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Histoire Militaire et Stratégie
Correspondance de Napoléon
RIHM
 

 

 

Correspondance militaire
de Napoléon Ier

Extraite de la correspondance générale et publiée

Par ordre du ministère de la guerre

Tome cinquième

Paris - 1876

  

1010. ‑ AVIS D’EXPÉDITION DE SOULIERS ET DE BISCUIT.

 

AU MARÉCHAL BESSIÈRES, COMMANDANT LA GARDE IMPÉRIALE EN ESPAGNE, ETC., A BURGOS.

 

Bayonne, 17 avril 1808.

 

Mon Cousin, il a été expédié de Bayonne sur Burgos 300,000 rations de biscuit d’un premier envoi, 100,000 sur Pampelune et 100,000 d’un troisième envoi sur Burgos ; faites‑moi connaître si cela est arrivé. 9,400 paires de souliers ont été expédiées sur Burgos, venant de Paris, et 3,000 venant également de Paris sur Saint‑Sébastien. 13,000 paires de souliers, provenant du marché fait par ordre du grand‑duc de Berg, et 14,000 pai­res, provenant du marché du maréchal Moncey, ont été également expédiées. 6,000 paires de souliers, complément du marché de 20,000 paires fait par le grand‑duc de Berg, sont également parties de Bayonne. Ainsi il a été expédié d’ici sur Burgos 44,000 paires de souliers, et sur Saint‑Sébastien 3,000 paires. 5,000 autres paires vont être expé­diées sur Burgos, ce qui complétera le marché du maréchal Moncey. Ainsi les troupes ne doivent point manquer de souliers.

 

          NAPOLÉON.

 

D’après l’original comm. par Mme la duchesse d’Istrie.

 

 

1011. – L’AVANCEMENT DOIT ÊTRE DONNÉ AVANT TOUT AUX OFFICIERS QUI N’ONT PAS D’INTERRUPTION DE SERVICE.

 

AU GÉNÉRAL CLARKE, MINISTRE DE LA GUERRE, A PARIS.

 

Bayonne, 18 avril 1808.

 

Vous trouverez un décret que j’ai pris sur un officier que vous avez nommé chef de bataillon dans le 13è régiment provisoire. C’est une chose désespérante pour l’armée que j’aie des capitaines depuis 1792, qui m’ont constamment rendu tant de services, et que vous me proposiez pour chef de bataillon un officier qui était lieutenant ou capitaine en 1794, et qui n’a pas servi depuis. Ce sont de singuliers principes qu’on a là aux bureaux de la guerre ; avec ces principes, l’espoir de mon armée va être perdu. Les nominations que peuvent avoir faites le maréchal Kellermann ou tout autre général, dans des moments pressants, ne sont d’aucune va­leur. Si vous m’avez fait confirmer toutes les nomi­nations faites dans la légion du Nord, je ne vois pas pourquoi je n’ai pas nommé colonels des officiers qui n’étaient que lieutenants. Faites‑moi un rapport sur les nominations faites par le maréchal Keller­mann et sur toutes celles de ce genre que j’aurais confirmées depuis le mois d’octobre 1806. Cela me désole plus et fait plus de tort à l’armée que la perte de plusieurs bataillons.

 

N’adressez plus aucun officier aux régiments provisoires, mais envoyez‑en l’état au major géné­ral, qui prendra mes ordres. Il était d’usage qu’un officier ne passât pas d’un corps dans un autre sans mon autorisation, au moins depuis le grade de chef de bataillon. Le prince de Neuchâtel et les minis­tres qui l’ont précédé ne s’écartaient pas de cet usage, et cependant le sieur Bleterin vient comman­der un bataillon, et je n’en sais rien. Il serait bien injuste que des officiers qui ont quitté l’armée au moment du danger soient récompensés à l’exclusion des officiers qui n’ont point mis d’interruption dans leurs services ; ce serait trahir les règles de la poli­tique et les devoirs les plus sacrés. Je dois tout à ceux qui m’ont fait gagner des batailles. Je ne passe pas la revue d’un dépôt sans trouver matière à faire quatre chefs de bataillon. Ce ne sont pas de beaux diseurs ni de belles jambes qu’il me faut, mais de bons soldats.

 

D’après la minute. Archives de l’Empire.

 

 

1012. ‑ ORDRES CONCERNANT LE SERVICE DE LA GENDARMERIE.

 

AU GÉNÉRAL CLARKE, MINISTRE DE LA GUERRE, A PARIS.

 

Bayonne, 18 avril 1808.

 

Il est nécessaire que vous me fassiez un rapport sur la gendarmerie. Je viens de voir la citadelle de Bayonne, dans laquelle se trouve un dépôt de con­scrits ; à mon grand étonnement, je l’ai trouvé gardé par une brigade de gendarmerie à cheval, ce qui paralyse six chevaux ; une brigade de gendarmerie à pied aurait mieux valu. Il y a ainsi plusieurs dé­pôts, prisons et autres établissements, où l’on fait la même sottise. Faites‑vous rendre compte des postes de toute espèce que garde la gendarmerie, et faites‑m’en un rapport général. La gendarmerie à cheval ne doit être chargée d’aucun service que la gendarmerie à pied peut faire. Un gendarme à che­val me coûte une fois plus qu’un gendarme à pied, et un gendarme à pied fait le service de deux gen­darmes à cheval près d’un dépôt ou d’une prison, parce qu’il n’a point de cheval à soigner. Parlez‑en a l’inspecteur pour qu’il tienne la main à cela, et témoignez‑lui mon mécontentement de ce que j’ai trouvé le dépôt de conscrits de Bayonne gardé par des gendarmes à cheval. Faites‑moi faire un livret de la gendarmerie, compagnie par compagnie, et faites‑y noter le service que fait chaque brigade près des prisons, dépôts, préfectures, etc., soit à pied, soit à cheval. Ce livret me sera remis tous les mois, et je pourrai m’assurer que cela n’existe plus.

 

D’après la minute. Archives de l’Empire.

 

 

1013. ‑ INDICATIONS POUR L’ÉTABLISSEMENT D’UN CAMP SUR LE TAGLIAMENTO.

 

A EUGÈNE NAPOLÉON, VICE‑ROI D’ITALIE, A MILAN.

 

Bayonne, 18 avril 1808.

 

Mon Fils, j’ai reçu votre lettre du 6 avril. Le 6è bataillon du train va se rendre à l’armée d’Italie. Il doit être recruté insensiblement en Italie. Il n’a pas besoin de chevaux du train pour porter les équi­pages de pont : les moyens du pays les charrieront facilement.

 

J’ai vu dans votre projet d’organisation de l’armée que vous portez le 7è de ligne ; il n’y faut plus penser : ce régiment est en Espagne. Vous pouvez seulement compter sur le 4è bataillon ; mais il serait bientôt remplacé par un régiment que, le cas arri­vant, je tirerais de Naples.

 

La dépense de 600,000 francs que vous me pro­posez de faire pour le camp m’effraye un peu. Il me semblerait qu’en faisant des coupes vers le haut Tagliamento le soldat pourrait se faire lui‑même ses baraques, comme au camp de Boulogne ; on lui donnerait les bois, il ferait le reste. Cela ne coûte­rai pas plus de 100,000 francs. Toutefois je pense que c’est de cette manière que vous devez faire votre camp. Il ne durera pas deux ans, mais huit ou dix ans. Il y a cinq ans que celui de Boulogne est fait, et il en durera encore plus de cinq ; il n’a pas coûté plus de 100,000 écus, et le bois est précieux dans le nord. S’il y avait trop de difficulté, vous commenceriez par le faire ainsi pour deux régi­ments, dans les environs d’Udine et d’Osoppo, et on ferait cantonner le reste. On aurait l’avantage de pouvoir les faire manœuvrer successivement par brigade. Il me semble qu’il y a des bois nationaux au delà d’Udine, où l’on pourrait faire une coupe extraordinaire que l’on charrierait par le Taglia­mento. Il ne faut pas charger de ces baraques des ingénieurs ; le soldat les construira lui‑même. Une partie des troupes serait campée, et le reste can­tonné dans les villages et environs, de manière à se réunir une fois par semaine pour manœuvrer par brigade, c’est‑à‑dire par six bataillons. Les troupes resteront ainsi cantonnées pendant les mois de juin, juillet, août et septembre.

 

Il ne faut pas penser aux tentes ; cela n’est bon à rien qu’à donner des maladies ; il pleut souvent en Italie. Si vous commencez à disposer votre camp ainsi, faites‑le tracer en carré à Osoppo, et même, s’il est possible, dans les lignes que j’ai ordonnées. Mon premier but est de mettre les troupes dans un pays sain ; camper, qui est aussi très‑utile, n’est que mon second but.

 

NAPOLÉON.

 

P. S. J’ai donné des ordres au ministre de la marine, à Paris, de faire restituer au consul de Russie tout ce qui lui appartient sur le bâtiment autrichien le Bizarre. Donnez de votre côté les mêmes ordres.

 

D’après la copie comm. par S. A. I. Mme la duchesse de Leuchtenberg.

 

 

1014. ‑ NOTE CONCERNANT LA DÉFENSE DE MAYENCE ET LES FORTIFICATIONS DE LA TÊTE DE PONT DE KASTEL.

 

AU GÉNÉRAL CLARKE, MINISTRE DE LA GUERRE, A PARIS.

 

Bayonne, 19 avril 1808.

 

Le projet sur Mayence n’est pas adopté ; cepen­dant rien n’est plus urgent, ni plus important que de travailler, cette année, à fortifier Kastel. Si, dans la situation actuelle de cette place, l’ennemi se portait devant Kastel soit pendant que l’armée se trouverait en Pologne, soit parce qu’elle aurait été battue, soit que ses efforts se fussent tournés autre part, dans toutes ces hypothèses, il y aurait grand inconvénient à avoir Kastel dans son état actuel.

 

Partant de l’hypothèse d’aujourd’hui, si une di­vision de 20,000 hommes se portait devant Kastel pendant le temps que l’armée est éloignée, le mau­vais état des fortifications exigerait que le comman­dant de Mayence tînt là au moins 2,000 hommes, qui seraient probablement de nouvelles levées et faiblement organisés. En ouvrant la tranchée et en supposant un peu de vigueur de la part de l’assiégeant, il serait possible que Kastel fût pris, ce qui serait un très‑grand malheur.

 

Dans le cas ordinaire où une armée de 100,000 hommes serait devant Mayence, c’est‑à‑dire devant une place qui a besoin de 12,000 hommes à la ri­gueur et où, avec ce nombre de troupes, on sera faible partout, on sera cependant obligé d’en tenir 2,000 à Kastel. Ces 2,000 hommes seront fort embarrassés pour le passage. Quel malheur pour un commandant de voir ces 2,000 hommes inutiles au reste de la garnison et de ne pouvoir pas les porter au point de l’attaque ! Si au contraire Kastel était revêtu, avec le relief convenable, à vingt‑quatre pieds, avec ses contrescarpes, ses demi‑lunes, ses chemins couverts, selon le tracé ordinaire, dans l’un et l’autre cas, une compagnie d'artillerie, 2 ou 300 gardes nationaux pour aider au service des pièces et deux ou trois compagnies d’infanterie assureraient la tranquillité de ce point important.

 

Dans le premier cas, on n’aurait pas le moyen de le prendre, parce qu’on n’aurait pas celui de faire un siège. Dans le second, on n’irait pas s’amuser à faire un siège si considérable et qui n’aboutirait à rien ; car, quand on aurait Kastel après un long siège, on n’aurait encore rien ; tandis que la même attaque donnerait le fort Meusnier ou l’autre fort du côté de l’ouvrage à corne, c’est‑à‑dire avancerait de beaucoup la reddition de la place. Il est donc urgent de mettre en bon état Kastel.

 

Dès cette année, avec les 1,300,000 francs des­tinés par l’Empereur à Kastel, on peut commencer à achever trois demi‑lunes qui sont construites en avant de la place, les environner d’un chemin cou­vert, outre celui qui est autour de Kastel, chemin couvert utile parce qu’il peut servir d’une espèce de camp retranché et contenir l’arrière‑garde et les bagages pendant qu’ils défileraient. Mais il est vrai de dire que, pour commencer à travailler d’une ma­nière permanente, il faut un projet approuvé. En attendant, on peut faire connaître à l’ingénieur que les fonds sont faits pour Kastel, qu’il peut faire un grand approvisionnement de matériaux. 1,300,000 francs sont une somme qu’on peut em­ployer en cinq on six mois, surtout quand on en a employé trois à faire les approvisionnements. Enfin, s’il reste 2 ou 300,000 francs à dépenser, on les emploiera la campagne suivante.

 

On avait eu le projet de ne rien faire à Kastel et d’inonder tout le terrain sur la rive droite du Rhin, en se servant du Main ; on raisonnait ainsi : pour revêtir Kastel, il faut trois ou quatre millions ; avec les trois ou quatre millions, on peut détourner le Main, faire un pont éclusé et inonder à volonté tout le terrain, jusque vis‑à‑vis l’île Saint‑Pierre. Dès lors ce côté n’est plus attaquable ; dès lors l’ennemi ne s’y présentera pas. Deux redoutes en terre et noyées dans l’inondation, une vis-à-vis l’île Saint-Pierre, l’autre sur le Rhin, construites à millier de toises de Kastel, éloigneraient l’ennemi de ce point. Alors le passage ne pourrait plus être inquiété d’aucune manière, l’ennemi ne pouvant approcher du pont qu’à une grande distance, parce que l’inondation l’en empêcherait. Cette idée, je désire qu’on me la présente sur un huilé et qu’on me dise si cela est impossible d’après le nivelle­ment, ou du moins si la dépense pour creuser ou aplanir le terrain serait assez forte pour qu’il fallût y renoncer.    

 

Alors il n’y aurait besoin de rien faire à Kastel. On aurait sur la droite du Rhin un camp d’une étendue immense, puisqu’on se conserverait, au moyen des glacis, autant de terrain qu’on voudrait à l’abri de l’inondation. Le Rhin ne serait plus rien ; on le passerait comme on voudrait ; l’ennemi serait si éloigné qu’il ne pourrait empêcher le passage, ni même voir les mouvements. D’ailleurs, ayant trois ponts, les mouvements seraient très‑rapides, et le gouverneur oserait, à la pointe du jour, avec les trois quarts de la garnison, déboucher par Kastel, culbuter tout ce qu’il trouverait, fourrager plusieurs lieues sans inquiétude et, avant la moitié du jour, rentrer dans la place et se porter sur un autre point d’attaque, à Mayence, si l’ennemi s’était dégarni de ce côté, car on ne suppose pas que ce puisse être Kastel qui soit attaqué.

 

Quand il sera prouvé que ce projet ne peut se réaliser et qu’on ne peut tirer parti de l’inondation du Main, il faudra donner successivement aux for­tifications de Kastel un bon tracé et un bon relief. Il faudra tâcher de se procurer le plus d’espace que l’on pourra, afin que les troupes puissent déboucher et repasser le Rhin sans confusion. Mais on n’aura encore rempli qu’une partie du but.

 

L’autre but à remplir, c’est de mettre le pont à l’abri de toute insulte. L’ennemi ne doit pouvoir établir aucune espèce de batterie sur le bord du fleuve, à mille toises du pont. Du côté du bas Rhin, il semble que cela est facile à cause de l’île Saint­-Pierre ; du côté du haut Rhin, cela est plus difficile. Si ce qui existe à Kastel n’était d’aucune valeur, la première question à examiner serait celle‑ci : où convient‑il de placer le pont ? et peut‑être trouve­rait‑on qu’il convient de placer le pont plusieurs cents toises plus bas que Kastel.

 

Il faudrait donc dans le projet, indépendamment de Kastel, conserver une tête de pont à l’île Saint­-Pierre, qui tirât sa défense de cette île. Le canal n’a là que cent toises de largeur. On passerait de la rive gauche à l’île Saint‑Pierre, comme on voudrait, par un pont qui ne serait vu d’aucun côté, et de l’île Saint‑Pierre au fort, par un petit port de peu d’importance, parce qu’il aurait moins de cent toises, et que ce n’est pas là le principal courant. Ce point occupé sur la rive gauche aurait le grand avantage d’empêcher l’ennemi de voir le pont de Kastel de ce côté-là.

 

Il ne faut pas compter sur les ouvrages de campagne. Ils ont l’inconvénient d’affaiblir une garnison qui, quelle qu’elle soit, sera trop faible dans une place qui a tant d’étendue. Il ne faut point citer l’exemple du dernier siège : on sait trop bien qu’il y avait alors, non une garnison, mais une armée dont une grande partie n’avait pas pu sortir. Sans doute, quand on ne peut pas faire autrement, il faut faire des ouvrages de campagne ; mais en organisant une place, il faut tâcher de n’en pas avoir besoin, afin d’avoir économie d’hommes et sûreté, ce qui est la propriété de la fortification permanente.

 

NAPOLÉON.

 

D’après la copie. Dépôt des fortifications.

 

 

1015. ‑ ORDRES RELATIFS AUX ÉQUIPAGES MILITAIRES, AUX CAISSONS D’AMBULANCE, ETC.

 

A M. DARU,

INTENDANT GÉNÉRAL DE LA GRANDE ARMÉE A BERLIN.

 

Bayonne, 21 avril 1808.

 

Monsieur Daru, je reçois votre état de situation des sept bataillons des équipages militaires, d’où il résulte qu’il y a 2,600 hommes présents sous les armes, et 4,500 chevaux, plus de 1,000 voitures, c’est‑à‑dire de quoi porter un million de rations de pain. Cet état est satisfaisant, si les voitures sont en bon état, et si les chevaux et les harnais sont d’un bon serevice. Je vois qu’il leur manque quelques objets de détail, que vous vous empresserez sans doute de leur faire fournir. Faites mettre tous ces équipages en état, afin qu’avant le 1er juillet les sept bataillons soient susceptibles de rendre tous les ser­vices possibles. Il faut donner à ces bataillons des carabines prussiennes ; quoiqu’elles ne soient pas de calibre, c’est égal. Ces bataillons, ne devant pas se battre en ligne, peuvent avoir leurs cartouches par­ticulières. J’approuve fort qu'il y ait à chaque batail­lon un moule pour faire les cartouches. J’approuve la répartition que vous me proposez. Vous pouvez laisser en Silésie les 4è et 6è bataillons, sauf, lorsqu’il le faudrait, à en tirer une compagnie pour attacher à l’administration générale.

 

J’attends la situation des caissons d’ambulance que doit avoir chaque corps. Les 19è, 65è, 72è, 105è, et les 5è, 7è et 16è légers n’ont pas eu leur première mise ; il faut la leur faire donner, et qu’ils se pro­curent leurs caissons d’ambulance. Je ne suis point de l’avis de former un bataillon uniquement destiné au service de l’ambulance. Il faut qu’il y ait, sur les trente‑quatre caissons de chaque compagnie, quatre caissons pour le pain et quatre caissons pour l’am­bulance. Vous savez vous‑même que, le lendemain d’une bataille, on est obligé de se servir des cais­sons du pain pour évacuer les malades, et vice versa. Mais il semble que chaque division d’infan­terie a déjà ses quatre caissons d’ambulance appar­tenant aux régiments, et quatre caissons pris dans ceux des transports militaires qui lui sont attachés ; elle en a alors suffisamment.

 

Quand je vous ai donné l’ordre de faire fournir aux corps les capotes, souliers et autres effets dont ils auraient besoin, je n’ai pas seulement entendu que vous les leur fissiez fournir des magasins de l’armée, mais encore que vous eussiez à m’éclairer sur les ordres qui auraient été donnés aux dépôts de ne rien laisser passer, pour contremander ces ordres, s’ils existaient, afin que les corps soient pourvus de tout avant le 1er juillet.

 

NAPOLÉON.

 

D’après la copie comm. par M. le comte Daru.

 

 

1016. ‑ ORDRE DE METTRE EN ÉTAT DE DÉFENSE L’ARSENAL ET LES DEUX PALAIS DE MADRID.

 

A JOACHIM, GRAND‑DUC DE BERG, LIEUTENANT GÉNÉRAL DU ROYAUME D’ESPAGNE, A MADRID.

 

Bayonne, 6 mai 1808, dix heures du matin.

 

Vous trouverez ci‑jointe la copie d’une lettre que j’ai reçue du prince des Asturies.[1] Je ferai partir dans la journée Exelmans avec la notification de ce prince à la junte. Je n’ai point reçu de lettres de vous depuis celle que m’a apportée d’Hanneucourt.

 

J’ai vu avec peine que l’arsenal n’avait pas été occupé. Comment n’avez‑vous pas mis un bataillon dans ce poste important ? Si cet arsenal est entouré d’un mur, comme je le pense, il faut en faire une espèce de forteresse, telle qu’un bataillon puisse y garder les fusils, armes, canons et tout ce qui s’y trouverait. Aucun des officiers ne couche avec les soldats, de sorte que personne n’est à son poste. Faites du Palais‑Neuf une espèce de grande caserne avec des portes et des créneaux, dans laquelle vous logerez la garnison et les officiers. Logez aussi beaucoup d’officiers dans le palais actuel ; laissez les appartements du Roi libres, mais remplissez le reste du palais d’officiers. Par ce moyen, il n’y aura personne en ville. S’il n’y avait pas de portes, pro­fitez de la circonstance pour en faire faire, afin de pouvoir le fermer et empêcher qu’on ne rôde dans les escaliers et corridors de l’intérieur, comme on dit que cela est ; ce serait une troisième forteresse. Si une partie des troupes quittait Madrid, l’arsenal et les deux palais ainsi fortifiés, on serait maître de la ville. Souvenez‑vous des services que m’a rendus le vieux château de Vérone, qui m’a sauvé 2,000 Français et a contenu la ville ; le château de Pavie également. Il ne faut pas que les officiers logent dans les grandes maisons des seigneurs espagnols, pour vivre à leurs dépens ; cela ne vaut rien. Il faut au moins que, s’il ne restait plus que 4 ou 5,000 hommes dans Madrid, ils soient logés dans les trois points désignés, et que ce soient des points forts. Il faut aussi avoir dans le palais quelques palissades et chevaux de frise pour jeter dans les rues en cas d’événement. Je vous recommande cela.

 

Donnez des ordres conformes à ceux que j’ai donnés pour que insensiblement l’hôpital de Valla­dolid soit évacué, et qu’en général il n’y ait pas d’hôpitaux dans les campagnes, exposés à la bar­barie et à la férocité de ces gens‑là.

 

Des escadrons et des régiments de marche doi­vent être arrivés à Madrid. Donnez ordre qu’ils soient incorporés dans les régiments provisoires, ce qui donnera beaucoup de consistance à ces régi­ments.

 

Il faut que les deux ou trois retranchements que vous aurez à Madrid puissent en imposer et donner le temps aux troupes de revenir de trois ou quatre marches. J’attends avec un grand intérêt les détails ultérieurs que vous aurez à me donner.

 

Je suppose que vous aurez envoyé chercher tous les chefs d’ordres, provinciaux et prieurs des cou­vents, et que vous leur aurez fait sentir le danger et les conséquences de se mal comporter.

 

D’après la minute. Archives de l’Empire.

 

 

1017. ORDRE D’ÉTUDIER EN ITALIE LA LIGNE DÉFENSIVE DE LA PIAVE.

 

A EUGÈNE NAPOLÉON, VICE‑ROI D’ITALIE, A MILAN.

 

Bayonne, 8 mai 1808.

 

Mon Fils, je reçois le rapport du général Chasse­loup. Je ne veux point dépenser 500,000 francs à la Rocca d’Anfo. Ce sont de folles dépenses que me fait faire Chasseloup. Il faut adopter un plan d’après lequel je dépenserai 200,000 francs en quatre ans ; je ne veux pas dépenser davantage. Tout ce qui a été fait là est ridicule. J’approuve que vous dépensiez 30,000 francs pour faire arriver un filet d’eau au camp de Montechiaro et entretenir les planta­tions. Il faudrait en Italie une ligne, et que cette ligne couvrît Trévise ; car du moment qu’on est obligé de passer Trévise on découvre Venise, et dès lors on affaiblit l’armée d’une vingtaine de mille hommes, et l’on perd les ressources que l’on trou­verait dans cette ville. Quelle est la ligne qu’il fau­drait prendre ? Je désire qu’on étudie celle de la Piave. Faites‑en lever le plan à grands points et qu’on l’étudie depuis les montagnes jusqu’à la mer. Elle se termine, je crois, dans des terrains maréca­geux où une armée ne pourrait agir, et commence dans des montagnes inaccessibles. La partie qu’il faudrait défendre ne me paraît pas d’une défense très‑difficile ; trois ou quatre têtes de pont en terre, avec des petits réduits en maçonnerie, pourraient donner des avantages à une petite armée sur une plus forte, car elle pourrait déboucher par une de ces têtes de pont pour attaquer l’armée ennemie, tandis que les trois autres seraient défendues par quelques troupes qu’on laisserait dans ces réduits. On pourrait d’autant moins passer entre ces têtes de pont que la rive droite domine la rive gauche ; je crois l’avoir observé, il y a plusieurs années, lors­que j’ai passé cette rivière près d’Asolo.

 

NAPOLÉON.

 

D’après la copie comm. par S. A. I. Mme la duchesse de Leuchtenberg.

 

 

1018. ‑ PUNITION INFLIGÉE A TROIS SOLDATS QUI SE SONT LAISSÉ DÉSARMER.

 

A JOACHIM, GRAND‑DUC DE BERG, LIEUTENANT GÉNÉRAL DU ROYAUME D’ESPAGNE, A MADRID.

 

(EXTRAIT.)

 

Bayonne, 9 mai 1808, cinq heures du soir.

 

Je vois dans votre proclamation que trois soldats se sont laissé désarmer. Donnez ordre que, pendant un mois, ces soldats soient obligés d’assister à la parade avec un bâton au lieu de fusil, et que leurs noms soient mis à l’ordre de l’armée.

 

D’après la minute. Archives de l’Empire.

 

 

1019. ‑ INSTRUCTIONS POUR LA DÉFENSE DE LA GALICE ET DU PAYS COMPRIS ENTRE SALAMANQUE, VALLADOLID ET BURGOS.

 

AU MARÉCHAL BESSIÈRES,

COMMANDANT LA GARDE IMPÉRIALE, ETC., A BURGOS.

 

Bayonne, 11 mai 1808, minuit.

 

Mon Cousin, je reçois votre lettre du 10. Mes malades courent risque d’être assassinés à Valladolid ; vous pourriez y laisser deux ou trois régiments portugais. Vous avez deux régiments qui n’arrivent que le 15, le 16 et le 17, à Burgos. Vous devez être à même de réunir ces troupes à Valladolid, où elles seraient en force pour contenir la populace. Il faut placer les 2è et 3è régiments d’infanterie portugais, qui sont arrivés le 11 et le 12, sur la route de Bur­gos à Vitoria et sur celle de Burgos à Santander. Laissez le régiment de chasseurs à cheval à l’endroit où il se trouve, entre Valladolid et Burgos, et don­nez l’ordre au 4è et au 5è régiment d’infanterie et au 3è de cavalerie de se réunir à Valladolid. Chargez un général portugais de se tenir entre Valladolid et Burgos pour protéger mes malades à Valladolid. Par ce moyen, pour peu qu’il y ait la moindre insulte dans cette ville, vous vous y porteriez avec trois régiments portugais ; vous feriez rétrograder à grandes marches deux autres régiments portugais ; vous joindriez à cela une partie du 22è de chasseurs, 10 pièces de canon et la moitié de l’infanterie que vous avez à Burgos, et vous donneriez à cette ville une si sévère leçon qu’elle ne serait pas tentée de recommencer. Vous donneriez l’ordre au général Verdier de faire filer deux régiments sur Burgos ; il resterait à Vitoria avec un régiment, et enverrait l’ordre au régiment provisoire qui est à Tolosa de venir le joindre.

 

Envoyez un officier au général Junot pour qu’il réunisse à Almeida, sous le commandement d’un général de division, 4,000 hommes pour contenir les villes de Ciudad‑Rodrigo, Salamanque et Valla­dolid. Vous trouverez ci‑joint un ordre que vous lui ferez passer à cet effet. Ce corps sera à votre disposition en cas de mouvement en Galice. Écrivez à Valladolid et à Salamanque pour leur faire sentir le danger qu’elles courent si elles ne restent point tranquilles. Je suis surpris qu’à la première nou­velle que vous avez eue que l’esprit était mauvais dans ces villes vous n’y ayez pas écrit.

 

En résumé, le 3è régiment de cavalerie portugais de 270 hommes, les chasseurs à pied portugais for­mant 600 hommes, le 5è régiment d’infanterie portu­gais de 600 hommes, le 4è d’infanterie portugais de 500 hommes et le régiment de chasseurs à cheval portugais de 100 hommes, ce qui fera 2,000 hommes sous les ordres du général Brito Mozinho, doivent rester cantonnés à Valladolid et entre Valladolid et Burgos. Au moindre événement, les troupes se con­centreront sur Valladolid, avec une partie du 22, de chasseurs français, l’artillerie de la Garde et celle du général Merle, c’est‑à‑dire avec dix à douze pièces de canon et la moitié de votre infanterie ; et, étant ainsi en force de 7 à 8,000 hommes, vous donnerez une sévère leçon à la ville de Valladolid. Ce cas arrivant, les 17è et 18è régiments provisoires, qui forment la brigade du général Sabatier, avec 8 pièces de canon, se rendraient en toute diligence à Burgos. Le général Verdier resterait à Vitoria avec le 13è régiment provisoire et le 14è, qu’il ferait venir de Tolosa, 8 pièces de canon et le 10è de chas­seurs. Il réunirait à lui les 1er, 2è et 3è régiments portugais formant près de 2,000 hommes, ce qui, avec la brigade française, lui ferait encore près de 6,000 hommes. Ainsi, pendant que vous arriveriez à Valladolid, les troupes que vous auriez tirées de Burgos y seraient à peu près remplacées.

 

Pour peu que vous continuiez à avoir des inquié­tudes sur la Galice, Salamanque et Valladolid, attirez à vous la brigade du général Sabatier, que vous ferez remplacer à Tolosa par la brigade portugaise du général Carcome Lobo, composée des 1er, 2è et 3è régiments d’infanterie. Le général Verdier aura les 3è et 14è régiments provisoires et le 10è de chasseurs. Au moindre événement, il serait secouru par un régiment de deux bataillons de 1,200 hommes, qui pourront sortir de Saint‑Sébastien.

 

Je vous recommande de parler haut, de faire faire des démarches auprès des villes de Valladolid et Salamanque, d’y envoyer des prêtres et des chefs de couvents. C’est en parlant haut que vous empêcherez ces gens‑là de faire des sottises. Si vous croyez qu’ils aient besoin d’une correction, faites avancer à une marche 4,000 Français avec 10 pièces de canon, que vous placerez de manière à y être en une marche forcée ou, au plus, en deux petites marches.

 

NAPOLÉON.

 

D’après l’original comm. par Mme la duchesse d’Istrie.



[1] COPIE DE LA LETTRE DU PRINCE DES ASTURIES AU ROI CHARLES IV.

 

Sire,

 

Mon vénérable Père et Seigneur, pour donner à Votre Majesté une preuve de mon amour, de mon obéissance et de ma soumission et pour céder au désir qu’elle m’a fait connaître plusieurs fois, je renonce à ma couronne en faveur de Votre Ma­jesté, désirant qu’elle en jouisse pendant de longues années.

 

Je recommande à Votre Majesté les personnes qui m’ont servi depuis le 19 mars ; je me confie dans les assurances qu’elle m’a données à cet égard.

 

Je demande à Dieu de conserver à Votre Majesté des jours longs et heureux.

 

Fait à Bayonne, le 6 mai 1808.

 

Je me mets aux pieds de Votre Majesté Royale.

 

Le plus humble de ses fils,

FERDINAND.

Extrait du Moniteur du 11 mai 1808.

 

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