| Institut de Stratégie Comparée, Commission Française d'Histoire Militaire, Institut d'Histoire des Conflits Contemporains |
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Correspondance
militaire Extraite
de la correspondance générale Par
ordre du ministère de la guerre Tome
quatrième
Paris
- 1876
737.
‑ INSTRUCTIONS MILITAIRES AU PRINCE JOSEPH POUR COMMANDER L’ARMÉE
DIRIGÉE SUR NAPLES. AU
PRINCE JOSEPH, LIEUTENANT DE L’EMPEREUR, COMMANDANT EN CHEF L’ARMÉE DE
NAPLES. Munich,
12 janvier 1806. Je
reçois votre lettre du 7. Vous êtes parti le 9 ; vous devez être
aujourd’hui à Chambéry. Vous serez le 15 ou le 16 dans le voisinage de
Rome. Je vous ai envoyé le général Dumas. Le maréchal Masséna doit se
trouver à l’armée. Je compte qu’après quelques jours de repos vous
aurez près de 40,000 hommes, que vous pourrez partager en trois corps :
le maréchal Masséna aura le plus fort ; le général Saint‑Cyr, un
autre, et le général Reynier, le plus petit, formant une division de 6,000
hommes de bonnes troupes, en réserve. Attachez‑vous au général
Reynier ; il est froid, mais c’est, des trois, le plus capable de faire un
bon plan de campagne et de vous donner un bon conseil. Dans votre position,
l’art consiste à faire croire à chacun des trois qu’il a également
votre confiance. Cette
lettre vous sera présentée par mon aide de camp Lebrun, que vous pouvez
garder près de vous. Vous pouvez employer Dumas dans votre état‑major.
Il entend peu de chose aux manœuvres militaires ; il n’a pas assez fait
la guerre. Votre grande étude est de tenir toutes vos forces réunies et
d’arriver le plus promptement possible à Naples avec tout votre monde. Une
armée composée d’hommes de différentes nations ne tardera pas à faire
des sottises. L’art serait de les attendre et d’en profiter. Mais il
n’y a là personne capable de vous diriger dans cette manœuvre. Vous
n’êtes point pressé, à huit jours de plus ou de moins. Indépendamment
des trois corps dont je vous ai parlé ci‑dessus, tenez un gros corps
de cavalerie dans votre main, avec de l’artillerie légère, pour pouvoir
le diriger où il sera convenable ; mais il me parait difficile que les
Russes et les Anglais ne se retirent pas à mesure qu’ils verront votre
armée s’organiser et devenir forte. Si au contraire, ce que je ne pense
pas, l’ennemi se renforçait d’une manière considérable, au premier
mot que vous m’en écrirez je me
rendrais promptement à votre armée. Prenez six aides de camp. Ne tenez point de conseil de guerre, mais prenez l’avis de chacun en particulier. Écrivez‑moi souvent et longuement, afin que je vous fasse passer mon avis autant que cela sera possible. Quand vous serez entré dans le royaume de Naples, après la première bataille, faites connaître dans votre proclamation aux Napolitains tout ce que j’ai fait pour éloigner la guerre de chez eux et tout ce qu’a fait la Reine pour l’attirer. Peu, très‑peu de parlementaires. Le prince Eugène, qui commande dans le royaume d’Italie, tiendra une réserve pour pourvoir, si cela était nécessaire, aux événements imprévus. Vous
devez établir votre ligne de communication, c’est‑à‑dire vos
routes de postes, d’étapes, enfin ce qui forme une ligne de
communication, par la Toscane et point du tout par Ancône et les
Abruzzes, parce que mon désir est que vous agissiez par Rome sur Naples.
Autrement la guerre traînerait en longueur, si vous étiez obligé de conquérir
les Abruzzes, et l’ennemi aurait le temps de défendre Naples. Mais,
encore une fois, quinze jours ne font rien. Réunissez bien tout votre
monde. Je donne ordre au général Mathieu, qui connaît le pays et en qui
vous avez de la confiance, de se rendre auprès de vous. Envoyez‑moi,
je vous prie, tous les jours, votre état de situation.
NAPOLÉON. Archives
de l’Empire. 738.
- SITUATION AVEC LA PRUSSE. ‑ ORDRE AUX MARÉCHAUX DE SE TENIR EN
MESURE DE PRENDRE LA CAMPAGNE. AU
MARÉCHAL BERTHIER. Paris,
8 février 1806. Mon
Cousin, M. de Haugwitz est arrivé. Je crois nécessaire de vous faire connaître
en peu de mots ma situation avec la Prusse. Vous connaissez le traité que
j’ai conclu à Vienne avec ce ministre. Le Roi a jugé à propos de le
ratifier avec des modifications, des corrections, des additions. Cela péchait
par la forme, et aussi par le fond, car cela dénaturait tout à fait le
traité. M. Laforest s’est refusé longtemps à accepter cette
ratification ; enfin il l’a acceptée à condition que j’approuverais.
Je l’ai reçue à Munich. Comme on m’annonçait en même temps M. de
Haugwitz, je n’ai rien dit. M. de Haugwitz est arrivé ; je l’ai vu ; je
lui ai déclaré que je n’approuvais pas la ratification, que je
regardais le traité comme non avenu, et je lui ai témoigné tout mon mécontentement.
Voilà notre situation. Les
Prussiens n’ont pas désarmé. Une quinzaine de milliers de Russes sont
encore à l’extrémité de la Silésie. J’ai donc jugé à propos de
vous instruire de cette situation des choses, pour que vous préveniez le
maréchal Bernadotte de se tenir sur ses gardes et en mesure militaire,
quoique les Prussiens se soient en grande partie retirés de la Saxe.
Faites-lui connaître qu’il serait possible que je lui donnasse bientôt
l’ordre d’entrer dans le marquisat d’Anspach. Le
maréchal Augereau est à Francfort avec son corps d’armée, la division
Dupont et les Bataves. J’ai envoyé le maréchal Lefebvre à Darmstadt
avec deux divisions de la réserve qu'il commande, faisant à peu près 14
à 15,000 hommes. J’imagine que le maréchal Mortier est déjà arrivé à
Eichstædt. Le
roi et la reine de Naples sont embarqués ; les Russes et les Anglais sont
embarqués. Le prince Joseph compte entrer à Naples le 15 février. Je
ne sais ce que vous voulez me dire pour la remise du Tyrol, puisque le Tyrol
n’appartenait pas à l’Autriche. Il m’appartient par droit de conquête
; c’est à moi à le remettre au roi de Bavière. Chassez le commissaire
d’Autriche ; l’Autriche n’a rien à y faire. Quant
à Salzburg,[1]
si le roi de Bavière ne l’a pas remis, qu’il le garde encore ; on peut
y rester encore deux mois, et, en attendant, vivre dans le pays :
parlez‑lui‑en dans ce sens ; on est toujours à temps de céder. J’imagine
que les maréchaux Ney, Soult, Davout ont leurs corps réunis, approvisionnés
de tout et en état de faire campagne. Vous pouvez même leur écrire une
petite lettre confidentielle pour leur dire que tout n’est pas fini avec
la Prusse ; que le maréchal Augereau est à Francfort, Lefebvre à
Darmstadt ; qu’ils se tiennent toujours en mesure ; que tout se réorganise,
et que rien ne leur échappe. Vous‑même ayez l’œil que tout, dans
ce sens, se maintienne en règle. J’ai
laissé à Strasbourg un piquet de mes chevaux et 300 hommes de ma Garde ;
au moindre événement, j’y arriverai comme l’éclair ; mais ayez la
plus grande prudence, car il ne faut pas donner une alarme inutile. A l’heure qu’il est, vous savez que Pitt est mort ; mais vous ignorez peut‑être que Cornwallis est mort aussi ; cette mort met les Anglais dans un grand embarras aux Indes ; ils comptaient beaucoup sur le caractère sage de cet homme estimable pour rétablir leurs affaires dans ce pays. Ils n’ont plus que des subalternes pour gouverner ; ils sont là dans une situation assez critique. On
dit que Fox est aux affaires étrangères, Windham à la guerre, Spencer à
l’amirauté, le célèbre Addington à la trésorerie ; mais tout cela
n’est pas très‑certain. Vous
pouvez autoriser le maréchal Bernadotte à s’étendre sur les possessions
de l’Ordre teutonique et des petits princes qui avoisinent Eichstædt. NAPOLÉON. Dépôt
de la guerre. (En
minute aux Arch. de l’Emp.) 739.
‑ ENTRÉE DES AUTRICHIENS A WURZBURG ET DES PRUSSIENS DANS LE HANOVRE.
‑ ORDRE D’OCCUPER ANSPACH. ‑ INSTRUCTIONS DIVERSES. POUR LES
MARÉCHAUX. AU
MARÉCHAL BERTHIER. Paris,
14 février 1806. Mon
Cousin, j’apprends que des bataillons autrichiens sont entrés à Würzburg.
Vous voudrez bien faire connaître sur‑le‑champ à M. de
Liechtenstein que je ne
veux point de troupes autrichiennes à Würzburg. L’Electeur formera ses
premières troupes, dans la Westphalie ; sans cela Würzburg deviendra ce
qu’était la Souabe. Les troupes autrichiennes ne doivent pas sortir de
leurs limites. Vous expédierez un courrier au général Andréossy pour lui
ordonner de s’en expliquer clairement. Il faut parler haut ; il est temps
que l’Autriche me laisse tranquille et reste chez elle. Vous ferez connaître
an prince Liechtenstein mon mécontentement à l’occasion de la
publication des pièces des traités conclus avec l’Angleterre, où M. de
Stadion joue un si mauvais rôle. Cela n’est point propre à me donner de
la confiance pour les relations futures. Si les troupes autrichiennes
s’obstinent à rester à Würzburg, vous les ferez enlever, et vous
direz à M. de Liechtenstein que vous en avez reçu l’ordre ; je ne veux
point de troupes autrichiennes au delà de leurs limites héréditaires. Faites
sur cet objet une note officielle, dont vous m’enverrez copie pour être déposée
aux archives, dans laquelle vous établirez pour principe que je n’entends
point que les troupes autrichiennes passent jamais leurs frontières. Vous
donnerez ordre au maréchal Bernadotte d’occuper Anspach avec son corps
d’armée. Vous donnerez le même ordre au maréchal Mortier, qui sera sous
ses ordres. Il prendra possession du pays au nom du roi de Bavière. Il fera
connaître par une proclamation qu’en conséquence d’un traité conclu
entre la France et la Prusse, S. M. Prussienne a consenti à céder Anspach
au roi de Bavière, et que l’occupation de ce pays doit être faite par
les troupes françaises, au même moment que les troupes prussiennes
occuperont le Hanovre ; que, les Prussiens occupant cet électorat, il a
ordre de son souverain de procéder à l’occupation d’Anspach ; que ses
troupes y maintiendront une bonne discipline, et que les revenus et
ressources du pays seront mis en séquestre pour l’entretien des troupes
qui l’occuperont pendant le temps qui sera jugé nécessaire. Avant de
publier cette proclamation, le maréchal Bernadotte fera marcher ses
divisions, entrera dans le pays d’Anspach et en occupera tous les points.
Il fera connaître au commandant des troupes prussiennes qu’elles
doivent se retirer ; qu’il doit en avoir reçu l’ordre, puisque les
Prussiens sont en Hanovre. Du
reste, vous recommanderez au maréchal Bernadotte d’y mettre toutes les
formes, de parler avec un grand éloge du roi de Prusse, et de faire tous
les compliments usités en ces circonstances. Il ne correspondra pas avec
le roi de Bavière, ni avec ses ministres. Il prendra toutes les mesures nécessaires
pour pourvoir à la nourriture et à l’entretien de ses troupes, et les
cantonnera là jusqu’à nouvel ordre. Comme son corps d’armée est trop
considérable pour pouvoir vivre dans le pays d’Anspach, il pourra s’étendre
sur le territoire des petits princes voisins, sans cependant toucher à
Baireuth. Je n’ai pas besoin de dire qu’il doit rester sur ses gardes et
avoir l’œil ouvert sur les mouvements des Prussiens s’il y en avait à
portée de lui. Indépendamment
du corps du maréchal Mortier, le maréchal Bernadotte aura sous ses ordres
une division de dragons et une division de grosse cavalerie. Quand vous le
jugerez convenable, vous donnerez ordre au maréchal Davout de se porter sur
Eichstædt, pour appuyer le maréchal Bernadotte et s’étendre derrière
lui. Vous donnerez ordre à la division de dragons qui est arrivée à
Augsbourg de se rendre à Francfort, où elle sera sous les ordres du maréchal
Augereau. Quand
le jour de rigueur d’évacuer Salzburg sera arrivé, et pas un jour avant,
vous ferez filer le maréchal Ney sur Augsbourg, où il attendra de nouveaux
ordres. Le
maréchal Soult occupera avec son corps d’armée les villes suivantes
jusqu’à nouvel ordre, savoir une division à Braunau, une division à
Passau, et une à Landshut. Ayez soin que toute l’artillerie soit évacuée. Parlez
au roi de Bavière pour qu’il y ait dans le Tyrol, principalement du côté
de Salzburg, une grande quantité de ses troupes, surtout dans le premier
moment. Si vous le jugez nécessaire, vous pourrez y placer une brigade du
corps du maréchal Soult. M.
de Haugwitz a signé hier un autre traité ; nous verrons si les
Prussiens seront plus fidèles à celui-ci qu’à celui de Vienne ; il
faut donc se tenir en mesure. Ayez
soin que tous les
détachements qui sont à Augsbourg et à Ulm rejoignent leurs corps.
Faites-moi connaître le jour où le maréchal Bernadotte prendra
possession d’Anspach, où le maréchal Mortier sera derrière lui pour
le soutenir, où le maréchal Davout sera à Eichstædt, et où le maréchal
Ney se dirigera sur Augsbourg. Voici mes dispositions pour la cavalerie de
la réserve : une division de dragons et une de grosse cavalerie avec le
corps du maréchal Bernadotte ; une division de dragons, celle qui a été
à Augsbourg, avec le corps du maréchal Augereau ; une division de dragons
et une de grosse cavalerie avec le corps du maréchal Soult ; l’autre
division de dragons à Augsbourg. Donnez
ordre au général Oudinot de se rendre avec ses grenadiers à Strasbourg.
Vous ferez connaître au maréchal Kellermann que mon intention est
qu’il donne 150 des plus beaux hommes des 3,000 conscrits habillés du dépôt
général à chacun des bataillons du général Oudinot. Je
vous ai écrit de faire remplacer le général Caffarelli, dans le
commandement de sa division, par le général Morand, et le général Loison
par le général Marchand. Tenez‑vous‑en
strictement aux ordres que je vous donne ; exécutez ponctuellement vos
instructions ; que tout le monde se tienne sur ses gardes et reste à son
poste ; moi seul, je sais ce que je dois faire. Si le ministre de Prusse
vient vous voir à Munich et vous parle de l’occupation d’Anspach, répondez‑lui
que c’est par mon ordre : les Prussiens n’ont‑ils pas occupé le
Hanovre ? Du reste, dites beaucoup de belles paroles pour la Prusse.
J’apprends avec déplaisir que votre santé est mauvaise ; mais nous
nous verrons bientôt ; il me tarde autant qu’à vous que vous reveniez ;
mais vous voyez comme je suis maîtrisé par les circonstances. Voyez
le roi de Bavière et remettez‑lui la lettre ci‑jointe, mais
quarante‑huit heures après que les ordres seront partis pour le maréchal
Bernadotte. Vous causerez avec lui, vous lui direz que l’ordre pour
l’occupation d’Anspach est parti, qu’il ne faut rien dire ; que, quant
à la prise de possession par les troupes françaises, il ne doit se mêler
de rien, afin de ne pas irriter majeurement la Prusse ; que le traité de
Vienne n’a été ratifié par le roi de Prusse qu’avec beaucoup de
changements que je n’ai pas approuvés ; que j’ai en conséquence
malmené M. de Haugwitz ; qu’un autre traité a été signé hier par
M. de Haugwitz ; qu’on ne sait point s’il en sera de celui‑ci de
même que du premier ; mais que, puisque les Prussiens sont entrés en
Hanovre avant que rien fût fini, je prends possession d’Anspach ; que ces
messieurs prétendaient occuper le Hanovre et ne nous livrer Anspach que
lorsque les Anglais consentiraient sans doute à la perte du Hanovre,
c’est‑à‑dire jamais ; qu’on ne va pas manquer à Anspach de
s’adresser à lui lorsque les troupes françaises y entreront ; mais
qu’il doit dire qu’il va répondre, qu’il va m’en écrire, et des
choses vagues. NAPOLÉON. Dépôt
de la guerre. (En
minute aux Arch. de l’Emp.) 740.
‑ INTENTIONS DE L’EMPEREUR RELATIVEMENT AUX TRAVAUX DE FORTIFICATION
DES PLACES D’ITALIE. AU
GÉNÉRAL DEJEAN. Paris,
15 février 1806. Monsieur
Dejean, je reçois votre lettre ainsi que celle du général Chasseloup du
23 janvier. Je désir que les projets de Palmanova, d’Osoppo et de Venise
me soient envoyés. Vous lui répondrez que je ne l’autoriserai à venir
que lorsque j’aurai pensé que ce projets sont assez mûrs, et qu’il
aura pu, sur le lieux, répondre aux objections qui lui seront faites Quant
à Alexandrie, je désire avoir l’état des travaux à faire cette année.
Je veux achever Alexandrie mais je ne veux y dépenser que deux million en
1806. Je désire qu’il me présente un plan et un mémoire dans lequel il
me détaillera l’état des travaux au 1er février, ouvrage par ouvrage,
et son projet de distribution de la somme ci‑dessus également
ouvrage par ouvrage. Ces deux millions doivent être employés de manière
que la ville soit mise le plus tôt possible en état de défense, ce qui ne
pourra avoir lieu que lorsque les demi‑lunes seront terminées. Je désire
qu’on porte les travaux de Legnago et de Mantoue au point que je vous ai
indiqué en vous faisant connaître les fonds que je veux y mettre. Je ne
vois pas d’inconvénient a employer 100,000 francs aux travaux de
Plaisance et 100,000 francs à ceux de Gênes. Je vous prie aussi de vous
occuper d’un rapport sur Juliers, sur Kehl et sur Cassel, afin qu’au
commencement du printemps on puisse faire ces travaux dans l’ordre convenable.
Je suis mécontent de ce que le corps du génie fasse aujourd’hui dans ses
calculs abstraction de l’argent, qui devrait être la base de ses aperçus,
et du temps, dont je ne suis pas maître. Je vous répéterai ici mon adage
: chaque fois qu’on dépense 100,000 écus dans les travaux d’une place,
on doit lui donner un degré de force de plus. C’est ce qui n’est pas
arrivé en dernier lien, car, après avoir dépensé huit ou dix millions en
Italie, ces places n’étaient pas plus fortes. Quand un ingénieur demande
plusieurs années, son plan est mal rédigé ; ce qu’on peut lui accorder,
c’est une campagne, encore n’en est‑on pas toujours le maître. NAPOLÉON. Dépôt
de la guerre. (En
minute aux Arch. de l’Emp.) 741.
‑ ORDRES AU SUJET DES BATAILLONS DU TRAIN DE NOUVELLE FORMATION.
‑ MESURES CONCERNANT L’ARTILLERIE EN ITALIE. AU
GÉNÉRAL DEJEAN. Paris,
17 février 1806. Monsieur
Dejean, vous me demandez mes ordres sur les 9è, 10è et 11è bataillons du
train de nouvelle formation. Mon intention est que ces bataillons soient
conservés, mais qu’il n’en soit pas fait de dédoublement,
c’est‑à‑dire de bataillons bis. Donnez donc des ordres pour réincorporer
dans les bataillons principaux ce qui aurait formé les bataillons bis pour
ces trois numéros. Complétez ces bataillons et mettez‑les en état
de partir. Préparez‑moi
un travail général sur l’artillerie. Mon intention est d’avoir pour le
service des 27è et 28è divisions militaires une seule école à Alexandrie.
On pourra, s’il est nécessaire, continuer à la laisser à Turin. Il y
aura dans cette école un régiment d’artillerie à pied et un régiment
d’artillerie à cheval, qui feront le service de Gênes et des 27è
et 28è divisions militaires. Un
régiment d’artillerie à pied sera destiné à faire le service de
l’armée de Naples et de l’armée qui est en Italie, savoir : un
bataillon complet à l’armée de Naples et un autre à celle d’Italie. Le
bataillon qui sera dans le royaume d’Italie sera placé à Padoue ; il
sera employé au service de Venise ; celui qui sera destiné pour le
royaume de Naples aura son école à Naples. Il y aura aussi un régiment
d’artillerie à cheval pour l’armée d’Italie, lequel tiendra un
escadron détaché à l’armée de Naples. Il
y aura deux bataillons principaux du train à l’armée de Naples et deux
à l’armée d’Italie ; il n’en restera donc plus que sept pour
l’intérieur de la France. Les
établissements français en Italie seront spécialement concentrés à
Alexandrie ; et, en attendant que cette place puisse jouer le rôle auquel
elle est destinée, on pourra, si on le juge convenable, les laisser
provisoirement à Turin. Les établissements provisoires et d’armée pour
l’armée d’Italie seront à Padoue. Cependant,
pendant bien des années encore, il faut que les arsenaux et établissements
de Grenoble soient tenus en état, soit qu’on y travaille ou non, de sorte
qu’au premier événement on puisse les réouvrir pour défendre les
Alpes. Tous les magasins d’artillerie appartenant à la France devant le
plus possible être concentrés dans Alexandrie, on ne doit avoir ailleurs
d’autres magasins que des dépôts, et l’armée d’Italie
elle‑même n’en doit avoir qu’au delà de Mantoue. Enfin recommandez
bien à tous les officiers d’artillerie qui sont en Italie de renfermer
tous les canons et les magasins dans les places fortes. Je n’ai besoin,
du reste, surtout dans ce moment‑ci, d’aucun mouvement
extraordinaire d’artillerie de France en Italie ; il faut attendre la
belle saison. NAPOLÉON. Dépôt
de la guerre. (En
minute aux Arch. de l’Emp.) 742. ‑ MODIFICATIONS A APPORTER DANS L’EMPLACEMENT DE SES TROUPES. ‑ DISPOSITIONS A PRENDRE EN ISTRIE ET EN DALMATIE. AU
PRINCE EUGÈNE. Paris,
21 février 1806. Mon
Fils, je ne puis encore former une compagnie de gardes d’honneur de
Venise, puisque Venise n'est pas encore réunie à mon royaume d’Italie.
Vous avez très‑mal fait de prendre un décret pour dessécher les
marais de Capo d’Istria, et d’avoir affecté des domaines nationaux à
cette dépense : je n’approuve pas ce décret. Vous vous êtes aussi trop
pressé de faire des changements aux douanes de Venise relativement aux
vins. Votre décret sur les finances, daté de Venise du 7 février, paraît
tendre à faire entrer de la mauvaise monnaie dans le trésor. Vous ne
pensez pas que j’ai besoin de beaucoup d’argent. Avant que je puisse
confirmer le décret d’importation des vins de Venise, il faut que je
sache ce que cela fera perdre au trésor. Ménagez
mes fusils ; le ministre de la guerre se plaint que vous en employez
beaucoup. Ne prenez pas surtout des fusils français pour l’armée
italienne sans que je vous y autorise. Le général Laplanche-Mortière,
avec quatre bataillons d’élite, doit vous arriver ; faites rejoindre son
corps à chacun de ces bataillons ; ce sont les 9è, 13è et 81è de ligne.
Je vois que le 9è est à Vérone et que son dépôt est à Legnago. Réunissez
les corps ; sans cela il n’y a point d’ordre. Vous le savez, vous qui
avez été chef de corps. Je vois que le 60è est à Venise, et son dépôt
à Palmanova ; cela ne vaut rien. Dans votre état de situation, il n’est
pas dit où est le 106è. Le 3è de chasseurs est à Padoue, et son dépôt
à Codogno. Vous ne me dites pas où est le dépôt du 5è de ligne. Écrivez
au général Menou pour que les dépôts des régiments qui composent votre
armée rentrent sous votre commandement et quittent la France. Il faut réunir
les dépôts des corps qui sont en Dalmatie à Venise, à Trévise, ou à
Palmanova, à votre choix. Vous ne me dites pas où est le dépôt du 8è
d’infanterie légère, non plus que du 13è et du 81è de ligne. Le 4è de
cuirassiers est à Trévise et son dépôt est à Lodi ; idem
le 6è, idem le 7è, idem
le 8è ; cela ne vaut rien. Le 15è est à Udine, et son dépôt est à
Vigevano ; le 19è à Sacile, et son dépôt à Vigevano ; le 23è est à
Pordenone, et son dépôt à Verceil ; le 24è est à Latisana, et son dépôt
à Codogno. Réunissez‑les dans des garnisons fixes ; placez‑les
dans des endroits sains et où les fourrages soient à bon marché. Faites
partir les pionniers noirs pour l’armée de Naples. Comment se
fait‑il que ce corps soit réduit à 450 hommes ? Il est très‑mal
placé à Palmanova. Le royaume de Venise doit très‑bien fournir au
peu d’hommes que vous avez. Je ne vois pas la situation du corps du général
Marmont dans votre état ; envoyez‑lui un aide de camp pour la lui
demander. Ne mettez aucun corps que le sien entre l’Isonzo et le Tagliamento.
Les 5è, 23è et 79è, qui sont en Dalmatie,
doivent être au grand complet de guerre et portés à 3,000 hommes.
Les conscrits qui n’auraient point de destination doivent être spécialement
affectés à ce corps. Je ne vois pas, dans votre état, qui commande
l’artillerie et le génie du corps du général Molitor en Dalmatie.
J’estime qu’il lui faut au moins quatre compagnies d’artillerie au
grand complet de guerre, c’est‑à‑dire à 100 hommes, un
colonel d’artillerie directeur, un lieutenant‑colonel sous
directeur, une demi‑compagnie d’ouvriers. Je ne vois pas non plus
combien il y a de pièces de canon. Ces étais sont très‑mal faits.
Envoyez‑lui deux compagnies de sapeurs au grand complet de guerre et
quatre capitaines en second d’artillerie ; indépendamment de cela,
envoyez‑lui deux compagnies d’artillerie italienne au grand complet
de guerre. Il me paraît qu’il n’a point de cavalerie ; je crois qu’il
ne lui en faut pas beaucoup, mais il lui en faut un peu. Envoyez‑lui
un petit régiment de chasseurs. J’approuve fort que vous lui ayez envoyé
le 81è ; faites‑lui passer, de plus, un bataillon d’élite.
Faites‑lui passer le 8è d’infanterie légère, et remplacez ce régiment
dans l’Istrie par le 60è de ligne ; de sorte que le général Molitor
aura le 8è d’infanterie légère, les 5è, 23è, 79è et 81è de ligne,
quatre compagnies d’artillerie française, deux de sapeurs, une
demi‑compagnie d’ouvriers, douze pièces d’artillerie, deux
compagnies d’artillerie italienne, un régiment de chasseurs ; ce qui,
avec les conscrits que vous lui enverrez le plus tôt possible, ayant soin
de les habiller et de les armer auparavant, portera son corps à 15,000
hommes. Envoyez‑lui un commissaire ordonnateur, un inspecteur aux
revues, trois commissaires des guerres, un adjudant commandant et trois généraux
de brigade, y compris ceux qu’il a. Le général Seras aura dans
l’Istrie le 13è et le 60è, deux compagnies d’artillerie, douze pièces
de canon, une compagnie d’artillerie italienne, une demi‑compagnie
d’ouvriers, un régiment de chasseurs, un directeur d’artillerie, un
directeur du génie ; le tout formant un corps de 6,000 hommes. Il restera
au général Miollis les 9è, 53è et 106è de ligne. Vous
devez avoir reçu à Vérone les conscrits partis de Strasbourg. J’en ai
vu passer un convoi de 2,000. Il y a dans le royaume d’Italie un grand
nombre de commandants de place qui y sont inutiles ; envoyez‑les dans
les places de l’Istrie et de la Dalmatie. Je n’ai rien vu de mal fait
comme l’état de situation que vous m’avez envoyé. Le général Charpentier
ne se donne pas les peines convenables ; faites mieux que cela. Envoyez
en Istrie et en Dalmatie des cartouches et des biscuits en grande quantité.
Si un régiment de cavalerie était de trop en Istrie et en Dalmatie,
envoyez‑y au moins un escadron. Enfin ne vous endormez point. Songez
bien que la paix peut n’être pas aussi sûre que vous pourriez le penser
; que la Dalmatie peut être attaquée par les Russes. J’imagine que
Lauriston a été en prendre possession. Si vous lui aviez donné des ordres
contraires, révoquez‑les, car mon intention est qu’il y aille. NAPOLÉON. Comm.
par S. A. I. Mme la duchesse de Leuchtenberg. (En
minute aus Arch. de l’Emp.) 743.
‑ REPROCHES SUR L’INSUFFISANCE DES ÉTATS ET RENSEIGNEMENTS FOURNIS. AU
PRINCE EUGÈNE. Paris,
27 février 1806. Mon
Fils, je reçois votre lettre du 21 février. Je ne vois pas pourquoi vous
m’écrivez quatre pages sur ce que vous avez fait relativement à
l’affaire de Crespino. Je ne blâme pas votre conduite ; le rapport de la
police, je le tiens de vous ; il n’est pas conforme à ce que j’ai fait,
mais cela n’était pas nécessaire. Faites exécuter mon décret et
donnez‑lui la plus grande publicité. L’architrésorier
se plaint que le 67è n’est pas arrivé à Gènes. Ces plaintes
n’auraient pas lieu si votre chef d’état‑major faisait son métier,
et si, après avoir envoyé un ordre à un corps, il envoyait sa feuille de
route au ministre de la guerre. Le ministre ne manque jamais de me remettre
ces états, et je suis à même de vérifier l’exécution de mes ordres ;
mais votre chef d’état‑major ne fait rien. Par
tous les règlements qu’a faits le général Lauriston sur la marine de
Venise, je vois que les dépenses ont été augmentées ; il n’est donc
pas réel de dire qu’elles ne sont pas plus considérables que sous les
Autrichiens. Ce n’est pas par des états sommaires que l’on fait connaître
une situation de finances quelconque, mais par des états détaillés et des
pièces à l’appui. Le pays vénitien serait bien peu de chose s’il ne
rendait que 873,000 francs par mois, et s’il en coûtait 700,000. Je
n’ai reçu aucun état sur Venise. Vous ne m’avez envoyé aucun mémoire
raisonné, ni aucun détail des impositions, de manière que l’état des
finances du pays vénitien m’est plus étranger que celui du royaume de
Naples, car le prince Joseph, depuis qu’il est arrivé, m’a déjà envoyé
des aperçus sur les finances de ce pays. Je ne conçois pas comment, dans
le mois de mars, vous n’aurez que 167,000 francs pour votre armée, si en
mars et en avril vous avez 1,600,000 francs provenant des impositions foncières
(l’imposition foncière est une imposition ordinaire), et si, indépendamment
de cette somme, vous devez recevoir des
contributions arriérées, qui nécessairement se classent dans les
contributions ordinaires. Je ne suis donc point content des explications que
contient votre lettre du 21 février. Votre lettre du 22 ne m’apprend
rien, ni sur les biens nationaux, ni sur les couvents. Je ne sais rien sur
l’organisation du pays de Venise. Vous ne m’envoyez pas le nombre des
maisons religieuses. J’ignore ce que rendent le sel, le tabac, les
douanes, les postes, les loteries, les droits de consommation, etc. Si vous
le savez, pourquoi me donner des renseignements incomplets ? Si vous ne le
savez pas, c’est votre faute : vous deviez savoir tout cela
quarante‑huit heures après votre arrivée à Venise. Vous voudrez
bien permettre que je vous écrive de ce style, sans vous fâcher. Il était
inutile que vous m’écriviez deux pages sur un considérant, puisque vous
avouez qu’il est mauvais. Le ministre de la guerre ici ne sait rien de
votre armée, ni comment elle vit, ni ce qu’elle coûte, enfin son véritable
budget. L’art consiste à faire travailler plus encore qu’à se fatiguer
beaucoup ; et si, à chaque chose que je vous ai demandée, vous vous étiez
fait remettre un mémoire et des états par des personnes instruites de
Venise, j’eusse été satisfait. En résumé, je vous demande ce que je
vous ai demandé depuis deux mois : 1° un état des recettes du pays de
Venise, en prenant une année moyenne, imposition par imposition, et
distinguant le revenu brut et le revenu net ; 2° un état, masse par masse,
de ce que coûte mon armée dans le pays de Venise et dans mon royaume
d’Italie ; 3° le budget de 1806 de mon royaume d’Italie, corrigé ; 4°
les comptes de mes ministres de 1805, et surtout des ministres des finances
et du trésor public, pour qu’il soit rendu compte à mes peuples
d’Italie de ce qu’on fait de leur argent ; 5° un état, divisé par
provinces, de ce qui a été perçu depuis l’entrée des Français, et des
dons faits au maréchal Masséna ou autres par les gouvernements
provisoires. Voilà
les états que je vous demande et dont j’ai besoin. Si vous voulez me
prouver que vous connaissez le pays, envoyez‑moi ces états en grand
détail. NAPOLÉON. Comm.
par S. A. I. Mme la duchesse de Leuchtenberg. (En minute aux Arch. de l’Emp.) 744.
‑ DÉCRET RELATIF A LA NOURRITURE DES TROUPES PAR LES MASSES
D’ORDINAIRE. Palais
des Tuileries, 12 mars 1806. NAPOLÉON,
Empereur des Français, roi d’Italie, Voulant
fournir aux soldats qui composent nos armées une nourriture plus abondante,
qui conserve leur santé et qui contribue à fortifier leur constitution, Sur
le rapport de notre ministre de la guerre, Notre
Conseil d’État entendu, Nous
avons décrété et décrétons ce qui suit : ARTICLE
PREMIER. ‑ A compter du 1er mai prochain, il sera fourni une masse
d’ordinaire, laquelle sera administrée par les capitaines, sous la
surveillance des colonels et des chefs de bataillon des corps. Cette
masse sera composée : 1°
Des cinq centimes que nous avons accordés par notre arrêté du 24 frimaire
an XI ; 2°
De 10 centimes que nous accordons par le présent décret, lesquels ne
seront payés qu’aux hommes présents sous les armes ; 3°
Du restant de la solde, prélèvement fait de la masse de linge et
chaussures et des deniers de poche. ART.
2. ‑ Moyennant cette masse, les compagnies seront tenues de procurer
au moins trois onces de pain blanc pour la soupe par chaque soldat, une
demi‑livre de viande et des légumes nécessaires à son ordinaire. ART.
3. ‑ Les capitaines pourront ou traiter pour la fourniture du pain de
soupe, ainsi qu’il est prescrit par l’arrêté du 24 frimaire an XI, ou
faire acheter le pain de soupe par les chefs d’ordinaire ; ils pourront de
même, pour la fourniture de la viande, ou traiter avec des bouchers ou
entrepreneurs, ou faire faire boucherie, ou faire acheter la viande par
les chefs d’ordinaire. Dans
les villes ou autres où il est ou sera établi des octrois sur les bestiaux
ou sur la viande, les troupes y seront soumises comme le reste des citoyens. ART.
4. ‑ Les capitaines ne pourront employer ou laisser employer aucun des
deniers de la masse d’ordinaire à aucune autre destination que celle prescrite
par l’article 2. Toute
répartition des deniers de cette masse entre les membres de l’ordinaire
ou tous autre est absolument prohibée. Les économies appartiendront aux
compagnies, seront conservées dans la caisse des corps et réservées pour
parer aux accroissements de prix que le pain, la viande ou les légumes
pourront éprouver. ART.
5. ‑ Le colonel ou autre chef des corps se fera représenter chaque
mois les registres de la masse d’ordinaire de chaque compagnie et le
visera. Il
visera fréquemment quelques‑uns des livres que les chefs
d’ordinaire doivent tenir, afin de s’assurer de la pleine et entière exécution
des articles 2 et 4 ci‑dessus. ART.
6. ‑ Les inspecteurs et sous‑inspecteurs aux revues vérifieront,
viseront, lors de leur revues, les registres des masses d’ordinaire de
toutes les compagnies ; les officiers généraux, inspecteurs d’armes, les
arrêteront définitivement. Les
uns et les autres s’assureront de la régularité et de la bonté de la
gestion de ladite masse et particulièrement de l’exécution des articles
2 et 4 ci‑dessus. ART.
7. ‑ En conséquence de ces dispositions, toutes nos troupes, dans
quelque lieu qu’elles se trouvent, seront traitées de même et n’auront
droit à aucune augmentation. ART.
8. ‑ Lorsque des corps seront mis sur le pied de guerre, il leur sera
fait, sur la masse d’ordinaire, une retenue de 15 centimes, et, en échange,
il leur sera fourni en nature quatre onces de pain de munition en supplément
de la ration, une demi‑livre de viande et deux onces de légumes. ART.
9. ‑ La surveillance des masses d’ordinaire et de leur emploi sera
dans les attributions du ministre directeur de l’administration de la
guerre. ART.
10. ‑ Nos ministres de la guerre, de l’administration de la guerre
et du trésor public, sont chargés, chacun en ce qui le concerne, de l’exécution
du présent décret. NAPOLÉON. Archives
de l’Empire. 745.
‑ ORDRE DE VÉRIFIER LES MAGASINS DU MUNITIONNAIRE GÉNÉRAL. AU
GÉNÉRAL DEJEAN. Paris,
16 mars 1806. Monsieur
Dejean, je désire que vous vous assuriez sans délai, et sans recourir à
l’intermédiaire de votre bureau des vivres, ni à celui des commissaires
des guerres, si les magasins des vivres du munitionnaire général de
l’armée de terre contiennent réellement les froments et seigles portés
sur les états et certifiés par les commissaires des guerres. Vous
ferez faire cette vérification dans cinq ou six divisions à votre choix,
et vous m’en ferez un rapport. NAPOLÉON. Dépôt
de la guerre. (En
minute aux Arch. de l’Emp.) 746.
‑ CONSEILS POUR LA CONSTITUTION D’UNE ARMÉE NAPOLITAINE. AU
PRINCE JOSEPH. Paris,
31 mars 1806. Le
général Dumas doit vous être arrivé à l’heure qu’il est. Je désire
qu’il puisse satisfaire les espérances que vous en concevez. Il a du
talent. Voyant que vous n’avez personne à mettre à la tête de Naples,
je vous ai envoyé le maréchal Jourdan, homme d’un grade supérieur. Il
sera uniquement destiné au gouvernement de Naples. Lucotte ne peut inspirer
ni aux maréchaux ni même aux habitants ; il pourra remplir sous lui les
fonctions de commandant d’armes. J’ai
reçu votre lettre du 13 mars. Voilà près d’un mois que vous êtes maître
de Naples. Je n’entends pas encore que vous soyez à Tarente. J’espère
qu’à l’heure qu’il est vos troupes sont arrivées à Reggio. Je vous
ai déjà dit que j’ai réuni vos dépôts dans la Romagne et le Bolonais
; je vais y envoyer un commandant. Vous avez quatorze régiments ; avec
les Italiens, cela vous fera un corps beaucoup trop considérable. Vous
n’avez pas besoin de 25,000 hommes pour prendre la Sicile ; un corps de
15,000 est plus que suffisant. Toute cette canaille, Napolitains et
Siciliens, sont bien peu de chose. Les Corses étaient bien autre chose, et
ils n’ont jamais résisté seulement à huit bataillons. Les
Russes se sont emparés des bouches de Cattaro, que les Autrichiens leur
ont indignement livrées. Cela les attire de ce côté, ce qui les intéresse
beaucoup plus que les affaires de Naples. Je vous ai envoyé... en or.
J’ai fait payer les 500,000 francs que vous avez passés sur moi. Je ferai
encore payer 2,500,000 francs de lettres de change ; mais ne comptez pas sur
davantage. J’ai des dépenses immenses. Mon armée doit être maintenue
sur un pied respectable, car tout peut ne pas être fini. J’ai pris
possession de Wesel, qui est une des plus fortes places du Rhin. Je lui cède
le Hanovre. Le prince Murat a été reconnu duc de Clèves et de Berg, ce
qui lui donne 400,000 âmes de population. J’ai écrit en Hollande, et,
sous peu de jours, le prince Louis sera fait stathouder héréditaire de
Hollande. Je désirerais avoir un rapport de vos places fortes. Ne
serait‑il pas convenable de raser Capoue ? Faites-moi faire, par le
général du génie, un rapport général, afin que je fasse connaître mon
opinion. Maîtres comme nous le sommes………. les places fortes ne
peuvent que retarder la marche d’une armée. S’il en faut, il en
faudrait une seule pour servir de grande place de dépôt, où l’on
pourrait réunir ses dépôts et établissements, dans le cas où il
faudrait concentrer ses forces pour défendre l’Adige. Vous sentez que je
parle pour les dix premières années ; car, dans ce terme, vous aurez assez
de crédit parmi cette population pour avoir une armée vraiment
napolitaine. L’armée napolitaine n’est rien, n’a jamais rien été,
ne peut devenir une armée que par une suite de soins et de temps. Bien loin
d’exiger que le royaume de Naples me nourrisse une trop grande armée, je
voudrais y laisser le moins de troupes possible. Je voudrais n’avoir à
Naples que six régiments, à quatre bataillons chacun, toujours au grand
complet de guerre, ce qui ferait 16,000 hommes ; dix compagnies
d’artillerie au complet de guerre, ce qui ferait 1,000 hommes ; deux régiments
de chasseurs, formant 1,600 hommes et 1,400 chevaux ; deux compagnies
d’artillerie légère et un bataillon du train ; deux généraux de
division ; un général de cavalerie, un d’artillerie, six généraux de
brigade. Tout le reste des officiers, si vous en avez besoin, vous les
prendriez à votre service. Cette armée, je voudrais qu’elle eût son
quartier général, ses dépôts, son parc, réunis dans un seul point, qui
serait la place forte. Vous pourrez avoir à votre solde un régiment
allemand, un ou deux régiments suisses, et je vous céderais celui que
j’ai, de quatre bataillons, et composé d’hommes attachés, extrêmement
opposés aux Anglais. Je ne pense pas que vous deviez tenir à Naples quatre
régiments de trois bataillons chaque, car que sert d’avoir une nombreuse
canaille, qui coûtera beaucoup et s’enfuira au premier coup de canon ?
Les officiers qui vous viennent du royaume d’Italie sont, en général,
des gens attachés. Si, ce que je ne crois pas, le peuple napolitain aimait
la guerre, avec trois ou quatre régiments tous les goûts militaires
doivent être satisfaits. S’il en était autrement, je préférerais avoir
trois ou quatre régiments qui serviraient en France, à ma
solde, que je mettrais dans le nord, qui purgeraient le pays et
franciseraient aisément l’armée napolitaine. Il faut que vous réfléchissiez
qu’il n’y a qu’un seul moyen de vous maintenir à Naples, c’est de
faire la fortune d’un grand nombre d’officiers français, qui s’y établiront,
et, étant riches, se marieront. Cela est facile, en leur distribuant une
quarantaine de millions de domaines nationaux. Ainsi donc, avant
d’atteindre les grandes chaleurs, vous pouvez renvoyer en France tous les
dragons qui ont besoin de se former, qui ne peuvent vous servir en Sicile et
vous sont superflus à Naples. Je crois que 3,000 chevaux vous suffiraient.
Et, enfin, il faut tenir vos troupes réunies pour les exercer, les tenir en
bon état, et, à tout événement, se porter sur le haut et sur le bas de
l’Italie.[2] NAPOLÉON. Archives
de l’Empire. [1]
D’après deux rapports de Berthier, en date du 14 et du 18 février
1806, il faut lire ici Würzburg au lieu de Salzburg, écrit par erreur. [2]
La minute de cette lettre présente des lacunes et des mots d’une
lecture difficile.
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