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Correspondance
militaire
de Napoléon Ier
Extraite
de la correspondance générale
et publiée
par
ordre du ministère de la guerre
Tome
troisième
Paris
- 1876
690.
Au prince Murat
Saint-Pœlten,
21 brumaire an XIV (12 novembre 1805)
5 heures du soir
Je reçois
enfin des nouvelles du maréchal Mortier ; elles ne sont pas aussi
mauvaises que je l’avais craint. Hier, 20, à huit heures du matin, il
s’est porté sur Stein, a enlevé le village de Loiben, qui a été pris
et repris trois fois, a fait à l’ennemi 800 prisonniers, pris deux pièces
de canon et quatre drapeaux. Mais, pendant ce temps-là, l’ennemi manœuvrait :
deux colonnes, chacune de 6 000 hommes, tournaient les montagnes, et à
quatre heures après midi débouchaient sur le village de Dürrenstein ;
en même, temps l’ennemi a débouché de Stein avec toutes ses forces, et
le maréchal Mortier a eu 25 000 Russes sur le corps. Heureusement
qu’en même temps la division Dupont arrivait, tombait sur les colonnes
russes, leur faisait 200 prisonniers et prenait deux drapeaux. Ceci se
passait sur les derrières ; le maréchal Mortier n’en eut pas
connaissance. Se voyant cerné, il prit le parti le plus sage, de se faire
une route. Il fit sa jonction avec la division Dupont. Le carnage de
l’ennemi a été horrible. La 4e légère est celle qui a le
plus souffert. Les Russes montrant la plus grande barbarie contre les
prisonniers qu’ils nous ont faits, nous avons en revanche tué ou blessé
beaucoup des leurs ; il s’y trouve un colonel russe.
Le maréchal
Mortier se trouve aujourd’hui en position entre Spitz et Weissenkirchen.
Les Russes ne paraissent point disposés à vouloir s’en aller. Vous avez
dû passer le pont de Vienne. Si vous avez eu le bonheur d’avoir intact le
pont de Vienne, ne perdez pas un moment ; passez le Danube avec une
portion de la cavalerie, les grenadiers et la division Suchet. Faites-vous
suivre par les divisions Legrand et Vandamme. Cette armée russe peut se
trouver, par cette manœuvre, toute prise. Je viendrai moi-même vous
joindre dans la journée de demain. Si, au contraire, il n’y a aucune
possibilité de passer le Danube à Vienne, et qu’il soit plus facile de
le passer à Stadt-Tulln ou à Klosterneuburg, envoyez l’ordre qu’on le
passe.
J’attendrai
vos premiers rapports, pour savoir si vous avez pu passer le Danube à
Vienne, pour faire mes autres dispositions. Envoyez l’ordre au maréchal
Davout afin que, demain à la pointe du jour, il parte pour se rendre à
Vienne.
NAPOLÉON
Ayez
soin que tous les postes de cavalerie que j’ai ordonnés sur la route de
Vienne, toutes les deux lieues, soient en activité et même suivent votre
quartier général. Du moment que vous aurez passé le Danube, inondez votre
route de cavalerie, etc Le maréchal Mortier continuera à être corps
d’observation sur la rive gauche. Le général Klein s’est jeté en
avant de la Bohême.
Archives de
l’Empire
691.
Au maréchal Soult
Saint-Pœlten,
21 brumaire an XIV (12 novembre 1805)
11 heures et demie du soir
Mon
Cousin, tout me porte à penser que les Russes commencent leur mouvement
cette nuit. À la petite pointe du jour, le prince Murat tâchera de
surprendre le pont de Vienne, et aussitôt y passera le Danube pour se
porter sur les Russes. Vos deux divisions, Vandamme et Legrand, s’y
porteront également. Ce que fera la division Saint-Hilaire dépendra de ce
qu’aura fait l’ennemi à Krems, et de ce qu’aura fait le maréchal
Mortier. Prenez vos mesures pour arriver à votre corps d’armée avant
qu’il entre à Vienne. Restez à la position où vous êtes jusqu’à ce
que le jour soit bien fait et que l’on ait quelques nouvelles de la
position de l’ennemi. Laissez Franceschi avec son régiment, ainsi que la
division Saint-Hilaire. Si elle pouvait se procurer des moyens de passage
pour se mettre à la poursuite de l’ennemi, du moment que son évacuation
sera bien caractérisée ou que le prince Murat sera à sa hauteur, cela lui
éviterait la peine de passer par Vienne, et la division aurait la journée
de demain pour se reposer, car je ne pense pas que le prince Murat puisse être
vis-à-vis Krems avant après-demain. Enfin ayez soin, en entrant à Vienne,
que ses bagages n’y entrent pas. Il serait aussi nécessaire que vous établissiez,
au débouché du défilé, un officier d’ordonnance pour arrêter tous les
traîneurs de votre corps d’armée pendant l’espace d’une journée, et
de les faire ensuite rejoindre en masse. Par le retour de mon aide de camp,
faites-moi connaître tout ce qu’il y a de nouveau. Si le prince Murat ne
pouvait pas surprendre le pont de Vienne, ou qu’il fallût beaucoup de
temps pour rétablir ce pont, je l’ai laissé maître de passer sur un
autre point. On dit qu’aux points de Stadt-Tulln et de Klosterneuburg, il
y a des moyens de passage.
NAPOLÉON
Dépôt
de la guerre
692.
Au maréchal Bernadotte
Saint-Pœlten,
22 brumaire an XIV (13 novembre 1805)
M. le maréchal
Bernadotte passera sur la rive gauche du Danube, s’emparera de Stein et de
Krems, et suivra l’armée russe pour lui faire tout le mal qui sera
possible, entamer son arrière-garde.
Le prince
Murat passe à Vienne et va chercher à déborder l’ennemi pour gagner,
s’il est possible, sa tête, ou l’attaquer par ses flancs, ce qui dépendra
des circonstances.
L’ennemi
ne peut prendre que trois partis :
1)
Se rendre en Bohême ;
2)
Ou en Moravie ;
3)
Se concentrer à Krems.
Ce
dernier parti paraît si absurde, que l’on n’a voulu en parler
uniquement que pour présenter tout ce qui est possible.
Il n’y
aurait pas de vivres, puisqu’il n’est pas maître du Danube ; il se
trouverait cerné par toute l’armée française, dont il connaît bien la
force. Mais toutes les probabilités sont que l’ennemi est déjà en ce
moment en marche. Mais, si des considérations inconnues le portaient à
attendre encore quelques jours dans la position de Stein on de Krems, il
faudrait se contenter de prendre vis-à-vis de lui une position sur la rive
gauche, du côté de Spitz, et faire placer sur la rive droite du canon à
Mautern ; avoir des postes de cavalerie le
long du Danube jusqu’à Vienne, et attendre que le prince Murat eût
passé le Danube et se trouvât à hauteur et à même d’attaquer de son côté.
Si
l’ennemi se rend en Moravie, il est probable qu’il sera débordé, au
moins attaqué en flanc par le prince Murat. L’intention de l’Empereur
est que M. le maréchal Bernadotte le poursuive et lui fasse le plus de mal
possible.
Aussitôt
que M. le maréchal Bernadotte aura coupé, c’est-à-dire traversé la
première grande route de Vienne, il se
trouvera, par cette route, en correspondance directe avec cette
capitale.
Si
l’ennemi se rend en Bohême, M. le maréchal Bernadotte le poursuivra, et,
aussitôt qu’il sera assez élevé et qu’il se trouvera à
l’intersection des routes de Linz et de Vienne, il communiquera avec les
deux villes ; il se fera alors joindre par le général Klein et sa
division, qui se trouvera dans ce moment sur Freystadt et sur Linz.
L’Empereur,
qui d’ailleurs sera à Vienne, enverra à M. le maréchal Bernadotte,
suivant les circonstances, de nouvelles instructions et des renforts.
Je préviens
M. le maréchal Bernadotte que je donne l’ordre au maréchal Mortier de
reformer ses trois divisions et de servir de réserve à son corps d’armée ;
en conséquence, il occupera Krems et Stein, pendant le temps que le maréchal
Bernadotte, avec son armée, poussera en avant. Ainsi, si l’ennemi menaçait
de se porter sur Linz, le maréchal Mortier y enverrait un renfort pour
garder le pont.
Enfin M.
le maréchal Bernadotte aura soin de placer des petits postes de cavalerie
depuis Mœlk jusqu’à Sieghartskirchen ; il donnera l’ordre au général
Kellermann de laisser, de deux lieues en deux lieues, sur cette route, un
maréchal des logis et huit hommes, dont les chevaux serviront à relayer
les officiers porteurs de dépêches. Les hommes à cheval pourront même
porter les lettres.
Le maréchal
Berthier, par ordre de l’Empereur
Dépôt
de la guerre
693.
Au général Marmont
Burkersdorf,
22 brumaire an XIV (13 novembre 1805)
J’ai reçu
votre lettre du 19, de Leoben. Je crois que, le 21, l’artillerie de votre
corps d’armée sera réunie. Si le prince Charles venait effectivement par
Judenburg, il y a dans la vallée de la Mur deux ou trois ponts qui, brûlés
à propos et défendus par quelques postes, occasionneraient deux ou trois
jours de retard à ce prince, et vous donneraient le temps de réunir vos
troupes pour marcher à sa rencontre avec précaution, avantage, et me
mettre à même de vous envoyer des secours.
Il paraît
que l’ennemi a évacué toutes les positions du Tyrol et de l’évêché
de Salzburg. Faites donc veiller les débouchés de Rottenmann. Il serait
assez important de tenir cette route libre et de vous mettre en
correspondance avec le commandant bavarois qui est à Salzburg, et qui a des
forces assez considérables. À l’heure qu’il est, Kufstein doit être
pris. Le général bavarois pourrait vous envoyer quelques bataillons de
vous à lui. En tout cas, c’est ce que vous devez bien faire reconnaître ;
et qu’il y ait des patrouilles à moitié chemin, de part et d’autre.
Envoyez
un parti sur Gratz, tant pour avoir des nouvelles que pour en tirer des
vivres. Vous vous trouverez à même de bien monter votre cavalerie. Tâchez
de m’envoyer cinq centaines de chevaux pour les chasseurs et les
grenadiers de ma Garde. La Styrie a beaucoup de chevaux, et, pour peu que
vous restiez là, vous aurez doublé votre cavalerie. Maintenez-vous maître
des hauteurs qui séparent Bruck de Vienne. Il serait bien utile que cette
route fût libre pour nos
courriers.
Je suis
entré à Vienne ce matin. Je me suis emparé du pont du Danube, où j’ai
trouvé une soixantaine de pièces d’artillerie de campagne. L’armée
russe s’est retirée à Stein en repassant sur la rive gauche du Danube.
Elle a eu une forte échauffourée avec le maréchal Mortier, qui, quoique
à la tête de 4 000 hommes seulement, a tenu tête à 25 000
Russes, et leur a pris quatre drapeaux.
Le pont
de Vienne me met à même de marcher sur eux ; on ne sait pas ce qui
leur arrivera.
Si je me
résous à vous laisser longtemps dans votre position, je vous enverrai la
division batave. Toutes les nouvelles qu’on débite sur l’armée
d’Italie, je les crois fausses. Le fait est que, le 8 brumaire, le
quartier général du maréchal Masséna était à Vicence. Ayez l’œil
sur ce qui se passe en Tyrol. Ney devrait être à Inspruck ; cependant
je n’ai pas de nouvelles encore. Faites reconnaître ainsi la route de
Bruck à Saint-Pœlten. Faites-en faire un croquis en règle, ainsi que de
celle de Bruck à Vienne par Neustadt, de Lœben à Enns par l’Esling, et
de Leoben à Salzburg par Rottenmann. Que les distances, les villages, les
rivières, tout cela soit bien marqué sur une grande échelle. Faites-vous
faire du biscuit, afin de pouvoir, cinq ou six jours, manœuvrer librement
sans être embarrassé de subsistances.
Emparez-vous
de tous les revenus de Styrie, au compte de l’armée, et nommez un
commissaire pour les gérer, ainsi que toutes les branches de
l’administration. Il ne sera pas difficile de vous procurer en abondance
des souliers à votre corps d’armée ; procurez-en aussi 12 000
pour les autres corps. Gratz est un lieu de grande ressource. Procurez-vous
également des capotes.
NAPOLÉON
Archives
de l’Empire
604.
22e Bulletin de la Grande Armée
Saint-Pœlten,
22 brumaire an XIV (13 novembre 1805)
Le maréchal
Davout a poursuivi ses succès. Tout le corps de Merveldt est détruit. Ce général
s’est sauvé avec une centaine d’uhlans. Le général Marmont est à
Leoben. Il y a fait 100 hommes de cavalerie prisonniers.
Le prince
Murat était depuis trois jours à une demie-lieue de Vienne. Toutes les
troupes autrichiennes avaient évacué cette ville. La garde nationale y
faisait le service ; elle était animée d’un très-bon esprit.
Aujourd’hui,
22 brumaire, les troupes françaises ont fait leur entrée dans cette
capitale.
Les
Russes se sont refusés à toutes les tentatives que l’on
a faites pour les engager à livrer bataille sur les hauteurs de Saint-Pœlten
(Saint-Hippolyte).
Ils ont
passé le Danube à Krems, et, aussitôt après leur passage, brûlé le
pont, qui était très-beau.
Le 20, à
la pointe du jour, le maréchal Mortier, à la tête de six bataillons,
s’est porté sur Stein. Il croyait y trouver une arrière-garde, mais
toute l’armée russe y était encore, ses bagages n’étant pas filé.
Alors s’est engagé le combat de Dürrenstein, à jamais mémorable dans
les annales militaires. Depuis six heures du matin jusqu’à quatre heures
de l’après-midi, ces 4 000 braves firent tête à l’armée russe
et mirent en déroute tout ce qui leur fut opposé.
Maîtres
du village de Loiben, ils croyaient la journée finie ; mais
l’ennemi, irrité d’avoir perdu dix drapeaux, six pièces de canon, 900
hommes faits prisonniers et 2 000 hommes tués, avait dirigé deux
colonnes par des gorges difficiles pour tourner les Français. Aussitôt que
le maréchal Mortier s’aperçut de cette manœuvre, il marcha droit aux
troupes qui l’avaient tourné et se fit jour au travers des lignes de
l’ennemi, dans l’instant même où le 9e régiment
d’infanterie légère et le 32e d’infanterie de ligne, ayant
chargé un autre corps russe, avaient mis ce corps en déroute, après lui
avoir pris deux drapeaux et 400 hommes.
Cette
journée a été une journée de massacre ; des monceaux de cadavres
couvraient un champ de bataille étroit. Plus de 4 000 Russes ont été
tués ou blessés ; 1,300 ont été faits prisonniers. Parmi ces
derniers se trouvent deux colonels.
De notre
côté, la perte a été considérable. Le 4e et le 9e d’infanterie
légère ont le plus souffert. Les colonels du 100e et du 103e
ont été légèrement blessés. Le colonel Watier, du 4e régiment
de dragons, a été tué. Sa Majesté l’avait choisi pour l’un de ses écuyers :
c’était un officier d’une grande valeur ; malgré les difficultés
du terrain, il était parvenu à faire contre une colonne russe une charge
très-brillante ; mais il fut atteint d’une balle et trouva la mort
dans la mêlée.
Il paraît
que les Russes se retirent à grandes journées. L’empereur d’Allemagne,
l’impératrice, le ministère et la cour sont à Brünn, en Moravie. Tous
les grands ont quitté Vienne, toute la bourgeoisie y est restée. On attend
à Brünn l’empereur Alexandre à son retour de Berlin.
Le général
comte Gyulai a fait plusieurs voyages, porteur de lettres des empereurs de
France et d’Allemagne. L’Empereur d’Allemagne se résoudra sans doute
à la paix lorsqu’il aura obtenu l’assentiment de l’empereur de
Russie.
En
attendant, le mécontentement des peuples est extrême. On dit à Vienne et
dans toutes les provinces de la monarchie autrichienne que l’on est mal
gouverné ; que, pour le seul intérêt de l’Angleterre, on a été
entraîné dans une guerre injuste et désastreuse ; que l’on a inondé
l’Allemagne de barbares mille fois plus à craindre que tous les fléaux réunis ;
que les finances sont dans le plus grand désordre ; que la fortune
publique et les fortunes particulières sont ruinées par l’existence
d’un papier-monnaie qui perd 50 pour 100 ; qu’il y avait assez de
maux à réparer pour qu’on ne dût pas y ajouter encore tous les malheurs
de la guerre.
Les
Hongrois se plaignent d’un gouvernement illibéral qui ne fait rien pour
leur industrie, et se montre constamment jaloux de leurs privilèges et
inquiet de leur esprit national.
En
Hongrie comme en Autriche, à Vienne comme dans les autres villes, on est
persuadé que l’Empereur Napoléon a voulu la paix, qu’il est l’ami de
toutes les nations et de toutes les grandes idées.
Les
Anglais sont les perpétuels objets des imprécations de tous les sujets de
l’empereur d’Allemagne, et de la haine la plus universelle. N’est-il
pas temps enfin que les princes écoutent la voix de leurs peuples, et
qu’ils s’arrachent à la fatale influence de l’oligarchie anglaise ?
Depuis le
passage de l’Inn, la Grande Armée a fait, dans les différentes affaires
d’avant-gardes et dans les diverses rencontres qui ont eu lieu, environ 10 000
prisonniers.
Si
l’armée russe avait voulu attendre les Français, elle était perdue ;
plusieurs corps d’armée la poursuivent vivement.
Moniteur
du 5 frimaire an XIV
(En
minute au Dépôt de la guerre)
695.
Au maréchal Berthier
Schœnbrunn,
23 brumaire an XIV (14 novembre 1805)
Donnez
l’ordre au maréchal Mortier d’envoyer à Saint-Pœlten tous les
Bataves, et de vous faire connaître quand ils y seront arrivés. Cependant
il ne les y enverra que quand il croira, par l’éloignement des Russes,
qu’ils ne lui sont plus éminemment utiles. Faites-lui connaître que le
prince Murat et les maréchaux Lannes et Soult couchent aujourd’hui à
Stockerau. Vous lui direz aussi que, comme les divisions Gazan et Dupont ont
beaucoup souffert, mon intention est, du moment où elles ne seront plus nécessaires
à la poursuite des Russes et à la présente opération, de leur donner du
repos et des quartiers d’hiver où elles puissent se remettre.
Faites
connaître au général de Wrede, qui commande les Bavarois, qu’il peut
demander le nombre de fusils nécessaire pour armer ses troupes.
Faites
connaître au maréchal Bernadotte que, du moment où il croira n’avoir
plus besoin des Bavarois pour la poursuite de l’armée russe, il les
renvoie à Saint-Pœlten, vu qu’il ne paraît pas convenable de les faire
entrer à Vienne, tant est grande la haine de ces deux peuples.
NAPOLÉON
Archives
de l’Empire
696.
Au général Marmont
Schœnbrunn,
23 brumaire an XIV (14 novembre 1805)
1 heure après midi
Monsieur
le Général Marmont, le prince Charles était le 1er novembre à
Caldiero ; on n’avait point encore alors de nouvelles en Italie
qu’il y eût eu un détachement fait depuis peu de jours. Il serait
possible que les troupes que vous avez devant vous fussent 12 000
hommes détachés depuis bien du temps sur Salzburg, et qui depuis
l’auraient été sur Leoben. Toutefois la division Gudin sera ce soir à
Neustadt et se mettra en communication avec vous. Votre position militaire
est sur les hauteurs entre Leoben et Bruck, au pendant des eaux ;
c’est là seulement que vous devez vous battre : la division Gudin
serait à vous dans une marche.
Vous
comprendrez facilement qu’aujourd’hui mon intention n’est pas d’être
l’agresseur dans la Styrie, au moins de quelques jours. Les corps des maréchaux
Lannes, Soult, Bernadotte et une partie de ma cavalerie investissent l’armée
russe et forcent de marche pour l’atteindre. Je suis fondé à espérer
qu’avant cinq on six jours je lui aurai fait un mauvais parti. Le corps du
maréchal Ney est encore dans le Tyrol ; le corps du maréchal
Augereau, au-delà de l’Inn et le corps du maréchal Davout, à Vienne. Ne
vous battez donc que dans la position que je vous ai indiquée, et plus tard
vous serez attaqué, plus cela sera dans mes projets ; car, dans peu de
jours, vous deviendrez l’avant-garde d’une armée de 60 000 hommes
si cela devient nécessaire.
J’ai
pris à Vienne tout l’arsenal, tous les magasins d’artillerie ; les
canons, fusils et munitions de toute espèce sont par milliers et milliers.
Envoyez des parlementaires ; dites que je suis maître de Vienne, que
je négocie un arrangement ; que l’on s’arrête, de part et
d’autre, où l’on est, pour ne pas verser le sang. Gagnez du temps ;
et par ces communications, que doit désirer le corps qui vous est opposé
pour avoir des nouvelles, sachez qui vous avez devant vous.
NAPOLÉON
Comm.
par M. le baron Prokesch d’Osten
(En
minute aux Arch. de l’Emp.)
697.
Au maréchal Lannes
Camp
impérial de Schœnbrunn, 23 brumaire an XIV
(14 novembre 1805)
Mon
Cousin, je reçois votre lettre. Je ne conçois pas pourquoi vous avez laissé
échapper 8 000 hommes et ce beau régiment de cuirassiers ; il
fallait toujours les prendre, jusqu’à ce que vous eussiez reçu mon
ordre. Cette complaisance est d’autant plus mal placée qu’ils n’ont
pas livré le pont, mais qu’il a été forcé, tant par adresse que par
les circonstances impérieuses de leur capitale. Le général Milhaud a pris
aujourd’hui, à mi-chemin de Brünn, trente pièces de canon attelées, et
à midi il avait fait 600 prisonniers. Désarmez vos bataillons autrichiens
de Stockerau ; dirigez-les sur Linz, d’où ils seront envoyés à
Braunau, et de là en France. Il ne faut pas les faire passer par Vienne.
J’apprends
que vous avez trouvé de bonnes chaussures ; je suis bien aise que vos
braves grenadiers soient bien ; j’espère qu’il n’y aura plus de
traîneurs. Point de ridicules ménagements ; on est toujours à temps
d’être généreux. Le parc qui était à la tête du pont est en notre
pouvoir. Nous avons trouvé un arsenal immense.
Je
n’ajoute pas foi aux renseignements que vous avez sur les Russes. Hier à
dix heures du matin, ils ont évacué Krems et Stein ; les maréchaux
Mortier et Bernadotte étaient à leur poursuite. Vous aurez vu, par les
renseignements du maréchal Mortier que j’ai envoyés au prince Murat,
qu’ils marchaient en effet sur deux colonnes. Ils ont l’art de se faire
croire nombreux ; mais soyez assuré qu’ils ne sont pas en tout plus
de 30 000 hommes. S’il est arrivé à Znaym une colonne russe,
c’est une colonne de 6 000 hommes, qui était attendue depuis
longtemps.
NAPOLÉON
Comm.
par M. le duc de Montebello
(En
minute aux Arch. de l’Emp.)
698.
Au prince Murat
Schœnbraun,
23 brumaire an XIV (14 novembre 1805)
Le général
Milhaud était à midi près de Volkersdorf, et avait pris trente pièces de
canon attelées et 600 hommes, et il espérait faire encore des prisonniers.
Nous avons fait, dans la ville et les environs, dans la journée
d’aujourd’hui, au moins 1 500 prisonniers. Faites-en tant que vous
pourrez. Il faut ôter des moyens à l’ennemi pour arriver à la paix et
au repos dont les peuples ont tant besoin. Il nous faudrait des chevaux ;
notre cavalerie en a grand besoin, Il faut que les chasseurs, dans les pays
qu’ils traversent, laissent leurs mauvais et en prennent de bons. Le régiment
de cuirassiers que le maréchal Lannes a laissé échapper nous
serait très-utile. Nos ennemis seraient impitoyables ; il ne
faut pas l’être, mais il est toujours temps d’être généreux, et
auparavant notre ennemi doit être désarmé. Je vous ai envoyé hier des
nouvelles des Russes de Krems. Le maréchal Bernadotte a mis tant de lenteur
que je crois qu’il n’aura passé Danube qu’aujourd’hui.
D’après
ce que m’écrit le maréchal Lannes à deux heures après midi, combiné
avec le rapport Mortier d’hier, il paraîtrait que l’ennemi ne peut s’échapper.
J’attends
avec impatience de vos nouvelles de six heures du soir. Recommandez bien
qu’on proté les postes, afin que la communication puisse se faire
facilement.
NAPOLÉON
Archives
de l’Empire
699.
23e Bulletin de la Grande Armée
Château
de Schœnbruun, 23 brumaire an XIV
(14 novembre 1805)
Au combat
de Dürrenstein, où 4 000 Français attaqués, dans la journée du 20,
par 25 à 30 000 Russes ont gardé leurs positions, tué à l’ennemi
3 à 4 000 hommes, enlevé des drapeaux et fait 1,300 prisonniers, les
4e et 9e régiments d’infanterie légère et les 100e
et 32e régiments d’infanterie de ligne se sont couverts
de gloire. Le général Gazan y a montré beaucoup de valeur et de conduite.
Les Russes, le lendemain du combat, ont évacué Krems et quitté le Danube
en nous laissant 1 500 de leurs prisonniers dans le plus profond dénûment.
On a trouvé dans leurs ambulances beaucoup d’hommes qui avaient été
blessés et qui étaient morts dans la nuit.
L’intention
des Russes paraissait être d’attendre à Krems des renforts et de se
maintenir sur le Danube ; le combat de Dürrenstein a déconcerté
leurs projets. Ils ont vu, par ce qu’avaient fait 4 000 Français, ce
qui leur arriverait à forces égales.
Le maréchal
Mortier s’est mis à leur poursuite ; pendant que d’autres corps
d’armée passent le Danube sur le pont de Vienne, pour les déborder par
la droite, le corps du maréchal Bernadotte est en marche pour les déborder
par la gauche.
Hier 22,
à dix heures du matin, le prince Murat traversa Vienne. À la pointe du
jour, une colonne de cavalerie s’est portée sur le pont du Danube et a
passé, après différents pourparlers avec des généraux autrichiens. Les
artificiers ennemis chargés de brûler le pont l’essayèrent plusieurs
fois et ne purent y réussir.
Le maréchal
Lannes et le général Bertrand, aide de camp de l’Empereur, ont passé le
pont les premiers. Les troupes ne se sont point arrêtées dans Vienne, et
ont continué leur marche pour suivre leur direction.
Le prince
Murat a établi son quartier général dans la maison du duc Albert. Le duc
Albert a fait beaucoup de bien à la ville ; plusieurs quartiers
manquaient d’eau ; il en a fait venir à ses frais et a dépensé des
sommes notables pour cet objet.
Ci-joint
l’état de l’artillerie et des munitions trouvées dans Vienne. La
Maison d’Autriche n’a pas d’autre fonderie ni d’autre arsenal que
Vienne. Les Autrichiens n’ont pas eu le temps d’évacuer au-delà du
cinquième ou du quart de leur artillerie et d’un matériel considérable.
Nous avons des munitions pour faire quatre campagnes et renouveler quatre
fois nos équipages d’artillerie, si nous les perdions. Nous avons aussi
des approvisionnements de siège pour armer un grand nombre de places.
L’Empereur
s’est établi au palais de Schœnbrunn. Il s’est rendu aujourd’hui à
Vienne, à deux heures du matin. Il a passé le reste de la nuit à visiter
les avant-postes sur la rive gauche du Danube, ainsi que les positions, et
à s’assurer si le service se faisait convenablement ; il était
rentré à Schœnbrunn à la petite pointe du jour.
Le temps
est devenu très-beau ; la journée est une des plus belles de
l’hiver, quoique froide. Le commerce et toutes les transactions vont à
Vienne comme à l’ordinaire. Les habitants sont pleins de confiance et très-tranquilles
chez eux ; la population de cette ville est de 250 000 âmes ;
on ne l’estime pas diminuée de 10 000 personnes par l’absence de
la cour et des grands seigneurs.
L’Empereur
a reçu à midi M. de Wrbna, qui se trouve à la tête de l’administration
de toute l’Autriche.
Le corps
d’armée du maréchal Soult a traversé Vienne aujourd’hui, à neuf
heures du matin ; celui du maréchal Davout la traverse en ce moment.
Le général
Marmont a eu à Leoben différents petits avantages d’avant-postes.
L’armée
bavaroise reçoit tous les jours un grand accroissement. L’Empereur vient
de faire à l’Élecleur de nouveaux présents. Il lui a donné 15 000
fusils pris dans l’arsenal de Vienne, et lui a fait rendre toute
l’artillerie que, dans différentes circonstances, l’Autriche avait
prise dans les États de Bavière.
La ville
de Kufstein a capitulé entre les mains. du colonel Pompei.
Le général
Milhaud a poussé l’ennemi sur la route de Brünn, jusqu’à Volkersdorf.
Aujourd’hui, à midi, il avait fait 600 prisonniers et pris un parc de
quarante pièces de canon attelées.
Le maréchal
Lannes est arrivé à deux heures après midi à Stockerau. Il y a trouvé
un magasin immense d’habillements, 8 000 paires de souliers et de
bottines, et du drap pour faire des capotes à toute l’armée.
On a
aussi arrêté sur le Danube plusieurs bateaux qui descendaient le fleuve et
qui étaient chargés d’artillerie, de cuir et d’effets d’habillement.
Moniteur
du 5 frimaire an XIV
(En
minute au Dépôt de la guerre)
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