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Histoire Militaire et Stratégie
Correspondance de Napoléon
RIHM
 

 

 

Correspondance militaire
de Napoléon I
er

Extraite de la correspondance générale et publiée

par ordre du ministère de la guerre

Tome troisième

Paris - 1876

 

 

650.
Au prince Murat

Abbaye d’Elchingen, 26 vendémiaire an XIV
(18 octobre 1805) - 2 heures après midi

Je viens de recevoir la nouvelle de votre marche. La division Oudinot est partie avant le jour et sera, avant ce soir, à Heidenheim, ainsi que le reste de la division Nansouty.

Le maréchal Lannes commandera l’une et l’autre ; faites-lui passer des ordres. Il a avec lui quatre régiments de cavalerie ; ainsi il a 3 000 chevaux. La division, Beaumont est en marche ; vous avez donc la cavalerie nécessaire pour faire beaucoup de mal à l’ennemi.

La division Bourcier est sur Geislingen, Gœppingen et Stuttgart, afin de couper les communications. J’attendrai encore ici, toute la journée de demain, de vos nouvelles. Poursuivez sans relâche l’ennemi, prenez ses 500 chariots, et que mes communications se trouvent entièrement rétablies.

Ulm est rendu ; 4 000 hommes en occupent la moitié ; les troupes sont prisonnières de guerre, les officiers iront chez eux sur parole, jusqu’à l’échange. Je me trouve prendre là 16 000 hommes et une grande quantité d’artillerie.

NAPOLÉON

Archives de l’Empire

651.
6e Bulletin de la Grande Armée

Elchingen, 26 vendémiaire an XIV (18 octobre 1805)

La journée d’Ulm a été une des plus belles journées de l’histoire de France. La capitulation de la place est ci-jointe, ainsi que l’état des régiments qui y sont enfermés. L’Empereur eût pu l’enlever d’assaut ; mais 20 000 hommes, défendus par des ouvrages et par des fossés pleins d’eau, eussent opposé de la résistance, et le vif désir de Sa Majesté était d’épargner le sang. Le général Mack, général en chef de l’armée, était dans la ville : c’est la destinée des généraux opposés à l’Empereur d’être pris dans des places. On se souvient qu’après les belles manœuvres de la Brenta, le vieux feld-maréchal Wurmser fut fait prisonnier dans Mantoue ; Melas le fut dans Alexandrie ; Mack l’est dans Ulm.

L’armée autrichienne était une des plus belles qu’ait eues l’Autriche : elle se composait de 14 régiments d’infanterie formant l’armée dite de Bavière, de 13 régiments de l’armée du Tyrol et de 5 régiments venus en poste d’Italie, faisant 32 régiments d’infanterie, et de 15 régiments de cavalerie.

L’Empereur avait placé l’armée du prince Ferdinand dans la même situation où il plaça celle de Melas. Après avoir hésité longtemps, Melas prit la noble résolution de passer sur le corps de l’armée française ; ce qui donna lieu à la bataille de Marengo. Mack a pris un autre parti : Ulm est l’aboutissant d’un grand nombre de routes ; il a conçu le projet de faire échapper ses divisions par chacune de ces routes, et de les réunir en Tyrol et en Bohême. Les divisions Hohenzollern et Werneck ont débouché par Heidenheim. Une petite division a débouché par Memmingen. Mais, l’Empereur, dès le 20, accourut d’Augsbourg devant Ulm, déconcerta sur-le-champ les projets de l’ennemi, et fit enlever le pont et la position d’Elchingen, ce qui remédia à tout.

Le maréchal Soult, après avoir pris Memmingen, s’était mis à la poursuite des autres colonnes. Enfin il ne restait plus au prince Ferdinand d’autre ressource que de se laisser enfermer dans Ulm, ou d’essayer, par des sentiers, de rejoindre la division de Hohenzollern. Ce prince a pris ce dernier parti ; il s’est rendu à Aalen avec quatre escadrons de cavalerie.

Cependant le prince Murat était à la poursuite du prince Ferdinand. La division Werneck a voulu l’arrêter à Langenau : il lui a fait 3 000 prisonniers, dont un officier général, et lui a enlevé deux drapeaux. Tandis qu’il manœuvrait par sa droite à Heidenheim, le maréchal Lannes marchait par Aalen et Nœrdlingen. La marche de la division ennemie était embarrassée par 500 chariots et affaiblie par le combat de Langenau. À ce combat, le prince Murat a été très-satisfait du général Klein. Le 20e régiment de dragons, le 9e d’infanterie légère et les chasseurs de la garde impériale se sont particulièrement distingués. L’aide de camp Brunet a montré beaucoup de bravoure.

Ce combat n’a point retardé la marche du prince Murat. Il s’est porté, rapidement sur Neresheim, et le 25, à cinq heures du soir, il est arrivé devant cette position. La division de dragons du général Klein a chargé l’ennemi. Deux drapeaux, un officier général et 1 000 hommes ont été de nouveau pris au combat de Neresheim. Le prince Ferdinand et sept de ses généraux n’ont eu que le temps de monter à cheval. On a trouvé leur dîner servi. Depuis deux jours, ils n’ont aucun point pour se reposer. Il paraît que le prince Ferdinand ne pourra se soustraire à l’armée française qu’en se déguisant ou en s’enfuyant avec quelques escadrons par quelque route détournée d’Allemagne.

L’Empereur traversant une foule de prisonniers ennemis, un colonel autrichien témoignait son étonnement de voir l’Empereur des Français trempé, couvert de boue, autant et plus fatigué que le dernier tambour de l’armée ; un de ses aides de camp lui ayant expliqué ce que disait l’officier autrichien, l’Empereur lui fit répondre : “Votre maître a voulu me faire ressouvenir que j’étais un soldat ; j’espère qu’il conviendra que le trône et la pourpre impériale ne m’ont pas fait oublier mon premier métier”.

Le spectacle que l’armée offrait dans la journée du 23 était vraiment intéressant. Depuis deux jours la pluie tombait à seaux, tout le monde était trempé ; le soldat n’avait point eu de distributions ; il était dans la boue jusqu’aux genoux ; mais la vue de l’Empereur lui rendait la gaieté, et, du moment qu’il apercevait des colonnes entières dans le même état, il faisait retentir le cri de Vive l’Empereur !

On rapporte aussi que l’Empereur répondit aux officiers qui l’entouraient et qui admiraient comment, dans le moment le plus pénible, les soldats oublient toutes les privations et ne se montrent sensibles qu’au plaisir de le voir : “Ils ont raison, car c’est pour épargner leur sang que je leur fais essuyer de si grandes fatigues”.

L’Empereur, lorsque l’armée occupait les hauteurs qui dominent Ulm, fit appeler le prince de Liechtenstein, général major, enfermé dans cette place, pour lui faire connaître qu’il désirait qu’elle capitulât, lui disant que, s’il la prenait d’assaut, il serait obligé de faire ce qu’il avait fait à Jaffa, où la garnison fut passée au fil de l’épée ; que c’était le triste droit de la guerre ; qu’il voulait qu’on lui épargnât, et à la brave nation autrichienne, la nécessité d’un acte aussi effrayant ; que la place n’était pas tenable ; qu’elle devait donc se rendre. Le prince insistait pour que les officiers et soldats eussent la faculté de retourner en Autriche. “Je l’accorde aux officiers et non aux soldats, a répondu l’Empereur car, qui me garantira qu’on ne les fera point servir de nouveau ?”. Puis, après avoir hésité un moment, il ajouta : “Eh bien ! je me fie à la parole du prince Ferdinand. S’il est dans la place, je veux lui donner une preuve de mon estime, et je lui accorde ce que vous me demandez, espérant que la cour de Vienne ne démentira pas la parole d’un de ses princes. ». Sur ce que M. de Liechtenstein assura que le prince Ferdinand n’était point dans la place : “Alors je ne vois pas, dit l’Empereur, qui peut me garantir que les soldats que je vous renverrai ne serviront pas”.

Une brigade de 4 000 hommes occupe une porte de la ville d’Ulm.

Dans la nuit du 24 au 25, il y a en un ouragan terrible ; le Danube est tout à fait débordé et a rompu la plus grande partie de ses ponts, ce qui nous gène beaucoup pour nos subsistances.

Dans la journée du 23, le maréchal Bernadotte a poussé ses avant-postes jusqu’à Wasserburg et Haag sur la chaussée de Braunau. Il a fait encore 4 à 500 prisonniers à l’ennemi, lui a enlevé un parc de dix-sept pièces d’artillerie de divers calibres ; de sorte que, depuis son entrée à Munich, sans perdre un seul homme, le maréchal Bernadotte a pris 1 500 prisonniers, dix-neuf pièces de canon, 200 chevaux et un grand nombre de bagages.

L’Empereur a passé le Rhin le 9 vendémiaire, le Danube le 14[1], à cinq heures du matin ; le Lech le même jour, à trois heures après midi ; ses troupes sont entrées à Munich le 20. Ses avant-postes sont arrivés sur l’Inn le 23. Le même jour il était maître de Memmingen, et, le 25, d’Ulm.

Il avait pris à l’ennemi, aux combats de Wertingen, de Günzburg, d’Elchingen, aux journées de Memmingen et d’Ulm, et aux combats d’Albeck, de Langenau et de Neresheim, 40 000 hommes, tant infanterie que cavalerie, plus de quarante drapeaux, un très-grand nombre de pièces de canon, de bagages, de voitures, etc. Et, pour arriver à ces grands résultats, il n’avait fallu que des marches et des manœuvres.

Dans ces combats partiels, les pertes de l’armée française ne se montent qu’à 500 morts et à 1 000 blessés. Aussi le soldat dit-il souvent “L’Empereur a trouvé une nouvelle méthode de faire la guerre, il ne se sert que de nos jambes et pas de nos baïonnettes”. Les cinq sixièmes de l’armée n’ont pas tiré un coup de fusil, ce dont ils s’affligent. Mais tous ont beaucoup marché, et ils redoublent de célérité quand ils ont l’espoir d’atteindre l’ennemi.

On peut faire en deux mots l’éloge de l’armée : elle est digne de son chef.

On doit considérer l’armée autrichienne comme anéantie. Les Autrichiens et les Russes seront obligés de faire beaucoup d’appels de recrues, pour résister à l’armée française, qui est venue à bout d’une armée de 100 000 hommes sans éprouver, pour ainsi dire, aucune perte.

Moniteur du 3 brumaire an XIV.

(En minute au Dépôt de la guerre)

 

652.
Au maréchal Bernadotte

Camp impérial d’Elchingen, 27 vendémiaire an XIV
(19 octobre 1805)

Mon Cousin, de l’armée de 80 000 hommes qui était sur l’Iller, il ne reste plus que des débris. Plus de 40 000 hommes ont été faits prisonniers, beaucoup ont été tués ou blessés ; un grand nombre est éparpillé. Le prince Ferdinand s’était échappé ave une colonne de la place d’Ulm : plus de la moitié a été prise, et les lieutenants généraux Werneck, Baillet, Hohenzollern, les généraux Vogl, Mecséry, Hohenfeld, Weber, Dinnersberg se sont rendus prisonniers de guerre avec leurs corps. Plus de 2 000 hommes de cavalerie ont mis pied à terre et abandonné leurs chevaux. Enfin, je tiens 3 000 hommes de cavalerie et 15 000 hommes d’infanterie, qui se sont rendus dans Ulm. Le prince Murat, qui est à Nœrdlingen, me mande qu’il déborde le prince Ferdinand, qu’il s’est déjà emparé de 400 voitures qui forment son parc, et qu’il espère ne pas tarder à avoir le reste.

Le maréchal Soult est en grande marche pour retourner à Landsberg et rentrer en Bavière ; moi-même, je serai probablement demain à Augsbourg, et je ne larderai pas à vous joindre. Le maréchal Davout, qui est derrière vous, doit, à votre moindre avis, marcher à votre secours. Mais que peut aujourd’hui contre nous une armée de 30 000 Russes et de 25 000 Autrichiens ? Mon aide de camp Caffarelli vous donnera des détails sur tout.

NAPOLÉON

Faites beaucoup dire dans les gazelles de Munich que Mack a mis bas les armes avec 18 000 hommes dans Ulm.

Comm. par S. M. le roi de Suède.

(En minute aux Arch. de l’Emp.)

653.
Au maréchal Davout

Camp impérial d’Elchingen, 27 vendémiaire an XIV
(19 octobre 1805)

Mon Cousin, l’armée autrichienne est détruite. Indépendam­ment du corps qui est dans Ulm, et qui s’est rendu par capitulation, le corps de Werneck vient de mettre bas les armes à Nœrdlingen, et s’est rendu au prince Murat. Le prince Ferdinand, à la poursuite duquel il est, est cerné de tous côtés et sera probablement obligé de se rendre. Le maréchal Soult se rend à Landsberg. Réunissez tout votre corps d’armée, de manière à pouvoir être en peu d’heures à Munich et en mesure de secourir le maréchal Bernadotte. Je vais me rendre moi-même à Augsbourg, et votre tour va venir.

NAPOLÉON

Comm. par Mme la maréchale princesse d’Eckmühl.

(En minute aux Arch. de l’Emp.)

654.
Au maréchal Bernadotte

Camp impérial d’Elchingen, 27 vendémiaire an XIV
(19 octobre 1805)

Mon Cousin, la garnison d’Ulm pose demain les armes, à trois heures après midi. Il y a 27 000 hommes à cheval, et 60 pièces de canon attelées. Le prince Murat a fait mettre bas les armes à la division Werneck ; il y a 3 lieutenants généraux, 7 généraux et plusieurs milliers d’hommes. L’armée autrichienne est donc entièrement détruite. Le tour de votre armée et des Bavarois va enfin venir. Les généraux Soult et Marmont se mettent en grande marche pour se rendre sur l’Inn. Moi-même, je partirai demain au soir.

NAPOLÉON

Comm. par S. M. le roi de Suède.

(En minute aux Arch. de l’Emp.)

 

655.
Au maréchal Soult

Camp impérial d’Elchingen, 27 vendémiaire an XIV
(19 octobre 1805)

Mon Cousin, il est vrai qu’un corps de 12 000 hommes d’infanterie et de 2 000 de cavalerie a filé sur le Tyrol ; mais il doit être arrivé à l’heure qu’il est. Le corps d’armée renfermé dans Ulm met demain bas les armes ; il y a 27 000 hommes, dont 3 000 de cavalerie, 10 généraux et 60 pièces, de canon attelées. Le prince Murat a fait mettre bas les armes, par capitulation, au corps du général Werneck, composé de 30 escadrons de cavalerie et de 30 bataillons d’infanterie ; 3 lieutenants généraux et 7 généraux ont mis bas les armes ; le parc de réserve a été pris. Le prince Murat est à la poursuite du prince Ferdinand. Si vous croyez pouvoir, en tardant d’un jour, donner une bonne frottée au corps qui est parti d’Ulm, je n’y verrai aucun inconvénient ; mais, je vous le répète, je pense qu’il a sur vous une avance de deux jours. On m’assure que vous avez manqué de bien près ce corps ; que si, de Memmingen, vous aviez poussé droit devant vous votre avant-garde, vous le preniez.

J’ai reçu vos drapeaux de Memmingen ; ils complètent la soixantaine. 12 000 Russes sont arrivés. Avant huit jours, ils seront 25 000, c’est à quoi se monte cette armée tant renommée.

On m’assure que le prince Charles évacue l’Italie.

Il faut arriver à Landsberg.

NAPOLÉON

Dépôt de la guerre

(En minute aux Arch. de l’Emp.)

 

656.
7e Bulletin de la Grande Armée

Elchingen, 21 vendémiaire an XIV (19 octobre 1805)

Le 26 vendémiaire à cinq heures du matin, le prince Murat est arrivé à Nœrdlingen et avait réussi à cerner la division Werneck. Ce général avait demandé à capituler. La capitulation qui lui a été accordée n’arrivera que dans la journée de demain. Les lieutenants généraux Werneck, Baillet, Hohenzollern, les généraux Vogl, Mecséry, Hohenfeld, Weber et Dinnersberg, sont prisonniers sur parole, avec la réserve de se rendre chez eux. Les troupes sont prisonnières de guerre et se rendent en France. plus de 2 000 hommes de cavalerie ont mis pied à terre, et une brigade de dragons à pied a été montée avec leurs chevaux. On assure que le parc de réserve de l’armée autrichienne, composé de 500 chariots, a été pris. On suppose que tout le reste de la colonne du prince Ferdinand doit, à l’heure qu’il est, être investi, le prince Murat ayant débordé sa droite par Aalen, et le maréchal Lannes sa gauche par Nœrdlingen. On attend le résultat de ces manœuvres. Il ne reste au prince Ferdinand que peu de monde.

Aujourd’hui, à deux heures après midi, l’Empereur a accordé une audience au général Mack ; à l’issue de cette audience, le maréchal Berthier a signé avec le général Mack une addition, à la capitulation qui porte que la garnison d’Ulm évacuera la place demain 28. Il y a dans Ulm 27 000 hommes, 3 000 chevaux, 18 généraux et soixante ou quatre-vingts pièces de canon attelées.

La moitié de la garde de l’Empereur était déjà partie pour Augsbourg, mais Sa Majesté a consenti à rester la journée de demain pour voir défiler l’armée autrichienne. Tous les jours on est davantage dans la certitude que, de cette armée, de 100 000 hommes, il n’en sera pas échappé 20 000, et cet immense résultat est obtenu sans effusion de sang.

L’Empereur n’est pas sorti aujourd’hui d’Elchingen. Les fatigues et la pluie continuelle que, depuis huit jours, il a essuyées ont exigé un peu de repos. Mais le repos n’est pas compatible avec la direction de cette immense armée. À toute heure du jour et de la nuit, il arrive des officiers avec des rapports, et il faut que l’Empereur donne des ordres. Il paraît fort satisfait de l’activité et du zèle du maréchal Berthier.

Demain 28, à trois heures après midi, 27 000 soldats autrichiens, soixante pièces de canon, 18 généraux défileront devant l’Empereur et mettront bas les armes. L’Empereur a fait présent au Sénat des drapeaux de la journée d’Ulm. Il y en aura le double de ce qu’il a annoncé, c’est-à-dire 80.

Pendant ces cinq jours, le Danube a débordé avec une violence qui était sans exemple depuis cent ans. L’abbaye d’Elchingen, dans laquelle est établi le quartier général de l’Empereur, est située sur une hauteur d’où l’on découvre tout le pays.

On croit que demain au soir l’Empereur partira pour Munich. L’armée russe vient d’arriver sur l’Inn.

Moniteur du 3 brumaire an XIV.

(En minute au Dépôt de la guerre)

 

657.
Au général Lemarois

Camp impérial d’Elchingen, 28 vendémiaire an XIV
(20 octobre 1805)

Le général Lemarois se rendra en poste à Stuttgart ; delà, à Heilbronn ; il verra si les relais dont j’avais ordonné l’établis­sement pour faire passer en poste les capotes, souliers et autres objets d’approvisionnement sont en activité. Il prendra l’état du biscuit, des souliers et capotes, caissons d’ambulance et transports militaires qui se trouvent à Heilbronn, et il fera tous ses efforts pour que ces objets soient transportés par les relais, avec la plus grande diligence, à Augsbourg. De là, il se rendra à Strasbourg par Spire ; il verra l’Impératrice et lui fera connaître tout ce qui s’est passé. Il écrira longuement au maréchal Augereau, qui doit être à Fribourg, et il viendra me joindre en toute diligence à Augsbourg ou à Munich, où il sera de retour au plus tard dans six jours. Il prendra à Strasbourg l’état des conscrits qui y sont arrivés depuis le commencement de ce mois et l’état de situation de tous les 3e bataillons qui forment la réserve du maréchal Kellermann.

NAPOLÉON

Comm. par M. le comte Lemarois.

(En minute aux Arch. de l’Emp.)

 

658.
8e Bulletin de la Grande Armée

Elchingen, 28 vendémiaire an XIV (20 octobre 1805)

Voici les deux capitulations annoncées dans le bulletin d’hier, conclues par ordre du prince Murat : l’une signée par le chef d’état-major du prince Murat, l’autre par le général Fauconnet.

L’Empereur a passé aujourd’hui 28, depuis deux heures après midi jusqu’à sept heures du soir, sur la hauteur d’Ulm, où l’armée autrichienne a défilé devant lui. 30 000 hommes, dont 2 000 de cavalerie de soixante pièces de canon et 40 drapeaux ont été remis aux vainqueurs. L’armée française occupait les hauteurs. L’Empereur, entouré de sa Garde, a fait appeler les généraux autrichiens ; il les a traités, avec les plus grands égards. Il y avait 7 lieutenants généraux, 8 généraux et le général en chef Mack. On donnera dans le bulletin suivant le nom des généraux et des régiments.

On peut donc évaluer le nombre des prisonniers faits depuis le commencement de la guerre à 60 000, le nombre des drapeaux à 80, indépendamment de l’artillerie, des bagages, etc. Jamais victoires ne furent plus complètes et ne coûtèrent moins. On croit que l’Empereur partira dans la nuit pour Augsbourg et Munich, après avoir expédié ses courriers.

Moniteur du 4 brumaire au XIV

(En minute au Dépôt de la guerre)

 

659.
Proclamation

Quartier impérial, Elchingen, 29 vendémiaire an XIV
(21 octobre 1805)

Soldats de la Grande Armée, en quinze jours nous avons fait une campagne. Ce que nous nous proposions est rempli. Nous avons chassé les troupes de la Maison d’Autriche de la Bavière, et rétabli notre allié dans la souveraineté de ses États. Cette armée qui, avec autant d’ostentation que d’imprudence, était venue se placer sur nos frontières, est anéantie. Mais qu’importe à l’Angleterre ? Son but est rempli. Nous ne sommes plus à Boulogne, et son subside ne sera ni plus ni moins grand.

De 100 000 hommes qui composaient cette armée, 60 000 sont prisonniers ; ils iront remplacer nos conscrits dans les travaux de nos campagnes : deux cents pièces de canon, tout le parc, 90 drapeaux, tous les généraux sont en notre pouvoir ; il ne s’est pas échappé de cette armée 15 000 hommes. Soldats, je vous avais annoncé une grande bataille ; mais, grâce aux mauvaises combinaisons de l’ennemi, j’ai pu obtenir les mêmes succès sans courir aucune chance ; et, ce qui est sans exemple dans l’histoire des nations, un aussi grand résultat ne nous affaiblit pas de plus de 1 500 hommes hors de combat.

Soldats, ce succès est dû à votre confiance sans bornes dans votre Empereur, à votre patience à supporter les fatigues et les privations de toute espèce, à votre rare intrépidité.

Mais nous ne nous arrêterons pas là : vous êtes impatients de commencer une seconde campagne. Cette armée russe que l’or de l’Angleterre a transportée des extrémités de l’univers, nous allons lui faire éprouver le même sort. À ce combat est attaché plus spécialement l’honneur de l’infanterie ; c’est là que va se décider pour la seconde fois cette question qui l’a déjà été en Suisse et en Hollande : si l’infanterie française est la seconde ou la première de l’Europe. Il n’y a point là de généraux contre lesquels je puisse avoir de la gloire à acquérir ; tout mon soin sera d’obtenir la victoire avec le moins possible d’effusion de sang ; mes soldats sont mes enfants.

NAPOLÉON

Moniteur du 4 brumaire an XIV

(En minute au Dépôt de la guerre)



[1]         L’Empereur n’a passé la pont de Donauwœrth que le 15.

 

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