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Stratégique

Histoire Militaire et Stratégie
Correspondance de Napoléon
RIHM
 

 

 

Correspondance militaire
de Napoléon Ier

Extraite de la correspondance générale et publiée

Par ordre du ministère de la guerre

Tome quatrième  

Paris - 1876

 

 

787. ‑ NOTE SUR LA DÉFENSE DE L’INN ET L’OCCUPATION DE BRAUNAU.

 

AU MARÉCHAL BERTHIER.

 

Saint‑Cloud, 19 septembre 1806.

 

Le maréchal Soult laissera le 3è régiment de ligne tout entier dans Braunau, sous les ordres du général de division Merle. L’adjudant commandant Lomet, un colonel du génie et six officiers du génie d’un rang inférieur, un colonel d’artillerie, quatre com­pagnies d’artillerie française, une escouade d’ouvriers, une compagnie de sapeurs, quatre ou cinq officiers d’artillerie en résidence, et deux commis­saires des guerres, y seront également laissés, ainsi qu’un régiment de cavalerie.

 

La citadelle de Passau sera armée et approvi­sionnée ; elle sera gardée par un bataillon bavarois.

 

La forteresse de Kufstein sera armée et approvi­sionnée ; elle sera également occupée par un ba­taillon bavarois.

 

Le corps de l’armée bavaroise, fort d’environ 15,000 hommes, tiendra position entre l’Inn et l’Isar. Il aura des avant‑postes retranchés dans le châ­teau de Burghausen. Il entretiendra des patrouilles le long de la frontière bavaroise, de telle sorte qu’on puisse empêcher la garnison de Braunau d’être insultée par la simple fantaisie des généraux autri­chiens.

 

Le maréchal Soult se rendra personnellement à Braunau, ainsi que des officiers généraux du génie et de l’artillerie, et un commissaire des guerres désigné par l’intendant général de l’armée, afin de constater l’état des munitions d’artillerie et les ap­provisionnements de bouche de toute espèce qui se trouvent dans la place de Braunau ; on y enverra tout ce qui pourrait manquer, et les ordres les plus exprès seront donnés pour que la consommation journalière de la garnison de Braunau soit fournie par Munich, afin de réserver les magasins de la place pour le moment du blocus, s’il devait avoir lieu. Le service de la place de Braunau devra être établi de manière qu’il se fasse rigoureusement.

 

Un bataillon bavarois, destiné à s’enfermer dans cette place avec la garnison française, sera campé sur la gauche de l’Inn et à la tête du pont de Braunau, du côté de la Bavière. On y construira une tête de pont ou une forte redoute, tracée de manière à être protégée par le feu de la place, et qu’on conserve­rait aussi longtemps que possible, même en cas que la place fût cernée et que l’ennemi fût sur la rive gauche de l’Inn.

 

Le maréchal Soult conviendra d’un chiffre avec le général Merle, et ce chiffre sera envoyé au major général de la Grande Armée.

 

Il doit y avoir dans Braunau des vivres pour huit mois.

 

Le général Merle choisira pour commander en second un général de brigade ayant sa confiance, et qui serait utile en cas d’événements.

 

On voit que le général Merle aura sous ses or­dres :

 

3è régiment de ligne                                              3000 hommes

Artillerie                                                               400

Sapeurs                                                               100

Bataillon bavarois, qui doit cam­per à la tête du pont    800

Artillerie bavaroise, formant une compagnie                 100

 

         Total                                                        4,400

 

Avec une si belle garnison de 4,000 à 4,500 hommes et au delà, ayant des vivres pour huit mois, et abondamment pourvue d’artillerie, n’ayant, parmi les officiers du génie, que des sujets choisis et connus pour avoir envie de se distinguer, ayant sur­tout deux ou trois mois devant soi, pendant lesquels on peut s’occuper de tout ce qui peut être avanta­geux à la place, on peut y faire la plus brillante résistance, et, dans aucun cas, on ne doit se rendre sans avoir soutenu plusieurs assauts au corps de la place.

 

On fera venir sans retard beaucoup de bois du Tyrol ; avec du bois, des outils et des bras, on fe­rait une place là où il n’en existerait aucune.

 

A Braunau, on a l’avantage de l’eau, et on peut établir des ouvrages avancés et des lignes de contre-­attaque de manière à prolonger la défense de la place assez pour être secouru.

 

Du reste, rien ne porte à penser que l’Autriche ait des vues hostiles, et on doit agir en consé­quence.

 

Personne ne doit passer en ville, pas même les voyageurs. Le gouverneur ne doit jamais s’éloigner de la place de plus de la portée du canon ; il ne doit jamais dîner hors de la ville ; et, lorsqu’il en sort, le commandant en second doit se trouver sur les rem­parts.

 

La solde de la garnison de Braunau devra être assurée pour trois mois, et l’argent nécessaire pour cet objet devra être déposé chez le payeur. Quant aux travaux que le soldat exécutera, ils ne seront pas salariés et ne peuvent l’être : c’est dés­honorer le soldat, qui doit faire un travail de cette nature uniquement par honneur.

 

On maintiendra la meilleure harmonie avec les Bavarois.

 

On plantera des poteaux à portée du canon de la place, portant pour inscription : Territoire de Braunau. Aucun corps armé étranger ne doit y entrer.

 

Le gouverneur communiquera avec prudence avec mon ministre à Vienne et aura soin qu’en cas que ses lettres soient interceptées elles ne puissent rien compromettre. Il enverra chaque jour un rap­port de tout ce qui parviendra à sa connaissance à Munich et au major général de l’armée.

 

On lui recommandera surtout, ainsi qu’à tout officier de la garnison, de ne tenir aucun propos, devant vivre avec les Autrichiens dans la meilleure intelligence, quoique sur ses gardes.

 

NAPOLÉON.

 

Dépôt de la guerre.

(En minute aux Arch. de l’Emp.)

 

 

788. ‑ DISPOSITIONS POUR LA RÉUNION DES CORPS DE LA GRANDE ARMÉE.

 

AU MARÉCHAL BERTHIER.

 

Saint‑Cloud, 19 septembre 1806.

 

J’ai donné directement les ordres au roi de Hol­lande pour qu’il se trouve le 2 octobre avec son corps d’armée à Wesel.

 

Le maréchal Augereau se réunira à Francfort le 2 octobre, ayant des postes de cavalerie et une pe­tite avant‑garde à Giessen.

 

Le maréchal Lefebvre se réunira à Kœnigshofen le 3 octobre. Ce mouvement s’exécutera plus tôt si l’ennemi était en force à Halle.

 

Le maréchal Davout sera réuni à Bamberg, avec tout son corps d’armée, au plus tard le 3 octobre.

 

Le maréchal Soult sera réuni à Bamberg (hormis le 3è de ligne, qui reste à Braunau) et sera prêt à partir le 4 octobre, avec tout son corps.

 

Le prince de Ponte‑Corvo sera réuni à Bamberg le 2 octobre. Il y sera réuni avant cette époque, si les dispositions des Prussiens paraissent être de faire des mouvements hostiles.

 

Le maréchal Ney sera réuni à Anspach le 2 octobre. Les six divisions de cavalerie de la réserve se met­tront en mouvement et seront arrivées en position le long du Mein, depuis Kronach jusqu’à Würzburg. Le 3 octobre, la grosse cavalerie sera du côté de Würzburg.

 

Le 2 octobre, on prendra possession du château de Würzburg, qu’on armera et approvisionnera. On prendra possession de Kœnigshofen et du château de Kronach, et on le mettra en état de défense.

 

Le parc général se rendra à Würzburg, le petit quartier général à Bamberg, les gros bagages à Würzburg ; tout cela en position le 3 octobre.

 

Tous les commandants d’armes de la Souabe et de la Bavière seront rappelés, excepté celui d’Augs­bourg et d’Ingolstadt, et dirigés sur la nouvelle ligne d’opérations jusqu’à Würzburg et Bamberg.

 

Le général qui commande en Souabe comman­dera à Francfort ; un autre commandera tout le pays de Würzburg.

 

La gendarmerie des divers corps d’armée sera affaiblie, afin d’établir, à une journée en arrière de chaque grande route qu’on prendra, un détache­ment commandé par un officier supérieur, pour arrêter les traînards et maraudeurs et empêcher le désordre.

 

On mettra à l’ordre que les généraux aient les aides de camp et les officiers d’état‑major, sans en prendre dans la Grande Armée, excepté aux dépôts.

 

Le major général expédiera tous les ordres sans délai et m’enverra l’itinéraire de la route de chaque colonne. Chaque corps d’armée, en arrivant au rassemblement, aura quatre jours de pain. Il faudra ordonner qu’on y prépare du pain pour dix jours, afin qu’il y en ait toujours pour quatre jours au mo­ment où l’on voudrait partir pour entrer en cam­pagne.

 

Les troupes de Bade se réuniront à Mergen­theim ; les troupes de Wurtemberg à Ellwangen. Les troupes de Bavière prendront la position qui a été indiquée dans le temps, entre l’Isar et l’Inn, et occuperont les forteresses de Passau et de Kufstein. Une division de 6,000 hommes sera sous les ordres du prince de Ponte‑Corvo et devra être rendue, prête à partir avec le corps d’armée, le 2 octobre. Les troupes de Darmstadt, au nombre de 7,000 hom­mes, se réuniront sous les ordres du maréchal Augereau.

 

NAPOLÉON.

 

Dépôt de la guerre.

(En minute aux Arch. de l’Emp.)

 

 

789. ‑ ORDRES POUR L’ORGANISATION DE LA GARDE A MAYENCE.

 

AU MARÉCHAL BESSIÈRES.

 

Saint‑Cloud, 19 septembre 1806.

 

Mon Cousin, donnez l’ordre à votre chef d’état‑major de partir le 23 pour se rendre à Mayence en toute diligence, afin de tout préparer pour l’organisation de la Garde an fur et à mesure de son ar­rivée. Il est nécessaire de faire partir les boulangers et tous les autres ouvriers de la Garde par les voitures établies pour les transports de la Garde, afin qu’ils arrivent aussi promptement qu’elle. Donnez égale­ment ordre aux commissaire ordonnateur, chirur­giens et employés de la Garde d’être tous rendus le 30 septembre à Mayence. Vous‑même, vos aides de camp et le reste de votre état‑major, partirez le 24, afin d’arriver le 28 à Mayence, pour accélérer l’or­ganisation des corps de ma Garde et préparer tout ce qui est nécessaire pour votre dépôt. Vous ferez partir le reste de la Garde à cheval de toute arme le 21, de manière que, le 21 au soir, il ne reste plus à Paris personne à partir.

 

Voici les corps qui doivent composer ma Garde :

 

Deux régiments de chasseurs à cheval                   1,200 hommes.

Deux régiments de grenadiers à cheval.                  1,200

Un régiment de gendarmerie d’élite                           400

L’escadron de mameluks                                           80

         Deux régiments de chasseurs à pied              2,000

Deux régiments de grenadiers à pied                      2,000

Quatre divisions d’artillerie de vingt‑quatre

pièces de canon ;

un parc composé de douze pièces de canon,

plus 1,000 hommes d’ar­tillerie.                             1,000

Quatre bataillons de dragons à pied,

chaque bataillon composé de quatre compagnies      2,400

Quatre bataillons de grenadiers et de voltigeurs,

composés des 3es et 4es bataillons, formés

dans les 5è, 25è et 26è divisions militaires               2,400

 

Ce qui fait plus de 12,000 hommes, infanterie, cavalerie et artillerie. Comme ces bataillons auront besoin de chefs de bataillon, de capitaines et d’ad­judants‑majors, ne laissez aux bataillons des vélites qu’un chef de bataillon et faites partir l’autre avec les quatre meilleurs capitaines, lieutenants et sous-­lieutenants, lesquels seront rendus à Mayence avant le 30 septembre et seront employés aux différents bataillons.

 

NAPOLÉON.

 

Comm. par M. le duc d’Istrie.

(En minute aux Arch, de l’Emp.)

 

 

790. ‑ FORME QU’ON DOIT DONNER AUX LIVRETS DE L’ARTILLERIE ET DU GÉNIE.

 

AU GÉNÉRAL DEJEAN.

 

Saint‑Cloud, 20 septembre 1806.

 

Monsieur Dejean, voici la forme que je désirerais qu’eût le livret qu’on me remet tous les six mois, au 1er février et au 1er août, sur la situation du génie et de l’artillerie au 1er janvier et au 1er juillet.

 

FRONTIÈRE DU NORD.

 

Autant de pages que de places fortes classées par directions d’artillerie.

Telle place a tant de bastions.

La citadelle (si elle en a une) a tant de bastions.

Ses besoins pour réparations sont de tant.

Sa garnison est fixée à tant d’hommes.

Son approvisionnement de bouche est fixé à tant.

Le nombre des casernes pour l’infanterie est de tant.

Le nombre des casernes pour la cavalerie est de tant.

Quelques observations sur ce qui est en bon ou en mauvais état.

Palissades existantes, tant.

Palissades nécessaires, tant.

Outils, sacs à terre, brouettes existantes, tant.

Outils nécessaires, tant.

 

A côté. Artillerie réglée par le décret ou ordre de tel jour :

Pièces existantes, tant.

Manque, tant.

Avec des observations qui me fassent connaître ce qu’il y a d’artillerie en bon ou en mauvais état.

Équipages de campagne en dépôt dans la place appartenant à l’équipage du Nord, tant.

 

On suivrait ainsi pour les affûts et approvision­nements de toute espèce, en distinguant ce qui appartient à la place de ce qui n’y est qu’en dépôt.

 

On comprendrait dans l’état toutes les places de la Hollande qui défendent la frontière, en distin­guant la frontière de Hollande.

 

De même pour la frontière d’Italie, en faisant la même distinction.

 

Ce seul livret contiendrait les éléments de tous les calculs et une connaissance parfaite de tout le matériel d’artillerie.

 

Il faudra placer à la fin une récapitulation qui fasse connaître :

La quantité d’outils et autres objets appartenant au génie, existant en France ;

La quantité de fusils et d’armes d’infanterie de tout calibre, poudres, pièces de toutes espèces, fer coulé, etc.

 

Avec une différence de tout ce résultat à l’état du semestre précédent.

 

NAPOLÉON.

 

Dépôt de la guerre.

(En minute aux Arch. de l’Emp.)

 

 

791. ‑ ROUTES A SUIVRE POUR L’ARMÉE.

RECONNAISSANCES A FAIRE.

 

AU MARÉCHAL BERTHIER.

 

Saint‑Cloud, 22 septembre 1806.

 

Mon Cousin, voici la route pour l’armée : Mayence, Francfort ; de là par la rive gauche du Mein, qu’on passera à Aschaffenburg, Würzburg et Bamberg. Placez là des commandants d’armes, et tracez‑y des étapes. Faites reconnaître la route de Mayence, Darmstadt et Aschaffenburg. La route de l’armée pour communiquer avec Ulm, Augsbourg et les hôpitaux qui sont de ce côté, sera de Bamberg à Nuremberg, Anspach, Ellwangen et Ulm. Il est nécessaire que là aussi il y ait des étapes tracées. Mon intention est que tous les malades sortant des hôpitaux établis en Bavière, en Souabe et sur la rive droite du Danube, se réunissent à Ulm, où, après un repos, on en formera des détachements de 100 hommes pour rejoindre l’armée à Bamberg. Il est une autre route à reconnaître, de Würzburg à Boxberg, Neckarelz et Manheim. Cette route a deux avantages : d’abord plus courte pour ce que j’ai du côté de Strasbourg, et je la crois meilleure ; ensuite il peut y avoir tel événement où la communication de Francfort serait inquiétée par des partisans.

 

Je désire que vous envoyiez un ingénieur géo­graphe reconnaître et faire des croquis en détail de ces trois routes : 1° de Mayence, Francfort, Aschaf­fenburg et Würzburg ; 2° de Mayence, Darmstadt et Aschaffenburg ; 3° de Manheim, Neckarelz et Würzburg.

 

NAPOLÉON.

 

Dépôt de la guerre.

(En minute aux Arch. de l’Emp,)

 

 

792. ‑ INSTRUCTIONS POUR FORMER A WESEL UNE AVANT‑GARDE CHARGÉE DE COUVRIR LES FRON­TIÈRES DU RHIN.

 

AU ROI DE HOLLANDE.

 

Saint‑Cloud, 22 septembre 1806.

 

Mon Frère, je donne ordre au ministre Dejean de diriger sur Wesel les généraux de brigade La­roche, Ruby et Grandjean. Mon intention est que vous organisiez une avant‑garde de la manière sui­vante :

 

Commandants : avant‑garde, le général Michaud ; artillerie, le général Drouas ; génie, un de vos officiers.

 

Chef d’état‑major : le chef d’escadron Ferrière, à moins que le général Michaud n’aime mieux prendre un des généraux de brigade que je vous envoie.

 

1re brigade : un des généraux de brigade que je vous envoie ; le 65è régiment, 2,000 hommes ; Hollandais, 2,000 hommes ; huit pièces d’artillerie attelées, servies par l’artillerie hollandaise.

 

2è brigade : un des généraux de brigade français ; le 72è régiment, 2,000 hommes ; Hollandais, 2,000. hommes ; huit pièces d’artillerie attelées, servies par l’artillerie hollandaise.

 

Vous pouvez joindre à chaque brigade un général de brigade hollandais et un adjudant commandant hollandais.

 

Ces 8,000 hommes seront renforcés du bataillon de 1,000 hommes du duc de Clèves. Ils se réuniront sans délai à Wesel et se concentreront dans une position militaire, à une ou deux lieues en avant de Wesel. Vous joindrez aussi à cette avant‑garde 1,000 hommes de cavalerie hollandaise, ce qui fera un total de 9 à 10,000 hommes. Vous réunirez le reste de vos troupes hollandaises, que j’estime être 8 à 9,000 hommes, au camp d’Utrecht, sous les ordres du général Dumonceau. Il sera partagé, en deux brigades ; il pourra ou se réunir à vous, ou se porter sur le bord de la mer, suivant les diffé­rentes circonstances.

 

Cette avant‑garde est destinée à couvrir mes fron­tières du Rhin et ne s’en écartera que pour inquiéter l’ennemi ; mais elle manœuvrera de manière à n’être jamais coupée du Rhin.

 

Votre commandement s’étendra de la Moselle à Coblentz jusqu’à la mer.

 

Après les quinze premiers jours d’opération, du moment que la guerre aura pris une couleur, il sera possible que je fasse rentrer ce corps pour protéger mes frontières de France. Il serait possible aussi que je le fisse pousser jusqu’à Münster et Cassel, selon les événements. Je vous donnerai une instruc­tion plus détaillée lorsque les hostilités commen­ceront.

 

Faites que je trouve à Mayence un de vos aides de camp qui m’apporte l’état de situation de votre corps d’armée. Donnez de l’argent pour monter votre cavalerie. Vous devez avoir au moins 2,000 hommes de cavalerie. Le 8è corps de la Grande Armée sera aussi à Mayence et manœuvrera de manière à n’être jamais coupé du Rhin.

 

Je laisse à Paris de quoi former un corps de réserve de 8,000 hommes, et j’ai à Boulogne 15 ou 16,000 hommes dans le camp. Le général Rampon, avec 6,000 hommes de gardes nationales, est à  Saint‑Omer.

 

Je vous donne l’autorisation nécessaire pour pou­voir, selon les circonstances, défendre les parties attaquées de la France. Il n’y a point de nécessité que vous vous rendiez le 2, le 3, le 4 à Wesel, si les affaires de votre royaume vous retiennent en Hollande ; il suffit que votre avant‑garde y soit mais il sera convenable que vous y soyez le 8.

 

Donnez ordre au général Michaud de corres­pondre avec le maréchal Kellermann, avec le com­mandant du 8è corps et avec la Grande Armée, autant que cela sera nécessaire.

 

NAPOLÉON.

 

Dépôt de la guerre.

(En minute aux Arch. de l’Emp.)

 

 

793. ‑ ORDRE DE PRESSER LE MOUVEMENT DES DIFFÉRENTS CORPS DE LA GRANDE ARMÉE.

 

AU MARÉCHAL BERTHIER.

 

Saint‑Cloud, 24 septembre 1806.

 

Mon Cousin, je vous envoie la copie des ordres du mouvement de l’armée que je vous ai adressée le 20 du courant au matin, et que je suis fâché de ne pas vous avoir envoyée douze heures après le départ de mon courrier du 20 septembre, parce qu’il aurait pu être intercepté. Cependant je n’ai pas lieu de le craindre. Vous aurez dû recevoir, le 24 à midi, mon premier courrier du 20. Quand la présente vous parviendra, et sans doute le 25, des ordres auront été donnés au maréchal Soult, qui sera parti dès le 26 ; et, comme il lui faut trois ou quatre jours de marche pour se rendre à Amberg, il pourrait y être le 30, quoiqu’il ait l’ordre de n’y être que le 3. Vous recevrez le présent courrier le 27, afin que vous accélériez le mouvement du maréchal Soult. Il importe qu’il arrive vite à Amberg, puisque l’ennemi est à Hof, extravagance dont je ne le croyais pas capable, pensant qu’il resterait sur la défensive le long de l’Elbe. Si, au lieu d’arriver le 3 à Amberg, le maréchal Soult peut y arriver le 1er octobre, ordonnez‑lui d’y être ce jour‑là.

 

Le corps du maréchal Davout se sera sans doute réuni le 25, lorsqu’il a reçu vos ordres, à OEttingen. Je suppose qu’il ne lui faut que deux on trois jours pour cela. Cependant je ne lui ai donné l’ordre d’y être que le 3 octobre. S’il peut y être le 1er ou le 2, il n’y a point d’inconvénient. Il détachera sa cava­lerie sur Kronach, prendra possession de cette place et s’occupera sur‑le‑champ de la mettre en bon état. J’imagine que le maréchal Ney partira d’Ulm le 26 septembre ; je ne pense pas qu’il puisse être à Anspach avant le 2 ou le 3 octobre. Le maréchal Lefebvre n’a ordre de se porter que le 2 ou le 3 à Kœnigshofen ; s’il en peut prendre possession le 1er octobre, ce sera bien fait. Il commande défini­tivement le 5è corps de la Grande Armée. L’ancien chef de l’état‑major, qui était à ce corps lorsque le maréchal Mortier le commandait, continuera à y être employé en cette qualité. Le général Ménard n’est pas assez militaire pour ce poste important. Toutes mes divisions de cavalerie de réserve doivent être rendues à leur destination le 3. Si ce mou­vement peut être exécuté dès le 2, je n’y vois pas d’inconvénient. Je donne ordre au duc de Clèves d’être à Bamberg le 1er octobre. Je vous prie d’or­donner à tous les officiers de son état‑major d’y être rendus ce jour‑là, et aux généraux commandant les divisions de cavalerie d’y envoyer leurs états de situation et d’y prendre ses ordres. Je serai le 28 à Mayence ; c’est vous dire que je puis être le 1er octobre à l’avant‑garde, si les circonstances l’exigent. Le but de la présente est de vous faire connaître que je désire que vous accélériez les mouvements que j’ai ordonnés, sans fatiguer les troupes et sans donner trop d’inquiétude aux Prussiens.

 

NAPOLÉON.

 

Dépôt de la guerre.

(En minute aux Arch. de l’Emp.)

 

 

794. ‑ RECOMMANDATION DE DIMINUER LE NOMBRE DES POSTES DANS PARIS.

 

A M. CAMBACÉRÈS.

 

Mayence, 29 septembre 1816.

 

Mon Cousin, le colonel Arrighi peut fournir à toutes les gardes du palais puisqu’il a les dragons. Mais il faudrait diminuer cette garde ; en général, il faut accoutumer Paris à ne plus voir tant de senti­nelles. C’est le seul moyen d’ôter les 6,000 hommes que j’y ai laissés et de pouvoir les envoyer aux fron­tières, si les circonstances l’exigent.

 

NAPOLÉON.

 

Comm. par M le duc de Cambacérès.

(En minute aux Arch. de l’Emp.)

 

 

795. ‑ ORDRE D’ENTRER DANS LE PAYS DE BAIREUTH ET D’ENLEVER HOF AUSSITOT LA GUERRE DÉCLARÉE.

 

AU MARÉCHAL SOULT.

 

Mayence, 29 septembre 1806.

 

Mon Cousin, j’espère que votre corps d’armée sera arrivé le 3 octobre à Amberg. Je vais partir demain pour porter mon quartier général à Würzburg. La guerre n’est pas encore déclarée ; mais elle tient à un fil bien faible. Vos propos doivent donc continuer à être pacifiques. Cependant vous vous préparerez à exécuter le plan suivant. Mon intention serait que vous puissiez arriver le 5 à Baireuth avec tout votre corps réuni, ayant quatre jours de pain, et en manœuvre de guerre ; et que le 7 vous puissiez arriver à Hof, et en déloger l’en­nemi. Mais, comme je serais à Bamberg, sur le compte que vous m’auriez rendu de la journée du 5, vous recevriez des ordres plus précis pour le 6 et le 7. Les rapports que vous m’enverriez sur la situation des ennemis à Hof me seraient néces­saires.

 

Ceci n’est point un ordre d’exécution, mais une instruction pour vous préparer, en attendant mes ordres pour entrer dans le pays de Baireuth. Vous vous porteriez sur l’extrême frontière entre le pays de Bamberg et celui de Baireuth. Par ce plan vous seriez le premier destiné à entrer dans le pays ennemi. Vous et votre corps d’armée devez voir l’estime que je vous porte. Je vois avec plaisir arriver le moment où je vais vous revoir. Envoyez­-moi, par l’officier d’ordonnance que je vous expé­die, un état exact de votre situation, corps par corps, ainsi que l’état du matériel de votre artil­lerie.

 

Prenez pour principe, dans toutes vos formations en bataille, soit que vous vous placiez sur deux ou trois lignes, qu’une même division fasse la droite des deux ou trois lignes, une autre division le centre des deux ou trois lignes, une autre divi­sion la gauche des deux ou trois lignes. Vous avez vu à Austerlitz l’avantage de cette formation, parce qu’un général de division est au centre de sa division.

 

En vous envoyant l’ordre d’entrer dans le pays de Baireuth, je vous ferai connaître comment vous devez traiter ce pays. Le 3 octobre, le maréchal Ney sera avec son corps d’armée à Nuremberg ; le maréchal Davout, à Bamberg ; le maréchal Berna­dotte, à Kronach ; le maréchal Lefebvre, à Kœnigs­hofen ; le maréchal Augereau, à Würzburg ; toute la réserve de la cavalerie, entre Kronach et le Mein. J’ai pensé qu’il était nécessaire que je vous don­nasse cette idée de la position générale de l’armée. Du moment que vous serez à Baireuth, votre ligne d’opération doit être sur Nuremberg ; c’est sur cette place que vous devez opérer vos évacuations. Vous pourriez diriger les prisonniers que vous feriez sur Forchheim.

 

NAPOLÉON.

 

 

796. ‑ INSTALLATION DE WURZBURG ET DE FORCHHEIM COMME PLACES DE DÉPOT.

 

AU MARÉCHAL BERTHIER.

 

Mayence, 30 septembre 1806, 3 heures du matin.

 

Mon Cousin, en pensant à la manière de pourvoir mon armée de munitions, j’ai senti la nécessité d’avoir deux points forts où je puisse avoir mes dépôts : Würzburg et Forchheim.

 

Je vous ai déjà donné des ordres pour Würzburg, et je n’ai pas à y ajouter. Faites choisir des empla­cements pour les magasins et pour les forges. Quant à Forchheim, nommez‑y un commandant ; ordonnez que la place soit armée et approvisionnée ; envoyez reconnaître son état actuel ; faites‑y désigner des locaux pour des magasins de cartouches d’infanterie et de cartouches à canon, pour des magasins de bois de rechange, et qu’on y établisse sans délai, ainsi qu'à Würzburg, un petit arsenal. En prescrivant des dispositions si importantes pour l’artillerie, vous sentez le besoin de les appliquer à l’état‑major et à l’administration. Tous les prisonniers que l’on fera seront dirigés sur Forchheim ou Würzburg, selon les circonstances. Forchheim sera probablement le point souvent préféré.

 

Faites établir à Forchheim un hôpital de 500 ma­lades et des magasins de vivres. Faites transporter à Forchheim les 35,000 rations de biscuit qui sont à Passau. Faites‑y construire des fours, pour qu’il y ait une manutention, et faites‑y réunir 15,000 quin­taux de farine, de sorte qu’à tout événement mes corps pourraient se plier sur Forchheim ou Würz­hurg, et trouver là des cartouches, des vivres et un point d’appui.

 

Ces deux points sont également à l’abri d’un coup de main ; ce sont deux places assez fortes. Il y a des Bavarois à Forchheim ; on peut y envoyer une com­pagnie d’artillerie. J’imagine qu’il y en a deux compagnies à Würzburg, qui travaillent à armer la place. Faites donc passer des ordres à l’intendant général pour que tout soit ainsi dirigé. Je n’aime point Bamberg, parce que c’est un lieu ouvert, et qu’il est important que mes dépôts soient dans une petite place.

 

Vous avez assez d’expérience de la guerre et de ma manière de diriger les opérations pour sentir l’importance des places de Forchheim et de Würz­burg. Ajoutez que Forchheim a le double avantage de me servir contre la Bohême, et qu’il peut y avoir telle opération où, refusant entièrement ma gauche, je sois privé pour longtemps du point d’appui de Würzburg. Ainsi donc faites construire dix fours à Würzburg et dix fours à Forch­heim, et qu’on ne perde pas de temps à approvisionner ces places en farine, en eau‑de‑vie et en avoine.

 

Beaucoup de commandants vous deviennent inu­tiles dans la Bavière ; nommez‑en à ces places. Tra­cez une route pour l’artillerie d’Augsbourg à Forch­heim, et d’Augsbourg à Würzburg.

 

Forchheim va être dans cette nouvelle campagne ce qu’a été Braunau l’année passée.

 

NAPOLÉON.

 

Dépôt de la guerre.

(En minute aux Arch. de l’Emp.)

 

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