Institut de Stratégie Comparée, Commission Française d'Histoire Militaire, Institut d'Histoire des Conflits Contemporains

 Revenir au sommaire général

  

Portail Nouveautés Etudes stratégiques Publications ISC- CFHM- IHCC Liens Contacts - Adhésion

 

Dossiers :

 

  . Théorie de la stratégie

  . Cultures stratégiques

  . Histoire militaire

  . Géostratégie 

  . Pensée maritime

  . Pensée aérienne

  . Profils d'auteurs

  . Outils du chercheur

  . BISE

  . Bibliographie stratégique

 

Publications de référence

 

Stratégique

Histoire Militaire et Stratégie
Correspondance de Napoléon
RIHM
 

 

 

Correspondance militaire
de Napoléon I
er

Extraite de la correspondance générale et publiée

par ordre du ministère de la guerre

Tome troisièmex

Paris - 1876

 

610.
Au maréchal Berthier

Quartier impérial, Ludwigsburg, 12 vendémiaire an XIV (4 octobre 1805)

Mon Cousin, vous donnerez l’ordre au maréchal Augereau de faire continuer la marche de ses colonnes jusqu’à Huningue, de passer sur-le-champ le Rhin, et de réunir tout son corps d’armée dans le pays de Fribourg.

NAPOLÉON

Dépôt de la guerre

(En minute aux Arch. de l’Emp.)

 

611.
Au maréchal Berthier

Quartier impérial, Ludwigsburg, 12 vendémiaire an XIV (4 octobre 1805)

Mon Cousin, le quartier général se rendra demain à Schorndorf. La cavalerie de la Garde, avec sa division d’artillerie, partira demain à la petite pointe du jour et se rendra à mi-chemin de Schorndorf à Gmünd. La cavalerie du général d’Hautpoul partira demain à dix heures du matin et ira coucher à une lieue en arrière de Schorndorf. La garde à pied, avec les bagages et avec l’artillerie, partira à six heures du matin et ira s’établir en avant de Schorndorf. Vous ferez connaître au général d’Hautpoul qu’il fait l’arrière-garde ; qu’il doit laisser un régiment pour pousser devant lui les traînards, les convois et les détachements. Ce régiment pourra coucher demain, 13, à deux lieues en arrière de Schorndorf. Donnez l’ordre au général Bourcier de partir demain, à dix heures du matin, de Stuttgart, pour coucher à Esslingen. Vous lui direz qu’il fait l’arrière-garde et qu’il faut pousser les traînards, les convois et les détachements quelconques devant lui, afin que rien ne reste en arrière. Le 14, le général Bourcier se rendra à Geislingen,            pour éclairer tous les débouchés d’Ulm et couvrir tous les mouvements. Le prince Murat réunira les autres divisions à Heidenheim. La cavalerie légère du maréchal Ney tiendra des postes à Giengen pour éclairer les débouchés de Gundelfingen pendant le temps qu’il sera à Heidenheim. En donnant ces ordres au prince Murat et au maréchal Ney, vous leur direz, je pense, que l’ennemi est encore derrière le Danube et ne fait encore aucun mouvement offensif, comme tout porte à le penser.

NAPOLÉON

Dépôt de la guerre

(En minute aux Arch. de l’Emp.)

 

612.
Au maréchal Bernadotte

Quartier impérial, Ludwigsburg, 12 vendémiaire an XIV (4 octobre 1805)

Mon Cousin, le maréchal Berthier vous envoie la position de l’armée aujourd’hui. Tout marche bien ; une quarantaine d’hommes du régiment à cheval de Latour ont été enlevés par notre cavalerie. Le prince Murat, avec ses divisions de dragons, balaye aujourd’hui la plaine d’Ulm ; cela nous donnera probablement des nouvelles. Il paraît que l’ennemi a déjà fait filer quelque chose sur Donauwœrth et Ingolstadt ; cependant son mouvement est faibli, et je ne le crois pas entier. Il occupe toujours Stockach, Memmingen et le Tyrol. Voyez à préparer les moyens de jeter un pont sur le Danube, et concertez-vous avec les généraux bavarois ; je voudrais le jeter entre Neubourg et Ingolstadt, au point le plus favorable au passage. Le quartier général sera le 16 à Nœrdlingen. Si je puis me procurer d’une manière ou d’autre des moyens pour passer le Danube, je voudrais le passer à la fois sur trois points. Faites-moi connaître ce que disent les officiers bavarois, et les renseignements du pays, et répondez-moi à ces deux questions :

1)           Entre Neuburg et Ingolstadt quel est le point le plus favorable pour passer le Danube ?

2)           Quels moyens pourrez-vous avoir ? Pourrez-vous vous saisir de quelques bateaux sur le Danube où en amener quelques-uns des petites rivières voisines ?

Le 7e corps d’armée commandé par le maréchal Augereau sera dans huit jours sur le Rhin. Tous les rapports que j’ai portent que l’ennemi est fort déconcerté de ces mouvements. Je regrette bien que vous n’ayez pu amener quelques bateaux avec vous.

NAPOLÉON

Comm. par S. M. le roi de Suède.

(En minute aux Arch. de l’Emp.)

 

613.
Au général Marmont

Quartier impérial, Ludwigsburg, 12 vendémiaire an XIV (4 octobre 1805)

Monsieur le Général Marmont, vous sentez de quelle importance il doit être pour votre corps d’armée d’avoir avec lui des moyens de passer les rivières et le Danube. Vous ferez bien, en conséquence, de rassembler tous les bateaux et toutes les nacelles qui pourraient se trouver dans votre arrondissement et de les tenir disposés à être transportés partout où besoin sera.

NAPOLÉON

Archives de l’Empire

614.
Au prince Murat

Quartier impérial, Ludwigsburg, 12 vendémiaire an XIV (4 octobre 1805)

La division de dragons du général Bourcier doit flanquer la marche de l’armée, du côté de Geislingen. Avec vos trois divisions, portez-vous rapidement sur Heidenheim, afin d’éclairer la plaine de Nœrdlingen. Je suppose que l’ennemi n’a fait aucun mouvement offensif car, en ce cas, vous vous conduiriez suivant les circonstances, en attendant de nouveaux ordres.

Le maréchal Soult me fait savoir que l’ennemi a plusieurs escadrons entre Nœrdlingen et Ellwangen ; pendant qu’ils feront le coup de sabre avec les hussards du 3e corps d’armée, il vous serait facile de les couper en leur barrant le chemin de Donauwœrth. Je suppose que l’ennemi n’a pas de forces considé­rables à Nœrdlingen, et qu’il n’a qu’une tête de colonne pour éclairer la plaine ; en un mot, que son projet continue à être de rester derrière le Danube. Si cela était ainsi, et que l’ennemi n’eût qu’un ou deux régiments d’infanterie et autant de cavalerie, voyez si, avec vos 8 000 dragons, vous ne pourriez pas les couper conjointement avec la cavalerie légère des maréchaux Lannes et Ney ; en en prévenant le maréchal Soult, toute sa cavalerie légère viendrait se trouver aussi à l’affaire. Mais mon intention est qu’on ne tente cette opération qu’autant que l’ennemi aurait là moins de 6 000 hommes d’infanterie. Ce qui m’importe, c’est d’avoir des nouvelles. Envoyez donc des agents et des espions, et surtout faites des prisonniers.

NAPOLÉON

Archives de l’Empire

615.
Au maréchal Soult

Quartier impérial, Ludwigsburg, 12 vendémiaire an XIV (4 octobre 1805)

Mon Cousin, le maréchal Berthier vous fait connaître aujourd’hui quelle est la situation de l’armée. Il vous donnera l’ordre de faire arriver mon équipage de pont à Nœrdlingen, pour le 14 ou le 15. N’allez pas me dire que cela est impossible. Requérez tout ce qu’il vous faut de chevaux pour cet objet. Mettez les pontonniers sur les voitures ; faites marcher l’équipage jour et nuit, et faites en sorte au moins que j’aie, le 14 ou le 15, cinq ou six bateaux à Nœrdlingen, si je n’y puis avoir la totalité de mon équipage de pont. Il y a, sur la Wœrnitz, des bois, des bateaux en construction, des nacelles. Tâchez de faire surprendre tout cela, afin de m’en faire d’autres moyens de passage qui me mettront à même, s’il est possible, de surprendre également quelque pont de bois, dont l’ennemi aurait rompu deux on trois arches, et de les réparer en peu d’heures. Prenez tous les renseignements nécessaires et méditez attentivement sur cette opération. Je n’ai pas besoin de vous dire que je préfère passer le Danube entre le Lech et Ingolstadt. Cependant il me serait fort utile d’avoir quelques moyens de passage du côté de Donauwœrth, tant pour occuper l’ennemi que pour y faire passer ma droite.

NAPOLÉON

Dépôt de la guerre

(En minute aux Arch. de l’Emp.)

 

616.
Au maréchal Davout

Quartier impérial, Ludwigsburg, 12 vendémiaire an XIV (4 octobre 1805)

Mon Cousin, on m’assure qu’il serait possible de trouver à OEttingen quelques nacelles et bateaux, et peut-être s’en trouve-t-il sur l’Altmühl. Si l’ennemi se tient sur la défensive derrière le Danube, voyez à vous procurer des nacelles et des bateaux, soit sur la Wœrnitz, soit sur l’Altmühl.

NAPOLÉON

Comm. par Mme la maréchale princesse d’Eckmühl

(En minute aux Arch. de l’Emp.)

 

617.
Au prince Murat

Quartier impérial, Gmünd, 13 vendémiaire an XIV
(5 octobre 1805) - 10 heures et demie du soir

Je serai demain à Aalen à huit ou neuf heures du matin. Faites-moi parvenir des nouvelles de ce qui se sera passé. Le maréchal Soult me mande qu’il pense qu’il y a 5 000 ou 6 000 hommes à Nœrdlingen ; au reste, il y sera demain à la pointe du jour avec son corps d’armée. J’ai rencontré à mon passage à Cannstadt un dépôt de la division du général Klein avec des chevaux à la main qui suivaient la route de Gœppingen : en suivant cette route, ces chevaux s’exposeraient à être pris. J’ai changé les routes, mais les généraux de dragons devraient rendre compte des ordres qu’ils donnent et des dépôts qu’ils forment, afin que l’état-major général puisse les diriger dans les lieux convenables et selon la direction générale de l’armée.

Du moment que l’ennemi aurait évacué Nœrdlingen et qu’on serait sûr qu’il s’est dirigé sur Donauwœrth, je pense que tout ce qui est dépôt de dragons et de cavalerie doit se diriger sur Nœrdlingen.

Le général Bourcier, avec sa division de dragons, peut être difficilement forcé par la cavalerie et ne doit se retirer que quand il voit de l’infanterie en force. L’ennemi ne peut être en mesure de prendre position du côté d’Ulm. Le général Bourcier doit prendre les positions du général Walther, non-seulement pour demain 14, mais après-demain 15. Donnez-lui donc l’ordre de cerner Ulm par des postes à trois lieues de distance et sur tous les débouchés, soit sur ceux de Heidenheim, soit de Geislingen. Il est assez important de masquer nos mouvements à l’ennemi. Faites-moi connaître d’avance les routes que vous comptez prendre pour vous rendre de Heidenheim à Donauwœrth. Ménagez les chevaux, qui sont déjà un peu faibles, en faisant vos reconnaissances par des piquets de chevaux forts et en bon état.

NAPOLÉON

Archives de l’Empire

618.
Au maréchal Soult

Quartier impérial, Aaleu, 14 vendémiaire an XIV
(6 octobre 1805)

Mon Cousin, je reçois votre lettre à mon arrivée à Aalen. Le prince Murat est en grande marche avec toutes les divisions de dragons pour se rendre de Neresheim à Donauwœrth ; il y sera ce soir, ou demain matin à la pointe du jour. Du moment que mes pontons seront arrivés, dirigez-les sur Donauwœrth au pont de Harburq, à deux lieues de Donauwœrth, et faites reconnaître la route qui devrait les conduire au-delà de l’embouchure du Lech, du côté, de Bertolzheim. Mon intention est de jeter mes ponts de bateaux au-delà de l’embouchure du Lech, afin de tourner cette position ; mais, si je puis surprendre le pont de Donauwœrth, cela ne m’empêchera pas d’en profiter sur-le-champ. Le maréchal Davout va sans doute chercher à s’emparer du pont de Neuburg. Faites reconnaître la meilleure position, entre l’embouchure du Lech et Neuburg, où on pourrait tenter le passage. Je pars dans une heure pour Nœrdlingen, où je serai à trois ou quatre heures après midi ; ne manquez pas de m’y envoyer des nouvelles.

NAPOLÉON

Dépôt de la guerre

 

619.
1er Bulletin de la Grande Armée

Nœrdlingen, 15 vendémiaire an XIV (7 octobre 1805)

L’Empereur est parti de Paris le 2 vendémiaire et est arrivé le 4 à Strasbourg.

Le maréchal Bernadotte qui, au moment où l’armée était partie de Boulogne, s’était porté de Hanovre sur Gœttingen, s’est mis en marche par Francfort pour se rendre à Würzburg, où il est arrivé le 1er vendémiaire.

Le général Marmont, qui était arrivé à Mayence, a passé le Rhin sur le pont de Cassel et s’est dirigé sur Würzburg, où il a fait sa jonction avec l’armée bavaroise et le corps du maréchal Bernadotte.

Le corps du maréchal Davout a passé le Rhin le 4, à Manheim, et s’est porté, par Heidelberg et Neckarelz, sur le Neckar.

Le corps du maréchal Soult a passé le Rhin le même jour, sur le pont qui a été jeté à Spire, et s’est porté sur Heilbronn.

Le corps du maréchal Ney a passé le Rhin le même jour, sur le pont qui a été jeté vis-à-vis de Durlach, et s’est porté à Stuttgart.

Le corps du maréchal Lannes a passé le Rhin à Kehl le 3, et s’est rendu à Ludwigsburg.

Le prince Murat, avec la réserve de cavalerie, a passé le Rhin à Kehl le 3, et est resté en position pendant plusieurs jours devant les débouchés de la forêt Noire ; ses patrouilles, qui se montraient fréquemment aux patrouilles ennemies, leur ont fait croire que nous voulions pénétrer par ces débouchés.

Le grand parc de l’armée a passé le Rhin à Kehl le 8, et s’est rendu à Heilbronn.

L’Empereur a passé le Rhin à Kehl le 9, a couché à Ettlingen le même jour, y a reçu l’électeur et les princes de Bade, et s’est rendu à Ludwigsburg chez l’électeur de Wurtemberg, dans le palais duquel il a logé.

Le 10, les corps du maréchal Bernadotte et du général Marmont, et les Bavarois, qui étaient à Würzburg, se sont réunis et se sont mis en marche pour se rendre sur le Danube.

Le corps du maréchal Davout s’est mis en marche de Neckarelz et a suivi la route de Mœckmühl, Ingelfingen, Crailsheim, Dinkelsbühl, Fremdingen, OEttingen, Harburg et Donauwœrth.

Le corps du maréchal Soult s’est mis en marche de Heilbronn et a suivi la route d’OEringen, Hall, Gaildorf, Abtsgmünd, Aalen et Nœrdlingen.

Le corps du maréchal Ney s’est mis en marche sur Stuttgart et a suivi la route d’Esslingen, Gœppingen, Weissenstein, Heidenheim, Neresheim et Nœrdlingen.

Le corps du maréchal Lannes s’est mis en marche de Ludwigsburg et a suivi la route de Beutelsbach, Plüderhausen, Gmünd, Aalen et Nœrdlingen.

Voici la position de l’armée au 14 :

Le corps du maréchal Bernadotte et les Bavarois à Weissenburg.

Le corps du général Marmont, à Wassertründingen.

Le corps du maréchal Davout, à OEttingen, à cheval sur la Wœrnitz.

Le corps du maréchal Soult, à Donauwœrth, maître du pont de Münster, et faisant rétablir celui de Donauwœrth.

Le corps du maréchal Ney, à Geislingen.

Le corps du maréchal Lannes, à Neresheim.

Le prince Murat, avec ses dragons, bordant le Danube.

L’armée est pleine de santé et brûlant du désir d’en venir aux mains.

L’ennemi s’était avancé jusqu’aux débouchés de la forêt Noire, où il paraît qu’il voulait se maintenir et nous empêcher de pénétrer. Il avait fait fortifier l’Iller. Memmingen et Ulm se fortifiaient en grande hâte.

Les patrouilles qui battent la campagne assurent qu’il a contremandé ses projets et qu’il paraît fort déconcerté par nos mouvements, aussi nouveaux qu’inattendus.   

Les patrouilles françaises et ennemies se sont souvent rencontrées. Dans ces rencontres, nous avons fait 40 prisonniers du régiment à cheval de Latour.

 

Ce grand et vaste mouvement nous a portés en peu de jours en Bavière, nous a fait éviter les montagnes Noires, la ligne des rivières parallèles qui se jettent dans la vallée du Danube, l’inconvénient attaché à un système d’opérations qui auraient toujours en flanc les débouchés du Tyrol, et, enfin, nous a placés à plusieurs marches derrière l’ennemi, qui n’a pas de temps à perdre pour éviter sa perte entière.

Moniteur du 21 vendémiaire an XIV.

(En minute au Dépôt de la guerre)

 

 Copyright www.stratisc.org - 2005 - Conception - Bertrand Degoy, Alain De Neve, Joseph Henrotin