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Histoire Militaire et Stratégie
Correspondance de Napoléon
RIHM
 

 

 

Correspondance militaire
de Napoléon Ier

Extraite de la correspondance générale et publiée

Par ordre du ministère de la guerre

Tome cinquième

Paris - 1876

  

1040. OBSERVATIONS AU MARÉCHAL BESSIÈRES,

AU SUJET DE SES OPÉRATIONS.

 

AU MARÉCHAL BESSIÈRES,

COMMANDANT LA GARDE IMPÉRIALE, ETC., A BURGOS.

 

Bayonne, 16 juin 1808.

 

Mon Cousin, le major général vous a écrit la nouvelle du combat de Mallen, qui a eu lieu le 13 et qui doit entraîner la prise de Saragosse, où je suppose que le général Lefebvre est entré le 15. Si vous avez mandé au général Verdier de se rendre sur Saragosse, mandez‑lui que, s’il apprend en route que le général Lefebvre y soit entré, il retourne sur Vitoria. Quant à la cavalerie, vous pouvez la laisser continuer, vu que l’Aragon est un pays favo­rable à la cavalerie.

 

Je ne comprends pas trop le mouvement du général Ducos pour se porter sur Santander. Cela dépend sans doute de la connaissance des localités, que vous avez étudiées. Cependant je désire que vous m’en disiez un mot, et que vous m’envoyiez un croquis ; je ne trouve rien qui m’explique cela sur les grandes cartes. Une fois maître de Santander de vive force, il faut y imposer une contribution de deux millions, faire mettre le séquestre sur les biens de l’évêque, et, si on ne peut pas le saisir, désarmer la ville et les campagnes et faire quelques exemples sévères. Santander et Saragosse soumis, il faut faire marcher sur Léon et sur les Asturies. Le général Lasalle, que je fais renforcer d’un régi­ment de la division Frère, et le général Verdier pourront marcher sur le royaume de Léon ; le général Merle marcherait par les Asturies. Au reste, comme ce n’est que le 20 qu’on sera entré à Santander, j’aurai le temps de vous donner mes dernières instructions. Santander devait être pris avant Valladolid. Dans cette espèce de guerre, un mouve­ment rétrograde ne vaut jamais rien. Votre marche de Santander sur Valladolid a manqué de faire sou­lever toute la Biscaye. La prise de Santander aurait rendu nulle l’insurrection de Valladolid. Le général­ Merle entrant à Santander le 8 et revenant ensuite à Valladolid, cette dernière ville eût été soumise deux jours plus tard, mais on aurait marché de là sur Léon et on aurait profité de la victoire. Ce que je vous dis là est pour votre gouverne. Les mouve­ments rétrogrades sont dangereux à la guerre ; ils ne doivent jamais être adoptés dans les guerres populaires : l’opinion fait plus que la réalité ; la connaissance d’un mouvement rétrograde que les meneurs attribuent à ce qu’ils veulent crée de nou­velles armées à l’ennemi. J’ai fait envoyer de nouveau à Santander un chanoine de Burgos, mais dont je n’attends aucun effet.

 

NAPOLÉON.

 

D’après l’original comm. par Mme la duchesse d’Istrie.

 

 

1041. ‑ OBSERVATIONS SUR LA SITUATION DE L’ARMÉE D’ITALIE.

 

A EUGÈNE NAPOLÉON, VICE‑ROI D’ITALIE, A MILAN.

 

Bayonne, 19 juin 1808.

 

Mon Fils, je reçois vos différents états de l’armée italienne au 31 mai. Le nouveau 7è régiment de ligne, ou le régiment du Pape, n’y est pas compris. Les trois départements d’Ancône y sont considérés comme étrangers, puisque les troupes qui s’y trou­vent sont portées comme hors du royaume. Les six régiments de ligne sont portés pour un effectif de 15,200 hommes. Il faut me faire connaître combien il y a d’hommes à réformer et combien il y en a en état de faire la guerre. Comme le complet de guerre est de 19,400 hommes, il manquerait donc 4,200 hommes pour le complet. Les trois régiments d’in­fanterie légère ont 7,500 hommes ; ils devraient avoir, au complet, 9,600 hommes ; il manquerait donc 9,100 hommes, et, pour compléter tous les régiments d’infanterie, 6,300 hommes.

 

Les quatre régiments de cavalerie font 2,900 hommes ; ils devraient avoir, au complet, 4,000 hom­mes ; il manque donc 1,100 hommes. Ainsi c’est 7,400 hommes qu’il faut pour compléter l’armée italienne. Si vous y joignez ce qui manque pour compléter le régiment formé des troupes du Pape, il faut porter le nombre des hommes manquants à 10,000 hommes.

 

Dans la conscription que je vois que vous avez levée sont compris les hommes qui avaient vingt ans au 1er janvier 1808, c’est‑à‑dire nés dans l’an­née 1788. Ne pourrait‑on pas appeler les 10,000 hommes nécessaires parmi les hommes nés en 1789, et ayant vingt ans au 1er janvier 1809 ? Occupez-­vous de ce projet ; bien entendu que cet appel ne se ferait qu’après la récolte. Si mon armée devait en­trer en campagne au mois de septembre, voyons ce qu’elle pourra fournir.

 

Garde royale. Infanterie : le 3è bataillon de vélites, 600 hommes ; je ne compte ni celui qui est en Espagne, ni celui qui est à Zara ; le 1er  bataillon de la Garde royale qui est à Milan, 600 hommes ; total, 1,200 hommes d’infanterie. Cavalerie : dragons de la Garde, 400 hommes. Artillerie, 100 ; train d’artil­lerie, attelant huit pièces de canon, 100. Total de ce que peut fournir la Garde royale, infanterie, ca­valerie, artillerie, 1,800 hommes.

 

Infanterie de ligne. Le 1er régiment d’infanterie de ligne pourrait fournir quatre bataillons de six compagnies chacun, formant, présents sous les ar­mes, 2,400 hommes ; le 2è régiment pourrait fournir le 4è bataillon de six compagnies, formant 600 hom­mes ; le reste est en Espagne et à Corfou ; le 3è ré­giment pourrait fournir trois bataillons, chacun de 600 hommes ; 1,800 ; le 4è pourrait fournir égale­ment trois bataillons, le reste étant en Espagne, 1,800 ; le 5è pourrait fournir un bataillon de 600 hommes ; le 6è pourrait également fournir un bataillon de 600 hommes, qu’on ferait venir de l’île d’Elbe ; le 7è pourrait fournir deux bataillons, 1,200 hommes ; total, quinze bataillons ou 9,000 hommes d’infanterie.

 

Infanterie légère. Le 1er d’infanterie légère pour­rait fournir quatre bataillons, formant 2,400 hom­mes ; le 2è, également 2,400 ; le 3è, deux bataillons, 1 200 hommes ; total, 6,000 hommes.

 

Total général de l’infanterie, 15,000 hommes.

 

La cavalerie pourrait fournir, savoir : les chas­seurs royaux italiens, trois escadrons de 200 hommes chacun, 600 hommes;  le 2è régiment de chas­seurs, un escadron de 200 hommes ; les dragons de la Reine, trois escadrons, 600 hommes ; les dragons Napoléon, trois escadrons, 600 hommes ; total, 2,000.

 

L’artillerie pourrait fournir à l’armée active, savoir : l’artillerie à pied, 800 hommes ; l’artillerie à cheval, 600 hommes ; total, 1,400 hommes.

 

Les sapeurs pourraient fournir .....

 

Le total de l’armée active italienne serait donc : infanterie, 16,200 hommes ; cavalerie, 2,400 ; artillerie, 1,600 ; sapeurs……total, 20,200 hommes. Ce qui pourrait former une division de cavalerie de trois régiments et deux divisions d’infanterie ; ce qui exigera trente‑six pièces de canon.

 

Indépendamment de cela, les dépôts seront rem­plis de conscrits, pour garder les places fortes et réparer les pertes de la campagne. Faites‑moi un rapport sur cela, car il faut avoir, outre l’armée active, 5 ou 6,000 conscrits des dépôts pour occu­per les places.

 

Envoyez les régiments les moins instruits au camp de Montechiaro, pour les faire travailler et les exercer. Toute la conscription de cette année est déjà arrivée ; la 27è et la 28è division militaire sont remplies de troupes qu’on habille et qu’on exerce. Je ne me presse pas de les envoyer en Italie, pour laisser passer la mauvaise saison ; mais si les circonstances le rendaient nécessaire, je réunirais en août, à Chambéry et à Genève, de fortes colonnes pour les diriger sur l’Italie. Il n’y a pas d’incon­vénients de demander, dans les 27è et 28è divisions militaires, qu’on vous envoie le dépôt des armées de Naples et de Dalmatie dont vous avez les corps, car il faut que tous les 4es bataillons des corps de ces deux armées soient complétés à 7 ou 800 hom­mes présents sous les armes. Pour arriver à ce résultat, il faut d’abord appliquer à mon armée ita­lienne la nouvelle organisation des régiments à cinq bataillons ou vingt‑huit compagnies, et assigner à chacun des dépôts, à poste fixe, un chef‑lieu de département d’où il ne sortira pas.

 

NAPOLÉON.

 

D’après la copie comm. par S. A. I. Mme la duchesse de Leuchtenberg.

 

 

1042. ‑ OPINION DE L’EMPEREUR SUR LE POINT OU DOIT ÊTRE CONSTRUITE LA PLACE SUR LA LIGNE DE DÉFENSE DE L’ADIGE.

 

A EUGÈNE NAPOLÉON , VICE‑ROI D’ITALIE, A MILAN.

 

Bayonne, 21 juin 1808.

 

Mon Fils, j’ai reçu votre lettre du 20. J’attendrai la reconnaissance que vous aurez faite de la Piave pour prendre un parti sur la ligne à fortifier en Italie. Je ne pense pas que la position de la place de l’A­dige soit Albaredo, mais bien vis‑à‑vis de Ronco, de manière à garder les débouchés des marais, et en jetant un pont sur la petite rivière d’Alpone. Mes raisons sont les mêmes que celles qui m’ont porté, en l’an IV, à jeter un pont à Ronco au lieu de le jeter à Albaredo. Si le point était à Albaredo, l’en­nemi intercepterait la communication de cette nou­velle place avec Vérone en jetant un peu de monde dans le marais. Cette place doit répondre aux données suivantes : 1° un pont sur l’Adige, le plus près possible du coude du grand chemin de Vérone à Vicence ; 2° un point d’où l’on puisse communiquer avec Vérone sans rencontrer aucun obstacle.

 

NAPOLÉON.

 

D’après la copie comm. par S. A. I. Mme la duchesse de Leuchtenberg.

 

 

1043. ‑ ORDRES RELATIFS A L’ATTAQUE DE SARAGOSSE.

 

AU PRINCE DE NEUCHATEL, MAJOR GÉNÉRAL, A BAYONNE.

 

Marracq, 30 juin 1808.

 

Le major général écrira au général Verdier qu’il a mis sous les yeux de l’Empereur sa lettre du 28. Sa Majesté a vu avec plaisir que l’ennemi était rejeté dans la place.         

 

Il serait important d’établir une traille ou de transporter dans la rivière une ou deux barques, de manière à avoir un passage de la rive droite à la rive gauche, de faire alors construire sur la rive gauche une tête de pont ou redoute au lieu où cette traille sera établie, ou vis‑à‑vis un gué s’il y en a un, le plus près possible de la ville, hors cependant de la portée du canon, 4 ou 500 hommes et deux ou trois pièces de canon dans cette redoute seront maîtres de la rive gauche, seront protégés par la redoute et par trois ou quatre pièces de canon éta­blies sur la rive droite. De là on pourra partir pour attaquer le faubourg et s’emparer du débouché du pont, et bloquer entièrement Saragosse.

 

On pourrait, au moment de l’attaque, affaiblir la colonne sur la rive gauche autant qu’on voudrait, parce que la redoute lui servirait de refuge et qu’on aurait eu soin de construire une redoute sur la rive gauche du débouché du pont.

 

Il faut recommander au général Verdier de ne point disséminer ses moyens. Le projet de marcher sur un couvent pour s’y loger est le véritable projet. Plusieurs autres travaux peuvent être faits comme contre‑attaque et pour partager l’attention de l’en­nemi.

 

Il faut tirer les bombes et obusiers à très‑grande distance, à 200 toises des remparts. Une fois qu’on sera bien logé dans un couvent, s’ils ne se rendent pas, il faudra profiter des circonstances pour mettre le feu et continuer alors un vigoureux bombar­dement.

 

Il est bien à désirer que la reddition de Saragosse soit prompte ; il paraît que cet événement aura une très‑grande influence sur la soumission de toute l’Espagne.

 

Ce qui doit contribuer davantage à faire rendre Saragosse, c’est de voir que leur retraite est coupée. Au défaut de pont, il est donc bien important d’éta­blir une tête de pont sur la rive gauche et un moyen quelconque de passage ; cela équivaut alors à un pont. En effet, si faible que soit la colonne qui sera sur la rive gauche, au moment qu’on attaquera sur la rive droite, elle n’a jamais rien à craindre si elle a quelques centaines de chevaux. En supposant même qu’elle soit forcée dans ses retranchements vis‑à‑vis du pont, elle peut toujours gagner la tête de pont ou la redoute qui couvre le gué ; la cavalerie empêchera l’ennemi de l’inquiéter.

 

D’après la minute. Dépôt de la guerre.

 

 

1044. ‑ ORDRES CONCERNANT LA RÉINTÉGRATION DANS L’ARMÉE DES OFFICIERS RÉFORMÉS.

 

AU GÉNÉRAL CLARKE, MINISTRE DE LA GUERRE, A PARIS.

 

Bayonne, 13 juillet 1808, six heures du soir.

 

Les officiers réformés, en général, ne l’ont point été sans un motif ; je vois avec peine que vous en mettez un grand nombre dans l’armée. Cependant, vous n’avez sur ces officiers que des notes vagues. Vous placez seize officiers réformés dans le 24è de ligne : introduire seize officiers étrangers dans un corps, c’est s’exposer à changer l’esprit d’un corps. D’ailleurs, la plupart des officiers réformés qui ont été envoyés ici sont très‑mauvais, et, si les corps se remplissent de pareils sujets, je cours risque de n’avoir plus d’armée.

 

Voici le principe que je désire que vous suiviez : vous ne me présenterez, à chaque travail, que deux officiers réformés au plus par régiment ; et quand, dans un nouveau travail, vous me présenterez des officiers réformés pour les régiments qui en ont déjà reçu, vous joindrez les originaux des lettres par lesquels les colonels vous feront connaître quels sont les officiers que vous avez envoyés, si ce sont des hommes bons et sur lesquels on puisse compter, ou si ce sont des hommes médiocres ou mauvais. Par ce moyen je n’aurai à craindre de me tromper que sur deux ou trois officiers dans un régiment.

 

Le travail des nominations des 4es chefs de batail­lon ne peut être fait comme vous le proposez, vu que cela occasionnerait des déplacements trop con­sidérables, qui, indépendamment de la dépense, porteraient trop de retard. Il faut donc nommer aux places des 4es chefs de bataillon pour tous les corps de la Grande Armée entre eux, et pour tous les corps de la Dalmatie, du royaume d’Italie et du royaume de Naples, entre eux. Par ce moyen, on sera sûr que les hommes seront promptement à leur poste.

 

D’après la minute. Archives de l’Empire.

 

 

1045. ‑ OBSERVATIONS SUR LA SITUATION MILITAIRE DES TROUPES EN ESPAGNE.

 

AU GÉNÉRAL SAVARY, AIDE DE CAMP DE L’EMPEREUR,

EN MISSION A MADRID.

 

Bayonne, 13 juillet 1808.

 

Je vous envoie quelques notes sur les affaires d’Espagne, telles que j’en ai entendu raisonner.

 

1re Observation. ‑ Les affaires des Français en Espagne seraient dans une excellente position, si la division Gobert avait marché sur Valladolid et si fa division Frère eût occupé San‑Clemente, ayant une colonne mobile à trois ou quatre journées sur la route du général Dupont.

 

Le général Gobert ayant été dirigé sur le général Dupont, le général Frère étant avec le maréchal Moncey, harassé et affaibli par des marches et des contre‑marches, la position de l’armée française est devenue moins belle.

 

Observation. ‑ Le maréchal Bessières est au­jourd’hui à Medina de Rio Seco avec 15,000 hommes, infanterie, cavalerie, artillerie. Le 15 ou le 16, il attaquera Benavente, se mettra en communication avec le Portugal, jettera les rebelles en Galice et s’emparera de Léon. Si toutes ces opérations réus­sissent ainsi et d’une manière brillante, la position de l’armée française redeviendra ce qu’elle était.

 

Si le général la Cuesta se retire de Benavente sans combattre, il peut se retirer sur Zamora, Sala­manque, pour venir gagner Avila et Ségovie, certain qu’alors le maréchal Bessières ne pourrait point le poursuivre, puisque, dans cette supposition, il serait menacé par l’armée de Galice, dont l’avant­-garde est réunie à Léon. Alors il faut que le général qui commande à Madrid puisse promptement réunir 6 à 7,000 hommes, pour marcher sur le général la Cuesta. Il faut que la citadelle de Ségovie soit occu­pée par quelques pièces de canon, 3 à 400 conva­lescents avec six semaines de biscuit. C’est une grande faute de ne l’avoir pas occupée quand le major général l’a ordonné. De toutes les positions possibles, Ségovie est la plus dangereuse pour l’armée. Capitale d’une province assise entre les deux routes, elle ôterait à l’armée toutes ses com­munications, et, l’ennemi une fois posté dans cette citadelle, l’armée française ne pourrait plus l’en déloger. 3 à 400 convalescents et un bon chef de bataillon, une escouade d’artillerie, rendront le château de Ségovie imprenable pendant bien du temps, et assureront à l’armée l’importante position de Ségovie.

 

Si le général la Cuesta se jette en Galice sans combattre, sans éprouver de défaite, la position de l’armée devient toujours meilleure ; à plus forte raison, s’il est jeté en Galice après avoir éprouvé une forte défaite.

 

Observation. ‑ Si le maréchal Bessières, arrivé devant Benavente, reste en présence sans attaquer le général la Cuesta, ou s’il est repoussé, son but sera toujours de couvrir Burgos, en tenant le plus possible l’ennemi en échec. Il peut être renforcé de 3,000 hommes de troupes de ligne qui accom­pagnent le Roi ; mais alors il n’y a point à hésiter. Si le maréchal Bessières a fait une marche rétrograde sans bataille, il faut sur‑le‑champ lui envoyer 6,000 hommes de renfort. S’il a fait son mouvement après une bataille où il ait éprouvé de grandes pertes, il faudra faire de grandes dispositions, rap­peler à marches forcées sur Madrid le général Frère, le général Caulaincourt, le général Gobert, le général Vedel, et laisser le général Dupont sur les montagnes de la Sierra‑Morena, ou le rapprocher même de Madrid, en le tenant toujours cependant à sept ou huit marches, afin de pouvoir écraser le général la Cuesta et toute l’armée de Galice, pendant que le général Dupont servira d’avant‑garde pour tenir l’armée d’Andalousie en échec.

 

Observation. ‑ Si le général Dupont éprouvait un échec, cela serait de peu de conséquence. Il n’aurait d’autre résultat que de lui faire repasser les montagnes ; mais le coup qui serait porté au maréchal Bessières serait un coup porté au cœur de l’armée, qui donnerait le tétanos et qui se ferait sentir à toutes les pointes extrêmes de l’armée. Voilà pourquoi il est très‑malheureux que toutes les dispositions ordonnées n’aient pas été suivies. L’armée du maréchal Bessières devrait se trouver avoir au moins 8,000 hommes de plus, afin qu’il n’y eût aucune espèce de chance contre lui.

 

La vraie manière de renforcer le général Dupont, ce n’est pas de lui envoyer des troupes, mais c’est d’envoyer des troupes au maréchal Bessières. Le général Dupont et le général Vedel sont suffisants pour se maintenir dans les positions qu’ils ont re­tranchées et, si le maréchal Bessières avait été renforcé et l’armée de Galice écrasée, le général Dupont, immédiatement après, se trouvait dans la meilleure position, non‑seulement par des forces qu’on pouvait alors lui envoyer, mais encore par la situation morale des affaires. Il n’y a pas un habi­tant de Madrid, pas un paysan des vallées qui ne sente que toutes les affaires d’Espagne aujourd’hui sont dans l’affaire du maréchal Bessières. Combien n’est‑il pas malheureux que, dans cette grande affaire, on se soit donné volontairement vingt chances contre soi!

 

Observation. – L’affaire de Valence n’a jamais été d’aucune considération. Le maréchal Moncey seul était suffisant. C’était une folie que de songer à le secourir. Si le maréchal Moncey ne pouvait pas prendre Valence, 20,000 hommes de plus ne le lui auraient pas fait prendre, parce qu’alors c’était une affaire d’artillerie et non une affaire d’hommes ; car on ne prend pas, d’un coup de collier, une ville de 80 ou 100,000 âmes, qui a barricadé ses rues, mis de l’artillerie à toutes les portes et dans toutes les maisons. Or, dans cette hypothèse, le maréchal Moncey était suffisant pour former une colonne mobile, faire face à l’armée de Valence, et faire sentir, dans toute leur force, les horreurs de la guerre. Le général Frère ne pouvait donc rien pour faire prendre Valence, et le général Frère pouvait beaucoup, posté à San‑Clemente, soit qu’il dût revenir à Madrid, soit qu’il dût prendre une posi­tion intermédiaire, pour secourir le général Du­pont.

 

C’était une autre erreur que de songer à faire aller le maréchal Moncey à Valence, pour ensuite le faire marcher en Murcie et sur Grenade. C’était vouloir fondre ce corps d’armée en détail et sans fruit. Comme le dit fort bien le général Dupont, il valait mieux lui envoyer directement un régiment que de lui en envoyer trois dans cette direc­tion‑là.

 

Dans les guerres civiles, ce sont les points impor­tants qu’il faut garder ; il ne faut pas aller partout. Si, cependant, on a dirigé le maréchal Moncey sur Valence, c’était à une époque où la situation des affaires n’était pas la même ; c’était lorsque l’armée de Valence pouvait envoyer en Catalogne ou à Saragosse, comme elle en menaçait.

 

Observation. ‑ Le but de tous les efforts de l’armée doit être de conserver Madrid. C’est là qu’est tout. Madrid ne peut être menacée que par l’armée de Galice ; elle peut l’être aussi par l’armée de l’Andalousie, mais d’une manière beaucoup moins dangereuse, parce qu’elle est simple et di­recte, et que, par toutes les marches que fait le général Dupont sur ses derrières, il se renforce. Les généraux Dupont et Vedel étaient suffisants, ayant plus de 20,000 hommes ; le maréchal Bes­sières ne l’est pas proportionnellement, vu que sa position est plus dangereuse. Un échec que rece­vrait le général Dupont serait peu de chose ; un échec que recevrait le maréchal Bessières serait plus considérable et se ferait sentir à l’extrémité de la ligne.

 

Résumé. ‑ Faire reposer et rapprocher de Ma­drid le général Frère, le général Caulaincourt, le général Gobert, afin qu’ils puissent arriver à Madrid avant le général la Cuesta, si celui‑ci battait le ma­réchal Bessières. Immédiatement après l’événement qui aura lieu le 15 ou le 16, prendre un parti selon les événements qui auront eu lieu, et dans le but d’écraser l’armée ennemie en Galice.

 

Si le maréchal Bessières a un grand succès sans éprouver de grandes pertes, tout sera bien dans la direction actuelle. S’il a un succès après avoir éprouvé beaucoup de pertes, il faut se mettre en mesure de le renforcer. S’il se tient en observation sans attaquer, il faut le renforcer. S’il a été défait et bien battu, il faut se concentrer et rassembler toutes les troupes dans le cercle de sept à huit jour­nées de Madrid, et étudier les dispositions dans les différentes directions, pour savoir où placer les avant‑gardes, afin de profiter de l’avantage qu’on a d’être au milieu, pour écraser successivement avec toutes ses forces les divers corps de l'ennemi.

 

Si on n’ordonne pas sur le champ au général Du­pont de repasser les montagnes, c’est qu’on espère que, malgré la faute faite, le maréchal Bessières a la confiance, qu’on partage, qu’à la rigueur il est assez fort pour écraser l’ennemi.

 

Le maréchal Bessières a eu le bon esprit de tel­lement réunir toutes ses forces, qu’il n’a pas même laissé un seul homme à Santander, quelque avan­tage qu’il y eût à laisser là un millier d’hommes. Il a senti qu’un millier d’hommes pouvait décider la victoire.

 

Quant à la division du général Verdier devant Saragosse, elle a rempli aux trois quarts son but. Elle a désorganisé tous les Aragonais, a porté le découragement parmi eux, les, a réduits à défendre les maisons de leur capitale, a soumis tous les envi­rons, a bloqué la ville et réuni tous les moyens pour s’en emparer, sans que cela devienne trop coû­teux.

 

Voilà l’esprit général de la guerre d’Espagne. Peu de jours après que vous recevrez cette note, beaucoup de choses seront éclaircies ; mais, quoiqu’on puisse espérer que le maréchal Bessières battra l’ennemi dans la plaine, ces observations n’en doivent pas moins être lues avec attention, pour servir à se déterminer à l’avenir.

 

 P. S. Comme le général Frère n’indique point la source où il a puisé les nouvelles du maréchal Moncey, on n’ajoute pas une foi entière à des bruits répandus dans un pays où les esprits sont mal dis­posés.

 

D’après la minute. Archives de l’Empire.

 

 

1046. ‑ NOTE INDIQUANT LA COMPOSITION ET LA SITUATION DE L’ARMÉE EN ESPAGNE ET EN PORTUGAL.

 

AU ROI D’ESPAGNE.

 

Marracq, 14 juillet 1808.

 

L’armée d’Espagne a son quartier général à Madrid. Voici sa composition :

 

1° CORPS DES PYRÉNÉES OCCIDENTALES.

 

Le maréchal Bessières commande le corps des Py­rénées occidentales, qui est fort de 23,000 hommes, infanterie, cavalerie, artillerie, occupe la place de Saint‑Sébastien, les trois Biscayes, les montagnes de Santander, la place de Burgos, et est chargé de combattre l’armée ennemie des Asturies et de Ga­lice.

 

Toutes les troupes sont en mouvement pour com­poser l’armée de la manière suivante.

 

Division MOUTON : 5,100 hommes.

1° brigade, général Reynaud : 4è régiment d’in­fanterie légère, 15è régiment d’infanterie de ligne, 1er bataillon de Paris en marche ; total, 3,000 hom­mes présents sous les armes et six pièces de canon.

 

Cette brigade marche sur Benavente.

 

2° brigade, général Rey : 2è et 12è régiment d’infanterie légère ; total, 2,100 hommes et six pièces de canon.

 

Cette brigade est à Burgos avec le roi et doit joindre sa division.

 

Division MERLE : 8,400 hommes.

Brigade Darmagnac, 1,800 hommes ; brigade Gaulois, 1,800 ; brigade Sabatier, 2,800 ; brigade Ducos, 2,000 ; total, 8,400 hommes et seize pièces canon.

 

GARDE : infanterie : 1,900 hommes, six pièces de canon.

 

Toutes ces troupes marchent sur Benavente.

 

CAVALERIE : 10è chasseurs, 450 hommes ; 22è chas­seurs, 450 ; Garde, 300.

 

Ces troupes marchent sur Benavente.

 

Escadrons de dragons, 300 hommes. Ces esca­drons sont en marche et ont dépassé la frontière.

 

26è chasseurs, 450 hommes ; ils arrivent à Bayonne sous peu de jours.

 

Total de la cavalerie, 1,950.

 

Les forces actives du maréchal Bessières sont donc de 17,000 hommes ; il n’en a guère que 15,000 pour l’affaire de Benavente.

 

S’il obtenait, à Benavente et à Léon, un grand succès contre l’armée de Galice, peut‑être serait‑il convenable, pour profiter de la victoire et de la terreur des premiers moments, de se jeter dans la Galice. Toutefois, il devrait d’abord prendre position à Léon en s’emparant de la plaine, jetant l’ennemi dans les montagnes et interceptant au moins à Astorga la communication de la grande route.

 

Il y a, dans le château de Burgos, un dépôt de 600 hommes en garnison, faisant partie du corps du maréchal Bessières. Il y a encore à Burgos le général de division Bonnet, qui va avoir une colonne mobile de 1,200 hommes, pour maintenir la tran­quillité dans la ville et les environs. Cette colonne est composée comme il suit : 4è bataillon du 118è, formant 450 hommes, actuellement existant à Bur­gos ; 3è bataillon du dépôt général, actuellement à Vitoria, 450 hommes ; deux compagnies du 4è d’infanterie légère, formant un petit bataillon, 400 hom­mes ; en marche, passé la frontière, 1,300 hommes ; un escadron de dragons en marche, 200 hommes ; deux pièces de canon en marche. Ainsi, avant que le maréchal Bessières soit dans le cas de partir de Léon, cette colonne, forte de 1,300 hommes d’in­fanterie, 200 chevaux et deux pièces de canon, sera disponible.

 

La colonne d’Aranda, formée du 1er bataillon de marche, forte de 1,000 hommes et de quatre pièces de canon, peut se réunir, au besoin, avec la co­lonne du général Bonnet. Elles doivent assurer la communication jusqu’aux montagnes, en avant d’Aranda.

 

Le général de brigade Monthion et le colonel Barrère occupent Vitoria avec une colonne composée comme il suit : deux compagnies du 15è de ligne, formant un petit bataillon, 300 hommes ; 2è batail­lon. du 12è d’infanterie légère, 600 ; 2è bataillon du 2è d’infanterie légère, 600 ; ce qui fait 1,500 hom­mes d’infanterie ; un escadron de dragons en marche, 200 chevaux ; deux pièces de canon. Tous ces corps sont en marche.

 

Le général Thouvenot commande à Saint‑Sébas­tien avec 1,000 hommes de garnison.

 

RÉCAPITULATION. ‑ Le corps du maréchal Bes­sières est de 23,000 hommes et 36 pièces de canon.

 

Les détachements et 3es bataillons des corps qui sont aux divisions actives du maréchal Bessières pourront sous quinze jours le rejoindre, vu qu’ils seront remplacés, à Vitoria et à Burgos, par d’autres corps.

 

2° - ARAGON.

 

Jusqu’à cette heure les troupes qui sont en Aragon faisaient partie du corps des Pyrénées occidentales ; le corps des Pyrénées occidentales se portant sur la Galice, il devient indispensable d’en faire une division à part. Aujourd’hui ce commandement com­prend Pampelune, la Navarre et les troupes qui forment le siège de Saragosse sous les ordres du général Verdier. Ces troupes sont divisées en quatre brigades, et sont composées ainsi qu’il suit : trois régiments d’infanterie de ligne de la Vistule, ayant 3,600 hommes sous les armes ; 4è, 6è et 7è bataillon de marche, 1,500 hommes ; 3è bataillon du 14è pro­visoire, 1,300 ; 1er régiment supplémentaire, 900 hommes ; 47è, 15è et 71è, 1,600 ; un bataillon des gardes nationales d’élite, 600 ; total, 9,500 hommes. La cavalerie consiste dans un régiment de lanciers polonais, 700 chevaux, plus un escadron de marche, 400 ; total, 1,100 chevaux.

 

A Pampelune, le général d’Agoult commande. Indépendamment d’un dépôt de 800 hommes for­mant la garnison de la citadelle, il a une colonne mobile composée du 1er bataillon de marche du Portugal, du 3è bataillon du 118è, fort de 600 hom­mes, et d’un escadron de dragons ; ce qui forme un total de 1,400 hommes disponibles pour se porter sur tous les points de la Navarre et sur les commu­nications de Saragosse, pour y mettre l’ordre.

 

Il y a, dans ce moment, en Aragon et Navarre, savoir : camp de Saragosse, 10,600 hommes ; gar­nison de Pampelune, 800 ; colonne mobile de Pampelune, 14,00 ; artillerie, 200 ; total, 13,000 hommes.

 

Aussitôt que Saragosse sera pris, et que le corps de l’Aragon sera constitué, il sera nécessaire de faire rentrer au corps du maréchal Bessières le bataillon du 47è, celui du 15è et les trois bataillons du 14è pro­visoire, ce qui augmentera le maréchal Bessières de 2, 000 hommes, afin de tenir les corps réunis.

 

Il est possible qu’on fasse partir, le 19, de Bayonne 3,000 hommes de bonnes troupes de ligne, pour se diriger sur Saragosse et accélérer la prise de celle place, si toutefois elle n’est pas encore prise. Si Saragosse était pris, le corps du maréchal Bessières pourrait être renforcé de ces 3,000 hommes d’élite et des 2,000 hommes de Saragosse ; ce qui lui ferait un corps nombreux pour la campagne de Galice.

 

Observation. ‑ Indépendamment de Saragosse, les rebelles occupent la ville de Jaca et plusieurs points dans les vallées. A tous les débouchés des vallées en France, il y a un général de brigade avec une colonne mobile. On attendra la prise de Sara­gosse pour entrer dans ces vallées, et y marcher dans les deux sens. En général, l’esprit des vallées est bon, mais des troupes de contrebandiers, que les chefs des rebelles ont enrégimentés, les vexent.

 

3° CATALOGNE.

 

Le général Duhesme occupe Barcelone, qui est une place qui a deux très‑belles forteresses qui la dominent ; c’est la plus grande ville de la monarchie. Le général Duhesme a deux divisions, la division Chabran et la division Lechi, formant 11,000 hommes d’infanterie, 1,600 hommes de cavalerie et 18 pièces de canon.

 

Le général Duhesme a eu plusieurs événements, a brûlé un grand nombre de villages et maintenu en respect à quinze lieues à la ronde.

 

La ville de Girone n’ayant pas été occupée, les insurgés de la Catalogne ont établi là leur junte, d’où ils donnent le mouvement au reste de la province. 2,000 insurgés assiégeaient le fort de Figuières ; on y avait laissé heureusement 300 Français ; ils ont été obligés de tirer beaucoup de coups de canon et de brûler le village.

 

Le général de division Reille, avec deux bataillons toscans, a marché sur Figuières, l’a débloqué le 6 du mois et y a fait entrer une grande quantité de vivres, dont on manquait. Le 10, il réunissait sa division, qui arrivait des divers points de la France : il avait déjà 6,000 hommes ; et il doit avoir aujourd’hui 9,000 hommes. Il doit s’assurer de Rosas et marcher sur Girone, établir sa communication avec le général Duhesme, et, ensemble, pacifier la Catalogne. Les forces réunies des généraux Duhesme et Reille s’élèvent donc à 22,000 hommes.

 

Ainsi le corps des Pyrénées occidentales est fort de 23,000 hommes ; celui d’Aragon, de 13,000 ; celui de Catalogne, de 22,000 ; total, 58,000 hommes.

 

Nous venons de faire connaître la situation de l’armée dans les provinces de la Biscaye, de Santander, de la Castille, de la Navarre, de l’Aragon et de la Catalogne, c’est‑à‑dire sur toute la frontière de France ; voici actuellement la situation dans les autres points.

 

Les deux corps qui se sont rendus à Madrid, sous les ordres du général Dupont et du maréchal Moncey, portaient et portent encore, le premier, le nom de Corps d’observation de la Gironde, commandé par le général Dupont ; le second, le nom de Corps d’observation des côtes de l’Océan, commandé par le maréchal Moncey.

 

Le corps d’observation de la Gironde est composé de trois divisions : deux sont en Andalousie avec le général Dupont ; la 3è, avec le général Frère, doit être à présent à San‑Clemente.

 

Le corps d’observation des côtes de l’Océan est composé également de trois divisions : la première est, avec le maréchal Moncey, sous Valence ; les deux autres sont à Madrid et disséminées en différentes colonnes pour maintenir la communication avec le général Dupont. Les états de situation vous feront connaître la force de ces divisions ; mais on peut en général les considérer, les unes dans les autres, comme fortes de 10,000 hommes présents sous les armes.

 

Il y a à Madrid deux bataillons de la Garde, formant 1,000 hommes, et à peu près 900 hommes de cavalerie de la Garde.

 

Ainsi il y a à Madrid, et du côté de Valence et de l’Andalousie, la valeur de 40,000 hommes d’infanterie, 8,000 hommes de cavalerie et 80 pièces de canon attelées.

 

Le général Junot a, en Portugal, trois divisions formant, présents sous les armes, compris son artillerie, sa cavalerie, 23,000 hommes.     

 

Telle est la situation de l’armée en Espagne et en Portugal.

 

1re Observation. – Les événements qui se passent aujourd’hui et demain amélioreront beaucoup la situation de toutes les affaires, en jetant dans la Galice le général la Cuesta, en lui ôtant sa communication avec l’Estramadure, Madrid et l’Andalousie, en assurant notre communication avec le Portugal et en assurant la soumission des provinces de Salamanca, Zamora, Toro. La manière dont ces événements auront lieu décideront à entrer sur‑le‑champ en Galice, à soumettre les Asturies, ou à différer encore quelques jours.

­

Observation. ‑ La Navarre et la Biscaye se sont maintenues tranquilles. En Aragon, le plat pays a été soumis ; les rebelles ont été battus plusieurs­ fois. Avec deux seuls bataillons, 8 à 10, 000 insurgés ont été détruits ou dispersés ; le découragement est au dernier point parmi eux. Ils se sont défendus dans leur maison à Saragosse, on les a bombardés : on leur a fait beaucoup de mal. On achève aujour­d’hui de bloquer la ville en jetant un pont sur l’Èbre. Une fois cette ville soumise, il n’y a pas de doute que tout l’Aragon ne devienne tranquille. Une partie des troupes sera cependant nécessaire pour main­tenir la province ; une petite partie pourra aider à la soumission de la Catalogne ; la partie qui est né­cessaire pour le bien du service du corps du maré­chal. Il peut ne pas prendre la ville, qui est très­ grande, si les paysans s’y sont enfermés et ne crai­gnent point de la ruiner. Mais le maréchal Moncey se maintiendra dans le plat pays, occupera les révoltés du pays, qu’il empêchera de se porter ailleurs, et fera porter au pays le poids de la guerre.

 

Observation. – La première opération du général Reille a débloqué Figuières ; il soumet à présent tous les environs. Il ne tardera pas sans doute à s’emparer de Girone, et à établir sa communication par terre avec le général Duhesme. La réduction de la Girone entraînera probablement celle de Lerida. On pourrait alors avoir une colonne de 2 ou 3,000 hommes qu’on dirigera par Tortose sur Valence.

 

Observation. – On n’a point de nouvelles de l’expédition de Valence, et le général Moncey a 8,000 hommes. Avec ces forces, il n’a rien à craindre. Il ne peut pas prendre la ville, qui est très-grande, si les paysans s’y sont enfermés et ne craignent point de la ruiner. Mais le maréchal Moncey se maintiendra dans le plat pays, occupera les révoltés du pays, qu’il empêchera de se porter ailleurs, et fera porter au pays le poids de la guerre.

 

Observation. - On compte que le général Dupont a aujourd’hui près de 20,000 hommes. Si les opérations du maréchal Bessières réussissent bien, il n’y aura pas d’inconvénient à appuyer encore le général Dupont et à lui permettre de reprendre l’offensive. Ainsi les deux points importants et où on fera une véritable guerre réglée sont la Galice et l’Andalousie, parce que les troupes du camp de Saint‑Roch, de Cadix, des Algarves, font près de 25,000 hommes ; qu’elles ont pris parti pour la sédition de Séville en Andalousie, et que tout ce qui était à Porto a pris parti pour les rebelles de Galice.

 

Le point le plus important de tous est celui du maréchal Bessières, comme on l’a déjà vu dans la note qu’on a envoyée. On doit tout faire pour que ce corps n’éprouve aucun mouvement rétrograde, aucun échec ; celui du général Dupont vient après. Les affaires de Saragosse sont en troisième ordre ; celles de Valence ne sont qu’en quatrième. Voilà la véritable situation des affaires militaires du royaume.

 

Il paraît convenable de former dans l’Aragon une division de 10 à 12,000 hommes, que pourra commander le général Verdier. Il devra correspondre directement avec l’état‑major du Roi, avec le maré­chal Bessières, pour s’entendre avec le général Du­hesme, pour se concerter avec le général de la 11è division militaire, qui se tiendra à Bayonne afin de connaître toujours la situation de ma frontière. Son commandement doit embrasser la Navarre et tout l’Aragon. Alors l’armée sera composée du corps des Pyrénées occidentales, de la division de l’Aragon (il est inutile d’en faire un corps), du corps de la Catalogne, composé de 3 divisions, y compris celle du général Reille, et des 6 divisions que forment les corps d’observation de la Gironde et des côtes de l’Océan. Cela fera à peu près 12 divisions réunies, et, en outre, un certain nombre de petites colonnes mobiles et de garnisons.

 

D’après la minute. Archives de l’Empire.

 

 

1047. ‑ DÉCORATIONS ACCORDÉES A L’ARMÉE

D’ESPAGNE.

 

A ALEXANDRE, PRINCE DE NEUCHATEL,

MAJOR GÉNÉRAL DE LA GRANDE ARMÉE, A BAYONNE.

 

Bayonne, 19 juillet 1808.

 

Écrire au général Dupont une lettre pour faire connaître ma satisfaction sur les combats de Cordoue et sur les deux combats de Jaen.

 

J’accorde soixante décorations de la Légion d’hon­neur pour le combat de Cordoue, dont trente pour des officiers et trente pour des sous‑officiers et soldats, dont au moins cinq ou six seront données à des con­scrits qui voyaient le feu pour la première fois et qui se seront le mieux comportés. J’accorde dix décorations d’officier de la Légion à ceux qui sont légionnaires et trois de commandant à ceux qui seront officiers. En portant des personnes qui lui ont été le plus utiles, le général Dupont dressera sans délai un procès‑verbal de toutes ces nomina­tions, et, quand il sera signé, il les fera connaître aux individus.

 

J’accorde cinq décorations pour les officiers et cinq pour les sous‑officiers et soldats pour le pre­mier combat de Jaen, que commandait le capitaine de frégate Baste ; quinze pour les officiers et quinze pour les sous‑officiers et soldats pour le deuxième combat de Jaen, que commandait le général de brigade Cassagne.

 

J’accorde à la division du maréchal Moncey, pour les succès de ses cinq combats, vingt décorations pour les officiers et vingt pour les sous‑officiers et soldats.

 

J’accorde dix décorations aux officiers et dix aux sous‑officiers et soldats pour les troupes françaises qui se sont distinguées en Catalogne dans les diffé­rents combats.

 

J’accorde six décorations pour les officiers et six pour les sous‑officiers et soldats pour les troupes qui ont donné au passage de la rivière. Je crois cependant que j’en ai déjà donné au 70è pour ce passage ; il faudra y faire attention.

 

J’ai déjà accordé an maréchal Bessières cent décorations pour la bataille de Medina de Rio Seco.

 

En faisant mettre ces décorations à l’ordre de l’armée, on fera connaître ma satisfaction aux soldats.

 

Faites‑moi connaître aussi dans la journée ceux qui se sont distingués à la bataille de Medina de Rio Seco, aux combats de Cordoue et du maréchal Moncey.

 

D’après la minute. Dépôt de la guerre.