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Histoire Militaire et Stratégie
Correspondance de Napoléon
RIHM
 

 

 

Correspondance militaire
de Napoléon Ier

Extraite de la correspondance générale et publiée

Par ordre du ministère de la guerre

Tome cinquième

Paris - 1876

  

1020. - OBSERVATIONS ET REPROCHES DIVERS.

PRINCIPES QU’IL FAUT SUIVRE.

 

A JOACHIM, GRAND-DUC DE BERG, LEUTENANT GÉNÉRAL DU  ROYAUME D’ESPAGNE, A MADRID.

 

Bayonne, 13 mai 1808.

 

Je reçois votre lettre du 10 mai à midi. J’ai lu avec intérêt l’état de situation des troupes espag­noles ; pour le mieux connaître, je le fais traduire. Je vous écrirai là‑dessus dans la journée. Je désirerais que ces états fussent faits à ma manière, c’est-à‑dire qu’il y eût une colonne pour le complet selon l’ordonnance, une des présents, une des hommes détachés et dans quel lieu, une des hommes aux hôpitaux et une dernière colonne d’effectif. Je sais, par exemple, que des corps ont de forts détache­ments aux régiments qui sont à Hambourg, et je ne les vois point portés là. Je ne vois point la situation de l’artillerie.

 

       Je vous ai déjà mandé que je ne pouvais pas en­voyer d’argent ; je suis obligé à trop de dépenses, et l’Espagne n’a jamais eu besoin de secours étran­gers.

 

Il ne faut faire aucun changement dans les affaires ; j’irai peut‑être à Madrid. Il ne faut pas envoyer ici les diamants de la Couronne ; il faut les garder en vous assurant que personne ne les enlève.

 

Il serait convenable d’envoyer un officier d’artil­lerie et un officier du génie, avec un officier de marine, à Ceuta, pour reconnaître l’état de cette place et des quatre Présides que les Espagnols ont en Afrique. Pressez le départ des bataillons de ren­fort qu’on doit y envoyer de Cadix.

 

Je vous ai demandé l’état de situation de la marine.

 

Faites‑moi connaître depuis combien de temps les milices sont sur pied ; quel âge elles ont et pour combien de temps elles sont au service.

 

Vous n’avez pas compris mes intentions et fait une chose qui ne vaut rien, en envoyant les deux régiments suisses à Séville : c’est alors les mettre à la disposition du général espagnol qui com­mande là et qui les fera agir selon l’esprit des troupes espagnoles, qui peut‑être est mauvais. Je vous avais dit de les mettre avec le général Dupont, parce qu’avec ce général ils agiront suivant l’im­pulsion française. Ils sont actuellement à Talavera ; il les y faut laisser, Talavera n’étant pas éloigné de Tolède. Que le général Dupont les passe en revue et les tienne dans sa main, de manière à les influencer. Les mettre avec le général Dupont, c’est comme si vous lui donniez 3 ou 4,000 hommes de plus ; les envoyer à Séville, c’est donner au général espagnol, dont les troupes peuvent être dans un mauvais esprit, 3 ou 4,000 hommes de plus.

 

Vous avez une confiance qui vous attirera quelque malheur. Qu’est‑ce que les gardes du corps qui font la garde près de vous ? Ils vous assassineront. Je vous avais dit de les mettre hors de la ville, à l’Escurial, par exemple. Vous mettez avec les Suisses deux bataillons espagnols ; ces bataillons ont un mauvais esprit et le communiqueront aux Suisses. Je vous prie de vous conformer entièrement aux dispositions que je prescris. Mon hôpital de Valladolid a été for­tement compromis quand vous avez donné l’ordre d’évacuer cette ville. Envoyez les gardes du corps à l’Escurial. Il ne faut point donner des embarras au nouveau roi, auprès duquel je ne souffrirai pas qu’ils restent. Ils seront à l’Escurial sous la surveillance du général qui y commande une division. Réunissez les deux régiments espagnols que vous avez sortis de Madrid dans un point quelconque, mais a deux marches des Suisses, de manière à ne pas les in­fluencer. Isolez les Suisses des Espagnols et rappro­chez‑les des Français. Continuez à faire évacuer l’hôpital de Valladolid sur l’Escurial, qui est un point à garder. Vous avez, je vous le répète, une trop grande confiance ; c’est votre défaut. J’aurais perdu 20 hommes de moins à la révolte de Madrid, si vous aviez inspiré un peu de méfiance aux Fran­çais, qui, de toutes les nations, est celle qui aie plus besoin qu’on lui inspire ce sentiment. Je vous ai écrit de faire fermer l’intérieur de votre palais et d’y faire mettre des portes, et de faire des espèces de forteresses de l’arsenal et du Palais‑Neuf : vous ne me répondez pas ; vous avez tort de penser que cela soit inutile. Vous avez, en vérité, une confiance d’en­fant. Il est possible que je retire toute mon armée de Madrid et que je n’y laisse que 4 à 5,000 hom­mes. Que feront ces troupes ? Se laisseront‑elles égorger ? Fortifiez le Palais‑Neuf, l’arsenal et les casernes, et logez‑y la garnison ; renvoyez les gardes du corps à l’Escurial ; logez les Français au Château, au Palais‑Neuf et dans un couvent hors de la ville. En général, vous flattez trop les Espagnols, et vous nous conduirez bientôt à une nouvelle insurrection, qui peut être plus dangereuse que la première, en ce que la première n’a été dirigée par personne, J’ai plus d’expérience des Espagnols que vous. Quand vous me disiez que vous étiez très‑tranquille à Madrid, je disais à tout le monde que vous ne tar­deriez pas à avoir une insurrection.

 

Répondez en détail à toutes mes lettres. Faites bien comprendre que je n’ai point d’argent. Le mi­nistre des finances est un sot s’il ne sait pas en trouver en Espagne. Envoyez‑moi un mémoire sur la situation des finances, domaines et revenus du pays. Dans le rapport que me fera le sieur Laforest, il me fera connaître la quantité de papier­-monnaie, combien il perd, et sur quoi il est hypo­théqué.

 

Il ne faut point prendre d’aides de camp espagnols, puisque vous ne devez point rester en Espagne. Vous pouvez vous attacher quatre officiers d’ordon­nance espagnols ; bien entendu que vous ne les ad­mettrez pas dans votre intimité et que vous les tien­drez toujours en course.

 

On a envoyé au payeur ici 200,000 francs pour le prince Ferdinand, qui n’avait pas d’argent : faites-­les sur‑le‑champ rembourser à la caisse française par les Espagnols. Quand ils vous disent qu’ils n’ont pas d’argent, c’est qu’ils espèrent que je leur en enverrai et qu’ils voient que le pays est en révo­lution. Il en est de même de votre intendant Denniée, qui demande des bœufs et des farines de France, prétendant que je dois nourrir mon armée. Il est difficile d’être plus maladroit. Comme si, dans un pays de 11 millions d’habitants, la nourriture de 80 ou 100,000 hommes était quelque chose.

 

J’attends avec impatience des nouvelles de Cadix.

 

On m’a parlé de dragons jaunes qui s’étaient mal comportés. Envoyez‑les en France, en les dirigeant par Barcelone sur Perpignan.

 

 

P. S. Je vous envoie deux lettres, que vous ferez passer au général Junot et à l’amiral Rosily, à Cadix.

 

D’après la minute. Archives de l’Empire.

 

 

1021. ‑ ORDRES CONCERNANT LES ÉTATS DE SITUATION A FOURNIR CHAQUE MOIS A L’EMPEREUR.

 

A EUGÈNE NAPOLÉON, VICE‑ROI D’ITALIE, A MILAN.

 

(EXTRAIT.)

 

Bayonne, 16 mai 1808.

 

Vous m’envoyez un état de situation de l’armée italienne au 1er mai qui n’est pas suffisant. Il n’est pas dans la forme que je veux, et que je vous ai indiquée ; ce n’est qu’un résumé qui ne dit rien. Il faut me faire dresser un livret plus complet, où il y ait autant de feuilles que de départements, puis­qu’il n’y a pas de divisions militaires dans mon royaume d’Italie. A chaque département, une page indiquera le nombre de casernes qu’il y a pour l’infanterie et la cavalerie, le nombre de lits que la caserne contient, le nom du général qui commande, le nom des officiers d’état‑major, du génie, de l’ar­tillerie, et des commissaires de guerre qui y sont employés ; une autre page donnera le détail des troupes en garnison dans le département et des compagnies de gendarmerie et de vétérans qui font le service. Après la situation militaire des départe­ments, viendra la partie du livret destinée aux troupes qui sont hors du royaume. Vous mettrez autant de feuilles qu’il y a d’endroits différents où sont placées mes troupes. Il y en a en Espagne, en France, à Naples, à Corfou ; pour chacun de ces pays, il faut une feuille séparée. Vous devez faire dresser un autre livret dans lequel il y aura autant de feuilles qu’il y a de régiments d’infanterie, de cavalerie, d’artillerie, etc., et, pour chaque régi­ment, vous devez réunir sur le même feuillet tous les renseignements qui peuvent faire connaître le détail de sa situation et des détachements qui en dépendent. Un troisième état, consacré aux détails de l’artillerie, doit me faire connaître la quantité de canons, d’affûts, de boulets, de fusils, de pondre, en distinguant ce qui appartient à la France et ce qui appartient à l’Italie. Enfin ce troisième état doit être accompagné d’un autre sur la conscription, et qui me fasse connaître ce que chaque département a dû fournir, ce qu’il a fourni et quelle a été la répartition de son contingent entre les corps.

 

Envoyez‑moi, tous les mois, ces quatre livrets, et j’aurai alors une idée du militaire d’Italie. Depuis deux ans je vous le demande, et vous me laissez toujours dans l’obscur. Je n’ai aucun renseigne­ment ; je ne sais pas où sont les dépôts de mes régi­ments, combien ils ont de bataillons, comment se nomment les colonels, enfin rien. Les états que vous m’envoyez sont des états pour rire ; je ne puis pas même y voir ce que chaque régiment a de détaché en Espagne. C’est tout à fait ridicule. Pour mon armée française, le ministre me remet, deux fois par mois, plus de dix‑huit volumes in‑12 et in‑4°, qui me présentent l’état de mon armée sous tous les points de vue. Envoyez‑moi exactement les états que je vous demande.    

 

NAPOLÉON.

 

D’après la copie comm. par S. A. I. Mme la duchesse de Leuchtenberg.

 

 

1022. ‑ REPROCHES SUR DES DÉPENSES IRRÉGULIÈREMENT ORDONNÉES.

 

AU GÉNÉRAL MARMONT,

COMMANDANT L’ARMÉE DE DALMATIE, A RAGUSE.

 

Bayonne, 16 mai 1808.

 

Il y a beaucoup de désordre dans l’administration de mon armée de Dalmatie. Vous avez autorisé une violation de caisse de près de 100,000 francs. Ce­pendant le crédit mis à votre disposition, pour les travaux du génie et de l’artillerie, est de 400,000 francs. C’est une somme considérable ; comment n’a‑t‑elle pas pu suffire ? La Dalmatie me coûte immensément. Il n’y a pas de régularité, et tout cela met dans les finances un désordre auquel on n’est plus accoutumé. Le payeur est responsable de toutes ces sommes. J’ai ordonné son rappel. Il faut se dépêcher d’envoyer tous les papiers qui pourraient établir ses comptes. Mais tout cela ne justifie pas la dépense. Vous n’avez pas le droit de disposer d’un sou que le ministre ne l’ait mis à votre disposition. Quand vous avez besoin d’un cré­dit, il faut le demander.

 

D’après la minute. Archives de l’Empire.

 

 

1023. ORDRE PRESCRIVANT LA MARCHE DU GÉNÉRAL DUPONT SUR CADIX.

 

A ALEXANDRE, PRINCE DE NEUCHATEL,

MAJOR GÉNÉRAL DE LA GRANDE ARMÉE, A BAYONNE.

 

Bayonne, 18 mai 1808.

 

Mon Cousin, envoyez par un courrier extraordi­naire l’ordre au grand‑duc de Berg de faire partir pour Cadix le général Dupont avec sa première divi­sion composée de 6,200 hommes d’infanterie. Il attachera à cette division un autre général de brigade, qui sera le général Liger‑Belair. La brigade de chas­seurs à cheval forte de 1,200 hommes, le 6è régi­ment provisoire de dragons fort de 320 hommes et le 2è régiment provisoire de dragons fort de plus de 600 hommes, en tout plus de 2,000 chevaux, et 18 pièces d’artillerie, feront partie de cette division, qui sera ainsi de près de 9,000 Français. Le géné­ral Dupont aura de plus sous ses ordres deux brigades suisses, l’une de trois régiments, qui se réunit à Grenade sous les ordres du général Schramm ; l’autre de deux régiments, sous les ordres du géné­ral de brigade Rouyer, part de Talavera. Vous don­nerez l’ordre, par le même officier qui passera à Ma­drid, au général Junot de faire partir sur‑le‑champ un général de brigade avec 450 dragons français, le 70è régiment de ligne fort de 1,800 hommes, et la légion du Midi forte de 800 hommes ; il joindra à cette brigade 10 pièces d’artillerie atte­lées avec approvisionnement et demi, 10 caissons d’infanterie chargés de cartouches, et 10 caissons d’équipages militaires chargés de biscuit. Cette brigade, forte de 3,500 Français, se dirigera droit de Lisbonne sur Cadix et sera sous les ordres du général Dupont, avec lequel elle continuera sa marche. Le général Junot enverra avec cette bri­gade un colonel d’artillerie, un capitaine en rési­dence, outre ceux nécessaires au service, et un officier du génie. Le général Dupont mènera avec lui les commandants du génie et de l’artillerie de son corps d’armée. Par ce moyen, le général Dupont aura 9,000 Français avec lui, près de 4,000 Français tirés de l'armée de Portugal, et 8,000 Suisses. Il combinera sa marche de manière à être secouru par la brigade de Portugal, si cela était nécessaire. Il concentrera toutes ses forces dans Cadix, de manière à être parfaitement maître de ce point important. Il dirigera sa marche de manière que la division qui part avec lui, ou la brigade du Portugal, passe à Séville et y séjourne quelque temps ; il pourra même y envoyer sa division suisse, pendant qu’il se concentrera à Cadix. La 2è division du géné­ral Dupont, que commande le général Vedel, se rendra à Tolède, Il lui sera attaché un millier de chevaux. Moyennant ce, Aranjuez deviendra vacant et pourra recevoir d’autres troupes.

 

Vous ferez remarquer au général Junot que cet affaiblissement de 4,000 hommes lui laisse encore 10,000 Français, ce qui, joint aux 8,000 Espagnols qu’il a, est plus qu’il ne lui faut pour garder le pays ; que les Anglais ne sont en mesure de rien tenter, parce qu’ils savent bien qu’au moment même ils seraient écrasés par des forces supérieures très‑considérables ; que la brigade qui suit le corps du géné­ral Dupont, n’étant que détachée, fait toujours partie de son armée ; il continuera à la solder et à recevoir ses états de situation ; que je tiens à ce que ce soit un vieux régiment qui soit avec cette brigade, soit le 70è soit un autre aussi beau ; que, quant à la légion du Midi, le général Junot est maître d’y mettre ou la légion du Midi ou le bataillon du 31è léger. Au moyen de ces dispositions, aucune réunion de troupes à Elvas ne deviendra nécessaire.

 

Vous ordonnerez au grand‑duc de Berg de joindre le bataillon des marins de ma Garde à la division du général Dupont.

 

NAPOLÉON.

 

P. S. Vous expédierez cet ordre avant minuit, et demain à midi par duplicata, l’un par un officier, l’autre par un courrier, et vous recommanderez au général Junot de mettre la plus grande célérité dans l’exécution du présent ordre.

 

D’après l’original. Dépôt de la guerre.

 

 

1024. ‑ BONNE SITUATION DE L’ARMÉE AUTOUR DE MADRID APRÈS LE DÉPART DU GÉNÉRAL DUPONT.

 

A JOACHIM, GRAND‑DUC DE BERG,

LIEUTENANT GÉNÉRAL DU ROYAUME D’ESPAGNE, A MADRID.

 

Bayonne, 19 mai 1808, huit heures du matin.

 

Le major général vous envoie un de ses officiers avec des ordres pour vous et pour le général Junot. Ces ordres sont que le général Junot fasse marcher directement, de Lisbonne sur Cadix, 3,000 hommes d’infanterie, 400 chevaux et dix pièces de canon, en tout 4,000 Français, et de bonnes troupes ; que cette petite division soit sous les ordres du général Du­pont ; que vous, vous fassiez partir la première divi­sion du général Dupont, qui doit être de 6,200 hommes d’infanterie, sa brigade de chasseurs de 1,200 hommes, le régiment de dragons qui fait partie de son corps et qui est de 300 hommes, le 2è provi­soire, qui est de 600 hommes, en tout 2,000 hom­mes de cavalerie ; plus, le bataillon des marins de la Garde, dix‑huit pièces de canon attelées, le géné­ral de brigade Belair et un autre général de brigade, des officiers du génie et d’artillerie, et enfin des officiers attachés à l’état‑major du général Dupont. Au lieu de 2,000 hommes, portez plutôt sa cavalerie à 2,500 chevaux. Par ce moyen, le général Dupont aura à Cadix 12 à 13,000 Français. Il se dirigera sur Cadix par Cordoue, tandis que le général Junot enverra sa troupe par la route la plus courte. La brigade suisse du général Rouyer et celle du général Schramm sont sous les ordres du général Dupont ; ce qui portera son corps à plus de 20,000 hommes. Le général Dupont se rendra de sa personne à Cadix ; il y réunira toutes ses troupes pour rester maître de cette place ainsi que de la rade. La seconde divi­sion, commandée par le général Vedel, se rendra à Tolède ; vous lui donnerez 8 ou 900 hommes de cavalerie. Je ne suppose pas qu’elle ait déjà dépassé Tolède ; si cela était, vous savez que je ne veux pas de mouvements rétrogrades, vous l’arrêteriez où elle se trouverait et le plus près possible de Tolède. Par ce moyen, Aranjuez deviendrait disponible, et on pourrait y placer une division pendant les chaleurs.

 

Vous devez avoir plus de 10,000 hommes de cava­lerie française. Vous avez le 1er régiment provisoire de cuirassiers, 610 hommes ; le 2è, 568 ; le régi­ment de marche qui doit être incorporé, 269 ; les 1er, 2è et 4è escadrons de marche, 131 ; en tout, 1,578 cuirassiers, qui doivent former les deux régi­ments, l’un portant l’autre, à 800 hommes chacun. Je ne sais pas si ces régiments et escadrons de mar­che ont été incorporés ; cette mesure est urgente, et vous ne m’en avez pas encore rendu compte. Vous avez, en outre, à Barcelone le 3è provisoire, qui est de 430 hommes, et le 3è escadron de marche, de 150 hommes, qui est à Vitoria et qui doit être incor­poré dans le 3è provisoire ; total, 2,100 cuirassiers. En suivant ce calcul, vous avez encore : 2,700 chas­seurs, y compris le 10è et le 22è, qui sont de 900 hommes et se trouvent à Burgos ; 1,400 hus­sards ; 2,300 dragons ; 800 Napolitains et Ita­liens, et enfin 1,000 hommes de la Garde ; total, 10,300 hommes de cavalerie. Mais il faut que vous donniez des ordres pour que tous les régiments et escadrons de marche soient incorporés dans les régiments provisoires ; alors ces régiments acquerront une consistance et seront bons à tout.

 

Ainsi, d’après ces dispositions, vous avez à Madrid les deux régiments de cuirassiers, 1,500 hommes ; de la Garde, 800 ; et les hussards, 1,400. Vous avez plus de 4,000 hommes de cavalerie ; c’est beaucoup plus qu’il ne vous faut.

 

D’après la minute. Archives de l’Empire.

 

 

1025. ‑ FORMATION D’UNE LÉGION PORTUGAISE.

 

AU GÉNÉRAL CLARKE, MINISTRE DE LA GUERRE, A PARIS.

 

Bayonne, 21 mai 1808.

 

Monsieur le Général Clarke, vous aurez reçu le décret par lequel je forme une légion de douze bataillons ou de six régiments portugais, qui doit former 10 ou 12,000 hommes. La tête de ces troupes est déjà arrivée à Bayonne ; elles vont être cantonnées dans les départements des Hautes et Basses‑Pyrénées et du Gers. La cavalerie portugaise actuelle se compose de deux régiments et d’un esca­dron de chasseurs. Le 1er régiment de cavalerie est de 220 hommes montés, le 3è régiment est de 367 hommes, et l’escadron de chasseurs est de 108 hommes ; total, 680 hommes montés. L’infan­terie actuelle se compose de cinq régiments de ligne et d’un régiment d’infanterie légère. Le 1er régi­ment est de 800 hommes ; le 2è, de 700 ; le 3è, de 300 ; le 4è, de 500 ; le 5è, de 680 ; et le régiment d’infanterie légère, de 620 hommes ; environ 4,000 hommes. Il y a avec ce corps plusieurs géné­raux de brigade et de division ; le major général vous en enverra l’état. Ces troupes doivent être trai­tées comme les troupes françaises. J’ai ordonné qu’on envoyât en Portugal cinq officiers et dix sous-­officiers par régiment, pour les recruter et les por­ter au complet fixé par mon décret. Le général qui les commande, et qui est un homme très‑consi­dérable, pense qu’elles seront bientôt portées à 14,000 hommes. Concertez‑vous avec le général Dejean sur les mesures à prendre pour l’habillement et l’équipement de ces corps.

 

NAPOLÉON.

 

D’après la copie. Dépôt de la guerre.

 

 

1026. ‑ EXPOSÉ DES VUES DE L’EMPEREUR SUR LES LIGNES DE DÉFENSE DE LA PIAVE, DE L’ADIGE ET DU MINCIO.

 

A EUGÈNE NAPOLÉON, VICE‑ROI D’ITALIE, A MILAN.

 

Bayonne, 21 mai 1808.

 

Mon Fils, j’ai dicté à Bertrand des notes qu’il vous enverra pour que vous les communiquiez à Chasseloup. Il faut s’occuper de la guerre d’Italie, en supposant que l’ennemi soit momentanément supérieur à vous ; abandonner Palmanova avec 3 ou 4,000 hommes de garnison, et pouvoir tenir der­rière la Piave ; par ce mouvement, l’armée se rap­procherait de ses dépôts et des secours, et l’ennemi s’affaiblirait d’autant. Les hommes laissés à Palma­nova et à Osoppo vous affaibliraient d’autant, mais l’ennemi serait obligé de laisser 6,000 hommes pour les masquer, et s’affaiblirait davantage encore. Tout ce que pourrait prendre l’ennemi ne serait pas considérable ; le pays, jusqu’à la Piave, n’a rien de bien important. Mais, s’il n’y avait pas moyen de se défendre derrière la Piave, et qu’on fût obligé de passer l’Adige, on serait au moment même obligé de jeter une garnison dans Venise, c’est‑à‑dire de s’affaiblir d’un corps de plus de 10,000 hommes. Lorsque ensuite on voudrait repasser l’Adige pour dégager Venise, l’ennemi pourrait se battre avec l’armée d’observation et employer les trois quarts des troupes qu’il aurait devant Venise ; par là l’armée française se serait affaiblie de 10,000 hommes, et l’ennemi seulement de 2 ou 3,000, au moment de la bataille. Il faut donc, si cela est possible, fortifier la Piave, afin de garder Venise et d’avoir le temps de recevoir des renforts. Je désire que vous alliez vous‑même à Bassano, avec des ingénieurs géogra­phes et des officiers du génie ; que là vous montiez à cheval, que vous suiviez les gorges de la Brenta, en passant par Primolano et Feltre, et de Feltre descendant également à cheval sur Asolo ; là, vous vous assurerez bien, par un aide de camp, de la nature du chemin de Feltre à Conegliano.

 

Vous‑même, d’Asolo allez visiter le cours de la Piave, en suivant toutes les sinuosités jusqu’à la mer. Pour que la Piave puisse être une barrière, il faudrait y établir trois petites places, l’une sur le grand chemin, au point le plus près de Conegliano, la seconde au débouché des montagnes, et la troi­sième ne laissant que des marais entre elle et la mer. Trois places, situées sur la rive gauche, avec trois ponts, offriraient à l’armée des avantages pour manœuvrer par son centre, sa droite et sa gauche. L’ennemi chercherait‑il à passer entre Asolo et la place près de Conegliano et à jeter là un pont ? Mais il me semble, si j’ai bonne mémoire, qu’il y a là une montagne qui domine et rendrait ce projet impraticable. Ou bien il se porterait pour jeter un pont entre la place de Conegliano et celle du côté de la mer ; mais il craindrait de voir l’armée débou­cher par Conegliano ou Asolo pour lui tomber dessus. Ou bien l’ennemi ferait un fort détachement par Feltre, et l’armée déboucherait par Conegliano et tomberait sur ses derrières. Ainsi, pour peu que la localité s’y prête, ce qui doit être l’objet d’un examen des ingénieurs et de vous‑même, que la rive offre un obstacle, je crois que plus bas qu’Asolo on ne peut plus passer à gué, ou que, si l’on peut passer à gué, il n’y a qu’un certain nombre de gués, que l’on peut gâter ; que la rive droite domine la rive gauche ; enfin, après l’examen qui aura été fait, on verra si l’on peut s’arrêter à l’idée de prendre cette barrière et de la fortifier.

 

Quant aux fortifications, je ne voudrais que des pentagones en terre, de l’eau dans les fossés et quelques réduits maçonnés. Il y a longtemps que j’ai ordonné que cette partie de la carte, de Feltre à la mer, fût levée avec les hauteurs, pour bien connaître le cours de la Piave. Cette ligne étant près de Venise, Trévise en est le point d’appui, Venise en est le point de retraite. Ainsi les mouvements par Feltre ne peuvent jamais alarmer sérieusement pour les derrières de l’armée. Cette ligne évacuée il faut prendre celle de l’Adige ; elle serait meilleure, sans contredit, sans l’inconvénient d’abandonner Venise. La ligne de l’Adige est tout orga­nisée ; il ne faudrait qu’une place à Ronco ou à Arcole, avec un troisième pont sur l’Adige. Cette deuxième ligne forcée, il reste celle du Mincio avec un ouvrage à Valeggio, et un en avant de Goito, de manière à avoir Peschiera et ces deux points pour manœuvrer. Cette ligne a l’avantage d’être assez courte et de maintenir encore le blocus de Mantoue.

 

NAPOLÉON.

 

D’après la copie comm. par S. A. I. Mme la duchesse de Leuchtenberg.

 

 

1027. ‑ REPROCHES A L’INTENDANT DARU, QUI ÉVEILLE L’ATTENTION PUBLIQUE PAR SES PRO­CÉDÉS ADMINISTRATIFS.

 

A M. MOLLIEN, MINISTRE DU TRÉSOR PUBLIC, A PARIS.

 

Bayonne, 22 mai 1808.

 

Monsieur Mollien, les banquiers refusent d’avan­cer de l’argent aux troupes espagnoles qui sont au corps du prince de Ponte‑Corvo. Je pense que le meilleur parti à prendre pour venir à leur secours est que le sieur Daru leur prête, par l’intermé­diaire d’un banquier de Hambourg, une somme de 500,000 francs, et qu’elles donnent des lettres de change pour pareille somme, qui seront envoyées au payeur de l’armée française en Espagne. Faites connaître cela par un courrier aux sieurs Daru et Bourrienne, mais ajoutez que ce ne serait que dans le cas où les banquiers ne voudraient point fournir d’argent aux Espagnols.

 

NAPOLÉON.

 

D’après l’original comm. par Mme la comtesse Mollien.

 

 

1028. - NOTE RELATIVE AUX FORTIFICATIONS DE LA SPEZIA.

 

AU GÉNÉRAL CLARKE, MINISTRE DE LA GUERRE, A PARIS.

 

Bayonne, 25 mai 1808.

 

En suivant l’ancien système de fortifications, il serait difficile d’asseoir un bon projet de fortifica­tions pour la Spezia sans en porter la dépense à une vingtaine de millions, et on ne les a pas. Cependant il faut pourvoir à la défense de la rade et du port. Combien faut‑il de forts pour mettre en sûreté la rade, le port et les établissements maritimes, qu’on suppose placés dans la langue de terre où est situé le lazaret qu’on convertit en arsenal ? A quelle dis­tance ces forts seront‑ils entre eux ? Quelles faveurs recevront‑ils des localités, et combien y aura‑t‑il dans ces forts de côtés exposés aux attaques ?

 

Il faut considérer trois choses à la Spezia :

 

1° La défense des établissements, qui compren­nent le magasin général où sera la manutention, le magasin des vivres, la machine à mâter, le bassin qu’on fera construire, les ateliers et forges, les chan­tiers de construction (si on les place dans la localité indiquée, celle du lazaret, ce n’est qu’un cap à dé­fendre) : combien faudra‑t‑il de forts pour les pré­server d’une attaque et d’un bombardement ?

 

2° La défense de l’arsenal et des chantiers de construction n’est pas le seul but à remplir : il faut défendre l’anse qui constitue le port que l’on adopte ; je dis, que l’on adopte, parce qu’il y en a cinq ou six à choisir ; il faut que l’ennemi venant par terre ne puisse point se placer sur l’autre côté de l’anse pour brûler l’escadre qui sera dans le port ; il ne pourra point se placer sur le cap où sont les éta­blissements, on y a pourvu par l’article 1er : com­bien faut‑il de forts de l’espèce indiquée pour que l’ennemi ne puisse s’établir sur l’autre côté du port ?

 

Ces deux points remplis, il ne reste plus qu’à pourvoir à la sûreté du golfe. Au premier coup d’œil, il paraît impossible, par les moyens de fortifications, d’en défendre tous les points ; c’est‑à‑dire qu’il est impossible à 2 ou 6,000 hommes, qu’on suppose être la garnison de la Spezia, d’empêcher 30,000 hommes de s’établir sur plusieurs de ces points. Mais il est de ces points qui sont plus ou moins importants ; il faut les analyser tous et faire connaître les effets d’une batterie qui serait placée sur chacun de ces points.

 

L’ennemi peut s’emparer d’une des deux pointes d’entrée : quelle est celle des deux dont il aurait plus d’intérêt de s’emparer ? Pour répondre à cette question, il faut voir quelle est celle qui peut le plus gêner l’entrée et la sortie d’une escadre par les circonstances des passes, des courants, des vents régnant habituellement. Pour cela, il faudra faire ce raisonnement, que l’ennemi a établi une batterie sur le cap de droite, puis sur celui de gauche, et enfin sur l’un et sur l’autre.

 

Dans toutes ces hypothèses, que devra faire l’es­cadre qui est dans la rade ou qui, étant en pleine mer, voudra rentrer dans le port ? S’il est reconnu que les deux caps avancés sont les plus importants à occuper, les localités permettent‑elles qu’ils soient occupés par les forts qu’on propose ?

 

Enfin, si le premier but est de protéger les éta­blissements maritimes, et le second d’assurer le mouillage du port, le troisième est de protéger l’entrée et la sortie des bâtiments.

 

D’après la minute. Archives de l’Empire.

 

 

1029. ‑ NOTE RELATIVE AUX FORTIFICATIONS DE MAYENCE.

 

AU GÉNÉRAL CLARKE, MINISTRE DE LA GUERRE, A PARIS.[1]

 

Bayonne, 30 mai 1808.

 

J’approuve assez le projet tracé sur le plan n° 2, mais en adoptant un système de fortification plus économique, sans quoi on ne pourrait l’exécuter. Le moment où Mayence sera assiégé est, d’ailleurs, éloigné des circonstances actuelles. Le point d’at­taque de Mayence ne peut être sur la rive droite du Rhin. On désirerait donc que l’ouvrage vis‑à‑vis l’île Saint‑Pierre ne fût qu’une simple lunette ou flèche de 30 toises de face, contenant des magasins et casernes, conformément à peu près au plan ci­joint. Avec 170 ou 200,000 francs, cet ouvrage de­vrait être revêtu, ainsi que sa contrescarpe. On tra­cerait cet ouvrage en l’appuyant à la rivière, de manière qu’il n’y eût pas besoin de contrescarpe à la gorge, et que les fossés des faces et des flancs fument battus par des points pris dans l’île Saint­-Pierre. On conserverait derrière la gorge un empla­cement où deux ou trois bataillons pourraient se placer, l’un derrière l’autre, couverts par le fort. Un bataillon en bataille occupe 50 toises : en sup­posant de 4 à 6 toises pour l’épaisseur de chaque bataillon et de son intervalle, 15 à 20 toises suffi­raient à la gorge.

 

Autour du réduit, on tracerait un ouvrage en terre ; on remplirait les fossés d’eau et l’on mettrait dans les places d’armes des réduits casematés.

 

Alors ce fort en terre contiendrait assez de monde pour tenir l’ennemi suffisamment éloigné, et coûte­rait peu de chose. Avec 400,000 livres on peut avoir ce fort. Il remplira le but qu’on se propose, de pouvoir être défendu avec peu de monde. En pla­çant 25 hommes dans chaque réduit de place d’armes et dans les canonnières, 100 hommes dans le réduit central, 100 hommes dans les bastions, en tout 300 hommes, on mettra cet ouvrage à l’abri de l’in­sulte. La garnison, avec ce léger sacrifice, sera tranquille sur ce point important, d’autant plus qu’il y a aussi dans l’île Saint‑Pîerre quelques troupes qui, au premier coup de fusil, déboucheraient dans le réduit. Avec ce simple détachement, on garde un point dont le résultat est immense ; on oblige l’en­nemi à étendre sa ligne de circonvallation ; enfin ces 300 hommes concourent tellement à la défense des ouvrages de Kastel, que, sans cela, il les faudrait de plus à Kastel. On ne perd donc pas un homme, et les mouvements imprévus que cet ouvrage facilite peuvent obliger l’ennemi à avoir une division de plus.

 

Il faut que l’ouvrage en terre soit flanqué des deux côtés par l’île Saint‑Pierre, afin que, Kastel pris, cet ouvrage puisse résister encore.

 

On ne fait aucune observation sur Kastel, sinon qu’on voudrait que le second chemin couvert enve­loppât les trois ouvrages, de sorte que les troupes passées par les trois ponts se trouvassent en bataille derrière les chemins couverts, formant un seul camp retranché sous le feu des forts ; et le moindre mou­vement dans le camp retranché ferait trembler la division ennemie qui serait restée sur la rive droite.

 

Quant à l’ouvrage sur la rive droite du fleuve à l’embouchure du Main, on fait le même raisonne­ment que pour l’ouvrage de l’autre coté. On vou­drait le faire de la même manière avec peu de dépense. Un seul front suffirait.

 

Par le projet d’occuper Kastel, l’embouchure du Main et un point vis‑à‑vis l’île Saint‑Pierre, par des ouvrages en terre d’un bon relief, tel qu’il est de règle de le donner aux ouvrages de fortification permanente, avec un réduit en maçonnerie ayant des casemates et une contrescarpe et deux revers dans le fossé, on réduit la dépense au quart. Ainsi j’économiserai à peu près 1,500,000 francs sur chacun des ouvrages de droite et de gauche de Kastel, c’est‑à‑dire près de trois millions, qui peuvent avec avantage être rapportés au véritable point d’attaque de la place, c’est‑à‑dire les forts Meusnier et Charles.

 

Il faudrait que l’ennemi fût insensé pour attaquer la rive droite ; c’est la rive gauche qu’il faut attaquer de suite.

 

Ces deux problèmes résolus, il reste à résoudre celui des marais de Mombach. On peut dire que la place n’est pas défendue de ce côté ; un ennemi qui ouvrirait la tranchée à trois cents toises du fort Meusnier, de manière que la parallèle fût à l’abri des sorties du fort, tournerait les marais de Mom­bach, obligerait l’assiégé à évacuer toutes ces lunet­tes en terre qui ne sont pas fermées, et ouvrirait la tranchée dans le lieu le plus faible de la place, c’est‑à­-dire le long du bas Rhin. Aussi le génie a‑t‑il toujours demandé que ces fronts fussent refaits. On ne croit point ce travail urgent, et l’on peut à Mayence mieux employer deux ou trois millions qu’il faudra pour cet objet. On désire qu’on occupe les marais de Mombach par un carré défendu sur tous les fronts par l’inondation, et qu’on place dans le mi­lieu un réduit en maçonnerie avec contrescarpe et quelques casemates. Si l’ennemi voulait attaquer sérieusement par Mombach, soit en profitant des glaces, soit après avoir saigné l’inondation ou après une extrême sécheresse, il serait arrêté par les difficultés du terrain et par celles d’un bon ouvrage qui aurait un bon relief et qui serait fraisé et palis­sadé autant qu’il serait nécessaire ; enfin, l’ouvrage pris, il faudrait encore prendre le réduit. Si, au contraire, l’ennemi, comme il est probable, ne s’enfonçait point dans des bas et des marais, diri­geait ses attaques sur la hauteur, les ouvrages de Mombach étant faits, le commandant de la place pourrait dormir tranquille, en laissant 100 hommes dans ce point important ; sans cela il en faudrait 600, et il ne serait pas tranquille. Enfin cela offrira un motif de sécurité dans un événement bien fréquent à Mayence, qui est celui de la gelée. On désire donc à Mombach un ouvrage pareil à ceux indiqués.

 

L’ouvrage de Mombach, ceux des îles Saint‑Jean et Saint‑Pierre, et la tête de pont vis‑à‑vis, sur la rive droite, formeraient alors un ensemble qui aurait un commandant particulier, et qui serait une sorte de citadelle dont l’action s’étendrait sur les deux rives du fleuve.

 

Je désire que les 1,300,000 livres destinées à Kastel soient employées de la manière suivante : Kastel, pour achever les quatre demi‑lunes, revêtir les escarpes, contrescarpes, etc., 600,000 francs ; pour les escarpes des deux fronts d’attaque, 400,000 francs ; tête de pont de l’île Saint‑Pierre, pour les escarpes et les contrescarpes du réduit, 200,000 francs ; pour les déblais des deux fronts en terre, 100,000 francs ; pour les ouvrages de Mom­bach, revêtir le réduit, 150,000 francs ; total, 1,450,000 francs.

 

NOTA. Le budget de 1808 est parti pour Paris, mais je crois me rappeler que Sa Majesté a destiné aux ouvrages de Mayence 200 ou 300,000 francs.

 

D’après la minute. Archives de l’Empire.



[1] Cette note, de la main du général Bertrand, est placée, dans les papiers de l’ancienne secrétairerie d’État, parmi les minutes des dictées de l’Empereur.

 

 

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