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Correspondance
militaire
de Napoléon Ier
Extraite
de la correspondance générale
et publiée
par
ordre du ministère de la guerre
Tome
troisième
Paris
- 1876
660.
9e Bulletin de la Grande Armée
Elchingen,
29 vendémiaire an XIV (21 octobre 1805)
L’Empereur
vient de faire la proclamation et de rendre les décrets ci-joints[1].
À midi,
Sa Majesté est partie pour Augsbourg.
On a
enfin le compte exact de l’armée renfermée dans Ulm : elle se monte
à 33 000 hommes, ce qui, avec 3 000 blessés, porte la garnison
prisonnière à 36 000 hommes. Il y avait aussi dans la place 60 pièces
de canon avec leur approvisionnement, et 50 drapeaux.
Rien ne
fait un contraste plus frappant que l’esprit de l’armée française et
celui de l’armée autrichienne. Dans l’armée française, l’héroïsme
est porté au dernier point ; dans l’armée autrichienne, le découragement
est à son comble. Le soldat est payé avec des cartes ; il ne peut
rien envoyer chez lui, et il est très maltraité. Le Français ne songe
qu’à la gloire. On pourrait citer un millier de traits comme le suivant :
Brard, soldat du 76e, allait avoir la cuisse amputée ; il
avait la mort dans l’âme. Au moment où le chirurgien se préparait à
faire l’opération, il l’arrête : “Je sais que je n’y
survivrai pas ; mais n’importe : un homme de moins n’empêchera
pas le 76e de marcher, la baïonnette en avant et sur trois
rangs, à l’ennemi”.
L’Empereur
n’a à se plaindre que de la trop grande impétuosité des soldats. Ainsi,
le 17e d’infanterie légère, arrivé devant Ulm, se précipita
dans la place : ainsi, pendant la capitulation, toute l’armée
voulait monter à l’assaut, et l’Empereur fut obligé de déclarer
fermement qu’il ne voulait pas d’assaut.
La première
colonne des prisonniers faits dans Ulm part dans ce moment pour la France.
Voici le compte de nos prisonniers, du moins de ceux actuellement connus, et
les lieux où ils se trouvent : 10 000 dans Augsbourg ; 33 000
dans Ulm ; 12 000 à Donauwœrth, et 12 000 qui sont déjà
en marche pour la France. L’Empereur dit dans sa proclamation que nous
avons fait 60 000 prisonniers ; il est probable qu’il y en aura
davantage. Il porte le nombre des drapeaux pris à 90 ; il est probable
aussi que nous en aurons davantage.
L’Empereur
a dit aux généraux autrichiens qu’il avait appelés près de lui pendant
que l’armée ennemie défilait : “Messieurs, votre maître me
fait une guerre injuste : je vous le dis franchement, je ne sais point
pourquoi je me bats ; je ne sais ce qu’on veut de moi.
Ce
n’est pas dans cette seule armée que consistent mes ressources. Cela
serait-il vrai, mon armée et moi ferions bien du chemin. Mais j’en
appelle au rapport de vos propres prisonniers, qui vont bientôt traverser
la France : ils verront quel esprit anime mon peuple, et avec quel,
empressement il viendra se ranger sous mes drapeaux. Voilà l’avantage de
ma nation et de ma position. Avec un mot, 200 000 hommes de bonne
volonté accourront près de moi, et en six semaines seront de bons soldats ;
au lieu que vos recrues ne marcheront que par force, et ne pourront qu’après
plusieurs années faire des soldats.
Je
donne encore un conseil à mon frère l’empereur d’Allemagne :
Qu’il se hâte de faire la paix. C’est le moment de se rappeler que tous
les empires ont un terme ; l’idée que la fin de la dynastie de la
Maison de Lorraine serait arrivée doit l’effrayer. Je ne veux rien sur le
continent. Ce sont des vaisseaux, des colonies, du commerce que je veux, et
cela vous est avantageux comme à nous”.
M. Mack a
répondu que l’empereur d’Allemagne n’aurait pas voulu la guerre, mais
qu’il y a été forcé par la Russie : “En ce cas, a répondu
l’Empereur, vous n’êtes donc plus une puissance ?”
Du reste
la plupart des officiers généraux ont témoigné combien cette guerre leur
était désagréable, et avec quelle peine ils voyaient une armée russe au
milieu d’eux. Ils blâmaient cette politique assez aveugle pour attirer au
cœur de l’Europe un peuple accoutumé à vivre dans un pays inculte et
agreste, et qui, comme ses ancêtres, pourrait bien avoir la fantaisie de
s’établir dans de plus beaux climats.
L’Empereur
a accueilli avec beaucoup de grâce le lieutenant général Klenau, qu’il
avait connu commandant le régiment de Wurmser ; les lieutenants généraux
Gyulai, Gottesheim, Riesch, le prince de Liechtenstein, etc.
Il les a
consolés de leur malheur, leur a dit que la guerre a ses chances, et
qu’ayant été souvent vainqueurs, ils pouvaient être quelquefois
vaincus.
Moniteur
du 4 brumaire an XIV
(En
minute au Dépôt de la guerre)
661.
Au maréchal Bernadotte
Camp
impérial d’Augsbourg, 30 vendémiaire an XIV
(22 octobre 1805)
Mon
Cousin, j’apprends que les ennemis ont sommé Passau. Je vous ai écrit,
il y a plus de dix jours, de faire renforcer ce poste. Dites au général
Deroy d’y faire filer des troupes, et faites tout ce qui est en votre
pouvoir pour que la citadelle de Passau ne nous échappe pas. Il serait
malheureux qu’après l’avoir conservée si longtemps nous la perdions
dans un moment où elle nous sera
si utile. Je serai
probablement après-demain à Munich. Vous aurez su le résultat du combat
de Nuremberg, où le prince Murat est arrivé à temps pour défaire entièrement
l’archiduc Ferdinand, qui ne s’est échappé qu’avec très-peu de
monde ; les 500 chariots qu’il emmenait ont été pris.
Faites-moi
connaître, par le retour de mon courrier, ce qui a été fait pour Passau,
et sur quoi je puis compter.
NAPOLÉON
Comm.
par S. M. le roi de Suède
(En
minute aux Arch. de l’Emp.)
662.
Ordre général de l’armée
Camp
impérial d’Augsbourg, 30 vendémiaire an XIV
(22 octobre 1805)[2]
Tous les
Soldats restés en arrière ou sortant des hôpitaux, qui rejoindraient
l’armée, seront dirigés sur Augsbourg.
Il
y aura dans cette ville un adjudant-commandant de l’état-major et deux
adjoints. Tous les individus des différentes armées qui arriveront à
Augsbourg se rendront chez cet adjudant-commandant, qui les fera loger dans
la maison qui aura été désignée pour recevoir les dépôts du corps
d’armée auquel ils appartiendront. Ils n’en partiront pour rejoindre
leurs corps que lorsqu’il y aura 50 hommes du même corps d’armée, et
sous la conduite d’un officier. Le major général instruira chaque jour
cet adjudant-commandant du lieu où se trouvera chaque corps d’armée.
Les
maisons qui seront désignées pour servir de dépôts aux différents corps
d’armée seront assez considérables pour que 400 hommes au moins puissent
y loger, la volonté de l’Empereur étant qu’elles servent en même
temps d’hôpitaux de convalescence, de manière que les hommes trop
fatigués de la route ou convalescents puissent s’y reposer quinze jours
et reprendre des forces.
Il y aura
un médecin attaché à chacun de ces dépôts.
Comme
l’artillerie a des armes et des cartouches à Augsbourg, les commandants
des dépôts veilleront à ce que les hommes partant pour l’armée soient
armés et aient les 45 cartouches que chaque homme doit avoir.
Tous les
détachements venant de France pour rejoindre l’armée auront un jour de
repos à Augsbourg, et l’officier chargé de la surveillance des dépôts
les passera en revue, pour s’assurer qu’avant de quitter Augsbourg leur
armement est en règle et qu’ils ont le nombre de cartouches nécessaire.
NAPOLÉON
Dépôt
de la guerre
663.
10e Bulletin de la
Grande Armée
Augsbourg,
30 vendémiaire an XIV (22 octobre 1805)
Lors de
la capitulation du général Werneck pris Nœrdlingen, le prince Ferdinand,
avec un corps de 1 000 chevaux et une portion du parc, avait pris les
devants ; il s’était jeté dans le pays prussien, et s’était
dirigé par Gunzenhausen sur Nuremberg. Le prince Murat le suivit à la
piste et parvint à le déborder, ce qui donna lieu à un combat sur la
route de Fürth à Nuremberg, le 29 au soir. Tout le reste du parc
d’artillerie, tous les bagages sans exception ont été pris. Les
chasseurs à cheval de la garde impériale se sont couverts de gloire ;
ils ont culbuté tout ce qui s’est présenté devant eux ; ils ont
chargé le régiment de cuirassiers de Mack. Les deux régiments de
carabiniers ont soutenu leur réputation.
On est
rempli d’étonnement lorsqu’on considère la marche du prince Murat
depuis Albeck jusqu’à Nuremberg. Quoique se battant toujours, il est
parvenu à gagner de vitesse l’ennemi, qui avait deux marches sur lui. Le
résultat de cette prodigieuse activité a été la prise de 1 500
chariots, de 50 pièces de canon, de 16 000 hommes, y compris la
capitulation du général Werneck, et d’un grand nombre de drapeaux ;
18 généraux ont posé les armes, 3 ont été tués.
Les
colonels Morland, des chasseurs à cheval de la garde impériale, Cochois,
du 1er régiment de carabiniers, Rouvillois, du 1er régiment
de hussards, et les aides de camp Flahault et Lagrange se sont particulièrement
distingués. Le colonel Cochois a été blessé.
Le 29 au
soir, le prince Murat a couché à Nuremberg, où il a passé la journée du
30 à se reposer.
Au combat
d’Elchingen, le 23 vendémiaire, le 69e régiment de ligne
s’est distingué. Après avoir forcé le pont, en colonne serrée, il
s’est déployé à portée du feu des Autrichiens avec un ordre et un
sang-froid qui ont rempli l’ennemi de stupeur et d’admiration.
Un
bataillon de la garde impériale est entré aujourd’hui à Augsbourg.
Quatre-vingts grenadiers portaient chacun un drapeau. Ce spectacle a produit
sur les habitants d’Augsbourg un étonnement que partagent les paysans de
toutes ces contrées.
La
division des troupes de Wurtemberg vient d’arriver à Geislingen.
Les
bataillons de chasseurs qui avaient suivi l’armée depuis son passage à
Stuttgart sont partis pour conduire en France une colonne de 10 000
prisonniers. Les troupes de Bade, fortes de 3 à 4 000 hommes, sont en
marche pour se rendre à Augsbourg.
L’empereur
vient de faire présent aux Bavarois de 20 000 fusils autrichiens, pour
l’armée et les gardes nationales.
Il vient
aussi de faire présent à l’électeur de Wurtemberg de 6 pièces de canon
autrichiennes.
Pendant
qu’a duré la manœuvre d’Ulm, l’électeur de Wurtemberg a craint un
moment pour l’Électrice et sa famille, qui se sont rendues alors à
Heidelberg ; il a disposé ses troupes pour défendre le cœur de ses
États.
Les
Autrichiens sont détestés de toute l’Allemagne, bien convaincue que,
sans la France, l’Autriche la traiterait, comme ses pays héréditaires.
On ne se
fait pas une idée de la misère de l’armée autrichienne ; elle
est payée en billets qui perdent quarante pour cent ; aussi nos
soldats appellent-ils très-plaisamment les Autrichiens des soldats de
papier. Ils sont sans aucun crédit ; la Maison d’Autriche ne
trouverait nulle part à emprunter 10 000 francs. Les généraux eux-mêmes
n’ont pas vu une pièce d’or depuis plusieurs années. Les Anglais, du
moment qu’ils ont su l’invasion de la Bavière, ont fait à l’empereur
d’Autriche un petit présent qui ne l’a pas rendu plus riche ; ils
se sont engagés à lui faire remise des quarante-huit millions qu’ils lui
avaient prêtés pendant la dernière guerre. Si c’est un avantage pour la
Maison d’Autriche, elle l’a déjà payé bien cher.
Moniteur
du 6 brumaire an XIV
(En
minute au Dépôt de la guerre)
664.
Au général Songis
Augsbourg,
2 brumaire an XIV (24 octobre 1805)
Je vous
ai fait donner l’ordre d’armer la place d’Augsbourg. À Ulm, il y a
quelques grosses pièces, car l’ennemi nous a tiré quelques coups de
canon, qui sont au moins du 16. Faites faire des recherches, soit à Ulm,
soit à Donauwœrth, ou dans quelque place de la Bavière, car il serait
utile d’avoir du canon d’un calibre supérieur à 16, pour armer
Augsbourg. Établissez-y un petit arsenal, une grande salle d’artifice, un
magasin de cartouches et de poudre, des magasins de bourrelier pour vos
attelages, et enfin tous les objets que mon intention est de tenir dans
cette ville. Laissez-y le nombre d’officiers d’artillerie nécessaire
pour bien organiser le service de la place. Établissez-y une salle
d’armes, un atelier d’armurier, et réunissez dans cette place les
fusils et canons qui ont été pris aux Autrichiens.
NAPOLÉON
Archives
de l’Empire
665.
À M. Petiet
Intendant général de l’armée
Augsbourg,
2 brumaire an XIV (24 octobre 1805)
Nous
avons marché sans magasins ; nous y avons été contraints par les
circonstances. Nous avons eu une saison extrêmement favorable pour cela ;
mais, quoique nous ayons été constamment victorieux, que nous ayons trouvé
des légumes dans les champs, nous avons cependant beaucoup souffert. Dans
une saison où il n’y aurait point de pommes de terre dans les champs, ou
si l’armée éprouvait quelques revers, le défaut de magasins nous
conduirait aux plus grands malheurs.
J’imagine
que d’ici à quinze jours les moyens de transport de la compagnie Breidt
seront arrivés à Augsbourg. Je désire que d’ici à ce temps-là vous
ayez à Augsbourg 1 000 000 de rations de biscuit, des fours pour
pouvoir cuire 80 000 rations par jour, et des farines en magasin pour
pouvoir cuire 2 000 000 de rations ; 300 000 boisseaux
d’avoine, et 100 000 pintes d’eau-de-vie.
La place
d’Augsbourg est forte ; je la fais armer. Elle sera toujours munie de
troupes pour se défendre en cas d’attaque. J’ai déterminé qu’elle
serait le dernier terme d’évacuation pour les malades et les blessés.
C’est ici qu’il faut centraliser tous les magasins. Je ne saurais trop
vous recommander ces objets importants ; la moindre négligence, le
moindre retard peuvent avoir les effets les plus funestes pour l’armée et
pour l’Empire.
NAPOLÉON
Archives
de l’Empire
666.
À M. Petiet
Augsbourg,
2 brumaire an XIV (24 octobre 1805)
Mettez 5 000
paires de souliers à la disposition du général Marmont, pour être
distribuées à son
corps d’armée. Faites-en passer 5 000 à Munich pour être
partagées entre les corps qui composent le corps d’armée du maréchal
Soult. Envoyez-en 3 000 à Landshut, et faites-les partir demain à la
pointe du jour ; ces souliers sont destinés à la division Oudinot,
corps du maréchal Lannes. Ils pour
ront être escortés par les détachements de grenadiers qui
escortaient le biscuit que je vous ai donné l’ordre de faire rentrer en
magasin. Faites aussi distribuer demain 1 000 paires de souliers à ma
Garde ; et, puisque Augsbourg ne fournit pas les moyens d’avoir des
souliers, voyez si Donauwœrth, Ulm ou toute autre ville vous offriraient
plus de ressources, et faites en sorte de vous procurer, indépendamment des
souliers que doivent recevoir les corps, une cinquantaine de mille paires.
Rien n’est aussi important que cela. Je ne sais point si Nuremberg ne
pourrait pas en fournir ; c’est une ville qui a l’avantage d’être
un centre de commerce et d’être peu éloignée d’ici. Voyez à y
envoyer quelqu’un pour y faire faire une centaine de milliers de paires de
souliers.
NAPOLÉON
Archives
de l’Empire
667.
Ordre général
Quartier
impérial, Munich, 3 brumaire an XIV
(25 octobre 1805)
Ce qui
restait de la garde impériale détaché au corps du prince Murat, à
Ingolstadt, a ordre de se rendre à Munich.
Le
premier corps, aux ordres du maréchal Bernadotte, part demain de Munich et
environs, et se dirige sur Wasserburg, où son avant-garde doit arriver le
soir, si l’ennemi ne s’y trouve pas en force, et son arrière-garde doit
dépasser Oberndorf. Ce corps est destiné à conquérir le pays de
Salzburg.
Le corps
bavarois suit les mouvements du premier corps, en laissant un régiment à
Donauwœrth, un bataillon à Rain, un à Landsberg et une brigade à Ulm.
Le 2e
corps, Marmont, divisions Grouchy et Boudet, sont en marche
d’Augsbourg sur Munich ; elles arriveront demain aux environs. La
division batave, qui est à Ingolstadt, a ordre de partir demain pour
Landshut.
Le 3e
corps, maréchal Davout, qui est à Freising, doit prendre position
demain, entre Freising et Mühldorf, en passant par Erding et Dorfen.
Le 4e
corps, maréchal Soult, en marche de Landsberg sur Munich, doit
arriver demain à deux lieues en avant de Munich, sur le chemin de Mühldorf,
sa cavalerie légère devant joindre le prince Murat, qui sera demain à
Hohenlinden.
Le 5e
corps, maréchal Lannes, qui se concentre à Landshut, doit se rendre
le plus tôt possible à Vilsbiburg.
Le 6e
corps doit quitter Ulm demain, pour se rendre à Landsberg ;
excepté la division Dupont, qui, se trouvant à Neustadt, doit marcher sur
Landshut.
Le 7e
corps, maréchal Augereau, qui arrive à Fribourg, doit marcher sur
Kempten.
Du corps
de réserve aux ordres du prince Murat, la division de cavalerie Nansouty
doit se rendre demain de Neustadt à Landshut, où elle sera aux ordres du
maréchal Lannes.
La
division d’Hautpoul, qui est entre Freising et Munich, passe demain
l’Isar passe demain l’Isar pour se rendre à Hohenlinden.
La 1re
division de dragons, Klein, a ordre de se rendre d’Ingolstadt à Landshut.
La 2e
et la 3e se rendront des environs de Munich à Hohenlinden.
La 4e
division, Bourcier, a eu ordre, de se rendre de Geislingen à
Augsbourg.
Des
dragons à pied, une brigade, en partie montée à Ulm, arrive à Augsbourg ;
l’autre est à Ingolstadt.
Le grand
parc achève d’arriver à Augsbourg.
L’équipage
de pont part demain de Munich, pour aller à quatre lieues, sur la rive de
Hohenlinden, avec les sapeurs et mineurs de l’état-major général.
Le
maréchal Berthier, par ordre de l’Empereur.
Dépôt
de la guerre
668.
11e Bulletin de la Grande Armée
Munich,
4 brumaire an XIV (26 octobre 1805)
L’Empereur
est arrivé à Munich le 2 brumaire, à neuf heures du soir. La ville était
illuminée avec beaucoup de goût. Un grand nombre de personnes avaient décoré
le devant de leurs maisons d’emblèmes qui étaient les expressions de
leurs sentiments.
Le 3, au
matin, les grands officiers de l’Électeur, les chambellans et
gentilshommes de la cour, les ministres, les généraux, les conseillers
intimes, le corps diplomatique accrédité près S. A. S. Électorale, les députés
des États de Bavière et les magistrats de la ville de Munich ont été présentés
à Sa Majesté, qui les a entretenus fort longtemps des affaires économiques
de leur pays.
Le prince
Murat est arrivé à Munich. Il a montré dans son expédition une
prodigieuse activité. Il ne cesse de se louer de la belle charge des
chasseurs de la garde impériale et des carabiniers. Un trésor de 200 000
florins est tombé en leur pouvoir ; ils ont passé outre sans en rien
toucher et ont continué à poursuivre l’ennemi.
Le prince
Ferdinand s’est trouvé au dernier combat et s’est sauvé sur le cheval
d’un lieutenant de cavalerie.
Toute la
ville de Nuremberg a été témoin de la bravoure des Français. Un grand
nombre de déserteurs et de fuyards des débris de l’armée autrichienne
remplissent la province de Franconie, où ils commettent beaucoup de désordres.
Tous les bagages de l’ennemi ont été pris.
Le soir,
l’Empereur s’est rendu au théâtre, où il a été accueilli par les démonstrations
les plus sincères de joie et de gratitude.
Aujourd’hui
l’Empereur, après avoir vu défiler les troupes du corps d’armée du
maréchal Soult, est allé à la chasse à Nymphenburg, maison de plaisance
de l’Électeur.
Tout est
en mouvement ; nos armées ont passé l’Isar et se dirigent sur
l’Inn, où le maréchal Bernadotte d’un côté, le général Marmont
d’un autre, et le maréchal Davout seront ce soir.
Moniteur
du 10
brumaire an XIV.
(En
minute au Dépôt de la guerre)
669.
Au prince Joseph
Munich,
5 brumaire an XIV (27 octobre 1805)
Mon Frère,
je pense qu’il est assez convenable de ne rien mettre dans le Moniteur
des bruits que l’on répand. À mesure que je m’éloigne, on en répandra
de faux qu’on sera obligé de démentir. Il faut donc laisser le temps aux
nouvelles réelles d’arriver.
J’espère
qu’à la fin du mois je pourrai vous témoigner ma satisfaction sur
l’arrivée des conscrits. Je n’ai point encore fait de grandes pertes.
Cependant, si la guerre se prolonge, il faut que je calcule sur une forte
armée à laisser dans le nord, pour protéger la Hollande.
La Prusse
se conduit d’une manière assez équivoque.
Je n’ai
appelé que la réserve de cinquante-quatre départements ; ce n’est
pas que je n’eusse besoin de la réserve entière, mais c’est qu’il y
a des départements dont je crains le mauvais esprit. Si le ministre de
l’intérieur ne voit pas d’inconvénients à faire l’appel de la réserve
des autres départements, qu’il là fasse. Quant au lieu de leur
destination, il faut les diriger toutes sur Strasbourg. J’indiquerai au
ministre de la guerre les corps dans lesquels je désire que ces hommes
soient incorporés.
Je manœuvre
contre l’armée russe, qui est en position derrière l’Inn, et assez
forte.
Avant
quinze jours, j’aurai en tête 100 000 Russes et 60 000
Autrichiens venus soit d’Italie, soit des autres corps qui étaient en réserve
dans la monarchie. Je les vaincrai, mais probablement cela coûtera
quelques-pertes.
J’imagine
que le ministre Dejean prend les mesures nécessaires pour assurer
l’habillement des conscrits. Notre absence de la France doit lui épargner
beaucoup de subsistances et de frais qu’il obligé de faire lorsque nous
étions au camp de Boulogne.
NAPOLÉON
Mémoires
du roi Joseph
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