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Histoire Militaire et Stratégie
Correspondance de Napoléon
RIHM
 

 

 

Correspondance militaire
de Napoléon I
er

Extraite de la correspondance générale et publiée

par ordre du ministère de la guerre

Tome troisième  

Paris - 1876

 

547.
Instructions pour le général Bertrand

Camp de Boulogne, 7 fructidor an XIII (25 août 1805)[1]

Le général Bertrand se rendra en droite ligne à Munich ; il descendra chez M. Otto ; il présentera à l’Électeur la lettre ci-jointe ; après quoi, il se rendra à Passau ; il y verra la situation de cette place ; il remontera l’Inn jusqu’à Kufstein ; il en fera une reconnaissance en règle : la situation des lieux, leur distance, la nature des chemins, la largeur de la rivière, la quantité des eaux, la domination alternative de l’une et l’autre rive, les bacs, ponts, gués. Il sera accompagné de quelques ingénieurs bavarois ; mais il aura soin de voir par lui-même, et écrira ce que les ingénieurs pourront lui dire des circonstances de la rivière et des événements qui s’y seraient passés.

Il suivra ensuite la Salza jusqu’à Salzburg, de là reviendra à Munich, en passant l’Inn à Wasserburg, et tiendra encore note de cette troisième reconnaissance. Il prendra tous les renseigne­ments à Munich, d’hommes très-connaisseurs, sur les débouchés de l’Isar et autres qui se rendent dans le Tyrol, jusqu’au débouché du Lech.

De Munich il se rendra à Füssen, sans sortir du territoire bavarois. Si Füssen n’est pas occupé par les Autrichiens, il le verra en détail.

De Füssen il descendra le Lech, dont il fera une parfaite reconnaissance jusqu’au Danube ; reconnaîtra Ingolstadt et Donauwœrth ; longera le Danube, et, allant de l’un à l’autre, il aura vu le Danube à Passau et en tiendra note toutes les fois qu’il le verra de Donauwœrth.

Il fera la reconnaissance de la Regnitz jusqu’au Mein ; de Bamberg il reviendra sur Ulm par la route qu’il jugera à propos ; d’Ulm il ira à Stuttgart, toujours à petites journées et ne voyageant que le jour ; de Stuttgart, il ira à Rastadt, et fera une bonne reconnaissance de la route d’Ulm à Rastadt, sous les points de vue militaire et d’état-major.

Dans toutes ces courses, il aura soin de bien tracer la route d’Ulm à Donauwœrth par la rive gauche du Danube ; de là à Ingolstadt, et de là à Ratisbonne, de Ratisbonne à Passau, d’après les renseignements.

Nota. Quand il sera à Passau, il reconnaîtra la route qui va de Passau en Bohême, autant que possible sur le territoire de Bavière ; renseignements sur le reste. Peut-on aller à Prague par cette route ?

Il fera la reconnaissance détaillée du petit ruisseau d’Ilz, et la nature des chemins et du terrain, depuis la source de l’Ilz, qui descend des montagnes de Bohême, jusqu’à l’embouchure de l’Ilz ; quelle est la largeur de la vallée ; quels sont la nature des chemins, les principaux bourgs, et la facilité ou les inconvénients qu’aurait une armée qui se porterait sur la rive gauche du Danube, et tournerait par ce moyen l’Inn, et se porterait sur Freystadt et voudrait se porter en Moravie.

Prendre tous les renseignements sur les fortifications qu’aurait faites l’ennemi, soit à Linz, ou Steyer, ou toute autre place, jusqu’à Vienne, et même Vienne.

Bien déterminer à quel point le Danube porte bateau, soit pour la descente ou la remonte.

Il fera une reconnaissance très-détaillée sur Ulm : population, position militaire, etc. ; il tiendra note de ce qu’on lui dira sur l’Ems, sur l’espèce des difficultés qu’il peut présenter, de même que sur la largeur du Danube, derrière le Trasen, à quelques lieues de Vienne, quatre à cinq.

De Rastadt il se rendra à Fribourg, de Fribourg à Donaueschingen, et de là à Bâle ; et delà il viendra me rejoindre par Huningue, sans passer sur le territoire suisse ; en longeant la rive droite du Rhin, il fera une reconnaissance de la position de Stockach.

M. Bertrand m’écrira de Strasbourg pour me faire connaître toutes les rumeurs du pays sur la guerre, la paix et les mouvements des Autrichiens ; il ira à Stuttgart, où il verra M. Didelot[2] ; il dira ce qu’il entendra dire sur les forces des Autrichiens dans le Tyrol ; il engagera M. Didelot à faire un mémoire sur toutes les possessions de l’Autriche en Souabe, anciennes ou acquises depuis le traité de Lunéville, en faisant à peu près une statistique ; à son retour, il pourra me donner ces mémoires, ce qui ferait voir qu’il ne perd pas son temps là.

Il m’écrira de Munich tout ce qu’on dit sur la situation des Autrichiens sur l’Inn et dans le Tyrol : sa présentation à l’Électeur et tout ce qui est relatif à l’autre partie de sa mission ; de Munich il m’expédiera un courrier pour me donner de ses nouvelles. De Stuttgart M. Didelot enverra, par un de ses gens, sa dépêche à Strasbourg ; elle sera adressée au préfet, qui me la fera passer où je serai. De Passau il me fera les reconnaissances, celle de l’Inn et du Danube à Passau, et celle de l’Ilz, et tout ce qui est relatif à la rive gauche ; il l’enverra par une estafette à M. Otto, qui la fera passer par un des nombreux courriers allant à Vienne ou Munich.

De Salzburg il m’enverra la reconnaissance de l’Inn ou de la Salza, qui sera envoyée par une estafette à M. Otto ; si les autrichiens étaient à Salzburg ou qu’il y eût des inconvénients à s’y rendre, il n’ira pas ; de Munich il m’enverra la reconnaissance du chemin de Salzburg à Munich et celle de la rive gauche du Danube, d’après les renseignements.

Partout son langage sera pacifique ; il parlera de l’expédition d’Angleterre comme imminente ; les troupes embarquées, il ne montrera aucune inquiétude, même à nos agents ; ne fera aucune attention aux préparatifs de l’Autriche : qu’ils ne peuvent commencer la guerre, que cela n’aurait pas de sens.

NAPOLÉON

Comm. par le colonel Henry Bertrand.

 

548.
À l’électeur de Bavière

Camp de Boulogne, 7 fructidor an XIII (25 août 1805)

Mon Frère, mon aide de camp, le général de brigade Bertrand, remettra à Votre Altesse Électorale cette lettre. Je l’envoie pour qu’il voie la position de Passau, qu’il parcoure l’Inn, Ingolstadt, Ulm et les différents débouchés du Tyrol.

L’Autriche paraît vouloir la guerre ; je ne puis me rendre raison d’un tel égarement ; toutefois, elle l’aura, et plus tôt qu’elle ne s’y attend. J’ai contremandé les mouvements de mes escadres. L’existence de vingt-cinq régiments autrichiens dans le Tyrol menace trop la Bavière et mes frontières. J’ai déjà mis en mouvements différents régiments d’infanterie pour Strasbourg ; vingt-six régiments de dragons et dix de cuirassiers, avec des attelages, et quarante pièces d’artillerie sont en marche pour l’Alsace. Cent mille hommes d’infanterie sont déjà désignés de mes camps pour s’y rendre.

Mon intention est de commander moi-même mon armée, et je serai, dans le courant de vendémiaire, auprès de Votre Altesse. Je ne puis lui donner une plus grande marque de confiance que de lui confier ce secret, qui n’est connu d’aucun de mes ministres, et qui est encore dans ma plus arrière-pensée.

L’Autriche se repentira trop tard des fausses démarches qu’on lui fait faire. La Bavière y gagnera l’accroissement et la splendeur que lui réservent l’ancienne amitié de la France et la politique actuelle de mon empire.

Le général Bertrand, qui est un officier du génie d’une grande expérience, fera connaître à Votre Altesse s’il pense qu’on puisse tenir ou non dans Passau, ce qui serait assez important. Dans tous les cas, je désire que Votre Altesse, pour déguiser mes mouvements, devienne plus que jamais pacifique, feigne de craindre plus que jamais l’armée autrichienne. Qu’elle fasse confectionner à Würzburg 500 000 rations de biscuit, sous prétexte d’approvisionner cette place, et 500 000 à Ulm. Je ferai rembourser le tout au trésor de Votre Altesse.

Voulant mettre beaucoup de rapidité dans mes mouvements, je ne puis qu’engager Votre Altesse à lever le plus de chevaux de trait qu’elle pourra. Si elle pouvait en faire fournir 2 000, les fonds en seraient faits sur-le-champ.

L’intérêt de Votre Altesse est que mon armée ne séjourne pas dans ses États ; il faut donc que je puisse les traverser rapidement cet automne.

Il n’y a qu’un moyen à l’Autriche de conjurer l’orage, c’est d’exécuter le recès de l’Empire, de renoncer au droit d’épave, d’évacuer le Tyrol, la Styrie et la Carinthie, et de faire rentrer ses troupes dans leurs garnisons de paix ; je le lui ai fait signifier. Je vois qu’il est dans son intérêt de passer l’automne et de gagner du temps pour former de nouvelles intrigues ; mais elles seront complètement déjouées.

Mon cœur saigne de douleur en pensant aux maux qui seront la suite de ces nouvelles circonstances. Mais Dieu sait que je suis innocent. J’ai deux fois sauvé l’Allemagne, deux fois rassis l’Autriche sur son trône ébranlé. Elle profite du temps où mes opérations maritimes sont commencées, où mes troupes sont campées sur le bord de l’Océan pour faire marcher ses troupes vers la Suisse, où je n’ai pas un homme, et menacer toutes mes frontières.

Je désire que Votre Altesse ne communique cette lettre à personne, pas même à ses ministres ; c’est un secret que je confie à son honneur. Elle peut, dans toutes les circonstances, reposer avec tranquillité.

Si Votre Altesse ne voit pas d’inconvénient à envoyer près de moi un ingénieur qui connaisse parfaitement le pays, avec des cartes, je le recevrai avec plaisir.

Que Votre Altesse ne néglige rien pour rendre ma marche plus rapide ; qu’elle me procure abondamment des subsistances et des charrois, sans se démasquer. Son intérêt, encore une fois, est que je ne m’arrête pas en Bavière.

Quant aux objets qu’elle aura fait fournir, je sais que, par le traité conclu entre nos ministres, je suis tenu de tout payer : tout le sera ponctuellement.

Mon intention est de confier mon avant-garde au prince Murat, qui pourra me précéder de quelques jours.

Je prie Votre Altesse de répondre à cette lettre par un courrier extraordinaire, sans attendre le retour de mon aide de camp, afin que je puisse profiter de tous les instants et donner un plus grand développement à nos armées combinées.

NAPOLÉON

Archives de l’Empire

 

549.
Au maréchal Berthier

Camp de Boulogne, 7 fructidor an XIII (25 août 1805)

Tous les renseignements que je reçois par mes courriers me font prendre le parti de ne pas perdre un jour. Je désire donc que le mouvement de dragons se fasse dès demain ; que les dragons à pied partent également demain de Calais ; que le général Oudinot parte également demain ; et après-demain 9, je veux commencer la contre-marche de toute mon armée. Vous laisserez à la disposition des généraux de division de faire des séjours ou non. Le moment décisif est arrivé. Un moment de retard nous présentera de plus grands obstacles. Ainsi donc modifiez vos ordres en conséquence, et venez me trouver immédiatement après. Faites partir même demain la 4e division de dragons ; tracez-lui une quatrième route par le Nord ; dirigez-la sur Spire ; envoyez cette nuit des commissaires des guerres et des officiers d’état-major sur toutes les trois routes. Vous sentez quelle est l’importance d’un jour dans cette affaire. L’Autriche ne se contient plus, elle croit sans doute que nous sommes tous noyés dans l’Océan.

NAPOLÉON

Dépôt de la guerre

 

550.
Au maréchal Berthier

Camp de Boulogne, 8 fructidor an XIII (26 août 1805)

Mon Cousin, préparez des ordres pour le général Marmont et pour le maréchal Bernadotte.

Le général Marmont se mettra en marche avec tout son corps fort de 20 000 hommes, tout son matériel d’artillerie et le plus d’approvisionnements de guerre qu’il pourra emporter. Il se rendra à Mayence : il lui faut quatorze jours de marche. Cet ordre sera expédié le 9, après m’en avoir demandé l’autorisation à dix heures du soir ; il arrivera le 12 ; le général Marmont partira le 14 et sera arrivé à Mayence 28. Il marchera à la fois, par trois routes, de manière que tout son corps soit réuni à Mayence avant le 30 fructidor. Il fera verser la solde dans les caisses des quartiers-maîtres de son corps jusqu’au 1er brumaire.

Vous me présenterez également le 9, à dix heures du soir, les ordres pour le maréchal Bernadotte. Vous lui ordonnerez de se réunir à Gœttingen. Le courrier ne sera pas arrivé avant le 14. Le maréchal Bernadotte partira le 15 ; il lui faut quatre jours de marche pour se réunir à Gœttingen. Recommandez-lui de lever le plus de chevaux d’équipages et de fournir à son corps d’armée le plus d’approvisionnements de guerre et d’artillerie qu’il pourra.

Vous me présenterez également le 9, à dix heures du soir, les ordres pour l’Italie, c’est-à-dire, le départ de tous les corps qui doivent composer la 4e et la 5e division et qui sont en Piémont et à Gênes, pour Brescia, ainsi que tous les régiments d’artillerie, de chasseurs, dragons et cavalerie qui se trouvent en Piémont. Faites armer et approvisionner sur-le-champ les citadelles de Turin et d’Alexandrie, que mon intention est de garder cette campagne, puisque Alexandrie ne peut pas encore remplir mon but. Votre ordre arrivera le 14 ; ainsi, avant le 30, tout sera prêt à Brescia.

Vous me présenterez également le 9, à dix heures du soir, l’ordre de mettre en route la première division du corps du maréchal Davout par une des routes de gauche, la première division du corps du maréchal Soult par une des routes du milieu, et la première division du corps du maréchal Ney par une des routes de droite. Ce premier mouvement se fera le 10 ; le 12 partiront les deuxièmes divisions, et le 13 les troisièmes : et comme il faut vingt-quatre jours de marche pour se rendre sur le Rhin, elles y arriveront le 1er vendémiaire. Chaque corps d’armée laissera un régiment, savoir : le corps du centre, le 72; le corps de droite, le 21e d’infanterie légère, et le corps de gauche, le régiment qui est le plus faible et qui a le plus de conscrits. Les 3e bataillons de ces régiments viendront les joindre au camp ; indépendamment de ces bataillons, trois 3e bataillons des corps de la droite se rendront au camp d’Ambleteuse ; six 3e bataillons des corps du centre se rendront à Boulogne ; et un 3e bataillon du corps de la gauche se rendra à Étaples. Par ce moyen, il restera au camp neuf bataillons entiers, et dix 3e bataillons, ce qui fera dix-heuf bataillons.

La division Gazan et la 4e division du centre partiront par les deux meilleures routes, immédiatement après les autres divisions. Vous ordonnerez de donner sur-le-champ, des magasins, à chaque soldat de la division Gazan, la troisième paire de souliers, comme l’a eue toute l’armée.

Vous ordonnerez qu’on fasse partir de Metz des effets de campement pour Strasbourg, de manière qu’au 1er vendémiaire on ait de quoi tenter 80 000 hommes. Chaque division partira avec son artillerie, personnel, matériel et attelages, à moins que le premier inspecteur ne garantisse avoir le matériel à Strasbourg. Vous aurez soin qu’avant de partir on ait chargé tous les fusils et que chacun parte bien armée.

Les sapeurs, les officiers du génie, les commissaires des guerres, les administrations, etc., tout restera organisé comme il l’est. L’administration partira en règle après la 2e division. Vous aurez une conférence avec M. Petiet, pour que la manière dont l’armée doit être nourrie soit bien déterminée, mon intention est qu’elle le soit par les mêmes administrations ; aussi bien dans trois mois puis-je faire une contre-marche.

Le prince Murat sera nommé lieutenant de l’Empereur, commandant en chef de l’armée en l’absence de Sa Majesté. Vous me présenterez aussi le même jour un ordre au prince Murat d’être rendu à Strasbourg le 24 fructidor, pour commander en l’absence de l’Empereur. Vous nommerez le général Sanson chef de votre bureau topographique. Il préparera les cartes relatives au théâtre de la guerre en Allemagne et en Italie. Vous vous concerterez avec le ministre de la marine, pour me présenter, aussi le 9 au soir, un projet de décret pour que la flottille d’Étaples et de Wimereux soit transportée à Boulogne, excepté une division de chaloupes canonnières. Cependant, si la flottille d’Étaples pouvait remonter jusques auprès de Montreuil, je préférerais la placer là, et que toute la flottille de Boulogne, excepté les prames et les chaloupes canonnières, soit conservée à flot au- delà du barrage. Que les vivres et les munitions, et tout ce qui pourrait péricliter, soient transportés au château de Boulogne ; que huit compagnies d’artillerie, qui sont à Douai, viennent ici pour le service des côtes. Vous laisserez un corps de gendarmerie pour empêcher la désertion des matelots, qui tous sont armés de fusils et feront le service, sous le commandement de leurs officiers, pour défendre la flottille jusqu’au retour de l’armée. Un général de brigade commandera à Étaples, un à Ambleteuse et un à Boulogne. Un général de division commandera tout l’arrondissement de l’armée, depuis et y compris Gravelines jusqu’à la Somme. Il sera laissé à Boulogne une compagnie d’artillerie légère avec deux batteries mobiles, L’unique soin du général de division sera de veiller à la sûreté de la côte et des ports et à la conservation des camps. Peut-être serait-il aussi convenable d’enfermer à Boulogne la flottille batave, afin qu’il n’y ait que ce point à garder, ce qui n’empêcherait pas de laisser la même disposition aux troupes, d’après la facilité de se transporter d’Ambleteuse à Boulogne. Jusqu’à nouvel ordre et jusqu’à l’arrivée des 3e bataillons, la division italienne campera à Boulogne ; elle recevra l’ordre de rejoindre la grande armée lorsque les 3e bataillons commenceront à être fortifiés de conscrits. Le général Taviel restera à Boulogne pour commander les batteries. Les 500 hommes des canonniers de la marine y resteront aussi pour ce service. Les places de Dunkerque, Gravelines, Calais, la haute ville de Boulogne, seront armées comme il convient en temps de guerre.

NAPOLÉON

Faites partir, le 10 au matin, la division de cavalerie légère que commandait le général Broussier ; envoyez-la sur Spire par la quatrième route, de manière qu’elle ne gêne pas les trois grandes routes de l’armée.

Les trois bataillons qui se rendront à Ambleteuse sont le 3e du 23e de ligne, les deux du 17e. Il suffit que ces corps soient rendus à Boulogne avant le 15 fructidor. Le 21e d’infanterie campera le plus près possible des vaisseaux.

Les six bataillons destinés à Boulogne sont : le 3e du 36e, le 3e du 45e, le 3e du 55e, le 3e du 46e, le 3e du 28e et le 3e du 65e.

Les trois régiments italiens viendront, le 1er, à Boulogne, au camp de gauche : ils y resteront jusqu’à nouvel ordre, c’est-à-dire jusqu’à ce que les dix-neuf bataillons soient bien organisés et un peu renforcés.

Il y aura deux compagnies d’artillerie fortes au moins de 120 hommes, toutes deux à Ambleteuse ; deux compagnies pour la droite de Boulogne ; deux compagnies pour la gauche ; deux compagnies pour Étaples. Le général d’artillerie désignera les compagnies ; ce ne devront pas être celles destinées à l’expédition.

Le général Taviel commandera l’artillerie. Il aura quatre officiers supérieurs d’artillerie, campés un au camp de droite de Boulogne, un au camp de gauche, un à Ambleteuse et un à Étaples.

Dépôt de la guerre

(En minute aux Arch. de l’Emp.)

 

551.
Au prince Eugène

Camp de Boulogne, 27 août 1805

Mon Cousin, les grands préparatifs de l’Autriche me portent à penser que véritablement elle veut la guerre, vœu insensé dont elle doit redouter l’accomplissement. Toutefois ces mouvements sont trop considérables. Je les suis de l’œil avec une grande attention. Le maréchal Jourdan, dans des circonstances aussi importantes, ne connaît pas assez le pays, n’a pas assez de vigueur, et a trop la réputation de se décourager facilement, pour que je puisse lui confier une armée aussi intéressante. Je suis dans l’intention de vous envoyer le général Masséna, qui a plus de caractère, et une connaissance parfaite des lieux.

Toutes les troupes qui sont en Piémont, à Gènes et en Étrurie, se mettent en route pour se rendre à Brescia, et moi-même, avec 150 000 hommes, je me porte sur le Rhin. Toutes vos troupes italiennes doivent être parties pour le royaume de Naples. Je n’ai pas besoin de vous dire que ces renseignements sont pour vous seul, et que personne ne doit les lire ni s’en douter.

Je vois avec plaisir que votre séjour soit à Monza. Partez-en dans une sorte d’incognito ; allez voir la Rocca d’Anfo, Peschiera, le château de Vérone, Legnago, Mantoue et Pizzighettone. Cette course faite, peu de jours après, faites-en une autre et reconnaissez vous-même l’Adda depuis le lac jusqu’à Lodi. Donnez ordre à l’officier qui commande l’artillerie et au ministre de la guerre de se rendre dans ces places. Voyez les magasins ; assurez-vous s’ils sont bien tenus et s’ils renferment les approvisionnements qui doivent y être ; donnez-en la garde aux commandants des places de Mantoue, Peschiera et Legnago, en leur faisant connaître que, sous quelque prétexte que ce soit, on ne doit y toucher qu’en cas de siège. Visitez aussi les magasins d’artillerie. Mantoue a besoin de douze mortiers, Peschiera de six ; les autres places ont besoin d’obusiers. Quelques pièces de campagne suffisent pour la défense du petit château de Pavie ; tout le reste doit être distribué dans vos places.

Ignorez ce que je vous dis du maréchal Jourdan ; s’il est avec vous, ayez d’autant plus de déférence pour lui que la guerre menace. Si la guerre commence, le bataillon de grenadiers français que vous avez deviendra nécessaire à l’armée. Je verrais donc avec grand intérêt que les vélites et les gardes d’honneur commençassent à s’organiser, pour qu’ils puissent vous servir. Dans tous les cas, ayez à Monza au moins deux escadrons de votre régiment de dragons, une portion de la gendarmerie d’élite que je vous ai laissée, une demi-compagnie d’artillerie légère avec six pièces attelées, et, enfin, gardez avec vous une portion des deux détachements de ma Garde à pied que je vous ai laissés ; faites-les habiller, la garde impériale vous en tiendra compte. Quand vous serez à Mantoue, écrivez-moi en détail sur la situation où se trouve Pietole.

NAPOLÉON

Comm. par S. A. I. Mme la duchesse de Leuchtenberg.

 

552.
Au maréchal Berthier

Camp de Boulogne, 10 fructidor an XIII (28 août 1805)

Mon Cousin, je désire que vous fassiez faire deux boîtes portatives, à compartiments : une pour moi, et l’autre pour vous. Elles seront distribuées de telle sorte que, d’un coup d’œil, on puisse connaître, à l’aide de cartes écrites, les mouvements de toutes les troupes autrichiennes, régiment par régiment, bataillon par bataillon, et même jusqu’à ceux des détachements un peu considérables. Vous les partagerez en autant d’armées qu’il y a d’armées autrichiennes, et vous réserverez des cases pour les troupes que l’empereur d’Allemagne a en Hongrie, en Bohême, ou dans l’intérieur de ses États. Tous les quinze jours vous m’enverrez l’état des changements qui auront en lien pendant la quinzaine précédente, en vous aidant de tous les moyens que vous donneront, pour cet effet, non-seulement les gazelles allemandes et italiennes, mais encore les divers renseignements qui vous parviennent ainsi qu’à mon ministre des relations extérieures, avec lequel vous vous concerterez pour cet objet. Ce sera le même individu qui devra faire jouer les cartes dans la boîte et dresser l’état de situation de l’armée autrichienne chaque quinzaine.

NAPOLÉON

Il faut charger de cette besogne un homme qui s’en occupe constamment, qui sache bien l’allemand, qui reçoive toutes les gazettes de l’Allemagne et fasse toutes les mutations en conséquence.

Archives de l’Empire

 

553.
Au général Dejean

Camp de Boulogne, 10 fructidor an XIII (28 août 1805)

Monsieur Dejean, le ministre de la guerre a dû vous faire passer différents ordres pour mettre en état de faire la guerre mes armées d’Italie et du Rhin ; vous pouvez la regarder comme certaine. J’ai donné des ordres pour pourvoir aux capotes et souliers nécessaires à l’armée. Faites-moi connaître si vous avez quelque chose de disponible à Paris. J’ai besoin que vous donniez des ordres à tous les régiments de cavalerie de se remonter à toute force. Je ne vois pas d’inconvénient à leur distribuer pour cela un million. J’ai mis à votre disposition une somme extraordinaire de 2 200 000 francs, dont un million pour l’achat de chevaux du train et de l’artillerie et 1 200 000 francs pour les capotes et souliers. Occupez-vous des charrois ; faites construire à Sampigny. Il y a un marché pour des transports ici ; voyez à lui donner une plus grande extension. J’imagine que vous avez pourvu à ce que j’aie du biscuit à Mayence et Strasbourg ; j’en ai ici beaucoup. Il faut faire manger la partie faite depuis vingt mois ; il restera ici plus de vingt mille bouches ; la partie qui est faite depuis douze mois pourra être conservée. Il se peut que les affaires s’arrangent après quelques batailles, et que je revienne sur la côte. Faites hâter la fourniture de draps de l’an XIV ; c’est de la plus grande urgence.

Vous allez avoir dans toute la 5e division militaire, depuis Mayence jusqu’à Schelestadt, 5 à 6 000 chevaux d’artillerie, 9 000 chevaux de dragons, 8 ou 9 000 de chasseurs et de hussards, 4 à 5 000 de grosse cavalerie et 1 500 de la Garde, indépendamment de tous ceux de l’état-major. Je désire que le service soit fait par la même administration qu’à Boulogne, surtout pour le pain et la viande. Ne perdez pas un moment à faire accaparer des vins et des eaux-de-vie à Landau, Strasbourg et Spire. Landau sera un des principaux points de rassemblement. J’imagine que Vanlerberghe envoie à Strasbourg les mêmes individus qu’à Boulogne. Les premières divisions sont parties ; voyez-le pour cela. Je vous ai demandé 500 000 rations de biscuit à Strasbourg ; je ne verrais pas d’inconvénient à les diviser ainsi : 200 000 à Strasbourg ; 200 000 à Landau, et 100 000 à Spire. J’attends de vous deux états, dont le premier me fasse connaître le nombre existant de chevaux propres au service de chaque régiment de cavalerie, ce qui existe en caisse de leur masse, et l’état des chevaux qu’ils peuvent se procurer ; le second état me fera connaître la situation de l’habillement de tous les corps de la Grande Armée, et le temps où ils auront l’habillement de l’an XIV.

Le ministre de la guerre vous aura envoyé l’organisation de la Grande Armée partagée en sept corps. Pensez aux ambulances, et occupez-vous sans délai des détails de l’organisation de cette immense armée. Je vous dirai, mais pour vous seul, que je compte passer le Rhin le 5 vendémiaire ; organisez tout en conséquence. Il me reste à vous ajouter que cette lettre doit être pour vous seul, et qu’elle ne doit être lue par personne. Dissimulez, dites que je fais seulement marcher 30 000 hommes pour garantir mes frontières du Rhin. Avec les chefs de service auxquels on ne peut rien dissimuler, vous leur ferez sentir l’importance de dire la même chose que vous.

NAPOLÉON

Comm. par M. Louis Barbier

(En minute aux Arch. de l’Emp.)

 

554.
Au maréchal Bessières

Camp de Boulogne, 10 fructidor an XIII (28 août 1805)

Mon Cousin, le Ministre de la guerre vous envoie l’ordre de faire partir ma Garde pour Strasbourg.

Comme je vais me rendre incessamment à Paris, vous laisserez assez de monde pour faire le service de Saint-Cloud. J’espère que les deux bataillons qui sont à Boulogne, et les quatre bataillons français et italiens qui sont à Paris, formeront 4 000 hommes, et ma Garde à cheval, en y comprenant les Mameluks, 1 500 hommes. Vous serez spécialement chargé du commandement de ces 5 500 hommes de ma Garde.

Faites-moi connaître le chef d’état-major que vous voulez prendre. Les généraux Hulin et Soulès commanderont l’infanterie, le général Ordener la cavalerie, et le colonel Couin l’artillerie. Il vous faut un chef d’état-major et vos quatre aides de camp.

Faites partir sur-le-champ vos chevaux, vos fourgons et vos bagages pour Strasbourg. Les hommes de l’artillerie de la Garde sont en nombre suffisant pour servir quinze pièces de canon.

Faites-moi connaître combien de pièces pourrait servir l’artillerie italienne. Ce ne sera pas trop, pour un corps de réserve comme la Garde, d’avoir vingt-quatre ou vingt-cinq pièces de canon, Je vois, par votre dernier état, que ma Garde royale a 70 hommes d’artillerie ; ils peuvent très-bien servir huit pièces. Cela portera donc l’artillerie de ma Garde à vingt-quatre pièces de canon.

NAPOLÉON

Comm. par M. le duc d’Istrie

(En minute aux Arch. de l’Emp.)

 

555.
Au maréchal Bessières

Camp de Boulogne, 10 fructidor an XIII (28 août 1805)

Mon Cousin, je vous ai fait connaître que je vous confiais le commandement de ma Garde. Veillez à ce qu’elle ne manque de rien. Il faut des ambulances, des caissons pour le transport de ses subsistances et de ses bagages. Je ne puis trop fixer le nombre qui vous serait nécessaire, mais je crois qu’une vingtaine de caissons ne serait pas de trop. L’armée ne sera que trop dépourvue. Ainsi, allez de l’avant. Faites faire ce qui vous manque, et, par le retour de mon courrier, présentez-moi l’état de l’excédant de dépenses qui pourrait être nécessaire.

J’ai ordonné qu’on fasse acheter des chevaux et confectionner des harnais pour l’artillerie. Il faut que ma Garde n’ait besoin de rien de l’armée, ni pour le transport de ses vivres, ni pour ses chirurgiens, ni pour ses médicaments.

Prenez pour chef d’état-major un homme vigoureux.

NAPOLÉON

Comm. par M. le duc d’Istrie

(En minute aux Arch. de l’Emp.)

 

556.
Au général Savary

Camp de Boulogne, 10 fructidor au XIII (28 août 1805)

M. le général Savary se rendra à Landau et de là à Germersheim. Il passera le Rhin dans les environs de Germersheim et dans l’endroit qu’il jugera le plus favorable pour l’établissement d’un pont de bateaux. Il observera Philippsburg, de manière à rendre un compte succinct de l’état de la place. Il se rendra ensuite à Bruchsal, puis à Knittlingen ; de là à Vaihingen, à Cannstadt, à Gmünd, à Aalen, à Giengen et à Gundelfingen, sur la Brenz, à une demi-lieue du Danube. Il ne voyagera que le jour.

Il tiendra note de toutes les communications latérales qui existent, d’une part, entre cette route et celle de Durlach à Ulm, par Pforzheim, Stuttgart, Esslingen, Gœppingen et Geislingen, et, de l’autre part, entre la route qu’il doit parcourir et une autre route partant de Wiesloch pour aller à Sinsheim, Heilbronn, OEhringen, Hall, Ellwangen, Neresheim et Dillingen, sur le Danube. Il rendra compte de chacune des villes et des villages, ponts, châteaux, collines, bois ou endroits remarquables qu’il rencontrera, de la distance qui les sépare respectivement, ainsi que des villes, villages ou châteaux qui peuvent servir au logement des troupes. L’Enz à Vaihingen, le Neckar à Cannstadt mériteront une attention particulière de sa part, et il notera leur largeur et les difficultés ou facilités que présentent ces deux rivières pour un passage de troupes. Il fera attention à la largeur des grandes vallées, et notera l’éloignement où se trouvera chaque point un peu considérable de sa route, des montagnes Noires, ou de celles qui séparent la vallée du Danube de celle du Neckar. Il prendra connaissance de la meilleure communication qui existe entre Gmünd et Giengen, soit par Heubach et Heidenheim, soit par Weissenstein et Langeneau. Il les examinera personnellement, afin de bien savoir quelle est la plus favorable pour les transports du matériel d’une armée.

M. le général Savary cherchera ensuite, en la visitant lui-même, la meilleure route qui existe entre celle qui vient d’être tracée plus haut, de Philippsburg à Gundelfingen, et une autre route partant de Dillingen, par Neresheim, Hülen, Ellwangen, Hall, OEhringen, Heilbronn, Sinsheim, Wiesloch et Spire, de manière que la route en question soit, en quelque sorte, parallèle aux deux autres. Cette route, qui devra être praticable pour l’artillerie et les transports militaires, pourra se diriger soit d’Aalen sur Murrhardt, Lœwenstein et Heilbronn, soit, mieux encore, d’Aalen à Gmünd, puis à Winnenden, Marbach, Bietigheim, Sachsenheim et Knittlingen, et de là par Bruchsal à Philippsburg. S’il y a une communication directe, bonne et praticable, de Giengen à Gmünd, elle devra être préférée. Revenu dans les environs de Pilippsburg, M. le général Savary examinera la rive droite du Rhin jusque vers Spire, et se dirigera de nouveau sur le Danube à Dillingen, par Wiesloch, Sinsheim, Heilbronn, OEhringen, Hall, Ellwangen, Hülen et Dischingen. Il examinera soigneusement cette route, ses divers embranche­ments, et le Neckar à Heilbronn. Il parcourra ensuite le Danube, depuis Dillingen jusqu’à Ulm ; se rendra à Gœppingen et donnera la plus grande attention à la route dans cette partie. Il s’assurera des moyens de communication de cette ville avec Gmünd ; puis il passera à Esslingen et à Stuttgart, où il prendra de nouveau connaissance du Neckar, et de là à Pforzheim, à Durlach et à Mühlburg, pour prendre aussi connaissance du Rhin vis-à-vis de Pforz. Il se rendra ensuite partout où sera l’Empereur.

NAPOLÉON

Archives de l’Empire



[1]      Date présumée.

[2]      Ministre plénipotentiaire de France à Stuttgart.

 

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