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Histoire Militaire et Stratégie
Correspondance de Napoléon
RIHM
 

 

 

Correspondance militaire
de Napoléon I
er

Extraite de la correspondance générale et publiée

par ordre du ministère de la guerre

Tome troisième

Paris - 1876

 

 

600.
Au maréchal Lannes

Strasbourg, 8 vendémiaire an XIV (30 septembre 1805)

Mon Cousin, vous marchez sur Ludwigsburg. Sur votre droite, le maréchal Ney doit se trouver avec son corps d’armée à Sttugart. S’il avait besoin de vos secours, vous n’attendriez aucun ordre pour y voler avec votre zèle et votre bravoure accoutumés. Du reste, marquez mon quartier général à Ludwigsburg ; je ne tarderai pas à vous y joindre. Vous avez le maréchal Soult à Heilbronn sur votre gauche. Instruisez-le de ce qui se passerait sur votre droite, qui pourrait nécessiter votre intervention. Le prince Murat et les dragons sont aujourd’hui en marche pour Rastadt ; informez-le exactement de ce qui se passe.

NAPOLÉON

Comm. par M. le duc de Montebello

(En minute aux Arch. de l’Emp.)

 

601.
Au maréchal Augereau

Strasbourg, 8 vendémiaire an XIV (30 septembre 1805)

Mon Cousin, je reçois votre rapport du 3 vendémiaire. Tous les 3e et 4e bataillons des régiments qui composent votre corps d’armée ont ordre de se rendre à leurs corps. Les détachements embarqués sur les bâtiments de la flottille à Granville ont ordre de débarquer et de rejoindre leurs corps. Indépendamment des 12 000 paires de souliers que j’ai chargé le ministre Dejean de vous procurer à Langres, je lui ai ordonné de vous faire donner les deux paires de souliers que j’ai accordées en gratification à l’armée, c’est-à-dire que le ministre en fera verser la valeur dans la caisse des corps, et qu’ils les feront confectionner ; mais veillez à ce que les corps ne les fassent pas faire trop loin, et qu’il ne faille pas deux mois pour leur transport. Je ne vois pas d’inconvénient à accorder une gratification aux officiers d’état-major. Envoyez-moi un état de la distribution à en faire, et je l’autoriserai.

Je ne veux pas finir cette lettre sans vous dire un mot de ma position ici. Mon cher et bon frère l’empereur d’Autriche est venu à Memmingen. Son armée est sur les débouchés de la forêt Noire ; en y comprenant les troupes qui sont du côté de Constance, elle est d’une centaine de mille hommes ; mais les nouvelles que j’ai reçues hier m’apprennent qu’après avoir tenu un grand conseil l’Empereur est retourné à Vienne. Dieu veuille que son armée continue à rester dans la même position encore une huitaine de jours, ou, ce qui serait encore mieux, qu’elle s’avance sur le Rhin ! Vous sentirez combien je dois le désirer, quand vous saurez que le général Marmont, le maréchal Bernadotte et les troupes de l’électeur de Bavière sont en grande marche sur Ingolstadt ; que le corps du maréchal Davout, qui a passé le Rhin à Manheim, est en pleine marche sur Donauwœrth et déjà à quatre marches du Rhin ; que le corps du maréchal Soult, qui a passé à Spire, est déjà arrivé à Heilbronn, et se dirige également sur le Danube, entre Ulm et Donauwœrth ; que les maréchaux Lannes et Ney, les corps de dragons et ma Garde sont arrivés à Stuttgart. Je vais partir moi-même, cette nuit, pour me mettre à la tête de ce corps, pour m’appuyer au maréchal Soult et tourner Ulm. Malheur aux Autrichiens s’ils me laissent gagner quelques marches ! j’espère les avoir tournés et me trouver avec toute mon armée entre le Lech et l’Isar ; mais je suppose que le départ de l’Empereur est déjà un éveil, et que les Autrichiens vont s’empresser d’évacuer la Bavière. La tête des Russes commence à s’approcher, mais la Prusse fait des armements et paraît peu d’accord avec les Russes.

Je n’ai eu dans cette marche des côtes sur le Rhin ni déserteurs ni malades.

NAPOLÉON

Comm. par Mme la comtesse de Sainte-Aldegonde

(En minute aux Arch. de l’Emp.)

 

602.
Au prince Joseph

Quartier impérial, Ettlingen, 10 vendémiaire an XIV
(2 octobre 1805)

Mon Frère, l’armée est en grande marche. Le 1er et le 2e corps sont réunis aux Bavarois et sont partis de Würzburg ; les 3e, 4e et 6e sont au-delà du Neckar.

L’ennemi fait des marches et contre-marches et paraît fort embarrassé.

Avant peu de jours nous en serons aux mains. L’armée n’a perdu personne ni par la désertion, ni par les maladies.

Je serai ce soir à Stuttgart.

Les armées de Bade et de Wurtemberg se joignent à la mienne.

Comme les mouvements vont être très-rapides, ne soyez pas étonné si vous êtes quelques jours sans recevoir de mes nouvelles. Il suffit que vous fassiez mettre dans le Moniteur que l’Empereur est à Stuttgart ; que l’armée a passé le Neckar et a déjà remporté deux grandes victoires : la première, parce qu’elle n’a ni malades, ni déserteurs ; qu’au contraire beaucoup de conscrits l’ont rejointe ; la seconde victoire, c’est que les armées bavaroise, badoise et wurtembergeoise se sont réunies à l’armée française, et que tout le peuple d’Allemagne est bien disposé pour nous[1].

NAPOLÉON

Dépôt de la guerre

 

603.
Au maréchal Bernadotte

Ettlingen, 10 vendémiaire an XIV (2 octobre 1805)

Mon Cousin, je reçois votre lettre du 6 vendémiaire. J’ai vu avec plaisir votre arrivée à Würzburg, et votre jonction avec le général Marmont. Le croquis du mouvement de l’armée que vous envoie le major général vous fera connaître mes projets. L’ennemi a une armée assez considérable dans le Tyrol ; il en fortifie tous les débouchés. Une autre armée se fortifie sur l’Iller. Mon projet, s’il hésite et s’il s’amuse, est d’arriver derrière le Lech avant lui, de lui couper la retraite et de le pousser sur le Rhin ou dans le Tyrol. Nous allons voir quel parti va prendre l’ennemi. Expédiez-moi tous les jours quelqu’un. Je suis la route de Stuttgart, Schorndorf, Gmünd, Aalen, afin de diriger moi-même les mouvements de la droite, si l’ennemi passe le Danube et nous attend à Heidenheim. Les 3 000 hommes du contingent de Bade marchent aujourd’hui ; les 7 000 hommes de Wurtemberg marchent également. Donnez ces nouvelles à l’Électeur, elles lui feront plaisir.

Je ne suis point étonné que vous ayez trouvé beaucoup d’agitation : l’Électrice a été de tout temps notre ennemie, et l’Électeur lui-même se trouve dans une position si extraordinaire qu’il n’est pas étonnant qu’il s’en trouve ébranlé. Rassurez-le ; causez avec lui, en général, des mouvements de l’armée, et faites-lui naître l’espoir d’être rétabli promptement dans sa position naturelle. Mais je ne pense pas que, quand vous lirez cette lettre, vous serez déjà à deux marches de Würzburg. Maintenez toujours intacte la communication du général Marmont avec le maréchal Davout ; vous verrez par le croquis que ce général sera le 15 sur la Wœrnitz ; si l’ennemi débouchait de Donauwœrth pour l’attaquer, faites marcher le général Marmont à son secours.

Moquez-vous de tout ce que peuvent faire les ennemis, soit à Hanovre, soit ailleurs. Ils ne sont pas encore en mesure. Quand nous nous serons défaits de ces 100 000 Autrichiens que nous avons devant nous, nous pourrons nous porter ailleurs. Il y a en France un bon mouvement ; la réserve arrive sur le Rhin. J’ai grande envie de vous voir, et je le ferai du moment que je me serai assuré de ce que l’ennemi peut faire. Mes dernières nouvelles sont qu’il était encore sur l’Iller, où il fortifiait Memmingen.

Quant à l’électeur de Hesse, il fera toujours, et dans tous les cas, ce que je voudrai. Vous l’avez un peu gâté, s’il est vrai, comme on me l’assure, que vous avez payé argent comptant. Si je l’avais prévu, je vous aurais fait dire de le payer avec des bons : je m’en expliquerai là-dessus avec lui. Il sait très-bien que sans la France il ne serait qu’un sujet de la Prusse ; il sait aussi que seul j’ai pu le faire Électeur, et que je puis seul lui faire beaucoup de bien ou beaucoup de mal.

Il n’y a plus à parlementer avec les Autrichiens qu’à coups de canon.

NAPOLÉON

Comm. par S. M. le roi de Suède

(En minute aux Arch. de l’Emp.)

 

604.
Au prince Murat

Ettlingen, 10 vendémiaire an XIV (2 octobre 1805)

Mon Cousin, je reçois votre lettre. Je porte ce soir mon quartier général dans la petite ville de Münchingen ; je désire vous y voir pour vous dire tout ce que j’attends de vous, dans la mission que vous allez remplir. N’épargnez rien pour bien nourrir vos chevaux ; ralentissez plutôt votre marche de six heures que de les fatiguer. Votre bataillon de dragons a bien couché ce soir à Rastadt ; il ne s’est pas arrêté à Strasbourg ; enfin, il est en marche pour vous rejoindre. Le général Bourcier a couché à Rastadt et va également vous rejoindre avec ses quatre divisions de dragons. Vous allez flanquer toute ma marche, qui est délicate, en ce que c’est une marche oblique sur le Danube. Il faut donc, si l’ennemi voulait prendre l’offensive, que je sois averti à temps pour prendre un parti et ne pas être obligé de prendre celui qui conviendrait à l’ennemi. La division d’Hautpoul ne doit pas suivre votre mouvement ; ce serait encombrer votre manœuvre. Mon intention est qu’elle suive ma marche, et elle arrivera rapidement à Aalen, en même temps que votre avant-garde arrivera à Heidenheim. Les dragons à pied doivent être bien fatigués ; je ne les ferai pas passer avant le maréchal Ney ; ce serait exposer un corps que je veux ménager. Le maréchal Ney ne partira que le 12 de Stuttgart ; il vous suivra donc samedi. Les dragons à pied viendront après le maréchal Ney, formant votre réserve. Ainsi, par ce débouché, vous vous trouverez avoir 6 000 dragons à cheval, le corps du maréchal Ney de 20 000 hommes et les dragons à pied : ce qui vous formera un corps d’armée de 30 à 35 000 hommes. Je serai, de ma personne, avec le corps du maréchal Lannes, qui passera par Gmünd ; ma Garde et la division d’Hautpoul feront la réserve de ce corps d’armée, qui sera de 26 000 hommes. Vous voyez donc que, si l’ennemi débouchait d’Ulm pour m’attaquer sur mon flanc, ces deux corps, que je pourrais lui opposer, seraient facilement renforcés par une partie du corps de Soult, que j’ai disposé en conséquence. Je vous expliquerai tout ceci dans la journée, avec plus de détails ; ainsi, attendez-moi à Münchingen.

NAPOLÉON

Archives de l’Empire

 

605.
Au prince Joseph

Quartier impérial, Ludwigsburg, 11 vendémiaire an XIV (3 octobre 1805)

Mon cher Frère, je suis entré hier à Ludwigsburg ; je suis logé chez l’Électeur, qui s’est définitivement mis avec nous. Il n’y a pas encore eu de sang répandu de part et d’autre ; cependant, quelques patrouilles de cavalerie ennemie ont été coupées et l’on m’a amené une trentaine de prisonniers à cheval. Nous sommes tous en grande marche et en grandes manœuvres militaires.

NAPOLÉON

Dépôt de la guerre

 

606.
Au maréchal Lannes
sur la route de Schorndorf

Quartier impérial, Ludwigsburg, 11 vendémiaire an XIV (3 octobre 1805)

Mon Cousin, poussez des partis le plus loin que vous pourrez sur Gmünd, sur Heidenheim, sur Aalen et tâchez de me faire savoir demain si l’ennemi est à Nœrdlingen ou à Heidenheim, ou s’il est vrai qu’après avoir occupé Nœrdlingen il l’ait évacué depuis deux jours. Il est probable que vos hussards trouveront quelques partis ennemis. Un bon moyen d’avoir des renseigne­ments serait d’enlever quelques prisonniers. Vous les feriez interroger avec soin et vous me feriez parvenir leur interrogatoire.

Le maréchal Soult aura demain la division de Saint-Hilaire à Gaildorf. Elle a ordre d’envoyer des patrouilles de cavalerie sur vous. Faites-en marcher à sa rencontre et convenez d’un poste intermédiaire avec cette division, soit pour demain, soit pour après-demain, où cette division doit être à Abtsgmünd, afin que, si j’avais quelque ordre pressé à lui transmettre, je puisse le faire sans perdre de temps et par votre moyen.

NAPOLÉON

Comm. par M. le duc de Montebello.

(En minute aux Arch. de l’Emp.)

 

607.
Au maréchal Davout

Quartier impérial, Ludwigsburg, 11 vendémiaire an XIV (3 octobre 1805)

Mon Cousin, le ministre de la guerre vous répond par ce courrier pour ce qui est relatif au territoire prussien. Prodiguez tous les témoignages de considération et de bonne amitié pour le roi de Prusse.

Il serait possible que l’ennemi fît quelques manœuvres ; il pourrait marcher au-devant de quelqu’un des corps d’armée, soit du côté de Heidenheim, dans ce cas, vous êtes trop loin et vous n’y pouvez rien ; soit en occupant Nœrdlingen, et c’est dans cette intention que j’ai attaché une brigade de grosse cavalerie à votre corps d’armée. Arrivez le plus bonne heure qu’il vous sera possible à OEttingen si l’ennerni a passé le Danube et occupé Nœrdlingen, prenez position et communiquez avec le maréchal Soult, qui couche le 13 à Ellwangen et doit être rendu le 14 à Nœrdlingen ; par ce moyen, vos corps d’armée donneront ensemble, et votre grosse cavalerie vous sera très-utile dans la belle plaine de Nœrdlingen. Si, au contraire, l’ennemi n’avait point passé le Danube depuis Ulm jusqu’à Donauwœrth, et prenait position sur l’Altmühl en débouchant par Neuburg ou Ingolstadt, et attaquait les généraux Marmont et Bernadotte, passez la Wœrnitz et portez-vous par le plus court chemin au secours de ces corps d’armée, en prévenant le maréchal Soult, qui a ordre de suivre le même mouvement. Envoyez des courriers au général Marmont. Je suppose qu’il devra avoir passé demain Rothenburg. Faites-lui connaître les ordres que vous avez.

NAPOLÉON

Comm. par Mme la maréchale princesse d’Eckmühl

(En minute aux Arch. de l’Emp.)

 

608.
Au maréchal Soult

Quartier impérial, Ludwigsburg, 11 vendémiaire an XIV (3 octobre 1805)

Mon Cousin, je vous ai fait donner l’ordre de faire filer votre 4e division en laissant seulement un détachement pour suivre le mouvement du parc. Comme le 13 je serai à Gmünd, je verrai si j’aurai besoin de la division qui passe à Gaildorf ; elle sera, toutefois, à portée, dans la position où elle sera le 14 à Abtsgmünd, de marcher sur Nœrdlingen et de se joindre à vos autres divisions qui partiront le 13 d’Ellwangen. Le maréchal Davout arrive le 13 à OEttingen. Il a avec lui six régiments de grosse cavalerie formant la division du général Nansouty. Il doit se porter à Harburg le 14 ; mais je lui fais connaître que, si l’ennemi se trouvait en force à Noerdlingen, il se dirigerait sur ce point, de manière à se lier à votre gauche et à tomber ensemble sur l’ennemi. Si, au contraire, l’ennemi se portait sur Neuburg pour marcher sur Bernadotte, le maréchal Davout marcherait à grands pas au secours de Marmont et de Bernadotte, et vous-même, de Nœrdlingen, vous vous porteriez rapidement sur la Wœrnitz pour garder le débouché de Donauwœrth et servir de réserve à ces trois premiers corps d’armée, assez près cependant de l’ennemi, qui serait par là menacé de perdre sa communication avec Neuburg. Mon intention est, quand nous nous rencontrerons avec l’ennemi, de l’environner de tous côtés. Je désire que vous communiquiez souvent avec moi, pour me faire connaître soit ce que vous apprendrez de Davout, soit ce que vous saurez du côté de Nœrdlingen.

NAPOLÉON

Dépôt de la guerre

(En minute aux Arch. de l’Emp.)

 

609.
Au général Songis

Quartier impérial, Ludwigsburg, 11 vendémiaire an XIV (3 octobre 1805)

Monsieur le Général Songis, la route de l’armée est par Spire. Il est nécessaire que vous ayez une quantité de cartouches d’infanterie et de canons et obusiers de tous les calibres, pour pouvoir, immédiatement après la première affaire, renvoyer tout les caissons et voitures de munitions, afin qu’elles en ramènent deux ou trois cents voitures chargées de biscuit, qui bientôt seront disponibles. Si vous avez des munitions toutes prêtes à Spire, elles y seront envoyées. Je trouve de l’inconvénient à les faire aller à Strasbourg, car elles pourraient déserter en longeant la rive gauche du Rhin. Réunissez sans délai un grand approvi­sionnement à Spire, que nous pousserons ensuite à Heilbronn. L’électeur de Wurtemberg se chargera de me tenir plusieurs centaines de voitures qui iront d’Heilbronn à Spire, et de Spire à Heilbronn, cela est préférable, en ce que nos propres voitures n’iraient qu’à Heilbronn pour s’approvisionner. Cet objet est important.

Quand aurez-vous à Spire assez d’objets d’approvisionne­ment pour quatre à cinq cents voitures, indépendamment des voitures et attelages que vous vous procurerez et qui peuvent toujours joindre ?

NAPOLÉON

Archives de l’Empire



[1]      Même lettre au prince Eugène.

 

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