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Stratégique

Histoire Militaire et Stratégie
Correspondance de Napoléon
RIHM
 

 

 

Correspondance militaire
de Napoléon I
er

Extraite de la correspondance générale et publiée

par ordre du ministère de la guerre

Tome troisième

Paris - 1876

 

630.
Au prince Murat

Quartier impérial, Augsbourg, 19 vendémiaire an XIV
(11 octobre 1805) - 8 heures du matin

Mon Cousin, j’ai fait donner cette nuit au maréchal Lannes l’ordre de passer par Burgau. Je ne tiens pas encore les affaires finies de votre côté. L’ennemi, cerné comme il est, se battra. Il reçoit des renforts du Tyrol et de l'Italie ; il pourra donc vous opposer, sous peu de jours, plus de 40 000 hommes. Il faut donc que votre réserve et les corps de Ney et de Lannes, qui font de 50 à 60 000 hommes, marchent le plus près possible, de manière à pouvoir être réunis en six heures et écraser l’ennemi. Les Russes viennent en hâte ; marchez donc sur l’ennemi partout où il se trouve, mais avec précaution et ensemble ; s’il vous échappe, il sera arrêté sur le Lech. D’ailleurs, dans une bonne bataille, avec l’esprit qui anime les troupes, il vous en resterait la moitié.

NAPOLÉON

Archives de l’Empire

631.
Au maréchal Bernadotte

Quartier impérial, Augsbourg, 19 vendémiaire an XIV
(11 octobre 1805) - 3 heures après midi

Mon Cousin, je vous ai expédié à huit heures du matin[1] un aide de camp du maréchal Mortier. Pour être plus sûr qu’il vous arrivât, je l’ai fait passer par vos derrières. Ayant tout lieu de penser que vous êtes en ce moment à Munich, je m’empresse de vous écrire pour vous faire connaître que le maréchal Davout sera ce soir, avec son corps d’armée, à Dachau ; le maréchal Soult à Landsberg, et qu’ainsi vous serez couvert de ces deux côtés. L’armée du prince Ferdinand, dont plusieurs divisions ont été battues à Wertingen et à Günzburg, ne peut plus retourner en Bavière, étant coupée ; et le prince Murat, avec les dragons et les corps des maréchaux Lannes et Ney, est à sa poursuite. Mon intention est que vous me débarrassiez de toute espèce d’ennemis entre l’Isar et le Lech. Étendez-vous par des patrouilles compo­sées de Bavarois, c’est-à-dire de gens du pays, le long de l’Isar, et appuyez même votre gauche par un corps à Freising, si vous le jugez nécessaire. Ce corps vous servirait d’avant-garde si vous deviez marcher par votre gauche. Je vous laisse maître de tous vos mouvements ; mais mon intention est que vous ne vous laissiez pas tourner par votre gauche, et que, si cela arrivait, vous vous arrangiez de manière à être arrivé sur le Danube avant l’ennemi, pour protéger votre corps d’Ingolstadt, et, si l’ennemi avait trop pris d’avance sur vous, pour être au moins sur le Lech avant lui, afin de protéger mon pont de Rain. Je vous adresserai demain des ordres suivant les circonstances de ce grand théâtre de guerre qui varie à tout moment. Préparez-vous, après avoir pris haleine un moment, à jeter l’ennemi au-delà de l’Inn, dont je veux surprendre le passage avant qu’il puisse être défendu en règle. Je n’ai pas besoin de vous dire que tout votre corps d’armée doit constamment être réuni autour de vous, et que les Bavarois doivent fournir tous les détachements. Faites-leur comprendre que c’est un honneur que vous leur faites et un égard que vous leur témoignez, comme étant chez eux. On m’assure qu’il n’y a personne à Passau. Si les bourgeois pouvaient s’emparer de la forteresse, on s’arrangerait pour les secourir en vingt-quatre heures. Par là le passage de l’Inn serait ouvert. Que les Bavarois envoient aux magistrats du pays un homme intelligent, pour cet effet. Quant à votre conduite à Munich, faites faire du pain en assez grande quantité, car tout le monde en a besoin. Le général Deroy a sans doute des instructions de l’Électeur. Nommez à Munich un commandant attaché à la cause. Organisez seulement le militaire. Je vous adresserai, aussitôt que je saurai votre entrée à Munich, des ordres pour l’organisation du civil comme il doit être. Munich est un centre de renseignements. Prenez à la poste les lettres destinées pour les officiers autrichiens et russes et envoyez-moi l’extrait de ce qui peut m’instruire du mouvement des ennemis. Prenez aussi toutes les informations possibles sur la force du corps autrichien qui est en Souabe, régiment par régiment. La régence de Munich doit tout savoir, puisqu’elle les a tous nourris. Ne dormez pas que vous ne m’ayez envoyé tous ces détails. Attachez-vous aussi à me faire connaître la force du corps de Kienmayer entre l’Isar et l’Inn. Parlez-moi aussi, positivement, de ces célèbres Russes. J’attendrai cela pour prendre un parti. J’irai à eux avec 90 000 hommes, et j’espère, avec l’aide de Dieu, leur faire continuer leur route pour France. Envoyez-moi l’état des généraux et régiments bavarois que vous avez laissés à Ingolstadt et l’état de ceux que vous avez avec vous. Vous ne me dites pas si vous avez laissé de la cavalerie, et de l’artillerie au corps du général Rivaud. Un régiment de cavalerie et sept à huit pièces d’artillerie lui sont absolument nécessaires.

NAPOLÉON

Comm. par S. M. le roi de Suède

(En minute aux Arch. de l’Emp.)

 

632.
Au maréchal Davout

Quartier impérial, Augsbourg, 19 vendémiaire an XIV
(11 octobre 1805) - 3 heures après midi

Mon Cousin, j’ai reçu votre lettre. Je vois avec plaisir que ce n’est pas pour priver la division Nansouty de son artillerie que vous avez ordonné qu’elle vînt à votre quartier général. Cette division vient aujourd’hui à Augsbourg, où il faut diriger cette artillerie. Le maréchal Bernadotte a dû être aujourd’hui, à midi, à Munich ; le maréchal Soult, à Landsberg. Veillez à ce que les chevaux restent aux postes. Mettez-y même un petit piquet de cavalerie, pour que les communications avec Munich soient très-rapides. Je suis inquiet du peu d’artillerie et du peu de cartouches que vous avez. Envoyez-moi ce soir l’état de situation des ennemis et le nom de leurs régiments qui ont été plusieurs jours entre Aichach et Dachau. Ayez des postes de cavalerie au village de Bruck, sur Landsberg, et sur l’autre chemin d’Augsbourg à Munich. Faites faire du pain partout pour vos troupes, auxquelles je voudrais bien laisser un jour de repos, mais les moments sont pressants. Il faut prendre les bonnes positions. L’armée du prince Ferdinand est entièrement tournée. Le prince Murat le poursuit avec les divisions des maréchaux Lannes et Ney.

NAPOLÉON

Comm. par Mme la maréchale princesse d’Eckmühl.

 

633.
Au maréchal Augereau

Quartier impérial, Augsbourg, 19 vendémiaire an XIV
(11 octobre 1805)

Mon Cousin, je vous écris d’Augsbourg. Nos mouvements continuent avec la plus grande rapidité. L’armée du prince Ferdinand est coupée et entièrement séparée des Russes et de l’armée que les Autrichiens avaient sur l’Inn. Le prince Murat la poursuit avec les corps des maréchaux Lannes et Ney.

Réunissez de suite votre corps à Fribourg. Il serait possible que le corps d’armée du prince Ferdinand n’eût d’autre refuge que de se jeter du côté de la Suisse ou sur vous au 2 ou 3 brumaire, vous pouvez vous mettre en marche sur Fribourg, nul doute que vous ne trouviez encore de la besogne ; et, avec vos 12 000 hommes, vous seriez d’un grand secours et feriez bien du mal à l’ennemi. Vous écririez au prince Murat, qui vous ferait connaître la situation des choses, ce que vous pouvez faire et ce que vous devez craindre. Expédiez, par la grande route de l’armée, c’est-à-dire par Heilbronn, un de vos aides de camp sur Augsbourg et Munich. Activez la marche de vos troupes. Pour cela, vous pouvez former des détachements de quelques centaines d’hommes éclopés, qui suivraient l’armée à quelques jours de distance. Portez-vous le plus tôt possible, au moins de votre personne, à Huningue et Neuf-Brisach, et pressez la réparation des têtes de pont de ces deux points.

NAPOLÉON

Comm. par Mme la comtesse de Sainte-Aldegonde

 

634.
4e Bulletin de la Grande Armée

Augsbourg, 19 vendémiaire an XIV (11 octobre 1805)

Le combat de Wertingen a été suivi, à vingt-quatre heures de distance, du combat de Günzburg. Le maréchal Ney a fait marcher son corps d’armée : la division Loison sur Langenau, et la division Malher sur Günzburg. L’ennemi, qui a voulu s’opposer à cette marche, a été culbuté partout. C’est en vain que le prince Ferdinand est accouru en personne pour défendre Günzburg. Le général Malher l’a fait attaquer par le 59e régiment. Le combat est devenu opiniâtre, corps à corps. Le colonel Lacuée a été tué à la tête de son régiment, qui, malgré la plus vigoureuse résistance, a emporté le pont de vive force ; les pièces de canon qui le défendaient ont été enlevées, et la belle position de Günzburg est restée en notre pouvoir. Les trois attaques de l’ennemi sont devenues inutiles ; il s’est retiré avec précipitation ; la réserve du prince Murat arrivait à Burgau et coupait l’ennemi dans la nuit.

Les détails circonstanciés du combat, qui ne peuvent être donnés que sous quelques jours, feront connaître les officiers qui se sont distingués.

L’Empereur a passé toute la nuit du 17 au 18, et une partie de la journée du 18, entre les corps des maréchaux Ney et Lannes.

L’activité de l’armée française, l’étendue et la complication des combinaisons, qui ont entièrement échappé à l’ennemi, le déconcertent au dernier point.

Les conscrits montrent autant de bravoure et de bonne volonté que les vieux soldats. Quand ils ont une fois été au feu, ils perdent le nom de conscrits ; aussi tous aspirent-ils à l’honneur du titre de soldat.

Le temps continue à être très-mauvais depuis plusieurs jours. Il pleut encore beaucoup ; l’armée cependant est pleine de santé.

L’ennemi a perdu plus de 2 500 hommes au combat de Günzburg. Nous avons fait 1 200 prisonniers et pris six pièces de canon. Nous avons eu 400 hommes tués ou blessés. Le général-major d’Aspre est au nombre des prisonniers.

L’Empereur est arrivé à Augsbourg le 18, à neuf heures du soir. La ville est occupée depuis deux jours.

La communication de l’armée ennemie est coupée à Augsbourg et Landsberg et va l’être à Füssen. Le prince Murat, avec les corps des maréchaux Ney et Landes, se met à sa poursuite. Dix régiments ont été retirés de l’armée autrichienne d’Italie et viennent en poste depuis le Tyrol. Plusieurs ont été déjà pris. Quelques corps russes, qui voyagent aussi en poste, s’avancent vers l’Inn. Mais les avantages de notre position sont tels que nous pouvons faire face à tout.

L’Empereur est logé à Augsbourg chez l’ancien électeur de Trèves, qui a traité avec magnificence la suite de Sa Majesté pendant le temps que ses équipages ont mis à arriver.

Moniteur du 25 vendémiaire an XIV

(En minute au dépôt la guerre.)

 

635.
Au maréchal Kellermann
Commandant le 3e corps de réserve, à Strasbourg

Quartier impérial, Augsbourg, 20 vendémiaire au XIV
(12 octobre 1805)

Mon Cousin, j’ai reçu votre lettre du 15 vendémiaire. Je compte effectivement sur votre zèle pour presser l’organisation, l’équipement et l’instruction des 3e bataillons. Je connais votre attachement à ma personne, et je ne doute point que vous ne fassiez tout ce qui dépend de vous. Mettez-vous en correspondance avec les préfets qui doivent vous fournir des conscrits, soit de la conscription de l’an XIV, soit des réserves des années X, XI, XII et XIII. Ecrivez au ministre Dejean, écrivez également aux quartiers-maîtres, aux majors ou chefs des 3e bataillons, pour vous assurer qu’ils ont les tricots et les moyens nécessaires pour habiller les conscrits sinon avec des habits, au moins avec des vestes. Quant aux hommes laissés sur la route par les régiments, je vois avec plaisir que vous ayez chargé du soin de les faire rejoindre Marulaz, sur l’activité duquel je compte beaucoup ; qu’il voie tout par lui-même et ne s’en fie pas toujours aux rapports des officiers détachés. Je désire qu’on ne m’envoie pas les troupes par petits paquets, mais qu’on en forme tous les huit jours un fort détachement de 3 à 400 hommes qui, sous le commandement d’un officier, et par un ordre de vous, viendront me joindre en bon ordre. Il me reste à vous recommander de veiller à ce que les capotes que les corps ont fait faire en France partent par gros convois, toujours sous l’escorte et le comman­dement d’officiers et de sous-officiers qui rejoignent l’armée. Accélérez l’arrivée des conscrits ; veillez à leur instruction, à leur équipement, et à ce que les magasins des 3e bataillons expédient à l’armée tout ce qui leur est commandé. À ces occupations si importantes, puisque leur moindre résultat est de maintenir l’armée à son complet actuel, joignez vos soins pour l’organisa­tion de la garde nationale, et j’espère que vous aurez un bon compte à me rendre du zèle des habitants de ma bonne ville de Strasbourg et de mes braves Alsaciens. Veillez au perfectionne­ment des travaux de Kehl ; que rien ne soit épargné pour mettre ce point en bon état de défense.

Comm. par M. le duc de Valmy.

(En minute aux Arch. de l’Emp.)

NAPOLÉON

 

636.
Au prince Murat

Quartier impérial, Augsbourg, 20 vendémiaire an XIV
(12 octobre 1805) - 9 heures du matin

Mon Cousin, le maréchal Soult s’est porté à Landsberg, où il est arrivé hier à midi. Il a fait la bonne rencontre du régiment de cuirassiers de Ferdinand. Il l’a fait sur-le-champ charger, lui a fait 120 prisonniers, dont un lieutenant et trois capitaines, et lui a pris deux pièces de canon. Vingt pièces de canon et trente pontons étaient passés de Landsberg sur Memmingen, quinze heures avant. Les dragons et les chasseurs se sont mis à leurs trousses ; j’espère qu’ils les auront atteints hier, ou qu’ils les atteindront aujourd’hui. D’un autre côté, aujourd’hui même le maréchal Soult marche sur Memmingen, où il ne pourra arriver que demain au soir fort tard. Mon intention est que, si l’ennemi continue à rester dans ses positions et se prépare à recevoir la bataille, elle n’ait pas lieu demain, mais après-demain, afin que le maréchal Soult et ses 30 000 hommes en soient, qu’il déborde la droite de l’ennemi, l’attaque en la tournant, manœuvre qui nous assure un succès certain et décisif. En attendant, faites jeter un pont sur le Danube, le plus près possible de votre ligne, vis-à-vis d’Albeck, de manière que le corps qui est à Albeck se trouve en communication et lié avec le reste de l’armée, et que, si l’ennemi agissait trop vivement, ou se trouvait obligé de se réfugier sur la rive gauche, je puisse, dans le jour même, tomber dessus. Ordonnez aux généraux de faire l’inspection des armes et de cartouches, de réunir tout leur monde, tout ce qui serait détaché aux bagages ; de renvoyer les bagages et les voitures au-delà de Burgau parquer dans les prairies, de sorte qu’il n’y ait rien dans les grands chemins. Désignez l’emplacement où doivent se mettre les réserves d’artillerie des corps d’armée des maréchaux Lannes et Ney, et de la réserve de cavalerie. Assurez-vous que les réserves des trois armées contiennent assez de cartouches et qu’elles n’ont pas été gâtées par la pluie. Voyez également de désigner le lien des grandes ambulances pour chacun des corps d’armée. Que le premier chirurgien de chaque corps d’armée, un médecin, un commissaire des guerres et des gendarmes y soient établis. Prenez des mesures pour qu’il y ait du pain, du vin et même des lits pour les blessés de la journée. Je ne parle pas des ambulances, qui doivent suivre la ligne à quatre cents toises en arrière, tout au plus. Ceci n’est pas une échauffourée, ce n’est pas même l’attaque d’une colonne pendant qu’elle marche : c’est celle d’une armée qui peut être plus nombreuse que vous ne croyez, et du succès de laquelle dépendent les plus grands résultats. J’y serai de ma personne. Faites arranger mon quartier général où vous le croirez le plus convenable. Je partirai dès que j’aurai donné mes ordres pour ma droite. Je serai demain matin au quartier général que vous m’aurez marqué.

NAPOLÉON

 

Dans votre lettre, vous ne mettez ni l’endroit d’où vous écrivez, ni la date, ni l’heure ; c’est un oubli très-capital.

Archives de l’Empire

 

637.
Au maréchal Soult

Quartier impérial, Augsbourg, 20 vendémiaire an XIV
(12 octobre 1805) - 10 heures et demie du matin

Mon Cousin, je verrai avec plaisir vos 120 gros cuirassiers pris par les petits chasseurs. Cependant j’aurais voulu avoir tout le régiment, et, puisqu’ils avaient des pièces à leur suite, il me semble que vous auriez dû les avoir tous ou au moins leurs sept pièces. J’espère que vous m’apprendrez cette nuit que vous avez pris leurs pontons. Le moment décisif est arrivé. Faites poster aujourd’hui vos dragons et de l’artillerie légère devant Memmingen. Poussez votre division de tête, aujourd’hui, aussi près que vous pourrez de cette ville. Qu’on se mette en marche deux heures avant le jour, après avoir mangé la soupe. Arrivez à Memmingen avec voire première division, avant neuf heures du matin ; attaquez sur-le-champ cette place, et mettez-vous à cheval sur l’Iller dans la journée de demain. Envoyez un parti à Pless, qui enverra du monde sur la route d’Ober-Roth. Le prince Murat en enverra de son côté à Weissenhorn, afin de communiquer avec vous. Tâchez de vous emparer du pont de Kellmünz aussitôt que vous pourrez ; c’est à trois lieues de Memmingen. Vous ne serez plus qu’à quatre lieues de Weissenhorn, pour couper la route qui suit la rive gauche de l’Iller. Il faut l’intercepter en force du côté de Kellmünz, où elle n’est éloignée du pont que d’une petite demi-lieue. Poussez vos avant-postes et grand’gardes sur la route d’Ulm et de Weissenhorn. Si cependant là, de demain à après-demain, l’ennemi essayait de vous marcher sur le corps, nous lui tomberions dessus de tous les côtés. Je serai probablement personnellement à Weissenhorn. L’ennemi nous offre une occasion dont nous saurons profiter. Mettez à l’ordre de votre armée que, s’ils veulent se battre, il faut que la première division soit à Memmingen avant neuf heures du matin, sans quoi ils ne seront pas à la bataille. Je recevrai encore ce soir votre rapport ici. Le maréchal Davout a eu une charge de uhlans, et le 2e de chasseurs a pris 50 hommes et un officier sans perdre personne. Le moral de l’ennemi est frappé au dernier point. Tâchez, dès cette nuit, de vous mettre en correspondance avec le prince Murat, par Weissenhorn. Deux ou trois piquets de 5 ou 6 hommes, placés de votre lieu de coucher à Weissenhorn, assureront votre correspondance. J’envoie le général Marmont avec son corps d’armée à Krumbach, où j’espère qu’il aura ce soir de la cavalerie.

NAPOLÉON

Demain, le général Marmont sera sur l’Iller, sur les hauteurs d’Illeraichheim. Je vous envoie une bonne carte et qui vous sera utile.

Dépôt de la guerre

(En minute aux Arch. de l’Emp.)

 

638.
Au maréchal Soult

Quartier impérial, Augsbourg, 20 vendémiaire an XIV
(12 octobre 1805) - 10 heures et demie du matin

Je suppose que ces fortifications de Memmingen dont on m’a tant parlé ne sont rien. Cependant, s’ils avaient, depuis quinze jours, travaillé avec activité, et que le poste fût le moindrement favorable, il est facile de prévoir que je perdrais beaucoup de monde pour l’enlever. En ce cas, demain, tournez-le et bloquez Memmingen. Ils ne se laisseront pas couper leurs communica­tions avec Ulm, ou ce serait autant de pris ; et alors, comme il est évident que l’ennemi se dirigera sur vous pour secourir la droite, j’aurai le temps de faire attaquer demain, dans l’après-midi, et de jeter Marmont sur vous. Il faut aussi que je vous instruise que j’ai laissé la division batave de Marmont avec douze pièces de canon dans Augsbourg ; que Davout reste en position à Dachau ; que la division batave pourrait se porter sur vous, si vous étiez menacé d’être débordé par toute l’armée ennemie. Ce soir même, si les nouvelles de Munich me le permettent, je ferai jeter une division de Davout sur Landsberg, où elle sera à votre disposi­tion. Je vous recommande de faire crever vos chevaux à vos aides de camp et à vos adjoints. Placez-les en relais sur la route de Weissenhorn, pour que j’aie de vos nouvelles rapidement. Il ne s’agit pas de battre l’ennemi, il faut qu’il n’en échappe pas un. Assemblez vos généraux et chefs de corps, quand vous serez à Memmingen, et si l’ennemi n’a rien fait pour échapper au coup de massue qui va l’assommer, faites-leur connaître que je compte que, dans cette circonstance importante, on n’épargne rien de ce qui peut rendre notre succès complet et absolu ; que cette journée doit être dix fois plus célèbre que celle de Marengo ; que, dans les siècles les plus reculés, la postérité connaîtra en détail ce que chacun aura fait ; que, si je n’avais voulu que battre l’ennemi, je n’aurais pas eu besoin de tant de marches et de fatigues, mais que je veux le prendre et qu’il faut que, de cette armée qui, la première, a rompu la paix et nous a fait manquer notre plan de guerre maritime, il ne reste pas un seul homme pour en porter la nouvelle à Vienne, et que la Cour perfide qu’a corrompue l’or de l’Angleterre ne doit l’apprendre que lorsque nous serons sous ses murailles.

NAPOLÉON

Dépôt de la guerre



[1]      Voir pièce n° 629.

 

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