| Institut de Stratégie Comparée, Commission Française d'Histoire Militaire, Institut d'Histoire des Conflits Contemporains |
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Correspondance
militaire Extraite
de la correspondance générale par
ordre du ministère de la guerre Tome
troisième Paris - 1876
730 Schœnbrunn,
22 frimaire an XIV (13 décembre 1805)
C’est avec un sentiment de douleur que j’apprends qu’un membre de l’Institut, célèbre par ses connaissances, mais tombé aujourd’hui en enfance, n’a pas la sagesse de se taire et cherche à faire parler de lui, tantôt par des annonces indignes de son ancienne réputation et du corps auquel il appartient, tantôt en professant hautement l’athéïsme, principe destructeur de toute organisation sociale, qui ôte à l’homme toutes ses consolations et toutes ses espérances. Mon intention est que vous appeliez auprès de vous les présidents et les secrétaires de l’Institut, et que vous les chargiez de faire connaître à ce corps illustre, dont je m’honore de faire partie, qu’il ait à mander M. de Lalande, et à lui enjoindre, au nom du corps, de ne plus rien imprimer, et de ne pas obscurcir dans ses vieux jours ce qu’il a fait dans ses jours de force pour obtenir l’estime des savants ; et, si ces invitations fraternelles étaient insuffisantes, je serais obligé de me rappeler aussi que mon premier devoir est d’empêcher que l’on empoisonne la morale de mon peuple, car l’athéisme est destructeur de toute morale, sinon dans les individus, du moins dans les nations. NAPOLÉON Archives de l’Empire 731. Schœnbrunn,
23 frimaire an XIV (14 décembre 1805)
La paix se traite ; un armistice est convenu ; l’armée ne doit pas y contrevenir. On doit profiter de l’armistice pour faire confectionner des capotes, se procurer des souliers, merttre en ordre les ambulances, compléter l’armement, et notamment les baïonnettes, dont il manque une grande quantité. Le génie doit organiser ses caissons d’outils, afin qu’on soit en état d’entreprendre des ouvrages de campagne. Généraux commandant les corps d’armée et les divisions, colonels, ordonnateurs, généraux d’artillerie et du génie, tous doivent se tenir prêts à reprendre les armes, et personne ne doit se permettre des opérations qui pourraient retarder de deux heures les marches et les manœuvres de guerre. L’Empereur recommande également aux généraux de cavalerie la plus grande vigilance dans leurs cantonnements. La confiance ne doit jamais être aveugle. On nous a prouvé tant de fois qu’on voulait endormir notre surveillance par des propositions de paix, qu’on ne doit jamais s’y livrer aveuglément. Les généraux, surtout les généraux d’artillerie, ne doivent faire aucune disposition qui tendrait à priver les divisions de leur artillerie ou qui les empêcherait d’être mobiles. L’intention de l’Empereur est que les grands et les petits dépôts des régiments de cavalerie soient cantonnés avec leurs régiments pendant le temps de leur armistice ; que les hommes à pied rejoignent leurs régiments, et qu’on remonte le plus possible de dragons, sans faire attention à la taille des chevaux, ni même à l’espèce de selle qu’on pourra se procurer. Les commandants des provinces sont autorisés à procurer autant de chevaux qu’ils pourront aux dragons, et les colonels à en acheter. Il leur sera, à cet effet, fourni des fonds, sur leur demande à l’intendant général. Jusqu’à la paix, l’armistice ne doit être considéré que comme un moment de repos et un moyen de se préparer de nouveaux à combats. NAPOLÉON Dépôt de la guerre
732. Schœnbrunn,
24 frimaire au XIV (15 décembre 1805)
Je reçois votre lettre du 19 frimaire. Je conçois vos regrets de ne vous être pas trouvé à la bataille. J’en ai éprouvé aussi, me souvenant de votre belle conduite à Elchingen, que vous ne vous soyez pas trouvé à un événement aussi mémorable. Vous ne pouviez pas être partout. Vous avez très-bien fait dans le Tyrol. Reposez votre armée ; aussitôt que vous aurez atteint votre destination, occupez-vous à l’organiser, à lui procurer des capotes et des souliers, et à mettre au courant sa solde. Réunissez votre cavalerie ; rassemblez vos petits dépôts, et tâchez de l’accroître et de la mettre en bon état. On traite de la paix ; mais rien n’est encore signé. Les Russes sont en marche ; mais, si d’autres ennemis nous menacent, je me servirai de votre corps d’armée à l’avant-garde. Donnez-lui-en l’assurance ; il ne peut douter du cas que je fais de vos troupes. J’ai fait reposer la division Dupont à Vienne, où elle est depuis un mois. Vous ne correspondez pas assez souvent avec le quartier général. Il faut y avoir constamment un officier. NAPOLÉON Archives de l’Empire 733. Schœnbrunn,
24 frimaire an XIV (15 décembre 1805)
Ne calculez point sur l’armistice ; ne donnez aucun ordre qui fasse qu’au 24[1] je ne puisse livrer bataille. Complétez l’organisation des corps de l’armée. Celui du maréchal Davout n’a pas assez d’artillerie. Complétez les approvisionnements de toute espèce. L’expérience vous a prouvé que mes mouvements sont imprévus. Faites-moi connaître mes ressources en cartouches d’infanterie et de canon, depuis Augsbourg jusqu’à Brünn, afin que je voie si les dépôts sont convenablement placés. Ne regardez pas la guerre comme finie. N’employez point trop de chevaux d’artillerie à l’évacuation de l’artillerie de Vienne ; faites, pour cet objet, des marchés. À la dernière bataille, je n’ai pas eu assez d’artillerie. Visitez l’artillerie des corps d’armée à votre portée. Faites-vous-en rendre compte par les généraux, afin de pouvoir m’en donner un état général et de prendre les mesures pour que tout soit en bon état. NAPOLÉON Archives
de l’Empire Schœnbrunn,
21 frimaire an XIV (18 décembre 1805)
Mon Cousin, envoyez un officier au maréchal Mortier pour lui faire connaître qu’il se rende à l’extrémité de sa ligne à Prosnitz, pour s’informer lui-même de ce qu’il y a du côté d’Olmütz, et m’en envoie un rapport journalier, ainsi que de ce qui se passe à Zwittau, de ce que l’ennemi fait, et où est sa cavalerie légère ; je n’ai pas encore reçu un rapport depuis que je suis revenu de Brünn. Envoyez également un officier au maréchal Bernadotte, pour lui faire connaître qu’il doit voir par l’ordre du jour qu’une trop grande sécurité serait funeste ; qu’il tienne en première ligne les Bavarois devant le prince Ferdinand, et se place de manière à se porter rapidement à sa droite et à cacher ses mouvements à l’ennemi ; que les princes Charles et Jean sont devant nous : le corps du général Merveldt, sur la gauche de la March ; le prince Jean, depuis la rive droite du Danube jusqu’aux positions vis-à-vis Neustadt ; et enfin le prince Charles, depuis les positions vis-à-vis Neustadt jusqu’aux positions vis-à-vis Gratz ; que tout cela peut encore former une armée de plus de 70 000 hommes ; Qu’il me paraît donc convenable, comme je l’ai déjà ordonné, que les troupes françaises soient dans le cercle d’Iglau et à portée d’arriver en quatre ou cinq jours sur Vienne, et en deux jours sur Brünn, selon les circonstances ; que les Bavarois doivent être bientôt en force pour pouvoir, dans un cas extraordinaire, tenir tête au prince Ferdinand, et lui disputer le terrain, le temps nécessaire pour faire disparaître entièrement le prince Charles. Donnez l’ordre au général Dumonceau de se rendre à Neustadt, où il rentrera dans le corps du général Marmont et sera sous ses ordres. Donnez ordre au général Marmont de tenir une division à Bruck, de manière à se porter le plus rapidement possible à Neustadt, au secours du général Dumonceau, qui s’y trouve. Donnez ordre au maréchal Masséna d’envoyer sa division de dragons à Marburg et sa division de cuirassiers à Cilli ; prévenez-en le général Marmont, afin qu’ils prennent des mesures pour leur nourriture. Il est convenable d’attacher à chacune de ces divisions trois pièces d’artillerie légère, selon l’organisation générale de l’armée. Donnez aussi l’ordre au maréchal Masséna de tenir une de ses divisions d’infanterie, avec son artillerie, à l’extrémité de sa province, sur la gauche, prête à se rendre en peu de marches sur Gratz. Le commandement du maréchal Davout comprendra Presbourg, les pays compris entre Presbourg et Marchegg, les pays faisant partie de la basse Autriche sur la rive droite du Danube jusqu’à Fischamend, et le long du petit ruisseau jusqu’à Gœtzendorf. Il tiendra une division d’infanterie à Presbourg, et une cantonnée le long de la Leytha jusqu’aux limites de son commandement. Il mettra là la division la plus reposée. Sa cavalerie légère sera en plus grande partie le long de cette rivière. Il fera construire un pont à Presbourg, avec tête de pont sur les deux rives. Il s’étudiera à bien connaître le pays, depuis Presbourg jusqu’au lac, sur la rive droite du Danube. Il chargera des ingénieurs d’enlever toutes les positions. Il fera reconnaître surtout la position de Hainburg. Le maréchal Soult tiendra sa cavalerie légère depuis Gœtzendorf jusqu’à Neustadt, en ayant toujours des vedettes sur l’extrême frontière ; le général Marmont, depuis Neustadt jusqu’à Marburg ; le général Milhaud, le long de la rive droite de la March ; le général Mortier, tout le long de la ligne de démarcation qu’il occupe depuis Prosnitz, en faisant observer les débouchés de Zwittau, et en se liant par la gauche avec les postes du maréchal Bernadotte à Zwittau ; le maréchal Bernadotte, tout le long de sa ligne de démarcation. Renvoyez un second officier au maréchal Ney, pour lui faire comprendre qu’il est possible qu’il devienne nécessaire sur la ligne d’opérations ; que j’attends donc avec impatience son arrivée à Klagenfurt ; qu’immédiatement après il poussera sa plus forte division, avec artillerie et cavalerie, sur les limites de la Carinthie, le plus près possible de Leoben ; les princes Charles et Jean ayant une armée considérable à plusieurs lieues de Vienne, il est convenable de se tenir toujours en mesure. Vous lui recommanderez, par le même officier, de vous faire connaître le jour où il arrivera à Klagenfurt, et le jour où sa première division sera arrivée à Leoben. L’armistice
existe, il est vrai ; mais on ne doit jamais s’y fier lorsqu’on est
dans la capitale de son ennemi. NAPOLÉON Dépôt de la guerre (En minute aux Arch. de l’Emp.)
735. Schœnbrunn,
1er
nivôse au XIV (22 décembre 1805)
Vous n’organisez point l’artillerie de mon armée. Je m’embarrasse fort peu des transports de Vienne. Vous avez des moyens considérables au parc et vous laissez l’armée dans le dénûment. Les divisions des généraux Dupont, Gazan, le corps du maréchal Davout, n’ont pas ce qu’il leur faut ; pourvoyez-y sur-le-champ. N’oubliez pas que tout dans l’artillerie, à la guerre, doit être à l’armée et non au parc. NAPOLÉON Archives de l’Empire 736. Schœnbrunn,
6 nivôse an XIV (27 décembre 1805)[2]
Mon Cousin, vous êtes autorisé à conclure une convention avec le général que nommera l’empereur d’Allemagne, pour l’exécution des dispositions portées dans l’article 23 du traité de paix, et notamment à déterminer, d’un commun accord, l’espèce et la nature des objets qui, appartenant à S. M. l’empereur d’Allemagne et d’Autriche, devront, en conséquence, rester à sa disposition, et convenir, soit de la vente au royaume d’Italie de l’artillerie impériale et des munitions, soit de leur échange contre une quantité d’artillerie ou d’objets de même ou d’autre nature qui seraient laissés par l’armée française dans les États héréditaires ; c’est-à-dire qu’on laissera à Vienne et à Braunau la même quantité d’artillerie et de munitions que l’empereur d’Allemagne laissera à Venise. Il sera tracé une route d’étapes de Vienne à Linz par la rive gauche du Danube, une autre route de Brünn à Linz en passant par Iglau ; ce qui, avec la grande route de Vienne à Linz par la rive droite, formera les trois lignes d’évacuation de l’armée. Le maréchal Augereau a reçu l’ordre de prendre ses cantonnements dans le pays de Darmstadt, où il attendra de nouveaux ordres et où il vivra par réquisitions, en délivrant des bons. Le maréchal Ney se rend à Salzburg, où il restera jusqu’à nouvel ordre. Le général de Wrede, du corps du maréchal Bernadotte, fait partir sur-le-champ une brigade de troupes bavaroises pour se rendre à Munich ; cette brigade sera suivie de tout le reste des troupes bavaroises. Les troupes de l’électeur de Wurtemberg ont reçu l’ordre de rétrograder de Linz sur Stuttgart ; Celles de l’électeur de Bade, de rétrograder de Braunau et d’Augsbourg sur Bade. Les troupes bataves du corps du général Marmont ont l’ordre de se mettre en marche dimanche, 8 nivôse, pour se rendre en Hollande, prenant le chemin de la rive droite du Danube et passant par Ingolstadt et Mayence ; cependant, avant de continuer leur route, elles attendront de nouveaux ordres à Ingolstadt. Conformément aux articles séparés du traité, l’empereur d’Allemagne doit faire verser huit millions en argent au moment de la ratification du traité. Avant que les troupes françaises évacuent Presbourg, vous vous assurerez que cette somme est versée, et aussitôt vous la ferez mettre en route et conduire, sous bonne escorte, à Paris, pour être versée dans la caisse d’amortissement ; si ladite somme est payée en traites, le sieur la Bouillerie l’adressera également au sieur Mollien. Il doit aussi être versé quarante millions, en bons ou en lettres de change acceptées sur les places désignées dans les articles séparés, et payables aux époques déterminées. Vous n’évacuerez Vienne que quand vous vous serez assuré que les dispositions ci-dessus sont exécutées et les traites remises au sieur la Bouillerie, receveur général. On n’évacuera Gratz que quand on saura que Venise est occupée par les troupes françaises, à l’époque déterminée par le traité ; le reste sera évacué jour par jour, comme il est stipulé audit traité. On commencera à évacuer sur-le-champ, le plus possible, les blessés qui sont à Brünn et ceux qui sont à Vienne ; on se servira, pour cette évacuation, des caissons de la compagnie Breidt. Il sera expédié des ordres an général Marmont pour se rendre en Italie avec ses deux divisions françaises, et il prendra possession du Frioul et de la ligne de l’Isonzo. La division aux ordres du général Dupont suivra immédiatement le mouvement des troupes bataves par la rive droite du Danube ; mais, arrivée à Braunau, elle prendra la route de Munich. Les grenadiers de la division Oudinot, à l’exception des bataillons des 9e, 13e et 81e de ligne, rentreront sous les ordres du maréchal Mortier ; à cet effet, ils partiront de Vienne et prendront la route de Stockerau, Freystadt et Linz, où ils passeront le Danube et feront l’arrière-garde du maréchal Mortier. La division de cuirassiers du général d’Hautpoul et celle de dragons du général Klein suivront le mouvement de la division de grenadiers. Ces divisions de cavalerie marcheront à petites journées et prendront leurs cantonnements sur la ligne de défense de l’Enns, pour y attendre et y laisser expirer le temps de l’évacuation, de manière à ce qu’elles aient quinze à vingt jours de repos dans ces cantonnements. La ville de Linz ne sera évacuée que lorsqu’on saura que l’Istrie et la Dalmatie ont été mises en notre pouvoir. Le corps d’armée du maréchal Davout quittera Presbourg à l’époque déterminée, et suivra sa route par la rive droite du Danube jusque derrière l’Enns. La division du général Caffarelli rentrera sous les ordres du maréchal Davout ; mais, pour éviter qu’elle passe à Vienne, elle marchera directement sur Krems et traversera le Danube pour rejoindre le maréchal Davout. L’état-major général de l’armée partira trois jours avant le corps du maréchal Soult. Le général Nansouty se mettra en route pour prendre position derrière l’Enns, et se placera de manière à ne pas gêner le passage. Le corps du maréchal Soult formera l’arrière-garde de toutes les troupes qui suivent la rive droite du Danube, et il évacuera Vienne au terme fixé par le traité, si les conditions sont remplies. La brigade du général Milhaud se réunira à la cavalerie du maréchal Soult. On se servira de tous les chevaux d’artillerie et de transport pour les évacuations successives. La division du général Gazan évacuera par la route de la rive gauche du Danube, celle qui suit le plus près la rivière, sur Linz. Les deux divisions françaises du maréchal Bernadotte évacueront Linz par la rive gauche, et pourront être placées entre les débouchés de l’Inn et de l’Enns, au moment où le maréchal Mortier occupera les cercles de l’Autriche sur la rive gauche du Danube. La division de dragons du général Beaumont et celle du général Walther évacueront par la route de la rive gauche qui passe par lglau. Le maréchal Mortier, avec sa division, formera l’arrière-garde de tout ce qui passe par les deux routes de la rive gauche. On aura soin que les troupes qui marcheront par la rive gauche soient toujours une marche en avant par rapport au corps du maréchal Soult qui marche par la rive droite. Lorsque les troupes tiendront la ligne de l’Enns, on aura soin de tenir aussi sur la rive gauche toutes les provinces de l’Autriche que l’on n’est pas obligé d’évacuer. Lorsqu’on sera assuré que la Dalmatie et l’Istrie sont évacuées par les Autrichiens, on évacuera la ligne de l’Enns, pour prendre celle du Lech, où l’armée recevra des ordres pour l’évacuation ultérieure, ce qui dépendra des circonstances où se trouvera alors l’Europe. On ne mettra les électeurs de Bavière et de Wurtemberg en possession des pays qui leur reviennent par le traité, que lorsque les contributions frappées sur ces pays auront été acquittées, soit en argent, soit en lettres de change, sans excepter les pays que doit occuper, l’électeur de Bade dans le Prisgau et dans l’Ortenau ; il n’en sera mis en possession que par un ordre particulier de l’Empereur. Le 8e corps, aux ordres du maréchal Masséna, recevra l’ordre de retourner en Italie. Il mettra en marche tous ses dragons pour rejoindre l’armée de Naples, ainsi qu’une de ses trois divisions d’infanterie à son choix ; immédiatement après, le maréchal Masséna se rendra à l’armée de Naples, dont il prendra le commandement. Le général de brigade Mortier, à la tête des 9e, 13e, et 8e bataillons de grenadiers, partira dimanche, 8 nivôse, pour se rendre en Italie par Gratz. La division de cuirassiers aux ordres du général Pully prendra position du côté de Trévise et de Padoue. Toutes les autres troupes du corps d’armée du maréchal Masséna rentreront en Italie aux ordres du prince Eugène. Toute la cavalerie française et italienne qui se trouve devant Venise, avec le général Partouneaux, deux régiments d’infanterie les plus forts, et la plus grande partie de l’artillerie de campagne, se mettront en marche pour renforcer l’armée de Naples. Le général Molitor, avec trois régiments de sa division, prendra possession de la Dalmatie. Le général Duhesme, avec trois régiments de sa division, prendra possession de l’Istrie. Comme ces divisions ont quatre régiments, les deux régiments qui resteront se rendront à Venise, aux ordres du général Miollis, qui prendra possession de cette ville. Toutes les troupes en Dalmatie, en Istrie, dans le pays de Venise et en Italie, seront sous les ordres du prince Eugène. Dans tous les cas imprévus, le général Lauriston, commissaire pour prendre possession des nouveaux pays cédés en Italie, demandera les ordres du prince Eugène pour les arrangements avec l’Autriche. L’intendant général de l’armée donnera des ordres pour assurer les subsistances sur toutes les lignes d’étapes, en raison de la quantité de troupes qui doit y passer, et il lui sera remis les états nécessaires. Aussitôt après le départ de l’Empereur, le général Andréossy sera envoyé à Holics, afin de connaître le commissaire de l’empereur d’Allemagne qui doit traiter de tous les objets. M. Talleyrand ne doit pas quitter Presbourg que ce commissaire ne soit nommé. L’intendant général de l’armée, le général Songis, le général Marescot, ne quitteront Vienne qu’avec l’état-major général. Le général Dumas sera envoyé en Dalmatie ; il fera la reconnaissance de ce pays. Le général Marescot sera envoyé à Venise, pour connaître la place et les moyens de défense. Enfin le secrétaire d’État vous expédiera des pleins pouvoirs pour traiter de toutes les évacuations. Le traité, les articles particuliers, vous seront remis. Vous communiquerez les dispositions du traité en ce qui concernera les diverses administrations de l’armée, mais vous tiendrez secrets les articles particuliers. Le maréchal Ney évacuera sur Salzburg, et se nourrira dans cet électorat, tout le temps que l’armée mettra à passer l’Enns. La division du général Dupont forme une avant-garde isolée, qui se rend sur-le-champ à Munich. Le maréchal Davout forme la première ligne d’évacuation sur l’Enns, et le maréchal Soult forme la seconde ligne. Le maréchal Bernadotte, avec ses divisions françaises, forme la première ligne d’évacuation sur la rive gauche ; le maréchal Mortier forme la seconde sur la même rive. Si le maréchal Ney ne reçoit pas l’ordre de se diriger sur l’Italie, il évacuera sur Kufstein, sans passer ni à Munich ni à Augsbourg. Quant au second mouvement d’évacuation, les maréchaux Davout et Soult passeront à Munich et à Augsbourg. Le maréchal Bernadotte et le maréchal Mortier passeront à Ingolstadt, Neuburg, Rain et Donauwœrth. Quant au troisième mouvement, cela dépendra de la direction définitive que l’on donnera aux troupes. Le général Marmont et le maréchal Masséna rentrent en Italie. Le général Lauriston est commissaire pour prendre possession de l’Istrie et de la Dalmatie, conformément à l’article 23 du traité. Le général Andréossy est commissaire pour traiter avec les généraux autrichiens de tout ce qui est relatif à l’évacuation de l’Allemagne. S. A. S. le prince Eugène est lieutenant de l’Empereur, commandant en chef l’armée d’Italie. S. A. I. le prince Joseph est lieutenant de l’Empereur, commandant en chef l’armée de Naples. Vous m’enverrez tous les jours un courrier, et vous recevrez également tous les jours mes ordres. On a donné l’ordre au général Marmont qu’avec ses deux divisions françaises il prenne possession du Frioul et de la ligne de l’Isonzo, en attendant de nouveaux ordres ; mais, avant de s’y rendre, lui ordonner d’occuper le comté de Goritz, Trieste et la Carniole, jusqu’à ce que la division française qui doit occuper la Dalmatie et l’Istrie en soit en possession. Par le traité de paix, les Autrichiens ont deux mois pour rendre la Dalmatie et l’Istrie ; mais le moyen d’avoir ces deux provinces tout de suite, ce serait d’occuper Goritz, Trieste et la Carniole avec beaucoup de troupes, pendant les deux mois que nous avons pour évacuer cette partie, en disant aux Autrichiens que nous évacuerions sur-le-champ ces pays qui leur tiennent tant à cœur, parce que cela gêne leur commerce, au moment où eux-mêmes évacueraient la Dalmatie et l’Istrie. NAPOLÉON Dépôt de la guerre
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