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Correspondance
militaire
de Napoléon Ier
Extraite
de la correspondance générale
et publiée
par
ordre du ministère de la guerre
Tome
troisième
Paris
- 1876
670.
12e Bulletin de la Grande Armée
Munich,
5 brumaire an XIV (27 octobre 1805)
Au cinquième
bulletin de l’armée, il faut joindre la capitulation de Memmingen, qui a
été oubliée.
On
travaille dans ce moment avec la plus grande activité aux fortifications
d’Ingolstadt et d’Augsbourg.
Des têtes
de pont sont construites à tous les ponts du Lech, et des magasins sont établis
sur les derrières.
Sa Majesté
a été extrêmement satisfaite du zèle et de l’activité du général de
brigade Bertrand, son aide de camp, qu’elle a fréquemment employé à des
reconnaissances.
Elle a
ordonné la démolition des fortifications des villes d’Ulm et de
Memmingen.
L’Électeur
de Bavière est attendu à tout instant. L’empereur a envoyé son aide de
camp, colonel Lebrun, pour le recevoir et lui offrir sur sa route des
escortes d’honneur.
Un Te
Deum a été chanté à Augsbourg et à Munich. La proclamation
ci-jointe a été affichée dans toutes les villes de Bavière. Le peuple
bavarois est plein de bons sentiments ; il court aux armes et forme des
gardes volontaires pour défendre le pays
contre les incursions des Cosaques.
Les généraux
Deroy et Wrede montrent la plus grande activité : ce dernier a fait
beaucoup de prisonniers autrichiens ; il a servi, pendant la guerre
passée, dans l’armée autrichienne, et il s’y est distingué.
Le général
Mack, ayant traversé en poste la Bavière pour retourner à Vienne,
rencontra le général Wrede aux avant-postes près l’Inn. Ils eurent une
longue conversation sur la manière dont les Français traitaient l’armée
bavaroise.
“Nous
sommes mieux qu’avec vous, lui dit le général Wrede ; nous
n’avons ni morgue, ni mauvais traitements à essuyer ; et loin d’être
exposés aux premiers coups, nous sommes obligés de demander les postes périlleux,
parce que les Français se les réservent de préférence. Chez vous, au
contraire, nous étions envoyés partout où il y avait de mauvaises
affaires à essuyer.
Un
officier d’état-major vient d’arriver de l’armée d’Italie. La
campagne a commencé le 26 vendémiaire. Cette armée formera bientôt la
droite de la Grande Armée.
L’Empereur
a donné hier un concert à toutes les dames de la Cour ; il a fait un
accueil très-distingué a madame de Montgelas, femme du premier ministre de
l’Électeur, et distinguée d’ailleurs par son mérite personnel.
Il a témoigné
son contentement à M. de Winter, maître de musique de l’Électeur, sur
la bonne composition de ses morceaux, tous pleins de verve et de talent.
Aujourd’hui
dimanche, 5 brumaire, l’Empereur a entendu la messe dans la chapelle du
palais.
Voici
les noms des généraux autrichiens qui ont été faits prisonniers. Le
nombre des officiers est de 1 500 à 2 000. Chaque officier a signé
sa parole d’honneur de ne pas servir ; on espère qu’ils la
tiendront exactement ; s’il en était autrement, les lois de la
guerre seraient suivies dans toute leur rigueur”.
État des officiers généraux
autrichiens faits prisonniers aux affaires d’Elchingen, Wertingen,
Memmingen, Ulm, etc.
M. le
baron Mack, feld-maréchal-lieutenant quartier-maître général ;
MM. le
prince de Hesse-Hombourg, le baron de Stipsicz, feld-maréchaux-lieutenants ;
MM. le
comte de Gyulai, le baron de Laudon, le comte de Klenau, le comte de
Gottesheim, le comte de Riesch, le comte Baillet, le comte de Werneck, le
prince de Hohenzollern, feld-maréchaux-lieutenants, quartiers-maîtres généraux
de l’armée du prince Ferdinand ;
MM. le
prince de Liechtenstein, le baron d’Abele, le baron d’Ulm, le baron de
Weidenfeld, le comte d’Auersperg, le comte de Ghenedegg, le comte de
Fresnel, le comte de Sticker, le comte de Herrmann, pris à Elchingen ;
le comte de Hermann, pris à Ulm ; le comte de Richter, le comte de
Dinnersberg, le comte de Mecséry, le comte de Vogl, le comte de Weber, le
comte de Hohenfeld, le baron d’Aspre, le comte de Spangen, généraux-majors.
Moniteur
du 11
brumaire an XIV
(En
minute au Dépôt de la guerre)
671.
13e Bulletin de la Grande Armée
Haag,
6 brumaire an XIV (28 octobre 1805)
Le corps
d’armée du maréchal Bernadotte est parti de Munich le 4 brumaire ;
il est arrivé le 5 à Wasserburg, sur l’Inn, et est allé coucher à
Altenmarkt. Six arches du pont étaient brûlées. Le comte Minucci, colonel
de l’armée bavaroise, s’est porté de Rott à Rosenheim ; il avait
trouvé également le pont brûlé et l’ennemi de l’autre côté. Après
une vive canonnade, l’ennemi céda la rive droite. Plusieurs bataillons
français et bavarois passèrent l’Inn, et le 6, à midi, l’un et
l’autre pont étaient entièrement rétablis. Les colonels du génie Morio
et Somis ont mis la plus grande activité à la réparation desdits ponts.
L’ennemi a été vivement poursuivi dès qu’on a pu passer ; on a
fait à son arrière-garde 50 prisonniers.
Le maréchal
Davout, avec son corps d’armée, est parti de Freising le 4, et s’est
trouvé le 5 à Mühldorf. L’ennemi a défendu la rive droite, où il
avait établi des batteries très-avantageusement situées. Le pont était
tellement détruit qu’on a eu de la peine à le rétablir. Le 6, à midi,
une grande partie du corps du maréchal Davout était passé au-delà.
Le prince
Murat a fait passer une brigade de cavalerie sur le pont de Mühldorf, a
fait rétablir les ponts d’OEtting et de Markt, et les a passés avec une
partie de sa réserve. L’Empereur s’est porté de sa personne à Haag.
Le corps
d’armée du maréchal Soult a bivouaqué en avant de Haag ; le corps
du maréchal Marmont couche ce soir à Vilsbiburg ; celui du maréchal
Ney à Landsberg ; celui du maréchal Lannes sur la route de Landshut
à Braunau. Tous les renseignements que l’on a sur l’ennemi portent que
l’armée russe marche en retraite.
Il a
beaucoup plu toute la journée. Tout le pays situé entre l’Isar et
l’Inn n’offre qu’une forêt continue de sapins : pays fort
ingrat. L’armée a eu beaucoup à se louer du zèle et de l’empressement
des habitants de Munich à lui fournir les subsistances qui lui étaient nécessaires.
Moniteur
du 13
brumaire an XIV
(En
minute au Dépôt de la guerre)
672.
Au prince Joseph
Braunau,
8 brumaire an XIV (30 octobre 1805)
Mon Frère,
je suis arrivé à Braunau aujourd’hui. Il tombe de la neige à gros
flocons. L’armée russe paraît fort épouvantée du sort de l’armée
autrichienne. Elle m’a laissé Braunau, qui est une des clefs de
l’Autriche ; cette place a une belle enceinte et est munie de
magasins de toute espèce. Nous allons voir ce que fera cette armée russe ;
elle a perdu la tête. On est fort mécontent, en Autriche, des Russes, qui
pillent, volent et violent partout. Ils dédaignent avec mépris les
Autrichiens, qui commencent à ne plus se battre qu’à regret, les
officiers russes s’entend, car les soldats sont tout à fait brutes et ne
savent pas distinguer un Autrichien d’un
Français.
NAPOLÉON
Mémoires
du roi Joseph
673.
14e Bulletin de la Grande Armée
Braunau,
8 brumaire an XIV (30 octobre 1805)
Le maréchal
Bernadotte est arrivé le 8, à dix heures du matin, à Salzburg. L’Électeur
en était parti depuis plusieurs jours. Un corps de 6 000 hommes, qui y
était, s’était retiré précipitamment la veille.
Le
quartier général impérial était le 6 à Haag, le 7 à Mühldorf et le 8
à Braunau.
Le maréchal
Davout a employé la journée du 7 à faire réparer entièrement le pont de
Mühldorf.
Le 1er
régiment de chasseurs a exécuté une belle charge sur l’ennemi, lui a tué
une vingtaine d’hommes et lui a fait plusieurs prisonniers, parmi lesquels
s’est trouvé un capitaine de hussards.
Dans la
journée du 7, le maréchal Lannes est arrivé avec la cavalerie légère au
pont de Braunau. Il était parti de Landshut. Le pont était coupé. Il a
sur-le-champ fait embarquer sur deux bateaux une soixantaine d’hommes.
L’ennemi, qui d’ailleurs était poursuivi par la réserve du prince
Murat, a abandonné la ville ; l’audace des chasseurs du 13e a
contribué à précipiter sa retraite.
La mésintelligence
entre les Russes et les Autrichiens commence à s’apercevoir. Les Russes
pillent tout. Les officiers les plus instruits d’entre eux comprennent
bien que la guerre qu’ils font est impolitique, puisqu’ils n’ont rien
à gagner contre les Français, que la nature n’a pas placés pour être
leurs ennemis.
Braunau,
comme il se trouve, peut être considéré comme une des plus belles et des
plus utiles acquisitions de l’armée. Cette place est entourée d’une
enceinte bastionnée avec pont-levis, demi-lune et des fossés pleins
d’eau. Il y a de nombreux magasins d’artillerie et tous en bon état ;
mais, ce qui paraîtra difficile à croire, c’est qu’elle est
parfaitement approvisionnée. On y a trouvé 40 000 rations de pain, prêtes
à être distribuées, plus de 1 000 sacs de farine. L’artillerie de
la place consiste en quarante-cinq pièces de canon avec double affût de
rechange, en mortiers approvisionnés de plus de 40 000 boulets et
obusiers. Les Russes y ont laissé une centaine de milliers de poudre, une
grande quantité de cartouches, de plomb, un millier de fusils, et tout
l’approvisionnement nécessaire pour soutenir un grand siège.
L’Empereur
a nommé le général Lauriston, qui arrive de Cadix, gouverneur de cette
place, où il a établi le dépôt du quartier général de l’armée.
Moniteur
du 17 brumaire an XIV
(En
minute au Dépôt de la guerre)
674.
Au prince Murat
Braunau,
9 brumaire an XIV (31 octobre 1805)
11 heures du matin
Je reçois
vos nouvelles de la bonne conduite de ma cavalerie à Ried. Je désire
beaucoup savoir le nom du maréchal des logis du 8e dragons.
Voici
mon ordre de marche :
Le maréchal
Davout suit la route de Braunau, Altheim, Ried et Lambach, d’où je le
dirigerai sur Steyer.
Le maréchal
Soult suit la route d’Obernberg, Zell, Neumarkt et Wels ; mais il ne
sera que ce soir, tout au plus, à Obernberg.
Le maréchal
Lannes arrivera aujourd’hui à Schærding, et suivra la route de Linz par
Willibald et Efferding.
Le général
Marmont ne sera que demain à Strasswalchen, suivra la route de
Strasswalchen, Wœcklabrück et Gmunden.
Le maréchal
Bernadotte, qui est à Salzburg, ne bougera que pour servir de réserve, à
moins que mes rapports ne m’apprennent que l’ennemi est dans une très-forte
position.
Le maréchal
Ney marche sur lnspruck.
Le général
Dupont se porte sur Passau, pour occuper cette place.
Mais il
faut donner un peu le temps à tout le monde de faire son mouvement. Il ne
faut donc point aller si vite. Si l’ennemi tient à Wels, il est nécessaire
que le maréchal Davout ne dépasse pas aujourd’hui Ried, ayant son
avant-garde à Haag. Si, au contraire, l’ennemi évacuait Wels, il n’y
aurait aucun inconvénient que ce général allât à Lambach.
Il faut
marcher avec prudence. Les Russes ne sont pas encore entamés ; ils
savent aussi attaquer, et il serait malheureux que les derrières du maréchal
Davout, qui sont faibles et exténués, fussent attaqués dans cette
position. Il faut aussi que le maréchal Davout procure du pain et de la
viande aux soldats.
J’ai
nommé le général Lauriston gouverneur de Braunau, qui est pour nous
d’une ressource immense.
NAPOLÉON
Archives
de l’Empire
675.
15e Bulletin de la Grande Armée
Braunau,
9 brumaire an XIV (31 octobre 1805)
Plusieurs
déserteurs russes sont déjà arrivés, entre autres un sergent-major natif
de Moscou, homme de quelque intelligence. On s’imagine bien que tout le
monde l’a questionné. Il a dit que l’armée russe était dans des
dispositions bien différentes pour les Français que dans la dernière
guerre ; que les prisonniers qui étaient revenus de France s’en étaient
beaucoup loués ; qu’il y en avait six dans sa compagnie, qui, au
moment du départ de Pologne, avaient été envoyé plus loin ; que si
on avait laissé dans les régiments tous les hommes revenus de France, il
n’y avait pas de doute qu’ils n’eussent tous déserté ; que les
Russes étaient fâchés de se battre pour les Allemands qu’ils n’aiment
pas, et qu’ils avaient une haute idée de la valeur française. On lui a
demandé s’ils aimaient l’empereur Alexandre ; il a répondu
qu’ils étaient trop misérables pour lui porter de l’attachement ;
que les soldats aimaient mieux l’empereur Paul, mais que la noblesse préférait
l’empereur Alexandre ; que les Russes, en général, étaient
contents d’être sortis de chez eux, parce qu’ils vivaient mieux et étaient
mieux payés ; qu’ils désiraient tous ne pas retourner en Russie, et
qu’ils préféraient s’établir dans d’autres climats à retourner
sous la verge d’une aussi rude discipline ; qu’ils savaient que les
Autrichiens avaient perdu toutes leurs batailles et ne faisaient que
pleurer.
Le prince
Murat s’est mis à la poursuite de l’ennemi. Il a rencontré l’arrière-garde
des Autrichiens, forte de 6 000 hommes, sur la route de Mernbach.
L’apercevoir et la charger n’a été qu’une même chose pour sa
cavalerie. Cette arrière-garde a été disséminée sur les hauteurs de
Ried. La cavalerie ennemie s’est alors ralliée pour protéger le passage
de l’infanterie par un défilé ; mais le 1er régiment de
chasseurs et la division de dragons du général Beaumont l’ont culbutée,
et se sont jetés avec l’infanterie ennemie dans le défilé. La fusillade
a été assez vive, mais l’obscurité de la nuit a sauvé cette division
ennemie. Une partie s’est éparpillée des les bois ; il n’a été
fait que 500 prisonniers. L’avant-garde du corps du prince Murat a pris
position à Haag. Le colonel Montbrun, du 1er de chasseurs,
s’est couvert de gloire.
Le 8e
régiment de dragons a soutenu sa vieille réputation. Un maréchal
des logis de ce régiment, ayant eu le poignet emporté, dit devant le
prince, au moment où il passait : “Je regrette ma main, parce
qu’elle ne pourra plus servir notre brave Empereur”. L’Empereur,
en apprenant ce trait, a dit : “Je reconnais bien là les
sentiments du 8e : qu’on donne à ce maréchal des logis
une place avantageuse et selon son état dans le palais de Versailles”.
Les
habitants de Braunau, selon l’usage, avaient porté dans leurs maisons une
grande partie des magasins de la place. Une proclamation a tout fait
rapporter. Il y a à présent un millier de sacs de farine, une grande
quantité d’avoine, des magasins d’artillerie de toute espèce, une très-belle
manutention et 60 000 rations de pain, dont nous avions grand besoin ;
une partie a été distribuée au corps du maréchal Soult.
Le
maréchal Bernadotte est arrivé à Salzburg. L’ennemi s’est retiré sur
la route de Carinthie et de Wels. Un régiment d’infanterie voulait tenir
au village de Hallein ; il a dû se retirer sur le village de Golling,
où le maréchal espérait que le général Kellermann parviendrait à lui
couper la retraite et à l’enlever.
Les
habitants assurent que, dans son inquiétude, l’empereur d’Allemagne
s’était porté jusqu’à Wels, où il avait appris le désastre de son
armée. Il y avait appris aussi les clameurs de ses peuples de Bohême et
d’Autriche contre les Russes, qui pillent et violent d’une manière si
effrénée, qu’on désirait l’arrivée des Français pour les délivrer
de ces singuliers alliés.
Le maréchal
Davout, avec son corps d’armée, a pris position entre Ried et Haag. Tous
les autres corps d’armée sont en grand mouvement. Mais le temps est
affreux ; il est tombé un demi-pied de neige, ce qui a rendu les
chemins détestables.
Le
ministre secrétaire d’État Maret a joint l’Empereur à Braunau.
L’électeur
de Bavière est de retour à Munich. Il a été reçu avec le plus grand
enthousiasme par le peuple de sa capitale.
Plusieurs
malles de Vienne ont été interceptées les lettres les plus récentes étaient
du 28 octobre ; on commençait
à y avoir des nouvelles de l’affaire de Wertingen ; elle y avait répandu
la consternation. Les vivres y étaient d’une cherté à laquelle on ne
pouvait atteindre ; la famine menaçait Vienne ; cependant la récolte
a été abondante ; mais la dépréciation du papier-monnaie et des
assignats, qui perdaient plus de 40 pour cent, avait porté tout au plus
haut prix. Le sentiment de la chute du papier-monnaie autrichien était dans
tous les esprits ; le cultivateur ne voulait plus échanger ses denrées
contre un papier de nulle valeur. Il n’est pas un homme en Allemagne qui
ne considère les Anglais comme les auteurs de la guerre, et les empereurs
François et Alexandre comme victimes de leurs intrigues. Il n’est
personne qui ne dise : il n’y aura point de paix tant que les
oligarques gouverneront l’Angleterre, et les oligarques gouverneront
tant que Georges respirera. Aussi le règne du prince de Galles est-il désiré
comme le terme de celui des oligarques, qui, dans tous les pays, sont égoïstes
et insensibles aux malheurs du monde.
L’empereur
Alexandre était attendri à Vienne mais il a pris un autre parti : on
assure qu’il s’est rendu à Berlin.
Moniteur
du 17 brumaire an XIV
(En
minute au Dépôt de la guerre)
676.
16e Bulletin de la Grande Armée
Ried,
11 brumaire an XIV (2 novembre 1805)
Le prince
Murat a continué sa marche en poursuivant l’ennemi l’épée dans les
reins et est arrivé, le 9, en avant de Lambach. Les généraux autrichiens,
voyant que leurs troupes ne pouvaient plus tenir, ont fait avancer huit
bataillons russes pour protéger leur retraite. Le 17e régiment
d’infanterie de ligne, le 1er de chasseurs et le 8e de
dragons chargèrent les Russes avec impétuosité et, après une vive
fusillade, les mirent en désordre et les menèrent jusqu’à Lambach. On a
fait 500 prisonniers, parmi lesquels sont une centaine de Russes.
Le 10, au
matin, le prince Murat mande que le général Walther, avec sa division de
cavalerie, a pris possession de Wels. La division de dragons du général
Beaumont et la 1re division du corps d’armée du maréchal
Davout, commandée par le général Bisson, ont pris position à Lambach. Le
pont sur la Traun était coupé ; le maréchal Davout y a fait
substituer un pont de bateaux. L’ennemi a voulu défendre la rive gauche :
le colonel Valterre, du 30e régiment, s’est jeté un des
premiers dans un bateau et a passé la rivière. Le général Bisson,
faisant ses dispositions de passage, a reçu une balle dans le bras.
Une autre
division du corps du maréchal Davout est en avant de Lambach sur le chemin
de Steyer. Le reste de son corps d’armée est sur les hauteurs de Lambach.
Le maréchal
Soult arrivera ce soir à Wels.
Le maréchal
Lannes arrivera ce soir à Linz.
Le général
Marmont est en marche pour tourner la position de la rivière de l’Enns.
Le prince
Murat se loue du colonel Couroux, commandant du 17e régiment
d’infanterie de ligne. Les troupes ne sauraient montrer dans aucune
circonstance plus d’impétuosité et de courage.
Au moment
de son arrivée à Salzburg, le maréchal Bernadotte avait détaché le général
Kellermann à la tête de son avant-garde pour poursuivre une colonne
ennemie qui se retirait par le chemin de la Carinthie. Elle s’était mise
à couvert derrière le fort de Lueg-Pass dans le défilé de Golling.
Quelque forte que fût sa position, les carabiniers du 27e régiment
d’infanterie légère l’attaquèrent avec impétuosité. Le général
Werlé fit tourner le fort, par le capitaine Campocasso, par des chemins
presque impraticables. 500 hommes, dont 3 officiers, ont été faits
prisonniers. La colonne ennemie, forte de 3 000 hommes, a été éparpillée
dans les sommités. On y a trouvé une si grande quantité d’armes qu’on
espère ramasser encore beaucoup de prisonniers. Le général Kellermann
donne des éloges à la conduite du chef de bataillon Dherbez-Latour. Le général
Werlé a eu son habit criblé de balles.
Nos
avant-postes mandent de Wels que l’empereur d’Allemagne y est arrivé le
25 octobre, qu’il y a appris le sort de son armée d’Ulm, et qu’il
s’est convaincu par ses propres yeux des ravages affreux que les Russes
font partout et de l’extrême mécontentement de ses peuples. On assure
qu’il est retourné à Vienne sans descendre de voiture.
La terre
est couverte de neige. Les pluies ont cessé. Le froid a pris le dessus ;
il est assez vif. Ce n’est point un commencement de novembre, mais un mois
de janvier. Ce temps plus sec a l’avantage d’être plus sain et plus
favorable à la marche.
Moniteur
du 20
brumaire an XIV
(En
minute au Dépôt de la guerre)
677.
17e Bulletin de la Grande Armée
Lambach,
12 brumaire an XIV (3 novembre 1805)
Aujourd’hui
12, le maréchal Davout a ses avant-postes près de Steyer. Le général
Milhaud, avec la réserve de cavalerie aux ordres du prince Murat, est entré
à Linz le 10 ; le maréchal Lannes y est arrivé le 12, avec son corps
d’armée. On a trouvé à Linz des magasins considérables dont on n’a
pas encore l’inventaire ; beaucoup de malades dans les hôpitaux,
parmi lesquels une centaine de Russes. On a fait des prisonniers, dont 50
Russes.
Au
combat de Lambach, il s’est trouvé deux pièces de canon russes parmi
celles qui ont été prises ; un général russe et un colonel de
hussards autrichien ont été tués.
La
blessure que le général Bisson, commandant la 1re division du
corps d’armée du maréchal Davout, a reçue au bras est assez sérieuse
pour l’empêcher de servir tout le reste de la campagne ; il n’y a
cependant aucun danger. L’Empereur a donné au général Caffarelli le
commandement de sa division.
Depuis le
passage de l’Inn, on a fait 15 à 1,800 prisonniers, tant autrichiens que
russes, sans y comprendre les malades.
Le corps
d’armée du général Marmont est parti de Lambach le 12 à midi.
L’Empereur
a établi sen quartier général à Lambach, où l’on croit qu’il
passera toute la nuit du 12.
La saison
continue à être rigoureuse. La terre est couverte de neige ; le temps
est très-froid.
On a
trouvé à Lambach des magasins de sel pour plusieurs millions. On a trouvé
dans la caisse de Linz plusieurs centaines de milliers de florins.
Les
Russes ont tout dévasté à Wels, à Lambach et dans tous les villages
environnants. Il y a des villages où ils ont tué huit ou dix paysans.
L’agitation
et le désordre sont extrêmes à Vienne. On dit que l’empereur
d’Autriche est établi au couvent des Bénédictins de Mœlk. Il paraît
que le reste du mois de novembre verra des événements majeurs et d’une
grande importance.
M. Lezay,
ministre de France à Salzburg, a eu une audience de l’Empereur au moment
où Sa Majesté partait de Braunau. Il n’avait pas cessé jusqu’alors de
résider à Salzburg.
On n’a
point de nouvelles de M. de la Rochefoucauld ; on le croit toujours à
Vienne. Au moment où l’armée autrichienne passait l’Inn, il demanda
des passe-ports qu’on lui refusa.
Il est
arrivé aujourd’hui plusieurs déserteurs russes.
Moniteur
du 20 brumaire an XIV.
(En
minute au Dépôt de la guerre)
678.
Au maréchal Berthier
Linz,
13 brumaire an XIV (4 novembre 1805)
Mon
Cousin, donnez l’ordre au prince Murat de mettre à la disposition du
capitaine de frégate Lostange, qui est à votre état-major, tous les
dragons qui n’ont point de chevaux et qui font partir des divisions de
dragons Beaumont, Walther et Klein. Donnez également l’ordre au maréchal
Lannes de faire fournir au capitaine Lostange 50 hommes de la division
Oudinot, et 50 hommes par chacune des divisions Suchet et Gazan. Chaque détachement
de 50 hommes sera sous les ordres d’un lieutenant, de deux sergents et de
quatre caporaux, fournis par la division, et les 150 hommes sous les ordres
d’un capitaine. Donnez également l’ordre au général Marmont de
fournir 100 hommes, pris dans chaque régiment de son corps d’armée. Ces
100 hommes seront sous les ordres d’un capitaine et d’un lieutenant. On
choisira les hommes les plus fatigués, éclopés et se faisant conduire sur
les voitures. Ces hommes seront destinés à être embarqués sur les
bateaux qui doivent descendre le Danube, que le capitaine de frégate
Lostange commandera. Vous donnerez ordre à cet officier de faire ramasser
tous les bateaux qui sont sur la Traun et de les faire descendre à
l’embouchure de l’Enns, dans le Danube, par Ebelsberg.
NAPOLÉON
Archives
de l’Empire
679.
18e Bulletin de la Grande Armée
Linz,
14 brumaire an XIV (5 novembre 1805)
Le prince
Murat ne perd pas l’ennemi de vue. L’ennemi avait laissé dans Ebelsberg
3 ou 400 hommes pour retarder le passage de la Traun ; mais les dragons
du général Walther se jetèrent dans des bateaux, et, sous la protection
de l’artillerie, attaquèrent avec impétuosité la ville. Le lieutenant
Billaudel, du 13e régiment de dragons, a passé le
premier dans une petite barque.
Le général
Walther, après avoir passé le pont sur la Traun, se porta sur Enns. La
brigade du général Milhaud rencontra l’ennemi au village d’Asten, le
culbuta, le poursuivit jusque dans Enns, et lui fit 200 prisonniers, dont 50
hussards russes. Vingt hussards russes ont été tués. L’arrière-garde
des troupes autrichiennes, soutenue par la cavalerie russe, a été partout
culbutée ; ni l’une ni l’autre n’ont tenu à aucune charge. Les
22e et 16e de chasseurs et leurs colonels
Latour-Maubourg et Durosnel ont montré la plus grande intrépidité.
L’aide de camp du prince Murat, Flahault, a eu une balle dans le bras.
Dans la
journée du 13, nous avons passé l’Enns, et aujourd’hui le prince Murat
est à la poursuite de l’ennemi. Le maréchal Davout est arrivé, le 12,
à Steyer ; le 13, dans la journée, il s’est emparé de la ville et
a fait 200 prisonniers. L’ennemi paraissait vouloir s’y défendre. La
division de dragons du général Beaumont a soutenu sa réputation. L’aide
de camp du général Beaumont a été tué. L’un et l’autre des ponts
sur l’Enns sont parfaitement rétablis.
Au combat
de Lambach, le colonel autrichien de Graff et le colonel russe Golofkin ont
été tués.
L’empereur
d’Autriche, arrivé à Linz, a reçu des plaintes de la régence sur la
mauvaise conduite des Russes, qui ne se sont pas contentés de piller, mais
encore ont assommé à coups de bâton les paysans, ce qui avait rendu déserts
un grand nombre de villages. L’empereur a paru très-affligé de ces excès,
et a dit qu’il ne pouvait répondre des troupes russes comme des siennes
et qu’il fallait souffrir patiemment ; ce qui n’a pas consolé les
habitants.
On a
trouvé à Linz beaucoup de magasins et une grande quantité de draps et de
capotes dans les manufactures impériales.
Le général
Deroy, à la tête d’un corps de Bavarois, a rencontré à Lofer
l’avant-garde d’une colonne de cinq régiments autrichiens venant
d’Italie, l’a complètement battue, lui a fait 400 prisonniers et pris
trois pièces de canon. Les Bavarois se sont battus avec la plus grande
opiniâtreté et avec une extrême bravoure. Le général Deroy lui-même a
été blessé d’un coup de pistolet.
Ces
petits combats donnent lieu à un grand nombre de traits de courage, de la
part des officiers en particulier.
Le major
général s’occupe d’une relation détaillée où chacun aura la part de
gloire qu’aura méritée son courage.
L’Enns
peut être considérée comme la dernière ligne qui défend les approches
de Vienne. On prétend que l’ennemi veut tenir et se retrancher derrière
les hauteurs de Saint-Pœlten, à dix lieues de Vienne. Notre avant-garde y
sera demain.
Moniteur
du 24
brumaire an XIV.
(En
minute au Dépôt de la guerre
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