Institut de Stratégie Comparée, Commission Française d'Histoire Militaire, Institut d'Histoire des Conflits Contemporains

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Stratégique

Histoire Militaire et Stratégie
Correspondance de Napoléon
RIHM
 

 

 

Correspondance militaire
de Napoléon Ier

Extraite de la correspondance générale et publiée

Par ordre du ministère de la guerre

Tome quatrième  

Paris - 1876

 

897. ‑ OPÉRATIONS NÉCESSAIRES POUR RESSERRER DANZIG. ‑ MOMENT OU L’ON POURRA OUVRIR LE FEU.

 

NOTE POUR LE MARÉCHAL LEFEBVRE.

 

Finkenstein, 11 avril 1807.

 

Les redoutes de la basse Vistule ne sont pas ar­mées de canons, de sorte que l’ennemi continue à pouvoir sortir par la Vistule. Il faut faire placer sept ou huit pièces de 6 et de 8 de campagne, qui rendent le passage impossible.

 

Il serait peut‑être convenable de renforcer le gé­néral Schramm, afin qu’il pût exécuter le projet qu’a donné le général Bertrand pour intercepter le canal. Moyennant le 23è, qui a été laissé, on pour­rait encore augmenter la cavalerie du général Schramm, pour le mettre à même d’assurer sa retraite ou de rendre impossibles les sorties du fort de Weichselmünde hors de la portée du canon du fort.

 

Il ne faut commencer le feu que lorsqu’on aura assez de poudre et de munitions pour pouvoir sou­tenir le feu toujours en croissant. Je désire que l’on me fasse connaître l’état des munitions. Il y avait, selon les renseignements qu’on m’a remis, six pièces de 24 arrivées de Varsovie avec 1,800 boulets et quinze milliers de poudre. Il est arrivé de Stettin six pièces de 24 avec 4,200 boulets, deux mortiers avec 234 bombes. Il y avait vingt‑trois piè­ces de 12 avec 5,000 cartouches à boulets, toutes chargées. Il est arrivé hier au soir douze autres pièces de 12 avec 1,900 boulets et huit milliers de poudre. On aurait donc sept mille coups à tirer de 12, et trente‑trois pièces de 12, ce qui permettrait de mettre en batterie douze pièces de 12, pour faire un feu roulant ; on pourrait ensuite mettre en batterie huit ou dix pièces approvisionnées à cent coups, comme batterie de protection.

 

Les six mille boulets de 24 permettraient de mettre en batterie les douze pièces. Mais on n’au­rait que la moitié de la poudre nécessaire. Il est parti 3,000 boulets de 12 et seize milliers de pou­dre, de Varsovie. Il est probable que, de Stettin, la poudre arrivera avec le deuxième convoi. Je sup­pose que, le 18 ou le 20, on pourra commencer le feu, car le premier envoi de Glogau doit être arrivé avant cette époque.

 

NAPOLÉON.

 

Archives de l’Empire.

 

 

898. ‑ ENVOI DU GÉNÉRAL GARDANE EN PERSE. ‑

INSTRUCTIONS A LUI DONNER.

 

A M. DE TALLEYRAND.

 

Finkenstein, 12 avril 1807.

 

Monsieur le Prince de Bénévent, le général Gardane, mon aide de camp, désire aller en Perse. Il est petit‑fils de celui qui a fait le traité de 1715. Il considère cela comme une charge qui lui a été laissée par ses aïeux, et il est plein de zèle pour cette mission. Vous trouverez ci‑joint le décret qui le nomme ministre plénipotentiaire. Il se rendra dans deux jours à Varsovie, d’où mon intention est qu’il soit parti le 20 avril pour Constantinople. ­M. Rousseau pourra lui être donné comme secré­taire de légation. Son frère l’accompagnera comme adjoint extraordinaire, et comme devant le remplacer s’il venait à mourir. Il emmènera avec lui des officiers d’artillerie et du génie, qu’il prendra à Constantinople ou ici. Cela rendra sa mission assez brillante. Il prendra aussi à Constantinople deux des anciens drogmans attachés au service fran­çais et qui parlent persan. M. Rousseau, qui s’y rend de son côté, en emmènera aussi, de sorte que j’aurai là une mission à l’abri de tout événement. Maret va dresser ses lettres de créance et rédiger ses instructions. Elles roulent sur trois points :

 

1° Reconnaître les ressources de la Perse, tant sous le point de vue militaire que sous le point de vue du commerce, et nous transmettre des rensei­gnements fréquents et nombreux ; bien étudier sur­tout la nature des obstacles qu’aurait à franchir une armée française de 40,000 hommes, qui se rendrait aux Grandes Indes et qui serait favorisée par la Perse et par la Porte.

 

2° Considérer la Perse comme alliée naturelle de la France, à cause de son inimitié avec la Russie ; entretenir cette inimitié, diriger les efforts des Per­sans, faire tout ce qui sera possible pour améliorer leurs troupes, leur artillerie, leurs fortifications, afin de les rendre plus redoutables aux ennemis communs.

 

3° Considérer la Perse sous le point de vue de l’Angleterre ; l’exciter à ne plus laisser passer les dépêches, les courriers anglais, et entraver par tous les moyens le commerce de la compagnie an­glaise des Indes ; correspondre avec l’île de France, en favoriser le commerce autant que possible ; être en correspondance suivie avec notre ambassadeur à Constantinople, et resserrer les liens entre la Perse et la Porte.

 

Je désire que le général Gardane soit rendu en Perse avant le 1er  juillet, ce que je crois très‑pos­sible, vu les facilités que nous donnent nos relations actuelles avec la Porte. Il faudrait joindre à cette légation quelques jeunes gens dans le genre de Jaubert, qui désirassent s’instruire dans les langues orientales. Je crois que vous en avez aux relations extérieures. Faites‑en partir quatre ; vous les diri­gerez en droite ligne sur Constantinople. Quant aux présents, Gardane annoncera que, venant par terre, il n’a pas pu en apporter, mais que d’ici à six mois des frégates les apporteront, et des armes tant qu’on pourra en désirer. Il faut que cela reste secret en­core un mois, après lequel, Gardane ayant passé Constantinople, il n’y aura pas d’inconvénient que la Russie le sache. Préparez tout pour qu’il reste peu de jours à Varsovie.

 

Vous verrez dans le décret les officiers que je commence à faire partir. Vous en donnerez la note à l’ambassadeur persan, et vous lui ferez connaître que, si l’on en veut davantage, j’en enverrai tant que l’on voudra.

 

Vous vous informerez auprès de l’ambassadeur si l’on a en Perse des fusils avec des baïonnettes. Je suppose qu’ils n’en ont pas. Vous lui diriez qu’il peut écrire à son souverain que je lui en enverrai 10,000, s’il le désire, et une compagnie de canon­niers, quand il m’aura fait connaître comment tout cela est pris en Perse. Dans les instructions du général Gardane vous mettrez que, si le schah de Perse est aussi bien disposé que je le crois, et s’il vent se former cinq ou six régiments de bonne infanterie, il lui fasse comprendre que le principal est d’avoir des fusils à baïonnettes ; que je ne fais aucune difficulté de lui en envoyer 10,000 ; que je lui enverrai une vingtaine de pièces de canon de campagne bien outillées, et une compagnie de canonniers ; que je ne puis lui envoyer tout cela que par mer, avec une escadre ou des frégates ; qu’il faut garder le secret là‑dessus, et qu’en arrivant dans ses ports mes frégates trouvent de l’eau et des vivres. Il faudra que Gardane me fasse con­naître la situation du port, le nombre et la force des vaisseaux qui y seraient à l’abri, et les facilités qu’il y aurait à les réapprovisionner.

 

Vous ordonnerez à M. Jaubert de partir pour se rendre près de moi, afin de causer avec lui sur cet empire. Vous recevrez cette lettre le 14 ; le 16 ou le 17 Jaubert sera ici ; le lendemain Gardane partira. Il faut qu’il ne séjourne que quarante‑huit heures à Varsovie, et que l’ambassadeur soit seul dans le secret, en lui faisant comprendre qu’il faut qu’on n’en sache rien jusqu’à ce qu’il soit arrivé.

 

Vous comprenez de quel intérêt il est pour moi de m’allier avec la Perse. Si l’on est aussi raison­nable qu’on le paraît, il est impossible qu’en en­voyant au mois d’octobre en Perse une escadre por­tant 1,500 bommes avec des officiers et sous‑officiers, je ne parvienne pas à faire une diversion immense coutre la Russie. Vous en parlerez dans ce sens à l’ambassadeur, en lui disant que j’enverrai le cadre d’un corps de 10 ou 12,000 hommes, en officiers, qu’on remplira en Perse avec des soldats. Ce corps sera en deux mois en état de battre les Russes. Gardane est bien capable, non‑seulement de diri­ger, mais même de commander ce corps. Je vous laisse à penser l’effroi qu’auraient l’Angleterre et la Russie trois mois après la présence de ce corps de troupes en Perse.

 

NAPOLÉON.

 

Archives des affaires étrangères.

(En minute aux Arch. de l’Emp.)

 

 

899. ‑ NOTE RELATIVE AUX HOPITAUX DE L’ARMÉE.

 

AU MARÉCHAL BERTHIER.

 

Finkenstein, 12 avril 1801.

 

Il faut établir à Neuenburg et Mewe des com­mandants d’armes français, et ordonner que tous les Polonais qui se trouvent aux hôpitaux de Mewe et Neuenburg soient dirigés dans des locaux choisis entre Neuenburg et Posen, au premier endroit de la Pologne. Il est convenable qu’ils soient en Po­logne, parce qu’ils seront mieux traités. Il faut que cette évacuation se fasse insensiblement.

 

Il faut également que les hôpitaux du maréchal Lefebvre soient établis à Stargard.

 

Les hôpitaux de Mewe, Neuenburg, Marienburg et Marienverder doivent être exclusivement destinés pour les corps de la Grande Armée qui sont sur la rive droite de la Vistule.

 

Écrire aux 1er, 3è, 4è et 6è corps afin de savoir où sont établis leurs hôpitaux de convalescents, et qu’ils envoient des officiers d’état‑major pour en avoir l’état tous les cinq jours.

 

Si ces dépôts sont trop considérables, il faut don­ner Mewe et Marienburg au 1er corps, Neuenburg et Marienwerder au 4è corps et à la division Oudinot, et Thorn aux 3è et 6è corps.

 

Le major général aura soin, indépendamment de l’état que devront lui envoyer les maréchaux, de faire passer, tous les huit jours, la revue de ces hôpitaux par un officier d’état‑major ou un com­missaire des guerres, afin que je sois exactement assuré de ce qui s’y trouve.

 

NAPOLÉON.

 

Dépôt de la guerre.

 

 

900. ‑ ORDRES CONCERNANT LE SIÈGE DE DANZIG. ‑ INSTRUCTIONS POUR LE TIR DES PIÈCES.

 

AU GÉNÉRAL SONGIS, A ROSENBERG.

 

Finkenstein, 12 avril 1807.

 

Je reçois votre lettre du 12, avec l’état de l’équi­page de siège de Danzig, se montant à 108 bouches à feu. Je pense qu’il y en a plus qu’il ne faut. Les boulets me paraissent aussi satisfaisants. On ne doit pas dépenser 55,000 coups de canon pour prendre cette place. J’espère que la moitié de tout cela sera suffisant ; mais la moitié de tout cela, c’est‑à‑dire douze mille coups de canon de 24, douze mille de 12, fait plus de cent soixante milliers de poudre. Je crains bien que cette poudre ne tarde trop à arriver. Hier, quatre compagnies du 44è ont culbuté une espèce de place d’armes que l’ennemi faisait sur son glacis, lui ont fait 100 prisonniers, pris 400 fusils et 400 outils, et arraché toutes les palissades du chemin couvert de l’ouvrage du Hagelsberg. Il paraît qu’il y a aujourd’hui vingt­-quatre milliers de poudre devant Danzig, emballés, et seize milliers confectionnés, ce qui ferait qua­rante milliers. Du moment qu’il y en aura autant que cela, je regarderai la reddition de la place­ comme avancée. J’ai grand intérêt à avoir cette place avant la fin du mois. Parcourez vos états, et voyez si vous pouvez activer l’arrivée de 40,000 coups de canon de 12. Recommandez au général la Riboi­sière de ne pas tirer les pièces de 24 avec huit livres, et de ménager le 24 à cause des munitions. Le 12 est préférable pour le ricochet. Il est suffi­sant aussi contre les palissades et les ouvrages en fer.[1] Il me semble que dix‑huit pièces de 24 en batterie de brèche, tirant 10 ou 12,000 coups de canon, doivent tout culbuter. Recommandez donc bien qu’on ne fasse pas mal à propos usage de ces pièces, et qu’on n’emploie pas du 24 où le 12 peut faire à peu près la même chose. Il me semble que vous pourriez faire partir de Posen quelques mil­liers de cartouches de 12, qui arriveraient par terre à Danzig et qui seraient d’un grand secours. Recommandez aussi à Saint‑Laurent de ne pas trop retar­der les convois ; le temps presse.

 

NAPOLÉON.

 

Archives de l’Empire.

 

 

901. ‑ ORDRE D’ÉLOIGNER L’ENNEMI DU BUG ET DE GARANTIR LE PONT DE SIEROCK.

 

AU MARÉCHAL MASSÉNA, A PRZASNYSZ.

 

Finkenstein, 14 avril 1807.

 

Le major général vous fait connaître mes inten­tions. Vous savez quels sont mes projets, mais pour cela il ne faut pas que l’ennemi serre de si près Varsovie.

 

Il faut, coûte que coûte, faire rétablir le pont de Pultusk. La tête de pont, dit‑on, est inondée ; si elle l’est, il n’y a que deux pieds d’eau, et il sera facile de relever 15 à 20 toises de fossé jusqu’au revêtement de la tête de pont. Dès ce moment il est probable que l’ennemi évacuera le terrain à plusieurs lieues de Pultusk.

 

Une autre opération non moins importante, c’est que la brigade du général Lemarois, qui est desti­née dans tous les cas à couvrir Varsovie, pousse l’ennemi jusqu’à Wyskow. Il lui faut pour cette opération une base. Que, le plus tôt possible, il fasse passer un bataillon d’infanterie légère bava­rois, qui établira une redoute sur la rive droite du Bug au lieu où arrivent aujourd’hui les Cosaques. Deux ou trois barques communiqueront de cette redoute à la rive gauche ; elle sera d’ailleurs soutenue par les batteries de la rive droite, celles de Sierock et celles que l’on peut établir sur la rive gauche du Bug. Une fois que l’on aura ce point d’appui, on fera des abattis plus en avant ; en quarante-huit heures cette redoute doit être établie. Il est hors de doute qu’immédiatement après l’ennemi placera ses postes en arrière. On le poussera ainsi insensiblement de manière à ne pas souffrir qu’il ait aucun poste fixe jusqu’ à Wyskow.

 

Il est très-ridicule aujourd’hui que 2 ou 3,000 Cosaques fassent trembler Varsovie ; il est vrai d’ailleurs de dire qu’ils pourraient brûler le pont sur pilotis de Sierock et vous couper votre communication avec Varsovie avant que vous puissiez rien faire. Cela peut entraîner votre corps d’armée dans de fausses démarches ; car, comme le premier but de vos instructions est de garantir Varsovie, avec 3 ou 4,000 hommes que l’ennemi jetterait sur la rive gauche il vous obligerait à venir sur Sierock, et même vous embarrasserait s’il était parvenu à brûler ou détruire le pont de Sierock.

 

J’avais toujours ordonné l’établissement de cette tête de pont. Le génie prétendait que tout était inondé ; il paraît que cela n’est pas, puisque les Cosaques y arrivent. C’est ensuite à l’officier du génie et au général Lemarois à voir comment ils doivent occuper la rive droite du Bug pour garantir le pont de Sierock et former un point d’appui aux troupes destinées à éloigner l’ennemi de Varsovie le long du Bug. Levez tous les obstacles et prenez les mesures convenables pour que ces deux opérations réussissent. J’ai toujours pensé que vous aviez un pont à Pultusk. Une fois la rive droite du Bug occupée par quelques ouvrages de manière à pratiquer le passage, l’ennemi non-seulement évacuera jusqu’à Wyskow, mais même ne tiendra des postes qu’à Brok.

 

Il faut commander la division bavaroise comme une division française, et donner des ordres précis et clairs au prince de Bavière, qui n’est là qu’un général.

 

Je ne saurais trop vous exprimer combien j’attache d’importance à ce que ces deux opérations soient promptement faites. Il n’y a pas une heure à perdre.

 

NAPOLÉON.

 

Archives de l’Empire.

 

 

902. – FORMATION DE RÉGIMENTS PROVISOIRES DE GARNISON.

 

AU GÉNÉRAL DEJEAN.

 

Finkenstein, 15 avril 1807.

 

Monsieur Dejaen, vous avez reçu le décret par lequel j’ai formé un régiment provisoire de gar­nison de Magdeburg.

 

J’ai aujourd'hui pris un autre décret par lequel je forme quatre bataillons provisoires de garnison : le 1er de Hameln ; le 2è, de Stettin ; le 3è, de Küstrin ; le 4è, de Glogau. Tous ces bataillons doivent être composés comme les bataillons des régiments pro­visoires, mais d’hommes non habillés. Ils devront être bien armés, et, autant que possible, avoir des gibernes, quoique cependant le défaut de gibernes ne doive pas retarder leur départ. Des mesures sont prises pour leur donner des habits à Magdeburg, Hameln, Stettin, Küstrin et Glogau. Je charge le maréchal Kellermann de la formation de ces régi­ments.

 

Voilà donc près de 8,000 hommes que vous n’au­rez pas à habiller ; il faudra donc que, dans vos états d’habillement, vous fassiez ajouter une colonne des hommes que chaque régiment aura fournis aux bataillons provisoires de garnison, et vous ne pas­serez pas d’habillement pour les hommes qu’ils au­ront fournis.

 

Le maréchal Kellermann a le plus grand nombre des 3es bataillons sous ses ordres, mais il n’a pas ceux du camp de Boulogne et de Paris. Faites‑vous remettre l’état de leur habillement, et, s’il est là des corps qui puissent fournir 140 hommes non habillés, ne perdez pas un moment pour leur donner l’ordre de départ, en les dirigeant sur Wesel et Mayence, et en prévenant le maréchal Keller­mann, qui les placera dans ses cadres. Vous pouvez donner cet ordre au 31è léger et aux bataillons qui sont à Paris et hors de l’inspection directe du maré­chal Kellermann. Vous voyez facilement quel bien produit cette mesure : économie de 8,000 habille­ments pour mon trésor, économie de nourriture pendant plusieurs mois ; mais, ce qui est le plus important, c’est que je reste sans inquiétude sur mes principales places. Vous sentez ensuite qu’au fur et à mesure que ces bataillons seront bien ha­billés et bien exercés, ce sera des ressources pour réparer les pertes des corps actifs. Vous pouvez compter que, sur la levée de la conscription de 1808, vous remplacerez dans les villes les hommes que j’appelle des anciens cadres. Vous pouvez donc établir vos calculs sur 16,000 hommes, à l’habille­ment desquels vous n’aurez pas à penser. Mettez la plus grande activité dans l’envoi de ces hommes.

 

J’ai appelé 1,000 hommes de la réserve de 1807 pour le 3è bataillon du 17è de ligne, qui est à Mayence, tandis que son 4è bataillon et son dépôt sont à Boulogne. J’invite le maréchal Kellermann à former de ces 1,000 conscrits, au fur et à mesure qu’ils arriveront, six compagnies, et de les placer dans un bataillon de garnison. Par ce moyen, vous n’aurez point d’habillement à fournir à ce bataillon. Vous avez dû également fournir des habits pour 340 hommes du dépôt des deux bataillons du 15è de ligne qui sont à la Grande Armée. Ce dépôt devait se réunir dans le temps à Mayence, tandis que le 3è et le 4è bataillon sont à Brest. J’ai également suggéré au maréchal Kellermann l’idée de former deux compagnies de ces 300 hommes, de placer ces compagnies dans un bataillon de garnison ; et, par ce moyen, les habillements qui étaient destinés à ces 300 hommes pourront servir à d’autres, et même au nouveau dépôt qui sera formé de la conscription de 1808, puisque le 15è ne peut tirer aucun renfort de son dépôt de Brest, qui est trop éloigné.

 

Écrivez au major de ce régiment d’envoyer, des 3es et 4es bataillons, un capitaine avec deux ou trois sergents et caporaux, et quelques ouvriers, à Mayence, pour être à la tête de ce dépôt. Il faudra que, sur la conscription de 1808 ou sur la réserve, M. Lacuée fournisse encore 200 hommes à ce dépôt ; cela vous rendra disponible et vous permettra, comme je vous l’ai dit ci‑dessus, de leur affecter l’habillement que vous destiniez aux 300 hommes de la conscription de 1807.

 

NAPOLÉON.

 

Dépôt de la guerre.

(En minute aux Arch. de l’Emp.)

 

 

903. ‑ RECOMMANDATION DE VOIR CHAQUE JOUR LES TROUPES A LA PARADE.

 

AU GÉNÉRAL JUNOT.

 

Finkenstein, 19 avril 1807.

 

Je reçois votre lettre du 8. Je vous ai déjà fait connaître que tous les jours, à midi, sur la place Vendôme, vous ayez une parade. C’est le devoir du gouverneur, surtout dans un moment comme celui­-ci. Il n’y a pas besoin qu’il y ait d’autres troupes que le service. Vous pourrez profiter de cette parade pour vous faire présenter les conscrits qui ar­rivent aux corps.

 

J’ai vu hier le bataillon où se trouve le détache­ment du 32è. Cela fait honte à voir. On ne peut parer à un tel mal qu’en voyant et en voyant sans cesse les troupes. Le moyen est de vous trouver tous les jours vous‑même à la garde montante.

 

Vous avez à Paris six dépôts, indépendamment de la Garde de Paris. Vous ne pouvez organiser leur habillement et sortir de la routine ordinaire qu’en vous en occupant beaucoup.

 

NAPOLÉON.

 

Que ce soit vous, ou l’adjudant Doucet qui voie les troupes, ce n’est pas la même chose.

 

Archives de l’Empire.

 

 

904. ‑ AVIS D’ORDRES POUR RASSEMBLER DES TROUPES ET FORMER UNE SECONDE LIGNE A MAGDEBURG.

 

AU GÉNÉRAL CLARKE.

 

Finkenstein, 20 avril 1807.

 

Je reçois votre lettre du 16 avril.

 

Le 3è est arrivé le 17 à Stettin. Ainsi le maréchal Mortier se trouve avoir les 4è léger, 58è et 72è de ligne, les 15è et 3è de ligne, le 5è provisoire, 12,000 hommes ; Nassau, Würzburg, les Hollan­dais, un bataillon italien, 5,000 hommes ; cavale­rie, 1,200 hommes ; artillerie, 1,500 hommes. Total : 18 à 20,000 hommes.

 

D’un autre côté, je ne doute pas que le maréchal Brune, lorsqu’il aura reçu mes ordres, ne se porte sur Rostock.

 

D’un autre côté, j’ai renforcé le siège de Colberg, de sorte que, lorsque vous lirez cette lettre, j’y aurai plus de 8,000 hommes.

 

Mes lettres de Londres, du 5 avril, portent qu’il n’y avait encore aucune expédition de préparée.

 

Le maréchal Mortier n’écrit pas plus au major général qu’à vous. Il est donc nécessaire que vous ayez toujours des officiers auprès de lui qui vous donneront fréquemment de leurs nouvelles, afin que nous soyons instruits.

 

Voici les troupes que vous pouvez encore espérer sous peu de jours : les 9è, 10è, 11è et 12è régiments provisoires ; les 1er et 2è régiments provisoires de cavalerie ; ces deux régiments sont chacun de 650 hommes à cheval, composés de chasseurs, de hus­sards, de dragons, de cuirassiers ; ce sera un ren­fort bien notable ; les régiments italiens des chas­seurs royaux et de la Reine ; le 4è régiment italien. Tous ces régiments sont aujourd’hui en Allemagne. Enfin, dans ce moment, 25,000 hommes formant les divisions Molitor et Boudet, avec leur artillerie et bien organisés, sont à Inspruck. Ces divisions seront à la mi‑mai à Magdeburg.

 

Je n’ai jamais calculé que les Anglais puissent faire aucune entreprise raisonnable avant juin. Dans la première quinzaine de juin, vous aurez 14,000 Espagnols.

 

Vous voyez donc que j’aurai là en deuxième ligne près de 60,000 hommes bons à tout événement. Cette folie des Suédois, je ne pouvais m’y attendre ; c’est la faute de Mortier, qui, sans raison, est allé à Kolberg, s’est dégarni et a envoyé ici plus de troupes qu’on ne lui en demandait.

 

Je ne sais pas si je vous ai dit de diriger tous les contingents de Saxe‑Ducale sur Kolberg, où est celui de Saxe‑Weimar et où doivent se réunir tous ces corps.

 

Renforcez le maréchal Mortier de tout ce que vous pourrez, soit en infanterie, soit en cava­lerie.

 

Cette princesse Auguste, qui écrit ces lettres, est‑ce celle que j’ai si bien traitée à Berlin ?

 

NAPOLÉON.

 

Archives de l’Empire.

 

 

905. ‑ PERTES RÉSULTANT DE LA NON‑RÉALISATION DE LA CONSCRIPTION. – DEMANDE DE DIVERS ÉTATS DE SITUATION.

 

AU GÉNÉRAL LACUÉE.

 

Finkenstein, 21 avril 1807.

 

J’ai reçu et lu avec un grand intérêt votre tableau, par lequel je vois qu’au mois d’avril, sur 160,000 hom­mes, il ne m’était rentré que 116,000 hommes, sur lesquels il y avait eu 3,500 réformés ; ce qui ne me fait que 113,000 hommes. Il était donc encore dû 52,000 hommes. Mais, sur ces 52,000 hommes il y a 36,000 hommes sur l’an 1807, et sa réserve, qui probablement est en grande partie rentrée dans ce moment. D’abord, de ce qui est envoyé en Italie, vous ne pouvez pas avoir reçu l’état de ce qui est arrivé. Mais sur 1806 je vois qu’il est encore dû 8,000 hommes ; sur 80,000 hommes, c’est un sur dix. S’il fallait supporter cette perte, ce serait un peu considérable. Pressez les préfets. Il faudrait têcher que la réduction à opérer par la non‑réalisa­tion de la conscription ne fût que de deux et demi pour cent.

 

C’est avec un grand intérêt que j’attendrai l’état que vous devez m’envoyer, les dix premiers jours de mai.

 

Je vous ai demandé d’autres états qui complèteront celui‑ci et me feront connaître la situation actuelle de mon armée.

 

J’aimerais avoir un état de situation, au 1er avril, des dépôts qui sont en Italie et en France, et à côté vous mettriez ce qui leur reste à recevoir au 1er avril sur 1806 et 1807 ; ce qui me ferait voir la situation des dépôts lorsqu’ils auraient reçu la portion des 52,000 hommes qui leur revient.

 

M. Dejean ne m’envoie pas l’état de situation des troupes qui sont en France. Celui que j’ai est de février, ce qui me laisse dans l’obscurité sur ce qui se passe. Heureusement que je reçois directement les états de situation d’Italie ; mais je ne sais ce qui se passe en France. Pourquoi les bureaux ne m’en envoient‑ils pas ? M. Denniée dort. Croit‑il que je n’aie pas autant besoin qu’en temps de paix de con­naître la situation de mes forces ?

 

Les quatre premiers régiments provisoires que je viens de former sont dissous. Les 5è, 6è, 7è et 8è ne tarderont pas à l’être. Je les attends sur la Vis­tule.

 

NAPOLÉON.

 

Archives de l’Empire.

 

 

906. ‑ INTENTION D’AMENER SUR LE RHIN QUATRE DIVISIONS TIRÉES DES CAMPS.

 

AU GÉNÉRAL LACUÉE.

 

Finkenstein, 21 avril 1807.

 

Du moment que la campagne sera engagée et que j’aurai vu de quel côté les Anglais portent leurs efforts, mon intention est de faire suivre leurs mou­vements. Les Anglais ne peuvent mettre en jeu qu’une expédition de 25,000 hommes, puisqu’ils en ont une de 20,000 en Sicile. Je doute même qu’ils fassent un si grand effort. S’ils se décident à venir dans la Baltique, mon intention est de tirer des divi­sions des camps de Boulogne, de Pontivy, de Saint­-Lô et de Napoléon, et de les diriger sur le Rhin. Comme je n’ai de situation de l’intérieur sous les yeux que la situation de février, grâce à la négli­gence des bureaux de la guerre, je vous prie de me faire connaître l’état de situation actuelle et si je puis compter sur la formation de ces divisions, con­formément au tableau ci‑joint. Ce sera vers la fin de mai que ce mouvement pourrait avoir lieu, étant dans la croyance que la conscription de 1808 et la formation de ces divisions rétabliront les choses, dans un mois, à peu près dans le même état où elles sont aujourd’hui.

 

ÉTAT DES QUATRE DIVISIONS A FORMER.

 

PREMIÈRE DIVISION A TIRER DU CAMP DE BOULOGNE.

 

Trois brigades, chacune de 4 bataillons ; chaque bataillon, de 4 compagnies, savoir, une de grena­diers, une de voltigeurs ; la 1re et la 2è compagnie de chacun des 12 bataillons qui sont au camp, chaque compagnie complétée à 160 hommes. Total par bri­gade, 2,560 hommes, et par division, 7,680 hom­mes, avec 12 pièces d’artillerie et 24 caissons. Un général de division et 3 généraux de brigade.

 

Il resterait donc à ce camp le fond de 5 compagnies pour chacun des 12 bataillons.

 

DEUXIÈME DIVISION A TIRER DU CAMP DE SAINT‑LÔ.

 

Deux brigades. La 1re brigade composée de trois bataillons du 5è léger, chaque bataillon ne fournis­sant que huit compagnies, en laissant une au dépôt. Chaque bataillon fournissant au moins 1,200 hom­mes sous les armes, la force de la 1re brigade serait de 3,600 hommes.

 

Si le régiment ne pouvait pas fournir ce nombre, on ne prendrait que 7 compagnies et l’on en laisserait 2 au dépôt. Alors on se contenterait de 900 hom­mes pour les 7 compagnies, et la force de cette brigade ne serait que de 2,700 hommes.

 

La 2è brigade, de 6 bataillons composés de 4 com­pagnies, comme ceux du camp de Boulogne, 3,840 hommes. Total, 6,540 hommes ; 12 pièces d’artillerie et 24 caissons.

 

TROISIÈME DIVISION A TIRER DU CAMP DE PONTIVY.

 

Deux brigades. Deux bataillons du 70è, deux du 86è, deux du 47è, et un bataillon du régiment suisse : total, 7 bataillons. Chaque bataillon, fort seulement de 7 compagnies et de 1,000 hommes. Total de la division, 7,000 hommes. Il resterait  au camp de Pontivy, de chacun de ces trois régiments, 13 compagnies, ainsi que les 3è et 4è bataillons du 15è.

 

QUATRIÈME DIVISION A TIRER DU CAMP DE NAPOLÉON.

 

Cette division sera composée de deux bataillons du 82è, deux du 66è et deux du 26è ; chaque bataillon de 4 compagnies, comme ceux du camp de Bou­logne ; ce qui fera 6 bataillons, plus un bataillon pareil du 31è léger. Total, 7 bataillons. Ils forme­ront deux brigades. La force de cette division sera de 4 à 5,000 hommes, 4,480 hommes.

 

La force totale des 4 divisions serait de 25,700 hom­mes. Ce qui donnerait toujours un présent sous les armes de plus de 20,000 hommes, qui se trouve­raient remplacés sur les côtes, partie par les légions, et partie par les conscrits qu’on va mettre dans ces cadres.

 

Il n’y aurait pas à craindre le morcellement de l’armée, car, comme ces régiments ont leurs bataillons de guerre à la Grande Armée, je ne manquerai pas, dès que cela sera possible, de réunir les corps.

 

Nota. Me faire connaître si l’on croit que la force de ces différents cadres au 15 mai les mettra dans le cas d’exécuter ledit ordre. En formant de bonne heure les trois camps des côtes, j’ai eu spécialement cela en vue.

 

NAPOLÉON.

 

Archives de l’Empire.


 

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