| Institut de Stratégie Comparée, Commission Française d'Histoire Militaire, Institut d'Histoire des Conflits Contemporains |
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Correspondance
militaire Extraite
de la correspondance générale Par
ordre du ministère de la guerre Tome
quatrième
Paris
- 1876
857.
‑ HOPITAUX A CRÉER A THORN, MAGASINS ET MANUTENTIONS A ÉTABLIR.
‑ AVIS ET ORDRES. A
M. DARU. Arensdorf,
6 février 1807. Monsieur
Daru, j’ai ordonné que les prisonniers fussent dirigés sur Thorn. J’ai
ordonné que tous les blessés y fussent également dirigés. Envoyez un
ordonnateur dans cette ville, et prenez des mesures pour y établir des hôpitaux
pour 2,000 malades et blessés. Il est inutile d’augmenter les hôpitaux
de Varsovie ; il n’y aura jamais plus de monde qu’il y en a actuellement ;
cela ira au contraire en diminuant. Faites
transporter à Thorn tous les magasins de Bromberg, et faites‑y
organiser une manutention capable de cuire 50,000 rations. Je
vous ai déjà mandé, cette nuit, de ne plus envoyer ni pain, ni viande, ni
aucune espèce de vivres à l’armée, hormis au 5è corps et à la
division du général Oudinot, qui encore peuvent se nourrir de la
manutention de Pultusk. Faites
faire 25 à 30,000 rations de biscuit par jour, et remplissez vos magasins.
Vous ne devez pas vous dissimuler que, de tout ce que vous avez envoyé à
l’armée, rien n’y est arrivé, parce que l’armée a toujours marché,
au lieu que, si tout cela avait pu partir en même temps que l’armée,
elle eût été abondamment nourrie. C’est donc un million de biscuit
qu’il faut avoir à pouvoir distribuer du soir au lendemain. Il n’y aura
d’utile pour l’armée que les 38,000 rations qu’a apportées la Garde,
parce qu’elles sont parties avec elle. NAPOLÉON. Comm.
par M. le comte Daru. (En
minute aux Arch. de l’Emp.) 858.
‑ ORDRE CONCERNANT LES HOPITAUX. ‑ DISPOSITIONS GÉNERALES POUR
ÉTABLIR L’ARMÉE EN QUARTIER D’HIVER. A
M. DARU. Eylau,
12 février 1807. Monsieur
Daru, le résultat de la bataille d’Eylau m’a donné 6,000 blessés. Je
les ai fait évacuer sur Thorn. Mon intention est qu’à Thorn, Bromberg,
Gnesen, Posen, il soit établi des hôpitaux pou les malades ; c’est dans
la direction de l’Oder qu’on doit les placer. Mes hôpitaux de Varsovie
doivent diminuer. Mon intention n’est pas d’y avoir plus de 2,000
malades. Il n’en faut rien évacuer, mais empêcher qu’aucun malade soit
dirigé sur ce point. Comme
la ligne de communication de l’armée passera par Thorn, et non par
Varsovie, il faut que les souliers et effets d’habillement soient dirigés
désormais sur Posen et Thorn. Faites
diriger de Posen, et même de Glogau, du biscuit et des farines sur Thorn.
Faites redoubler les fabrications de Küstrin et de Stettin pour les diriger
également sur ce point. On peut aussi faire des établissements le long de
la gauche de la Vistule, du côté de Danzig, mon intention étant de
mettre mon armée en quartiers et de la disposer de la manière suivante :
un corps à Bromberg, un autre à Liebstadt, un autre à Elbing, un autre à
Osterode ; la cavalerie sera en colonne depuis Thorn jusqu’à Osterode. Le
10è corps assiègera Danzig et Graudenz. Le grand quartier général sera
à Thorn. Un corps occupera Varsovie, Pultusk, Sieroch, ainsi que toute
l’armée polonaise, que je veux concentrer sur ce point, afin que le
gouvernement puisse la diriger. Je
vous fais connaître ces dispositions générales afin que vous puissiez
faire tous les préparatifs pour l’organisation de ces établissements.
Par ce moyen, les communications de mon armée, depuis Magdeburg jusqu’à
Bromberg, se feront par des canaux. Ces dispositions ont pour but de couvrir
le siège de Danzig et de Colberg, dont il est important que je m’empare
avant de faire d’autres opérations. Il est donc nécessaire que vous
donniez des ordres pour que tout ce qui arrivera à Posen soit dirigé dans
sens, conformément aux nouvelles dispositions que je dois prendre. NAPOLÉON. Comm.
par M. le Comte Daru, (En
minute aux Arch. de l’Emp.) 859. - MESURES DIVERSES A PRENDRE PAR LE GOUVERNEUR DE THORN. AU
GÉNÉRAL RAPP. Osterode,
26 février 1807. Prenez
le commandement[1]
comme gouverneur. Le général Jordy reste comme commandant d’armes.
Faites évacuer les blessés sur Bromberg, Posen et sur la rive gauche.
Renvoyez les officiers et généraux à leur poste. Faites rejoindre les traînards.
Faites raccommoder le pont et filer les convois de subsistances sur
Osterode. Le 44è doit être arrivé à Thorn pour tenir garnison. Établissez
une sévère police. Envoyez‑moi souvent des nouvelles du lieu où se
trouve le maréchal Lefebvre, de ce qu’il fait, et faites‑lui connaître
votre arrivée à Thorn. Mettez‑vous en correspondance avec le général
qui commande le blocus de Graudenz, afin qu’il vous fasse passer ce qui
viendra à sa connaissance ; et, de votre côté, instruisez‑le des événements
qui se passeront, pour lui servir de règle de conduite. L’ennemi
manœuvre comme s’il voulait s’avancer. Je suis résolu à lui livrer
bataille ici. La seule chose qui me donne un peu de sollicitude, ce sont les
subsistances ; procurez‑nous‑en autant que vous pourrez. N’épargnez
pas l’argent pour les transports ; que les caissons de la compagnie
Breidt reviennent chargés de subsistances. Renvoyez ici Lombart, du
moment qu’il aura jeté un coup d’œil et organisé son service. Je
compte sur votre zèle dans cette circonstance importante. NAPOLÉON. Archives
de l’Empire. 860.
- INTENTION D’ATTENDRE L’ENNEMI A OSTERODE. AU MARÉCHAL SOULT. Osterode,
26 février 1807, 11 heures et demie du soir. Mon
Cousin, je vous ai expédié, à quatre heures après midi, un colonel
polonais. Ayant reçu, depuis, la nouvelle du petit combat qui a eu lieu ce
matin à la pointe du jour, à trois lieues en avant de Guttstadt, au
petit village de Peterswalde, où on a fait prisonnier le général baron de
Korff, le major général vous en a donné avis. J’ai peine à penser
que, par l’horrible temps qu’il fait, l’ennemi veuille engager une
affaire avec nous ; ce serait un étrange aveuglement. Toutefois je suis décidé
à tenir sur le plateau d’Osterode, où je réunirai en un jour et demi
plus de 95,000 hommes ; mais il serait fâcheux qu’il nous laissât là
après avoir logé quelques‑uns de ses avant‑postes dans nos
cantonnements. Il faut ne les quitter que quand il paraîtra en force et que
la prudence le prescrira. S’il ne vous présente que des forces inférieures,
culbutez‑le, et que, par votre contenance, l’ennemi soit prévenu
que nous ne voulons point abandonner la position et que nous sommes bien décidés
à la défendre. Pour passer une rivière et attaquer une ligne, il faut que
l’ennemi démasque ses forces. Mais faites évacuer vos malades, vos
blessés et vos équipages inutiles. Correspondez avec le prince de
Ponte‑Corvo et écrivez-lui dans ce sens, en l’informant de ce qui
s’est passé devant vous et de ce que vous faites. J’ai donné des
ordres conformes au maréchal Ney. On a toujours dû s’attendre que, même
en supposant que l’ennemi n’eût pas l’intention de livrer une
bataille, il serait disposé à tâter notre résolution et à s’établir,
s’il le pouvait, sur la rive droite de la Vistule. NAPOLÉON. Dépôt
de la guerre. (En
minute aux Arch. de l’Emp.) 861.
‑ ORDRES DIVERS POUR DES ÉTABLISSEMENTS A MARIENBURG ET POUR LA DÉFENSE
DE L’ILE DE NOGAT. ORDRES
POUR LE MARÉCHAL BERTHIER. Osterode,
28 février 1807. Il
y aura à Marienburg un commandant d’armes nommé par le major général,
et qui
correspondra avec le major général tous les jours ; il y aura une
compagnie d’artillerie, deux officiers du génie, un commissaire des
guerres, des garde‑magasins. L’ancienne
enceinte sera relevée et mise à l’abri d’un coup de main. Le général
Songis fera armer le plus tôt possible cette enceinte d’une douzaine de
pièces de canon. Il
y aura des fours et de la farine pour nourrir 2,000 hommes pendant un mois. Il
y sera établi un hôpital de 500 lits. Il
sera établi, sur la rive gauche, dans l’île de Nogat, une petite flèche,
de manière que, si l’ennemi s’emparait de l’île de Nogat, le pont
fût couvert et pût être défendu. Le général du génie y dirigera
deux compagnies de sapeurs, et prendra des mesures pour que, dans une
huitaine de jours, elle soit en état. Il n’y a dans l’armée aucun
travail plus pressé. Donner
l’ordre qu’on reconnaisse sur‑le‑champ Dirschau, pour voir
si l’enceinte est susceptible de servir de tête de pont. Donner
ordre qu’on établisse un hôpital à Mewe et un à Stargard. Les blessés
seront évacués de Marienburg sur Mewe. Le
major général préparera un travail qui
établisse la route de l’armée par Osterode, Marienburg, Dirschau,
Neu‑Stettin et Stettin, et une autre de Dirschau par Bromberg et
Varsovie. Le
major général proposera un officier supérieur pour commander l’île de
Nogat et être chargé du gouvernement et de la défense de cette île, sous
les ordres du major général. Il aura quelques pièces de campagne, un détachement
de cavalerie et d’infanterie pour la défense de ladite île. Le
grand‑duc de Berg fera reconnaître, par un officier de son état‑major,
si cette île de Nogat ne serait pas propre à contenir tous nos dépôts de
cavalerie. Le
major général donnera ordre au général d’artillerie de faire
revenir, par la rive gauche de la Vistule, sur Thorn, les six pièces
d’artillerie du parc mobile qui avaient été laissées à Varsovie aux
ordres du général Lemarois. Il
donnera ordre que tous les généraux se rendent à Thorn, pour de là se
rendre an quartier général d’Osterode. Supprimer
tous les commandants d’armes qui sont en Saxe, même celui de Wittenberg.
Que l’artillerie rappelle les détachements de canonniers qu’elle a
laissés dans les places, hormis un planton pour garder les effets ; l’étendue
du pays qu’occupe l’armée est telle, que l’artillerie se trouve épuisée
par cette dissémination. NAPOLÉON. Dépôt
de la guerre. 862.
‑ NOUVELLES POSITIONS A PRENDRE PAR L’ARMÉE. AU
MARÉCHAL SOULT, A LIEBSTADT. Osterode, 28 février 1807, 6 heures du soir. Mon
Cousin, je reçois votre lettre d’aujourd’hui à midi. Je vais diriger
la division de cuirassiers Espagne sur Mohrungen, afin qu’elle soit à
portée, avec la division Klein, de faire un coup d’éclat. Vous lui désignerez
des cantonnements. Bien entendu que mon intention est qu’elle ne fasse
aucun service et qu’elle reste très en arrière. J’ai
vu avec peine, dans un de vos rapports d’hier, qu’un paysan était venu
d’Elditten à Liebstadt. Ne saurons‑nous donc jamais servir ? Pas même
un lièvre ne doit passer la ligne. Le premier qui passera, faites‑le
fusiller, innocent ou coupable. Cette terreur sera salutaire. Nous ignorons
ce que fait l’ennemi, il faut qu’il ignore ce que nous faisons. Je
vous ferai connaître cette nuit les nouvelles dispositions à faire pour
appuyer votre droite. Le maréchal Ney a déjà une division à Deppen. Il
s’est trouvé embarrassé dans son mouvement sur Liebstadt, parce qu’il
n’a pas compris le sens de mes ordres. Mon
intention est d’occuper Guttstadt comme avant‑poste, et la ligne
d’Elditten à Guttstadt, bordée d’infanterie et de cavalerie, comme tête
de cantonnement, de garder la rive droite de l’Alle depuis Guttstadt
jusqu’à Allenstein pour mon flanc droit, et d’occuper Allenstein comme
arrière‑garde. Le
maréchal Ney établira son quartier général entre Deppen et Guttstadt,
sans attacher d’importance à tout ce que l’ennemi pourra faire sur ma
droite. La retraite du maréchal Ney sera sur Deppen. Lorsque ces
dispositions seront exécutées, vous pourrez placer ailleurs le général
SaintHilaire. Marienburg
se trouve être une place forte. Je viens d’ordonner qu’elle soit armée.
On travaille au pont. La ligne de communication de l’armée sera par
Marienburg, Dirschau et Stettin. Du moment que cette ligne de
communication sera établie et que j’y pourrai compter, ce qui demande
encore deux ou trois jours, mon intention est de placer le maréchal Davout
à Holland et de le charger de la garde des ponts de Spanden et d’Alken.
Le maréchal Bernadotte serait à Mühlhausen et Braunsberg. Vous
continuerez à vous nourrir par Marienwerder et avec les ressources du pays.
Le maréchal Davout se nourrira par Marienburg. Les deux petites villes
qu’occupe le général Dupont ont des ressources. Elbing fournirait le
supplément à tout le monde, Thorn nourrirait le maréchal Ney. Établissez
quelques fours et une manutention à Mohrungen. Il
est très‑convenable de remuer de la terre. C’est le cas des
redoutes et des fortifications de campagne qui ont, indépendamment de
leur valeur réelle, un avantage d’opinion. Je pense que tout le monde
sent l’importance du repos actuel, que les armes se réparent, qu’on
fait des appels rigoureux et qu’on rétablit un peu la discipline.
Faites‑moi connaître positivement comment vous vivez. Il serait
important que vous ayez en réserve à Liebstadt et à Mohrungen de quoi
faire une ou deux distributions d’eau‑de‑vie à votre corps. Du
moment que la communication par l’île de Nogat sera établie, je désignerai,
sur la rive gauche, une petite ville pour le dépôt de chaque corps. L’ennemi
fait des mouvements très‑éloignés sur la rive droite de l’Alle ;
peut‑être n’est‑ce que pour vivre ; mais, si nous étions
assez heureux pour que ces mouvements fussent faits en force, nous serions
en position de l’écraser. C’est pour cela qu’il faut toujours se
tenir sur le qui‑vive et prêt à reprendre l’offensive ; car, pour
peu que l’ennemi s’étende de deux marches, mon intention est de lui
tomber sur le corps. Je
vous recommande de ne faire faire aucun service aux dragons de la division
Klein. Les Polonais et votre cavalerie doivent suffire. Ce sont les divisions
de réserve qui ne doivent être employées que pour agir, et qui ont
surtout besoin d’être reposées. Portez un soin particulier à leur
nourriture, et faites‑leur faire des distributions an moins aussi bien
qu’à vos troupes, parce qu’il ne faut pas qu’elles croient que ce
sont des troupes de rebut dans les corps d’armée. Les hommes sont ce
qu’on veut qu’ils soient. NAPOLÉON. Dépôt
de la guerre. (En
minute aux Arch. de l’Emp.) 863.
‑ ENVOI D’UN OFFICIER POUR SAVOIR SI L’ENNEMI FAIT DES MOUVEMENTS
SUR L’AILE. AU
GÉNÉRAL MORAND, A ALLENSTEIN. Osterode,
4 mars 1807, 6 heures du matin. Je
vous expédie un officier d’ordonnance pour savoir ce qui se passe du côté
d’Allenstein et connaître le mouvement de l’ennemi sur notre droite.
La division de dragons de Milhaud a ordre de se rendre près de vous ;
envoyez à sa rencontre. Vous dites, dans une de vos lettres au major général,
que l’ennemi a eu de l’infanterie à Passenheim. Qu’il y ait eu de la
cavalerie et des Cosaques, cela se conçoit ; faites‑moi connaître
positivement ce qu’il en est. A‑t‑il encore de l’infanterie
à Wartenburg ? Depuis que l’ennemi s’est mis en retraite, et que nos
troupes sont au delà de Freimarkt, et que j’ai fait réoccuper Guttstadt,
quel mouvement aperçoit-on dans les postes qu’il avait sur l’Alle ?
Vous êtes bien placé pour envoyer des espions. Ne ménagez pas l’argent
et envoyez‑moi, deux fois par jour, des rapports de ce que vous
apprendrez. NAPOLÉON. Archives
de l’Empire. 864.
‑ MESURES A PRENDRE A THORN. – RECOMMANDATIONS
POUR LES SUBSISTANCES. AU
GÉNÉRAL DUROC. Osterode,
5 mars 1807. Je
suppose que vous êtes arrivé hier à Thorn. Tournon m’écrit qu’il
m’a expédié 45,000 rations de pain de Bromberg. Faites remplir de
farine, de pain, de biscuit et d’eau‑de‑vie tous les caissons
de la compagnie Breidt, qui retournent de conduire des blessés, ainsi que
les voitures du pays. Il
faut tirer de Varsovie le plus de chirurgiens qu’on pourra. Ceux de la
ville pourront soigner une partie des blessés qui y sont, afin que les
chirurgiens de Thorn puissent revenir, si nous en avons besoin. Il
faut organiser la manutention de Thorn de manière qu’on y fasse par
jour 40,000 rations de pain et qu’il y ait de la farine pour quinze jours. Organisez
une manutention pareille à Bromberg. Mais ce qui est le plus pressant,
c’est de nous approvisionner à Osterode et ensuite à Strasbourg, où il
faut quatre ou cinq gros fours et un bon approvisionnement, tant pour les
passages que pour les mouvements de l’armée, si je juge à propos de me
concentrer. Ce ne serait pas trop d’y faire 20,000 rations par jour.
L’intendant général peut y avoir les ressources de Plock et des autres
districts. Nous
vivons médiocrement, grâce à Elbing et à Marienburg ; mais bientôt nous
ne vivrons pas du tout, car les localités seront bientôt épuisées. Il
faut que l’intendant général cherche, par tous les moyens possibles, à
avoir du riz. Tout
le vin que j’avais sur le canal et à Stettin doit être près d’arriver
; ce serait une belle et grande ressource. J’ai
ici une manutention pour faire 15,000 rations par jour, mais je ne suis
pas approvisionné en farine. Il
faut que Rapp passe, tous les jours à midi, la revue des hommes qui
rejoignent l’armée, afin qu’aucun homme ne parte s’il n’est point
armé et n’a ses cartouches ; il faut que les hommes qui partent de
Thorn pour l’armée aient du pain jusqu’à Strasbourg, où on leur en
donnera jusqu’ici. J’ai
établi que tous les hommes sortant des hôpitaux, les bagages, etc.,
appartenant au 3è corps seraient à Thorn ; ceux du 4è à Bromberg ; ceux
du 6è, à Fordon, et ceux du 1er, à Schwetz. Faites-moi connaître
si le gouverneur de Thorn et l’intendant général ont reçu là‑dessus
les ordres du major général ; que le gouverneur écrive aux commandants,
et l’intendant général aux intendants, pour diriger sur ces points les
hommes et les bagages des différents corps. Le
dépôt général de cavalerie est à Culm. L’armée
a bien besoin de fusils. Il y en a à Posen et à Thorn ; prenez des
renseignements là-dessus. Visitez
avec soin le pont ; on m’assure qu’il est raccommodé : qu’on y
travaille de nouveau pour l’assurer davantage. Rapp
désire venir à l’armée active, je le désire aussi, car il y a ici des
gens qui, au premier événement, ne soutiennent plus leur réputation.
Cependant il faut un homme à Thorn qui puisse le remplacer, à moins
que Lemarois n’ait assez de santé pour cela. D’ailleurs,
faites‑moi connaître si Rapp est entièrement guéri. J’ai
fait passer la Passarge à tous mes corps d’armée
; l’ennemi s’est partout retiré précipitamment. Soult a poussé
l’ennemi au delà de Freimarkt ; le prince de Ponte‑Corvo, au delà
de Mehlsack. L’ennemi s’est retiré précipitamment sur Kœnigsberg.
Il a paru craindre que nous n’y arrivassions avant lui. Effectivement, je
n’en suis qu’à quinze lieues, de Braunsberg. L’ennemi s’est aperçu
quand on réparait les ponts de la Passarge, et on n’a pu le surprendre.
Voici la situation d’aujourd’hui. Je
désire savoir le nombre des blessés qui ont passé à Thorn, corps par
corps, en distinguant les grandes et les petites blessures. Rapp, j’espère,
mettra une assez bonne police pour empêcher que les traînards et petits
blessés ne désertent, et renverra tout le monde à son poste. Il
faut que l’intendant général prenne des moyens très‑sérieux pour
nous approvisionner ici ; il faut qu’il fasse venir des voitures de Posen
et de toute cette partie de la Pologne ; qu’il donne, de son chef, une
nouvelle direction aux fournitures de Bromberg. Il pourrait en faire des
magasins à Mewe, comme le district de Posen pourrait mettre à même d’en
former à Thorn et dans les environs. Recommandez
à l’intendant général de veiller à ce qu’on ne désapprovisionne pas
trop Stettin et Küstrin et à ce qu’on convertisse les blés en farine. Répondez‑moi
à cela article par article. Gardez Tournon à Thorn. C’est un homme plein
de zèle et dont je suis très‑satisfait, et qui aidera à faire
marcher tout cela. J’ai ici de la cavalerie polonaise, mais je n’ai pas
de sabres ; écrivez au général Liébert combien il est pressant d’en
envoyer. NAPOLÉON. Comm.
par M. le comte Daru. (En
minute aux Arch. de l’Emp.) 865.
‑ MAUVAIS SERVICE DE LA COMPAGNIE BREIDT. – PROJET
DE FORMER DES BATAILLONS DU TRAIN DES ÉQUIPAGES. AU
GÉNÉRAL DEJEAN. Osterode,
6 mars 1807. Monsieur
Dejean, mille selles et mille paires de bottes doivent être prêtes au 1er
mars. Faites‑les diriger par les caissons de la compagnie Breidt sur
Magdeburg, où elles seront à ma disposition. Faites diriger de la même
manière, et sur le même point, les mille selles et les mille paires de
bottes qui seront prêtes au 30 mars. Faites également diriger sur
Magdeburg, par les caissons de la compagnie Breidt, les effets de la Garde
impériale. Il faut aussi laisser les corps envoyer l’habillement ainsi
que le harnachement de la cavalerie, et mettez de l’ordre dans ces envois.
Le meilleur moyen est de lever les brigades de la compagnie Breidt. Il faut
donc en prévenir les corps et particulièrement ceux de cavalerie qui
voudront envoyer leurs effets à Mayence. Le général Kellermann
m’enverra l’état des
objets et le numéro des brigades qui seront dirigés sur Madgdeburg. Je
donnerai ensuite les ordres de direction sur Spandau, Küstrin, et ainsi de
suite sur les régiments. Rien
n’est vicieux comme l’organisation des transports de la compagnie
Breidt. Elle fait un mauvais service, mais elle en fait un. J’ai perdu
une centaine de ces caissons, partie enlevés par les Cosaques, partie
rompus dans les mauvais chemins. Ceux qui ont été pris par les Cosaques,
au nombre de quinze ou vingt, ont été perdus par la faute des agents, qui
restent huit ou dix jours dans un même endroit. Je
voudrais que vous commençassiez à organiser économiquement ces équipages.
A cet effet, je voudrais former des bataillons de transport des équipages
militaires. Chaque bataillon aurait un conseil d’administration, et serait
commandé par un homme ayant rang de capitaine dans la ligne. Chaque
compagnie pourrait être composée de trente‑deux caissons attelés de
quatre chevaux chacun et conduits par deux hommes. Il est absurde de mettre
un homme pour quatre chevaux ; les hommes tombent malades et ne peuvent se
remplacer, tandis que les chevaux se remplacent dans le pays. C’est aussi
une mauvaise économie de ne mettre que trois chevaux par caisson. Ainsi il
y aurait dans une compagnie 32 caissons, 128 chevaux de trait et 64 hommes.
On y ajouterait une forge de campagne, une voiture de rechanges de harnais
et d’approvisionnements de réparations pour les caissons. Chaque
compagnie serait divisée en quatre escouades chacune de huit caissons et
commandée par un maréchal des logis chef. Six compagnies pourraient
former un bataillon, qui se trouverait ainsi composé de 192 voitures, 768
chevaux et 384 hommes. Chaque bataillon aurait un quartier‑maître. Il
y aurait une masse pour l’entretien des caissons, une de harnachement et
une d’achat de chevaux. Les caissons et harnais seraient fournis. Par
ce moyen nous n’aurions plus d’intérêt à opposer à l’intérêt de
l’armée, ce qui n’est pas à présent ; car, par exemple, lorsque
j’ai intérêt à ce que les caissons arrivent vite, l’entrepreneur a un
intérêt opposé. D’ailleurs, rien n’est absurde comme ces marchés où
l’entrepreneur joue à la loterie et où il peut être ruiné sans qu'il y
ait de sa faute, ou gagner un million sans raison. Causez de cela avec M.
Lacuée. Rédigez un projet pour la formation de dix bataillons, et
faites‑le discuter au Conseil d’État. Ensuite commencez par former
un bataillon, et n’attendez pas ma signature. J’approuve d’avance le
projet que le Conseil aura rédigé. Il serait utile qu’il y eût un chef
de bataillon chargé du commandement du régiment, et un directeur général
des transports des équipages militaires ayant rang de chef de brigade.
Notre administration est dans une grande barbarie. Mais il ne faut pas
toucher à la compagnie Breidt et avoir soin que ces nouveaux arrangements
n’apportent aucun retard, et m’envoyer très‑promptement tout ce
qu’il y a de prêt des équipages de cette compagnie. Quoique mal organisée,
elle m’a rendu de grands services. Je n’ai que 6 à 700 de ses caissons,
et il m’en aurait fallu 3,000. Je
veux, par la nouvelle organisation, faire des transports des équipages
militaires comme du train d’artillerie, qui m’a rendu de très‑importants
services. Sans la manière dont le train est organisé, je n’aurais pas
pu tirer mon immense artillerie des mauvais chemins, et jamais une pièce
n’est restée en route. Ces résultats dédommagent bien de la dépense
que cette organisation occasionne en temps de paix ; nous n’avons fait
qu’un pas en administration, c’est celui‑là. Il faut donc
organiser de même le train des transports des équipages militaires. Ayez
aussi soin d’ordonner que les caissons soient plus légers et plus
solides, qu’ils soient construits avec un bois bien sec et avec une grande
attention. On donnera au train des équipages un uniforme différent de
celui du train d’artillerie. Ses charretiers doivent être appelés
soldats des équipages ; ils sont exposés, quoique ce ne soit pas de la même
manière que le train. Mais chacun l’est dans une armée, et ce n’est
pas un modique salaire, c’est l’esprit du métier qui porte à faire son
devoir malgré le danger. Sous ce rapport on avait fait les commissaires des
guerres militaires, et cela devait être. En
résumé, continuez à m’envoyer les brigades de la compagnie Breidt, dont
j’ai grand besoin pour apporter les objets qui viennent de France.
Organisez des bataillons du train des transports des équipages ; et, aussitôt
qu’une compagnie sera formée, faites‑la partir. Vous pouvez fort
bien commander encore à Sampigny une centaine de voitures, et m’en
envoyer tous les mois une compagnie de 32 voitures. Cela réparera mes
pertes. Mais ayez soin qu’elles soient bien construites ; de mauvaises
choses ou des vieilleries ne servent à rien. NAPOLÉON. Dépôt
de la guerre. (En
minute aux Arch. de l’Emp.)
866.
‑ ORDRE DE FORMER EN RÉGIMENTS PROVISOIRES LES TROUPES DESTINÉES A
L’ARMÉE ET DE HATER LEUR DÉPART. AU
MARÉCHAL KELLERMANN, A MAYENCE. Osterode,
6 mars 1801. Mon Cousin, ne mettez aucun délai dans le départ des troupes destinées à la Grande Armée. Je suppose que les 5è, 6è, 7è et 8è régiments provisoires sont partis, et qu’aussitôt qu’ils seront complétés vous vous occuperez de former les 9è, 10è, 11è et 12è. Formez également quatre régiments provisoires de cavalerie ; chaque régiment composé de cinq compagnies, savoir : la 1re compagnie composée de détachements tirés des dépôts des régiments de bussards, la 2è de détachements de chasseurs, les 3è et 4è de détachements de dragons, la 5è de détachements de carabiniers et de cuirassiers. Chaque compagnie sera de 120 hommes ; ce qui formera par régiment 600 hommes. Vous en donnerez le commandement à un chef d’escadron ou à un major. J’espère que vous ne tarderez pas à faire partir le premier. Vous le dirigerez sur Potsdam. Vous aurez soin qu’il soit bien équipé, bien armé et bien babillé. Vous sentez que, par ce moyen, ces régiments arriveront en ordre à l’armée, et qu’ils pourront être utiles dans la route, suivant les circonstances. NAPOLÉON. Comm.
par M. le duc de Valmy. (En
minute aux Arch. de l’Emp.)
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