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Stratégique

Histoire Militaire et Stratégie
Correspondance de Napoléon
RIHM
 

 

 

Correspondance militaire
de Napoléon I
er

Extraite de la correspondance générale et publiée

par ordre du ministère de la guerre

Tome troisième

Paris - 1876

 

639.
Au maréchal Berthier

Quartier impérial, Augsbourg, 20 vendémiaire an XIV
(12 octobre 1805), midi

Le général Ordener, avec quatre escadrons, six pièces d’artillerie légère et une ambulance, ira coucher ce soir à Burgau, où je veux me rendre dans la nuit.

Le maréchal Bessières, avec tout le reste de la garde, artillerie, infanterie, cavalerie, ambulances, ira prendre position en avant de Zusmarshausen, plaçant son avant-garde à mi-chemin de ce poste à Burgau. La Garde sera prévenue que l’ennemi est tourné, qu’il y aura après-demain une grande bataille, que chaque soldat doit avoir 40 cartouches, que chacun doit être en état et à son poste.

NAPOLÉON

Dépôt de la guerre

 

640.
Au maréchal Berthier

Quartier impérial, Augsbourg, 20 vendémiaire an XIV
(12 octobre 1805), midi

Mon cousin, donnez l’ordre au général Dumonceau, commandant la division batave, de se rendre à Augsbourg avec son infanterie et douze pièces de canon. Il placera la moitié de sa division pour défendre le pont du Lech, avec une forte grand’garde à mi-chemin du pont, à Friedberg, et l’autre moitié de sa division pour défendre le pont de la Wertach. Deux bataillons entreront dans la ville d’Augsbourg pour faire le service de la place. Il placera deux de ses pièces de canon au pont de la Wertach, et quatre autres pièces au pont du Lech. Les six autres pièces de canon seront tenues disponibles et prêtes à se porter partout où besoin serait. Toutes les portes de la ville seront gardées en force et, tous les jours, une heure avant la pointe du jour, de fortes reconnaissances se porteront à deux lieues en avant sur les quatre directions, pour pouvoir y avoir des nouvelles de tout ce qui se passe aux environs du grand quartier général. Quels que soient les événements qui pourraient survenir, le général Dumonceau défendra la place et avertira de sa position le maréchal Bernadotte qui est à Munich, le maréchal Davout qui est à Dachau, le maréchal Soult qui est du côté de Landsberg et sur la route de Landsberg à Memmingen ; enfin, il avertira Sa Majesté l’Empereur, qui sera du côté de Burgau, et le général Rivaud, qui est à Ingolstadt, de tout ce qu’il y aura de nouveau et d’extraordinaire.

Donnez l’ordre au général Rivaud, si, demain à la pointe du jour, il ne se passe rien de nouveau sur la gauche du Danube, d’expédier 150 hommes de cavalerie, deux pièces d’artillerie et le 54e régiment de ligne au pont du Lech, à Rain, pour le défendre, de n’importe quel côté que l’ennemi vienne.

Le commandant de ce corps de troupes correspondra avec le général commandant à Donauwœrth, pour lui faire connaître et savoir tout ce qu’il y aura de nouveau ; il correspondra, pour le même objet, avec le général Dumonceau, commandant à Augsbourg, afin que, suivant les circonstances, il puisse faire ses dispositions et défendre le passage du Lech. Comme on ne pense pas qu’il puisse être attaqué, et que tout ceci n’est qu’une mesure de précaution, les dispositions auront lieu contre les partis ennemis qui pourraient peut-être vouloir échapper à notre poursuite, en se portant vers ces différents points, et afin d’assurer une surveillance utile sur toutes les routes. Après-demain 22, il y aura probablement bataille du côté d’Ulm, où l’armée ennemie est cernée, et l’Empereur prévoit des circonstances où le corps qui sera à Rain peut être très-utile.

NAPOLÉON

Dépôt de la guerre

 

641.
Au prince Murat

Quartier impérial, Augsbourg, 20 vendémiaire an XIV
(12 octobre 1805), midi et demi

Je vous envoie une carte qui vous sera utile ; c’est le croquis d’une carte militaire de la Souabe.

Veuillez désormais, quand vous m’écrirez, avoir soin de mettre le lieu d’où vous écrivez, le jour et l’heure.

Je vous ai expédié, par mon aide de camp Gardanne, des ordres. Le major général vous en avait envoyé par un autre officier.

Après-demain l’armée autrichienne aura existé, et ce terrible coup aura mis un terme à toute la guerre. Le général Marmont part d’Augsbourg à l’instant avec sa cavalerie. Il suit la route d’Augsbourg, Ziemetshausen, Thannhausen, Krumbach, où il sera ce soir avec sa cavalerie. Il se rendra demain, avec tout son corps d’armée, pour prendre position sur les hauteurs d’Illeraichheim. Faites-lui passer des nouvelles ce soir à Krumbach, s’il était survenu quelque chose d’extraordinaire. Le maréchal Soult sera à Memmingen ce soir. Ma Garde elle-même se met toute en marche ; la cavalerie sera ce soir à Burgau, l’infanterie en avant de Zusmarshausen. Les cuirassiers de Nansouty partent aussi et coucheront à Zusmarshausen ; demain ils seront en position.

Après-demain, à la pointe du jour, grande bataille.

Le maréchal Soult enverra des partis de cavalerie par Memmingen et Pless, sur la route d’Ober-Roth ; envoyez-en aussi pour vous rencontrer et vous donner réciproquement des nouvelles.

Faites-vous informer si l’ennemi occupe Dietenheim.

Je vous recommande toujours le pont que je vous ai ordonné, afin qu’aujourd’hui que nous avons tant de troupes nous puissions renforcer la droite.

NAPOLÉON

Archives de l’Empire

 

642.
Au maréchal Soult

Augsbourg, 20 vendémiaire an XIV (12 octobre 1805) -
10 heures et demie du soir

Mon Cousin, je monte en voiture. Je serai avant le jour à Weissenhorn. Le maréchal Bernadotte est entré à Munich aujourd’hui, à six heures du matin.

Il a fait 800 prisonniers, et courait après un parc de cent pièces, de canon, qui se rendait à Ulm. Le Prince Ferdinand était à Munich hier au soir. A-t-il quitté son armée de l’Iller, ou bien son armée de l’Iller a-t-elle déniché ? Vous devez, à l’heure qu’il est, savoir à quoi vous en tenir. Je ne veux pas attaquer demain ; cependant si j’avais des renseignements que l’ennemi eût commencé à évacuer, j’attaquerais ; je vous en ferais prévenir. En attendant, si vous entendez le canon, ne perdez pas votre temps. Si Memmingen n’est que faiblement occupé, j’espère que vous l’aurez avant midi ; s’il est défendu, il est tout simple que vous fassiez faire halte à vos troupes et que vous l’attaquiez en règle. Écrivez-moi sur Weissenhorn. Je ne pense pas que le général Marmont soit avant la pointe du jour, avec sa cavalerie, à sa position. Cependant la cavalerie légère va vite, et je ne désespère pas qu’il ait 200 bons chevaux de bonne heure sur la ligne. Si l’ennemi avait commencé à s’en aller, nous en aurions notre part. Quand le diable y serait, il ne nous échapperait pas tout entier. Il ne pourrait s’en aller que par Kempfen, Biberach, Stockach : dans ce cas, nous serions à Vienne quinze jours avant lui.

NAPOLÉON

Je reçois à l’instant une lettre du Prince Murat. L’ennemi est à Ulm, et y a 40 000 hommes. Il y a en une sortie où la division Dupont a, seule, contenu l’ennemi, et lui a fait 4 000 prisonniers. Si l’ennemi n’est pas à Memmingen, descendez comme l’éclair jusqu’à notre hauteur. C’est vous qui ramasserez tout, je le prévois ; il ne doit pas nous en échapper un.

Dépôt de la guerre

(En minute aux Arch. de l’Emp.)

 

643.
 Bulletin de la Grande Armée

Augsbourg, 20 vendémiaire an XIV (12 octobre 1805)

Le maréchal Soult s’est porté avec son corps d’armée à Landsberg, et par là a coupé une des grandes communications à l’ennemi ; il y est arrivé le 19, à quatre heures après midi, et y a rencontré le régiment de cuirassiers du prince Ferdinand qui, avec six pièces de canon, se rendait à marches forcées à Ulm. Le maréchal Soult l’a fait charger par le 26e régiment de chasseurs ; il s’est trouvé déconcerté à un tel point, et le 26e de chasseurs était animé d’une telle ardeur, que les cuirassiers ont pris la fuite dans la charge, et ont laissé 120 soldats prisonniers, un lieutenant-colonel, deux capitaines et deux pièces de canon. Le maréchal Soult, qui avait pensé qu’ils continueraient leur route sur Memmingen, avait envoyé plusieurs régiments pour les couper ; mais ils s’étaient retirés dans les bois, où ils se sont ralliés pour se réfugier dans le Tyrol.

Vingt pièces de canon et les équipages de pontons de l’ennemi étaient passés, dans la journée du 18, par Landsberg. Le maréchal Soult a mis à leur poursuite le général Sebastiani avec une brigade de dragons ; on espère qu’il sera parvenu à les atteindre.

Le 20, le maréchal Soult s’est dirigé sur Memmingen, où il arrivera le 21, à la pointe du jour.

Le maréchal Bernadotte a marché toute la journée du 19 et a porté son avant-garde jusqu’à deux lieues de Munich. Les bagages de plusieurs généraux autrichiens sont tombés au pouvoir de ses troupes légères. Il a fait une centaine de prisonniers de différents régiments.

Le maréchal Davout s’est porté à Dachau ; son avant-garde est arrivée à Maisach ; les hussards de Blankenstein ont été mis en désordre par ses chasseurs, et, dans différents engagements, il a fait une soixantaine d’hommes à cheval prisonniers.

Le prince Murat, avec la réserve de cavalerie et les corps des maréchaux Ney et Lannes, s’est placé vis-à-vis de l’armée ennemie, dont la gauche occupe Ulm, et la droite Memmingen.

Le maréchal Ney est à cheval sur le Danube, vis-à-vis Ulm.

Le maréchal Lannes est à Weissenhorn.

Le général Marmont se met en marche forcée, pour prendre position sur la hauteur d’Illertissen, et le maréchal Soult déborde de Memmingen la droite de l’ennemi.

La garde impériale est partie d’Augsbourg pour se rendre à Burgau, où l’Empereur sera probablement cette nuit.

Une affaire décisive va avoir lieu. L’armée autrichienne a presque toutes ses communications coupées. Elle se trouve à peu près dans la même position que l’armée de Melas à Marengo.

L’Empereur était sur le pont du Lech, lorsque le corps d’armée du général Marmont a défilé. Il a fait former en cercle chaque régiment, leur a parlé de la situation de l’ennemi, de l’imminence d’une grande bataille, et de la confiance qu’il avait en eux. Cette harangue avait lieu pendant un temps affreux. Il tombait une neige abondante, et la troupe avait de la boue jusqu’aux genoux et éprouvait un froid assez vif ; mais les paroles de l’Empereur étaient de flamme ; en l’écoutant, le soldat oubliait ses fatigues et ses privations, et était impatient de voir arriver l’heure du combat.

Le maréchal Bernadotte est arrivé à Munich le 20, à six heures du matin ; il a fait 800 prisonniers, et s’est mis à la poursuite de l’ennemi. Le prince Ferdinand se trouvait à Munich. Il paraît que ce prince avait abandonné son armée de l’Iller. Jamais plus d’événements ne se décideront en moins de temps, Avant quinze jours, les destins de la campagne et des armées autrichiennes et russes seront fixés.

Moniteur du 26 vendémiaire an XIV.

(En minute an Dépôt de la guerre)

 

644.
Proclamation à l’armée

Pfaffenhofen, 21 vendémiaire an XIV (13 octobre 1805)

Soldats, il y a un mois que nous étions campés sur l’Océan, en face de l’Angleterre ; mais une ligne impie nous a ordonné de voler sur le Rhin.

Il n’y a pas quinze jours que nous l’avons passé, et les Alpes wurtembergeoises, le Neckar, le Danube et le Lech, barrières si célèbres de l’Allemagne, n’ont pas retardé notre marche d’un jour, d’une heure, d’un instant. L’indignation contre un prince que nous avons deux fois réassis sur son trône, quand il ne tenait qu’à nous de l’en précipiter, nous a donné des ailes. L’armée ennemie, trompée par nos manœuvres, par la rapidité de nos mouvements, est entièrement tournée. Elle ne se bat que pour son salut ; elle voudrait bien échapper et retourner chez elle ; il n’est plus temps. Les fortifications qu’elle a élevées à grands frais le long de l’Iller, nous attendant par les débouchés de la forêt Noire, lui deviennent inutiles, puisque nous arrivons par les plaines de la Bavière.

Sans cette armée que vous avez devant vous, nous serions aujourd’hui à Londres ; nous eussions vengé six siècles d’outrages et rendu la liberté aux mers.

Mais souvenez-vous demain que vous vous battez contre les alliés de l’Angleterre ; que vous avez à vous venger des affronts d’un prince parjure dont les propres lettres respiraient la paix, quand il faisait marcher ses armées contre notre allié ; qui nous a supposés assez biches pour croire que nous verrions, sans rien dire, son passage de l’Inn, son entrée à Munich et son agression contre l’électeur de Bavière. Il nous croyait occupés ailleurs. Qu’il apprenne pour la troisième et dernière fois que nous savons être partout où la patrie a des ennemis à combattre.

Soldats, la journée de demain sera cent fois plus célèbre que celle de Marengo ; j’ai placé l’ennemi dans la même position.

Souvenez-vous que la postérité la plus reculée tiendra note de ce que chacun de vous fera dans cette mémorable journée.

Vos neveux mêmes, d’ici à cinq cents ans, viendront se ranger sous ces aigles qui vous rallient, sauront en détail tout ce que votre corps aura fait demain, et de quelle manière votre courage les aura à jamais illustrés. Ce sera l’objet perpétuel de leurs entretiens, et vous serez cités d’âge en âge à l’admiration des générations futures.

Soldats, si je n’avais voulu que vaincre l’ennemi, je n’aurais pas cru devoir faire un appel à votre courage et à votre amour pour la patrie et pour moi ; mais le vaincre, ce n’est rien faire de digne de vous ni de votre Empereur. Il faut que pas un homme de l’armée ennemie échappe. Que ce Gouvernement qui a trahi tous ses devoirs n’apprenne sa catastrophe que par votre propre arrivée sous les murs de Vienne ; et, à cette funeste nouvelle, s’il écoute le cri de sa conscience, elle lui dira qu’il a trahi et les serments de la paix et ses premiers serments, devoirs que lui avaient légués ses ancêtres avec le pouvoir d’être le boulevard de l’Europe contre les irruptions des barbares.

Soldats qui avez donné aux combats de Wertingen et de Günzburg, j’ai été content de votre conduite ; tous les corps feront comme vous. Et je pourrai dire à mon peuple : votre Empereur et votre armée ont fait leur devoir ; faites le vôtre ; et les 200 000 conscrits que j’ai appelés accourront à marches forcées pour renforcer notre seconde ligne.

NAPOLÉON

Dépôt de la guerre

 

645.
Ordre général

Ober-Fahlheim, 22 vendémiaire au XIV (14 octobre 1805), 9 heures du soir

M. le maréchal Lannes fera passer le Danube demain, une heure avant le jour, aux trois divisions des généraux Oudinot, Suchet et Gazan, ainsi qu’à toute la cavalerie légère, sur le pont d’Elchingen et sur celui de Thalfingen ; à cet effet, le général Gazan fera rétablir, cette nuit, le pont de Thalfingen ; en conséquence, ses troupes prendront les mêmes positions qu’occupent celles du maréchal Ney à Elchingen et à Albeck.

M. le maréchal Ney ploiera la division qui est à Elchingen et à Albeck, et, du moment que les troupes de M. le maréchal Lannes auront successivement remplacé les siennes à Elchingen et à Albeck, M. le maréchal Ney se disposera pour que son corps d’armée se mette en mouvement vers huit heures du matin, pour quitter sa position d’Albeck et en prendre une de bataille, ayant son artillerie en position, afin d’être prêt, vers midi, à attaquer la position que l’ennemi occupe sur le Michelsberg.

L’Empereur sera rendu de sa personne à l’abbaye d’Elchingen, d’où il donnera lui-même l’ordre d’attaquer, tant à M. le maréchal Ney qu’aux autres troupes.

Une heure avant le jour, la division du général Klein suivra les troupes de M. le Maréchal Lannes.

La division de cavalerie du général Nansouty et la garde impériale prendront les armes une heure avant le jour, pour se rendre à l’abbaye d’Elchingen, de manière que demain, à huit heures du matin, il y aura au-delà du Danube, sur la rive gauche, les corps des maréchaux Lannes et Ney, la division Klein, la division Nansouty et la réserve de la garde impériale.

Les dragons de la division du général Beaumont prendront position et seront employés à contenir l’ennemi dans Ulm, à la rive droite du Danube.

M. le général Marmont, avec son corps d’armée, se réunira demain, à la pointe du jour, à son avant-garde, vis-à-vis l’abbaye de Wiblingen, et, de là, se mettra en marche à travers champs pour aller occuper la hauteur de Pfuhl, ou il trouvera la division Beaumont, et, dans cette position, il contiendra l’ennemi dans Ulm, et si cela était nécessaire, il défendrait les deux ponts que nous avons sur le Danube.

La division de dragons à pied du général Baraguey d’Hilliers restera là où elle est bivouaquée cette nuit.

Si l’un des généraux évacue Ulm cette nuit, il en ferait prévenir l’Empereur.

MM. les généraux en chef voudront bien donner des ordres, en ce qui les concerne, pour les présentes dispositions.

Le maréchal Berthier, par ordre de l’Empereur

Dépôt de la guerre

 

646.
Au maréchal Berthier

Abbaye d’Elchingen, 23 vendémiaire an XIV
(13 octobre 1805)

Les deux corps d’armée vont se former en bataille :

Le corps du maréchal Ney tiendra la droite appuyée au bois de Mæhringen, son centre vis-à-vis Lehr, la gauche en avant de Jungingen.

Le corps du maréchal Lannes :

La division Suchet à droite ;

La division Gazan à gauche ;

Les grenadiers Oudinot la gauche ;

La droite touchera à la gauche du maréchal Ney et la gauche coupera la route d’Albeck.

La cavalerie légère des deux corps d’armée éclairera devant et sur toutes les routes, à deux lieues aux environs, même en arrière.

La division de la garde impériale se mettra en bataille à Haslach, la gauche appuyée à Thalfingen.

La division Nansouty en seconde ligne.

La division Bourcier à Lehr et Mæhringen.

NAPOLÉON

Dépôt de la guerre

 

647.
5e Bulletin (bis)
[1] de la Grande Armée

Elchingen, 23 vendémiaire an XIV (15 octobre 1805)

Aux combats de Wertingen et de Wünzburg ont succédé des faits d’une aussi haute importance : les combats d’Albeck, d’Elchingen, les prises d’Ulm et de Memmingen.

Le maréchal Soult arriva le 21 devant Memmingen, cerna sur-le-champ la place, et, après différents pourparlers, le commandant capitula.

Neuf bataillons, dont deux de grenadiers, faits prisonniers, un général major, trois colonels, plusieurs officiers supérieurs, dix pièces de canon, beaucoup de bagages et beaucoup de munitions de toute espèce ont été le résultat de cette affaire. Tous les prisonniers ont été au moment même dirigés sur le quartier général.

Au même instant le maréchal Soult s’est mis en marche pour Ochsenhausen, pour arriver sur Biberach et être en mesure de couper la seule retraite qui restait à l’archiduc Ferdinand.

D’un autre côté, le 19, l’ennemi fit une sortie du côté d’Ulm, et attaqua la division Dupont, qui occupait la position d’Albeck. Le combat fut des plus opiniâtres. Cernés par 25 000 hommes, ces 6 000 braves firent face à tout, et firent 1 500 prisonniers. Ces corps ne devaient s’étonner de rien ; c’étaient les 9e léger, 32e69e et 76e de ligne.

Le 21, l’Empereur se porta de sa personne au camp devant Ulm, et Ordonna l’investissement de l’armée ennemie. La première opération a été de s’emparer du pont et de la position d’Elchingen.

Le 22, à la pointe du jour, le maréchal Ney passa ce pont à la tête de la division Loison. L’ennemi lui disputait la possession d’Elchingen avec 16 000 hommes ; il fut culbuté partout, perdit 3 000 hommes faits prisonniers, un général major, et fut poursuivi jusque dans ses retranchements.

Le maréchal Lannes occupa les petites hauteurs qui dominent la plaine au-dessus du village de Pfuhl. Les tirailleurs enlevèrent la tête de pont d’Ulm : le désordre fut extrême dans toute la place. Dans ce moment le prince Murat faisait manœuvrer les divisions Klein et Beaumont, qui partout mettaient en déroute la cavalerie ennemie.

Le 22, le général Marmont occupait les ponts d’Unter-Kirchberg, d’Ober-Kirchberg, à l’embouchure de l’Iller dans le Danube, et toutes les communications de l’ennemi sur l’Iller.

Le 23, à la pointe du jour, l’Empereur se porta lui-même devant Ulm. Le corps du prince Murat, et ceux des maréchaux Lannes et Ney, se placèrent en bataille pour donner l’assaut et forcer les retranchements de l’ennemi.

Le général Marmont, avec la division de dragons à pied du général Baraguey d’Hilliers, bloquait la ville sur la rive droite du Danube.

La journée est affreuse. Le soldat est dans la boue jusqu’aux genoux. Il y a huit jours que l’Empereur ne s’est débotté.

Le prince Ferdinand avait filé la nuit sur Biberach, en laissant douze bataillons dans la ville et sur les hauteurs d’Ulm, lesquels ont été tous pris avec une assez grande quantité de canons.

Le maréchal Soult a occupé Biberach le 23 au matin.

Le prince Murat se met à la poursuite de l’armée ennemie, qui est dans un délabrement effroyable.

D’une armée de 80 000 hommes, il n’en reste que 25 000, et on a lieu d’espérer que ces 25 000 ne nous échapperont pas.

Immédiatement après son entrée à Munich, le maréchal Bernadotte a poursuivi le corps du général Kienmayer, lui a pris des équipages et fait des prisonniers.

Le général Kienmayer a évacué le pays et repassé l’Inn. Ainsi la promesse de l’Empereur se trouve réalisée, et l’ennemi est chassé de toute la Bavière.

Depuis le commencement de la campagne, nous avons fait plus de 20 000 prisonniers, enlevé à l’ennemi trente pièces de canon et vingt drapeaux. Nous avons de notre côté éprouvé peu de pertes. Si l’on joint à cela les désertions et les morts, on peut calculer que l’armée autrichienne est déjà réduite de moitié.

Tant de dévouement de la part du soldat, tant de preuves touchantes d’amour qu’il donne à l’Empereur, et tant de si hauts faits mériteront des détails plus circonstanciés ; ils seront donnés du moment que ces premières opérations de la campagne seront terminées, et que l’on saura définitivement comment les débris de l’armée autrichienne se tireront de Biberach et de la position qu’ils prendront.

Au combat d’Elchingen, qui est un des plus beaux faits militaires qu’on puisse citer, se sont distingués le 18e régiment de dragons et son colonel Lefebvre, le colonel du 10e de chasseurs Colbert, qui a eu un cheval tué sous lui, le colonel Lajonquière du 76e et un grand nombre d’autres officiers.

L’Empereur a aujourd’hui son quartier général dans l’abbaye d’Elchingen.

Moniteur du 3 brumaire an XIV

(En minute au Dépôt de la guerre)

 

648.
Au prince Murat

Abbaye d’Elchingen, 25 vendémiaire au XIV
(17 octobre 1805) - 2 heures après midi

Je reçois votre lettre du 25 vendémiaire de Hausen. Je vous félicite des succès que vous avez obtenus. Mais point de repos ; poursuivez l’ennemi l’épée dans les reins, et coupez-lui toutes les communications.

Le 22e de chasseurs doit être arrivé aujourd’hui à Nœrdlingen ; Rivaud doit être arrivé à Donauwœrth. La division batave, qui était à Augsbourg, arrivera ce soir à Donauwœrth. Ramassez tout cela et suivez l’ennemi partout où il se serait porté.

Il y a dans Ulm 20 000 hommes qui capitulent ; ils seront tous prisonniers de guerre. J’ai une grande impatience d’avoir de vos nouvelles, de savoir positivement où en est la tête de la colonne ennemie, si elle m’a intercepté quelque chose à Nœrdlingen. Toutes ces nouvelles me sont de la plus grande importance, et j’envoie exprès le général Mouton pour savoir, avant minuit, à quoi m’en tenir, parce que cela doit régler mes mouvements. Faites-vous joindre par les 22e et 6e de chasseurs ; ce dernier doit se trouver aujourd’hui sur la route de Heilbronn à Ellwangen. Votre mission est de nettoyer de partis ennemis toutes les communications. De Nœrdlingen, si les mouvements de l’ennemi vous obligent à vous porter par là, ou d’Ellwangen, expédiez un courrier à Strasbourg pour instruire de nos brillants succès et de notre position. Il me semble que vous auriez dû coucher au lieu où est le 9e léger, afin de pouvoir, à la pointe du jour, marcher à la suite de l’ennemi et le gagner de vitesse.

NAPOLÉON

Archives de l’Empire

649.
Au prince Murat

Abbaye d’Elchingen, 25 vendémiaire au XIV
(17 octobre 1805) - 4 heures après midi

Tous les hommes qui se sont distingués seront récompensés. Je reçois votre lettre de la route de Heidenheim. J’attends avec impatience de vos nouvelles de Heidenheim, pour savoir la position qu’a prise l’ennemi. Je suis impatient d’apprendre que mes communications sont libres et rétablies, et que mon parc, mes dépôts de cavalerie, le trésor que j’ai à Heilbronn et mes courriers sont en toute sûreté. Marchez donc de l’avant.

NAPOLÉON

Archives de l’Empire



[1]       Pr suite de difficultés apportées à la marche des courriers, ce bulletin n’est parvenu à Paris qu’après le bulletin imprimé sous le n° 6.

 

 

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