Institut de Stratégie Comparée, Commission Française d'Histoire Militaire, Institut d'Histoire des Conflits Contemporains

 Revenir au sommaire général

  

Portail Nouveautés Etudes stratégiques Publications ISC- CFHM- IHCC Liens Contacts - Adhésion

 

Dossiers :

 

  . Théorie de la stratégie

  . Cultures stratégiques

  . Histoire militaire

  . Géostratégie 

  . Pensée maritime

  . Pensée aérienne

  . Profils d'auteurs

  . Outils du chercheur

  . BISE

  . Bibliographie stratégique

 

Publications de référence

 

Stratégique

Histoire Militaire et Stratégie
Correspondance de Napoléon
RIHM
 

 

 

Correspondance militaire
de Napoléon Ier

Extraite de la correspondance générale et publiée

Par ordre du ministère de la guerre

Tome quatrième  

Paris - 1876

 

847. ORDRES CONCERNANT LA SUBSISTANCE DE L’ARMÉE ET LE TRANSPORT DES VIVRES.

 

A L’INTENDANT GÉNÉRAL DARU.

 

Varsovie, 28 janvier 1807.

 

Il y a aujourd’hui 70 caissons à Varsovie ; ils por­tent 70,000 rations de pain. Il faut en faire partir de­main 35 avec 35,000 rations, lesquels se rendront à Sierock, Pultusk et Przasnysz. M. Thévenin, M. l’or­donnateur du quartier général et l’agent en chef des vivres leur feront suivre le quartier général, et il ne sera rien distribué que sur les ordres du major général.

 

Après demain, s’il est possible, 25,000 autres rations partiront.

 

Les 20 caissons de Pultusk, qui doivent être arri­vés aujourd’hui, et les 25 caissons de Sierock, qui doivent aussi être arrivés, partiront seulement char­gés de pain.

 

Les 149 voitures chargées du service des fourrages de la place partiront chargées d’eau‑de‑vie. Cela me sera très‑favorable.

 

Il faut donc bien recommander à l’ordonnat un général et à M. Thévenin de n’en disposer que par mon ordre ou celui du major général.

 

S’il arrive qu’on ne puisse pas envoyer du pain pour ne pas trop retarder l’envoi des charrettes, il faut envoyer des farines, mais il faut remuer et mélanger d’avance ici les farines de Glogau avant de les envoyer.

 

Il faut une correspondance très‑active entre l’agent des vivres et l’ordonnateur du quartier gé­néral.

 

 Toutes les fois que des caissons des corps d’armée viendront à Varsovie prendre des vivres, si l’on n’a pas de pain, il faut leur donner des farines ; jamais de blé, même de l’eau‑de‑vie. Jamais les retenir plus d’un jour.

 

A Pultusk, on fait 30,000 rations par jour ; il faut donc que le maréchal Davout n’envoie plus de cais­sons ici, et qu’il vive par Pultusk.

 

Avoir soin d’alimenter la manutention de Sierock, non qu’on prétende s’en servir pour l’armée, mais pour les prisonniers, les malades.

 

Il faut bien aussi veiller à faire confectionner à Modlin ; recommander au commissaire des guerres de ne point s’endormir ; il peut envoyer le pain qu’il confectionnera au 7è corps.

 

Il faut que l’ordonnateur du quartier général ait un état bien en règle, ainsi que M. Thévenin.

 

Enfin les vivres doivent principalement être dirigés sur le quartier général. Le maréchal Lannes est détaché sur la Vistule, en a moins besoin.

 

Des farines serviront presque aussi bien que du pain.

 

NAPOLÉON.

 

Comm. par M. le comte Daru.

 

 

848. ‑ ORDRE DE DISCIPLINER LA MARCHE DU QUARTIER GÉNÉRAL ET D’Y TRAITER TOUT LE MONDE MILITAIREMENT.

 

AU MARÉCHAL BERTHIER.

 

Varsovie, 28 janvier 1807.

 

Je vois avec peine que le quartier général ne marche jamais en règle. Aujourd’hui, à deux heures, les employés partaient isolément. Il faut traiter militairement tout ce monde, mettre aux arrêts, en prison, et établir de la discipline. Tous ces messieurs font leur plan et marchent à volonté ; ensuite on ne les trouve pas où l’on en a besoin.

 

NAPOLÉON.

 

Archives de l’Empire.

 

 

849. ‑ AVIS DES DISPOSITIONS POUR OPÉRER CONTRE LES RUSSES.

 

AU GRAND‑DUC DE BERG.

 

Varsovie, 28 janvier 1807.

 

Le major général vous aura envoyé l’ordre de mouvement. Le 1er  février, je compte prendre l’of­fensive en faisant seulement, ce jour‑là, une petite journée. Le maréchal Lannes se porte sur Brok pour culbuter Essen ; le maréchal Davout, sur Myszyniec ; le maréchal Soult, sur Willenberg ; le maréchal Augereau, sur Neidenburg et Janowo ; le maréchal Ney, sur Hohenstein, et le prince de Ponte‑Corvo, sur Osterode, en supposant que l’un et l’autre n’aient point fait de mouvement rétro­grade, et vous sentez que, si l’ennemi les avait obligés à une marche rétrograde, cela ne me contrarierait pas. Mon intention est que les divisions d’Hautpoul, Klein et Milhaud, et vos trois brigades de cavalerie légère, soient réunies autour de Willenberg dans la nuit du 31. Il faut qu’aucun mou­vement ne se manifeste ; qu’on fuie devant les Cosaques, qu’on ne fasse rien qui donne de l’inquiétude à l’ennemi ; qu’on ne laisse faire aucun prisonnier, afin de n’être pas prévenu par le bavardage de quelque soldat. Je serai demain à Przasnysz. Toute ma Garde y sera réunie le 30 au soir. La division de dragons du général Beker marche avec le maréchal Lannes. Les divisions Grouchy et Sahuc peuvent rester dans leurs positions actuelles, en me faisant connaître seulement où sont les différents régiments, afin que, si je voulais les réunir, je puisse le faire avec précision. Causez de cela avec le maréchal Soult, et faites‑moi connaître ce que l’on sait de la position de l’ennemi, de ses mouvements, ainsi que des ressources du pays de Pultusk à Myszyniec. Il faut que tous les mouvements se fassent avec le moins de bruit possible. Faites-­moi connaître s’il y a des pommes de terre à Myszyniec, à Willenberg et en avant.

 

NAPOLÉON.

 

Archives de l’Empire.

 

 

850. ‑ MISSION A THORN ET A BROMBERG ;

RENSEIGNEMENTS A PRENDRE.

 

A M. BONGARS, OFFICIER D’ORDONNANCE DE L’EMPEREUR.

 

Varsovie, 28 janvier 1807.

 

M. Bongars partira sur‑le‑champ pour se rendre à Thorn, où il remettra la lettre ci‑jointe au maré­chal Lefebvre. Si le maréchal n’était pas à Thorn, M. Bongars se rendra à Bromberg ; il y fera la visite des magasins. S’il ne va pas à Bromberg, il sera inutile qu’il fasse ce voyage pour cet objet. A Thorn, il visitera la place, les magasins, l’artillerie, les hôpitaux. Il prendra des renseignements sur la situation du corps du maréchal Lefebvre, sur la situation des troupes polonaises, infanterie et cava­lerie, régiment par régiment, sur le jour où les différents corps appartenant au corps d’armée du maréchal Lefebvre arriveront, ainsi que la situation du blocus de Graudenz. M. Bongars fera tout cela en vingt‑quatre heures ; il prendra les dépêches du maréchal Lefebvre et viendra me joindre à Willen­berg ; il tâchera d’y être arrivé le 2 ou 3 février. Il recueillera sur la route tous les renseignements et accueillera tous les bruits, même populaires, pour m’en rendre compte.

 

NAPOLÉON.

 

Archives de l’Empire.

 

 

851. ‑ ORDRE AUX PARCS DU GÉNIE DE SE RENDRE A PULTUSK ; ORDRE AUX MAÇONS ET BOULANGERS DE SUIVRE LE QUARTIER GÉNÉRAL.

 

AU MARÉCHAL BERTHIER.

 

Varsovie, 28 janvier 1807, 10 heures du soir.

 

Mon Cousin, donnez l’ordre au parc du génie de partir demain, à cinq heures du matin, pour se rendre à Pultusk. Il y aura 7,000 outils. Un officier supérieur du génie, six officiers du génie de dif­férents grades au moins, et au moins 240 sa­peurs l’accompagneront. Je vois avec peine que le génie n’a pas un plus grand nombre d’outils et de voitures à faire partir. J’aurais espéré avoir 30,000 outils et un millier de sapeurs. Toutefois faites partir ceux que je viens de vous désigner, et demandez au général Chasseloup une augmentation d’outils et de caissons.

 

Donnez l’ordre à tous les constructeurs de fours français et maçons de l’armée de partir demain à cinq heures du matin avec le parc du génie, et de suivre son mouvement ; ils seront sous les ordres de l’ordonnateur qui suivra le quartier général. On m’enverra l’état de ce qui partira. Je compte qu’il y aura 40 ouvriers capables de faire quatre ou cinq fours dans vingt‑quatre heures. J’attache une grande importance à cela. Vous vous souvenez qu’en Égypte nos fours étaient faits en vingt‑quatre heures. Dans les pays riches, cela a été négligé ; il faut le réta­blir. Des ouvriers du pays feront les fours de Sie­rock, de Modlin et de Pultusk.

 

Donnez ordre au maréchal Bessières de faire suivre les trois fours portatifs qu’a la Garde ; ils marcheront avec les boulangers de la Garde qui les servira. Donnez l’ordre aussi que tous les boulangers de la Garde partent demain pour suivre l’armée, et après demain quelques brigades pour suivre le quartier général. Quant à la boulangerie de Varsosie, il est absurde de penser qu’on puisse manquer de boulangers dans ce pays. En les payant à un taux fixe par jour, et leur donnant une plus‑value pour le nombre de fournées qu’ils feront en sus, en les payant exactement et n’épargnant pas les grati­fications, on ne manquera pas de boulangers, et ce ne sera pas un objet de 6,000 francs de plus au bout du mois. Donnez donc l’ordre à l’intendant général de renvoyer les boulangers français à la suite du quartier général. Faites connaître à l’or­donnateur Joinville mes intentions sur les différentes parties de l’administration, afin que, demain au soir, à Pultusk, il puisse me faire connaître si tous mes ordres sont exécutés.

 

NAPOLÉON.

 

Dépôt de la guerre.

(En minute aux Arch. de l’Emp.)

 

 

852. ‑ ORDRE DE SE PORTER SUR STETTIN, DANS LE CAS OU UNE COLONNE ENNEMIE SERAIT REJETÉE DE CE COTÉ.

 

AU MARÉCHAL MORTIER.

 

Varsovie, 28 janvier 1807.

 

         Mon Cousin, le 1er février je prends l’offensive pour jeter l’ennemi derrière le Niemen. Il serait possible qu’une colonne de 15 à 20,000 hommes fût coupée et jetée du côté de Danzig et Stettin ; elle serait poursuivie par le maréchal Lefebvre. Ce cas arrivant, vous ne laisseriez devant Stralsund que les troupes nécessaires, et avec le reste de votre corps vous vous porteriez sur Stettin ; vous prendriez sous votre commandement la division italienne et le régiment de fusiliers de ma Garde qui s’y trouvent, et vous marcheriez à l’ennemi pour le jeter sur la Vistule. Cette supposition est trop hypothétique ; l’ennemi, trop instruit par les événements passés, montrera trop de circonspection pour cela. Toutefois, il est nécessaire que vous ayez l’œil sur tout ce qui pourra se passer sur le bas de la Vistule dans les dix premiers jours de février, afin que vous puissiez prendre conseil des circonstances et concourir à attaquer l’ennemi ou à défendre l’Oder.

 

NAPOLÉON.

 

Comm. par M. le duc de Trévise.

(En minute aux Arch. de l’Emp.)

 

 

853. ‑ DISPOSITIONS A PRENDRE CONTRE L’ENNEMI, POSTÉ A ALLENSTEIN.

 

AU GRAND‑DUC DE BERG.

 

Willenberg, 2 février 1807, 3 heures et demie du matin.

 

       L’état‑major vous donne des ordres de mouve­ment pour aujourd’hui. La nouvelle de votre arrivée                        à Passenheim ne m’est arrivée qu’à deux heures du matin ; c’est trop tard ; j’ai besoin d’être prévenu de bonne heure pour donner des ordres ; il aurait fallu    me prévenir hier, du moment que vous aperceviez un corps de 2,000 hommes de cavalerie. Faites de cette manière demain. Je ne sais si le maréchal Ney est à Hohenstein ; je n’ai pas reçu de nouvelles de lui depuis celles que vous connaissez. Le général Augereau est arrivé à Neidenburg. Le général Davout sera à Ortelsburg de bonne heure. Il n’y a pas d’ennemi de ce côté.

 

Si l’ennemi n’a que 12 ou 15,000 hommes à Allenstein, il faut le pousser vigoureusement et tâcher de les avoir.

 

Si l’ennemi était plus fort que je ne pense, vous en auriez des informations cette nuit et demain matin, à mesure que vous avanceriez. Alors il fau­drait prendre position à Allenstein, et, dans la journée, les maréchaux Davout et Augereau se réuniraient. A ce que je puis conjecturer par des in­structions très‑neuves, je suis fondé à penser que l’ennemi n’aura pas plus de 15,000 hommes demain à Allenstein. Marchez bien en règle et ne partez que lorsque le jour sera bien fait.

 

NAPOLÉON.

 

Archives de l’Empire.

 

 

854. ‑ ORDRE DE FAIRE PARTIR UN PIQUET DE CHASSEURS QUI TIENDRA AU COURANT DE CE QUI SE PASSE A ALLENSTEIN.

 

AU MARÉCHAL BESSIÈRES.

 

Passenheim, 3 février 1807, 3 heures du matin.

 

Mon Cousin, vous ferez partir, à quatre heures du matin, un piquet de 50 chasseurs avec deux officiers de votre état‑major. Ils iront jusqu’à Allenstein. En route, du moment qu’ils entendront le canon, ils expédieront une ordonnance avec une note qui fera connaître où ils ont entendu le canon, et le nombre des coups qu’ils ont entendus. Une demi‑heure après ils expédieront une autre ordon­nance, pour faire connaître si la canonnade aug­mente. Ils auront soin de dire dans quelle direction ils l’ont entendue. Ils continueront ainsi de vous instruire, de demi‑heure en demi‑heure, par une ordonnance, jusqu’à Allenstein. S’ils n’entendent ni n’apprennent rien, ils vous expédieront une ordonnance à demi‑chemin pour faire savoir qu’il n’y a rien de nouveau.

 

NAPOLÉON.

 

Comm. par Mme la duchesse d’Istrie.

(En minute aux Arch. de l’Emp.)

 

 

855. ‑ ORDRE DE SE PORTER A GUTTSTADT EN MARCHE DE GUERRE ET DE CORRESPONDRE FRÉQUEMMENT AVEC L’EMPEREUR.

 

AU MARÉCHAL SOULT, A ALLENSTEIN.

 

Passenheim, 3 février 1807, 5 heures du matin.

 

Mon Cousin, partez à la pointe du jour pour vous rendre à Guttstadt. Je donne ordre au maréchal Ney de se porter sur votre gauche et d’intercepter la route d’Osterode à Guttstadt. La division Friant, qui est à Mensguth, part aujourd'hui de bonne heure pour se rendre à Wartenburg ; le reste du corps du maréchal Davout la suit. Comme il pourrait se faire que je ne fusse point là, j’écris au grand­-duc de Berg de pousser en avant la division Friant, si les circonstances l’exigeaient. Le maréchal Auge­reau ne pourra être qu’aujourd’hui à Allenstein.

 

Quoique le prince se trouve avec vous, je n’en désire pas moins que vous correspondiez fréquem­ment avec moi. Instruisez‑moi donc fréquemment, dans la journée, de tout ce qui viendra à votre con­naissance ; et, si vous rencontrez l’ennemi, faites-­moi connaître directement ce que vous pensez de son nombre. Si vous êtes entré à Guttstadt et que l’ennemi se soit retiré, envoyez‑moi, comme aujourd’hui, les renseignements que vous avez pu recueillir. Recommandez à vos généraux de division de marcher serrés, en ordre, leur artillerie placée comme elle doit être, et faites‑leur connaître que c’est une marche de guerre.

 

Éclairez bien votre gauche ; faites‑moi connaître si la rivière de l’Alle et la rivière de la Passarge sont entièrement gelées, de manière qu’on ne doive les compter pour rien.

 

NAPOLÉON.

 

Rappelez Guyot et votre cavalerie légère. J’aime­rais mieux la voir sur votre gauche.

 

Dépôt de la guerre.

(En minute aux Arch. de l’Emp.)

 

 

856. ‑ DISPOSITIONS GÉNÉRALES POUR ATTAQUER L’ENNEMI.

 

AU GRAND‑DUC DE BERG.

 

Allenstein, 3 février 1807.

 

Le général Grouchy avec sa division se rendra sur le chemin de Guttstadt, occupera Diwitten, enverra reconnaître sur‑le‑champ Spiegelberg et rendra compte au maréchal Soult ; il sera aux ordres de ce maréchal pendant toute la journée.

 

Le maréchal Soult commandera la droite de l’ar­mée, se rendra avec la division Leval et la division Legrand à Diwitten, fera occuper Rosenau et choi­sira des chemins pour tomber sur les derrières de l’ennemi, s’il est en force sur Gettkendorf, chemin de Liebstadt ; il n’attaquera cependant cette position que quand le grand‑duc de Berg aura attaqué de son côté.

 

Le grand‑duc de Berg commandera la gauche de l’armée, se rendra sur le chemin de Liebstadt, où il fera passer la division de dragons de Milhaud ; la division Saint‑Hilaire sera sous les ordres du grand-­duc, ainsi que le corps du maréchal Ney. Il attaquera l’ennemi aussitôt qu’il croira avoir des forces suffi­santes, c’est‑à‑dire vers une heure après midi. Le maréchal Ney est destiné à rester à la gauche. Aussitôt que l’ennemi sera débusqué de Gettkendorf, le maréchal Ney tiendra la tête et le poussera plusieurs lieues. La division Saint‑Hilaire restera alors en réserve à Gettkendorf.

 

Le maréchal Berthier, par ordre de l’Empereur.

 

Dépôt de la guerre.

 

 

 

 Copyright www.stratisc.org - 2005 - Conception - Bertrand Degoy, Alain De Neve, Joseph Henrotin