Institut de Stratégie Comparée, Commission Française d'Histoire Militaire, Institut d'Histoire des Conflits Contemporains

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Histoire Militaire et Stratégie
Correspondance de Napoléon
RIHM
 

 

 

Correspondance militaire
de Napoléon Ier

Extraite de la correspondance générale et publiée

Par ordre du ministère de la guerre

Tome quatrième  

Paris - 1876

 

 

827. – INSTRUCTIONS         POUR FORMER UNE 6è ET UNE 7è DIVISION ; LANGAGE A TENIR AU SUJET DE CETTE MESURE.

 

AU PRINCE EUGÈNE.

 

Posen, 8 décembre 1806.

 

Mon Fils, je pense qu’à l’heure qu’il est les divi­sions de Brescia, Vérone et Alexandrie sont réunies. Un grand nombre de conscrits doivent vous être arrivés. J’imagine qu’au fur et à mesure de leur arrivée aux dépôts vous les incorporez dans les compagnies de guerre, afin qu’on s’occupe avec la plus grande activité, dans les cantonnements, à les exer­cer et à les dresser. J’espère qu’au 1er janvier il n’y aura aucune de ces compagnies, soit du second corps de la Grande Armée, soit des divisions de Vérone, de Brescia et d’Alexandrie, qui ne soit à l’effectif de plus de 120 hommes, et qu’au 1er mars cet effectif se trouvera augmenté de manière que chaque compagnie se trouve à l’effectif de 140 hom­mes. Mon intention est que les 3es bataillons des         régiments à quatre bataillons qui sont à l’armée d’Italie rejoignent les divisions aussitôt que les compagnies seront à un effectif de plus de 120 hommes.

 

Mon intention est que, des 3es bataillons des régi­ments de l’armée de Dalmatie qui sont à quatre bataillons, il soit formé une division qui sera réunie         à Bassano. Le 3è bataillon du 11è de ligne et le 3è bataillon du 79è formeront un régiment provi­soire ; les 3es bataillons des 5è et 23è formeront un second régiment ; les 3es bataillons du 60è et du 20è ou 62è, à votre choix, formeront le 3è régiment. Ces trois régiments, devant faire une force de    6,000 hommes, formeront ainsi une 6è division. Vous ne réunirez cette division qu’au tant que chaque      bataillon pourra partir de son dépôt, fort de 800 hommes, pour se rendre aux cantonnements de Bas­sano. Dans tous les cas, je ne souhaite pas que ce soit avant le 20 janvier. Vous préparerez l’artillerie pour cette nouvelle division.

 

Une autre division sera formée de quatre régi­ments d’élite provisoires. Ce sera une division de réserve que vous joindrez à votre garde, et que vous       tiendrez toujours sous votre main. Vous la réunirez à Padoue. Elle sera composée conformément au tableau ci‑joint. Mon intention est que vous la composiez de beaux hommes pour les grenadiers, et de        petits hommes, mais robustes, pour les voltigeurs. Cette division commencera à se réunir le 1er février à Padoue. Il est convenable de proposer quelqu’un de très‑intelligent et bon manœuvrier pour la commander. Elle formera votre 7è division.

 

Vous ne ferez passer aucune troupe en Dalmatie ni dans le royaume de Naples sans mon autorisation.

 

Faites‑moi rédiger un état qui me fasse connaître la force des corps ; la force actuelle des dépôts ; ce qui leur reste à recevoir de la conscription de 1806 et de l’appel de la réserve (chaque état aura autant de feuillets qu’il y aura de régiments), et si vous avez assez de conscrits pour remplir mes intentions, c’est‑à‑dire si les régiments à trois bataillons peu­vent fournir deux bataillons à l’effectif de guerre de 140 hommes par compagnie, je dis à l’effectif et non présents sous les armes, et de plus les com­pagnies de grenadiers et de voltigeurs des 3es batail­lons, complétées à 100 hommes chacune, présents sous les armes. Les régiments à quatre bataillons doivent fournir trois bataillons à l’effectif de 140 hommes par compagnie, c’est‑à‑dire trois mille six ou sept cents hommes par régiment, et de plus les compagnies de grenadiers et de voltigeurs du 4è bataillon.

 

Je vous répète que je n’ai aucune raison de me méfier des intentions de l’Autriche ; vous devez être pacifique dans vos journaux, dans votre langage, et ne laisser courir aucun bruit qui puisse alarmer cette puissance. Vous devez dire que la plus grande partie de ces troupes doit filer pour la Grande Armée. Je vous ferai connaître plus tard mes intentions.

 

Vos divisions doivent employer les mois de janvier, février et mars à s’exercer dans leurs cantonnements ; les généraux de division et de brigade, à connaître leurs officiers ; vous, à exiger des généraux qu’ils s’occupent de leurs manœuvres ; de sorte, que j’aie en Italie une armée mobile de 60,000 hom­mes qui puisse se porter promptement partout où j’en aurai besoin. Quant aux dépôts de l’armée de Naples, le contingent qu’ils se trouvent vous fournir est peu considérable, puisqu’ils ne fournissent qu’une compagnie de grenadiers et de voltigeurs ; mais il faut qu’au printemps ils puissent me fournir 6,000 hommes pour recruter l’armée de Naples. Je vous donnerai des ordres pour leur envoi.

 

NAPOLÉON.

 

Comm. par S. A. I. Mme la duchesse de Leuchtenberg.

(En minute aux Arch. de l’Emp.)

 

 

828. -      OBSERVATIONS SUR L’ADMINISTRATION DE L’HABILLEMENT.

 

NOTE POUR L’INTENDANT GÉNÉRAL.

 

Posen, 12 décembre 1806.[1]

 

L’administration ne suit aucune marche, parce qu’il n’y a pas d’organisation. Le commissaire des guerres chargé de la partie est un polisson, parce qu’il n’a pas d’idée de sa besogne. Administration de l’habillement, il n’y en a point.

 

On me fera un état qui me fasse connaître ce qui a été fait en conséquence de l’ordre du jour du 1er novembre, relatif à la distribution des capotes. La ville de Francfort devait fournir 6,000 capotes, celle de Stettin 4,000 ; il y avait à Berlin, pris à l’ennemi, des draps pour faire beaucoup de capotes. Il en a été délivré 9,200 à différents corps ; il en a été accordé 10,000 par l’ordre du jour ; à Leipzig, il en a été accordé 27,000 par l’ordre du jour. J’ai distribué 66,000 capotes. Depuis j’ai ordonné que 20,000 capotes seraient achetées à Glogau, à compte de la contribution. J’en ai fait faire 3,000 à Mese­ritz, 3,000 à Posen. J’en ai 50,000 à Hambourg. Il parait que le prince de Ponte‑Corvo en a pris 5,000 à Lubeck. Il faut que quelqu’un soit chargé de la correspondance relative aux différentes parties de ce service, et qu’on me fasse connaître ce qui a été distribué. On me fera connaître aussi ce qui reste dans les différents magasins, et ce qui resterait à fournir. Ainsi, par exemple, Berlin avait plus de 9,200 capotes lorsque nous sommes entrés dans cette ville ; Leipzig devait fournir plus de 80,000 aunes de drap, ce qui fait plus de 25,000 capotes ; Berlin et Francfort n’ont peut‑être pas fourni l’un ses 10,000, l’autre ses 4,000 capotes.

 

Il faut me remettre les états sur autant de feuilles qu’il y a d’objets différents.

 

Il faut avoir un administrateur général, un inspecteur général, qui suivent la correspondance avec les employés chargés de l’habillement de chaque corps d’armée, et surveiller les distributions.

 

L’administration ne peut aller plus mal. On ne pourvoit à rien. Les effets se pourrissent à Spandau et ailleurs ; on ne prend aucun moyen pour pourvoir à leur entretien, à la responsabilité, etc.

 

NAPOLÉON.

 

Comm. par M. le comte Daru.

 

 

829. ‑ ORDRE POUR LA RÉORGANISATION DE L’ADMINISTRATION DES HOPITAUX DE L’ARMÉE.

 

ORDRE POUR L’INTENDANT GÉNÉRAL.

 

Posen, 12 décembre 1806.

 

1° Il sera confectionné sans le moindre délai à Berlin 6,000 matelas ; on emploiera, à cet effet, les 120,000 livres de laine qui se trouvent en magasin, et les 16,000 aunes de toile d’emballage ou de coutil qui se trouvent tant à Berlin qu’à Span­dau ; à mesure que 200 matelas seront faits, ils seront envoyés à Posen, et ainsi de tous successive­ment.

 

2° 12,000 tentes seront sur‑le‑champ employées pour confectionner 9,000 paires de draps, et 12,000 autres tentes seront également employées pour la confection de 40,000 chemises, et pour celle de 40,000 pantalons affectés au service des hôpitaux. A mesure que 5,000 de chacun de ces objets seront confectionnés, on les enverra, par la voie la plus prompte, à Posen, pour être affectés au service des hôpitaux de la Pologne.

 

3° Il sera passé à Posen un marché pour la con­fection de 1 000 paillasses. M. l’intendant général fera requérir dans la basse Silésie 2,000 couver­tures et 2 000 matelas. Il fera également requérir à Stettin 2,000 couvertures et 2,000 matelas. Il sera requis dans le département de Küstrin, et plus particulièrement à Landsberg et Francfort, 4,000 couvertures.

 

4° Le prix des objets requis ainsi qu’il est dit ci-­dessus sera fixé par l’intendant général, et la valeur en sera déduite sur les contributions imposées à chaque département.

 

A mesure qu’il y aura 1,000 couvertures fournies de celles requises dans le département de Küstrin, elles seront dirigées sur Posen. On fera en sorte qu’il y en ait 1,000 livrées avant le 18 décembre. Il faut, à cet effet, prendre de préférence celles qui sont déjà faites.

 

5° Il sera attaché à chaque hôpital, en Pologne, un prêtre catholique comme chapelain, qui sera nommé par M. l’intendant général ; ce prêtre sera chargé de la surveillance des infirmeries, et il lui sera alloué, à cet effet, une somme de 100 francs par mois, qui lui seront payés le 30 de chaque mois.

 

Les infirmiers seront payés tous les jours par les soins du chapelain, à raison de 20 sous par jour et indépendamment d’une ration de vivres qui leur sera distribuée. Le directeur de l’hôpital payera les infirmiers en présence du chapelain, sur les fonds mis à sa disposition, ainsi qu’il sera dit ci‑après.

 

6° L’intendant général, sur les fonds mis à sa disposition par le ministre de la guerre, prendra le mesures pour que chaque directeur d’hôpital ait toujours en caisse et par avance un fonds égal à 12 francs pour chaque malade que l’hôpital doit contenir par son organisation. Ce fonds servira payer la solde des infirmiers, à subvenir à Pacha des menus besoins, comme œufs, lait, etc. La viande, le pain et le vin seront fournis par l’administration. En conséquence, il est expressément défendu, sous la responsabilité de chacun, de faire aucune réquisition aux municipalités pour les petits aliments ou menus besoins. Tous les huit jours, les commissaires des guerres chargés de la surveil­lance de l’hôpital feront connaître à l’intendant général la dépense faite sur le fonds de 12 francs par malade que peut contenir l’hôpital, et qui aura été payée par l’économe, pour la solde des infir­miers et pour l’achat des petits aliments et le blan­chissage, afin que l’intendant fasse de nouveaux fonds pour remplacer ce qui a été dépensé, au fur et à mesure. Les commissaires des guerres chargés de la surveillance des hôpitaux en seront respon­sables.

 

7° Cet ordre étant commun à tous les hôpitaux de l’armée, à l’exception du chapelain, dans les hôpitaux hors de la Pologne, Sa Majesté ordonne que, vingt‑quatre heures après que les présentes dispositions seront connues à qui de droit, toutes les pharmacies soient approvisionnées pour deux mois et pour le nombre des malades que l’hôpital doit contenir, en payant comptant les médicaments aux apothicaires des lieux qui les fourniront, et sur les fonds que l’intendant général mettra, à cet effet, à la disposition des directeurs d’hôpitaux.

 

Sa Majesté ordonne que tout ce qui peut être dû aux différents apothicaires qui, sur les lieux, ont fourni nos hôpitaux, soit payé sans délai par les soins de l’intendant général ; et ce qui peut être dû pour Posen aux apothicaires leur sera payé aujourd’hui. L’intendant général prendra les mesures né­cessaires, et le ministre de la guerre mettra à sa disposition les fonds dont il aura besoin.

 

8° L’inventaire général des achats de médica­ments, dont les pharmacies des hôpitaux doivent être approvisionnées pour deux mois, sera envoyé au bureau général des hôpitaux de l’armée ; mais lesdits médicaments seront payés avant l’arrivée desdits inventaires, et le seront sur les lieux d’après l’ordonnance du commissaire des guerres chargé de la police de l’hôpital, sur le crédit que lui aura ouvert l’intendant général. Les intendants des provinces ou départements sont autorisés à faire acquitter d’urgence ces ordonnances, sauf aux receveurs des provinces ou des parlements à porter ces ordonnances acquittées en payement.

 

9° Lorsqu’un médicament ne se trouvera pas dans les pharmacies de l’hôpital, d’après l’approvision­nement fait en conséquence des dispositions ci‑des­sus, le directeur de l’hôpital sera, dans ce cas seu­lement, autorisé à acheter ce médicament où il le trouvera, sur les fonds des petits aliments ou celui de 12 francs, et, dans les huit jours au plus tard, toute dépense faite par l’économie sur ce fonds sera visée par le commissaire des guerres chargé de la police de l’hôpital.

 

10° Il sera pris des mesures pour qu’il soit fabri­qué de bon pain affecté au service des hôpitaux avec de la farine de froment. M. l’intendant général fera, autant qu’il lui sera possible, distribuer du vin de Stettin, qui est le meilleur.

 

Le maréchal Berthier, par ordre de l’Empereur.

 

Comm. par M. le comte Daru.

 

 

830. - ORDRE DE BATTRE LA CAMPAGNE AVEC LA CAVALERIE ; OPÉRATIONS INDIQUÉES.

 

AU GRAND‑DUC DE BERG.

 

Posen, 14 décembre 1806.

 

Le général Zajonchek arrive ; il se rend à Varso­vie. Il peut là vous être fort utile.

                                                  

J’ai donné le gouvernement de Varsovie au général Gouvion ; le général Lemarois lui en fera la re­mise ; après quoi, il m’attendra à Varsovie. Vous ferez installer le général Gouvion pour véritable gouverneur. Il y restera à demeure ; je l’ai fait venir de Paris exprès pour cet objet.

 

Je vous envoie une lettre que j’écris au général Chasseloup ; vous pouvez en prendre connaissance, et même copie si cela vous convient.

 

J’apprends avec plaisir, par votre lettre du 10 à minuit, que l’ennemi a tout à fait évacué la rive gauche de la Narew. Je suis encore plus aise que le pont de la Vistule soit enfin terminé. J’espère qu’enfin votre cavalerie aura passé. Vous aurez appris que l’équipage de pont est parti le 11 de Thorn ; il sera le 16 ou le 17 chez le maréchal Augereau.

 

J’ai donné le commandement des divisions Saline, Grouchy, d’Hautpoul et de la brigade Tilly au ma­réchal Bessières, qui, le 16, débouchera avec 7,000 hommes de cavalerie par Thorn, se portera sur Rypin, Biezun, en faisant des reconnaissances sur Pultusk, ramassera toute la cavalerie légère du maréchal Soult, qui, le 16, aura passé la Vistule à Woclawek.

 

Je suppose que, dès que vous le pourrez, vous passerez la Narew avec toute votre cavalerie. En­voyez des reconnaissances sur Biezun, pour faire votre jonction avec le maréchal Bessières, et poursuivrez l’ennemi avec le corps de réserve, les trois divisions de dragons, celle de Nansouty, les trois brigades légères de la réserve, toute la cavalerie des maréchaux Davout, Lannes et Augereau. Vous aurez ainsi près de 30,000 hommes de cavalerie, près de trente pièces d’artillerie légère. Vous ferez occuper Sierock par l’infanterie du maréchal Da­vout ; il pourra même avoir une de ses divisions à Pultusk. Le maréchal Augereau occupera Zakroc­zym, Wyszogrod, et s’étendra, pour ses subsistances, jusqu’à Blonie et Plonsk. Le maréchal Lannes se concentrera dans Varsovie, le maréchal Soult du côté de Plock. Par ce moyen, mon infanterie pren­drait du repos, et ma cavalerie seule battrait la campagne. Avec une si grande quantité de cavalerie, vous pouvez couper le chemin de Kœnigsberg à Pultusk et entamer l’arrière‑garde de l’ennemi. Vous n’avez rien à craindre, puisque vous êtes ni maître de refuser ou de donner le combat, et que l’ennemi n’a pas le tiers de votre cavalerie. Ces escarmouches le démoraliseront autant qu’il pour­rait l’être après une bataille rangée. Votre cavalerie doit l’écraser, le rejeter dans une terreur panique, et lui donner l’opinion que vous avez 100,000 hom­mes de cavalerie, ce que vous pouvez dire ou­vertement. Il faut toujours porter la cavalerie à 100,000 hommes, et l’infanterie à 500,000.

 

Je ne pars pas encore de Posen ; car, si l’ennemi n’avait pas évacué Pultusk, mon intention était de passer par Thorn avec les corps des maréchaux Ney, Soult et Bernadotte, de me placer entre Kœnigsberg et Pultusk, et de tourner l’ennemi. Votre lettre de cette nuit a dérangé mon projet ; car, si l’ennemi se retire, mon infanterie est inutile. Il ne peut être atteint que par la cavalerie, et cela vous regarde. Tâchez de communiquer par la rive droite sur Thorn et sur Rypin.

 

NAPOLÉON.

 

Archives de l’Empire.

 

 

831. ‑ ORDRES CONCERNANT LA CONSTRUCTION DE TÊTES DE PONT SUR LA VISTULE ET LA NAREW, ET LES FORTIFICATIONS DE PRAGA.

 

AU GÉNÉRAL CHASSELOUP.

 

Posen, 14 décembre 1806.

 

Je reçois votre lettre du 10 décembre. Vous dites que deux îles avoisinent le confluent des deux riviè­res ; une supérieure et l’autre inférieure, et ces deux îles ne vous paraissent pas convenir : l’île supérieure, parce qu’il faudrait un pont sur la Narew. Si cela était, ce serait une propriété de plus qu’aurait ma place, si elle me donnait à la fois des débouchés sur les deux rivières de la Vistule et de la Narew ; ce qui ferait qu’en cas de nécessité je pourrais me passer de l’autre pont établi sur la Narew. Quant à l’objection que l’autre île, qui est inférieure, ne peut convenir parce qu’elle est dominée par la rive droite, c’est un inconvénient, mais non pas une objection ; on peut y remédier. J’attendrai la reconnaissance que vous devez m’en envoyer ; mais l’une et l’autre me conviennent. Par tout cela, je crois qu’il est nécessaire de vous faire connaître mes projets.

 

Mon projet est de prendre pour champ de ba­taille le confluent des deux rivières, ma droite appuyée à Praga, et ma gauche à Wieliszewo, et, si je n’avais peu de troupes, en appuyant ma gauche sur Jablonna, je n’occuperais qu’une ligne de 4,000 toises. Je veux que ce camp retranché ait derrière lui une île située au confluent des deux rivières, et ayant deux têtes de pont sur les deux rives de la Vistule, me donnant la facilité de passer de ce camp sur l’une et l’autre rive. Indépendam­ment de ce, j’aurais un pont à Varsovie, un fortifié à Praga et un autre situé à l’embouchure de la Wkra dans le Bug. Selon les circonstances et les temps, je couvrirais de bonnes redoutes la distance de Jablonna à Wieliszewo, et j’aurais là la conservation de mes ponts, de mes magasins, un bon camp retranché où une armée de 30,000 Français, et de 20 ou 30,000 Polonais ou alliés serait à l’abri de toute attaque. Et si, au lien de cela, on y suppose réunie mon armée, ma cavalerie sur la rive gauche de la Vistule, vous voyez que je suis en position de faire ce qui peut me convenir, et que, dans une telle position, l’ennemi se trouve fort embarrassé.

 

Quant à Thorn, c’est un système à part ; il est impossible que vous vous en occupiez pour le mo­ment. Donnez tous vos soins à l’autre système. J’attends une reconnaissance de Thorn ; j’ai fait relever la vieille enceinte, et, avant deux mois, j’aurai là une place très‑forte. On m’assure que les massifs des fortifications sont en meilleur état que ceux de Wittenberg.

 

Chargez quelque ingénieur de lever sur un grand plan la réunion des deux rivières, de bien remonter la Wkra. Mon intention est de faire travailler sérieusement à ce camp retranché et aux deux ponts. Je veux m’arranger de manière à battre avantageu­sement, avec 40 à 50,000 hommes, 150,000 en­nemis.

 

Quant à Praga, les lignes polonaises me paraissent absurdes. Les petites redoutes faites sur des mame­lons me paraissent bonnes, mais je désirerais qu’elles fussent fermées à la gorge ; toutefois cela n’inspire pas une grande confiance. Votre tracé est beaucoup meilleur ; mais ce que je préfère à tout, c’est l’île C D, qui, ayant 600 toises de long et 60 à 80 de largeur, peut contenir toute mon armée. L’île C D n’est séparée de la rive droite que de 60 à 80 toises.          Cela est assez et pas trop. Ne perdez pas un moment à me construire à C D une redoute en forme de ca­valier, qui domine bien les deux rives, et à tracer une belle tête de pont. Celle que vous avez tracée,   qui est une couronne, n’a point assez de profondeur, puisque du bastion du contre au rivage il n’y a que 120 toises. Je désirerais que les deux fronts fussent      plus éloignés de 60 toises. Vous briseriez la branche de la couronne au milieu, de manière que les 60 dernières toises de la branche se trouvent bien flanquées. S’il y a possibilité d’établir sur la rive      gauche une autre tête de pont, il ne faut pas manquer de le faire. Je ne sais s’il y a beaucoup de maisons. Toutefois, si cela est impossible, ne perdez pas un moment à établir un pont de l’île à la rive droite, et une bonne tête de pont, et un bon bac, dans le genre de ceux établis sur le Pô, de l’île à la rive gauche, sauf à le remplacer par un pont, lors­que nous serons moins pressés. Je vois que vous avez établi une espèce de bonnet‑de‑prêtre en avant de Praga ; cela obligerait à démolir beaucoup de maisons, et cela ne serait pas grand'chose. Toutefois faites faire plusieurs tambours en palissades, de manière que les habitants de Praga, par trahison ou autrement, ne puissent s’en emparer, et que le corps de garde qui sera là soit tout à fait maître du pont. En cas donc que l’ennemi passât le Bug, et fût en force sur l’offensive, on lèverait le pont de Praga, et la communication se ferait par l’île C D. Un des inconvénients de la tête de pont en avant de l’île C D, c’est que la gorge n’a que 300 toises de long et qu’il serait possible d’abattre à coups de canon le pont. Ainsi, si on pouvait établir la com­munication de la rive droite au pont, en avant de l’île C D, en radeaux, cela serait très‑avantageux. On a établi de ces ponts sur le Danube, et ils ont très‑bien réussi, et le Danube est la même chose que la Vistule.

 

Quant aux redoutes de Praga, il faut les faire fermer ; ce serait pour un corps de 40,000 hommes qui voudrait soutenir là l’attaque de l’ennemi.

 

J’imagine que vous avez du bois tant que vous voulez et à portée.

 

Quant à la tête de pont de la Narew, je vous ai dit, au commencement de ma lettre, que je désirais qu’elle fût au confluent de la Wkra, si la localité est bonne. Quant au débouché, il n’est pas difficile d’en établir un. Par le plan général que je vous ai fait connaître, il vous est facile de comprendre pourquoi je désire qu’elle soit là plutôt que du côté de Sierock.

 

NAPOLÉON.

 

Archives de l’Empire.

 

 

832. ‑ ORDRE POUR LE PASSAGE DE LA VISTULE : AVIS DIVERS.

 

AU MARÉCHAL SOULT.

 

Posen, 15 décembre 1806, 2 heures après midi.

 

Mon Cousin, le 11 à sept heures du matin, une division russe assez considérable, avec douze pièces de canon, se porta au village de Pomichowo, qu’elle attaqua. Le maréchal Davout avait, au delà de la Narew, du côté de la rive droite de la Wkra, une tête de pont et les 25è et 85è. Quelque supérieur que fût l’en­nemi, il ne put rien faire. Il se contenta de détruire la moitié du village avec des obus. Nous avons eu un officier tué et vingt blessés. A deux heures après midi, l’ennemi se retira. Le 12, une simple recon­naissance de quatre cents ennemis vint au même village, et, après une légère fusillade, se retira.

 

Le 13, à midi, le pont sur la Vistule était terminé. Le pont sur la Narew est également terminé. Le maréchal Augereau avait à Utrata et Zakroczym quatre bataillons qui, depuis vingt‑quatre heures, travaillaient à se couvrir. Ils étaient en communication avec ceux du maréchal Davout. Des bateaux et des radeaux étaient en assez grand nombre pour espérer que le 14, dans la journée, le pont serait construit là.

 

Le 14, le grand‑duc de Berg a dû passer la Narew avec une grande partie de sa réserve. Tous les renseignements portaient que les deux routes de Grodno et Brzesc[2] étaient couvertes de Russes qui marchaient dans le sens de la Vistule. Ils parais­saient n’avoir qu’une avant‑garde à Sierock. Le 10, le quartier général d’un de leurs généraux était à Pultusk. Voilà tous les renseignements.

 

Du côté du maréchal Ney, l’ennemi était sur Strasburg, montrant une extrême circonspection et beaucoup de cavalerie.

 

J’ai donné l'ordre au maréchal Bessières, qui, de sa personne, est arrivé à Thorn ce matin, d’exécuter le mouvement que je lui ai prescrit. Tout me porte à penser que, le 17, il aura des postes de cavalerie sur Rypin et Biezun.

 

J’ai envoyé directement l’ordre au général Leval de se porter, le 16, sur Thorn, et au maréchal Ney de partir, le 17 au matin, avec tout son corps d’armée, et de se diriger sur Rypin. Ainsi donc, dans la journée du 17, vous vous trouverez avoir une division à Thorn et deux à Brzesc, sur la rive gauche de la Vistule, et à Wloclawek.

 

Je donne ordre au maréchal Bernadotte de se porter sur Thorn. Sa tête y arrivera le 18.

 

Pendant la journée du 17, le général Leval aura envoyé une de ses brigades de Gollub pour appuyer le maréchal Ney. Je suppose que, le 18, une partie de votre cavalerie légère et de votre infanterie aura pu passer, et alors vous vous conduirez selon les cir­constances.

 

Vous enverrez un officier au maréchal Bessières et au maréchal Augereau pour avoir des nouvelles.

 

Aussitôt que vous aurez mis le passage en train, il sera convenable que vous vous portiez, de votre personne, sur la rive droite. Je ne me flatte pas que vous trouviez des barques en suffisance pour établir un pont , mais vous en trouverez assez pour passer une division par jour. Du moment que votre cava­lerie sera passée, elle longera la Vistule sur la droite, pour avoir des nouvelles du maréchal Auge­reau, à Zakroczym, et sur la rive gauche, pour le même objet. C’est par là que vous parviendront mes ordres. Envoyez quelqu’un au village de Plock pour qu’on sache toujours où vous serez. Le maréchal Bessières avec toute sa cavalerie couvrira les deux corps d’armée.

 

Le maréchal Ney tiendra constamment la gauche et vous la droite, dont l’extrémité doit se réunir le plus tôt possible avec le maréchal Augereau. Ces communications une fois faites, mes ordres vous parviendront par là.

 

Votre parc et les autres objets qui ne pourraient pas passer, dirigez‑les sur le pont de Zakroczym, car les affaires auront lieu, si l’ennemi ne s’en va pas, du côté de Pultusk. L’ennemi a le plus grand intérêt à ne quitter Pultusk que le plus tard qu’il pourra, car, si nous étions maîtres de Pultusk, nous nous trouverions entre Brzesc et Grodno.

 

Je serai de ma personne demain à Klodawa, où je coucherai ; après, à Lowicz.

 

NAPOLÉON.

 

Dépôt de la guerre.

(En minute aux Arch. de l’Emp.)

 

 

833. ‑ ORDRE DE PRENDRE TOUTES LES DISPOSITIONS RELATIVES AUX AMBULANCES EN PRÉVISION D’UNE BATAILLE.

 

A M. DARU.

 

Varsovie, 21 décembre 1806.

 

Tout porte à croire, Monsieur l’Intendant général que, d’ici à trois ou quatre jours nous aurons une grande bataille. Il est donc bien important de prendre toutes les mesures relatives aux ambulances ; où sont‑elles, dans quel état se trouvent‑elles, et où sont les chirurgiens ? Il est un objet bien impor­tant et qui n’a jamais été assez prévu dans nos batailles, c’est d’avoir, indépendamment des ambulances, quelques brigades de voitures du pays, avec de la paille, confiées à plusieurs agents, pour, aussitôt après l’action, parcourir le champ de bataille et y ramasser les blessés. Il serait utile d’avoir dix de ces brigades à dix voitures chacune, ce qui ferait cent voitures. Cela doit être indépendant des ambu­lances et de tout ce qui y est attaché ; c’est un moyen de plus et qui est bien nécessaire ; mais, pour que cela puisse être réellement utile, il faut que ces voitures se trouvent sur le champ de ba­taille au moment où le combat finit, de manière qu’avant la nuit tous les blessés soient enlevés. Mais, je vous le répète, il faut que cela soit indépendant des ambulances ordinaires et de tout autre moyen d’évacuer les blessés.

 

Le maréchal Berthier, par ordre de l’Empereur.

 

Comm. par M. le comte Daru.

 

 

834. ‑ NOTE CONCERNANT LE PERSONNEL MÉDICAL ET L’ORGANISATION DES AMBULANCES.

 

NOTE POUR L’INTENDANT GÉNÉRAL.

 

Varsovie, 21 décembre 1806.

 

État des médecins. ‑ Que veut dire un médecin en chef par corps d’armée ? C’est un privilège donné pour ne rien faire. Il faut déterminer l’organisation par corps d’armée. Ils doivent être distribués par le médecin en chef dans le territoire. Les corps d’armée n’ont de territoire que dans les quartiers d’hi­ver ; alors il est tout simple que le médecin principal commande dans le territoire.

 

Quant aux chirurgiens, ils doivent être consi­dérés comme médecins dans les hôpitaux et comme proprement chirurgiens : comme chirurgiens dans les hôpitaux, ils n’appartiennent à aucun corps d’armée ; comme chirurgiens proprement dits, ils appartiennent aux hommes, et dès lors à un corps d’armée.

 

Il doit y avoir quatre espèces d’ambulances : ambulances de régiment, de division, de corps d’ar­mée, et de réserve ou grande ambulance du quar­tier général.

 

L’ambulance de régiment se compose expressé­ment d’une portion des officiers de santé du corps ; en matériel, des caissons que le corps doit avoir moyennant les avances qui lui ont été faites et les masses qu’il touche. Cette ambulance est sous les ordres du colonel et doit toujours suivre le régi­ment. C’est peut‑être la plus importante, parce que l’esprit de corps fait que les officiers de santé s’at­tachent aux hommes et sont récompensés par l’estime des officiers du régiment. Le personnel des corps se compose de deux ou au plus de trois chi­rurgiens et d’un caisson ; et, en supposant que chaque régiment eût quatre chirurgiens présents, vu les malades et les places vacantes, il resterait donc un chirurgien pour l’ambulance de la division ; ce qui ferait à peu près quatre chirurgiens pour l’ambulance de la division.

 

L’ambulance de la division est la seconde espèce d’ambulance ; il doit y avoir là des administrateurs (qui seront nommés dans une colonne), des officiers de santé, et du matériel qui consiste en deux cais­sons.

 

Il est évident que le défaut de cette organisation est qu’il faut que le chef de cette ambulance n’ap­partienne à aucun corps, pour qu’il soit impartial, et pour ne pas priver un corps de son chirurgien-major ; il faudrait donc ne priver aucun corps de son chirurgien‑major, et avoir, par division, un chi­rurgien‑major extraordinaire.

 

Les ambulances des corps d’armée sont appelées ambulances légères, parce qu’elles sont à cheval. En remettre également l’état sur trois colonnes, personnel d’administrateurs, d’officiers de santé, et matériel.

 

Quant à la réserve du quartier général, au lieu de la partager en un grand nombre de divisions, il faudrait la diviser en trois parties, et il faudrait que ces trois parties, administration, officiers de santé et matériel, marchassent ensemble, et re­çussent des ordres de marche suivant les circonstances.

 

NAPOLÉON.

 

Comm. par M. le comte Daru.

 

 

835. ‑ ORDRE DE S’ASSURER DE LA DIRECTION PRISE

PAR UNE COLONNE ENNEMIE PARTIE DE PULTUSK.

 

AU GRAND‑DUC DE BERG.

 

Golymin, 28 décembre 1806, 3 heures du matin.

 

Une partie des troupes qui étaient à Pultusk s’est retirée dans la nuit du 26 au 27 par la rive droite de la Narew. Il est convenable que vous vous assu­riez de la route qu’elle a prise ; et, si elle s’était dirigée sur Makow ou Budzyno, elle pourrait y être arrivée hier avant dix heures du matin, et l’ennemi dans cette position se trouve en force. Si au con­traire elle s’est dirigée directement sur Rozan, il est bon de savoir si elle y a couché, ou si elle y a fait halte, et, comme le chemin de Pultusk à Rozan doit être très‑mauvais, de faire reconnaître ce qu’elle aura été obligée de laisser. Si l’ennemi est en force à Makow, je vous recommande de ne rien engager, afin de pouvoir réunir dans la journée des forces très‑considérables et livrer une bataille en règle. Si au contraire il a évacuée Makow, poursuivez‑le. Mais il est toujours important de bien suivre les mouvements de la colonne de Pultusk ; car, si l’en­nemi avait résolu d’attendre dans quelque position qu’il aurait reconnue, cela serait indiqué par la jonction de cette colonne.

 

         NAPOLÉON.

Archives de l’Empire.

 

 

836. - ORDRE DE SE RENDRE AUX AVANT‑POSTES POUR OBSERVER CE QUI SE PASSE ET EN RENDRE COMPTE A L’EMPEREUR.

 

ORDRE POUR LE GÉNÉRAL GARDANE.

 

Pultusk, 31 décembre 1806.

 

Le général Gardane se rendra aux avant‑postes. Il mènera avec lui deux officiers d’ordonnance et deux aides de camp. Il m’en expédiera un toutes les fois qu’il y aura quelque chose de nouveau, ou tous les soirs, lorsque les rapports seront arrivés. Il se tiendra tant au quartier du général Watier qu’à celui des généraux Lasalle et Milhaud. Il aura soin de bien reconnaître le pays et les cantonne­ments qu’occupent tous les corps de dragons et de cavalerie légère, ainsi que les troupes du maréchal Soult. Il restera là huit jours, et jusqu’à ce qu’il soit relevé par un autre aide de camp. Il préviendra les généraux du départ de ses officiers, pour qu’on puisse en profiter et envoyer les rapports au major général.

 

NAPOLÉON.

 

Archives de l’Empire.

 



[1] Date présumée.

[2] Brzesc

 

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