| Institut de Stratégie Comparée, Commission Française d'Histoire Militaire, Institut d'Histoire des Conflits Contemporains |
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Correspondance
militaire Extraite
de la correspondance générale par
ordre du ministère de la guerre Tome troisième Paris - 1876
517.
Ordres et recommandations pour envoyer secrètement des chevaux en Italie Paris,
11 nivôse an XIII (1er janvier 1805)
Mon Cousin, les 500 chevaux que vous avez envoyés en Italie seront précomptés sur les 1 200 que je veux y envoyer. Faites partir les 232 qui restent au cantonnement de Saintes, ce qui fera 700, et faites-en partir 500 de Paris de ceux de ma Garde. Mettez le plus grand ordre dans ces envois. Faites marcher les chevaux à très-petites journées et donnez-leur de fréquents repos. Rien n’est pressé. C’est une mesure de prudence pour n’être point obligé de faire des mouvements précipités. Quant aux 162 qui sont à Turin, laissez-les-y ; il sera à temps de les envoyer où l’on voudra. Concertez-vous avec le vice-président Melzi et le ministre Marescalchi sur les mesures à prendre pour ramasser les 1 300 chevaux qui sont en Italie, car l’artillerie est toujours ce qui retarde la formation des armées. Mettez de la prudence et de la lenteur dans ces mouvements, afin de ne point porter d’alarmes, et que les chevaux et leurs harnais ne soient point fatigués. Les hommes de la Garde qui iront à Milan avec les chevaux y resteront jusqu’à nouvel ordre. Recommandez que ces chevaux soient tenus en bon état, qu’ils ne soient point fatigués et point éparpillés. Je vous recommande encore une fois beaucoup d’ordre et de lenteur dans leur marche. NAPOLÉON Archives de l’Empire
Paris,
5 pluviôse an XIII (25 janvier 1805)
Mon Cousin, mon intention est que le maréchal Jourdan réunisse à Vérone les 1er, 10e, 52e et 101e régiments de ligne, et les 3e, et 15e régiments de chasseurs, avec douze pièces d’artillerie attelées, sous les ordres du général de division Gardanne et de deux généraux, de brigade ; qu’il mette à Legnago un des deux bataillons suisses qui sont à Forli, pour former le fonds de la garnison de cette place, sans que le commandant puisse distraire aucun homme du service habituel de la place, et que l’autre bataillon soit mis à Ferrare pour le même objet ; que le général Gardanne tienne réunies, le plus possible, ses forces à Vérone et villages environnants, pouvant cependant s’étendre à Villefranche, Peschiera et Bussolengo ; qu’il tienne quelques détachements de cavalerie aux principales communications de l’Adige jusqu’au canal Blanc ; que le 2e de hussards italiens, également sous les ordres du général Gardanne, se cantonne à Rovigo et fournisse des détachements depuis le canal Blanc jusqu’à la mer. Vous ferez connaître au maréchal Jourdan que, pour aujourd’hui, ces dispositions me paraissent suffisantes, jointes à l’armement que j’ai ordonné des places et à un premier approvisionnement. Cette division du général Gardanne portera le titre de contre-cordon. Ce général doit d’ailleurs se comporter avec la plus grande urbanité, ne témoigner aucune méfiance et ne pas laisser penser que cela vienne du Gouvernement ; il se bornera à dire, dans la conversation, que ce sont de simples mesures de précaution qui cesseront dès que le cordon autrichien sera dissous. Vous lui recommanderez de porter par-dessus tout la plus grande attention sur Legnago, et de faire mettre sur-le-champ, par le directeur du génie, cette place à l’abri d’un coup de main. Vous ferez connaître au maréchal Jourdan que je n’ai aucune vue hostile, que je ne veux pas faire la guerre à l’Empereur, et que je ne pense pas qu’il veuille me la faire ; que j’ai lieu d’être tranquille ; mais que, voyant un mouvement de troupes extraordinaire, il ne serait rien moins que convenable que les places se trouvassent toutes exposées ; au lieu que, moyennant ces premières dispositions, Legnago, Peschiera et Mantoue se trouveront suffisamment garnies. Faites-vous rendre compte de la situation de ces places. C’est surtout contre Legnago qu’on doit maintenir la plus grande police ; elle est en état de siège, et, étant sur le cordon, elle pourrait être surprise tous les matins. Donnez ordre au 22e régiment d’infanterie légère de se rendre à Novare, ainsi qu’au 9e de ligne et au 15e d’infanterie légère. Ces régiments emmèneront avec eux leurs compagnies d’élite et passeront par le Simplon. Faites-les marcher à très-petites journées, en augmentant les repos prescrits par l’ordonnance, et dirigez leur route, autant que possible, hors du pays où ils se sont recrutés, en prenant toutes les mesures pour empêcher la désertion. Donnez ordre à la compagnie d’artillerie légère italienne, qui est en France, de retourner en Italie. NAPOLÉON Archives de l’Empire
Paris,
5 pluviôse an XIII (25 janvier 1805)
Mon Cousin, vous donnerez ordre au 4e bataillon bis du train, qui est à Cambrai, et au 8e bataillon de se rendre à la Fère. Là, le 8e bataillon remettra tous ses chevaux, au nombre de 750, au bataillon n° 4 bis. Vous ferez compléter ce bataillon à 900 par les chevaux d’artillerie qui sont à mon service et que le grand écuyer fera remettre. Vous préposerez un officier pour veiller à ce que la remise s’en fasse dans le plus grand ordre et que les matricules et procès-verbaux soient en règle. Vous dirigerez alors ce bataillon n° 4 bis sur Turin à très-petites journées, et vous lui marquerez de fréquents séjours. Le bataillon n° 4 est à Turin et a 150 chevaux. Mon intention est de le porter à 1 000. À cet effet, les 490 chevaux de ma Garde partis le 22 nivôse de Paris seront réunis à Turin au bataillon n° 4, et, immédiatement après, les hommes opéreront leur retour sur Paris. Vous ferez partir un détachement du train de ma Garde avec 200 chevaux pour Turin. Les hommes reviendront à Paris après avoir fait la remise de leurs chevaux. Vous me proposerez un mouvement de 150 chevaux tirés des 11e, 12e ou 13e divisions militaires pour compléter le nombre de 1 000 que ce bataillon peut servir. Les deux bataillons n° 6 sont en Italie. Le bataillon principal est dans le royaume de Naples ; il n’a que 530 chevaux : mon intention est qu’il soit porté à 800. À cet effet, vous autoriserez le conseil d’administration, sous la surveillance du directeur du parc d’artillerie de l’armée française dans le royaume de Naples, à acheter 300 chevaux ou gros mulets de trait et à y affecter le produit de la vente des chevaux de la République italienne. Vous établirez pour cet effet une masse. En ne donnant à ce bataillon que 800 chevaux, quoiqu’il ait 600 hommes, j’ai égard à la circonstance et à la facilité qu’on aurait en cas de guerre à lever des chevaux, et a ce qu’on ne manquerait point d’en prendre au train napolitain. Le bataillon n° 6 bis est à Plaisance ; il n’a que 150 chevaux ; les 400 chevaux partis de Saintes le 5 nivôse y seront réunis, ainsi que les 232 partis le 26 nivôse, ce qui le complétera à près de 800 hommes. Ces dispositions une fois exécutées, j’aurai donc au-delà des Alpes quatre bataillons du train formant 2 400 hommes et ayant 3 500 chevaux harnachés et pour le service uniquement du train d’artillerie. Il vous restera à me faire connaître ce qu’il manque au complet de ces bataillons du train, quelles mesures il faut prendre pour les compléter, et enfin combien ils peuvent encore servir de chevaux. Vous vous assurerez aussi que les harnais et tout ce qui est nécessaire soient dans le meilleur état. Vous donnerez ordre qu’à mesure que ces chevaux arriveront dans la 27e division militaire, ils soient placés dans des villes où ils soient-bien tenus, bien nourris, et où ils ne fassent d’autre service que les mouvements d’artillerie locaux. Faites-moi connaître par un rapport particulier s’ils sont de bonne qualité, et si l’on peut compter généralement sur un bon service. Faites-moi également connaître le temps qu’il faudrait pour organiser un bon équipage de campagne en Italie, lorsque ces chevaux y seront arrivés, et les mesures qu’il y aurait à prendre pour sa réparation. Enfin, j’ai besoin de connaître la situation des salles d’armes de la République italienne et de la 27e division militaire. Faites aussi vérifier l’état des magasins d’habillement en vestes et en culottes, ou du moins en draps propres à les confectionner, qui doivent être établis dans la 27e division militaire. Les charrois d’artillerie, ceux des vivres et des ambulances ont aussi leur importance et retardent souvent la formation des armées : faites-moi connaître le nombre des caissons de vivres qui se trouvent dans la 27e division militaire ; combien il en existait à la paix en l’an IX, et, si le service se continuait par les charrois du pays, combien il en faudrait pour une armée de 60 000 hommes ; et enfin quelles mesures à prendre pour se procurer des attelages. Donnez ordre au colonel du 2e régiment d’artillerie à pied de rejoindre son corps. NAPOLÉON Dépôt de la guerre (En minute aux Arch. de l’Emp.)
520. La
Malmaison, 4 ventôse an XIII (23 février 1805)
Mon Cousin, mon intention est que désormais vous me présentiez votre travail le dernier mercredi de chaque mois. À chaque nomination, on me fera connaître les emplois vacants. On ne proposera au grade de chef d’escadron ou de bataillon aucun sujet qui n’ait huit ans de service comme officier et ne soit capitaine depuis l’an VIII. On ne proposera pour capitaine que des officiers ayant au moins huit ans de service et quatre ans de grade de lieutenant. Nul ne sera proposé pour lieutenant s’il n’a quatre ans de grade de sous-lieutenant à dater du moment de son arrivée au corps. Aucun sergent ou maréchal des logis ne pourra être présenté pour sous-lieutenant s’il n’a six ans de service et quatre ans de grade, à moins qu’il ne sorte de l’école militaire de Fontainebleau ou du prytanée de Saint-Cyr. Les nominations d’officiers généraux et de colonels n’auront lieu que deux fois par an, le dernier mercredi de ventôse et le dernier mercredi de fructidor. On me fera connaître les services des officiers présentés. On aura soin que les officiers de la ligne n’éprouvent point de passe-droit, et ces propositions me seront faites, non sur des demandes particulières, mais sur les services comparés de chacun. Aucun aide de camp du grade de lieutenant ne pourra obtenir d’avancement s’il n’a fait, pendant deux ans, le service de son grade dans un régiment. Quand un officier sera proposé pour le grade de major ou de colonel, il ne recevra son brevet qu’après m’avoir été présenté et avoir commandé les manœuvres à la parade. Vous tiendrez strictement la main à l’exécution de ces dispositions. NAPOLÉON Archives de l’Empire
521. Saint-Cloud,
18 ventôse au XIII (9 mars 1805)
Je vous prie de me faire faire un état de la situation de l’armée. La première colonne contiendra les régiments par armées et divisions militaires ; La deuxième colonne, le nombre d’hommes qu’ils avaient présents sous les armes à la dernière revue, que je suppose être celle de pluviôse ; La troisième, le nombre d’hommes aux hôpitaux, en congé, et compris dans l’effectif ; La quatrième, le nombre d’hommes qui leur est accordé par la conscription de l’an XIII ; La cinquième le nombre d’hommes qui leur est accordé sur les levées demandées des réserves de l’an XI et de l’an XII ; La sixième, le nombre d’hommes qu’il faudrait pour porter tous les bataillons au grand complet de paix, et pour compléter les corps composant les trois camps de Saint-Omer, Bruges et Montreuil, à 2,400 hommes ; La septième, le nombre des hommes détachés aux colonies ; on fera connaître si ces détachements se sont faits par piquets ou par compagnies : si c’est par compagnies, on nommera le bataillon ; si c’est par piquets, le nombre d’officiers et soldats. NAPOLÉON Archives de l’Empire
La
Malmaison, 23 ventôse an XIII (14 mars 1805)
La répartition du fonds des ponts et chaussées, pour l’an XIII, n’est pas conforme aux intentions de Sa Majesté. Les 6 550 000 francs accordés pour les routes sur les fonds du trésor public sont très-insuffisants. Le temps viendra où Sa Majesté pourra accorder annuellement vingt millions d’extraordinaire. Le sacrifice de 6 550 000 francs, fait cette année, n’est pas destiné à des réparations à faire à toutes les communications, mais à rendre meilleures celles des routes qu’on peut considérer comme les grandes artères de l’Empire. Dans
la situation présente, les trois routes qui intéressent par-dessus tout
l’Empereur sont : 1) Celle de Paris à Brest ; 2 Celle de Paris à Cherbourg par le Havre et Honfleur ; 3) Celle de Paris à Boulogne. Il
convient de dépenser à ces trois routes tout l’argent nécessaire pour
qu’elles ne laissent rien désirer. Les
routes d’un intérêt de second ordre, où Sa Majesté désire qu’on
emploie également une partie des fonds accordés, sont : 1) Celle de Paris à Plaisance par Lyon, Turin et Alexandrie ; 2) Celle d’Avignon à Toulon par Aix, et celle de Toulon à Marseille ; 3) Celle de Paris en Espagne par Bordeaux. Les
routes qui intéressent Sa Majesté en troisième ordre, et où il convient
aussi d’employer une portion des fonds, sont : 1) Celle de Paris à Strasbourg ; 2° Celle de Paris à Cologne par Bruxelles, Liège et Aix-la-Chapelle. L’Empereur
désire qu’on lui présente une répartition des 6 550 000
francs, telle que les cinq-sixièmes de cette somme se trouvent employés à
ces diverses routes, à moins qu’on ne juge que ces fonds ne soient pas nécessaires. Quant
aux communications de l’armée d’Angleterre, l’Empereur désire savoir
ce qu’on se propose de dépenser pour celles qu’il considère comme les
plus importantes, et qui sont : 1) Celle de Boulogne à Dunkerque par Calais ; 2) Celle de Boulogne à Étaples par la ligne la plus courte ; 3) Celle de Boulogne à Saint-Omer ; 4) Celle de Wimereux à la grande route ; 5 )Celle d’Ambleteuse à la grande route. Son
intention est que, sur le fonds de 6 550 000 fr., on n’emploie
au département du Golo que 20 000 fr., et à celui du Liamone que 80 000.
Il ne faut pas faire, dans ces deux départements, de grands ponts, mais seulement des ponts de bois. L’argent qu’on emploirait à des ouvrages d’art, au milieu des montagnes et d’un pays pauvre, serait de l’argent de perdu. L’Empereur désire que la route du Simplon soit terminée cette année, et qu’on ajoute, en conséquence, 200 000 francs au million proposé, en comprenant dans les travaux la route de Meillerie et celle du Valais. Le ministre de l’intérieur est invité à présenter un nouveau tableau, dans lequel ces modifications auront été faites. Il est convenable que, dans la colonne du service extraordinaire, on distingue les différents articles du budget qui composent la somme de 2 250 000 francs. Par ordre de l’Empereur Comm. par MM. de Champagny
523.
Observations sur des avancements trop rapides proposés par le ministre La
Malmaison, 30 ventôse an XIII (21 mars 1805)
Mon Cousin, je vois avec peine que l’on me propose, tous les jours, des avancements rapides pour des officiers d’état-major, des lieutenants qui ne le sont que de deux, trois, quatre ans, et l’on se croit ancien lorsqu’on date de l’an VII. Cependant il n’y a pas de régiment où il n’y ait huit capitaines de 1792 ayant des blessures et fait toutes les campagnes. J’en compte sept dans le 1er régiment, dix dans le 2e, huit dans le 3e, quatorze dans le 4e, quatorze dans le 5e, quinze dans le 6e, six dans le 7e, quatre dans le 8e, dix dans le 9e, neuf dans le 10e, treize dans le 11e, six dans le 12e, quatre dans le 13e, et ainsi de suite. Mon intention est que vous me remettiez un état de tous les officiers qui ont été faits capitaines pendant l’an XIII et avant, un même état des lieutenants et sous-lieutenants, avec la note de leurs services, s’ils ont fait la guerre dans leur corps sans interruption, avec des notes sur chacun d’eux, et que vous ne me proposiez aucun officier pour être chef de bataillon que la liste de ceux qui sont sur cet état ne soit épuisée. NAPOLÉON Archives de l’Empire
524. La
Malmaison, 1er germinal an XIII (22 mars 1805)
J’ai lu avec attention les bases que vous présentez pour la nouvelle organisation de l’armée. Je vois avec peine que cela présente une augmentation de sept millions. Il est vrai que cela me donnera une augmentation de 30 000 hommes. Je désire que vous me représentiez les mêmes bases en ôtant le deuxième sous-lieutenant, lequel ne sera nommé qu’en temps de guerre ; et, effectivement, ce n’est qu’en temps de guerre que la compagnie, étant à 160 hommes, exige ce quatrième officier. Au lien de deux vélites par compagnie, nombre que les prytanées ne pourraient fournir, vous ne mettrez qu’un vélite. Ces deux retranchements devront former une économie de quatre millions, ce qui ne ferait plus que trois millions en sus pour avoir 30 000 hommes de plus. Il faudrait ajouter à ces renseignements l’économie. La compagnie étant de 100 sous-officiers ou soldats au pied de paix, il deviendrait possible d’avoir en semestre, neuf mois de l’année, 40 hommes, le tiers de tous les grades par compagnie, et, au lieu de 104 hommes, n’en avoir pendant neuf mois que 70 ; tandis que, dans la situation actuelle, la compagnie n’étant au pied de paix que de 70 hommes, il est difficile d’accorder des semestres, et cela n’est possible qu’à un huitième ou au plus à un sixième du corps. Il faut donc faire entrer ces avantages du nouveau système de n’avoir, en tout, la compagnie qu’à 70 hommes pendant neuf mois. NAPOLÉON Archives de l’Empire
525.
Observations sur la taille des hommes La
Malmaison, 1er germinal an XIII (22 mars 1805)
Mon Cousin, il ne doit y avoir une taille particulière que pour être admis dans l’artillerie, les carabiniers, les cuirassiers et la Garde. On ne peut exiger, dans les autres corps, que la taille de la conscription. Pour les hussards, les chasseurs et les dragons, la taille est indifférente si les hommes sont bien formés. Dans la lettre que vous écrirez à ce sujet aux généraux, aux colonels généraux, aux commandants des divisions de ces armes, vous ferez sentir l’impossibilité qu’il y aurait de recruter si on tenait à la taille, vu la nécessité d’accorder une taille supérieure à l’artillerie, aux carabiniers, aux cuirassiers et à la Garde. NAPOLÉON Archives de l’Empire
La
Malmaison, 2 germinal an XIII (23 mars 1805)
Monsieur Lacuée, Conseiller d’État, je voudrais enfin m’occuper de l’organisation de l’École polytechnique. Vous m’avez présenté plusieurs projets séparés ; je désire que vous me remettiez un projet qui offre l’ensemble de l’administration. Il convient de distinguer en deux titres séparés ce qui regarde, 1° le logement des élèves, 2° leurs pensions. Mon intention n’est pas que la dépense soit payée par deux ministères différents. L’école sera considérée comme école spéciale de mathématiques, et payée par l’intérieur. La guerre a bien assez de ses dépenses. Vous vous rappellerez que mon désir est que cet établissement coûte peu. Il est dangereux pour des personnes qui n’ont pas de fortune de leur donner des connaissances en mathématiques trop étendues. Quant aux sujets ayant de grandes dispositions et peu de fortune, il sera facile, de les placer au moyen de vingt ou trente bourses qui seront créées à cet effet ; mais les pensions des autres élèves doivent être payées par les parents. Une dépense de 500 000 francs ne peut pas être maintenue. Il est bien entendu que ces dispositions ne s’appliqueront point aux jeunes gens qui sont à présent à l’école. L’organisation en bataillon et le conseil d’administration peuvent être établis à l’instar de l’école de Fontainebleau. L’école spéciale de mathématiques ou École polytechnique est destinée à réunir deux ou trois cents élèves. Les ponts et chaussées, les ingénieurs géographes, les ingénieurs de la marine, l’artillerie et le génie, ne peuvent recevoir deux cents jeunes gens par an : il faut donc qu’une partie de ces élèves puisse entrer dans l’armée ; mais comment y entreront-ils, avec quel grade ? Cela doit aussi être réglé. Je regrette de voir un aussi grand nombre de jeunes gens de cet âge réunis à Paris ; je sens les inconvénients qu’il y aurait à les éloigner trop ; mais, si on pouvait les placer à deux ou trois lieues, il en résulterait un grand avantage. J’ai peine à croire qu’il n’y ait pas à cette distance, aux environs de Paris, des séminaires ou d’autres bâtiments propres à ce service. Ne pourrait-on pas, par exemple, placer l’école au château de Saint-Germain ? Son éloignement ne serait pas assez grand pour que quelques bons professeurs ne pussent pas s’y rendre. Si cependant il faut absolument laisser l’école à Paris, de tous les quartiers celui que je préfère, c’est le quartier latin, et celui pour lequel j’ai le plus de répugnance c’est le quartier où elle est actuellement. NAPOLÉON Archives de l’Empire
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