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Histoire Militaire et Stratégie
Correspondance de Napoléon
RIHM
 

 

 

Correspondance militaire
de Napoléon Ier

Extraite de la correspondance générale et publiée

Par ordre du ministère de la guerre

Tome quatrième  

Paris - 1876

 

887. ‑ ORDRE D’ENVOYER DEUX DIVISIONS A AUGSBOURG ; RECOMMANDATIONS A CE SUJET.

 

AU PRINCE EUGÈNE.

 

Osterode, 31 mars 1807.

 

Mon Fils, vous recevrez les ordres du major gé­néral, qui vous expédie un courrier pour vous faire connaître que mon intention est que, du 25 au 30 avril, les divisions de Brescia et de Vérone soient rendues à Augsbourg. Les 3es bataillons enverront de forts détachements pour compléter ces 15 bataillons, de sorte qu’à Augsbourg ils aient un pré­sent sous les armes de 16,000 hommes et un effec­tif de 17 à 18,000 hommes, à raison de 140 hommes par compagnie.

 

J’ai ordonné que le 93è n’eût que deux batail­lons, que tous les hommes disponibles du 3è bataillon fussent versés dans les premiers, et que les cadres du 3è allassent joindre le 4è pour attendre l’arrivée des conscrits.

 

Sur la levée que je fais de 80,000 conscrits, j’en destine 23,000 à l’Italie pour réparer ses pertes et porter les dépôts de Naples, les 3è et 4è, bataillons de la division Duhesme, les dépôts du Frioul, etc., à leur grand complet. Ces dispositions doivent être secrètes.

 

Immédiatement après que vous aurez reçu le courrier du major général, vous aurez donné tous vos ordres : vous aurez fait prendre pour quatre jours de pain aux troupes des deux divisions ; vous les aurez mises en marche, par la Rocca d’Anfo et Ala, sur Inspruck ; vous aurez fait partir un com­missaire des guerres pour préparer les logements et le pain ; vous aurez fait payer à ces troupes un mois de solde d’avance, afin qu’à leur passage en Tyrol elles versent de l’argent et n’y manquent de rien ; vous aurez fait atteler à Vérone vingt‑quatre pièces de canon pour le service de ces deux divi­sions ; à chacune de ces deux divisions vous aurez attaché un commissaire des guerres ; pour servir les pièces d’artillerie, vous aurez désigné les compa­gnies du même régiment, complétées à 120 hom­mes ; vous y aurez attaché également une compa­gnie d’artillerie à cheval ; vous aurez donné à chaque division dix caissons d’infanterie bien approvisionnés, ce qui fera 160,000 cartouches à chacune ; vous leur aurez donné des officiers du génie et une compagnie de sapeurs, avec un millier d’outils ; vous aurez donné à chaque division une ambulance de chirurgie, avec six caissons pour porter tous les objets d’ambulance ; enfin vous aurez tenu la main à ce que chaque régiment ait avec lui les trois quarts de ses chirurgiens, et à ce que chaque sol­dat ait deux paires de souliers dans le sac et une paire aux pieds.

 

Les généraux, les adjudants généraux, les états-­majors doivent marcher comme si les deux divi­sions devaient entrer en campagne à Augsbourg. Vous aurez soin de faire partir avec les divisions, ou de faire rejoindre, si elles étaient déjà parties, 5 à 600 hommes de cavalerie, que vous prendrez parmi les neuf dépôts de cuirassiers et chasseurs dont les régiments sont à la Grande Armée et les dépôts en Italie.

 

Enfin vous aurez soin qu’on ne connaisse pas en route la situation des troupes qui passent. Vous ferez exagérer leur force sur leur passage, et vous ferez connaître qu’elles vont rejoindre la Grande Armée.

 

Huit jours après que les corps seront partis et qu'il ne sera plus possible de dissimuler, vous ferez mettre dans les gazettes que 15 régiments d’infan­terie de ligne sont partis pour la Grande Armée, et vont être remplacés par 15 autres venant de France et dont la tête passe déjà les Alpes.

 

Vous aurez soin que les chevaux soient bien atte­lés, qu’il y ait un charretier pour deux chevaux ; et, comme il sera possible d’avoir des chevaux en route, vous ferez bien de faire partir quelques sol­dats du train en sus. Vous destinerez à ce service le même bataillon du train.

 

Si mes dépôts des neuf régiments ne peuvent pas fournir ces 600 hommes, dont vous feriez un régiment de cavalerie provisoire, vous ferez partir les dragons italiens et les mettrez sous les ordres du général Boudet.

 

Je vous recommande que ces deux divisions soient parfaitement soignées et ne manquent de rien.

 

Je laisse intact le corps du Frioul. Vous placerez à Vérone la division qui est à Bassano ; vous y ap­pellerez, comme je vous l’ai déjà mandé, les 3es bataillons du corps du Frioul. Les conscrits qui vous arrivent, ceux qui vous arriveront, vous met­tront bientôt à même de recomposer les divisions de Bassano et de Brescia, et de les composer cha­cune du même nombre de bataillons qu’elles avaient ; cela ne pourra avoir lieu que dans le cou­rant de l’été. Je vous avais mandé de faire partir pour Naples 15 ou 1,800 hommes : vous pouvez vous dispenser de faire cet envoi, afin d’appeler à la divi­sion de Vérone un plus grand nombre de conscrits. A mesure qu’ils arriveront, appelez à vôtre camp de Vérone des bataillons des dépôts de Naples, composés de six compagnies, en laissant trois com­pagnies au dépôt.

 

Tout me porte à penser que l’Autriche vent rester tranquille ; toutefois, ce qu’il y a à faire aujour­d’hui, c’est de pousser à force les travaux de Pal­manova, Osoppo et autres places fortes.

 

Enfin vous placerez au camp de Vérone le 1er d’infanterie légère et le 42è. Je ne tarderai pas à y faire venir le 112è. Ces trois régiments pourront faire une division. J’attendrai les idées que vous‑même me donnerez là‑dessus pour arrêter les miennes définitivement.

 

Portez la plus grande attention à remonter les dragons ; si le roi de Naples a envoyé un régiment de dragons napolitains, dirigez‑le sur‑le‑champ sur Augsbourg.

 

Les choses vont ici fort bien ; le renfort que j’ap­pelle ne m’est pas indispensable, mais j’ai cru utile d’avoir un corps d’observation qui se trouvât en se­conde ligne avec le corps que le maréchal Brune commande à Hambourg et celui que le maréchal Mortier tient devant Stralsund.

 

Vous recevrez par le Moniteur mon message au Sénat, et vous y verrez que je viens de former 30 nouveaux bataillons, qui pourront se porter partout où il sera nécessaire. D’ailleurs, il est probable qu’avant deux mois de grands coups se donneront, qui décideront de la guerre.

 

Envoyez‑moi, par un officier d’état‑major, l’état de situation des troupes que vous m’envoyez, comprenant l’artillerie, l’infanterie, la cavalerie, leur armement, habillement, équipement. Dans le cas, qu’il faut prévoir, où les routes seraient empestées par des partisans ou des brigands, il faut que vos officiers ou courriers cachent toujours leurs dépêches en les cousant entre les semelles de leurs bottes.

 

Je garderai ici une quinzaine de jours votre aide de camp d’Anthouard.

 

La division italienne fait le siège de Kolberg, elle est un peu pillarde ; mais, du reste, je suis assez content d’elle, et l’on m’en fait d’assez bons rapports.

 

Pour commander les divisions de Vérone, il me semble que vous avez les généraux Duhesme et Clauzel. Toutefois je ne tarderai pas à vous envoyer un bon général de division.

 

Comme il serait possible que le courrier du ma­jor général tardât à vous arriver ou se perdît, je prends le parti de vous envoyer un duplicata de l’ordre que j’ai donné au major général, et qu’il vous a transmis par ce courrier. Si ce duplicata vous parvient avant l’ordre, vous exécuterez ce qu’il prescrit.

 

NAPOLÉON.

 

Comm. par S. A. I. Mme la duchesse de Leuchtenherg.

(En minute aux Arch. de l’Emp.)

 

 

888. – INSUFFISANCE DE L’APPROVISIONNEMENT DE L’ARTILLERIE DE GRAUDENZ.

 

AU GÉNÉRAL SONGIS.

 

Finkenstein, 1er avril 1807.

 

Envoyez de l’argent au commandant de l’artillerie devant Danzig. Les pièces venues de Graudenz ne sont approvisionnées qu’à 150 coups ; vous savez que c’est comme s’il n’y avait rien.

 

NAPOLÉON.

 

Archives de l’Empire.

 

 

889. - ORDRES POUR L’ÉTABLISSMMENT DE FOURS ET POUR LES APPROVISIONNEMENTS.

 

A M. DARU.

 

Finkenstein, 2 avril 1807.

 

J’ai donné l’ordre au major général de faire éta­blir 9 fours à Riesenburg, 3 à Finkenstein, 9 à Marienwerder, et, comme cela a déjà été annoncé, 6 à Mewe et 6 à Neuenburg.

 

J’avais ordonné que tous les convois de biscuit qui arriveraient à Osterode, lorsque ce qui est en magasin passerait 150,000 rations, fussent envoyés ici. il y en a dans ce moment 180,000 rations ; mais, comme il me faut faire mon mouvement, envoyez l’ordre que tout ce qui y arrivera désormais en bis­cuit et en eau‑de‑vie soit dirigé ici. Je veux avoir à Finkenstein 150,000 rations de biscuit, 100,000 de pain biscuité, 200,000 rations d’eau‑de‑vie, et de la farine pour faire aller les trois fours pendant dix jours ;

 

A Riesenburg 200,000 rations de biscuit, 200,000 de pain biscuité, 400,000 d’eau‑de‑vie, et de la farine pour faire aller les neuf fours pendant dix jours ;

 

Marienwerder, Marienburg, Mewe et Neuenburg, approvisionnés conformément aux dispositions déjà ordonnées.

 

Toutes les administrations resteront à Riesen­burg ; un commissaire des guerres de la Garde res­tera à Finkenstein avec des boulangers de la Garde pour servir les trois fours. En outre, les boulangers de la Garde serviront trois fours à Riesenburg. L’ad­ministration n’en aura plus que six à servir dans cette place, et elle en servira neuf à Osterode, quatre ayant été remis au 3è corps.

 

Il y aura un commissaire des guerres du quartier général à Osterode, Culm, Marienwerder, Mewe, Neuenburg, qui rendront compte au commissaire ordonnateur du quartier général, de manière que tous les soirs il puisse envoyer la situation de ses magasins au maréchal Duroc.

 

Tous les convois de farine venant de Varsovie et de Thorn continueront à être dirigés sur Osterode.

 

NAPOLÉON.

 

Comm. par M. le comte Daru.

 

 

890. ‑ RECOMMANDATIONS DE MAINTENIR L’APPROVISIONNEMENT DES DIFFÉRENTES PLACES DE POLOGNE.

 

AU GÉNÉRAL LEMAROIS, A VARSOVIE.

 

Finkenstein, 2 avril 1807.

 

Ayez soin de ne pas trop appauvrir les magasins de Varsovie. Il faut que vous mainteniez toujours l’approvisionnement de Pultusk, Sierock, Willen­berg pour dix jours, et en farines, à Varsovie, de quoi alimenter la manutention pendant dix jours et les moulins pendant vingt. Il faut faire successive­ment venir de Blonie, Rawa, Lenczyca, de manière qu’on ne se trouve pas embarrassé.

 

Je vois, par l’état de situation du 15 mars, qu’il n’y avait que 3,000 quintaux de blé. On fait trop de pain ; il y en avait 24,000 rations ; ce pain se gâte. Je vois qu’il n’y a que 1,000 quintaux de farine à Praga et 1,000 à Modlin ; c’est trop peu. Comme il y a 8,000 quintaux à Blonie, 5,000 à Lenczyca, qu’il y en a 3,000 à Lowicz, faites‑en venir de ce côté, avec 4,000 quintaux de farine ou de seigle.

 

NAPOLÉON.

 

Archives de l’Empire.

 

 

891. ‑ REPROCHES AU ROI DE HOLLANDE AU SUJET DE LA FAÇON DONT IL GOUVERNE ; CONSEILS.

 

Finkenstein, 4 avril 1807.

 

Je reçois votre lettre du 24 mars. Vous dites que vous avez 20,000 hommes à la Grande Armée. Vous ne le croyez pas vous‑même ; il n’y en a pas 10,000, et quels hommes! Ce ne sont pas des maréchaux, des chevaliers et des comtes qu’il faut faire, ce sont des soldats. Si vous continuez ainsi, vous me rendrez ridicule en Hollande.

 

Vous gouvernez trop cette nation en capucin. La bonté d’un roi doit toujours être majestueuse et ne doit pas être celle d’un moine. Rien n’est plus mauvais que ce grand nombre de voyages faits à la Baye, si ce n’est cette quête faite par votre ordre dans votre royaume. Un roi ordonne et ne demande rien à personne ; il est censé être la source de toute puissance et avoir des moyens pour ne pas recourir à la bourse des autres. Toutes ces nuances, vous ne les sentez pas.

 

Il me revient des notions sur le rétablissement de la noblesse, dont il me tarde bien d’être éclairci. Auriez‑vous perdu la tête à ce point, et oublieriez-­vous jusque‑là ce que vous me devez ? Vous parlez toujours dans vos lettres de respect et d’obéissance : ce ne sont pas des mots, mais des faits qu’il me faut. Le respect et l’obéissance consistent à ne pas marcher si vite, sans mon conseil, dans des matières si importantes ; car l’Europe ne peut s’imaginer que vous ayez pu manquer assez aux égards pour faire certaines choses sans mon conseil. Je serai obligé de vous désavouer. J’ai demandé la pièce du rétablisse­ment de la noblesse. Attendez‑vous à une marque publique de mon excessif mécontentement.

 

Ne faites aucune expédition maritime, la saison est passée. Levez des gardes nationales pour défendre votre pays. Soldez mes troupes. Levez beaucoup de conscrits nationaux. Un prince qui, la première année de son règne, passe pour être si bon, est un prince dont on se moque à la seconde. L’amour qu’inspirent les rois doit être un amour mâle, mêlé d’une respectueuse crainte et d’une grande opinion d’estime. Quand on dit d’un roi que c’est un bon homme, c’est un règne manqué. Comment un bon homme, ou un bon père si vous voulez, peut‑il sou­tenir les charges du trône, comprimer les malveillants, et faire que les passions se taisent ou marchent dans sa direction ? La première chose que vous deviez faire et que je vous avais conseillée, c’était d’établir la conscription. Que faire sans armée? Car peut‑on appeler armée un ramassis de déserteurs ? Comment n’avez‑vous pas senti que, dans la situation où est votre armée, la création des maréchaux était une chose inconvenante et ridicule ? Le roi de Naples n’en a point. Je n’en ai pas nommé dans mon royaume d’Italie. Croyez‑vous que, quand quarante vaisseaux français seront réunis à cinq ou six barques hollandaises, l’amiral Ver Huell, par exemple, en sa qualité de maréchal, puisse les commander ? Il n’y a pas de maréchaux chez les petites puissances ; il n’y en a pas en Bavière, en Suède. Vous comblez des hommes qui ne l’ont pas mérité. Vous marchez trop vite et sans conseils ; je vous ai offert les miens ; vous me répondez de beaux compliments et vous continuez à faire des sottises.

 

Vos querelles avec la Reine percent aussi dans le public. Ayez dans votre intérieur ce caractère pater­nel et efféminé que vous montrez dans le gouverne­ment, et ayez dans les affaires ce rigorisme que vous montrez dans votre ménage. Vous traitez une jeune femme comme on mènerait un régiment. Méfiez‑vous des personnes qui vous entourent ; vous n’êtes entouré que de nobles. L’opinion de ces gens‑là est toujours en raison inverse de celle du public. Prenez‑y garde : vous commencez à ne plus devenir populaire à Rotterdam ni à Amsterdam. Les catholiques commencent à vous craindre. Comment n’en mettez‑vous aucun dans les emplois ? Ne de­vez‑vous pas protéger votre religion ? Tout cela montre peu de force et de caractère. Vous faites trop votre cour à une partie de votre nation ; vous indisposez le reste. Qu’ont fait les chevaliers aux­quels vous avez donné des décorations ? Où sont les blessures qu’ils ont reçues pour la patrie, les ta­lents distingués qui les rendent recommandables, je ne dis pas pour tous, mais pour les trois quarts ? Beaucoup ont été recommandables dans le parti anglais et sont la cause des malheurs de leur patrie ; fallait‑il les maltraiter ? non ; mais tout concilier. Moi aussi j’ai des émigrés près de moi ; mais je ne les laisse point prendre le haut du pavé, et, lors­qu’ils se croient près d’emporter un point, ils en sont plus loin que lorsqu’ils étaient en pays étran­ger, parce que je gouverne par un système et non par faiblesse.

 

Vous avez la meilleure femme et la plus ver­tueuse, et vous la rendez malheureuse. Laissez‑la danser tant qu’elle veut, c’est de son âge. J’ai une femme qui a quarante ans : du champ de bataille je lui écris d’aller au bal, et vous voulez qu’une femme de vingt ans, qui voit passer sa vie, qui en a toutes les illusions, vive dans un cloître, soit comme une nourrice, toujours à laver son en­fant ? Vous être trop vous dans votre intérieur, et pas assez dans votre administration. Je ne vous di­rais pas tout cela sans l’intérêt que je vous porte. Rendez heureuse la mère de vos enfants. Vous n’avez qu’un moyen, c’est de lui témoigner beau­coup d’estime et de confiance. Malheureusement vous avez une femme trop vertueuse : si vous aviez une coquette, elle vous mènerait par le bout du nez. Mais vous avez une femme fière, que la seule idée que vous puissiez avoir mauvaise opinion d’elle révolte et afflige. Il vous aurait fallu une femme comme j’en connais à Paris. Elle vous au­rait joué sous jambe et vous aurait tenu à ses ge­noux. Ce n’est pas ma faute, je l’ai souvent dit à votre femme.

 

Quant au reste, vous pouvez faire des sottises dans votre royaume, c’est fort bien ; mais je n’en­tends pas que vous en fassiez chez moi. Vous offrez à tout le monde vos décorations ; beaucoup de per­sonnes m’en ont écrit qui n’ont aucun titre. Je suis fâché que vous ne sentiez pas que vous manquez aux égards que vous me devez. Mon intention est que personne ne porte ces décorations chez moi, étant résolu de ne les pas porter moi‑même. Si vous m’en demandez la raison, je vous répondrai que vous n’avez encore rien fait pour mériter que les hommes portent votre portrait ; que, d’ailleurs,  vous l’avez institué sans ma permission, et qu’en­fin vous le prodiguez trop. Et qu’ont fait toutes les personnes qui vous entourent, auxquelles vous le donnez ?

 

NAPOLÉON.

 

Archives de l’Empire.

 

 

892. ‑ ORDRE DE DIRIGER DE L’ARTILLERIE SUR DANZIG. ‑ RECOMMANDATIONS DIVERSES.

 

AU PRINCE JÉROME.

 

Finkenstein, 5 avril 1807.

 

Mon Frère, ayez bien soin que tout ce que vous envoyez pour Danzig soit de bonne artillerie. Té­moignez tout mon mécontentement au général Pernety de ce qu’il n’a envoyé jusqu’à présent que ce qu’il avait de plus mauvais. Vous pouvez comp­ter toujours sur 1,500 hommes que vous aurez à monter. Je ne vous en ai envoyé que 1,100 ; mais je me propose de vous en envoyer 400 autres. Je vous recommande mes malades. Que rien ne parte que bien armé, bien équipé et qu’après avoir passé votre revue.

 

La mesure qu’a prise le général Verrières, de mettre les malades hors de Glogau, est ridicule. A quoi servent les places fortes, si ce n’est pour con­tenir les dépôts d’une armée ?

 

NAPOLÉON.

 

Comm. par S. A. I. le prince Jérôme.

(En minute aux Arch. de l’Emp.)

 

 

893. ‑ ORDRE DE RECONNAITRE LA POSITION DE SAALFELD POUR 100,000 HOMMES.

 

A L’ADJUDANT GUILLEMINOT.

 

Finkenstein, 6 avril 1807.

 

L’adjudant commandant Guilleminot se rendra à Saalfeld et y cherchera une bonne position militaire pour une armée de 100,000 hommes, qui occupe la droite au lac de Saalfeld et la gauche du côté de Christburg. Il fera ensuite les courses et reconnais­sances nécessaires pour traiter de quelle manière l’ennemi pourrait agir pour obliger à évacuer cette position. L’ennemi le peut par la gauche et par la droite : par la droite, il trouvera le lac de Saalfeld et de Deutsch‑Eylau, qui l’obligera de s’enfoncer de huit lieues. Il devrait être possible de l’empêcher de passer du lac de Deutsch‑Eylau an lac de Drewenz, qui communique avec Osterode. Il n’y a, je crois, qu’une petite lieue, coupée par une ri­vière. Il faudrait donc que l’ennemi tournât Osterode, et alors on pourrait prendre des positions derrière le Drewenz. Par la gauche, il y a la petite rivière de Sorge, qui s’étend depuis Christburg jus­qu’au Draussen‑See. Cette ligne s’étend ensuite de­puis le Draussen‑See jusqu’à Elbing, et depuis El­bing jusqu’au Frische‑Haff. Il faut reconnaître toute cette position et le parti qu’on pourrait tirer des marais et des obstacles naturels ; c’est dans ce cas que tout obstacle est bon, puisqu’il tend à mettre un corps moins nombreux à l’abri d’un corps plus nombreux, et oblige l’ennemi à faire des disposi­tions qui donnent le temps d’agir.

 

NAPOLÉON.

 

Archives de l’Empire.

 

 

894. ‑ REPROCHES DE NE PAS S’OCCUPER DE LA REMONTE ET DE L’ÉQUIPEMENT DE LA CAVALERIE.

 

AU GRAND‑DUC DE BERG.

 

Finkenstein, 7 avril 1807.

 

Je vous envoie l’état des dépôts de cuirassiers. Vous y verrez que j’y ai 347 hommes qui pour­raient servir demain ; que, sur ce nombre, il y a 200 chevaux qui sont prêts ou le seront dans un mois. On se plaint que ces hommes manquent de sabres : envoyez un officier de cuirassiers en prendre à Posen. On se plaint qu’ils manquent de cas­ques : ordonnez qu’on en fasse à Elbing, et que, si on ne peut pas en faire, on les remplace par des chapeaux ; qu’ils manquent de bottes : on peut en faire faire aisément à Marienwerder ou à Elbing. Je ne puis que vous témoigner mon mécontentement de ce que vous ne donnez aucun ordre, de ce que les colonels ne reçoivent aucune direction pour la remonte et l’équipement de la cavalerie. Ce n’est pas en dormant que l’on fait quelque chose. Ordonnez qu’on réforme les 100 chevaux ; on les abandon­nera dans l’île de Nogat aux paysans, cela vaut mieux que de les vendre. Peut‑être dans deux mois pourra‑t‑on les reprendre. J’aurai alors 100 hom­mes à pied. Donnez l’ordre sur‑le‑champ au com­mandant du dépôt d’acheter 100 chevaux ; quand ils seraient d’une taille inférieure, c’est égal. On en trouve de très‑beaux dans l’île de Nogat. On peut commander des selles à Marienwerder, à Marienburg, à Elbing, à Bromberg. Faites que d’ici à deux mois j’aie ces 400 hommes de plus à cheval.

 

NAPOLÉON.

 

Archives de l’Empire.

 

 

895. ‑ FAUTE COMMISE PAR LE GÉNÉRAL GRANDJEAY,

MESURES A PRENDRE POUR RENFORCER MORTIER.

 

AU GÉNÉRAL CLARKE.

 

Finkenstein, 11 avril 1807,

 

Je reçois des nouvelles du maréchal Mortier, de Kolberg, du 8 à neuf heures du soir, dans lesquel­les il m’envoie une lettre du général Grandjean, du 7. Il paraît que ce général était revenu à Stettin. Le maréchal Mortier mande à ce général de lui envoyer le 4è d’infanterie légère à Kolberg. Mais heureuse­ment que le 9 au soir le maréchal Mortier aura reçu mon ordre, et j’espère que le 10 il sera de sa per­sonne à Stettin. Le général Grandjean dit que les Suédois n’étaient pas encore arrivés à Anklam, ce qui ne l’a pas empêché de se retirer à Stettin. Quelle médiocrité ! Cela est incroyable. Mais ce qui est inconcevable, c’est que vous n’avez été prévenu que le 6 d’un événement arrivé le 1er avril.

 

J’ai bien du regret que les 3è, 6è, 7è, 8è provi­soires soient passés ; j’aurais pensé que vous les au­riez retenus pour grossir le corps du maréchal Mortier, et donner une poussée à messieurs les Suédois.

 

Vous aurez, dans cette circonstance, attiré à vous les 9è, 10è, 11è et 12è provisoires. Je vous ai déjà mandé hier que j’avais envoyé le 3è de ligne, qui est le plus beau de l’armée, et que j’espère qu’il sera arrivé à Stettin le 15 ou le 16.

 

J’espère que vous aurez réuni, du côté de Kol­berg, le 3è chasseurs. Retenez les corps entiers et laissez filer les détachements et tout ce qui peut rendre service à l’armée et ne nous en rendrait pas.

 

Je crains bien aussi que le général Thouvenot, en cas d’événement, ne soit un homme médiocre. Il craint que le maréchal Mortier ne le mange. Pourquoi donc ai‑je la place de Stettin ? Au lieu de dire, dans cette circonstance, tous les corps qui sont à Stettin, ou qui y sont passés, ou qu’il pour­rait retenir, il ne dit rien de signifiant.

 

Le 6è provisoire, qui est arrivé le 8 à Stettin, aura, j’espère, été retenu dans cette place. Le 9è provisoire, qui est arrivé le 4 à Magdeburg, doit être arrivé à présent à Berlin.

 

Je suis bien fâché que le 3è provisoire n’ait pas été retenu. Je ne sais pas par quelle route il aura marché. Si vous voyez possibilité de l’atteindre avant qu’il soit arrivé à Posen, dirigez‑les sur Stettin. Si vous ne pouvez l’atteindre qu’à Posen ou à la hauteur de Posen, envoyez‑lui l’ordre d’y faire séjour jusqu’à ce que j’en sois instruit.

 

NAPOLÉON.

 

Archives de l’Empire.

 

896. ‑ RECOMMANDATIONS ET ORDRES. ‑ DISPO­SITIONS FAITES POUR CONTINUER LES SIÈGES DE DANZIG ET DE KOLBERG.

 

AU GÉNÉRAL CLARKE.

 

Finkenstein, 11 avril 1807.

 

Je reçois votre lettre du 7 avril à minuit. J’y vois que les 6è et 7è provisoires sont revenus à Stettin. C’est un accroissement de forces de 2,400 hommes qui n’est pas indifférent. Le maréchal Mortier va donc avoir près de 18,000 hommes sous ses ordres.

 

J’ai vu avec plaisir que vous ayez fait marcher les régiments de Nassau et de Würzburg. Mais pourquoi n’en avez-vous envoyé que 1,000 hom­mes ? Envoyez‑les tout entiers. Il est inutile que je vous répète ici les ordres que je vous ai donnés et que vous a transmis le major général par mon der­nier courrier, ainsi qu’au maréchal Mortier, je le suppose. Le maréchal Mortier aujourd’hui est à Stettin avec de bons renforts. J’ai envoyé deux ré­giments wurtembergeois et un régiment polonais devant Kolberg. Le siège ne sera donc pas inter­rompu. Ecrivez dans ce sens au général Thouvenot, pour qu’il en écrive au général Loison. Recom­mandez au général Thouvenot d’expédier de la poudre et de continuer ses convois sur Danzig. La tranchée est ouverte devant cette ville, et j’espère qu’elle ne tardera pas à tomber.

 

En vérité, je ne conçois rien à la conduite du maréchal Mortier. Il s’affaiblit devant Stralsund, lorsque l’ennemi s’y renforce. Il ne prend aucune mesure pour ses parcs, ses hôpitaux, au lieu de les mettre à couvert à Stettin ou à Magdeburg. Les places ne sont faites que pour cela. Veillez, je vous prie, à ce que les réserves et convois du maréchal Mortier soient en lieu de sûreté.

 

NAPOLÉON.

 

Archives de l’Empire.

 

 

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