| Institut de Stratégie Comparée, Commission Française d'Histoire Militaire, Institut d'Histoire des Conflits Contemporains |
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Correspondance
militaire Extraite
de la correspondance générale Par
ordre du ministère de la guerre Tome cinquième Paris - 1876 920.
NOTE SUR LA POSITION QUE DOIT OCCUPER LE
5è CORPS POUR DIVERSES OPÉRATIONS. AU
MARÉCHAL MASSÉNA. Finkenstein,
17 mai 1807. Le
5è corps a trois buts à remplir : 1° couvrir Varsovie ; 2° former la
droite de l’armée ; 3° se trouver dans une position offensive qui donne
de l’inquiétude à l’ennemi sur sa gauche et l’empêche de se dégarnir.
Quelle est la position qu’il doit occuper pour remplir ces trois buts ? L’ennemi
peut se porter sur Varsovie le long du Bug, ou bien le long de la Narew. La
réunion de ces deux rivières, Sierock, serait donc le meilleur point pour
camper le 5è corps d’armée, s’il n’avait pour but que de couvrir
Varsovie. C’est dans cette intention qu’on a ordonné une place forte et
des magasins dans la position de Sierock. Après le point de Sierock, la
position la plus avantageuse pour couvrir Varsovie serait de se tenir à
cheval sur la Narew, entre Rozan et Pultusk, à l’extrémité du coude que
fait la Narew, près Ostrykol, parce que, de cette position à Branszcryk,
sur le Bug, il n’y a que quatre lieues, et qu’il serait impossible à
l’ennemi de déboucher, ni le long du Bug, ni le long de la Narew, sans
avoir attaqué, ce camp. Après
cette position, celle de Pultusk serait la plus convenable pour remplir le
but de couvrir Varsovie ; mais elle ne serait que la troisième, parce que
de Pultusk à Wyskow il y a presque autant que de Wyskow à Sierock ;
ensuite, que l’ennemi qui attaque Sierock a le temps de rétrograder avant
qu’on soit sur ses derrières. La
position d’Ostrolenka n’est que la quatrième ; elle est moins bonne que
les autres, parce qu’il y a d’Ostrolenka à Brock dix lieues, autant que
de Brock à Sierock. Ainsi
donc, si le 5è corps n’avait qu’un but, celui de couvrir Varsovie, le
lieu où il faudrait camper ses principales forces serait à Sierock,
ensuite à Ostrkol, puis à Pultusk, enfin à Ostrolenka, qui, sans
comparaison, est le plus mauvais des quatre points, car de Pultusk à
Sierock il n’y a que peu d’heures de marche ; si on prend le parti de
renforcer le poste de Sierock, il n’y a qu’une bonne journée de
marche, et d’Ostrolenka à Sierock il en faut nécessairement deux. Mais
couvrir Varsovie n’est pas le seul but du 5è corps : il doit appuyer la
droite de la Grande Armée ; il doit être à même de soutenir le corps qui
est à Willenberg ; et dès lors, pour conserver la ligne de l’Omulew et
remplir ce but, le meilleur point est Ostrolenka. On
pense donc que, pour remplir le second but qu’on se propose, le 5è corps
devrait être partagé de la manière suivante : la division Gazan campée
à Willenberg, ayant un poste de quatre compagnies de voltigeurs et de 200
chevaux à Zawady ; la division Suchet campée sur la rive droite de la
Narew, vis‑à‑vis Ostrolenka, occupant Ostrolenka par des
grand’gardes placées dans deux bonnes redoutes établies sur les deux
mamelons d’Ostrolenka et couvrant la gauche par des abatis qui la lient
à l’Omulew, ayant une grand’garde de 100 chevaux et 2 on 300 hommes
d’infanterie à Lelisa, et une autre grand’garde à Ksienzylas sur la
petite rivière de Rosoga, grand’garde qui doit coucher toutes les nuits
dans des positions différentes pour n’être point surprise à la pointe
du jour, et qui peut être aisément secourue par le camp. On
peut attacher à la division Suchet un bataillon d’infanterie légère
bavaroise, pour lui faire occuper les points les plus importants depuis
Zawady jusqu’à Bialobrzeg. Dans
cette position, les cinq régiments du général Suchet sont toujours campés
et sous les armes ; ils ne craignent point la petite guerre, parce que leurs
communications sont derrière l’Omulew, que le poste de Lelisa les protège
suffisamment, que ce poste situé à deux lieues est inforçable et peut,
selon les événements, être secouru. La
division bavaroise doit avoir une brigade campée à Ostrykol, où il faut
établir un pont, du canon et une redoute servant de tête de pont. Ce point
est, comme nous l’avons dit plus haut, le plus important de tous, et
cette position a encore cet avantage qu’elle protège la navigation de la
Narew dans le point où elle forme le plus grand coude. Trois bataillons
doivent être placés à Krasnosielc, tant pour couvrir Przasnysz que pour défendre
l’Orzyca contre les partis de Cosaques qui auraient passé entre Zawady et
la Narew. Ainsi,
la division bavaroise, composée de 15 bataillons, aurait 7 bataillons à
Ostrykol, 3 à Krasnosielc, 2 à Putulsk et 2 à Sierock comme garnison 1
bataillon d’infanterie légère détaché à Ostrolenka. La
garnison de Sierock, renforcée de Polonais enverrait en avant de Sierock,
sur la route de et même
jusqu’à Wyskow, 2 ou 300 chevaux polonais, et quelques centaines
d’hommes d’infanterie pour observer le Bug ; bien entendu que ce
poste avancé se placerait de manière à ne pas laisser surprendre et à se
replier devant des forces supérieures. Si
l’ennemi se présente en force sur la rive gauche de la Narew devant
Ostrolenka, pendant que le général français fait venir les diverses
brigades bavaroises, il peut refuser le combat en se tenant sur la rive
droite de la Narew. Si
l’ennemi attaque par la rive droite de la Narew, il attaque donc un camp
qui peut s’être couvert de quelques redoutes,, appuyé de deux rivières
dans une bonne position, qui, à chaque instant reçoit les troupes
bavaroises et même celles de Willenberg qui viennent le rejoindre, ayant
dans l’Omulew un petit ruisseau bon pour appuyer une retraite ; il se
trouve donc avoir tous les avantages. Si
l’ennemi attaque Willenberg, le général français peut, dans une grande
marche, y envoyer du secours. Si
l’ennemi se porte sur Varsovie, le général français peut se porter sur
Brok, en débouchant par le Pont d’Ostrolenka, et tomber sur les flancs et
les derrières de l’ennemi. Une
fois le camp d’Ostrolenka établi, que fera l’ennemi ? Se
divisera‑t-il en deux corps, l’un à Zambrow, l’autre à Nowegrod
? ou formera‑t‑il un seul camp dans une position opposée ? En
occupant la position d’Ostrolenka, l’art consiste à ne point s’éparpiller,
à ne faire aucun établissement dans la ville, à n’y avoir que des
avant-postes, à ne placer aucun poste fixe de cavalerie au delà des deux
redoutes, afin d’éviter une guerre de Cosaques, qui nous est désavantageuse. Quel
intérêt, en effet, quand les troupes sont ainsi réunies, à savoir ce que
fait la cavalerie ennemie ! Alors on s’éclaire par de bonnes
reconnaissances faites le matin par des détachements d’infanterie et même
du canon. Si
on demande pourquoi il faut occuper la vile d’Ostrolenka, la réponse sera
simple : c’est d’abord pour que l’ennemi ne l’occupe pas, ensuite
pour occuper les deux rives de la Narew, sans la navigation de laquelle il
est impossible de vivre ; enfin, c’est menacer l’ennemi que d’occuper
les deux rives : mais il ne faut pas pour cela s’établir à plusieurs
lieues des deux rives ; il suffit que l’ennemi ne puisse s’y établir.
Il peut avoir chaque matin 5 à 6,000 hommes d’infanterie et de cavalerie
qui peuvent lui tomber dessus. Il
faut faire faire une reconnaissance de la position que doivent occuper les
Bavarois à Ostrykol. On peut les placer à Rozau en attendant que cette
position soit bien reconnue. Une fois ainsi placé, on pourra attaquer l’ennemi à Nowogrod, par la rive gauche et la rive droite. L’ennemi alors ne peut plus faire aucun mouvement. Ou il est obligé d’évacuer Nowogrod et de s’établir plus loin, ou il sera facile d’attaquer avec avantage la division qui sera là et de lui enlever ses postes. Mais
si Ostrolenka, qui, sous le point de vue de couvrir Varsovie, est le moins
important des quatre points indiqués, doit être occupé parce qu’il est
le plus avantageux pour appuyer la droite de la Grande Armée, deuxième but
que doit avoir le 5è corps, il n’y a pas de doute qu’Ostrolenka est la
position la plus importante pour remplir le troisième but, c’est‑à‑dire
pour placer le 5è corps dans une position offensive qui menace la gauche
de l’ennemi et l’empêche de se dégarnir. Ainsi Ostrolenka doit être
occupé, le camp fortifié par des redoutes et des abatis ; deux fortes
redoutes doivent être construites sur les deux mamelons d’Ostrolenka,
et une bonne redoute au camp bavarois d’Ostrykol. NAPOLÉON. Dépôt
de la guerre. (En
minute aux Arch. de l’Emp.) 921.
ORDRE D’ATTAQUER LE HAGELSBERG ET D’IMPOSER SILENCE A LA CRITIQUE. AU
MARÉCHAL LEFEBVRE. Finkenstein,
18 mai 1807, 11 heures du matin. J’ai
vu avec la plus grande surprise votre lettre ; je vous croyais plus de
caractère et d’opinion ; est-ce à la fin d’un siège qu’il faut se
laisser persuader par des intrigants qu’il faut changer le système
d’attaque, ainsi décourager l’armée et faire tort à son propre
jugement ? Rien ne vous autorise à dire que mon opinion était qu’on
attaquât le Bischofsberg : mon opinion était qu’on attaquât d’abord
le camp retranché, qu’on investît hermétiquement la place, et
qu’alors on attaquât le point que le corps du génie et de l’artillerie
aurait jugé le plus faible. Après un conseil que vous avez tenu, vous avez
décidé de ne pas attaquer le camp retranché, mais le Hagelsberg ; vous
avez depuis remédié à l’inconvénient de n’avoir pas attaqué l’île,
en la prenant, et cela est très-important. Vous êtes sur le point de
prendre le Hagelsberg. Chassez de chez vous à coups de pied au cul tous ces
petits critiqueurs. Attaquez le Hagelsberg : maître du Hagelsberg, vous
l’êtes de la place, d’abord parce que vous le serez du Bischofsberg,
et enfin quand vous ne seriez pas maître du Bischofsberg, cela est très‑indifférent
; vous cheminerez sur le bas front de la place sous la protection du
Hagelsberg. Que veut dire que vous ne pourrez pas mettre sur le Hagelsberg
assez de canon ? Vous avez un espace de plus de 400 toises jusqu’à la
rivière. Prenez le Hagelsberg, et vous verrez avec quelle rapidité la
place tombera. Mais, encore toutefois, accordez votre confiance à un ingénieur
; accordez‑la à Chasseloup, qui est le meilleur et a le plus d’expérience
de ces affaires ; ne souffrez pas qu’on critique ; car enfin,
serait‑il vrai qu’il eût fallu attaquer le Bischofsberg, qui
est‑ce, si ce n’est des malveillants, qui pourrait se permettre
aujourd'hui de le conseiller ? Danzig a toujours été pris par le
Hagelsberg. D’ailleurs, les officiers du génie et d’artillerie ont décidé
que ce serait le point qu’il fallait attaquer ; ils en savent plus que des
subalternes et des bavards qui, au lieu de faire le passage du fossé,
s’amuseront à critiquer. Je reconnais bien là la légèreté du caractère
français. Faites jeter des sacs à terre et des tonneaux pleins de terre
dans le fossé, et sous la protection de cette levée, faites briser les
palissades et donnez l’assaut. Ne prenez conseil que de Chasseloup et de
la Riboisière, et moquez‑vous du reste.
NAPOLÉON.
Ne
doutez jamais de l’estime que je vous porte. Archives
de l’Empire. 922.
CRITIQUE DE MOUVEMENTS ORDONNÉS PAR LE PRINCE
JÉROME. AU
PRINCE JÉROME. Finkenstein,
18 mai 1807. Votre
aide de camp m’a apporté votre lettre, où j’ai vu le petit échec
qu’a essuyé le général Lefebvre. J’ai appris avec plaisir que les
lanciers polonais vous étaient arrivés. Je viens de donner ordre aux deux
régiments wurtembergeois qui sont devant Kolberg d’en partir sans délai,
pour se rendre à Breslau. Vous avez mal dirigé le général Lefebvre et
avez commis une grande faute militaire. Vous craignez que l’ennemi ne se
porte sur Breslau : vous savez que vous avez à Breslau des forces
assez considérables pour, réunies au général Lefebvre, vous assurer la
victoire. Il fallait diriger le général Lefebvre sur Breslau en manœuvrant
sur le flanc de l’ennemi, se réunir à toutes les troupes de Breslau,
avant de l’attaquer ; ainsi réunies, elles eussent obtenu une complète
victoire. Ou bien il fallait rendre le général Lefebvre beaucoup plus
fort. Il ne fallait pas diviser les Saxons ; ensemble, ils eussent eu leurs
officiers supérieurs qui les auraient contenus. Je vois que vous êtes dans
une fausse route militaire ; je vois que vous pensez que deux colonnes, qui
en mettent une et demie au milieu, ont l’avantage : mais cela ne réussit
pas à la guerre, parce que les deux colonnes n’agissent pas ensemble et
que l’ennemi les bat l’une après l’autre. Il faut sans doute tourner
l’ennemi, mais d’abord se réunir. Au reste, les 500 chevaux polonais et
les 2,600 hommes à pied que vous avez, et qui seront bientôt montés, vous
donneront des forces considérables de cavalerie, avec lesquelles vous
pourrez protéger le pays. Renvoyez‑moi les cuirassiers le plus tôt
que vous pourrez. Je vous envoie 400 dragons à Breslau. Vous les monterez
quand vous pourrez. Écrivez
à mon ministre à Dresde pour qu’on complète le régiment saxon et
qu’on répare ce qu’il a perdu. NAPOLÉON. 19
mai 1807. Je
reçois au même moment votre lettre du 16 à cinq heures du matin. Je vois
avec plaisir les succès que vous avez obtenus, l’ennemi s’étant séparé
et s’étant laissé battre en détail. Ces événements, joints au secours
de deux régiments wurtembergeois que je vous envoie, et à la cavalerie
polonaise, ainsi que la reddition de Neisse, qui ne tardera pas à tomber,
car la réponse du gouverneur n’est pas d’un homme bien ferme, me font
espérer que je n’aurai plus à recevoir que de bonnes nouvelles de vos côtés. Archives
de l’Empire. 923.
‑ CONDITIONS EXIGÉES POUR LA CAPITULATION DE
DANZIG. AU
MARÉCHAL LEFEBVRE. Finkenstein,
22 mai 1807. Mon Cousin, il est bien dur de laisser échapper 10 à 12,000 hommes, quand on pourrait les avoir prisonniers dans quinze jours ; cependant, par la considération qu’un grand nombre désertera avant d’avoir rejoint les avant‑postes, je consens aux conditions suivantes : 1°
La place sera remise à l’armée française. 2°
La garnison défilera avec les honneurs de la guerre, mais elle remettra ses
armes. 3°
Les chevaux seront également remis ; on déterminera le nombre que les
officiers pourront emmener. 4°
Les magasins, munitions, artillerie, etc., tout ce qui appartient au Roi et
aux régiments sera remis à l’armée française. 5°
Les officiers, sous‑officiers et soldats conserveront leurs bagages,
les officiers et sous‑officiers, leurs épées et leurs sabres. 6°
La garnison ne pourra servir pendant un an contre les armées françaises ni
ses alliés, sous la parole du général Kalkreuth, du prince russe et des
officiers. 7°
Les prisonniers français seront rendus. 8°
La garnison sera échangée jusqu’à concurrence des prisonniers qui
peuvent exister dans les armées russes on prussiennes. Cet
article est très‑important ; les Russes peuvent avoir 2,000
prisonniers à nous, les Prussiens 1,000 ; il serait fort avantageux
d’avoir ces 3,000 hommes. Quant
au fort de Weichselmünde, je laisse toute latitude. Les troupes débarquées
peuvent se retirer, même sans aucune condition ; mais on pourrait obtenir
que la garnison du fort sortît avec les mêmes conditions que celle de la
place. NAPOLÉON. Archives
de l’Empire. 924.
‑ REPROCHES A FAIRE AU GÉNÉRAL RITAY POUR MANQUE DE SURVEILLANCE. NOTE
POUR LE MAJOR GÉNÉRAL. Finkinstein,
24 mai 1807. Le
major général écrira au général Ritay que je ne puis que lui témoigner
mon extrême mécontentement de son extrême et coupable négligence ;
qu’un bateau chargé d’eau‑de‑vie s’est échappé du port
de Marienwerder et s’est rendu à Graudenz. S’il avait visité tous les
jours les magasins, monté à cheval pour aller an port, exigé que les
commissaires des guerres fissent leur devoir, cela ne serait pas arrivé.
Il ne manque pas de troupes pour placer des gardes. L’ordre
exprès de l’Empereur est que, tous les jours, il passe une heure au port
et dans les magasins. C’est lorsque les généraux montrent l’exemple
que les subalternes font leur devoir. Chaque
bateau qui arrive doit être consigné au port, déchargé dans les
vingt‑quatre heures, et on doit y mettre une garde. Le
commissaire des guerres Roch, de Marienwerder, sera arrêté et mis à
l’ordre de l’armée. NAPOLÉON. Dépôt
de la guerre. 925. ‑ MESSAGE AU SÉNAT SUR LA NÉCESSITÉ DE CRÉER UNE NOBLESSE. Camp
impérial de Finkenstein, 28 mai 1807. Sénateurs,
par nos décrets du 30 mars de l’année 1806, nous avons institué des
duchés pour récompenser les grands services civils et militaires qui
nous ont été ou qui nous seront rendus, et pour donner de nouveaux appuis
à notre trône et environner notre couronne d’un nouvel éclat. C’est
à nous à songer à assurer l’état et la fortune des familles qui se dévouent
entièrement à notre service et qui sacrifient constamment leurs intérêts
aux nôtres. Les honneurs permanents, la fortune légitime, honorable et
glorieuse, que nous voulons donner à ceux qui nous rendent des services éminents,
soit dans la carrière civile, soit dans la carrière militaire,
contrasteront avec la fortune illégitime, cachée, honteuse, de ceux qui,
dans l’exercice de leurs fonctions, ne chercheraient que leur intérêt,
au lien d’avoir en vue celui de nos peuples et le bien de notre service.
Sans doute, la conscience d’avoir fait son devoir et les biens attachés
à notre estime suffisent pour retenir un bon Français dans la ligne de
l’honneur ; mais l’ordre de notre société est ainsi constitué qu’à
des distinctions apparentes, à une grande fortune, sont attachés une
considération et un éclat dont nous voulons que soient environnés ceux de
nos sujets grands parleurs talents, par leurs services et par leur caractère,
ce premier don de l’homme. Celui
qui nous a le plus secondé dans cette première journée de notre règne,
et qui, après avoir rendu des services dans toutes les circonstances de sa
carrière militaire, vient d’attacher son nom à un siège mémorable où
il a déployé des talents et un brillant courage, nous a paru mériter une
éclatante distinction. Nous avons aussi voulu consacrer une époque si
honorable pour nos armes, et par les lettres patentes dont nous chargeons
notre cousin l’archichancelier de vous donner communication, nous avons créé
notre cousin le maréchal et sénateur Lefebvre duc de Danzig. Que ce
titre porté par ses descendants leur retrace les vertus de leur père, et
qu’eux‑mêmes ils s’en reconnaissent indignes s’ils préféraient
jamais un lâche repos et l’oisiveté de la grande ville aux périls et à
la noble poussière des camps, si jamais leurs premiers sentiments cessaient
d’être pour la patrie et pour nous ; qu’aucun d’eux ne termine sa
carrière sans avoir versé son sang pour la gloire et l’honneur de
notre belle France ; que dans le nom qu’ils portent ils ne voient jamais
un privilège, mais des devoirs envers nos peuples et envers nous. A ces
conditions, notre protection et celle de nos successeurs les distingueront
dans tous les temps.
Sénateurs,
nous éprouvons un sentiment de satisfaction en pensant que les premières
lettres patentes qui, en conséquence de notre sénatus‑consulte du 14
août 1806, doivent être inscrites sur vos registres, consacrent les
services de votre préteur. Donné
en notre camp impérial de Finkenstein, le 28 mai 1807. NAPOLÉON. Moniteur
du
12
juin 1807. (En
minute au Dépôt de la guerre.) 926.
‑ FORMATION D’UN CORPS D’OBSERVATION DE L’ESCAUT POUR LA DÉFENSE
DE LA HOLLANDE. AU
ROI DE HOLLANDE. Finkenstein,
28 mai 1807. Vous
trouverez ci‑joint un décret que j’ai pris pour la formation d’un
corps d’observation de l’Escaut. Ainsi vous aurez deux corps, à
Coeverden et à Anvers, l’un et l’autre à quatre marches d’Amsterdam.
Avec votre Garde et ce qui vous reste en Hollande vous devez pouvoir réunir
à peu près 8,000 hommes, ce qui vous ferait 20,000 que vous pourrez, avoir
sous la main en deux jours. Une partie des camps de Saint‑Lô et de
Boulogne sera prête à venir à votre secours, si les circonstances le
veulent. Il faut donc, en cas qu’un débarquement sérieux s’effectuât,
prévenir sur‑le‑champ le général Ferino, le général
commandant le camp de Coeverden, le maréchal Brune, le maréchal Kellermann
et l’archichancelier. Exagérez
de toutes les manières les forces qui vous arrivent. Dites qu’il est formé
un camp à Coeverden, un à Anvers, un à Zeist. Les Anglais, seuls, ne se
hasarderont pas à une expédition continentale un peu considérable. Voilà
des mesures qui vous donneront un peu de tranquillité. Je suppose que vous
avez une trentaine de pièces d’artillerie. Faites armer les places de
Berg‑op‑Zoom, Breda et celles qui couvrent nos frontières, afin
que les garnisons puissent se défendre le temps nécessaire pour que les
forces arrivent. NAPOLÉON. Archives
de l’Empire. 927.
‑ DISPOSITIONS POUR ASSURER L’APPROVISIONNEMENT DES DIVERS POINTS
OCCUPÉS PAR L’ARMÉE. NOTE
POUR L’INTENDANT GÉNÉRAL. Finkenstein,
29 mai 1807. Voici
quelques idées sur le rapport qui doit m’être fait sur
l’approvisionnement de l’armée. Il faut distinguer trois points différents
et qui, pendant l’hiver, n’ont point de communication entre eux : 1°
Droite. Varsovie. 2°
Centre. Thorn, Wloclawek, Bromberg. 3°
Gauche. Danzig, Marienwerder, Marienburg, Elbing, Dirschau, Mewe, Neuenburg. Il
est assez difficile de calculer dans quels rapports doivent être ces différents
approvisionnements, car il est difficile de prévoir exactement quelle sera
la position de l’armée ; mais, si on le fait pour huit mois, à compter
du 1er juin, cela nous conduit aux glaces, et alors on peut facilement faire
des versements d’un point sur un autre. D’ailleurs,
un de ces trois points, qui sera approvisionné pour huit mois, pour un
corps de troupes, le sera pour plusieurs corps, pour un certain espace de
temps, pendant lequel on aura celui de pourvoir à un supplément
d’approvisionnements sur ce point. 80,000
quintaux par mois ne sont pas suffisants, car ils ne font que 213,000
rations par jour ; en ôtant 13,000 rations, il ne reste que 200,000 rations
pour la rive droite de la Vistule et la lisière de la rive gauche, à une
lieue. Cette lisière comprend Danzig, Dirschau, Mewe, Neuenburg, Schwetz,
Thorn, Moclawek et Varsovie. Il y a, dans ces points, des hôpitaux, des dépôts
et des administrations qui consomment au moins 25,000 rations. Il reste
donc 175,000 rations pour la rive droite, sur lesquelles on nourrit encore
les Polonais. Dans
le calcul, il faut comprendre les lignes d’étape : De
Posen à Thorn, de Posen à Varsovie, de Stettin à Danzig, et de Stettin à
Posen. Il
faut d’autant plus calculer ainsi, que, dans les ressources, on comprend
ce qui se trouve à Kalisz, Posen et autres intermédiaires. De
cette manière, on verra qu’il faut 100,000 quintaux par mois, et pour
les huit mois 800,000 quintaux. L’approvisionnement
nécessaire pourrait être distribué ainsi : Droite.
‑ Varsovie . . . . . 80,000 rations par jour. Centre.
‑ Thorn, etc. . . . 100,000
id. Gauche.
‑ Danzig, etc. . . 80,000
id. Ou
bien : Varsovie.
30,000 quint. par mois ; pour huit mois, 240,000 quint. Thorn.
40,000
id.
id.
320,000 Danzig.
30,000
id.
id.
240,000 Total.
. 100,000
Total.
800,000 Il
faut commencer par bien déterminer l’arrondissement de chacun des trois
points et le bien tracer sur une carte. La
droite ira de Varsovie jusqu’à Wloclawek, et comprendra en profondeur
tout ce qui est arrondissement de Varsovie et de Kalisz. Le
centre ira de Wloclawek à Graudenz, et comprendra en profondeur tout ce
qui est arrondissement de Posen et de Bromberg. La
gauche ira de Marienwerder à la mer, et comprendra en profondeur tout ce
qui est en Poméranie. Alors,
dans chaque arrondissement, on déterminera les lieux les plus propres
pour former les magasins, en ayant égard à la consommation, aux lieux où
il est le plus prudent et le plus facile de faire les rassemblements, car il
ne faut pas tout mettre sur le même point. Il
y a cinq manières de se procurer des ressources : 1°
Ce qui existe au 1er juin ; 2°
Ce que chacun des arrondissements polonais doit fournir ; 3°
Ce que la Poméranie doit être appelée à fournir ; 4°
Ce que l’on doit faire venir des magasins existant sur nos derrières ; 5°
Ce qui doit provenir par achat, soit pour le complément du marché existant
avec le gouvernement polonais au 1er juin, soit de nouveaux marchés. Avant
de faire des marchés, il faut faire le calcul de ce que coûte un quintal
de grain à son arrivée de Breslau, Küstrin ou Magdeburg ; car, si le
transport équivalait à la marchandise, et que l’on pût trouver encore
du blé dans le pays, il serait plus expéditif et plus avantageux de tirer
des ressources du pays. Voici
un moyen sûr pour faire des marchés. Faire parcourir les bords de la
Vistule ; il n’y a pas de doute que l’on n’y trouve des magasins établis
pour l’usage du pays. On en a trouvé à Culm ; on en a trouvé à
Wloclawek. Je suis persuadé qu’en parcourant le pays jusqu’à Rawa on
en trouvera beaucoup. Ces magasins trouvés, mettre la main dessus, en
dresser les inventaires de séquestre, et ensuite passer des marchés avec
les propriétaires pour les indemniser. Quand
je dis la lisière de la Vistule, j’entends quatre lieues de chaque côté.
Il doit y avoir beaucoup de grains à Plock. Un
employé intelligent serait chargé de parcourir le pays depuis Danzig
jusqu’à Marienwerder ; Un
second, de Marienwerder à Wloclawek ; Un
troisième, de Wloclawek à Rawa et la frontière. Même
opération devrait être faite le long du canal et de la Netze. Avoir
des conférences avec les marchands de blé de Danzig et de Bromberg ; ils
feront connaître où se trouvent les magasins et les rassemblements de
grains. Danzig
a du froment, mais manque de seigle ; il serait avantageux d’en envoyer de
la rive gauche, afin de ne pas consommer purement du froment, qui est si précieux
dans ce pays. Il
ne faut pas compter comme ressource ce qui se trouve à Danzig, où il faut
toujours un approvisionnement de siège. NAPOLÉON. Comm.
par M. le comte Daru. 928. ‑ COMPOSITION DU CORPS D’OBSERVATION. ‑ OPÉRATIONS QUI LUI SONT CONFIÉES. ‑ INSTRUCTIONS. AU MARÉCHAL BRUNE, COMMANDANT LE CORPS D’OBSERVATION DE LA GRANDE ARMÉE. Finkenstein,
30 mai 1807. Votre
corps d’observation doit être composé de troupes hollandaises, de
troupes espagnoles, de troupes de la Confédération et de troupes françaises.
Les troupes hollandaises, par les derniers ordres que vient de vous envoyer
le major général, doivent avoir leur gauche à Coeverden, leur centre à
Hambourg et leur droite sur la Peene. Les
troupes espagnoles arrivent en Hanovre le 10 juin, du moins la division qui
était en Étrurie. Les deux autres divisions espagnoles arriveront dans le
courant de juillet. Cette division d’Étrurie a besoin de se reposer en
Hanovre. En cas d’événement, vous avez donc cette division forte de
5,000 hommes, dont 800 chevaux, que vous pouvez porter sur Hambourg, sur la
Hollande ou sur Stralsund. Les
troupes françaises consistent dans la division Boudet et dans la division
Molitor. La
division Boudet doit être, à l’heure qu’il est, à Stettin. Je vous
envoie l’ordre pour qu’elle soit placée entre Stettin et Kolberg, et
pour qu’elle ait un régiment à Kolberg, qui renforce l’armée de siège. La
division Loison est sous vos ordres ; c’est à vous à protéger le siège.
Je ne désire pas que vous vous y rendiez, parce que vous seriez trop loin
des renseignements dont vous devez avoir besoin, et qu’un courrier qui
serait intercepté par les partisans, entre Kolberg et Stettin, pourrait
porter un retard très‑préjudiciable dans vos mouvements. Mais vous
devez vous faire rendre un compte fréquent de ce siège. Il
faut exiger avant tout que le général Loison cerne la place, s’empare de
l’embouchure du port, et ouvre même, s’il le faut, la tranchée
vis‑à‑vis la redoute que l’ennemi a faite pour défendre
cette entrée. Une fois que nous serons maîtres de cette position,
l’ennemi ne pourra plus communiquer avec la mer, et la reddition de la
place sera for avancée. De
votre position de Stettin, il vous sera très-facile de presser le départ
des équipages de siège, d’employer la cavalerie hollandaise qui est sous
vos ordres et le régiment d’Aremberg à bien appuyer les derrières de
Loison, de manière que le millier d’hommes qu’il emploie à fourrager
et à recueillir
et escorter ses approvisionnements y soit remplacé. Le
régiment de Nassau se rend devant Kolberg. Le
général Loison a aujourd’hui 7,500 hommes. Le régiment français de la
division Boudet et le régiment de Nassau augmentent ses forces de 3,500
hommes ; il aura donc 10 à 11,000 hommes ; c’est plus que suffisant pour
ce siège. Les
deux régiments de la division Boudet, placés en échelons, pourront
accourir devant Kolberg, si l’ennemi tente de débarquer 5 à 6,000
hommes. Mais
je ne désire pas que, pour les travaux du siège, vous disposiez de plus
d’un régiment de cette division, parce que le mauvais air qu’on respire
dans les environs de Kolberg fera probablement beaucoup souffrir les
troupes. Si donc vous pensiez que, pour pousser le siège, il fallût plus
de monde, vous pourriez disposer de 8 ou 900 Hollandais parmi ceux dont vous
seriez le plus sûr. Rendez‑moi
fréquemment compte de ce siège ; écrivez tous les jours au général
Loison, et poussez‑le vivement. La
division Molitor restera à Berlin, prête, selon les événements, à se
porter sur la Peene, sur Kolberg, sur Hambourg ou sur la Silésie. Enfin
les troupes de la Confédération consistent en 6,000 Bavarois, 2 ou 3,000
Wurtembergeois et 3,000 hommes des autres petits princes ; tout cela
commence à se mettre en mouvement. La 1re brigade bavaroise de 3,000
hommes doit même être arrivée à Magdeburg ; là, elle sera à portée de
se rendre sur l’Elbe avec les Espagnols ou les Hollandais, et de se
porter partout ailleurs, selon les événements. Mais, comme les Anglais
sont instruits de toutes ces dispositions, je doute qu’ils hasardent rien. J’espère
que vous vous serez arrangé avec les Suédois. D’ailleurs, avec les
forces que vous avez, vous pourriez, en cas d’hostilités, prendre une
bonne position en Poméranie, vivre aux dépens de cette province, et
continuer à suivre vos dispositions contre Kolberg. Ayez de grandes honnêtetés
pour les Suédois ; évitez de parler du Roi, dont on ne peut dire que du
mal, et dès lors il vaut mieux se taire. Faites un grand éloge et dites
beaucoup de bien de la nation. Mais, comme on ne peut pas compter sur le roi
de Suède, il est possible que, d’un jour à l’autre, ce soit par là
que les Anglais tentent de débarquer. Étudiez donc bien la position de la
Peene et de la Trebel, afin qu’en cas d’événements vous ayez tous vos
plans faits, toutes vos positions reconnues, et que vous puissiez couvrir
Berlin et Stettin. S’il
était vrai que la petite place de Rostock fût facile à mettre à l’abri
d’un coup de main et même à mettre en état de soutenir un siège,
peut‑être serait‑il convenable d’y faire travailler. Si
l’on pouvait en faire autant à Demmin, ce ne pourrait être qu’avantageux,
puisqu’alors vos magasins et vos ambulances renfermés dans ces places
ne courraient aucun risque. Visitez
vous‑même les îles de Wollin et d’Usedom, et faites pratiquer à
Wollin quelques ouvrages en terre qui couvrent le siège de Kolberg de ce côté.
Faites élever des batteries qui ferment les passes aux chaloupes canonnières
suédoises et aux bâtiments ennemis. Votre
armée d’observation est considérable, puisque, lorsque tout sera réuni,
vous aurez, y compris la division Loison, plus de 60,000 hommes d’infanterie
et près de 6,000 hommes de cavalerie, et qu’enfin votre cavalerie va
encore être augmentée par l’arrivée du 14è régiment de chasseurs français,
par celle du régiment des dragons Napoléon, qui arrive d’Italie. Vous
avez en outre plusieurs bataillons d’élite italiens qui arrivent
d’Italie. Indépendamment
de ce, les places de Hameln, Magdeburg, Stettin, Spandau, Küstrin, vont
avoir des bataillons provisoires de garnison, formant 7 à 8,000 Français,
qu’on habillera là. Vous
sentez que tant de forces réunies, que je laisse ainsi sur mes derrières,
n’ont pas seulement pour but de tenir en échec les Anglais et les Suédois,
mais aussi de pouvoir être portées rapidement en Silésie et en Gallicie,
si l’Autriche faisait la folie de se déclarer, ce que, jusqu’à cette
heure, elle proteste ne vouloir pas faire. Cette armée serait alors augmentée
de 20,000 Polonais et des 20,000 hommes que j’ai en Silésie, qui me
mettraient à même, sans affaiblir ma Grande Armée, d’opposer 100,000
hommes à la Maison d’Autriche. Il faut donc tenir toutes ces troupes le
plus reposées possible et leur faire faire, le moins de marches qu’on
pourra. N’en disposez qu’en cas d’événement, parce que moi seul je
puis, tous les jours, selon les événements généraux, les remuer. Il
faut aussi que votre commandant d’artillerie s’occupe sérieusement des
moyens d’augmenter votre artillerie. Les divisions Boudet et Molitor
n’ont que seize pièces de canon : c’est la moitié de ce qu’il leur
faudrait. Je ne sais pas ce qu’ont les Espagnols. Les Bavarois auront
douze pièces. La division italienne a douze pièces. Je ne sais pas ce
que les Hollandais peuvent avoir en artillerie. Je ne vous vois donc,
jusqu’à cette heure, qu’une cinquantaine de pièces de canon ; il vous
en faut un bien plus grand nombre. Vous devez vous occuper sans relâche
de cet objet. Neuf pièces de canon attelées, servies par des Italiens,
m’arrivent d’Italie ; 500 chevaux du train, avec leurs charretiers,
m’arrivent également d’Italie, ils seront pour doubler l’artillerie
des divisions Boudet et Molitor. Tâchez de renforcer aussi l’artillerie
des Hollandais, afin que vous puissiez avoir, vers juillet, une centaine de
pièces de canon à votre corps d’observation. Occupez‑vous
aussi de composer votre état‑major, afin qu’en cas d’événements
vous puissiez faire une bonne guerre. NAPOLÉON. Archives
de l’Empire. 929.
‑ IMPORTANCE DE METTRE DANZIG EN ÉTAT DE SOUTENIR UN SIÈGE. -
MESURES A PRENDRE. AU
GÉNÉRAL RAPP, GOUVERNEUR DE DANZIG. Finkenstein,
5 juin 1807. Il
est possible que, le 10, je fasse faire un mouvement à l’armée. Je
n’ai pas besoin d’appeler votre attention sur votre place. Vous ne devez
pas perdre de vue qu’elle peut être investie d’un moment à l’autre.
L’ennemi est parfaitement servi en espions. S’il savait que le
Hagelsberg n’est pas rétabli et que vous n’êtes pas approvisionné en
vivres ni en munitions, il serait possible qu’il fît un mouvement sur
vous. Il faut donc que vous alliez deux fois par jour sur les travaux du
Hagelsberg, afin de voir par vous‑même ; que l’on rétablisse les
remparts, les blockhaus, les chemins couverts, les palissades ; que l’on
efface nos tranchées, que l’on rentre toute l’artillerie dans la place
; que l’on fasse venir 2,000 bœufs de la Poméranie ; que l’on ait deux
millions de cartouches, cent milliers de poudre et 2,000 fusils ; que les
forts qui sont sur mer soient garnis de mortiers et de canons pour battre
les bâtiments ennemis qui voudraient s’approcher ; que des signaux
soient établis, afin que vous sachiez ce qui se passe en mer et que vous
puissiez correspondre entre la place et le Weichselmünde. Huit
régiments provisoires, formant 6,000 hommes au moins, vont arriver. Il
arrivera, indépendamment de cela, beaucoup de monde des dépôts, et des
traînards. Il faut donc avoir des fusils pour en donner à ceux qui n’en
ont pas. Le
bataillon des marins de la Garde va venir, de manière que vous aurez près
de 600 marins. Ils feront le service dans la rade, et, dans le besoin, celui
de canonniers. Il
faut faire choisir et armer sans délai, avec les caronades que l’on a
prises sur la corvette anglais deux grosses péniches pour croiser à
l’embouchure de la rivière. Faites venir chez vous les officiers de la
marine de la Garde qui ont été à Elbing, pour leur dire de chercher
quatre bâtiments en forme de péniche, propres à naviguer sur le
Frische‑Haff qui, avec les quatre déjà armés, formeront une
flottille de huit bâtiments, qui pourra attaquer le bâtiments ennemis en
croisière sur le Haff. Comme le bataillon des marins de la Garde arrive
sous très‑peu de jours, ils seront en nombre suffisants pour armer
ces bâtiments et fournir un bon nombre pour le service de la place. Il
faut se défaire de tous les officiers prussiens et russes qui
peuvent se trouver dans la place, car, du moment qu’il
y aura un mouvement, toute communication sera coupée. Il est donc très‑important
que le bâtiment qui reste encore parte sans délai. Il
faut former votre conseil, le réunir tous les jours, le composer du
commissaire ordonnateur qui reste dans la place, du commandant
d’artillerie et de celui du génie afin d’aviser à tous les besoins de
la place. Il
faut faire défaire les deux ponts et en faire faire un en place en face de
la ville, et faire travailler sans délai à la tête de ce pont. Tout
cela est de la plus grande importance. Il
faut réunir tous les malades prussiens et russes dans les environs, soit
dans des maisons de campagne, soit dans une grosse abbaye à trois ou quatre
lieues de la place. NAPOLÉON. Archives
de l’Empire.
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