| Institut de Stratégie Comparée, Commission Française d'Histoire Militaire, Institut d'Histoire des Conflits Contemporains |
|
||||||||||||||||||
|
|||||||||||||||||||
|
Correspondance
militaire Extraite
de la correspondance générale Par
ordre du ministère de la guerre Tome
quatrième
Paris
- 1876
757.
‑ CONSEILS DE NE PAS SE LAISSER ENIVRER PAR LES DÉMONSTRATIONS DES
NAPOLITAINS ET DE NE PAS COMPTER SUR LES SENTIMENTS D’UN PEUPLE CONQUIS. AU
ROI DE NAPLES. Saint‑Cloud,
24 mai 1806. Mon
Frère, je reçois votre lettre du 15 mai 1806. Vous ne connaissez pas le
peuple en général, moins encore les Italiens. Vous vous fiez beaucoup trop
aux démonstrations qu’ils vous font. N’alarmez pas trop et prenez bien
vos précautions. Au moindre mouvement sur le continent, c’est‑à‑dire
au moment où vous aurez le plus besoin de preuves de leur attachement,
vous verrez combien peu vous pouvez compter sur eux. Je ne répondrai pas à
ce que vous me dites des gardes du corps. Vous ne me croyez pas assez
ignorant de la situation actuelle de l’esprit de l’Europe pour croire
que Naples est tellement philosophe qu’il n’y ait aucun préjugé de
naissance ; et, si Naples se présente ainsi à vos yeux, c’est qu’ainsi
se présentent tous les peuples conquis, déguisant leurs sentiments et
leurs mœurs, et se prosternant avec respect devant qui a leurs biens et
leurs vies dans les mains. Vous croyez bien qu’il y avait des préjugés
de noblesse à Vienne ; eh bien, les familles princières invitaient à leur
table les soldats. D’ailleurs, c’est moins pour Naples que pour la
France, où j’ai besoin de fonder une union de toutes les classes de
citoyens et de tous les préjugés. Quant à l’armée, j’espère que,
quand on leur aura dit que c’est moi qui l’ordonne, elle voudra le
trouver bon ; je ne l’ai point accoutumée à se mêler de ce que je fais. Ce
qui vous est arrivé à l’île de Caprée, je l’avais prévu ; en fait
d’îles isolées, il n’y a qu’un principe, c’est d’y mettre
beaucoup de troupes ou point du tout. Il
n’est arrivé à Alexandrie que 800 galériens ; si vous en avez en effet
fait partir 4,000, et qu’on les ait laissés s’échapper en route, votre
royaume se trouvera empesté. Il
n’y a point de doute qu’il vous faut vous former des compagnies de
gardes du corps de la noblesse de Naples ; ce que je vous envoie de Français
est peu de chose. Je
vous le recommande encore, ne vous laissez point enivrer par les démonstrations
des Napolitains ; la victoire produit sur tous les peuples le même effet
qu’elle produit aujourd’hui sur eux. Ils vous sont attachés parce que
les passions opposées se taisent ; mais, au premier trouble du continent,
lorsque, les 40,000 Français qui se trouvent à Naples (cavalerie,
infanterie, artillerie) se trouveraient réduits à quelques mille hommes,
et que la nouvelle se répandrait que je suis battu sur l’Isonzo, que
Venise est évacuée, vous verriez ce que deviendrait ce bel attachement. Et
comment cela serait‑il autrement ? Comment les connaissez‑vous ?
Ils voient la puissance actuelle de la France ; ils croient que, puisque
vous êtes nommé roi de Naples, tout est fini, parce que la nature des
choses l’ordonne, parce que c’est de la nouveauté, et parce que c’est
sans remède. Vous
avez tort d’envoyer les Corses qui ont été au service des Anglais dans
leurs départements ; ils me les empesteront. Dirigez‑les sur
Alexandrie et faites‑m’en passer l’état ; je verrai à en former
un corps. NAPOLÉON. Archives
de l’Empire. 758.
‑ INSTRUCTIONS POUR L’EXPÉDITION DE SICILE. AU
ROI DE NAPLES. Saint‑Cloud,
6 juin 1806. Je reçois votre lettre du 27 mai. Il serait bien important que vous pussiez enfin opérer votre descente en Sicile. La paix pourrait se faire d’un moment à l’autre, et l’incertitude de vos opérations y porterait du retard. Votre lettre ne me dit pas le nombre des bateaux que vous avez, et n’entre dans aucun développement, de sorte que je ne sais pas si votre expédition est prête ou éloignée. Il devient cependant très‑nécessaire que j’aie des renseignements très‑précis là‑dessus. Comment comptez‑vous embarquer vos troupes ? Dans quel port les placez-vous pour attendre le moment favorable ? Il faut que vous débarquiez 9,000 hommes de troupes à la fois avec dix pièces de canon, et trois cents coups à tirer par pièce, et avec quinze rations de biscuit et 200 cartouches par homme. Le maréchal Jourdan est beaucoup plus capable de commander des troupes dans l’intérieur que le maréchal Masséna, lequel, à son tour, est beaucoup plus capable de vous aider dans une expédition de Sicile. Pour un coup de main, le commandement de 9,000 hommes qui doivent débarquer les premiers en Sicile exige un homme ferme et ayant été dans de grands événements. Le général Verdier vaut peut‑être mieux que Reynier ; si vous ne mettez pas Masséna, mettez‑les tous les deux. Dans le métier de la guerre, comme dans les lettres, chacun a son genre. S’il y avait des attaques vives, prolongées et où il fallût payer de beaucoup d’audace, Masséna serait plus propre que Reynier. Pour garantir le royaume de toute descente pendant votre absence, Jourdan est préférable à Masséna. Il faut qu’au moment où l’expédition sera prête les attaques deviennent vives à Gaëte, afin d’y attirer la plus grande quantité possible de vaisseaux anglais. Une fois la descente faite, je regarde le pays comme conquis. Voici ce qui arrivera : l’ennemi s’opposera au débarquement ; s’il est forcé, il attaquera dans les trente‑six heures ; et, s’il est battu, alors les Anglais se retireront pour s’embarquer. Quoique le détroit ne soit que d’une ou deux lieues, les courants sont tels, dans ces parages, qu’il est impossible que, dans ces trente‑six heures, les mêmes bâtiments ne puissent pas aller, revenir et retourner en Sicile. Il vous faut des bateaux, ensuite un port, et, ayant un port, quinze jours plus tôt ou quinze jours plus tard, vous aurez des bâtiments ; car les spéronares, les felouques napolitaines, tout est bon pour le passage. Quel est le port que vous avez choisi ? Combien peut‑il contenir de bâtiments de toute espèce ? Quels sont vos moyens de bâtiments ? Je désirerais beaucoup avoir mes idées fixées là‑dessus. Toute opération qui tendrait à faire passer une avant‑garde de 9 à 10,000 hommes serait une folie. Selon les renseignements que j’ai, il y a en Sicile près de 6,000 Anglais. En relisant avec attention votre lettre, j’y trouve des choses que je ne comprends point. Vous dites que le général Reynier, de l’autre côté, établirait une batterie vis‑à‑vis Pezzo, et qu’alors le reste de l’armée passerait. En ayant quelques chaloupes canonnières, cette batterie sera sans doute bientôt établie ; mais encore il ne faudrait pas l’attendre. Dans cette hypothèse, les deux tiers de vos bâtiments ne doivent être chargés que de troupes, chaque homme ayant ses 50 cartouches et 50 en caisse distribuées aux compagnies, douze à quinze rations de biscuit et quelques rations d’eau‑de‑vie. L’autre tiers doit être chargé d’artillerie, de manière que, deux heures après le débarquement, les bateaux qui ne sont chargés que de troupes puissent retourner pour en prendre de nouvelles, sans faire attention s’il y a des batteries ou non et attendre qu’elles soient dressées. 9 à 10,000 hommes choisis valent autant que 20,000. Nécessairement, s’il n’y a que 6 ou 7,000 Anglais, ils sont indubitablement suffisants pour prendre la Sicile, non que je m’oppose à ce que 5 ou 6,000 hommes passent après. Il ne faut vous en rapporter à personne pour l’organisation de vos troupes de passage. Il faut composer vos 9,000 hommes de l’élite de 20,000 bien armés, divisés en trois divisions, chaque division commandée par un général de division et deux de brigade, tous hommes de guerre et vigoureux. Chaque division doit avoir trois pièces d’artillerie et des officiers du génie. Mais avec cela, que le reste passe ou ne passe pas, on se trouve maître du pays. Je crois Masséna plus capable de commander ces trois divisions, dans ce cas donné, qu’aucun autre. Si vous aviez vraiment l’habitude de la guerre, je vous engagerais à passer avec ces trois divisions ; mais il est plus convenable que vous restiez à Naples ; c’est jouer trop gros jeu, et vous n’y seriez d’aucune utilité, car enfin votre présence n’accroîtra pas la force de ces divisions. Vous n’avez pas assez l’habitude de la guerre pour que le mal qu’il y aurait à ce que vous soyez battu fût compensé par le bien que pourrait faire votre présence. Je crois que vous devez vous établir à Reggio pour diriger vous‑même l’embarquement. Votre présence deviendra sans doute nécessaire après, mais ce sera dans l’intérieur de la Sicile, quand vos 9,000 hommes seront débarqués. Il est à penser que l’expédition ne sera pas plus forte. Lorsque votre personne sera nécessaire en Sicile, ce sera, comme elle l’a été en Calabre, pour traiter les affaires politiques et intérieures. Il faut aspirer au genre de gloire qui vous appartient, et ne pas risquer de tout compromettre pour courir après un genre de gloire qui n’est pas le vôtre. Quand vous aurez organisé l’expédition, vous en aurez réellement toute la gloire, et un général, homme de guerre, fera mieux seul qu’avec vous. Si vous organisez l’expédition de Sicile comme devant y passer, et que, par des événements de mer, vous ne puissiez pas joindre votre avant‑garde, cela peut vous exposer à des affronts. Je pense donc qu’il est plus convenable que l’expédition soit organisée de manière que vous ne deviez pas passer avec elle ; qu’elle se fasse tout d’un coup par le débarquement de l’avant‑garde, et que les 5 ou 6,000 hommes qui doivent renforcer ou alimenter cette avant‑garde soient prêts à passer après. Vous n’êtes militaire que comme doit l’être un roi. Si vous vous chargez des détails de l’expédition, vous vous exposez à des choses très‑désagréables, et sans raison. Si la Sicile était moins loin, et que je me trouvasse avec avant‑garde, je passerais avec elle ; mais mon expérience de la guerre ferait qu’avec ces 9,000 hommes je pourrais battre 30,000 Anglais. Si donc je courais des risques, ils seraient compensés par des avantages réels, et ces avantages donneraient tant de chances qu’il n’y aurait presque aucun danger à courir. Supposons que Masséna ou Reynier passe avec les 9,000 hommes : s’ils réussissent, bien ; ne réussissent pas, ce n’est qu’un échec médiocre. Passez-y, vous, cela ne donnera aucune chance pour réussir, peut‑être cela en diminuerait-il ; et, venant à ne pas réussir, ce serait un échec très-considérable. Je désire que vous m’écriviez avec un peu plus de développement là-dessus. Le
jeune aide de camp que vous m’avez envoyé, et avec qui j’ai causé
pour connaître l’opinion de l’armée, m’a dit beaucoup
d’extravagances. L’expédition
de Sicile est facile, puisqu’il n’y a qu’une lieue de trajet à faire
; mais elle demande à être faite par un système, parce que le hasard ne
fait rien réussir. Votre entrée en campagne a été si fautive, qu’il
est probable que, si les Anglais et les Russes fussent restés, vous eussiez
été battu. A la guerre, rien ne s’obtient que par calcul. Tout ce qui
n’est pas profondément médité dans ses détails ne produit aucun résultat.
Après la descente, il faut bien calculer la position que doivent occuper
vos troupes, afin qu’aucun échec ne puisse porter coup à mon armée à
Naples. Je le répète : trente‑six heures après que les 9,000 hommes
seront débarqués, les Anglais seront culbutés ; s’ils sont battus,
ils se rembarqueront ; et, comme la Cour elle‑même les suivra, il ne
paraît pas que la résistance puisse être bien‑ longue. NAPOLÉON. Archives
de l’Empire 759.
‑ OBSERVATIONS SUR LES FORTIFICATIONS DE MAYENCE, DE CASSEL ET DE
RUREMONDE. Saint‑Cloud,
9 juin 1806. Il
faut distinguer les travaux de Mayence et Cassel en deux classes : la première,
de travaux urgents à faire cette année et l’année prochaine ; la
seconde, de ceux à faire graduellement chaque année. Cassel
pris, Mayence n’a plus que la moitié de son jeu. Il faut donc mettre
Cassel en bon état de défense. On fera, pour cet objet, un fonds de
300,000 francs cette année, et un autre fonds pareil l’année prochaine
pour l’achever entièrement. Mais,
quelque chose qu’on fasse, Cassel ne sera jamais qu’une petite place,
et, pour que Mayence ait toute sa propriété, il faut être maître
non‑seulement du Rhin, mais encore du Mein. Il faut aussi, pour protéger
le pont de Cassel, être le maître du Mein. On oblige alors l’ennemi qui
veut faire le siège de Mayence à avoir trois ponts de communication,
deux sur le Rhin et un sur le Mein. Il
faut être maître du Mein, de manière que l’ouvrage que l’on établira
protège Cassel, et, au lieu de l’investissement d’une petite place
comme est Cassel, oblige l’ennemi à un siège plus considérable. Il
faut donc que Cassel ne puisse être investi du côté du Mein sans qu’on
investisse en même temps le nouveau fort. L’ennemi
ne pourra pas s’établir entre Cassel et le nouveau fort. Le terrain entre
deux pourra être occupé par des lignes de contre‑attaque, qui
n’exigeront ni audace ni grands travaux de la part de la garnison,
puisque sa droite et sa gauche seront appuyées par deux forts. On
voudrait que, Cassel pris, le fort restât intact et eût sa communication
immédiate avec Mayence, et que, le fort du Mein pris, il fallût encore
prendre Cassel. Enfin,
pour compléter les fortifications de Mayence, il faudrait encore un fort
vis‑à‑vis l’île de Saint‑Pierre, de manière que la
garnison puisse se porter sur l’autre rive par trois ponts, le pont
actuel, celui du fort du Mein et celui de l’île de Saint‑Pierre. Le
terrain ne doit pas être fort élevé au‑dessus des eaux du Mein,
puisque ce fleuve a passé autrefois près de Cassel. Il faudrait niveler,
lever le terrain à 1,200 toises des forts, et faire des projets là‑dessus.
Peut‑on se procurer des inondations par le Mein ? Cela aurait deux
avantages : celui de rendre les trois forts inattaquables et de pouvoir économiser
plusieurs dépenses de revêtements en maçonnerie. Pourrait‑on
changer le confluent du Mein, et alors construire sans épuisement ni
batardeaux le pont éclusé sur le Mein, dans le nouveau lit qui lui serait
préparé, comme on le fait à Alexandrie pour le pont sur la Bormida ?
Pourrait‑on se donner autour des forts un espace d’environ 100
toises de largeur, rempli par les eaux de l’inondation, et qui
envelopperait les trois forts ? On aurait trois forts indépendants les uns
des autres, ayant chacun leur communication séparée avec Mayence ; on
serait maître du Rhin et du Mein, et Mayence ne serait plus attaquable que
sur la rive gauche. Le
côté de Monbach est défendu par un marais ; l’attaque de
Mayence se réduirait donc à l’attaque à fort Meusnier et du fort
51. Strasbourg,
Mayence et Wesel, voilà les plans où on doit constamment travailler, sans
dépenser davantage à des places de l’intérieur, ou à de petites places
qui, en dernière analyse, ne sont
que d’un intérêt secondaire. Il faut, avec dix ou douze millions,
c’est-à-dire en quinze ou vingt ans, mettre Mayence en état qu’il
n’y ait autre chose à faire qu’à le bloquer. Il faut donc que le premier
inspecteur fasse lever et niveler les terrains autour de Cassel. Qu’on
s’occupe cet été de rédiger un bon projet. S’il n’y a pas moyen
d’inonder, le faible de Mayence sera toujours Cassel. Le
ministre est invité à faire un mémoire sur la situation actuelle de
Ruremonde, et à rédiger un projet pour en faire une petite place, de 2 à
3,000 hommes de garnison qui puisse flanquer la Belgique. NAPOLÉON. Archives
de l’Empire. 760.
‑ OBSERVATIONS SUR LA PLACE DE PESCHIERA. AU
GÉNÉRAL DEJEAN. Saint‑Cloud,
27 juin 1806. Monsieur Dejean, voici quelques observations sur le projet de Peschiera. En supposant les ouvrages UX et SR achevés et perfectionnés, Peschiera n’offre pas une résistance assez considérable pour qu’on puisse y confier une garnison de 3,000 hommes. Ainsi on se propose d’employer 2,400,000 francs, qui ne seront que la moitié de la dépense, puisqu’il faudra des casernes. et des établissements militaires qui iront à pareille somme, et cela pour avoir une place qui sera toujours une très‑mauvaise place. Si on met dans Peschiera 3,000 hommes de bonnes troupes, ce sont 3,000 hommes qu’on donne à l’ennemi, après un mois de résistance. Il
faut ici fixer les idées sur l’utilité des places fortes. Il est des
places fortes qui défendent une gorge et qui, par cela seul, ont un caractère
déterminé ; il est des places fortes de dépôt et qui, pouvant contenir
de grandes garnisons et résister longtemps, donnent moyen à une armée
inférieure d’être renforcée, de se réorganiser et de tenter de
nouveaux hasards. Dans le premier
cas, un fort ou une petite place
peuvent être indiqués ; dans le second cas, une grande place où il ne
faut épargner ni argent ni ouvrages. Hors
ces deux cas, il en est un troisième, c’est la fortification entière
d’une frontière. Ainsi la frontière depuis Dunkerque jusqu’à
Maubeuge présente un grand nombre de places de différentes grandeurs et
de différentes valeurs, placées en échiquier sur trois lignes, de manière
qu’il est physiquement impossible de passer sans en avoir pris plusieurs.
Dans ce cas, une petite place a pour but de soutenir l’inondation qui va
d’une place à l’autre, ou de boucher un rentrant. Il s’établit
alors, au milieu de toutes ces places, un autre genre de guerre. L’enlèvement
d’un convoi, la surprise d’un magasin, donnent à une armée très‑inférieure
l’avantage, sans se mesurer ni courir aucune chance, de faire lever un siège,
de faire manquer une opération. C’est, en peu de mots, l’affaire de
Denain, affaire de peu de valeur en elle‑même, et qui cependant sauva
bien évidemment la France des plus grandes catastrophes. Voyons
dans lequel de ces cas se trouve Peschiera. Elle
n’est et ne peut être une place de dépôt, dominée de tous côtés,
n’ayant que la capacité d’une place de quatre ou cinq bastions, étant
enfin voisine de Mantoue, qui a évidemment cette destination. Une place de
dépôt suffit pour une frontière. Sous ce point de vue, on ferait donc
mieux de renfermer à Mantoue l’artillerie, les vivres et la garnison, et
d’y dépenser tout l’argent que coûterait Peschiera, soit en faisant un
fort à Saint‑Georges, soit en fortifiant les divers points
d’attaque. Par
sa capacité, Peschiera serait dans le cas d’être considérée comme
ayant une destination spéciale, celle de donner un pont sur le Mincio ;
mais le Mincio est une si petite rivière que cela ne mérite aucune considération. Comme
frontière, la ligne de l’Adige n’est point fortifiée. Si on proposait
de faire une place de Peschiera, une à Valeggio, une à Goito, une à
Governolo, et qu’on en proposât autant sur l’Adige, et qu’en troisième
ligne on en proposât à Lonato, Montechiaro, Castiglione, Solferino, on
aurait alors, en Italie, une frontière pareille à celle de Flandre ;
l’ennemi, eût‑il une armée quadruple, ne pourrait passer sans
avoir pris deux ou trois places. Mais
ici, au contraire, l’ennemi laisserait devant Peschiera un corps de
troupes, en laisserait un autre devant Mantoue, passerait à Valeggio et
Goito, ou par tout autre point, et continuerait ses opérations sur le
Mincio et sur l’Adda, si, d’ailleurs, sa supériorité était bien décidée.
En masquant ces deux places, il se serait affaibli de peu de chose,
peut‑être pas de 14,000 hommes, ce qui, dans l’hypothèse de supériorité
où nous l’avons placé, serait beaucoup moins considérable que
l’affaiblissement qu’auraient occasionné à l’armée française les
garnisons de Mantoue et de Peschiera, en supposant 3,000 hommes dans
Peschiera et 7,000 dans Mantoue, total 10,000 hommes. On conviendra que
l’ennemi n’aurait pas besoin d’en laisser plus de 14,000 et même, si
une bataille devait avoir lieu dans les environs de Castiglione ou dans les
plaines de Montechiaro, l’ennemi, s’il est habile, fera en sorte, au
moment décisif de la bataille, de retirer 8,000 hommes de son corps
d’observation, tandis que les garnisons ne feront rien que des sorties
devant des corps légers qui fuiront devant elles. C’est ainsi que nous
avons vu dans les dernières guerres d’Allemagne que les grandes
garnisons que l’Autriche avait laissées à Philippsburg, Mayence,
Manheim, n’avaient jamais exigé un nombre égal de troupes pour les
observer. Cependant
l’ennemi assiégera Peschiera ; il la prendra en douze ou quinze jours de
tranchée ouverte : on perdra beaucoup d’artillerie, de munitions, 3,000
hommes et l’argent qu’on aura employé pour défendre cette place. La
place de Peschiera est‑elle donc sans utilité ? Faut‑il donc
n’avoir pas de place à Peschiera ? Dans ce cas, toutes les fortifications
qu’on doit y faire seraient superflues. C’est ici une autre question,
que nous allons examiner. Si
on pouvait me proposer de placer Peschiera à Saint‑Georges, ou dans
tout autre point de la sphère de Mantoue, c’est‑à‑dire que,
dans toute autre position telle qu’on ne pût pas en couper la
communication avec Mantoue, on pût trouver une place de la valeur de
Peschiera, il n’y aurait pas à hésiter un moment. On donnerait un
nouveau degré de force à l’artillerie, à la garnison de la grande place
de dépôt, qui doit donner le temps à une armée de revenir, de se
reformer et de ressaisir la supériorité. Mais
Peschiera existe où elle est ; elle est de la plus grande utilité sous le
point de vue offensif. Son enceinte met à l’abri des courses de
l’ennemi des dépôts, des hôpitaux, des munitions de guerre, une
flottille qui transporte à Torbole, dans tous les points du lac, des
troupes et des munitions, et qui favorise singulièrement une armée qui est
à Trente ; elle barre la route directe de Vérone à Brescia, sert de point
d’appui à l’armée qui défend le Monte-Baldo et le haut Adige ; elle
appuie la gauche d’une armée qui agit sur le Mincio, lui facilite les
moyens de porter toutes ses forces sur Mantoue, ou de faire toute autre opération,
en offrant un refuge assuré aux troupes qu’on laisserait derrière le
Mincio, pendant deux ou trois fois vingt‑quatre pour tromper
l’ennemi. Quoique place de fortification permanente, Peschiera est une
place que j’appelle une place de campagne, qu’un général habile fera
beaucoup valoir, qui ne sera d’aucune utilité à un général malhabile. Lors
des affaires de Castiglione, Peschiera fut laissée avec 500 hommes et la
plupart estropiés, et abandonnée à ses propres forces pendant sept à
huit jours ; elle fut d’un grand avantage à l’armée française, parce
qu’au lieu de 500 hommes l’ennemi dut supposer qu’il y en avait
1,500, et laissa 4,000 hommes devant Peschiera, parce que cela masquait les
opérations de l’armée, et qu’enfin, lorsque après Castiglione une
division française retourna à Peschiera, l’ennemi, qui ne pouvait pas
retarder d’une heure le passage du Mincio, craignit pour sa retraite et
manqua effectivement d’être coupé. Le
général français y laissa 500 hommes ; un général pusillanime aurait pu
en laisser 1,000 ; mais un général habile n’y aurait laissé de
garnison qu’autant que l’ennemi n’aurait pas pris de supériorité décidée,
que l’on se battrait encore, et que dès lors il y aurait des chances pour
que l’armée revînt. Mais
dans ces événements, où Peschiera a joué un si grand rôle, supposons
que le général français se fût résolu à réunir toutes ses troupes à
Rivoli, à livrer là une bataille décisive ; qu’il y eût perdu, en tués
ou prisonniers, une portion de son armée ; qu’il n’y eût plus eu aucun
espoir de recevoir des renforts qui n’existaient pas au-delà des Alpes et
de repasser le Mincio, croit‑on qu’il eût donné des prisonniers à
l’ennemi ? Il eût fait sauter deux ou trois bastions de Peschiera, ou
tout au moins l’aurait évacuée, s’il eût été impossible de la faire
sauter ; il n’eût pas diminué d’un homme son armée. Si
on demande ce que veut dire une place de campagne en fortification
permanente, qu’on jette un coup d’œil sur les événements qui se sont
passés en vendémiaire dernier ; que l’on voie de quelle utilité a été
ce mauvais château de Vérone : peut‑être a‑t‑il eu dans
les événements une influence incalculable. Ce mauvais château a rendu
maître de l’Adige, ce qui a tout de suite donné une autre physionomie
à toutes les affaires de la campagne. Cette mauvaise place de Legnago
n’est aussi qu’une place de campagne. Si,
au lieu de cela, le prince Charles eût passé l’Adige à Ronco ou sur
tout autre point, qu’il eût battu l’armée française, à peu près
comme Scherer fut battu en l’an VII, les châteaux de Vérone et Legnago
seraient tombés tout d’abord. Or,
pendant tout le temps qu’une armée manœuvre, évacue une aile pour se
porter sur une autre aile, fait quelques marches en arrière pour se réunir
à des secours ou renforts qui sont restés sur le Tessin ou l’Adda, ou
qui arrivent d’Alexandrie, peut‑être même de Boulogne, pendant
toutes ces manœuvres, l’ennemi n’a ni le temps ni les moyens de faire
un siège ; il bloque toutes les places, tire quelques obus, quelques
salves d’artillerie de campagne ; c’est juste le degré de force que
doit avoir une place de campagne. Peschiera
doit être une place de campagne et avoir le degré de force suffisant ;
mais elle n’a pas les qualités d’une place de cette nature ; ces qualités
doivent être de pouvoir donner protection à une division qui arriverait
de Vérone et serait poursuivie : elle serait obligée d’évacuer les
hauteurs, les feux de la place ne pouvant pas découvrir là et l’y protéger. Peschiera
n’est pas une place de campagne, parce qu’elle n’a pas le degré de
force convenable pour donner quelque sûreté à un commandant d’un courage
ordinaire. Le bastion C est tout d’abord découvert des hauteurs, mis en
brèche ; de sorte qu’on n’est pas certain qu’un ennemi entreprenant,
et ayant quelques pièces de 18 ou de 24, n’ait pas la possibilité de
l’enlever pendant les douze ou quinze jours de manœuvres. Ce sont là
seulement les qualités et le degré de force qu’il faut donner à
Peschiera ; point, ou très‑peu d’accroissement de garnison, car une
place de campagne doit pouvoir être gardée par la moindre garnison
possible. Quel
est le parti à prendre aujourd’hui ? L’ouvrage X existe ; il faut le
finir, mais de la manière la plus économique. Il donne assez de force à
tout le front ED, même DC ; il
n’est pas situé à plus de deux cents toises du point N, et seulement à
trois cents toises de l’extrémité I. L’ouvrage R doit également être
fini de la manière la plus simple. Ce sera une redoute intermédiaire, car
il faut occuper la hauteur en avant de la Mandella par une autre redoute.
Ces deux ouvrages nous paraissent suffisants. Le chemin couvert ou une
contre‑garde au bastion C nous paraît surtout indispensable. Quant
à l’inondation de l’ouvrage O, cela dépend des ouvrages qui sont
faits. Le mémoire ne fait pas assez connaître l’état actuel des
ouvrages d’eau, écluses, etc., et ce qu’il en coûterait pour les
faire, pour qu’on puisse décider. Il faut donc que l’officier du génie
fasse bien connaître le système des ouvrages d’eau et écluses, leur
situation au 1er juin 1806 ; et, quand on saura ce que tout cela coûtera,
on décidera. Il ne faut pas outre‑passer les fonds faits pour
cette année. Moins
on proposera de dépenses pour Peschiera, mieux cela vaudra, car, la somme
d’argent qu’on peut dépenser aux fortifications étant déterminée,
c’est autant de moins qu’on pourra employer à Legnago, Mantoue ; et
c’est surtout à Mantoue, comme on le sent bien, qu’il serait plus nécessaire
de dépenser de l’argent. Il faudrait, avec un million réparti en trois
années, sans compter ce qui a
été accordé pour l’année courante, qu’on pût parfaitement achever
Peschiera. Il
faut rendre les ouvrages X et R le plus petits qu’on pourra. NAPOLÉON. Dépôt
de la guerre. (En
minute aux Arch. de l’Emp.) 761.
– DÉCRET DE RÉORGANISATION DU PRYTANÉE MILITAIRE. Saint‑Cloud,
8 juillet 1806. TITRE
PREMIER. ARTICLE
PREMIER. - Le Prytanée militaire est placé, à dater du 1er
janvier 1807, dans les attributions du ministre de la guerre. TITRE
II. DE
l’ADMINISTRATION ÉCONOMIQUE. ART.
2. - L’administration des masses est confié un conseil
d’administration. ART.
3. ‑ Le conseil d’administration est composé : Du
commandant militaire, président ; Du
directeur des études, Du
chef de bataillon attaché au Prytanée, Et
d’un quartier‑maître secrétaire. ART.
4. ‑ Le conseil rend chaque année compte de sa gestion. ART.
5. ‑ Tous les actes de l’administration sont écrits et consignés
dans des registres à ce destinés. ART.
6. ‑ Le procureur gérant fait les fonctions d’économe. TITRE
III. DU
COMMANDANT MILITAIRE. ART.
7. ‑ Le commandant militaire commande en chef le Prytanée. Il
correspond seul avec le ministre de la guerre et lui rend compte de la
situation de l’établissement. ART.
8. ‑ Sa surveillance en embrasse toutes les parties, et il est spécialement
chargé du maintien de l’ordre, de la police et de la discipline dans
l’intérieur. ART.
9. ‑ Il reçoit les élèves, les fait enregistrer et classer par le
directeur des études, et entretient la correspondance avec les parents. ART.
10. ‑ Il nomme aux différents grades parmi les élèves, d’après
les notes qui lui sont remises par le directeur des études. ART.
11. ‑ Il a la nomination et la révocation de tous les employés et
servants qui ne sont pas comptables directs. ART.
12. ‑ Il donne les ordres pour la marche de l’administration,
d’après les règlements et les délibérations du conseil. TITRE
IV. DU
DIRECTEUR DES ÉTUDES. ART.
13. ‑ Le directeur des études est chef de l’enseignement. Il a sous
ses ordres le sous‑directeur des études les professeurs et maîtres
de quartiers. ART.
14. ‑ Sa surveillance embrasse toutes les parties de l’enseignement,
et il est spécialement chargé du maintien de l’ordre, de la police et de
la discipline dans l’intérieur des classes et salles d’étude. ART.
15. ‑ Il rend compte au commandant militaire des fautes commises par
les élèves, les professeurs et maîtres de quartiers. ART.
16. ‑ Il lui présente les sujets susceptibles d’être placés dans
les régiments ou envoyés à l’école de Fontainebleau ou à celle de
Metz. TITRE
V. ART.
17. - Les dispositions de notre décret du 13 fructidor an XIII, qui ne sont
pas contraires au présent décret, sont maintenues. ART.
18. ‑ Notre ministre de la guerre est chargé de l’exécution du présent
décret. NAPOLÉON. Archives
de l’Empire. 762.
‑ NOTE CONCERNANT L’ORGANISATION DE QUATRE RÉGIMENTS D’ÉCLAIREURS. Saint‑Cloud,
9 juillet 1806. Présenter
un projet d’organisation de quatre régiments d’éclaireurs, composés
chacun de quatre escadrons et de 200 hommes par escadron. La
taille des éclaireurs sera au plus de 5 pieds. La
taille des chevaux sera de 4 pieds à 4 pieds et 3 pouces 1/2 au plus. Les
chevaux ne seront ferrés que des deux pieds de devant. La
bride sera le plus simple possible. Ils
auront un coussin au lieu et place de selle ; bien entendu qu’on
adaptera à ce coussin des étriers et les autres accessoires
indispensables. Les
éclaireurs auront un habit, une veste et une culotte ou pantalon, et, en
outre, une veste d’écurie. Ils auront aussi une capote pour leur servir
et tenir lieu de manteau. Le portemanteau sera le plus petit possible, et
les effets à y renfermer ne pourront peser plus de 4 livres. Les
bottes seront approchant celles des hussards, mais sans aucun ornement. Dans
cette nouvelle institution, l’intention de l’Empereur est d’utiliser
les petits chevaux et de diminuer la consommation des grandes espèces. Ces
corps pourront rendre les mêmes services comme éclaireurs que l’ont fait
jusqu’à ce jour les hussards, et les chasseurs. On pourra partout les multiplier
avec la plus grande facilité, parce qu’on trouvera à se procurer en tout
temps et presque partout des chevaux de cette taille, et qu’en campagne
ces corps pourront se remonter avec toute espèce de chevaux. Pour
suite de cette institution, les hommes au-dessous de la taille de 5 pieds,
trop petits pour servir dans les dragons, pourront être utilisés dans la
cavalerie, ainsi qu’ils le sont déjà dans l’infanterie par la création
des compagnies de voltigeurs, et néanmoins ces régiments seraient en
proportion beaucoup moins chers. Il
importe, pour répondre aux ordres de l’Empereur, d’évaluer leur dépense
pour la partie afférente à chacun des deux ministères. L’intention
de l’Empereur serait que les chevaux des éclaireurs fussent tenus en tout
temps en plein air et nourris à la prairie, sans avoine. C’est un essai
qui mérite d’être tenté ; il ne présente en France aucun inconvénient
pendant huit ou neuf mois de l’année ; mais, pendant trois ou quatre mois
d’hiver, cet essai devra être modifié dans presque toute la France à
raison des fortes gelées et des neiges, et, à mon avis, il deviendra
indispensable d’avoir des hangars fermés sur deux ou trois de leurs côtés
dans les lieux de pacage, et d’y nourrir les chevaux au fourrage sec
pendant la durée du grand froid ou des neiges. L’île
de la Camargue est le seul endroit que je sache, en France, qui fasse
exception à ce que je viens de dire ; les moutons et les chevaux y paissent
tout l’hiver en plein air et sans abri. L’intention
de l’Empereur serait d’avoir pour chacun de ces corps une garnison fixe,
où l’on achèterait, avec le temps, le terrain nécessaire pour fournir
les herbages. L’île
de la Camargue serait un de ces quatre dépôts. Tous
les six ou huit ans, ces corps changeraient entre eux de garnison. En
route, les chevaux seraient placés dans des écuries ou des granges. Sa
Majesté Impériale a été déterminée au projet proposé par les considérations
ci‑dessus détaillées et, en outre, par ce qu’elle a vu à l’armée
d’Italie et à celle d’Égypte. Le 22è régiment de chasseurs à amené
à l’armée d’Italie 200 chevaux de la Camargue, achetés à raison de
150 francs l’un ; la taille de ces chevaux n’excédait pas 4 pieds 2
pouces, et ils n’étaient ferrés que des deux pieds de devant. Par suite
de leur éducation ils ont résisté, dans la campagne d’Italie, à toute
la misère des montagnes ; passés depuis en Égypte, ils y ont plus résisté
que les autres chevaux. Le
général Dejean, par ordre de l’Empereur. Dépôt
de la guerre. 763.
‑ ORDRES DIVERS EN VUE DE REPRENDRE RAPIDEMENT L’OFFENSIVE. AU
MARÉCHAL BERTHIER. Saint‑Cloud,
11 juillet 1806. Mon
Cousin, vous verrez, par les deux lettres que je vous ai adressées
aujourd’hui, les différentes dispositions que j’ai prescrites pour
compléter mon armée et la mettre en situation de tout entreprendre. Vous
ordonnerez au bataillon corse de rejoindre le corps d’armée du maréchal
Soult. S’il est convenable de faire garder le parc à Augsbourg, il faut
le faire garder par d’autres troupes que par des troupes légères. On
peut y destiner le 3è bataillon du 76è du corps du maréchal Ney. Après
que tous les mouvements ordonnés par mes deux dépêches seront effectués,
j’ai calculé que je devais avoir, sans comprendre le 2è ni le 8è corps
de la Grande Armée, pour lesquels j’ai envoyé des ordres directement au
prince Eugène, mais en comprenant ce qui sera sur le Danube et au delà
du Rhin, 140,000 hommes d’infanterie, 32,000 hommes de cavalerie bien montés
et en bon état, et 20,000 hommes d’artillerie à pied et à cheval, des
bataillons du train, sapeurs, mineurs, ouvriers, parmi lesquels il y a 1,500
chevaux d’artillerie légère et 12,000 chevaux du train : ce qui me
ferait un total de 192,000 hommes. Le 2è et le 8è corps doivent former
40,000 hommes. J’aurais donc en ligne, et presque sur Vienne, 232,000
hommes. Faites‑moi connaître si je me suis trompé dans quelqu’un
de ces calculs. Je
suis dans l’idée que j’ai 3,000 chevaux de la compagnie Breidt,
c’est‑à‑dire 600 voitures ; que j’ai à Braunau 12 à
1,500,000 rations de biscuit ; que chaque soldat de mon armée a trois
paires de souliers, une aux pieds et deux dans le sac. Donnez ordre aux dépôts
d’envoyer tout ce qui est nécessaire pour les corps. Prescrivez
que l’on suive deux routes, toutes deux aboutissant sur Augsbourg, qui
sera le dépôt général, et de là sur Braunau. Il faut qu’avec le
moindre bruit possible ces mouvements s’opèrent, en les attribuant à des
affaires d’ordre intérieur des corps, et que je sois cependant en mesure,
au 15 août, de me trouver à Linz. Comme c’est le maréchal Soult qui
forme l’avant‑garde, il faut que son corps d’armée soit le plus tôt
prêt et le mieux organisé en tout. Le génie, j’espère, ne sera point
pris au dépourvu, et aura ses outils, ses pontonniers, etc., pour réparer
les ponts et les chemins rapidement. Que tout ce qui serait évacué sur
Strasbourg se rende à Augsbourg, où doit être le quartier général. Il
serait cependant utile que les corps s’embarrassassent de tous leurs
bagages. En retournant à Vienne, on ne manquera pas d’effets
d’habillement ; il suffit de se munir de souliers. Les dépôts seront
Augsbourg et Braunau. J’ai
à Strasbourg douze millions : faites‑les venir à Augsbourg, et
faites payer quatre mois de solde, en veillant à ce que ceux qui l’ont reçue
ne la reçoivent pas double ; je suppose qu’ils sont dus au corps du maréchal
Soult. Je crois que le maréchal Augereau s’est fait solder à Francfort,
et que le maréchal Lefebvre a toujours été au courant. Je suppose que
le matériel de l’artillerie est parfaitement en règle. Je donne ordre au
21è léger et au 22è de ligne, qui sont en Hollande, de se rendre à
Wesel. Mon intention est de les diriger sur Würzburg, pour y faire partie
de la division Gazan et remplacer les 12è et 58è de ligne. Vous pouvez
dire au maréchal Mortier que cette division sera de 9,000 hommes. NAPOLÉON. Dépôt
de la guerre. (En
minute aux Arch. de l’Emp.) 764.
‑ ORDRES RELATIFS A L’ORGANISATION ET A LA RÉPARTITION DE
L’ARTILLERIE EN ITALIE. AU
GÉNÉRAL DEJEAN. Saint‑Cloud,
18 juillet 1806. J’ai
lu le rapport du général Sorbier sur la situation de l’artillerie française
en Italie. L’équipage de l’artillerie de campagne en Italie doit être
divisé en trois : l’un de vingt‑deux pièces de canon, qui se réunira
à Palmanova, que l’on pourra même placer de préférence à Osoppo,
lorsque cette place sera en état ; le second équipage de trente pièces,
qui sera réuni à Vérone, et le troisième de trente pièces, qui sera réuni
à Pavie. Il
y aura dans les départements au delà des Alpes deux équipages de
campagne, dont l’un, de trente pièces de canon, sera réuni moitié à Gênes
et moitié à Fenestrelle. L’équipage
qui doit se réunir à Palmanova sera composé de ce qui forme aujourd’hui
l’équipage du second corps de la Grande Armée commandé par le général
Marmont. Mais on changera les pièces hollandaises et on les remplacera par
des pièces conformes aux modèles d’Italie. Cet équipage sera composé
de quatre pièces de 12, six obusiers, et douze pièces de 6, avec soixante
caissons d’infanterie et un double approvisionnement de campagne. L’équipage
de Vérone sera composé de six pièces de 12, de quatre obusiers et de
vingt pièces de 6, avec cent caissons d’infanterie. Il sera composé de
l’artillerie qui se trouve aujourd’hui à Vérone et à l’armée
d’Italie. L’équipage
de Pavie sera composé de l’équipage qui est aujourd’hui à l’armée
de Naples et qui en reviendra après que la conquête de ce royaume sera
achevée, l’artillerie napolitaine étant alors suffisante pour le
service. Cet équipage sera composé de six pièces de 12, de six obusiers
et de dix‑huit pièces de 6. L’équipage
d’Alexandrie sera composé, de la même manière, avec les pièces qui
seraient aujourd’hui à Plaisance et qui se trouvent en Piémont. Un égal
nombre de pièces sera placé moitié à Gênes et à Fenestrelle. Il sera
formé de pièces de 3, pour servir dans les montagnes des Alpes. Toutes
les pièces de 4, de 8, les obusiers d’ancien modèle et les pièces
hollandaises du corps du général Marmont, seront répartis entre Osoppo,
Palmanova, Venise, Legnago, Peschiera, Mantoue, la citadelle de Plaisance,
Alexandrie, etc., pour servir à la défense de ces places. Toute
l’artillerie italienne se réunira à Pavie et devra toujours avoir vingt
pièces de campagne mobiles avec double approvisionnement et soixante
caissons d’infanterie pour se porter où il sera nécessaire. On
n’enverra en Istrie que le nombre de fusils nécessaire pour la défense
des principaux ports et points de la côte. On n’y tiendra aucun magasin
ni dépôt, mais seulement les munitions suffisantes pour fournir cent coups
à tirer par pièce. On n’y tiendra qu’une division de six pièces attelées
pour suivre les mouvements des troupes. On organisera ces pièces comme
l’artillerie le jugera convenable, et on se servira des affûts les plus
propres au pays. Il faut donc n’avoir en Istrie aucun magasin de fusils ni
autres, et s’y considérer comme dans une position en l’air qu’on
pourra évacuer en quarante‑huit heures en laissant le moins possible
à l’ennemi. Ainsi les fusils qui s’y trouvent actuellement doivent être
évacués sur Palmanova ou sur Zara. Il n’y a de véritable place en
Dalmatie que Zara ; les poudres, cartouches, et tous les moyens de la
division doivent être réunis dans cette place, et on ne doit laisser dans
les autres points que ce qui est nécessaire pour défendre la côte. Une
portion des affûts et du train qui sont à Vérone peut être envoyée en
Dalmatie. Toutes
les pièces de campagne qu’on enverra en Istrie et en Dalmatie ne
compteront pas dans les équipages réguliers ci‑dessus annoncés. Quant
au personnel, les deux régiments d’artillerie à pied doivent continuer
à rester dans les royaumes de Naples et d’Italie, ainsi que les deux régiments
d’artillerie à cheval. Les trois bataillons du train qui doivent rester
en Italie sont les 4è, 6è et 7è bataillons, qui y sont avec les
bataillons bis, ce qui fait six bataillons. Le dédoublement ne se
fera qu’à la paix générale et lorsque j’en aurai donné l’ordre. Le
6è bataillon restera avec le corps de troupes qui restera à Naples, et les
4è et 7è resteront dans là haute Italie. Il faut donner l’ordre aux 4è
et 7è, qui sont en Italie, d’acheter 300 nouveaux chevaux et leur envoyer
les fonds nécessaires pour cet achat, car ils commencent à être réduits
à peu de chose ; il faut qu’il y ait dans la haute Italie 2,000 chevaux
d’artillerie mobile et en bon état et pouvant seconder les opérations
de l’armée. Je
vois du reste avec peine qu’on dégarnisse Mantoue, de manière que cette
place se trouve désapprovisionnée et hors d’état de se défendre.
Donnez donc des ordres précis pour que tout ce qui en aurait été ôté y
soit remplacé sur l’heure, et rendez responsable le commandant de
l’artillerie de tout envoi qui dégarnirait cette place, qu’on doit toujours
considérer comme devant être assiégée à un mois de distance. On doit
envoyer en Dalmatie les pièces et boulets que Mantoue aurait de trop ; mais
c’est à Venise qu’on doit trouver une grande quantité d’affûts
marins qu’on peut envoyer en Dalmatie. La Dalmatie est un pays de bois ;
Venise a un grand arsenal, des affûts y seront bientôt construits. Qu’on
n’aille donc pas dégarnir Mantoue. Demandez des détails et
rassurez‑moi sur la crainte que j’ai qu’on ne dégarnisse entièrement
la défense de cette place. Je désire qu’aucun envoi qui pourrait nuire
à son armement et à ses approvisionnements ne se fasse sans mon ordre,
laissant le commandant de l’artillerie et le général en chef de mon
armée les maîtres d’en laisser sortir ce qui serait au‑dessus de
l’armement ou inutile à la défense de la place. Comme
je désire que mes ordres soient fixes, je vous prie de me présenter un
projet de décret, avec les états à l’appui de tout ce que doit contenir
chaque place, pour que la répartition que j’ai ordonnée soit
constamment maintenue, car il peut échapper à un officier particulier
d’encombrer trop d’artillerie de campagne sur un seul point. Donnez
ordre que tous les bronzes de rebut qui sont dans la place de Venise, en
Istrie et Dalmatie, soient dirigés sur Ferrare pour être embarqués sur le
Pô, d’où ils seront envoyés sur des bateaux à l’arsenal de Turin. NAPOLÉON. Archives
de l’Empire. 765.
‑ RÉFLEXIONS SUR LE SYSTÈME DE PLACES FORTES COUVRANT LA BELGIQUE
CONTRE LA PRUSSE. AU
GÉNÉRAL DEJEAN. Saint‑Cloud,
20 juillet 1806. Monsieur
Dejean, les places de Wesel, Venloo, Maëstricht et celle intermédiaire de
Stevensweert me forment une ligne de places fortes sur un espace de
vingt‑quatre lieues. La
place de Juliers se trouve en avant de six lieues sur cette ligne, vers
Cologne, également appuyée par Maëstricht, Stevensweert et Venloo. Une
armée prussienne qui voudrait arriver à Bruxelles pour se réunir à une
armée anglaise, et ainsi isoler la Hollande, serait d’abord obligée de
bloquer Wesel. | ||||||||||||||||||