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Histoire Militaire et Stratégie
Correspondance de Napoléon
RIHM
 

 

 

Correspondance militaire
de Napoléon Ier

Extraite de la correspondance générale et publiée

Par ordre du ministère de la guerre

Tome quatrième  

Paris - 1876

 

907. ‑ OBSERVATIONS RELATIVES AUX DÉPOTS DE CAVALERIE, A DES ACHATS DE CHEVAUX ET AUX FOURNITURES DE HARNACHEMENT.

 

AU GÉNÉRAL DEJEAN.

 

Finkenstein, 22 avril 1807.

 

Monsieur Dejean, je reçois votre rapport du 8 avril avec tous les états qui y étaient joints ; je les ai lus avec beaucoup d’attention, et j’ai été très­ satisfait de leur clarté et de leur netteté.

 

Indépendamment des chevaux qui ont été distribués à Cassel et à Potsdam, il en a été donné aux corps dans les gouvernements de Minden, Fulde, Brunswick, Hanovre ; on en distribue en ce moment près de 3,000 en Silésie. Il est nécessaire que vous écriviez an général Fauconnet, qui est à la tête des dépôts de cavalerie en Silésie, et aux différents gouver­neurs, de vous rendre compte de tous les chevaux qu’ils ont délivrés. Ces gouverneurs les ont distri­bués à des détachements qui avaient été envoyés à pied et qui ont servi longtemps ainsi.

 

Vous aurez vu par ma dernière lettre que j’ai ordonné au maréchal Kellermann de ne pas faire repasser le Rhin aux 1,500 hommes que vous avez dirigés sur Potsdam ; mais je les ai fait envoyer dans les gouvernements où on les montera ; ce sera encore des chevaux donnés aux corps. Tout cela peut s’éva­luer à 4,000 chevaux.

 

Le général Bourcier a fait distribuer des chevaux aux 3è et 24è de chasseurs et à d'autres régiments encore. Je suis assuré qu’en réunissant tous ces éléments vous aurez pour résultat une distribution faite en Allemagne de 15 à 16,000 chevaux. J’ai fait distribuer 20,000 francs à chaque régiment pour pouvoir acheter des chevaux. Cela doit bien en donner encore un millier. Tous ces éléments sont nécessaires à recueillir pour pouvoir bien asseoir la comp­tabilité des corps. Malgré ces efforts, j’ai plus de 1,500 hommes à pied à Potsdam et 3,000 en remonte en Silésie, parce que les pertes, résultant des évé­nements et surtout des fatigues de la guerre, sont très‑considérables. Mais, comme les pertes seront soigneusement relatées par les conseils d’administra­tion, il faut aussi que les recettes leur soient exacte­ment comptées.

 

La base de tout est 80,000 chevaux. Je vous ai autorisé à distribuer 12,000 chevaux aux différents dépôts, comme à‑compte sur les pertes dont ils devront justifier. Je crois que c’est faire une éva­luation faible que d’estimer la perte à 16,000 che­vaux, depuis le commencement de la guerre. Vous devez sentir l’importance de la mesure que j’ai prise d’accorder, indépendamment du complément de 80,000 chevaux, un à‑compte sur les pertes qui sont justifiées ; on perdrait six mois d’un temps pré­cieux, si l’on voulait attendre que les pièces de justification de pertes arrivassent. Je suppose que, dans les états que vous m’annoncez prochainement, vous porterez ce supplément dans une colonne par­ticulière qui sera intitulée : Avances faites aux corps pour les pertes présumées, dont ils auront à justifier.

 

Le 24è de chasseurs a vendu ses chevaux à la cavalerie italienne, qui les lui a payés argent comptant ; il faut que cette somme entre en compte sur ce qu’a reçu le corps.

 

Pour maintenir votre compte de 80,000 chevaux, vous finirez donc peut‑être par en avoir donné 120,000 ; mais cela sera compensé par la perte. Le véritable parti à prendre est donc de fournir autant de chevaux qu’il y a d’hommes aux dépôts ; mais en même temps il faut exercer une grande surveillance pour avoir tous les éléments des comptes à établir avec tous les corps.

 

Dans l’état n° 4, intitulé : Situation en chevaux des dépôts, au 1er mars 1807, etc., et de l’effectif au 1er mai, je vois que le 13è de dragons n’aurait que 75 chevaux, le 14è que 40, le 17è que 48, le 18è que 47, le 20è que 67, le 22è que 21, le 25è que 21, le 7è de chasseurs que 40, le 21è que 76, le 10è de hussards que 26. Cependant ces régiments peuvent avoir à leurs dépôts 3, 4 et peut‑être 500 hommes. Cela fait très‑bien sentir l’impor­tance de la mesure que j’ai prise ; elle remédie à tout, parce qu’elle se calque, non sur un principe de comptabilité, mais sur la nature des choses.

 

Selon l’état n° 2, Compte des dépenses des re­montes et du harnachement, il faut 13,751,713 francs pour compléter les 80,000 chevaux, c’est‑à‑dire pour payer les 21,513 achetés au 25 mars et les 9,314 à acheter. Vous demandez 7,057,828 francs. Je vous ai donné trois millions pour le mois d’avril dans la distribution du mois d’avril ; je vous accor­derai encore trois millions dans la distribution du mois de mai.

 

Quant au harnachement, c’est à vous à voir ce qu’il faut faire ; il me semble que l’armée ayant une fois 80,000 harnachements, ils ne doivent pas se perdre comme les chevaux. Cependant on ne peut pas se dissimuler qu’il ne s’en perde aussi beau­coup ; la guerre est une grande occasion de destruc­tion. Il faut donc faire aux dépôts d’exactes revues et passer enfin par‑dessus tout pour qu’ils aient le moyen d’équiper leurs chevaux.

 

Je prends un décret qui augmentera la masse d’habillement à raison du harnachement, et qui augmentera aussi la masse des remontes, de manière que vous ayez de quoi faire face, non‑seule­ment aux dépenses que nécessite le complément des 80,000 chevaux, mais encore à celles qui résultent de la mesure que j’ai prise, de donner aux dépôts 12,000 chevaux au compte des corps. Mais il est très‑important, sous tous les points de vue, qu’à mesure que des détachements peuvent quitter les dépôts vous les fassiez partir, parce que, quand ces détachements sont arrivés à Potsdam, ils servent à maintenir les derrières de l’armée, s’ils ne sont pas appelés à leurs corps. C'est d’ailleurs autant d’économisé sur votre administration pour la nour­riture des hommes et des chevaux. Je voudrais avoir sur l’habillement des états aussi bien faits que ceux que vous m’envoyez sur les remontes et sur le harnachement.

 

NAPOLÉON.

 

Dépôt de la guerre.

(En minute aux Arch. de l’Emp.)

 

 

908. ‑ ORDRE D’EXPÉDIER PAR DES CAISSONS LES EFFETS D’HABILLEMENT DESTINÉS A L’ARMÉE.

 

AU GÉNÉRAL DEJEAN.

 

Finkenstein, 22 avril 1807.

 

Monsieur Dejean, je reçois le rapport du 9 avril par lequel vous me rendez compte du nombre de paires de souliers, de selles et de paires de bottes expédiées à Mayence, sur les marchés que vous avez passés. Vous allez contre mon intention en faisant des expéditions de ces objets par les trans­ports militaires. Ils pourriront dans quelque coin ; ils auront coûté beaucoup d’argent et on n’en reti­rera aucun service. Mon intention est, je le répète, que vous n’expédiiez rien que par des caissons qui m’appartiennent. Si on met de l’activité dans la levée des caissons, l’envoi des objets n’éprouvera pas de retard. D’ailleurs, j’aime mieux recevoir plus tard que de ne pas recevoir du tout. Ce qui vient par les transports militaires n’arrive jamais. On a sur cela l’expérience des siècles. Il faut envoyer les bottes et les souliers par 50 ou 60 caissons ensemble. On pourra alors leur donner une escorte, les faire accompagner par un officier de gendarme­rie, et même les mettre sous la garde d’un employé qui rendra compte. On sera sûr ainsi que tout arrivera.

 

NAPOLÉON.

 

Dépôt de la guerre.

(En minute aux Arch. de l’Emp.)

 

 

909. ‑ REPROCHES ET CONSEILS AU SUJET DU COMBAT

DE FRANKENSTEIN.

 

AU PRINCE JÉRÔME.

 

Finkenstein, 24 avril 1807.

 

Je reçois votre lettre du 10 avril. J’ai accordé un avancement dans la Légion d’honneur au général Lefebvre. J’ai fait ce que vous désiriez pour les offi­ciers bavarois et wurtembergeois. Renvoyez‑moi mes cuirassiers et ma cavalerie légère, j’en ai besoin ; gardez les dragons. Qu’avez‑vous besoin de retourner à Breslau ? Restez au camp. J’aurais voulu qu’au lieu du général Lefebvre ce fût vous qui eussiez été au milieu du feu. J’attends que vous m’appreniez bientôt que Neisse est pris. En me privant de 2,000 che­vaux, vous me faites grand tort. Pourquoi laissez­-vous Lefebvre avec 1,800 hommes ? Il faut vous‑même baraquer là avec tout votre monde. Le général Le­febvre s’est bien conduit, mais vous n’avez pu venir à son secours qu’à onze heures du matin. Il est de principe à la guerre que même un corps de 12,000 hommes ne peut être éloigné de plus d’une heure du gros de l’armée. Si Lefebvre eût été battu, vous l’eussiez été aussi à onze heures ; ainsi vous vous seriez compromis. Faites véritablement la guerre. Portez‑vous là, ayez là vos 6,000 hommes réunis. Jetez à une lieue en avant, sur le chemin de Glatz, et à une lieue en avant de Silberberg, deux fortes avant‑gardes, qui elles‑mêmes tiendront des postes à une demi‑lieue en avant. Vous n’avez alors rien à craindre de la garnison de Glatz, et vous pour­rez me renvoyer ma cavalerie. Vous devez être levé à une heure du matin. Vos troupes doivent être sous les armes à deux heures, et vous au milieu d’elles pour recevoir les reconnaissances qui auront été envoyées sur tous les points. Vous ne devez rentrer à Frankenstein qu’à huit heures du matin, lorsqu’il est certain qu’il n’y a rien de nouveau.

 

Je regarde vos opérations ; le succès ne fait rien, mais je ne vois pas encore que vous fassiez la guerre. Comment Hédouville et Deroy ne vous disent‑ils pas cela ? C'est que chacun aime à flatter un prince, et que chacun aime à rester tranquille dans une bonne ville. Au milieu de cela vous n’acquérez pas d’expérience. Quelle leçon perdue pour vous que ce combat de Frankenstein ! La guerre ne s’apprend qu’en allant au feu.

 

           NAPOLÉON.

 

Le feu a commencé aujourd’hui devant Danzig. Nous y avons 60 pièces de canon de gros calibre en batterie.

 

Les Suédois ont été battus par le maréchal Mor­tier, qui leur a fait 1,000 à 1,100 prisonniers et pris six pièces de canon.

 

Archives de l’Empire.

 

 

910. ‑ INSTRUCTIONS POUR LE MARÉCHAL BRUNE, COMMANDANT LE CORPS D’OBSERVATION DE LA GRANDE ARMÉE.

 

Finkenstein, 29 avril 1807.

 

Le corps que commande le maréchal Brune pren­dra le nom de corps d’observation de la Grande Armée.

 

Le corps d’observation de la Grande Armée sera composé de toutes les troupes hollandaises, mon­tant à 14,000 hommes, des troupes espagnoles, montant au même nombre, et des divisions Molitor et Boudet.

 

Le corps d’observation a pour but de défendre l’embouchure de l’Ems, du Weser, de l’Elbe, et de tenir en échec la Poméranie suédoise, en gardant les bords de la Trebel et de la Peene.

 

Il doit se porter sans ordre partout où débarque­rait une armée anglaise ou suédoise, et doit avoir pour but de garantir Berlin, Magdeburg, Hameln et Stettin ; du moment qu’un débarquement considé­rable d’une armée anglaise aura été effectué, de réunir ses forces pour l’obliger à se rembarquer, et remplir les objets ci‑dessus dénommés.

 

Pour remplir ce but, il sera partagé de la manière suivante :

La division de gauche, entre le Weser et l’Elbe ; le centre, entre Lubeck et Demmin ; la droite, entre Demmin et l’embouchure de l’Oder, y compris l’île de Wollin et celle d’Usedom. Le quartier général sera à Schwerin ; les divisions Molitor et Boudet, à Magdeburg.

 

Le corps espagnol se réunira dans le Hanovre. Les places de Magdeburg, Hameln et Stettin seront garnies par leurs troupes propres, et, dans tous les cas où elles seraient abandonnées ou investies, le maréchal Brune, commandant en chef le corps d’ob­servation, aura soin de compléter leurs garnisons. Les trois commandants correspondront à cet effet fréquemment avec le maréchal, qui lui‑même cor­respondra avec le général Clarke, gouverneur de Berlin, et avec les gouverneurs de Brunswick, Hanovre, Minden et Cassel, afin de les instruire de tous les événements.

 

Les Anglais ne peuvent tenter qu’une de ces quatre opérations :

Ou débarquer en Hollande pour envahir la Hol­lande ;

Ou débarquer à l’embouchure de l’Elbe pour prendre Hamburg, et de là se porter soit dans le Mecklenburg, soit dans le Hanovre ;

Ou débarquer à Stralsund ou à Rostock pour se porter soit sur Berlin, soit sur Stettin ;

Enfin se porter sur Danzig ou Kœnigsberg pour y débarquer le reste des troupes.

 

Si l’ennemi se porte en Hollande, le maréchal Brune mettra sur‑le‑champ en mouvement sa gauche pour aller au secours de la Hollande.

 

S’il débarque dans l’Elbe, il ploiera toutes ses troupes sur Hambourg pour tenir en échec l’ennemi.

 

S’il débarque à Stralsund ou à l’embouchure de l’Oder, il appuiera toute son armée sur sa droite.

 

Dans tous les cas, les deux divisions Molitor et Boudet, qui sont à Magdeburg, se trouveraient à sept ou huit marches de la gauche ou de la droite, pen­dant que les deux divisions hollandaises se trouve­raient relativement au point attaqué, ou sur le ter­rain, ou à deux ou trois marches pour le centre, ou à cinq ou six marches pour l’aile la plus éloignée.

 

Nous ne comptons point les Espagnols, dont on ne connaît point encore l’époque de l’arrivée.

 

Le maréchal Brune ne fera pas bouger les divi­sions Molitor et Boudet hors le cas de nécessité, ces divisions étant là pour un autre but, et étant néces­saire qu’elles soient fraîches et reposées et dans le cas de faire quelques marches forcées.

 

Si l’expédition anglaise se jetait sur Danzig, ou Memel, ou Kœnigsberg, le maréchal Brune ap­puiera toutes ses troupes sur Stettin et ne réser­vera à Hambourg que ce qui est nécessaire pour maintenir le blocus à l’abri d’une expédition de 2 ou 3,000 hommes.

 

NAPOLÉON.

 

Archives de l’Empire.

 

 

911. ‑ INSTRUCTIONS POUR LE MARÉCHAL MORTIER, CHARGÉ DU SIÈGE DE KOLBERG ET DE LA DÉFENSE DES COTES.

 

Finkenstein, 29 avril 1807.

 

Le maréchal Mortier, commandant le 8è corps de la Grande Armée, sera chargé de faire le siège de Kolberg et de le protéger, ainsi que de la défense de la côte depuis les bouches de l’Oder jusqu’à celles de la Vistule. Son corps d’armée sera composé de la division Grandjean, de celles Dupas et Loison, ayant les 4è d’infanterie légère, 15è et 58è de ligne, le régi­ment de Würzburg, le régiment du duc de Berg, formant ensemble, avec les deux régiments hollan­dais à cheval et toute l’artillerie de son corps d’ar­mée, 9,000 hommes ; ayant de plus quatre régiments italiens, deux régiments à cheval italiens, le contin­gent de la Saxe‑Ducale, et deux régiments de Wurtemberg, formant 9,000 hommes ; en tout, 18,000 hommes.

 

La division Loison fera le siège de Kolberg ;

La division Dupas restera cantonnée entre Stettin et Kolberg ;

La division Grandjean, entre Kolberg et Danzig.

 

L’ennemi peut entreprendre :

Ou un débarquement dans les bouches de l’Oder : alors il doit appuyer sur sa gauche pour favoriser le maréchal Brune et défendre les îles de Wollin ;

Ou il débarquera à Kolberg, ou près de là, pour faire lever le siège : il doit réunir ses forces pour protéger le siège ;

Ou il se portera sur Danzig pour se réemparer de cette place : et, dans ce cas, il doit appuyer toutes ses forces à Danzig et y arriver avant lui ;

Ou enfin l’expédition anglaise se portera sur Kœ­nigsberg : il doit alors appuyer sur Danzig pour y être à même d’exécuter les ordres qu’il recevra.

 

NAPOLÉON.

 

Archives de l’Empire.

 

 

912. - RECOMMANDATIONS ET CONSEILS AU PRINCE JÉROME AU SUJET DE SA SITUATION EN SILÉSIE.

 

Finkenstein, 2 mai 1807.

 

Je reçois votre lettre du 29 avril. Je suis fort sur­pris d’apprendre que le premier détachement de cuirassiers ne soit pas encore arrivé ; il devrait l’être depuis longtemps. Tout ce que vous me dites de vos dispositions serait bon, si elles avaient été cal­culées de manière à ce que vous fussiez arrivé contre l’ennemi dans la première demi‑heure où il a at­taqué. Votre lettre, d’ailleurs, contient trop d’es­prit. Il n’en faut point à la guerre : il faut de l’exac­titude, du caractère et de la simplicité. Dans l’ordre défensif, il faut réunir ses troupes, les tenir sur pied en bataille avant le jour, jusqu’à la rentrée des reconnaissances qu’on a envoyées sur tous les points. Votre correspondance n’est jamais complète. Vous ne m’instruisez pas des raisons qui vous obli­gent à tenir 600 hommes à Schweidnitz et 400 hommes à Brieg. Je vous ai déjà fait connaître que 600 hommes dans Schweidnitz et 400 hommes dans Brieg seront égorgés si les habitants le veulent, et que, réunis dans un seul point, ils se défendraient mieux. Il me paraît que vous avez 1,000 hommes des dépôts français. Quels secours attendez‑vous de ces 1,000 hommes, composés de soldats sans offi­ciers, appartenant à différents régiments ? Tandis que, s’ils étaient à leurs régiments, ils y seraient de la plus grande utilité. Envoyez‑moi l’état, par corps, de ces 1,000 hommes.

 

Je vous ai mandé que je vous avais envoyé 1,400 autres hommes ; ils ne doivent pas être loin de Po­sen. Je désire beaucoup que vous m’envoyiez ces 2,800 hommes. Il est possible que j’aie une ba­taille, et 2,800 hommes de cavalerie ne me seraient point indifférents. Pour moi, ils valent plus que leur nombre, parce que mes corps s’en trouvent renforcés et y gagnent plus de moral. Si vous croyez avoir besoin de garder 200 dragons, j’y consens, mais pas un homme de plus, et, en réalité, vous n’en avez pas besoin. Vous avez assez de forces pour contenir l’ennemi qui est devant vous. Il résulte de votre état de situation du 23 avril que vous avez 15,300 hommes, dont 1,500 de cavalerie.

 

Vous ne m’avez pas fait connaître l’issue de votre sommation de Neisse. Il paraît que vous n’aurez pas cette place si facilement. Il faudra ouvrir la tran­chée et faire un siège en règle. Je ne connais pas bien votre situation. Faites‑moi connaître, par le retour de votre aide de camp, les positions que vous occupez devant l’ennemi, les positions que vous occupez devant Neisse, devant Kosel, devant Glatz ; joignez~y un croquis sur grande dimension. Entrez dans des détails pour que je connaisse bien votre situation. Ceux qui vous disent qu’il y a 12,000 hommes dans Neisse font des contes ; tout porte à penser qu’il n’y en pas 3,000.

 

NAPOLÉON.

 

Archives de l’Empire.

 

 

913. ‑ OBSERVATIONS SUR DES ÉTATS PRÉSENTANT LA SITUATION DES VIVRES. ‑ ORDRES POUR LES APPROVISIONNEMENTS.

 

A M. DARU.

 

Finkenstein, 3 mai 1807.

 

Monsieur Daru, je viens de lire les états de si­tuation du 23 avril. Comment n’ai‑je pas trois mil­lions de boisseaux d’avoine sur le canal, depuis Küstrin jusqu’à Bromberg ? Je vois que je n’ai que 2,000 boisseaux à Thorn et 1,300 à Bromberg. Comment n’ai‑je pas 400,000 pintes d’eau‑de‑vie à Bromberg ? Je vois qu’à Bromberg et à Thorn il n’y a presque rien. Enfin comment n’ai‑je pas 10,000 quintaux de farine et 50,000 de blé à Bromberg ? Je vois que je n’ai que 12,000 quintaux. Il ne faut pas croire que jusqu’à cette heure ce soient vos maga­sins qui aient nourri l’armée, c’est la ville d’Elbing et l’île de Nogat. Vous savez fort bien qu’il faut 165,000 rations pour nourrir l’armée sur la rive droite, c’est‑à‑dire près de 2,000 quintaux par jour. Il faut donc par mois 160,000 quintaux.

 

Dans cinquante jours, depuis le 24 février au 16 avril, l’on a mangé plus de 70,000 quintaux. Je compte dans ce nombre le gaspillage et les pertes, le pain pillé, etc. Je n’ai donc aujourd’hui à Brom­berg que pour huit jours. Elbing ne fournira bien­tôt plus rien. Il faudra songer à approvisionner tous les magasins par Bromberg ; Varsovie même devrait l’être par Bromberg, s’il y avait la moindre admi­nistration. Il faut me faire un rapport pour me faire connaître comment va vivre mon armée pendant mai, juin, juillet, août et septembre. Elle ne peut plus se nourrir d’Elbing, il n’y a plus rien ; elle ne­ peut pas vivre de la rive droite, elle est épuisée ; il faut donc qu’elle vive des magasins de Bromberg. Il y faut 250,000 quintaux. Varsovie, Kalisz, et tout ce qui peut être fourni par les départements voisins, pourront tout au plus fournir les 50,000 restants. Ne perdez pas une heure à mettre en mouvement de Breslau, de Glogau, de Küstrin, Magdeburg, Spandau, Wittemberg, etc., des farines, du blé, conformément à la lettre que vous écrit le maréchal Duroc, pour mettre en bonne situation les magasins, de Bromberg et de Thorn ; et faites remplacer par des réquisitions dans le pays ce que vous tirerez de ces places. Ayez soin de ne rien demander aux al­liés, mais de lever tout en pays ennemi.

 

Dans le rapport que vous me ferez, vous joindrez le tableau de ce qui existe au 1er mai dans les ma­gasins sur la Vistule, de ce que vous ferez venir     des magasins de derrière et de ce que le pays doit encore fournir ; un tableau de répartition d’une ré­quisition extraordinaire de grains pour réapprovi­sionner toutes les places, et ce à compte de la con­tribution, de manière que l’on puisse, dans le courant de juin et juillet, tirer des mêmes magasins de Glo­       gau, Küstrin, Stettin et Magdeburg, des blés pour remplacer la consommation, sans affaiblir la quan­tité qui doit toujours rester dans ces magasins. Pour le vin, il faut me faire connaître la quantité que l’on a tirée de Stettin, celle achetée à Varsovie et celle consommée. Envoyez des agents des transports pour    faire venir tout ce qui est en route. Dirigez sur l’armée toutes les eaux‑de‑vie qui se trouvent dans les magasins de Stettin, Küstrin, Glogau et Magde­burg, et faites‑les remplacer par des réquisitions dans le pays. Suivre le même procédé pour l’avoine et la remplacer par des réquisitions, et, par ce moyen, faire payer quelque chose à la Prusse, qui, jusqu’à présent, a moins payé que si elle était en paix.

 

Si vous ne réussissez pas dans toutes ces mesures, vous n’aurez aucune excuse, car vous avez des ri­vières, des canaux. L’artillerie fait venir avec la plus grande activité de ses arsenaux, et même de France, les fusils et tout ce dont elle a besoin, et vous, vous ne pouvez pas faire venir un tonneau de vin de Küstrin.

 

NAPOLÉON.

 

Je reçois les états au 1er mai. J’y vois que le vin qui est en route depuis le mois de mars n’est pas encore arrivé à Bromberg ; que Thorn n’a que 2,200 quintaux de farine ou de blé, et point de pain ; que Bromberg n’a que 15,000 quintaux de farine on de blé, et pas de réserve en pain. Je vois à Strasburg 15,000 quintaux de farine ou de blé : qui a ordonné dans cette place un magasin si con­sidérable ? d’où viennent‑ils ? Varsovie n’a que 3,000 quintaux ; c’est une grande faute.

 

Comm. par M. le comte Daru.

(En minute aux Arch. de l’Emp.)

 

 

914. ‑ COMPOSITION DU CORPS DE RÉSERVE DE LA

GRANDE ARMÉE.

 

AU MARÉCHAL BERTHIER.

 

Finkenstein, 5 mai 1807.

 

Le maréchal Lannes commande un corps qui porte le nom de corps de réserve de la Grande Armée.

 

Ce corps sera composé de la division Oudinot, formée à quatre brigades, et de la division Verdier.

 

La division Oudinot aura ses quinze pièces de canon, telles qu’elle les a dans ce moment.

 

La division Verdier sera composée des 2è léger, 3è de ligne, 72è de ligne et du régiment de Paris. Elle aura douze pièces de canon françaises, actuellement attachées à la division italienne, qui est de­vant Kolberg, et qui ont ordre de se rendre à Marienwerder.

 

Le 3è et le 72è arriveront à Marienwerder avant le 12 mai. Le 2è léger et le régiment de Paris seront joints à la division Verdier après la prise de Danzig.

 

Le général de brigade Harispe et le général de brigade Vedel feront partie de la division Verdier. L’adjudant commandant Sicard sera le chef d’état-­major de cette division.

 

Une troisième division sera réunie au corps de réserve ; elle sera composée de la division italienne. Je donnerai des ordres pour le temps où elle devra rejoindre le corps de réserve. Elle aura ses douze pièces d’artillerie, que lui fournit le 8è corps.

 

Vous ferez connaître au maréchal Lannes que cette division n’arrivera à Marienwerder que sur la fin de mai, et qu’elle est composée de quatre régi­ments d’infanterie italiens et d’un régiment de cavalerie.

 

Le corps de réserve sera ainsi composé de plus de 20,000 hommes.

Il est nécessaire qu’il y soit attaché un ordonnateur, des employés d’administration, et un officier supérieur pour commander l’artillerie.

 

NAPOLÉON.

 

Dépôt de la guerre.

(En minute aux Arch. de l’Emp.)

 

 

915. ‑ NÉCESSITÉ D’APPELER IMMÉDIATEMENT LA CONSCRIPTION. ‑ OBSTACLES A LEVER.

 

A M. CAMBACÉRÈS.

 

Finkenstein, 7 mai 1807.

 

Mon Cousin, je reçois votre lettre du 28 avril. M. Lacuée a reçu ma lettre du 15 avril, dans laquelle je lui ai fait connaître que les conscrits doivent partir le 15 mai. Je lui ai répété la même chose dans ma lettre du 18.

 

Jugez de ma surprise en lisant votre lettre du 28 avril. Vous dites que j’ai signé le décret, tel qu’il a passé au Conseil d’État ; cela me confond ; c’est une erreur d’expédition. J’ai fait les change­ments de ma propre main.

 

Il est ridicule que, lorsque j’ai besoin de la conscription, M. Lacuée ne veuille l’appeler que le 5 juillet. D’ailleurs, tous ces calculs de bureau sont faux. Le 5 juillet sera justement le moment de la récolte, qui est une espèce de fête champêtre où les jeunes gens aiment à être chez eux. Cette idée d’opérer simultanément dans toute la France est mauvaise. Il faut que chaque préfet, à mesure qu’il reçoit le décret, fasse son travail et effectue les départs. Pourquoi mettre toute la France en crise à la fois, et rester tout le mois de mai et de juin la bouche béante dans de vaines formalités, et ouvrir le champ aux intrigues de la malveillance ? Je sais fâché que dans le Conseil d’État aucun homme n’ait fait sentir cela. Prenez donc, je vous prie, une résolution pour que la conscription arrive le plus tôt possible. Il faut que chaque préfet, dès qu’il reçoit le décret, selon qu’il lui parvient plus tôt ou qu’il a plus de facilités, fasse partir ses conscrits. Tenez la main à cela.

 

Mes légions doivent être formées au mois de juin, pour me servir en juillet et août. Ainsi j’es­père que les départs s'effectueront au 1er juin, au moins pour tout le centre de la France. Y a‑t‑il de l’avantage ou de l’inconvénient à ce que les conscrits de Gênes ou des Pyrénées partent le même jour que ceux de Paris ? Cette rage de régulariser perd tout. Il vaut mieux suivre la nature des choses, surtout dans un aussi vaste empire. Cette affaire a été bien mal menée. Le Sénat a adopté le sénatus‑consulte le 6 avril. Il était naturel que sur‑le‑champ le ministre de la guerre ou le directeur de la conscrip­tion fît former les listes ; elles pouvaient donc l’être le 17 avril, le 5 mai les conseils de recrutement être tenus, et le 10 toute la conscription partir. Tout cela, ce sont de mauvaises plaisanteries. Y avait‑il besoin d’attendre que je fisse promulguer le sénatus‑consulte pour écrire confidentiellement aux préfets de former les listes ? La véritable opéra­tion est celle du conseil de recrutement. Cette opé­ration pouvait être faite à l’arrivée du décret. Enfin on a voulu perdre trois mois ; c’est bien mal connaître le prix du temps. Quel avantage pour la France d’avoir sa conscription finie dans le mois de juin, au lieu de la faire pendant la récolte ! Faites­-moi connaître ce que vous avez fait là‑dessus.

 

La raison que donne M. Dejean pour ne pas en­voyer les selles par les caissons de Sampigny n’est pas bonne ; c’est, au contraire, faire d’une pierre deux coups, car j’ai besoin de caissons.

 

NAPOLÉON.

 

Comm. par M. le duc de Cambacérès.

(En minute aux Arch. de l’Emp.)

 

 

916. ‑ RÉGIMENTS PROVISOIRES ET BATAILLONS DE GARNISON A FAIRE PARTIR.

 

AU MARÉCHAL KELLERMANN.

 

Elbing, 8 mai 1807.

 

Mon Cousin, je reçois vos quatre lettres du 30 avril. Je vois avec plaisir que les 17è et 18è régi­ments provisoires sont déjà formés ; faites‑les partir sans délai pour Magdeburg. Vous n’avez rien à craindre de la Hesse : d’abord, parce vous aurez toujours assez de conscrits pour pouvoir y envoyer du monde, si cela était nécessaire ; ensuite, parce que le 5è, fort de 2,000 hommes, va arriver à Mayence ; que 14,000 Espagnols y seront bientôt ; que 20,000 hommes, venant d’Italie, arrivent dans cinq jours à Magdeburg. Je ne les fais pas venir à l’armée, parce que ce sont des régiments frais, que je garde en réserve.

 

Si la Hesse levait le nez, et que vos moyens ne fussent pas suffisants, rien que de savoir cette force-­là la contiendrait.

 

Mon armée est superbe. Je viens de passer la revue de 18,000 hommes de cavalerie dans les plaines d’Elbing. Je n’ai jamais vu la cavalerie plus belle. J’attends que la saison devienne meilleure, que Danzig soit pris, et que tous mes régiments provisoires soient arrivés, pour frapper un vigou­reux coup de massue.

 

Nous nous logeons cette nuit dans le chemin couvert de Danzig. Nous venons de prendre une île qui était défendue par 1,000 Russes, cinq re­doutes et dix‑sept pièces de canon. 400 Russes ont été tués, 600 ont été faits prisonniers ; les redoutes et les dix‑sept pièces de canon ont été prises.

 

Dès le 5 juin, une bonne partie de la conscrip­tion va se mettre en marche pour renforcer tous vos cadres. J’apprends avec plaisir que le 1er  ba­taillon de garnison de Magdeburg est parti et arri­vera le 13 mai, et que le 2è bataillon partira sous peu de jours. Voilà une belle et bonne besogne.

 

NAPOLÉON.

 

Dépôt de la guerre.

(En minute aux Arch. de l’Emp.)

 

 

917. ‑ INSTRUCTIONS POUR LE GÉNÉRAL GARDANE,

CHARGÉ D’UNE MISSION EN PERSE.

 

Camp impérial de Finkenstein, 10 mai 1807.

 

M. le général Gardane arrivera le plus prompte­ment possible en Perse. Quinze jours après son ar­rivée il expédiera un courrier, et un mois après il fera partir un des officiers qui l’accompagnent.

 

A son passage à Constantinople, il prendra toutes les mesures pour que sa correspondance avec le ministre des relations extérieures et celle du mi­nistre avec lui se fassent rapidement. S’il était pos­sible de faire faire ce service par les agents mêmes de la Porte, il serait dans le cas d’écrire tous les huit jours. Toutes ses dépêches de quelque impor­tance, tant pour le ministre des relations extérieures que pour le général Sebastiani, seront écrites en chiffres.

 

Ses premières dépêches surtout doivent être telles qu’il convient lorsqu’on a à faire connaître un pays sur lequel il n’existe aucun renseignement positif.

 

La géographie et la topographie du pays, les côtes, la population, les finances, l’état militaire dans ses divers détails, tels doivent être les premiers objets des recherches du général Gardane. Ils doivent rem­plir ses dépêches et lui fournir des volumes.

 

La Perse doit regarder les Russes comme ses en­nemis naturels : ils lui ont enlevé la Géorgie ; ils menacent ses plus belles provinces ; ils n’ont pas encore reconnu la dynastie actuelle, et depuis son avènement ils ont toujours été en guerre avec elle. M. le général Gardane rappellera tous ces griefs ; il entretiendra l’inimitié des Persans contre la Russie ; il les excitera à de nouveaux efforts, à des levées plus nombreuses. Il leur donnera, pour la suite de leurs opérations militaires, tous les conseils que lui suggérera son expérience, et il cherchera, dans cette vue, à se lier avec le prince Abbas‑Mirzà, qui commande l’armée et qui paraît en avoir toute la confiance. Il faut que la Perse opère sur les fron­tières de la Russie une puissante diversion, et qu’elle profite du moment où les Russes ont affaibli leur armée du Caucase, et en ont envoyé en Europe une partie, pour rentrer dans les provinces qu’ils lui ont enlevées par leurs armes ou par leurs intrigues. La Géorgie, qu’ils se sont fait céder par le dernier prince de ce pays, leur est mal assurée ; les habi­tants paraissent regretter encore leurs anciens maî­tres. La chaîne des montagnes qui couvre l’entrée de la Perse et des provinces ottomanes est d’ailleurs située au nord de la Géorgie. Il est important que la Russie ne demeure pas maîtresse de tous les passages.

 

M. le général Gardane emploiera tous ses soins pour que la Perse et la Porte ottomane se concer­tent, autant qu’il sera possible, dans leurs opérations entre la mer Noire et la mer Caspienne. L’in­térêt des deux empires est le même : tous les pays, au midi de la Russie, sont également menacés, parce qu’elle préfère à ses déserts et à ses glaces une terre plus fertile et un ciel plus doux. Mais la Perse a encore un autre intérêt qui lui est propre : c’est d’arrêter dans l’Inde les progrès de l’An­gleterre.

 

La Perse est aujourd’hui pressée entre la Russie et les possessions anglaises. Plus ces possessions s’étendent vers les frontières de Perse, plus elle doit en craindre l’agrandissement ultérieur. Elle serait exposée à devenir un jour, comme le nord de l’Inde, une province anglaise, si, dès aujourd’hui, elle ne cherchait pas à prévenir ce danger, à nuire à l’Angleterre, à favoriser contre elle toutes les opérations de la France.

 

La Perse est considérée par la France sous deux points de vue : comme ennemie naturelle de la Russie, et comme moyen de passage pour une ex­pédition aux Indes.

 

C’est à raison de ce double objet que de nom­breux officiers du génie et d’artillerie ont été atta­chés à la légation du général Gardane. Ils doivent être employés à rendre plus redoutables à la Russie les forces militaires de la Perse, et à faire des re­cherches, des reconnaissances et des mémoires qui puissent conduire à connaître quels seraient les obstacles que trouverait une expédition dans son passage, quelle route elle devrait suivre pour se rendre dans l’Inde, soit en partant d’Alep, soit en partant d’un des ports du golfe Persique. On sup­pose que, dans le premier cas, l’expédition fran­çaise, du consentement de la Porte, débarquerait à Alexandrette ; que, dans le second, elle doublerait le cap de Bonne‑Espérance et irait débarquer à l’entrée du golfe Persique. Il faut faire connaître, dans le premier et dans le second cas, quelle serait la route depuis le point de débarquement jusque dans l’Inde ; quelles en seraient les difficultés ; si l’expédition trouverait des moyens de transport suffisants, et de quelle nature ; si les chemins lui permettraient de traîner son artillerie ; et, dans le cas d’obstacles, quels moyens elle aurait de les éviter ou de les sur­monter ; si elle trouverait abondamment des vivres et surtout de l’eau ; dans le second cas, quels seraient les ports propres au débarquement ; quels seraient ceux où pourraient entrer des vaisseaux à trois ponts, des vaisseaux de 80 canons, des vais­seaux de 74 ; quels seraient ceux où l’on pourrait établir des batteries, afin de mettre les vaisseaux à l’abri des attaques d’une escadre ennemie ; quels seraient enfin ceux où l’escadre trouverait de l’eau et des vivres à prix d’argent.

 

Enfin, il serait également nécessaire de faire connaître si l’on trouverait une assez grande quan­tité de chevaux pour remonter la cavalerie et l’ar­tillerie.

 

Si le général Gardane était seul, il ne pourrait répondre à aucune de ces questions, puisque nous voyons dans notre Europe, au sein même de l’Alle­magne, que les renseignements donnés par les propres habitants du pays sont toujours inexacts et incompréhensibles. Mais le général Gardane aura à ses ordres des ingénieurs de la guerre et de la marine, et des officiers d’artillerie, qui parcourront les routes, examineront les places, visiteront les ports de l’empire de Perse, non‑seulement sur le golfe Persique, mais aussi sur la mer Caspienne, dresseront des cartes et lui fourniront le moyen d’envoyer, après quatre mois de séjour, des mé­moires détaillés et dignes de confiance sur les divers objets de ces reconnaissances.

 

Il aura constamment soin de faire ses envois par duplicata, afin que des renseignements aussi pré­cieux ne soient pas perdus, s’il arrivait quelque ac­cident à un courrier.

 

Ces officiers se rendront également utiles en com­muniquant aux Persans les connaissances de l’art militaire d’Europe, et en les aidant à construire de nouveaux ouvrages pour la défense de leurs places.

 

Les deux principaux objets qu’on se propose se­ront ainsi remplis, puisque la Perse deviendra plus redoutable aux Russes et que les moyens de pas­sage, ainsi que tout ce qui regarde le pays, nous seront parfaitement connus. Voilà pour la partie militaire.

 

Quant à la partie diplomatique, le général Gar­dane est autorisé à conclure des conventions pour l’envoi à faire, par la France, de fusils avec baïon­nettes, de canons, et d’un nombre d'officiers et de sous‑officiers suffisant pour former le cadre d’un corps de 12,000 hommes, qui serait levé par la Perse. Le prix des armes sera fixé par les officiers d’artillerie, selon leur valeur en Europe. Le paye­ment en sera stipulé. L’intention de Sa Majesté, en faisant payer ces armes, n’est pas d’éviter une dé­pense de 5 à 600,000 francs, mais de s’assurer que le gouvernement persan en fera plus de cas lors­qu’il les aura payées que si elles lui avaient été données. On sera certain, d’ailleurs, que, puisqu’il les achète, c’est qu’il a en effet la volonté de s’en servir. Ces armes et les officiers et sous‑officiers seront transportés par une escadre de Sa Majesté.

 

On stipulera dans la convention le lieu du débar­quement et le mode de payement des armes, qui pourra être fait, pour la plus grande partie, en vivres, tels que biscuit, riz, bœufs, etc., pour les escadres qui, après avoir débarqué ce qu’elles auront apporté, croiseront dans ces mers. La quantité d’ar­mes qu’on prendra l’engagement de fournir peut s’élever à 10,000 fusils et une trentaine de pièces de canons de campagne. Le sort des officiers et sous­-officiers, tant de ceux qui accompagnent le général Gardane que de ceux qui seront envoyés, doit être également fixé par ces conventions. Sa Majesté leur laissera le traitement dont ils jouissent en France ; mais il convient qu’ils reçoivent en Perse un traite­ment extraordinaire, qui est toujours nécessaire à des Européens qui s’expatrient.

 

Si la guerre avec la Russie continue, que la Perse désire et que le général Gardane croie utile, lors­qu’il connaîtra bien le pays, l’envoi de quatre ou cinq bataillons et de deux ou trois compagnies d’ar­tillerie pour former une réserve à l’armée persane, cet envoi pourra être convenu par le général Gardane, et l’Empereur y donnerait son appro­bation.

 

Ce ministre connaît assez bien la situation des affaires pour savoir que ce n’est qu’au moyen d’un grand secret et de notions exactes sur les lieux de débarquement, qu’on peut envoyer une escadre pour porter des secours en Perse.

 

Dans le cas d’une expédition de 20,000 Français aux Indes, il conviendrait de savoir quel nombre d’auxiliaires la Perse joindra à cette armée, et sur­tout, tout ce qui concerne, comme il a été dit plus haut, les lieux de débarquement, les routes à tenir, les vivres et l’eau nécessaires à l’expédition. Il faut connaître aussi quelle serait la saison favorable pour le passage par terre.

 

Là ne se borne pas la mission du général Gardane ; il doit communiquer avec les Mahrattes et s’instruire, le plus positivement possible, de l’appui que l’expé­dition pourrait trouver dans l’Inde. Cette presqu’île est tellement changée depuis dix ans que ce qui la concerne est à peine connu de l’Europe. Rien ne serait plus utile que tous les renseignements qu’il pourrait recueillir, toutes les liaisons qu’il pourrait former.

 

Enfin, le général Gardane ne doit pas perdre de vue que notre objet important est d’établir une triple alliance entre la France, la Porte et la Perse, de nous frayer un chemin aux Indes, et de nous procurer des auxiliaires contre la Russie. Si l’exé­cution de cette dernière vue pouvait s’étendre du côté de la Tartarie, ce serait une chose digne d'at­tention ; la Russie se mêlant de ce qui concerne nos frontières, nous recueillerons tôt ou tard le fruit des moyens que nous nous serons préparés pour l’inquiéter sur les siennes.

 

M. le général Gardane examinera quelles res­sources la Perse pourrait offrir à notre commerce, quels produits de nos manufactures y réussiraient, et ce que nous pourrions en retirer en échange. Il est autorisé à négocier ensuite un traité de commerce sur les bases de ceux de 1708 et 1715. il corres­pondra avec l’île de France, et il s’attachera à en favoriser le commerce avec d’autant plus de soin que l’île de France doit devenir la première échelle du commerce de la métropole avec le golfe Persique.

 

NAPOLÉON.

 

Comm. par M. le comte de Gardane.

(En minute aux Arch. de l’Emp.)

 

 

918. ‑ POSSIBILITÉ DE TENTATIVES POUR SECOURIR DANZIG. ‑ MESURES A PRENDRE ET ORDRES EN CONSÉQUENCE.

 

AU MARÉCHAL LEFEBVRE.

 

Finkenstein, 11 mai 1807, 4 heures après midi.

 

Je reçois vos trois lettres du 10 et la dernière datée de onze heures du soir. L’ennemi vous inquiète sur Kahlberg ; il a débarqué des troupes du côté de Polski, et onze bâtiments se sont laissé voir hier au soir dans le port de Danzig. Il est donc possible que l’ennemi tente à la fois de porter des secours dans Danzig par ces deux voies. J’attends le rapport des marins pour connaître ce que les onze bâtiments peuvent porter. Il ne paraît pas que l’attaque par la langue de terre puisse être sérieuse. Toutefois, j’ai ordonné qu’il fût jeté un pont à Fürstenwerder et que le général Oudinot y tiendrait un bataillon. Le pont une fois établi, la cavalerie qui est dans l’île pourra déboucher sur le flanc de l’ennemi. Si l’en­nemi veut tenter quelque chose de sérieux, il est vraisemblable que ce sera par la mer. Jusqu’à cette heure, les secours que portent les onze bâtiments ne sont pas de nature à donner de grandes inquié­tudes ; et si l’ennemi voulait employer 7 à 8,000 hommes pour secourir Danzig, nul doute qu’il ne les envoyât par mer dans le camp retranché.

 

Le 72è doit vous arriver le 16 ; envoyez à sa ren­contre ; vous pouvez lui faire gagner une journée et le faire arriver le 15. Le maréchal Mortier ne doit pas tarder non plus à appuyer sa droite à deux journées de Danzig, afin de se porter à vous si l’en­nemi tentait quelque chose. Vous n’avez rien à craindre des Suédois, ni des Anglais, dont l’expé­dition ne sera prête qu’à la fin de mai. J’ai des nou­velles d’Angleterre du 28 avril. Le général Oudinot est en mesure, à Marienburg, de se porter partout où il sera nécessaire ; mais il ne faut pas que vous en disposiez, puisqu’il n’est pas sous votre comman­dement, et que vous êtes trop vieux soldat pour ne pas savoir qu’il faut que chacun fasse sa besogne. Jusqu’à cette heure, l’ennemi ne fait aucun mouve­ment sur la ligne ; vous pouvez être certain que, lorsqu’il sera décidé que l’ennemi se porte par mer ou par la langue de terre sur vous, on ne vous lais­sera pas seul.

 

Faites armer les redoutes avec des pièces de cam­pagne ; faites établir le pont de radeaux dans l’île ; envoyez de la cavalerie et un général de brigade pour éclairer la presqu’île, et faites‑moi un rapport exact sur la situation de vos troupes ; donnez‑moi des renseignements sur ce qui arrive de nouveau.

 

Ne vous alarmez pas ; instruisez‑moi promptement et exactement de tout. Faites avec vos forces tout ce qui est possible, et ne craignez pas qu’on vous laisse sans secours, quand il sera prouvé que l’ennemi s’affaiblit devant la Grande Armée. Mais mon intention n’est pas de déplacer les troupes, ni de disséminer une aussi bonne division que celle d’Oudinot.

 

NAPOLÉON.

 

Archives de l’Empire.

 

 

919. - ORDRES CONCERNANT LE ROLE DES TROUPES DE LANNES DEVANT DANZIG.

 

AU MARÉCHAL LANNES, A PIETZKENDORF.

 

Finkenstein, 14 mai 1807, 2 heures après midi.

 

Mon Cousin, le 3è de ligne va arriver à Marien­burg et le 72è va arriver devant Danzig ; ainsi, demain ou après, votre seconde division sera formée et sera forte de 5,000 hommes. Profitez de l’occa­sion de l’officier que le maréchal Lefebvre expédie, pour avoir des nouvelles des douze pièces d’artillerie qui étaient attachées à la division italienne qui est devant Kolberg, et qui doivent faire partie de votre seconde division.