591.
Au général Gouvion Saint-Cyr, à Pescara

Paris, 1er vendémiaire ait XIV (23 septembre 1905)

Le roi de Naples, Général, ayant paru désirer rester neutre et ne recevoir ni Anglais ni Russes, hier on a conclu un traité à Paris, dont je vous envoie ci-joint copie ; il doit être adressé à M. Alquier. Du moment que les ratifications auront eu lieu (et elles doivent avoir lieu sous trois ou quatre jours), vous vous dirigerez sur Pesaro, et de là sur le Pô ; vous ferez évacuer vos malades sur Pesaro, et vous garderez cette place jusqu’à ce que tout ce qui vous appartient de l’armée se trouve évacué. En passant, vous placerez aussi garnison à Ancône. Vous me ferez connaître votre ordre de route, afin que je puisse vous transmettre à temps les ordres de l’Empereur.

La guerre sera commencée lorsque vous lirez cette lettre. Si donc, par une circonstance quelconque, les ratifications ne s’échangeaient pas promptement, vous attaquerez le royaume de Naples, et par-dessus tout, l’esprit de votre instruction. L’Empe­reur ne doute pas que vous n’ayez déjà évacué vos malades et vos bagages sur Pesaro.

Le maréchal Berthier, par ordre de l’Empereur.

Archives de l’Empire

 

592.
Au général Dejean

Strasbourg, 4 vendémiaire an XIV (26 septembre 1805)

Monsieur Dejean, je suis arrivé à Strasbourg. Le biscuit que j’ai demandé n’est pas fait. Il n’y a pas encore un caisson de Sampigny d’arrivé, et même les 150 que j’avais à Boulogne, on les a fait passer par Sampigny, de manière qu’il n’y en a pas ici. Les souliers ne sont pas encore arrivés. Pressez autant qu’il vous sera possible l’exécution des ordres que j’ai donnés. L’armée est aujourd’hui au-delà du Rhin, surtout la cavalerie.

NAPOLÉON

Dépôt de la guerre

(En minute aux Arch. de l’Emp.)

 

593.
Au maréchal Lannes

Quartier impérial, Strasbourg, 4 vendémiaire an XIV
(26 septembre 1805)

Ordre au maréchal Lannes de séjourner, demain 5, à Rastadt ; de s’étendre s’il est nécessaire jusqu’à Baden, et d’envoyer des reconnaissances de cavalerie jusqu’à Wildbad : ces reconnaissances partiront avant le jour ; on fera faire deux lieues par deux régiments, deux autres lieues par un régiment, une autre lieue par un escadron, une autre lieue par un piquet des mieux montés.

NAPOLÉON

Archives de l’Empire

 

594. Au maréchal Davout

Strasbourg, 5 vendémiaire an XIV (27 septembre 1805)

Mon Cousin, je reçois votre lettre du 4 vendémiaire. J’en reçois une, en même temps, du maréchal Soult, qui me dit que votre ordre porte de vous rendre à Heilbronn. Vous avez dû recevoir du ministre de la guerre l’ordre de passer à Manheim, Heidelberg, et de vous rendre à Neckarelz. Vous recevrez des ordres pour votre marche par Mœckmühl, Ingelfingen, Geislin­gen, Crailsheim, Dinkelsbühl, Fremdingen et Nœrdlingen ; et le maréchal Soult suivra la route de Spire, Wiesloch, Sinsheim, Heilbronn, OEhringen, Hall, Gaildorf, Abtsgmünd, Aalen ; ainsi vous l’aurez toujours à peu de chemin sur votre droite. Le maréchal Bernadotte et le général Marmont doivent être sur voire gauche, devant se rendre de Würzburg sur le Danube. Je désire que vous envoyiez un officier d’état-major au général Marmont, et que vous placiez des postes de manière à communiquer à toutes vos couchées, soit pour lui faire passer des renseignements de la gauche, soit pour le secourir et en être secouru. On              m’avait assuré que l’on avait fait un pont de bateaux à Manheim. Envoyez-moi tous les jours un officier, afin que je puisse bien connaître voire situation non-seulement sous le point du nombre de vos              troupes et de leur armement, mais aussi de vos approvisionnements de bouche et de guerre, et de votre artillerie.

NAPOLÉON

Comm. par Mme la maréchale princesse d’Eckmühl

(En minute aux Arch. de l’Emp.)

 

595.
Au maréchal Soult

Strasbourg, 5 vendémiaire an XIV (27 septembre 1805)

Mon Cousin, j’ai reçu votre lettre du 4 vendémiaire. Je désire avoir des détails sur votre position. J’ai fait demander hier soir par le général Andréossy tous les détails que je désire avoir. Je ne puis concevoir comment le maréchal Davout croit devoir se diriger sur Heilbronn ; c’est sur Heidelberg et Neckarelz. Arrivé à Heilbronn, placez une tête de colonne sur le chemin de Stuttgart ; placez aussi des postes intermédiaires, afin de pouvoir vous porter rapidement au secours du corps d’armée qui serait à Stuttgart, si cela devenait nécessaire. J’imagine que votre cavalerie sera à Heilbronn avec votre première division. Marchez en règle, les divisions avec leur artillerie, à portée de se soutenir, et votre armée à portée de soutenir les corps des maréchaux Ney et Lannes.

NAPOLÉON

Dépôt de la guerre

(En minute aux Arch. de l’Emp.)

 

596.
Au maréchal Bernadotte

Strasbourg, 5 vendémiaire an XIV (27 septembre 1805),
4 heures après midi

Mon Cousin, j’ai reçu votre lettre du 1er vendémiaire, datée de Windecken. D’après mes calculs, vous deviez être ce jour-là à Würzburg ; j’imagine que vous y êtes à l’heure qu’il est. L’empereur d’Allemagne n’a fait aucun détachement sur la droite du Danube, et les Russes ne sont pas arrivés. Je suis en mesure de faire face à tout. J’ai passé le Rhin à Manheim, à Spire et vis-à-vis de Durlach. Quand vous recevrez cette lettre, mon armée sera sur le Neckar, forte, nombreuse et dans le cas de parer à tout. De Würzburg, vous vous dirigerez sur le Danube, conformément à l’instruction que le ministre de la guerre vous adressera ce soir. Vous tiendrez le général Marmont sur votre droite et les Bavarois sur votre gauche. Je me lierai au général Marmont avec toute mon armée, et si j’ai le bonheur que l’armée autrichienne s’endorme encore trois ou quatre jours sur l’Iller et dans la forêt Noire, je l’aurai tournée, et j’espère qu’il ne s’en échappera que des débris.

J’ai fait un traité d’alliance offensive et défensive avec l’électeur de Bavière. Son armée est pour moi. La copie ci-jointe d’une lettre qu’il vient d’écrire ici vous fera connaître comme il est fâcheux que vous ne vous soyez pas dirigé sur Würzburg par la ligne la plus droite, et il était naturel de penser que si j’avais voulu que vous passassiez à Francfort, je n’aurais pas manqué de vous en faire instruire. La lettre de l’Électeur vous donne un aperçu du danger de la marche que vous avez suivie. Il n’est plus question en ce moment que de porter remède à tout. Vous êtes, à l’heure qu’il est, à Würzburg ; ainsi toutes les inquiétudes de l’Électeur doivent être terminées.

Vous savez l’estime et l’amitié que je vous porte. C’est le moment de porter le grand coup. Avant le 20 vendémiaire, l’Autriche sera déchue.

Comm. par S. M. le roi de Suède

(En minute aux Arch. de l’Emp.)

 

597.
Au maréchal Berthier

Strasbourg, 5 vendémiaire an XIV (27 septembre 1805)

Mon Cousin, envoyez sur-le-champ un courrier au maréchal Ney, qui se mettra demain, à la pointe du jour, en marche pour Stuttgart. Mon intention est qu’il s’arrange de manière à enlever le poste de cavalerie ennemie qui est à Pforzheim ; j’espère donc qu’il m’enverra demain une soixantaine de prisonniers. Ces messieurs font les plaisants, saluent nos patrouilles ; il faut que le maréchal Ney les tourne et les enlève. Faites-lui connaître qu’un ordre semblable a été donné au prince Murat, pour enlever de son côté les postes de cavalerie légère des ennemis qui sont vers les débouchés de la forêt Noire, et que je suis fondé à croire que demain j’aurai en mon pouvoir plus de 200 prisonniers de cavalerie.

Je suis fâché que le maréchal Ney ne m’ait pas fait connaître sa position aujourd’hui ; écrivez-lui de vous donner de ses nouvelles deux fois par jour. Mon intention est qu’il ne se porte sur Stuttgart qu’à petites journées ; il me suffit qu’il y soit le 8. Vous le préviendrez que le maréchal Soult, avec son corps d’armée, sera, le 7, à Heilbronn. Arrivées à Stuttgart, toutes ses divisions doivent être très-près les unes des autres, afin que tout son corps d’armée puisse se réunir en moins de deux heures en ligne. Je ne veux point d’affaires partielles de divisions. Ainsi mon intention est qu’il prenne une bonne position à Stuttgart, parce que je ne veux engager aucune affaire de ce côté-là.

NAPOLÉON

Dépôt de la guerre

(En minute aux Arch. de l’Emp.)

 

598.
Au maréchal Masséna

Strasbourg, 1er vendémiaire an XIV (29 septembre 1805)

Mon Cousin, nous sommes en pleine guerre. L’armée bavaroise, les troupes de Wurtemberg, de Hesse-Darmstadt et les 4 000 hommes de Bade se sont réunis à moi. Mon armée est déjà sur le Neckar. Je compte être sur Ingolstadt avant le 15 ou le 20 vendémiaire. Les renseignements que je reçois de Suisse m’apprennent que ce que l’Autriche a dans le Tyrol italien, à Trente, Roveredo, file pour renforcer l’armée autrichienne sur l’Iller. Je serai enchanté de cette nouvelle, car je serais fort aise de tout ce qui pourrait diminuer le nombre des troupes qui sont devant vous. Si je puis me défaire promptement de cette armée de l’Iller, ce que j’espère avec l’aide de Dieu, je tomberai sur les Russes, et je compte les joindre encore à leurs journées d’étapes. Après cela, je descendrai à votre secours pour couper les débouchés de la Styrie et de la Carinthie à l’armée autrichienne qui est devant vous, qui se retirerait. Je vous ai fait écrire par le ministre de la guerre, et je vous le recommande encore, de tenir vos troupes réunies. Si vous donnez avec 50 000 hommes, l’ennemi ne peut vous faire tête ; autrement, vous éprouverez des échecs. Je vous crois plus de cavalerie que n’en a l’ennemi ; quelques charges de cuirassiers sur les mauvais bataillons autrichiens pourraient être d’un très-bon résultat. Au reste, j’ai bonne confiance en vous.

Je dois vous dire que le roi de Prusse vient de mettre son armée sur le grand complet de guerre et de la mettre en marche sur les frontières de Russie. Les Russes voulaient le forcer à se mettre contre nous ; il leur a déclaré qu’il serait pour nous.

Je vous recommande ma brave armée d’Italie ; ne la faites point battre en détail ; 80 000 Autrichiens, composés comme ils le sont, ne sont pas faits pour tenir tête à 50 000 de nos soldats, si tout marche ensemble. Le temps est ici superbe ; j’espère que j’aurai un bon automne. Le général Miollis doit être arrivé à l’heure qu’il est.

NAPOLÉON

Dépôt de la guerre

(En minute aux Arch. de l’Emp.)

 

599.
Au maréchal Ney

Strasbourg, 7 vendémiaire an XIV (29 septembre 1805)

Je vous compte arrivé à Stuttgart. Le maréchal Lannes se porte à Ludwigsburg ; il sera prêt à voler à votre secours si vous en avez besoin. Le prince Murat se porte à Rastadt. Instruisez-le de ce qui se passe. Il n’attendra pas mes ordres pour marcher à vous, si cela était nécessaire. Éclairez les mouvements de l’ennemi ; tâchez d’enlever ses patrouilles de cavalerie. Du reste, mon intention n’est pas que vous passiez à Stuttgart, ni que vous engagiez aucune affaire sérieuse.

NAPOLÉON

Archives de l’Empire

 

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