| Institut de Stratégie Comparée, Commission Française d'Histoire Militaire, Institut d'Histoire des Conflits Contemporains |
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Correspondance
militaire Extraite
de la correspondance générale par
ordre du ministère de la guerre Tome troisième Paris - 1876
537. Saint-Cloud, 12 thermidor an XIII (31 juillet 1805)Mon intention est qu’un polygone soit établi à Fontainebleau. On choisira, à cet effet, une allée de la forêt où l’on puisse établir une butte à 240 toises. Il y aura à cette batterie une pièce de 6 et une pièce de 12 sur affût de campagne, un obusier, une pièce de 12 sur affût de côte, une pièce de 12 sur affût de place, une pièce de 24 sur affût de siège, deux mortiers, l’un de 8 pouces, l’autre de 12. La batterie, les plates-formes, la butte, tout sera construit par les élèves et sera établi avant le 1er vendémiaire. Mon intention est que chaque élève aille au polygone trente fois au moins par an, et tire lui-même de boulets et des bombes. Le directeur demande un professeur de fortification de plus ; je ne vois pas qu’il y ait d’inconvénient à le lui accorder. Il faut qu’au 1er vendémiaire il y ait dans la caserne de la place pour 600 élèves ; s’il est nécessaire de déplacer quelqu’un, il me paraîtrait convenable que ce fussent les professeurs, qui peuvent loger en ville. Je désire même qu’on puisse porter l’école à son complément primitif, c’est-à-dire à 1 200 élèves. Il est nécessaire qu’indépendamment de l’école de bataillon on donne aux élèves l’instruction pour les évolutions de ligne. Il est aussi indispensable d’établir, le plus tôt possible, un manége. Recommandez qu’on soit plus sévère sur le port d’armes, qui ne m’a pas paru assez exact ; le pas accéléré m’a paru vicieux ; ce vice a été acquis de la Garde ; le but n’est pas de changer la mesure, mais d’aller plus vite, pour faire plus de chemin ; il est manqué dans l’instruction actuelle. Je donne une nouvelle organisation au prytanée de Saint-Cyr ; j’ai besoin d’un officier ayant été colonel, pour lui donner dans cette école le même commandement que le général Bellavène à Fontainebleau. J’ai besoin aussi d’un chef de bataillon et de deux capitaines d’infanterie, et d’un sergent d’artillerie. Proposez-les-moi parmi ceux que je crois avoir réformés à Fontainebleau. Mon intention est de faire du prytanée militaire un élément de Fontainebleau ; il doit à l’avenir exister sur le même pied. Ne voulant plus, aussitôt que cela sera possible, tirer les sous-lieutenants à ma nomination que de ces écoles, il me faut 600 jeunes gens par an. Or, les cours étant de quatre ans, et, avec les exceptions, de trois, le nombre des élèves doit être de 1,800. Fontainebleau ne pourra jamais m’offrir beaucoup au-delà de la moitié. NAPOLÉON Archives de l’Empire
538. Camp
de Boulogne, 17 thermidor an
XIII (5 août 1805)
On se loue davantage à l’armée de la conscription de cette année, quoique l’on trouve encore qu’il y a des hommes à réformer. Je crois qu’il faut envoyer les majors et le premier chirurgien du corps, si absolument il faut des chirurgiens. Les corps n’ont rien perçu des amendes ; quand je dis rien, c’est pas un sou. Le trésor n’a rien perçu non plus. Il paraît que c’est une des raisons qui autorisent la désertion. Il faudrait prendre quelques mesures pour organiser cette perception. La somme de 1 500 francs est une somme déterminée ; cela est peu pour les riches, et beaucoup pour les pauvres : en général, on pense que, si cette amende était perçue, elle écraserait la nation ; d’où il suit qu’elle est arbitraire et qu’elle ne se perçoit pas du tout. Cherchez donc quelque moyen pour que les déserteurs condamnés au corps payent une amende raisonnable et proportionnée à leur fortune. Il faudrait aussi trouver moyen d’organiser cette perception de manière qu’elle ait constamment lieu. L’enregistrement n’y fait rien. La plus funeste des désertions est celle qui se fait lorsque les individus sont reçus au corps. C’est celle-là qui fait le plus de mal à l’armée. Aussi les corps sont bien loin d’avoir le nombre d’hommes que supposeraient les états du ministre. Je désire que vous preniez des notions sur la manière dont la conscription de l’an XIII, ainsi que l’appel des réserves, se sont exécutés, et que vous me fassiez connaître les départements qui ont été le plus en retard. Faites aussi compulser la correspondance au ministère de la guerre, et faites la recherche des corps où il y a en le plus de déserteurs depuis le 1er vendémiaire an XII. La faute en est aux préfets et à la gendarmerie. Le 21e et le 33e de ligne, ce dernier se recrutant dans l’Eure, ont le plus de déserteurs ; et ce qui prouve que les préfets, quand ils le veulent, lèvent tous les obstacles, c’est que ceux du Pas-de-Calais et du Calvados, qui allaient mal, vont mieux depuis qu’ils ont compris que mon opinion de leur zèle et de leurs services dépendait du succès de la conscription. Je vous ai envoyé des états dans lesquels je suis parti des tableaux du ministre ; mais je crois qu’il faudrait partir de la revue au 1er messidor. Nous sommes au milieu de thermidor, et les inspecteurs aux revues doivent l’avoir. Il y a aussi des observations à faire pour ce qui regarde les hommes d’élite. Je ne sais quelle est la taille déterminée. Plusieurs départements n’ont pas fourni parce qu’ils n’avaient pas d’hommes de cette taille. Prévoyez cela dans votre règlement, afin qu’en ce cas on y supplée en prenant les meilleurs. Mettez un article pour que les dragons prennent des hommes de toute taille. Voyez à la guerre ce que devaient recevoir les cuirassiers, en l’an XIII, en hommes d’élite, et les départements qui n’ont pas fourni. Je ne voudrais pas, aussi, qu’il entrât au trésor public de l’argent provenant de la conscription. Je crois qu’il n’y entre pas 1 200 000 ou 1 300 000 fr. par an. Je voudrais plutôt que cet argent fût versé dans une caisse particulière pour dépenses de la conscription, telles que les frais de logement des officiers, les gratifications aux gendarmes, les frais de tournées des majors et des chirurgiens, etc. Je pense aussi qu’il est impossible qu’un ministre de la guerre suive une machine aussi compliquée. C’est un point très-important de notre organisation, et je voudrais créer une grande place sous le titre d’Inspecteur de la conscription. Cet inspecteur, n’ayant à s’occuper que de l’esprit et de la conduite des officiers, des préfets, des conseils d’administration, dont plusieurs ont passé pour avoir vendu des congés, saisirait tous les vices du système, et serait enfin la loi vivante de la conscription. Les lois mortes sont bien peu de chose ; je m’en aperçois tous les jours. Les objets sur lesquels je ne porte pas moi-même mon attention ne marchent pas ou marchent mal. Cet inspecteur serait ou un général ou un conseiller d’État ; il se trouverait dans les attributions du ministre de la guerre ; mais il aurait un receveur qui recueillerait tout l’argent de la conscription. On établirait, pour cet objet, un budget, et, si l’on pouvait pourvoir à tous les frais de la conscription, même à solder, en tout ou en partie, les officiers qui y sont employés, je les mettrais en sus des corps, car un si grand nombre de sous-officiers m’affaiblit l’armée. Enfin, je voudrais donner à cet inspecteur, sur son rapport au ministre, le droit de contrainte contre les chirurgiens, officiers de recrutement et citoyens embaucheurs ou autres dont les actions tendraient à gêner et entraver la loi de la conscription. Faites-moi aussi un projet de décret qui établisse une compagnie de voltigeurs dans chaque bataillon d’infanterie de ligne. Elle serait composée de petits hommes, armés de fusils de dragons, comme les voltigeurs de l’infanterie légère. Cela n’augmenterait pas les bataillons, car on supprimerait, une compagnie, comme on l’a fait pour l’infanterie légère. NAPOLÉON Archives de l’Empire
CAMPAGNE
DE 1805 - LETTRES ET ORDRES
Camp
de Boulogne, 5 fructidor au XIII (23 août 1805)
Monsieur Talleyrand, Ministre des relations extérieures, plus je réfléchis à la situation de l’Europe, plus je vois qu’il est urgent de prendre un parti décisif. Je n’ai, en réalité, rien à attendre de l’explication de l’Autriche. Elle répondra par de belles phrases et gagnera du temps, afin que je ne puisse rien faire cet hiver ; son traité de subsides et son acte de coalition seront signés cet hiver, sous le prétexte d’une neutralité armée ; et, en avril, je trouverai 100 000 Russes en Pologne, nourris par l’Angleterre, avec les équipages de chevaux, d’artillerie, etc., et 15 à 20 000 Anglais à Malte, et 15 000 Russes à Corfou. Je me trouverai alors dans une situation critique. Mon parti est pris. Mon escadre est sortie le 26 thermidor du Ferrol avec 34 vaisseaux ; elle n’avait pas d’ennemis en vue. Si elle suit ses instructions, se joint à l’escadre de Brest et entre dans la Manche, il est encore temps : je suis le maître de l’Angleterre. Si au contraire, mes amiraux hésitent, manœuvrent mal et ne remplissent pas leur but, je n’ai d’autre ressource que d’attendre l’hiver pour passer avec la flottille. L’opération est hasardeuse ; elle le serait davantage si, pressé par le temps, les événements politiques me mettaient dans l’obligation de passer d’ici au mois d’avril. Dans cet état de choses, je cours au plus pressé : je lève mes camps et je fais remplacer mes bataillons de guerre par mes 3e bataillons, ce qui m’offre toujours une armée assez redoutable à Boulogne ; et, au 1er vendémiaire, je me trouve avec 200 000 hommes en Allemagne et 25 000 hommes dans le royaume de Naples. Je marche sur Vienne, et ne pose les armes que je n’aie Naples et Venise, et augmenté tellement les États de l’électeur de Bavière que je n’aie plus rien à craindre de l’Autriche. L’Autriche sera pacifiée certainement, de cette manière, pendant l’hiver. Je ne reviens point à Paris que je n’aie touché barre. Dans cette situation des choses, j’ai cru devoir vous en informer, pour que vous me prépariez mon manifeste, qui consiste dans les pièces officielles sur les mouvements de l’Autriche, qui feront connaître l’impérieuse nécessité où je me suis trouvé d’agir, sous peine de commettre la plus grande faute militaire qu’on puisse commettre. Mon intention est que votre langage avec les ambassadeurs roule toujours dans ce sens, et que vous fassiez à mes différents ministres une circulaire rédigée dans le même esprit, dans laquelle vous imputerez à l’Autriche le commencement des hostilités. Vous prendrez pour texte l’embarquement de mon armée et de mes chevaux ; vous direz que c’est pendant ce temps que l’Autriche appelle des armées en Tyrol et en Italie. Je vous mets au fait de mes projets, afin que vous puissiez donner à votre département cette direction, non que vous deviez dire que je réponds à la guerre par la guerre ; mais que la guerre est de fait déclarée ; qu’actuellement, c’est un raccommodement qu’il faut ; que, si l’Autriche ne me répond pas, non par des paroles, mais en renvoyant ses troupes dans leurs garnisons de Hongrie et de Bohême, il ne me reste plus qu’à repousser la force par la force. Cependant, comme mon intention est de gagner quinze jours, mettez M. Otto dans la confidence ; prévenez-le que j’enverrai, sous peu de jours, un de mes aides de camp voir Passau, avec une lettre pour l’Électeur, où je lui dirai que, si l’Autriche n’évacue pas le Tyrol, je suis résolu à me mettre moi-même à la tête de mes forces, et que l’Allemagne verra plus de soldats qu’elle n’en a jamais vu ; que, cependant, l’électeur de Bavière reste tranquille. NAPOLÉON Archives des affaires étrangères (En minute aux Arch. de l’Emp.)
Camp
de Boulogne, 5 fructidor an XIII (23 août 1805)
Écrivez au maréchal Bernadotte que, ne sachant point où en veut venir l’Autriche avec tous les mouvements qu’elle fait, j’ai trouvé convenable qu’il réunisse à Gœttingen le 27e d’infanterie légère, les 95e, 8e et 94e de ligne, quatre régiments de chasseurs et de hussards, et vingt-quatre pièces attelées, avec double approvisionnement ; qu’il fasse venir toutes les troupes qu’il a à Osnabrück, où il suffit qu’il y ait 25 hommes de cavalerie ; que cela formera, un corps de 10 000 hommes, qu’il fera commander par un général de division et deux généraux de brigade, et qui, réuni à Gœttingen, se portera partout où il sera nécessaire ; qu’il fasse confectionner à Gœttingen 100 000 rations de biscuit, mais qu’il ne démasque pas encore ce mouvement ; qu’il gagne quatre jours, de manière qu’au premier courrier qu’il recevra il puisse, en trois jours, avoir tout son corps réuni à Gœttingen. Il recevra un courrier dans deux jours. NAPOLÉON Archives de l’Empire
Camp
de Boulogne, 5 fructidor an XIII (23 mai 1805)
Prévenez le général Marmont que mon escadre du Ferrol est partie, le 26 thermidor, du Ferrol ; que, si elle arrive, je fais l’expédition ; mais que si, par les vents contraires, ou le peu d’audace de mes amiraux, elle est retenue à Cadix, je l’ajourne à une autre année ; que, dans la situation actuelle où s’est placée l’Europe, je serai obligé de dissoudre les rassemblements de l’Autriche dans le Tyrol, avant de commencer mes opérations maritimes ; que mon intention est donc que, vingt-quatre heures après qu’il aura reçu un nouvel ordre, il puisse débarquer et se mettre en marche pour prendre ses cantonnements ; qu’il gagne plusieurs jours de marche, sans qu’on sache ce qu’il veut faire ; mais en fait dans le but de gagner Mayence, que je désire que, par le retour de mon courrier, il me fasse connaître comment il compte composer son corps, que je désire rester fort de 20 000 hommes, emmenant avec lui le plus d’attelages possible ; qu’il me communique également les dispositions qu’il fera pour le reste de ses troupes ; que la saison est trop avancée pour rien craindre des Anglais, et qu’au printemps il sera de retour ; qu’il suffit que les frontières soient gardées. Il est nécessaire qu’il garde sur cela un secret impénétrable, car, si le cas arrive, je veux me trouver dans le cœur de l’Allemagne avec 300 000 hommes, sans qu’on s’en doute. NAPOLÉON Archives de l’Empire
Camp
de Boulogne, 5 fructidor an XIII (23 août 1805)
Je donne ordre à un des régiments de dragons italiens de se rendre à Rimini avec quatre pièces d’artillerie légère. Je donne ordre au bataillon suisse qui se trouve à la Spezzia de se rendre à Pescara, pour être sous les ordres du général Reynier. Donnez l’ordre au 4e régiment de chasseurs de se rendre à Pescara. Prévenez le général Saint-Cyr, par un courrier extraordinaire, que l’Autriche arme à force, qu’il serait possible que l’Europe se brouillât ; qu’il serait possible aussi qu’il reçût, avant le 15 septembre, l’ordre de marcher sur Naples et de prendre possession de ce royaume. Instruisez-le qu’à cet effet deux régiments d’infanterie italienne, le bataillon suisse, deux régiments de cavalerie italienne et un régiment de cavalerie française, sont en marche pour renforcer son corps d’armée. Il faut qu’il devienne plus pacifique que jamais ; mais qu’en réalité il prenne toutes ses dispositions pour que, huit jours après qu’il en aura reçu l’ordre, il entre à Naples, désarme les troupes régulières du pays, lève des bataillons napolitains pour se renforcer, et qu’avec tous ces renforts son armée se trouve être de plus de 20 000 hommes. Ses forces sont suffisantes s’il masque bien ses mouvements et arrive le plus rapidement possible à Naples. Il a quatre régiments de cavalerie, et trois sont en marche, ce qui lui en fera sept. Avec l’artillerie qu’il a et celle qui est en marche, il formera des colonnes mobiles, avec lesquelles il pourra se porter rapidement partout. Écrivez au général commandant la 27e division de préparer tout ce qui est nécessaire pour l’armement des citadelles d’Alexandrie et de Gavi, et de vous en rendre compte. Comme il est possible qu’on ait promptement la guerre, il est nécessaire que Legnago, la Rocca d’Anfo soient sur-le-champ mis en état de défense. Écrivez directement au commandant de Mantoue pour connaître la situation de ses approvisionnements, et au maréchal Jourdan pour avoir l’état de situation des autres places d’Italie. Faites-lui connaître, en grande confidence et sous le secret, que, si l’Autriche ne désarme pas sur-le-champ et ne fait pas rentrer ses troupes dans leurs garnisons, je commence la guerre et marche d’abord sur Naples ; qu’il est donc nécessaire qu’avant le 1er vendémiaire Legnago, Peschiera et la Rocca d’Anfo soient dans le meilleur état de défense, et la citadelle de Ferrare tout à fait démantelée. Donnez-lui avis que toutes les troupes de la 27e et de la 28e division recevront à temps l’ordre de se former en divisions ; qu’on pense à lui envoyer des généraux capables de le seconder ; qu’il doit avoir à Legnago les outils nécessaires pour qu’au premier ordre de passer l’Adige, en cinq ou six jours la tête de pont de l’Adige soit relevée et dans le cas de se défendre. Recommandez-lui de bien faire reconnaître Vérone, du côté des Autrichiens, parce que mon intention est de m’emparer de Vérone et des murailles qui existaient, comme tête de pont, en rétablissant quelques flèches, comme je l’avais fait, et mettant du canon sur la citadelle, en forme de redoute. Cela n’est bon à rien comme place, mais c’est très-bon appuyé par une armée, et la possession de ces têtes de pont de Legnago et de Vérone est nécessaire pour être maître de l’Adige. Demandez au général Verdier l’état de la légion corse et ce qu’on peut en espérer. NAPOLÉON Archives de l’Empire
Camp
de Boulogne, 6 fructidor an XIII (23 août 1805)
Mon intention est que vous fassiez confectionner 500 000 rations de biscuit à Strasbourg, 200 000 à Mayence, et que cet approvisionnement soit prêt pour le 1er vendémiaire. Dans vos ordres, vous laisserez entendre que c’est pour servir de fonds d’approvisionnement de ces deux places. NAPOLÉON Archives de l’Empire
544. Camp
de Boulogne, 6 fructidor an XIII (24 août 1805)
Monsieur Duroc, vous partirez pour Berlin. Vous descendrez chez M. Laforest ; vous lui communiquerez vos pleins pouvoirs, qui lui sont communs avec vous, et le projet de traité qui a été rédigé à la hâte et qui est susceptible de beaucoup de modifications. Vous serez présenté au Roi ; vous lui remettrez ma lettre, et vous conclurez le plus promptement possible le projet d’alliance. Vous ne ferez point de difficulté de dire que la Bavière est menacée, et que plus de vingt-cinq régiments autrichiens sont dans le Tyrol, tandis que je n’ai personne en Suisse ; que, dans cette situation des choses, je n’ai pas un moment à perdre ; qu’il est nécessaire que, pendant qu’on négocie le traité, la Prusse fasse un mouvement sur la Bohême ou au moins une déclaration verte à l’Autriche. Mon intention n’est pas de laisser l’Autriche et la Russie se combiner avec l’Angleterre. Il faut que l’Autriche, pendant que je serai occupé contre l’Angleterre, ne fasse point sortir de troupes de ses garnisons et ne les approche point de mes frontières, mouvements que je ne puis regarder que comme des actes d’hostilité. Le traité pourra être divisé en deux : l’un patent, dans lequel seront les principales clauses ; l’autre dont les clauses seront secrètes. Je ne veux point qu’il soit question de Naples ; cela ne regarde point la Prusse. Je ne veux point garantir l’indépendance des républiques Batave et Helvétique. Je garantirai l’intégrité de la Hollande et l’exécution de l’acte de médiation de la Suisse. Je n’entends pas non plus m’engager à renoncer à ma couronne d’Italie ; cela en réalité n’intéresse point la Prusse. La Hollande l’intéresse comme étant voisine de ses États, et la Suisse comme touchant à l’Allemagne. Je ne m’oppose point à ce qu’on mette dans le traité secret que si, par suite de la guerre, les puissances continentales font des conquêtes en Allemagne, la France n’y conservera rien pour son compte. On pourra aussi mettre dans le traité secret que, si la guerre avait lieu et que je m’emparasse du royaume de Naples, ce pays ne serait pas réuni à l’Empire français. Quant à la situation de la Prusse, je n’entends pas qu’elle se mette en guerre avec l’Angleterre, elle n’y serait d’aucun secours. Je désire qu’elle parle vigoureusement à l’Autriche et même qu’elle l’inquiète par des mouvements de troupes en Silésie et sur la Bohême ; mais je ne prends point un vif intérêt à ce qu’elle se déclare contre l’Autriche. Mais tout cela ne peut se traiter qu’à Paris, près de moi, comme étant le principal moteur. Il faudra que le Roi m’envoie un de ses officiers qui ait du talent et sa confiance, pour en parler longuement avec moi. Ma conduite, dans cette circonstance, sera celle du grand Frédéric au commencement de sa première guerre. Vous ajouterez que j’aurais laissé l’Autriche tranquille, mais que je ne la laisserai pas faire paisiblement des préparatifs hostiles, et me faire passer un hiver pénible dans les angoisses et les inquiétudes d’une guerre imminente ; que j’ai encore trois mois ; que je ferai une guerre d’automne, à moins que les troupes ne rentrent dans leurs garnisons de paix. Ayant ainsi dispersé les rassemblements de l’Autriche avant le mois de janvier, nous verrons ce que fera la Russie ; alors nous serons deux contre elle. Dans tous les cas, je ne puis me charger de l’Autriche et offrir à la Prusse une armée de 80 000 hommes soldée et équipée de tout. Il est inutile d’entrer dans des détails personnels, pour ne point trop leur faire peur ; il suffit de dire que nous n’avons jamais eu des troupes si nombreuses et si belles. NAPOLÉON Archives des affaires étrangères (En minute aux Arch. de l’Emp.)
Camp
de Boulogne, 7 fructidor an XIII (24 août 1805)
Mon Cousin, vous réunirez dans la 5e division militaire une division de réserve de grosse cavalerie, composée des 1er, 5e, 10e et 11e régiments de cuirassiers ; vous donnerez l’ordre à ces quatre régiments de se rendre sur-le-champ dans la 5e division militaire, et vous les cantonnerez à Landau et dans les environs. Vous donnerez également l’ordre au général de division Nansouty de partir avec la division qu’il commande pour se rendre à Schelestadt et à Neuf-Brisach, et vous donnerez les ordres nécessaires pour qu’elle y soit convenablement cantonnée dans les environs, en choisissant les lieux les plus abondants en fourrages. Mon intention est que chacune de ces divisions ait un commissaire des guerres qui lui soit spécialement attaché. Il est indispensable que chacun des régiments ci-dessus soit de quatre escadrons ; et, pour cet effet, vous ferez partir des dépôts tout ce qui sera disponible, et vous fournirez aux colonels tout ce qui sera nécessaire, pour qu’il ait au moins 500 hommes présents à la revue dans les quatre escadrons que je viens d’indiquer. La première division sera sous les ordres du général de division d’Hautpoul. Vous lui ordonnerez, ainsi qu’au général Nansouty, de correspondre fréquemment avec vous et d’une manière détaillée. Chacune des divisions qu’ils commandent aura quatre pièces d’artillerie, savoir : trois pièces de 8 et un obusier. Le mouvement que je vous prescris doit avoir lieu sans retard. Les rassemblements des Autrichiens dans le Tyrol font que je crois utile, en ce moment, de border le Rhin. Vous me présenterez, pour la division d’Hautpoul, deux généraux de brigade et un adjudant général. Les ordres pour les régiments qui composent ces deux divisions devront partir dans la journée de demain. Vous ordonnerez au général Baraguey d’Hilliers de se rendre demain à Saint-Omer. Il y passera la revue des 1er, 2e, 20e, 4e et 14e régiments de dragons. Les trois premiers de ces régiments doivent former une brigade, et les deux derniers, réunis au 26e de dragons, qui est à Strasbourg, formeront une seconde brigade. Ces deux brigades ensemble formeront la 1re division de dragons ; elle obéira au général de division Klein, qui aura sous ses ordres les deux généraux de brigade qui servent sous lui en ce moment. Chacun des régiments ci-dessus indiqués devra être de trois escadrons à cheval, lesquels auront au moins 400 dragons présents sous les armes. Chacun d’eux aura, de plus, un escadron à pied de 300 hommes. Il sera enjoint au général Baraguey d’Hilliers d’envoyer promptement, dans les dépôts de ces différents corps, les majors des corps ou un général de brigade, afin que l’on fasse partir tout ce qui est disponible pour compléter ainsi les six corps en question. Ils devront partir le 5 fructidor, et vous les dirigerez par l’une des trois routes qui vont à Strasbourg. Cependant, vous aurez soin de ne démasquer le mouvement que sur une des grandes places qui se trouvent de quatre à huit marches de Saint-Omer, et c’est pour l’une de ces grandes places que vous leur transmettrez des ordres, vous réservant d’en envoyer d’autres ultérieurement, quand je vous l’ordonnerai moi-même. Après avoir formé la 1re division, le général Baraguey d’Hilliers formera la seconde, qui sera composée des 3e et 4e brigades. La 3e brigade comprendra les 10e, 13e et 22e dragons, et la 4e brigade comprendra les 3e, 6e et 11e régiments de cette arme ; le commandement de cette division et de ces brigades sera confié au général de division Beaumont ; et ensuite vous me proposerez les destinations à donner pour cet objet. Cette division devra également se mettre en marche le 9 fructidor, en suivant la deuxième route qui va sur Strasbourg ; mais vous ne lui donnerez l’ordre que pour une des quatre grandes places qui sont de quatre à huit marches de Saint-Omer, afin de masquer le mouvement. La 3e division de dragons sera formée par les 5e et 6e brigades. La 5e brigade comprendra les 5e, 8e et 12e régiments de dragons, et la 6e comprendra les 9e, 16e et 21e régiments de cette arme. Vous dirigerez cette 3e division, le 10 fructidor, par la troisième route qui va à Strasbourg, en ne lui donnant, comme aux précédentes, l’ordre que pour l’une des principales places de quatre à huit marches de son point de départ. Cette 3e division sera commandée par le général Walther. La 4e division sera composée des 7e et 8e brigades, et la 7e brigade le sera des 15e, 17e et 27e régiments de dragons. Quant à la 8e brigade, les 18e, 25e et 19e régiments de cette arme la composeront. Cette division se mettra aussi en marche, le 10 fructidor, par une autre route que la 3e. Cette division sera commandée par le général Bourcier. Tous les dragons à pied qui sont à Calais partiront demain pour Saint-Omer. Le général Baraguey d’Hilliers en formera une division à pied composée de quatre régiments. Chaque division de dragons fournira un régiment, chaque brigade un bataillon ; ce qui fera des bataillons de 900 hommes, des régiments de 1 800 hommes et une division à pied de 7 200 hommes. Mon intention est que chaque division de dragons ait trois pièces d’artillerie (deux pièces de 8 et un obusier), et que la division à pied ait dix pièces de canon, comme une autre division de l’armée. Vous me présenterez demain un projet de mouvement pour l’artillerie, pour que les divisions de dragons et les divisions de grosse cavalerie aient les pièces qui leur reviennent, soit en matériel, soit pour le personnel ou pour les attelages. Cette division de dragons à pied partira toute ensemble, sous les ordres du général Baraguey d’Hilliers, le 10, afin que, si cela me devient nécessaire, je puisse sur-le-champ, avec ces forces extrêmement disponibles et légères, envoyer occuper des positions essentielles. Vous préviendrez M. Dejean de ces mouvements, afin qu’il fasse trouver à Strasbourg les fourrages nécessaires. Vous me ferez connaître les lieux les plus convenables pour réunir ces troupes ; mais la division à pied se réunira à Strasbourg, et vous devez sentir qu’il est indispensable qu’elle ait son artillerie à son arrivée ; car il serait possible que je lui fisse occuper Kehl sur-le-champ. Ne manquez pas de donner au général Baraguey d’Hilliers toutes autorisations nécessaires pour qu’il puisse retirer des dépôts de ses vingt-quatre régiments de dragons ce qui est disponible. On défera les caisses de selles qui étaient destinées à l’embarquement. NAPOLÉON Dépôt de la guerre (En minute aux Arch. de l’Emp.)
Camp
de Boulogne, 7 fructidor au XIII (25 août 1805)
M. le maréchal Murat partira demain, dans une chaise de poste, sous le nom du colonel Beaumont, se rendra droit à Mayence, où il ne fera que changer de chevaux. Il traversera Francfort et, à cette occasion, reconnaîtra Offenbach ; se rendra à Würzburg, reconnaîtra la place, y séjournera un jour et demi, et il verra les liaisons de cette place avec Mayence et le Danube, en se faisant rendre compte des débouchés sur Ulm, Ingolstadt et Ratisbonne. De là il se rendra à Bamberg sur la Regnitz. De Bamberg il se rendra jusqu’aux frontières de la Bohême, près d’Eger, sans entrer sur le territoire autrichien, et se tiendra sur pays neutre et non occupé par les troupes autrichiennes. Lui défendre expressément de passer en lieux où seraient les troupes autrichiennes. Il verra le rapport entre Bamberg, la Bohême et le Danube, se fera rendre compte des montagne de Bohême, fera dresser l’itinéraire de la route de Bamberg à Prague, et spécialement des gorges d’Eger, se procurera, avant tout, la campagne du maréchal de Belle-Isle. Il suivra ensuite la Regnitz, en passant par Nuremberg et la Wœrnitz. Après cela, il longera le Danube, sur la rive gauche, traversant rapidement Ratisbonne ; arrivera vis-à-vis Passau, passera là le Danube ; parcourra l’Inn jusqu’à Kufstein ; traversera Munich ; viendra à Ulm, de là à Stockach ; verra le champ de bataille de Mœsskirch ; jettera un coup d’œil sur les différents débouchés de la forêt Noire, et fera en sorte d’être à Strasbourg le 24 fructidor. Il saisira l’ensemble du pays, la largeur des rivières du pays, et ce dont il pourra avoir besoin, comparant sa position avec le Tyrol et le Danube ; ne s’engagera pas en pays occupé par les Autrichiens ; et, s’ils avaient passé l’Inn, ne pas tomber dans leurs postes ; mènera un officier parlant allemand ou un secrétaire ; ou en demandera un à Jean-Bon Saint-André[1], sans que l’officier le sache. Les chevaux partiront sans éclat de Paris avec les fourgons et états-majors. NAPOLÉON Archives de l’Empire
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