| Institut de Stratégie Comparée, Commission Française d'Histoire Militaire, Institut d'Histoire des Conflits Contemporains |
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Correspondance
militaire Extraite
de la correspondance générale Par
ordre du ministère de la guerre Tome
quatrième
Paris
- 1876
837.
‑ NOTE PRESCRIVANT LES DISPOSITIONS POUR POURVOIR A LA SUBSISTANCE DES
DIFFÉRENTS CORPS D’ARMÉE. NOTE
POUR L’INTENDANT GÉNÉRAL. Varsovie,
3 janvier 1807. Il
paraît que nous avions 8,000,000 de rations de vin ou
eau‑de‑vie à Stettin, c’est‑à‑dire pour l’armée
pendant cent jours. 2,900,000
rations sont déjà parties pour Küstrin, 500,000 pour Bromberg.
Sur les 2,900,000 rations, 1,800,000
rations sont parties pour Posen, où elles doivent être arrivées à
l’heure qu’il est ; il n’en reste donc plus à Küstrin que
1,100,000. Il
en reste à Stettin 4,600,000 rations. Il paraîtrait convenable d’en
diriger encore 1,000,000 de rations sur Küstrin, 600,000 rations en droite
ligne sur Posen, et 3,000,000 de rations sur Bromberg, partie pour venir à
Varsovie et partie pour rester à Thorn. Alors
les 8,000,000 de rations que nous avions à Stettin se trouveraient partagées
ainsi : 3,900,000 rations arrivées à Küstrin et de là filées sur Posen
et sur Varsovie ; 4,000,000, filées directement sur Bromberg pour remonter
la Vistule. Il
faut avoir soin qu’il reste toujours 1,000,000 de rations à Küstrin. Il
ne faut faire venir de Glogau que de la farine et point de blé. Indépendamment
des demandes de farine de Glogau sur Varsovie, il faudrait faire fabriquer
2,000 rations de biscuit par jour à Glogau pour Varsovie, autant à
Stettin, autant à Küstrin et autant à Spandau. Cette fabrication éparpillée
serait insensible et pourrait, selon les événements, être d’une grande
ressource. Mais
c’est surtout à Varsovie, Posen, Bromberg et Thorn qu’il faut
confectionner : 10,000 rations par jour à Varsovie, 3,000 à Posen, autant
à Kalisz, à compte sur les magasins. Il
faut passer sans délai le marché pour 16,000 quintaux de froment à tirer
de la Gallicie. On pourrait même faire des marchés pour 8,000 autres
quintaux de farine également de froment ; il y a des moyens de mouture en
Gallicie ; ainsi ce serait un marché de 24,000 quintaux, au lieu de 16,000.
Mais la grande affaire, c’est le temps ; il faut que les versements de
farines se fassent par 3 ou 400 quintaux dans les époques les plus rapprochées
; les versements de grains également : il faut qu’à chaque retard d’un
jour d’un versement il y ait une retenue ; quand le calcul de cela
porterait à dépenser 10,000 francs de plus, puisque nécessairement cela
augmentera le prix de la denrée, ce serait 10,000 francs bien employés. Si
la Gallicie avait des moyens de mouture tels que l’on pût conclure tout
en farine sans porter un trop grand retard dans les versements, ce serait
encore meilleur, car avec de la farine on vit. J’ai
autorisé un marché de 24,000 quintaux de froment au lieu de 16,000 qui étaient
demandés, parce que je désire que 8,000 soient versés à Pultusk. Ainsi,
en résumant, l’intendant général passera sans délai un marché de
24,000 quintaux de froment ou farine à condition que cela sera acheté
dans la Gallicie ; le tiers de tous les versements se fera à Pultusk, et nécessairement
cette partie sera plus chère. Pour
Pultusk, du moment que le pays où est l’armée sera organisé, il faudra
faire là une réquisition de blé et de seigle ; si même la rivière ne
gelait pas, on pourrait en tirer de plus loin. Il
faut envoyer à Pultusk un garde‑magasin et un constructeur de fours
et de quoi faire 30,000 rations par jour. L’intendant
chargera deux agents des subsistances de parcourir chaque cercle, d’avoir
une conférence avec l’administration et de faire connaître quand les
transports commenceront ; il est probable même que ces moyens ne suffiront
pas, et qu’il faudra nommer un officier avec quelques gendarmes ou
cavaliers par cercle pour entretenir une correspondance et presser les neuf
cercles de verser ici. Pour aujourd’hui il n’y a qu’à se contenter de
ces agents et les faire partir pour qu’ils parcourent chacun quatre
cercles ; ils passeront un jour dans chaque cercle et rendront compte de
leurs opérations. Dans
les dispositions actuelles on vient de pourvoir à la subsistance des
corps des maréchaux Lannes et Davout ; ceux du prince de Ponte‑Corvo
et Ney tireront de Thorn ; il reste donc les corps des maréchaux Augereau
et Soult auxquels on n’a pas encore pourvu. Le maréchal Soult doit établir
sa manutention, son magasin et son hôpital à Plock ; le maréchal
Augereau, à Wyszogrod sur la Vistule. Indépendamment de ce, le maréchal
Soult pourra établir plusieurs petits magasins sur la ligne, et ces
magasins s’approvisionneront des réquisitions sur la rive droite de la
Vistule ; mais aussi ils tireront des magasins de Kowal et de Blonie (Kowal,
le maréchal Soult ; Blonie, le maréchal Augereau). Pour cela il faut que
ces magasins se trouvent approvisionnés ; il faut donc écrire au
commandant et à l’intendant des départements de Posen, Kalisz et
Bromberg, qu’il faut que, tous les jours, ils se fassent rendre compte
de ce qui sera porté, et qu’ils prennent les mesures les plus vigoureuses
pour que les magasins s’approvisionnent. Ainsi, pendant l’hiver, l’armée
se nourrira de six magasins : Varsovie, Pultusk, pour le maréchal Davout ;
Wyszogrod, pour le maréchal Augereau, Plock, pour le maréchal Soult ;
Thorn, pour le maréchal Ney ; Bromberg, pour le maréchal Bernadotte. Il
faut qu’il y ait dans chacun de ces endroits des fours pour nourrir leurs
corps d’armée. Il faut que les ressources locales soient utilisées pour
former ces magasins avec 800 quintaux de froment pour le magasin de Pultusk,
provenant d’un marché, et un secours tiré du magasin de Blonie pour
Wyszogrod, et un du magasin de Kowal pour Plock. Une fois ce service monté,
il serait facile à chaque corps d’armée de se procurer, en quinze ou
vingt jours de temps, quatre jours de biscuit de réserve. On
fera comprendre que je veux que les magasins soient sur la Vistule, afin
de pouvoir les transporter promptement sur la rive gauche, ce qui n’empêche
pas d’établir un, deux on trois petits magasins journaliers à la tête
des cantonnements. NAPOLÉON. Comm.
par M. le comte Daru. 838. - ORDRES AU SUJET DES RÉGIMENTS DE CAVALERIE ENVOYÉS D’ITALIE A LA GRANDE ARMÉE. AU GÉNÉRAL DEJEAN. Varsovie,
5 janvier 1807. Monsieur Dejean, je viens d’ordonner aux 3è et 24è de chasseurs, qui ont chacun 800 chevaux, de se rendre à la Grande Armée avec leurs selles et harnachement, en laissant à l’armée d’Italie 500 chevaux par régiment, qui seront distribués entre le 6è de hussards, les 8è, 6è et 14è de chasseurs, de manière à porter ces quatre régiments à 1,000 chevaux chacun. J’imagine que cette opération se fera par procès‑verbal, et que vous pourrez en tenir compte aux régiments. Les 15è, 23è et 19è de chasseurs sont arrivés à la Grande Armée, provenant de l’armée d’Italie ; ils ont dû faire la même opération et laisser les deux tiers de leurs chevaux en Italie. J’imagine également que vous aurez régularisé cette opération, et qu’elle se sera faite par procès‑verbal et en règle. Par cette opération, tous les carabiniers et cuirassiers sont à la Grande Armée. J’avais ordonné que les régiments de cuirassiers qui viennent d’Italie et de Parme n’envoyassent que trois escadrons et laissassent le 4è. Comme vous avez dû former un 5è escadron, ordonnez que, lorsque le 5è sera formé, les 4es partent pour Potsdam, pour se réunir à leurs régiments. Sur
30 régiments de dragons que nous avons, 24 sont à la Grande Armée, 6 sont
en Italie. Sur
24 régiments de chasseurs, 3 sont à Naples, 3 restent en Italie, et, dès
lors, 18 sont ou vont être à la Grande Armée. Sur
10 régiments de hussards, 9 sont à la Grande Armée et 1 en Italie. Il
y aura donc en Italie 6 régiments de dragons, 3 de chasseurs et 1 de
hussards total, 10 régiments.
Il
faut que vous fassiez passer une revue de ces régiments au 1er
février, pour bien connaître leur situation et pouvoir les porter
chacun à 1,000 chevaux ; de sorte que l’armée d’Italie se trouve
avoir 10,000 chevaux. Il faut porter à la même force ceux du royaume de
Naples. Moyennant
la remise de chevaux que j’ai ordonné de faire aux régiments qui
restent en Italie, je pense qu’ils auront besoin de peu de secours ;
toutefois il faut leur donner ceux qui seront nécessaires, de sorte
qu’il y ait 10,000 chevaux à l’armée d’Italie, sans compter ceux de
l’armée de Naples. Quant
aux cinq régiments de chasseurs que j’ai appelés d’Italie, je les
monterai avec les moyens de la Grande Armée. Écrivez au général Bourcier
de vous envoyer le procès‑verbal de la remonte de ces régiments,
afin que vous ne perdiez point de vue leur situation. NAPOLÉON. Dépôt
de la guerre. (En
minute aux Arch. de l’Emp.) 839.
‑ CANTONNEMENTS DÉFINITIFS DE L’ARMÉE. Varsovie,
7 janvier 1807. Le corps de M. le maréchal Bernadotte, sur la gauche et sur la basse Vistule, occupe Osterode et Elbing. Le
maréchal Ney occupe Mlawa, Soldau, et a pour point d’appui Thorn, où il
fera établir des hôpitaux et des manutentions. Le
corps du maréchal Soult occupe Przasnysz, Makow, Ciechanow, et aura pour
point d’appui Plock, sur la Vistule, d’où il établira des
communications directes avec les points ci‑dessus. Il fera établir à
Plock des hôpitaux et des manutentions. Le
maréchal Augereau occupe Nowemiasto et les environs, et a pour point
d’appui Wyszogrod, sur la Vistule, où il fera établir des hôpitaux et
des manutentions. Le
maréchal Davout a pour point d’appui Pultusk, et occupe les environs et
une partie de la presqu’île entre la Narew et le Bug. Le
maréchal Lannes occupe Sierock, la presqu’île entre le Bug et la
Vistule, ayant pour point d’appui Varsovie. La
cavalerie du général Nansouty sera cantonnée sur la rive gauche de la
Vistule, sur la Bzura. La
division de cuirassiers du général d’Hautpoul sera cantonnée en avant
de Thorn, entre Gollud et Rypin. La
division de dragons du général Klein sera cantonnée du côté de Plock,
le long de la Vistule. La
division du général Grouchy doit se cantonner dans l’arrondissement du
maréchal Bernadotte. La
division de cavalerie légère du général Lasalle et la division du général
Milhaud restent cantonnées dans l’arrondissement du maréchal Soult. La
division de dragons Beker reste cantonnée dans l’arrondissement du maréchal
Davout. La
division de cuirassiers du général Espagne est à Posen. En
cas de mouvements de l’ennemi qui nécessiteraient la réunion de
l’armée, le corps du maréchal Lannes se rassemblerait à Sierock ; le
corps du maréchal Davout, à Pultusk ; celui du maréchal Soult, à Golymen
; celui du maréchal Augereau, à Nowemiasto ; celui du maréchal Ney, à
Mlawa. Les corps de grosse cavalerie se réuniraient
sur‑le‑champ aux chefs‑lieux de leurs cantonnements, où
ils attendraient des ordres ; il en serait de même pour les divisions
de dragons et de cavalerie légère. NAPOLÉON. Dépôt
de la guerre. 840.
‑ DEMANDE D’UN ÉTAT GÉNÉRAL DE LA SITUATION DES TROUPES A
CHEVAL ; INTENTION D’ACHETER DES CHEVAUX. AU
GÉNÉRAL DEJEAN. Varsovie,
8 janvier 1807.[1] Je
désirerais un état général de la situation des troupes à cheval. Le
première colonne de cet état présenterait la formation, savoir : Des
régiments de grosse cavalerie à cinq escadrons ; Des
régiments de hussards et de chasseurs à quatre escadrons ; Des
régiments de dragons à quatre escadrons, faisant de 8 à 900 chevaux
chacun. La
deuxième colonne de l’état ferait connaître la situation des chevaux au
1er septembre ; La
troisième, ce que les dépôts se trouvent avoir acheté au 1er
janvier et avoir envoyé à l’armée ; La
quatrième, ce que les dépôts ont acheté et l’existant postérieurement
au 1er janvier ; La
cinquième, ce que les régiments ont reçu du dépôt de Potsdam : j’écris
au général Bourcier de vous en envoyer l’état ; La
sixième, le total de la situation des régiments au moment où l’état
sera dressé ; La
septième, ce que doivent produire les marchés approuvés par le ministre
et les achats faits par des officiers isolés pour des chevaux qui doivent
rentrer avant le 1er février ; La
huitième, le nombre de chevaux qui peut être acheté avec l’argent qui
reste dans les caisses et au moyen des marchés à conclure ; La
neuvième, le total du nombre auquel s’élèvera alors l’effectif des régiments
; La
dixième et dernière colonne, le nombre de chevaux qu’il sera nécessaire
de se procurer pour porter chaque régiment au complet proposé. Il
ne restera plus, pour avoir une connaissance précise de la situation des
corps de troupes à cheval, qu’à déduire de cet état les chevaux
perdus, dont le nombre doit d’ailleurs être compensé par celui des
chevaux pris à l’ennemi et incorporés sans passer aux dépôts. Il
faudra dresser un état pareil pour les hommes, dont la première colonne
sera l’effectif de chaque régiment, en mettant cependant un terme commun,
pour qu’il n’y ait pas trop de différence ; ce qui est d’autant plus
praticable que, par l’appel de la réserve, on peut égaliser les corps. En
général, mon désir est que les hommes de tous les dépôts soient mis à
cheval, tant ceux qui y sont en ce moment que ceux qu’ils vont recevoir de
la conscription de 1807. Je n’en excepte aucune arme, pas même les
dragons. Je
ne regretterais pas une dépense de six ou sept millions, si cela devait me
donner 7 ou 8,000 chevaux de plus. Mais il faut que j’aie les hommes, et
le ministre jugera, par la situation des dépôts, si cela est possible.
Tout ce que j’ai ici est ou sera monté. Ainsi
donc, mon intention est d’avoir autant de chevaux que je puis me procurer
d’hommes. La quantité d’hommes est bornée, puisqu’elle est subordonnée
à la nécessité d’en donner à toutes les armes. La quantité de chevaux
ne l’est pas, puisqu’elle ne dépend que de l’argent qu’on peut
employer à en acheter, et je suis en position de pouvoir faire les dépenses
nécessaires pour cela. S’il
est vrai que j’aie, avec les réserves, avec la conscription de 1806, avec
la réserve de cette année et avec la conscription de 1807, le moyen de
porter ma cavalerie à 80,000 hommes, mon intention est d’avoir, avant le
mois de mai, 80,000 chevaux. Dans
cette supposition, et pour réaliser cette volonté, il n’y aurait plus
d’autre objection que l’argent, et, comme je le dis plus haut, cette
objection n’en est pas une dans ma position. On pourrait observer aussi
que l’on aurait de la sorte des compagnies et des escadrons trop nombreux
; mais cette objection n’est pas fondée. Les escadrons de grosse
cavalerie sont à 180 hommes par la dernière formation ; ils seraient à
220, qu’il n’y aurait à cela aucun inconvénient. Les petits dépôts,
la consommation des marches, les ordonnances, les escortes de bagages, ont
bientôt réduit les escadrons en ligne à 150 ou 160 chevaux. Les escadrons
de cavalerie légère même sont aujourd’hui ridicules ; ils ne sont pas
à 100 hommes présents sous les armes en ligne. On les porterait, par
l’organisation, à 300 ou 350, qu’il n’y aurait aucun inconvénient
pour les mouvements. Mon
intention n’est donc pas d’augmenter mes cadres, mais je veux les
renforcer autant que je pourrai leur fournir des hommes. Ma limite est là,
et une fois que j’aurai les hommes, je ne veux rien épargner pour leur
procurer des chevaux et les monter tous. Je crois, par exemple, que les régiments
qui se trouvent en Italie sont à 900 et 1,000 hommes ; il faut leur
procurer des chevaux pour qu’ils aient 900 ou 1,000 chevaux. Il ne doit y
avoir aucune différence entre l’Italie et la Grande Armée, parce que,
cette mesure étant prise pour l’Italie, j’en tirerai alors des régiments
pour les faire venir à la Grande Armée. Si
je n’avais à considérer que j’ai besoin d’hommes pour l’infanterie
et l’artillerie, et si je pouvais en mettre dans les troupes à cheval
autant que je le désire, je ne serais pas éloigné de porter les régiments
de grosse cavalerie à 1,000 hommes, formant cinq escadrons de 200 hommes
chacun ; les régiments de hussards et chasseurs à 1,200 hommes, formant
quatre escadrons de 300 hommes chacun ; les régiments de dragons à 1,000
hommes, formant quatre escadrons de 250 hommes chacun ; ce qui me ferait un
total de 84,000 hommes de cavalerie, et nul doute alors qu’il ne fallût
procurer aux corps autant de chevaux qu’ils auraient d’hommes. Mais
il faut par‑dessus tout faire la défense la plus formelle d’acheter
des chevaux de moins de cinq ans. Je préfère de beaucoup des chevaux de 4
pieds 6 pouces, même de 4 pieds 4 pouces, âgés de cinq ou six ans, à des
chevaux de 4 pieds 10 pouces qui n’auraient que quatre ans. Il ne s’agit
pas de la guerre à venir, mais de la guerre présente, et, à la guerre, le
moment est tout. Faites sur ce sujet une circulaire à tous les dépôts. En
résumé : Je
veux acheter autant de chevaux que j’ai d’hommes. Je
destine à la cavalerie 10,000 hommes de la conscription de 1807 ; il faut
donc lui fournir autant de chevaux, à moins qu’il ne se trouve dans les
dépôts autant de chevaux que d’hommes. Il
y a en Italie 3 ou 4,000 hommes non montés ; il faut leur procurer 3 à
4,000 chevaux. Enfin,
si la guerre continue, j’augmenterai encore mes cadres au moyen de la
conscription de 1808. NAPOLÉON. Dépôt
de la guerre. 841.
‑ ORDRE D’EXPÉDIER DES VIVRES A VARSOVIE, ET D’EMPÊCHER LA
DILAPIDATION A BRESLAU. AU
PRINCE JÉROME. Varsovie,
8 janvier 1807. Mon
Frère, je ne doute pas qu’à l’heure qu’il est vous ne soyez entré
dans Breslau. Immédiatement après votre arrivée, faites partir, sans
perdre de temps, tout le biscuit qui se trouve dans cette place, pour
Varsovie. Faites partir également 20,000 quintaux de farine de froment. Il
n’y a pas un moment à perdre. Dirigez vos convois par Petrikau. Je pense
qu’il est convenable que vous séjourniez de votre personne à Breslau
pendant quelque temps, pour surveiller l’administration et empêche les
voleries. Faites faire tous les inventaires. Correspondez avec moi tous les
jours. Envoyez‑moi tantôt un aide de camp, tantôt un officier
bavarois, tantôt un courrier, pour me donner chaque jour de vos nouvelles.
J’ai besoin de Breslau pour me nourrir ici. Si vous pouvez vous procurer
3,000,000 de rations d’eau‑de‑vie, envoyez‑les‑moi
; vous êtes dans un pays de ressources. Soyez toujours à cheval. Visitez
tous les magasins, tenez registre de tout, et qu’on ne vous trompe pas,
sans quoi ont fait partout, à s’emparer des magasins pour les vendre et
les dilapider. NAPOLÉON. Comme
par S. A. I. le prince Jérôme. (En
minute aux Arch. de l’Emp.) 842.
‑ MISSION A POSEN, STETTIN, ANKLAM, HAMBOURG, SCHWERIN ; INFORMATIONS
A PRENDRE, RAPPORTS A FAIRE. A
M. DE TURENNE, OFFICIER D’ORDONNANCE DE L’EMPEREUR. Varsovie,
8 janvier 1807. M. de Turenne se rendra à Posen. Il conférera avec le commandant de la province, avec l’intendant et le commissaire ordonnateur. Il s’informera du jour où les différents convois d’argent, de souliers, de capotes, de fusils saxons ou prussiens, bons pour l’infanterie française, ainsi que les convois de vin et d’eau‑de‑vie, venant de Stettin et de Küstrin, ont passé par Posen, afin que je puisse calculer quand ils arriveront à Varsovie. Il prendra des informations en route sur ces convois, afin que, s’il en rencontrait, il puisse le relater dans le rapport qu’il m’enverra de Posen. Il visitera les hôpitaux. Il me fera un rapport détaillé sur la route, sur la situation des chemins après ces jours de gelée. Il
se rendra de là à Stettin, y séjournera vingt-quatre heures, afin de
prendre connaissance de la situation des fortifications, et des magasins de
cette place, des troupes qui s’y trouvent, et du départ des convois de
vin, d’eau‑de‑vie, de souliers, de capotes, de draps. Il
remettra ce second rapport au général Thouvenot, pour qu’il me le fasse
passer par un officier ou par un courrier. De
là, M. de Turenne se rendra à Anklam, au quartier général du maréchal
Mortier, et lui remettra la lettre ci‑jointe. De
là, il se rendra à Hambourg et remettra à M. Bourrienne la lettre à son
adresse. Il restera à Hambourg trois ou quatre jours pour prendre
connaissance de la quantité de capotes et de souliers qu’on y a fait
faire. Il verra le commissaire des guerres, et surtout mon ministre, pour en
accélérer l’envoi. Il verra si mon décret sur le blocus sur
l’Angleterre et mes différents ordres sont exécutés. Il prendra note de
la situation du corps hollandais, du lieu où il se trouve, et de la manière
dont il fait le service. De
là, il reviendra sur ses pas. Il s’arrêtera à Schwerin pour voir la
situation du Meklenburg, où en est la levée des chevaux que j’ai ordonnée,
et de quelle manière les choses se passent de ce côté. Il s’informera
des différents marchés qui ont été passés pour des souliers. De
là, il reviendra au quartier général du maréchal Mortier pour voir ce
qui s’y passe. Il repassera à Stettin, d’où probablement le corps du général
Victor sera parti pour Danzig et Kolberg. Il s’informera de la situation
de ce corps et reviendra à Posen. Il
mettra dans son rapport ce qu’il entendra dire de vrai ou de faux sur la
route. NAPOLÉON. Dépôt
de la guerre. 843.
‑ ORDRE DE LAISSER A LA PLACE DE LA CONCORDE LE NOM QU’ELLE
PORTE. A
M. DE CHAMPAGNY. Varsovie,
11 janvier 1807. Monsieur
Champagny, il faut laisser à la place de la Concorde le nom qu’elle a. La
concorde, voilà ce qui rend la France invincible. NAPOLÉON. Comm.
par MM. de Champagny. (En
minute aux Arch. de l’Emp.) 844.
‑ INSTRUCTIONS POUR UNE MISSION ; MOUVEMENTS DES RUSSES A SURVEILLER
A TERESPOL, KAMINIETZ. Varsovie, 17 janvier 1807. M.
de Montesquiou partira sur‑le‑champ. Il verra premièrement M.
de Vincent pour lui demander des passe‑ports, en lui disant qu’il
part pour Terespol, vis‑à‑vis Brzesc, et de là descendre
vers Kaminietz et Suczawa, pour observer les mouvements des Russes et
savoir ce qui se passe en Moldavie ; qu’il a voulu lui faire part de
l’objet de sa mission, pour qu’il sache que c’est uniquement un voyage
d’observation. Il se rendra droit à Terespol, vis‑à‑vis
Brzesc ; il restera là autant de temps qu’il jugera nécessaire pour
recueillir tous les renseignement possibles sur les Russes ; il les
obtiendra, soit par les Polonais, soit par les Autrichiens mêmes. Il
s’informera bien des mouvements (en spécifiant les dates) des corps
d’Essen, qui ont dû se porter de Kaminietz sur Brzesc, et du mouvement
inverse que doivent avoir fait, ces jours‑ci, plusieurs divisions de
Bennigsen et Buxhœvden pour se reporter sur Brzesc. Il tâchera de savoir où
sont les magasins et hôpitaux des Russes, soit à Brzesc, à Kowel, ou
ailleurs. Quand il aura pris tous ces renseignements, il me renverra un
courrier français qu’il aura avec lui, pour me faire connaître tout ce
qu’il aura appris. Il se rendra de là à Ostrow, à Chelm, à Zamosc et
à Lemberg ; il verra le gouverneur autrichien. Il m’expédiera de là
un courrier pour m’instruire de tout ce qu’il aura appris sur la
route, sur les mouvements que l’ennemi peut faire sur les routes de Kowel,
Dubno, Zytomirz, Kaminietz. De là, il se rendra à Brody et Tarnopol et
descendra jusque vis‑à‑vis Kaminietz, d’où il m’expédiera
l’officier qu’il aura amené avec lui, pour me faire connaître : 1°
tous les mouvements de troupes ennemies en décembre et en janvier ; 2°
les mouvements des hôpitaux et des magasins ; 3° enfin la force de
l’armée russe en Moldavie, et tout ce qui se passe de ce côté contre
les Turcs. Il se rendra de là à Suczawa, où il continuera ses
observations. De là il retournera par le même chemin, pour s’informer de
tout ce qu’il y aura de nouveau, et me rendra compte à Varsovie. NAPOLÉON. Dépôt
de la guerre. 845.
‑ OBSERVATIONS ET CRITIQUES SUR UN PROJET DE FORTIFICATION POUR
OSOPPO. – INTENTIONS DE L’EMPEREUR. AU
PRINCE EUGÈNE. Varsovie,
20 janvier 1807. Mon
Fils, le projet qu’on me propose pour Osoppo ne me satisfait pas, parce
qu’il ne remplit pas les deux conditions demandées. La
première condition demandée est que 4, 5 ou 600 hommes soient suffisants
pour défendre la forteresse et en protéger l’artillerie et les magasins
; mais une forteresse qui n’occuperait que le plan supérieur serait
incomplète, puisqu’il n’y aurait aucune possibilité de sortie, et que
l’ennemi, avec moins d’hommes qu’il n’y en aurait dans la forteresse,
pourrait la bloquer. On veut qu’à la rigueur elle puisse se défendre
avec 4 ou 600 hommes ; mais on veut aussi que, si on avait 12 à 1,800
hommes, ils puissent être placés de manière à remplir leur jeu ; or,
s’ils n’avaient aucune sortie, ils ne rempliraient aucun jeu.
D’ailleurs, on ne croit pas que ce soit un bon système de défense que de
se percher au haut du plan supérieur, de manière que le pied du rocher ne
soit vu d’aucun feu. Ainsi donc la première condition demandée est
non‑seulement que 4 ou 500 hommes puissent se défendre, mais encore
qu’ils y soient dans tout leur jeu ; et, de là, l’ordre précis donné
d’éclairer par des lunettes de fortification permanente le pied de la
hauteur, et par trois, quatre ou cinq batteries. On voit facilement qu’il
serait impossible à l’ennemi de cheminer contre ces batteries, sous
l’immense commandement et plongée que donne la hauteur. Le poste serait
donc gardé toutes les fois que les quatre ou cinq batteries le seraient. On
voudrait encore que toutes ces batteries fussent disposées de manière que,
si les garnisons se trouvaient d’une force raisonnable, elles pussent
les lier par des chemins couverts et des ouvrages de campagne, et se pratiquer
par là un couvert. On pense que trois flèches doivent remplir ce but. La
deuxième condition est qu’un corps de 4, 5 ou 6,000 hommes puisse y
trouver refuge ; mais il est évident qu’en établissant trois batteries
comme on vient de le dire, 5 à 6,000 hommes ne manqueraient pas de
construire quelques redoutes sous ce grand commandement, et seraient là
inattaquables ; et alors, enfin, rien ne les empêcherait d’occuper la
hauteur qu’on propose de fortifier ; avec des moyens d’outils,
d’approvisionnements et toutes les ressources qu’on trouverait dans la
place, 6,000 hommes se seraient mis bientôt à l’abri de toute attaque. Je
ne veux donc point de camp retranché, parce qu’en supposant que le camp
retranché pût remplir la deuxième condition, il ne remplirait pas la
première, puisqu’il ne pourrait être défendu par 600 hommes. J’ai
dit, en supposant qu’il remplît la deuxième condition, car il n’est
pas bien prouvé que ce soit une bonne disposition militaire de placer 6,000
hommes derrière de mauvais ouvrages de campagne ; ces ouvrages ayant près
de 2,000 toises de développement, ces 6,000 hommes seraient sur les dents
et deviendraient peu disponibles pour des sorties. En
résumé, je réitère l’ordre de me présenter trois lunettes aux trois
sommets du trilatère, au niveau du terrain ; les deux situées du côté du
village le dominant cependant. Ces trois redoutes auront des communications
avec le plateau supérieur, en auront entre elles par un chemin couvert,
et seront tracées de manière que la prise de l’une n’influe en aucune
manière sur la prise des autres. Avec 80 ou 100,000 francs, on remplirait
le but qu’on se propose. Avec 3 ou 400 hommes, on placerait 200 hommes sur
le plateau et 50 dans chaque lunette. Enfin, si on avait un plus grand
nombre d’hommes, n’a‑t‑on pas un pourtour de près de 900
toises dans le chemin couvert inférieur qui communique aux trois lunettes ?
N’a‑t‑on pas, dans la partie supérieure, 4 ou 500 toises de
pourtour ? N’est‑ce pas bien plus qu’il n’en faut pour contenir
5 à 6,000 hommes sans faire aucun travail ? Mais, dans ce cas‑là,
rien n’empêche le commandant de faire construire une redoute sur la
hauteur voisine. Le
tracé ci‑joint fera connaître notre idée ; c’est à l’ingénieur
à la concilier avec ce qu’Osoppo a de particulier. Ce qui a porté à le
fortifier, c’est que cette position originale remplit d’elle‑même
les deux conditions indiquées : elle peut offrir protection à une
division, en contenir les magasins, et peut être défendue par une poignée
d’hommes ; alors elle n’est jamais d’aucun embarras, car les places
fortes sont aussi souvent très‑embarrassantes, affaiblissent une armée,
et sont la cause de la perte d’une bataille et d’une campagne. Mais ces
idées sont étrangères à cette discussion. En
résumé, il faut trois flèches qui croisent entre elles leurs feux, aux
trois sommets du trilatère au niveau du terrain, ou avec un petit
commandement. Si on demande qui doit défendre ces trois flèches : elles
doivent être défendues par le haut du plateau. Mais on ne s’opposerait
pas à ce qu’on mît une batterie intermédiaire pour les flanquer ; ce
sont des détails qui dépendent des accidents du terrain. NAPOLÉON. Comm.
par S. A. I. Mme la duchesse de Leuchtenberg (En
minute aux Arch. de l’Emp.) 846.
‑ INSTRUCTIONS POUR SURVEILLER A NIEPORENT ET A SIEROCK L’ARRIVÉE
DES CONVOIS ET LES MANUTENTIONS. A
M. DE TOURNON. Varsovie,
25 janvier 1801. Il
est parti aujourd’hui, 25 janvier, 250 quintaux de grains, 250 quintaux de
farine, 25,000 rations de pain biscuité, 25,000 rations de biscuit et 200 bœufs.
Tous ces objets sont dirigés sur Sierock ; ils doivent être passés
à Nieporent. Il
est parti également pour Nieporent 250 quintaux de grains, 250 quintaux
de farine. Il
est parti pour Pultusk 500 quintaux de grains, 500 quintaux de farine, 300 bœufs. M.
de Tournon partira dans la nuit, de manière à arriver à Nieporent à la
Petite pointe du jour. Il comptera tous les convois et me fera un rapport
qui me fasse connaître ce qui est passé, et dans quel ordre cela était.
Il pressera la confection de manutention à Nieporent ; il s’assurera de
la qualité de pain qu’on fait et de la quantité de blé qu’on peut
faire moudre. Il attendra jusqu’à dix heures pour voir ce qui pourra
passer encore, et, entre dix
heures et midi, il me fera un rapport très‑détaillé, tant sur le
magasin et la manutention de Nieporent que sur les convois passés. il me
l’expédiera par estafette. Ensuite
il se rendra au pont ; il y restera jusqu’à ce que tout soit passé. Avant
la nuit, il me fera un rapport sur tous les objets qui auront passé le
pont, et me fera connaître quelle est leur situation à leur passage. Ensuite
il retournera à Nieporent pour voir ce qui sera arrivé des convois qui
doivent partir le 26, et il me fera, dans la nuit, un second rapport sur cet
objet. Après‑demain
27, il se rendra à Sierock pour vérifier ce qui est passé, la situation
de la manutention, la quantité de pain qu’on fait par jour, celle de blé
qu’on peut moudre, et la quantité de pain biscuité et de biscuit qui est
dans les magasins. Il
se rendra chez le commandant de la place. Il marchera toujours avec ses
chevaux et en équipage de guerre. NAPOLÉON. Dépôt
de la guerre.
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