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Stratégique

Histoire Militaire et Stratégie
Correspondance de Napoléon
RIHM
 

 

 

Correspondance militaire
de Napoléon Ier

Extraite de la correspondance générale et publiée

Par ordre du ministère de la guerre

Tome quatrième  

Paris - 1876

 

867. ‑ IMPORTANCE D’AVOIR DES POINTS OFFENSIFS SUR UNE LIGNE DÉFENSIVE ; OBJET D’UNE TÊTE DE PONT A BRAUNSBERG.

 

AU MARÉCHAL BERNADOTTE, A PREUSSICH‑HOLLAND.

 

Osterode, 6 mars 1807, minuit.

 

Mon Cousin, je vois avec plaisir, par votre lettre du 5, que la tête de pont de Spanden est déjà occu­pée ; mais cela n’est pas suffisant : il nous faut une tête de pont à Braunsberg. Si le faubourg de Braunsberg ne gêne pas, qu’on travaille sans délai à cette tête de pont ; s’il gêne, et que la position ne soit pas favorable, que le général Dupont choisisse sur la droite de Braunsberg une position convenable pour qu’on travaille sans délai à un pont et à une tête de pont. C’est dans la défense d’un pont et d’une tête de pont que consiste toute notre bonne position. Supposez que 25 ou 30,000 hommes se portent sur Braunsberg, et que vous vous y portiez avec votre corps d’armée pour leur couper le passage, et que, profitant d’une opération si téméraire de la part de l’ennemi, un ou deux corps débouchent par Spanden pour tomber sur ses derrières, s’il n’y a pas un pont et une tête de pont, vous ne pourriez pas par­ticiper au combat, et nous aurions un désavantage marqué. Une rivière ni une ligne quelconque ne peuvent se défendre qu’en ayant des ponts offensifs ; car, quand on n’a fait que se défendre, on a couru des chances sans rien obtenir ; mais lorsqu’on peut combiner la défense avec un mouvement offensif, on fait courir à l’ennemi plus de chances qu’il n’en a fait courir au corps attaqué. Faites donc travailler jour et nuit à la tête de pont de Spanden et à celle de Braunsberg ; quand je dis Braunsherg, j’entends à une lieue ou environ de cette ville, dans la posi­tion la plus convenable. Une fois cela fait, faites bien reconnaître la nature du pays de Braunsberg à Mehlsack et à trois lieues autour de cette position ; car, un peu plus tôt, un peu plus tard, si l’en­nemi prend l’offensive, je pense que c’est là qu’on se battra.

 

L’ennemi avait fait bien des fautes. Si j’avais eu du pain et que les mauvais temps ne m’eussent pas arrêté, je serais arrivé à Kœnigsberg avant lui, et je l’aurais battu en détail. Il est constant qu’il avait détaché 25,000 hommes sur la rive droite de l’Alle, et qu’il avait des régiments d’infanterie arrivés à Passenheim. Le mouvement offensif qui a été fait lui a fait connaître sa témérité ; et, depuis le 4 au matin, il marche en toute hâte pour se replier et reprendre sa position naturelle.

 

NAPOLÉON.

 

Comm. par S. M. le roi de Suède.

(En minute aux Arch. de l’Emp.)

 

 

868. ‑ INSTRUCTIONS POUR ÉLOIGNER L’ENNEMI ET ASSURER LE BLOCUS DE DANZIG DU COTÉ DE LA MER.

 

AU MARÉCHAL LEFEBVRE, A DIRSCHAU.

 

Osterode, 6 mars 1807, minuit.

 

Je vois avec plaisir que, le 8, Danzig sera investi. J’espère que vous serez content des Saxons. Faites connaître au prince Sulkowski que je l’ai nommé membre de la Légion d’honneur. Autorisez‑le à porter le ruban, jusqu’à ce que je lui aie remis la croix. Quand le 2è léger attaquera les bords de la mer, faites‑le soutenir par huit pièces de canon français, par les deux régiments de cavalerie fran­çaise ou des cuirassiers saxons, et par 12,000 hom­mes de vos meilleures troupes saxonnes. Mettez Drouet et Schramm à la tête de cette expédition. Qu’ainsi, avec 4 ou 5,000 hommes, ils poussent sur l’estran, l’épée dans les reins, tout ce qui s’y trouvera, et cela pendant l’espace de plusieurs lieues, même jusqu’au bord de l’estran, si cela était pos­sible. Après cela, ayez des officiers du génie tout prêts, qui élèvent des redoutes et palissades pour empêcher l’ennemi de revenir. C’est, je pense, l’objet le plus important du siège et qui affectera le plus la garnison. Je crois que vous avez quatre ou cinq officiers du génie. En cas que vous n’ayez pas ce nombre, j’écris au général Chasseloup de vous les envoyer. Établissez un régiment polonais tout entier dans l’île de Nogat, pour en garnir le pour­tour. Que ce régiment envoie 200 hommes à Marienburg. Les Saxons doivent avoir beaucoup d’ar­tillerie ; vous devez en avoir douze pièces françaises ; les Badois et les Polonais doivent aussi en avoir. Faites remuer de la terre, c’est nécessaire, sur­tout avec de mauvaises troupes ; par ce moyen vous bloquerez Danzig sans danger.

 

Je n’ai point de nouvelles si Kolberg est investi ; il devrait l’être à l’heure qu’il est. Écrivez à Stettin pour qu’on mette en marche tous les canons et mor­tiers dont on a pu disposer. Aucune opération ne sera plus utile à l’armée et plus glorieuse pour le brave maréchal Lefebvre.

 

Je désire beaucoup avoir un pont à Dirschau. Écrivez vis‑à‑vis Graudenz qu’on dirige tous les pontons à Dirschau.

 

NAPOLÉON.

 

 

869. ‑ ORDRES CONCERNANT LA SUBSISTANCE DE SON CORPS D’ARMÉE ET LES NOUVELLES A PRENDRE DE L’ENNEMI.

 

AU MARÉCHAL DAVOUT.

 

Osterode, 11 mars 1807.

 

Je reçois votre lettre du 11 mars. Il faut d’abord que vos troupes aient régulièrement ration complète de pain et de viande, et de l’eau‑de‑vie tous les deux jours. En supposant 20,000 rations, il fau­drait chercher à vous procurer 12,000 rations du pays ; il y a du blé, des moulins et des fours ; je vous en ferai donner 8,000 d’Osterode. Vous pour­riez tirer quelque chose de Plock. Je voudrais savoir si cet arrangement vous convient. Je désire qu’enfin le soldat ait ration complète. Vous aurez 8,000 ra­tions d’Osterode, mais il serait mieux qu’il vous en fallût moins. Il faut que vous envoyiez chercher ces rations. Quant à l’eau‑de‑vie, on vous en fournira tous les jours 10,000 rations.

 

Quant à l’ennemi, il paraît qu’il ne veut rien faire. Moi, je veux organiser mes vivres. C’est jouer à la loterie que de faire quelque chose en mars et en avril. Si, avec 8,000 rations qu’on vous enverrait d’Osterode, vos soldats avaient ration complète, j’éprouverais une grande satisfaction. Il faut à Allenstein faire faire des fours et rassurer les habitants.

 

Douze régiments provisoires sont en marche ; quatre arriveront avant dix jours. Il y a des détache­ments de tous les corps. Le 17è et le 21è ne tarde­ront pas à recevoir leurs 3es bataillons forts de 1,000 hommes. Mais il faut rétablir la discipline. Mettez votre gendarmerie sur les derrières, afin que des hommes, sous prétexte d’être malades, ne passent pas la Vistule.

 

Faites‑moi connaître, ces jours‑ci, votre situation. Avez‑vous eu des vivres pour le 11, en avez‑vous pour le 12, en avez‑vous pour le 13 ? Je viens d’or­donner aujourd’hui qu’on vous en envoie 9,000 rations.

 

Je ne vois pas d’inconvénient que vous portiez, le 14, votre quartier général à Allenstein. Vous y aurez l’avantage d’être mieux instruit de ce que fait l’ennemi et de ce qui se passe sur l’Alle. Mais, comme demain Soult et Ney rentrent dans leurs cantonnements, il faut avoir l’œil sur ce que fait l’ennemi.

 

Reposez votre cavalerie légère ; ne lui faites pas faire de reconnaissances et de courses inutiles. Le moyen que vous employez est le véritable : c’est, tous les jours, d’envoyer chercher des baillis à une lieue. Je préférerais donc qu’au lieu de reconnais­sances, qui sont souvent ramenées, on fit partir tous les deux jours 200 ou 150 hommes sans porte­-manteaux, avec une compagnie de voltigeurs en croupe qui iraient prendre les baillis. Il n’y aurait aucune chance à courir ; au contraire, on rosserait les Cosaques. Il paraît aujourd’hui prouvé qu’ils ne sont jamais dans un moindre nombre que 150 hom­mes.

 

NAPOLÉON.

 

Archives de l’Empire.

 

 

870. ‑ ORDRE D’ATTENDRE QUE NEY SOIT ENTRÉ DANS SES CANTONNEMENTS, AVIS ET RECOMMANDATIONS.

 

AU MARÉCHAL SOULT, A SCHWENDT

 

Osterode, 11 mars 1807, 11 heures du soir.

 

Mon Cousin, le maréchal Ney prend demain ses cantonnements. Ne reprenez pas les vôtres, et ne repassez la Passarge que lorsque vous serez certain qu’il aura pris les siens. Que la division des cuiras­siers et la division Klein soient en position de dé­boucher par Elditten pour soutenir la gauche du maréchal Ney. Il ne peut être attaqué que par là. Si l’ennemi jetait de la cavalerie sur sa gauche, il serait très‑bien que vous fissiez déboucher ces 3,000 chevaux pour le soutenir.

 

J’ai fait réunir à Willenberg la division Gazan et la division Beker. J’ai réuni 10,000 Polonais à pied et à cheval à Neidenburg. La division Suchet et 10,000 Bavarois couvrent Ostrolenka et Pultusk. Le grand‑duc de Berg, à une lieue de Willenberg, a encore eu le renseignement qu’il y avait là 12,000 hommes d’infanterie, tant est grand l’art des Russes pour exagérer leur nombre et tromper sur leurs mouvements. Arrivé à Willenberg, il a fait charger le prince Borghèse, qui a fait prison­niers une centaine d’hommes, deux capitaines et six autres officiers. Arrivé à Willenberg, il a été prouvé qu’il n’y avait jamais eu plus de 600 hommes de cavalerie et un millier de Cosaques, qui s’étaient éparpillés dans les campagnes.

 

Le grand‑duc de Berg est aujourd’hui, avec 6,000 hommes de cavalerie et le général Oudinot, à Passenheim, et fouille la rive droite de l’Alle ; il espère encore faire quelque mal de détail à l’en­nemi.

 

Je vous laisse le maître de camper. Dans ce cas, je désire que vous campiez par division, chaque division en bataillon carré, savoir : trois régiments de front et deux dans l’épaisseur, la baraque du général au milieu, ainsi que le parc. En plaçant ces trois camps dans de belles positions, on finirait par les couvrir de redoutes et les retrancher. Une fois rentré dans nos cantonnements, si, comme je n’en doute pas, l’ennemi reste tranquille, je vous re­commande de reposer vos deux divisions de grosse cavalerie, surtout la division Klein, qui a beaucoup souffert à Freimarkt. Veillez à ce qu’on ne donne pas les billets d’hôpital si légèrement ; il faut qu’ils soient signés du colonel. J’ai mis des gendarmes sur tous les points, et il y en a qui déclarent tous les jours 150 billets d’hôpital.

 

Il faut aussi faire des distributions complètes et régulières. Marienwerder ne fournit qu’à vous. Elbing doit vous fournir de 8 à 10,000 rations par jour. Le pays doit vous fournir aussi de grandes res­sources.

 

Dites et faites dire à l’ennemi que le général Oudinot, avec 18,000 grenadiers, nous a rejoints à Osterode ; que le prince royal de Bavière, avec 20,000 hommes, a rejoint l’armée ; que dix régi­ments sont aussi venus nous renforcer ; qu’en cau­sant les soldats disent cela à l’ennemi.

 

NAPOLÉON.

 

Dépôt de la guerre.

(En minute aux Arch. de l’Emp.)

 

 

871. ‑ OPÉRATIONS A FAIRE APRÈS AVOIR INVESTI DANZIG.

 

AU MARÉCHAL LFFEBVRE, A PRAUST.

 

Osterode, 12 mars 1807.

 

         Je reçois votre lettre du 11 mars. Je vois avec plaisir que vous avez investi Danzig. C’est déjà une première opération ; vous en avez trois autres à faire. La première, c’est de jeter un pont sur le bras de la Vistule, de manière à pouvoir aller jusqu’à la mer. J’ai ordonné à cet effet que l’équipage   de pont vous fût envoyé. Comme la Vistule n’a là qu’une centaine de toises, vous aurez de quoi faire un et deux ponts. La deuxième opération, c’est d’isoler le fort de la ville, et, par ce moyen, ôter à la ville toute communication avec la mer. La troi­sième, c’est d’entretenir vos communications libres avec Stettin, afin que les trains d’artillerie puissent arriver.

 

Gardez en réserve votre cavalerie française, qui, d’ailleurs, a besoin de repos et a besoin d’être mé­nagée. Tous les détachements vont insensiblement     se réunir. Envoyez les chevau‑légers saxons pour maintenir vos communications avec Stettin ; ils seront chargés de poursuivre les partisans. Des trains d’artillerie assez considérables se préparent à Stettin pour se rendre devant Danzig. Le pont de Marienburg, qui avait été établi, a été emporté ; mais, la débâcle étant terminée, on va le rétablir.

 

Le pont de Marienwerder va être construit. J’ai besoin de ce pont pour les mouvements de l’armée. On fera après le pont de Dirschau. Je n’ai pas be­soin de vous dire de faire beaucoup de redoutes pour bien asseoir votre blocus. J’ai ordonné qu’on vous envoyât le général Gardanne. Je vous envoie le général Von der Weid, qui parle allemand. Mais surmontez tous les obstacles et isolez la ville du fort et de la mer. Envoyez un ou deux de vos aides de camp, avec des chevau‑légers saxons, battre la plaine pour activer l’arrivée des convois d’artillerie qui doivent partir de Stettin. La cavalerie ne vous est pas trop nécessaire où vous êtes. Employez les cuirassiers saxons à parcourir le pays. Songez que votre gloire est attachée à l’importante prise de Danzig, et que toute l’Europe a les yeux sur vous. Nous manœuvrerons constamment ici pour vous couvrir. Apprenez‑moi, par votre première dé­pêche, que vous avez passé le bras de la Vistule et que Danzig est cerné de tous côtés. Le général Chasseloup se rend pour reconnaître la place et vous aider de ses conseils. Les généraux d’artillerie et du génie doivent fournir les fonds pour qu’on paye tous les travailleurs. Si vous avez des officiers saxons intelligents, donnez‑leur deux ou trois cents chevaux, et promettez‑leur la croix de la Légion s’ils arrêtent les partisans. Faites fusiller le premier qui commettra des désordres. Faites réclamer le général Victor, qui a été échangé contre le général Blücher.

 

NAPOLÉON.

 

Archives de l’Empire.

 

 

872. - MOTIFS POUR LESQUELS LA DIVISION GAZAN EST MAINTENUE A WILLENBERG.

 

AU MARÉCHAL MASSÉNA, A PULTUSK.

 

Osterode, 13 mars 1807, 2 heures du matin.

 

Mon Cousin, l’aide de camp que je vous ai ex­pédié me remet votre lettre. Le major général vous aura fait connaître mes intentions. Je désire que la division Gazan se trouve à Willenberg pour trois buts : 1° pour que, si l’ennemi m'attaque, je puisse avoir cette division le troisième jour à Osterode ; 2° parce qu’elle maintiendra d’une manière solide et permanente mes communications avec vous, et que Willenberg est la clef de l’Omulew ; 3° parce que mon intention est de marcher à l’ennemi dans une quinzaine de jours. Je puis réunir, par des marches composées, 140,000 hommes, et l’exter­miner.

 

Il n’y a du reste rien de nouveau. Nous sommes de part et d’autre dans nos cantonnements assez tranquilles.

 

Le maréchal Lefebvre a entièrement cerné la ville de Danzig.

 

Ne souffrez point que l’ennemi ait des ponts à Ostrolenka ; allez les lui brûler. Faites cuire à Pul­tusk, à Makow, Przasnysz, à Ciechanow et même à Willenberg. Tâchez, d’ici à huit jours, d’avoir dans tous ces lieux 80,000 rations de pain demi‑biscuité, en réserve. Visitez vous‑même tout l’Omulew de­puis Willenberg jusqu’à la Narew. Une nouvelle division bavaroise est en marche pour arriver sous vos ordres à Varsovie.

 

NAPOLÉON.

 

Archives de l’Empire.

 

 

873. ‑ PROJET DE DÉCRET A PRÉPARER POUR ABAISSER LA TAILLE DES HOMMES ET DES CHEVAUX DANS LA CAVALERIE.

 

AU GÉNÉRAL LACUÉE.

 

Osterode, 15 mars 1807.

 

Dans le tableau de la conscription de 1807, je vois que le 100è de ligne est oublié.

 

Je réponds à votre lettre.

 

Il faut des cuirassiers grands, mais la taille est tout à fait inutile aux hussards et aux chasseurs ; au contraire, elle est nuisible. Par une suite de la grande taille des hommes, il faut de grands chevaux, ce qui double la dépense et ne rend pas le même service. Présentez au Conseil d’État un projet de décret pour qu’un homme ne puisse entrer dans les chasseurs et les hussards s’il a plus de 5 pieds 1 pouce. Il faut baisser d’un pouce la taille des che­vaux. Les chevaux de hussards et de chasseurs sont de véritables chevaux de dragons. On utilisera par là le grand nombre de petits chevaux que nous avons en France. Je pense que, pour les hussards et chasseurs, il faut des chevaux de 4 et 5 pouces. Ordonnez aux dépôts de dragons de recevoir les hommes n’importe la taille.

 

NAPOLÉON.

 

Archives de l’Empire.

 

 

874. ‑ ORDRE DE RASSEMBLER TOUTE LA CAVALERIE

DISSÉMINÉE DEPUIS LE RHIN JUSQU’A LA PREGEL.

 

AU GRAND‑DUC DE BERG.

 

Osterode, 15 mars 1807.

 

Il ne faut point se dissimuler que la cavalerie est disséminée depuis le Rhin jusqu’à la Pregel. Cette dissémination fait notre faiblesse. Il faut prendre des mesures promptes pour la faire rejoindre. Mon intention est que vous fassiez partir sur‑le‑champ­ un officier de votre état‑major, de confiance, qui se rendra à Plock, prendra l’état de tous les hommes de cavalerie qui s’y trouvent et les dirigera sur Culm, où il faut envoyer tous les dépôts de cavalerie, soit de la réserve, soit des corps d’armée, hormis le 21è de chasseurs et le 10è de hussards.

 

Cet officier restera à Plock jusqu’à ce que les dé­tachements aient été mis en mouvement et qu’il soit certain qu’il ne reste pas un homme de cavalerie dans ce département.

 

Vous enverrez un autre officier à Varsovie pour ramasser tout ce qui serait resté à Rawa, Lowicz, Lenczyca, Kalisz ; il y en a jusqu’en Silésie. Ces of­ficiers auront de vous l’ordre aux détachements, bien portants ou éclopés, de la cavalerie de la ré­serve ou des corps d’armée, de se diriger sur Culm, n’en exceptant que le 21è de chasseurs et le 10è de hussards, qui doivent rester sur Varsovie. Ces offi­ciers se rendront dans tous les lieux, et vous écri­ront tous les jours pour vous faire connaître tous les détachements qu’ils auront découverts, la route qu’ils leur auront tracée. Celui de Varsovie remettra ses lettres au gouverneur de Varsovie, qui me les fera parvenir ; celui de Plock, au commandant du département de Plock. Vous en enverrez un troi­sième à Posen, qui fera la même chose pour tous les districts de ce département. Enfin vous les ren­drez porteurs de lettres pour le gouverneur de Var­sovie et les commandants des départements de Plock, Kalisz et Posen. Je suis persuadé que le ré­sultat de ces missions sera de nous produire plus de 3,000 hommes de cavalerie.

 

Il faut centraliser tous les dépôts de cavalerie à Culm. Il faut que vous correspondiez tous les jours avec le général Roget, commandant le dépôt de Culm.

 

Choisissez trois officiers de zèle, actifs, et qui, passant chacun huit ou dix jours dans le départe­ment, les emploient à courir, et ne reviennent que lorsqu’ils seront assurés que tout est parti.

 

Écrivez aussi à tous les colonels des régiments, afin qu’ils vous fassent connaître le lieu où ils ont des détachements Ayez une correspondance avec tous les commandants des départements et des provinces pour faire rejoindre tous vos détache­ments

 

NAPOLÉON.

 

Archives de l’Empire.

 

 

875. ‑ DISPOSITIONS GÉNÉRALES POUR LES SUBSISTANCES ; RÉPARTITION A EN FAIRE ENTRER LES PLACES.

 

A M. DARU.

 

Osterode, 16 mars 1801.

 

Monsieur Daru, je reçois un état des magasins de Varsovie ; il en résulte qu’entre Varsovie, Praga et ce qu’on appelle la réserve :

 

Farine. Il y avait, le 13 mars, 6,000 quintaux de farine. Ordonnez qu’on en fasse filer sur Thorn, Plock, et en droite ligne sur Osterode. Ce qui dé­barquera à Plock sera chargé sur les voitures du pays et dirigé sur Osterode ; l’autre partie sera di­rigée sur Culm, Graudenz, et débarquera sur ces deux points pour être transportée à Osterode. Ainsi il arrivera des convois à Osterode par trois routes. Ordonnez qu’on ne laisse jamais les magasins de Praga, de Varsovie et de la réserve avec moins de 3,000 quintaux de farine ; car il faut qu’il y ait constamment 80,000 rations de pain biscuité à Varsovie, pour qu’on ne soit jamais embarrassé pour le service, qu’on puisse faire tous les jours 20 à 30,000 rations de biscuit, et qu’on se trouve tou­jours en mesure d’alimenter les manutentions de Pultusk, de Przasnysz, de Makow et de Sierock. Je vois qu’il n’y a à Pultusk que 1,800 quintaux de farine. Il y en a à Sierock 1,700 quintaux, qui peu­vent alimenter Pultusk, ainsi que les 1,000 qui sont à Nieporent. J’en vois 1,800 à Blonie qu’on peut verser sur Varsovie.

 

Blé. Je vois qu’il y a entre Varsovie, Praga et la réserve 17,000 quintaux de grains, ce qui avec les 5,000 qui sont à Blonie fait 22,000 quintaux. Il doit d’ailleurs, à ce que j’imagine, rentrer à Var­sovie des blés provenant de votre marché. Je ne vois pas d’inconvénient que l’on dirige 12,000 quin­taux sur Thorn par eau. Mais il est convenable que vous gardiez à Varsovie une douzaine de milliers de quintaux, afin de fournir aux besoins imprévus, pouvant, au moyen de cette réserve, à mesure qu’il en rentrera, en expédier sur Thorn. Je vois qu’il y a 3,500 quintaux de blé à Sierock : ils m’y parais­sent inutiles ; on n’aura jamais là les moyens de moudre cette quantité de blé ; il faut les faire filer sur Thorn, hormis un millier qu’on peut garder pour alimenter les moulins de Pultusk et de ces arrondissements. Je vois qu’il y a à Makow 9,000 quintaux de grains, à Lenczyca également 9,000 quintaux. Ordonnez dans ces deux places qu’on les fasse convertir partie en farine, et qu’en partie on les dirige bruts sur Thorn.

 

Biscuit. Il y a à Varsovie 194,000 rations de bis­cuit : il faut les diriger par terre sur Osterode. Il y en a 45,000 à Lenczyca : il faut les diriger sur Thorn ; 30,000 à Pultusk : il faut les diriger sur Przasnysz. Il faut de plus fournir à Pultusk 50,000 autres rations de biscuit, le maréchal Masséna ayant besoin de 80,000 rations. Je vois qu’il y a 5,500 ra­tions de pain à Nieporent : il faut les diriger sur Pultusk, le maréchal Masséna ayant besoin dans quelques jours de 80,000 rations de pain sur Przasnysz. Il y en a 133,000 à Praga et à Varsovie : on peut les diriger sur Osterode par terre, et main­tenir à Varsovie et à Praga 80,000 rations de pain.

 

Liquides. Entre Praga et Varsovie il y a 44,000 pintes d’eau‑de‑vie : il faut en diriger 34,000 pintes sur Osterode et Thorn ; il en restera 10,000 pour Varsovie, Pullusk, Przasnysz. Il y en a 12,000 pintes à Lenczyca : il faut les diriger sur Thorn. Il n’y en a que 2,000 pintes à Pultusk : il faut y en envoyer 4,000 de Varsovie.

 

Habillement. Je vois sur les états qu’il n’y a que 10,000 paires de souliers à Varsovie, c’est trop peu. Il faut en envoyer 6,000 au maréchal Masséna pour être distribuées entre ses corps ; les 4,000 restantes seront pour les hommes isolés. Mais il faut toujours avoir 10,000 paires de souliers en réserve à Varsovie.

 

Je vous envoie l’état sur lequel j’ai fait ces raisonnements. Faites‑moi connaître s’il est exact.

 

NAPOLÉON.

 

Comm. par M. le comte Daru.

(En minute aux Arch. de l’Emp.)

 

 

876. ‑ ORDRES CONCERNANT LES DISTRIBUTIONS DE VIN, DE BIÈRE ET D’EAU‑DE‑VIE.

 

AU MARÉCHAL BERTHIER.

 

Osterode, 17 mars 1807.

 

L’ordonnateur Faviers a fait un marché de pro­curer à l’armée 10,000 bouteilles d’eau de‑vie par semaine ; la bouteille ne contenant que deux tiers de la bouteille de France, cela ne forme que 106,000 ra­tions par semaine, c’est‑à‑dire une ration et demie par homme, ce qui est bien insuffisant pour soutenir un peu les forces du soldat. Mon intention est qu’il fasse sur‑le‑champ des marchés pour avoir 100,000 bouteilles de bière par semaine ; ce qui fera par jour, à raison de sept jours par semaine, 14,285 bouteilles, que l’on m’assure être tout ce que l’on peut fabriquer dans la ville ; cela donnera un autre jour de distribution pour l’armée ; s’il peut en faire fabriquer ou en faire trouver une plus grande quantité, il faut qu’il la prenne.

 

Ces 100,000 bouteilles de bière seront distribuées entre les 1er, 4è, 3è et 6è corps de la Grande Armée, à raison de 20,000 bouteilles par semaine ; il en restera 5,000 qui seront pour les divisions Beaumont, Nansouty et Espagne.

 

Il y a à Elbing 4,000 pintes d’eau‑de‑vie de France qu’on dirigera sur‑le‑champ sur le quartier général. Il y a encore 120,000 bouteilles de vin de France,         de Bordeaux. Ce vin sera destiné en gratification aux officiers de l’armée. Vous m’en présenterez le          tableau, de manière que cela puisse servir aux offi­ciers pendant un mois. On ne comprendra pas les officiers qui se trouvent du 5è corps, ou à Varsovie, qui sont trop loin.

 

10,000 bouteilles des meilleures seront dirigées sur le quartier général, pour y rester en réserve pour un moment extraordinaire.

 

Vous donnerez l’ordre qu’il soit fourni de la bière au 5è corps, des magasins de Varsovie. Il n’est point juste qu’un simple négociant soit ruiné ; on fera éva­luer les vins et bières qu’on lui prend, mon inten­tion étant de les payer.

 

La caisse provenant du sel et les revenus d’Elbing et de Marienwerder seront employés à payer la bière qu’on fabriquera et l’eau‑de‑vie.

 

Pour le payement du vin, dès le moment qu’on sera d’accord, il sera payé en lettres de change pro­venant de la contribution de la Saxe.

 

Mon intention est que la Garde à pied et à che­val reçoive tous les jours une ration d’eau‑de‑vie.

 

Donnez des ordres pour l’exécution du présent ordre.

 

NAPOLÉON.

 

Dépôt de la guerre.

 

 

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