| Institut de Stratégie Comparée, Commission Française d'Histoire Militaire, Institut d'Histoire des Conflits Contemporains |
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Correspondance
militaire Extraite
de la correspondance générale Par
ordre du ministère de la guerre Tome cinquième Paris - 1876 1050. ‑ MESURES PRESCRITES A LA SUITE DE LA CAPITULATION DE BAYLEN. AU
GÉNÉRAL CLARKE, MINISTRE DE LA GUERRE, A PARIS. Rochefort,
5 août 1808. Monsieur
le Général Clarke, je vous ai fait connaître hier l’horrible
catastrophe du général Dupont. Le Roi a jugé convenable d’évacuer
Madrid pour se rapprocher de l’armée ; il a dû partir le 2 août. Un événement
aussi extraordinaire a culbuté de ce côté toute espèce de mesure. Le maréchal
Bessières, qui avait eu le plus grand succès, s’était approché des débouchés
de la Galice ; il a dû recevoir dans les premiers jours du mois l’ordre
de se rapprocher. J’espère qu’à l’heure qu’il est, il a opéré sa
jonction avec le Roi. Ce nouvel état de choses exige, 1° de mettre en état
de guerre et d’approvisionner toutes les places des Pyrénées ; 2°
d’avoir à Perpignan et à Bayonne de grands magasins de vivres, de
biscuit, de farine et de grands dépôts d’habillement ; 3°
d’organiser parfaitement la direction d’artillerie de Perpignan et de
Bayonne, en y envoyant des officiers. Donnez des ordres pour que le tout
s’établisse ainsi, et concertez‑vous avec Dejean, tout cela est de
la plus grande importance. Qu’il y ait des armes, des fusils, des shakos
dans chacune de ces places, et un bon ordonnateur. J’ai
donné l’ordre pour la rentrée, sur Mayence, du 1er corps de
la Grande Armée, du 6è corps et de deux divisions de dragons. Tout cela
arrivera vers les premiers jours de septembre à Mayence. Il est convenable
que vous preniez vos mesures en conséquence, et que vous me fassiez un
rapport pour diriger sur cette place, ou sur toute autre de la route de
Mayence à Bayonne, ce que les dépôts et les 4es bataillons de ces corps
peuvent fournir pour les renforcer ; enfin que vous fassiez toutes les
dispositions nécessaires pour avoir à Bayonne des vivres, de la poudre,
des cartouches, des munitions d’artillerie, et tout ce qui est nécessaire.
Cela est très‑urgent, car je vois plus de rapidité dans l’évacuation
que je ne l’aurais cru. Un événement comme celui‑là a sans doute
beaucoup de pouvoir sur les imaginations ; cependant il me semble qu’il en
a un peu plus qu’il ne faudrait. Je
crois vous avoir déjà écrit pour que le 36è fût dirigé sur Rennes, et
le 55è, qui est à Rennes, sur Bayonne. Faites tout ce qui est nécessaire,
et agissez de concert avec Dejean, en gardant le secret le plus possible. NAPOLÉON. D’après
l’original. Dépôt de la guerre. 1051.
‑ NOUVELLE NOTE SUR LA SITUATION DE L’Espagne. Rochefort,
5 août 1808. 1°
Les événements inattendus du général Dupont sont une preuve de plus que
le succès de la guerre dépend de la prudence, de la bonne conduite et de
l’expérience du général. 2°
A la seule lecture du rapport du colonel d’Affry, on avait deviné tous
les événements. Après
une perte aussi considérable, on ne peut être surpris que le Roi et les généraux
jugent convenable de concentrer l’armée et d’évacuer Madrid. En
examinant avec attention, non les rapports mensongers des individus qui
parlent dans leur sens, mais les faits tels qu’ils se sont passés, on est
convaincu, 1° que le général Castanos n’avait pas plus de 25,000 hommes
de troupes de ligne et de 15,000 paysans ; un jour on sera à même de vérifier
ce qui est avancé ici ; 2° que, si le général Dupont les eût attaqués
on se fût battu avec tout son corps réuni , il les eût complètement défaits. 3°
On pense qu’on aura tout le temps d’évacuer les blessés de Madrid ;
qu’arrivé à Aranda, il faudra occuper, aussi longtemps qu’il sera
possible, les hauteurs de Buitrago, afin de donner le temps au maréchal
Bessières de revenir de son mouvement de Galice ; qu’il faut réorganiser
la province de Burgos, les trois Biscayes et celle de Navarre. Elles
comprendront facilement qu’en ce moment plus que jamais elles doivent
rester fidèles et se bien conduire, sous peine d’être traitées avec
toute la rigueur de la guerre. 4°
On pense que l’armée doit être divisée en trois corps : le corps
principal on du centre, où commande le Roi, qu’on porterait à 30,000
hommes, campé à Aranda ; le corps de droite du maréchal Bessières,
d’environ 15,000 hommes, faisant face à ce qui pourrait arriver de Galice
ou d’Estremadure, occupant Valladolid par une division, ayant une autre
division intermédiaire avec le corps du centre et une troisième division
plus sur la droite, selon les circonstances ; enfin le corps de gauche ou
d’Aragon, destiné à maintenir la Navarre et le pays environnant,
occupant Logrono et Tudela, et liant sa droite au corps du centre par une
division qui, au besoin, renfoncerait ce corps et devra maintenir Soria par
un corps volant. Les corps du centre et le corps de droite doivent
s’appuyer sur Burgos, et le corps d’Aragon doit avoir son point
d’appui sur Pampelune. 5°
Pour organiser le corps du centre dans ce but, on croit qu’on doit le
renforcer de la brigade du 14è et du 44è de ligne, 200 chevaux et huit pièces
de canon qu’on tirerait du corps devant Saragosse ; de la brigade du général
Mouton, composée des 4è léger, 15è de ligne, du bataillon de Paris et
huit pièces de canon ; de la brigade commandée par le maréchal Ney, et
qui est déjà à une marche en avant de Bayonne, composée des 43è et 51è
de ligne, 26è de chasseurs, et six pièces de canon ; enfin de quatre
escadrons de marche de dragons et d’un régiment polonais de la Garde. On
réunirait les 3es bataillons aux deux premiers de tous les régiments
d’infanterie, et on mêlerait les jeunes soldats aux anciens. On
évalue à environ 10,000 hommes le renfort que recevrait le corps du
centre, qui serait alors composé des 18,000 hommes qui le forment à présent,
des renforts évalués à 10,000 hommes. Les détachements des dépôts des
4è léger, 15è de ligne, 14è et 44è, 43è et 51è de ligne, 2è et 12è
légers, rejoindront insensiblement et porteront ce corps à 30,000 hommes.
Ces 30,000 hommes ne sauraient être en meilleures mains que sous les ordres
du maréchal Ney, hormis une réserve de 4 à 5,000 hommes destinés à la
garde du Roi, et que le Roi conserverait auprès de sa personne et ferait
marcher avec le général Salligny ou avec Savary, quand il le jugerait nécessaire. Le
corps du centre se tiendrait à la hauteur d’Aranda, les communications
bien assurées avec le maréchal Bessières à Valladolid, des têtes de
pont bien établies à Aranda et Valladolid. Ce
corps se nourrira par Burgos et devra non seulement maintenir la tranquillité
dans cette province, mais encore assurer ses communications avec le corps
de Saragosse qui occupera Tudela et Logrono. Le
corps du maréchal Bessières, fort de 15,000 hommes, devra occuper
Valladolid, en faisant face à ce qui arrivera d’Estremadure ou de
Castille, ayant ses trois divisions en échelons et se nourrissant des
provinces de Valladolid, Palencia et Léon. On
enverra le maréchal Moncey pour commander le corps du général Verdier, et
on chargera ce maréchal du commandement de la Biscaye et de tous les
derrières. On
estime qu’on peut retirer du camp sous Saragosse les 11è, 14è, 44è de
ligne, 200 chevaux et huit pièces de canon. Le reste doit être formé en
trois divisions et destiné à maintenir la Navarre. La
position de Logrono est trop près ; il faut occuper au moins jusqu’à
Tudela, pour soumettre la Navarre et tout ce qui bougerait. Dans
l’ordre offensif, deux divisions peuvent se porter à marches forcées sur
l’armée. 6°
Il faut ne point faire une guerre timide et ne point souffrir aucun
rassemblement ennemi à deux marches d’aucun corps d’armée. Si
l’ennemi s’approche, il faut ne point se laisser décourager par ce qui
s’est passé, se confier dans sa supériorité, marcher à lui et le
battre. L’ennemi prendra lui‑même probablement une marche très‑circonspecte
; il y sera réduit du moment qu’il aura eu quelques exemples. Dans
cette situation de choses, toutes les fois qu’on serait sérieusement
attaqué par l’ennemi, on pourra lui opposer le corps du Roi, qui doit toujours
être ensemble, et les deux tiers du corps du maréchal Bessières. Ce maréchal
doit toujours tenir un tiers de son corps à une demi‑journée, un
tiers à une journée du corps du centre, et un tiers sur la droite, suivant
les circonstances. Également, un tiers du corps du général Verdier doit
se tenir à la gauche du Roi pour le joindre, si cela était nécessaire, de
sorte que, dans un jour, le Roi puisse réunir plus de 40,000 hommes. 7°
Il faut débuter par des coups d’éclat qui relèvent le moral du soldat
et fassent comprendre à l’habitant qu’il doit rester tranquille. Un des
premiers coups les plus importants à porter, et qui serait utile pour
relever l’opinion et compenser l’évacuation de Madrid, serait que la
brigade des 14è et 44è qu’on rappelle de Saragosse, aidée d’un détachement
du corps du centre, soumette Soria, le désarme et le fasse rester
tranquille. Attaquer
et culbuter tout ce qui se présentera doit être l’instruction générale
donnée au maréchal Bessières, au maréchal Ney et au général Verdier de
sorte qu’à une marche ou à une marche et demie du corps français il
n’y ait aucun rassemblement des insurgés. On
est d’opinion que, si l’avant‑garde du général Castanos
s’avance sur Aranda et dépasse les montagnes de Buitrago, il faut, avec
tout ce que l’on peut réunir dans un jour, marcher à lui sans lui donner
le temps de s’y établir sérieusement, le culbuter et le jeter au delà
des montagnes, et, si l’affaire est décisive, se reporter sur Madrid. L’ennemi
doit essayer de déloger l’armée française de cette position par trois
points, par la Galice et l’Estremadure, par la route d'Aranda, et enfin
par les rassemblements des provinces d’Aragon, de Valence et autres de
Castille. Toutes
ces combinaisons sont difficiles à l’ennemi, et, si on dissipe ces
rassemblements, à mesure qu’ils se forment, sur tous les points, et
qu’on les tienne à distance d’une ou deux marches des cantonnements
français ; si alternativement les Français prennent l’offensive, tantôt
à leur droite, en renforçant le maréchal Bessières, pendant que le
centre se tiendra dans une bonne position derrière la rivière et à
l’abri de toute attaque, tantôt au centre avec le corps du Roi, les deux
tiers du corps de droite et un tiers du corps de gauche, l’ennemi sera
bientôt obligé à la plus grande circonspection. 8°
On aurait pu aussi conserver Madrid, en renforçant le corps qui s’y
trouve des 14è et 44è de ligne, de la brigade du général Mouton, de
celle du général Lefebvre, qui en dernier lieu a été envoyée au maréchal
Bessières, et enfin des renforts qu’amène le maréchal Ney. On aurait
ainsi renforcé le corps de Madrid de plus de 14,000 hommes, et il est
douteux que l’ennemi eût voulu se mesurer avec des forces aussi considérables
et s’exposer à une perte certaine. 9°
Si de fortes raisons obligeaient d’évacuer Aranda, on perdrait l’espoir
de rétablir ses communications avec le Portugal. Dans le cas où un événement
quelconque porterait à évacuer le Duero, et à se concentrer sur Burgos
pour se réunir là avec le maréchal Bessières, le corps du général
Verdier peut communiquer par l’Èbre et avoir toujours son mouvement isolé
pour maintenir la Navarre, contenir l’Aragon, tous les rassemblements de
ce côté, et protéger la route principale. Pendant cet intervalle, des
renforts journaliers arriveront à l’armée, jusqu’à ce qu’enfin les
divisions de la Grande Armée qui sont en marche soient sur les Pyrénées. On
a recommandé de tout temps le petit fort de Pancorbo ; il est nécessaire
de l’occuper, même quand on ne garderait pas la ligne de l’Èbre.
C’est une vedette d’autant plus utile, qu’elle domine la plaine et
serait un obstacle si jamais l’ennemi s’en emparait. 10°
La troisième position qui se présente à l’armée, c’est la gauche
à Pampelune et la droite sur Vitoria, maintenant ainsi ses communications
avec les places importantes de Saint‑Sébastien et de Pampelune. Au
reste, toutes ces notes peuvent difficilement être de quelque utilité. Les
événements modifient nécessairement les dispositions. Tout dépend
d’ailleurs de saisir le moment. 11°
Résumé. Le premier but est de se maintenir à Madrid, si cela est possible
; le second, de maintenir ses communications avec le Portugal, en occupant
la ligne du Ducro ; le troisième, de conserver l’Èbre ; le quatrième,
de conserver ses communications avec Pampelune et Saint‑Sébastien,
afin que, la Grande Armée arrivant, on puisse en peu de temps culbuter et
anéantir tous les révoltés. D’après
la minute. Archives de l’Empire. 1052.
‑ NOUVEAUX EMPLACEMENTS OCCUPÉS EN ALLEMAGNE PAR LES CORPS DE LA
GRANDE ARMÉE. A
ALEXANDRE, PRINCE DE NEUCHATEL, MAJOR
GÉNÉRAL DE LA GRANDE ARMÉE, A PARIS. Saint‑Cloud,
16 août 1808. Mon
Cousin, vous donnerez l’ordre, au reçu de la présente, que la division
Oudinot, infanterie, cavalerie et artillerie, se dirige sur Glogau, où
elle tiendra garnison et fera partie du corps du maréchal Davout. La ville
de Danzig sera gardée, 1° par un bataillon de dépôt de la division
Oudinot, par les hommes éclopés qui ne pourront pas partir ; 2° par un régiment
de cavalerie et un d’infanterie que le maréchal Soult a sur la Vistule.
Vous ordonnerez de plus que deux régiments d’infanterie polonaise, un régiment
de Saxons et un régiment de cavalerie polonaise ou saxonne partent sans délai
du duché de Varsovie pour se rendre à Danzig, dont ils formeront la
garnison définitive. Après l’entrée à Danzig d’un régiment du maréchal
Soult, la division Oudinot devra en partir sans délai. Vous donnerez
l’ordre au maréchal Davout de porter son quartier général à Breslau.
Vous lui ferez connaître qu’indépendamment de la Pologne son commandement
s’étend à toute la Silésie, mais que Küstrin cesse d’en faire partie
; que mon intention est, en conséquence, que ses trois divisions entrent
toutes les trois en Silésie, ce qui, avec le corps du général Oudinot,
portera son corps d’armée à quatre divisions. Il pourra cependant
laisser un régiment de cavalerie et un régiment d’infanterie française
à Varsovie. Les troupes saxonnes et polonaises formeront la garde de
Thorn et de Praga. Il tiendra toujours deux divisions polonaises prêtes
à le joindre si cela était nécessaire, ou à entrer en Galicie. Lorsqu’une
partie du corps du maréchal Davout sera arrivée, le 5è corps se dirigera
sur Baireuth. On laissera le maréchal Davout maître de diriger ce
mouvement. Vous
ferez connaître au maréchal Soult qu’il doit porter son quartier général
à Berlin ; que son commandement est augmenté de toute la Prusse, y compris
Küstrin, où il faut qu’il fasse mettre garnison, le corps du maréchal
Davout se concentrant tout en Silésie. Vous ferez connaître à ces deux
maréchaux que jusqu’à cette heure je suis au mieux avec la Russie ; que
l’Autriche proteste qu’elle vent rester en paix ; que cependant il faut
avoir les yeux ouverts ; qu’à présent ces deux maréchaux ont entre
eux deux tout le pays conquis au delà de l’Elbe ; qu’ainsi ils peuvent
facilement se concerter. P.
S. Donnez
l’ordre à la division de dragons de Lahoussaye , qui est à Berlin, de se
rendre à Mayence, où elle sera dirigée sur Bayonne ; ce qui fera trois
divisions de dragons. NAPOLÉON. D’après l’original. Dépôt de la guerre. 1053.
OBSERVATIONS RELATIVES AU MOUVEMENT RÉTROGRADE OPÉRÉ EN ESPAGNE. NOTE
POUR LE PRINCE DE NEUCHATEL, MAJOR
GÉNÉRAL A PARIS. Saint‑Cloud,
16 août 1808. Le
major général écrira au général Belliard que je ne conçois pas ce qui
peut obliger à évacuer ainsi l’Espagne, sans avoir vu l’ennemi, sans
essayer de le battre ; qu’il y a une ignorance complète de la guerre à
faire sans motif une retraite aussi précipitée ; qu’après avoir donné
légèrement l’ordre au général Verdier d’évacuer Saragosse, ce qui a
empêché de prendre cette place, on lui ordonne de continuer le siège
lorsqu’il n’a plus de moyens, et on le laisse actuellement sans ordres.
On finira par compromettre ce corps, si nécessaire pour conserver Pampelune
et la Navarre. Comment
peut-on parler d’évacuer Burgos, quand on ne sait pas encore si
l’ennemi est entré à Madrid ? et quel est le militaire, qui a fait six
mois la guerre, qui ne sente que dans une position pareille on doit se prémunir
contre les rapports qui voient l’ennemi partout et avec une grosse loupe ?
C’est avec le corps du maréchal Bessières renforcé, c’est avec une armée
de 30 à 40,000 hommes, qu’on évacue ainsi, à marches précipitées,
sans savoir où‑est l’ennemi ! Si on se laisse acculer dans les défilés
de la Biscaye, on choisira pour faire la guerre le terrain le plus
avantageux à l’ennemi et le plus défavorable à l’armée. Pourquoi
dit‑on au Roi que le général Castanos est à Valladolid, lorsqu’on
n’a pas de preuve qu’il soit encore à Madrid ? Pourquoi dit‑on
qu’il y a 40,000 insurgés qui pressent le général Verdier à Saragosse,
quand des lettres du 10, de ce général, annoncent qu’il est dans la
place, et qu’il n’a que 5 à 6,00 hommes autour de lui ? Qu’est‑ce
que c’est que ce projet de faire marcher le maréchal Bessières sur
Frias, en étendant sa droite sur Bilbao ou Santander ? Est‑ce qu’on
a adopté le système des cordons ? Est‑ce qu’on vent empêcher la
contrebande de passer ou l’ennemi ? Ne sait‑on pas que de Frias à
Bilbao et Santander il y a quatre ou cinq jours de marche ? Qui est‑ce
qui peut conseiller au Roi de faire des cordons ? Après dix années de
guerre doit‑on revenir à ces bêtises‑là ? Il faut que la
lettre du major général porte sur les cordons, et sur la timidité qui
paraît diriger toutes les opérations, très‑propre à enhardir
l’ennemi et à décourager entièrement l’armée. D’après
la minute. Archives de l’Empire. 1054.
ORDRES POUR L’EXÉCUTION DU MOUVEMENT DES TROUPES DIRIGÉES
D’ALLEMAGNE SUR L’ESPAGNE. NOTE
POUR LES MINISTRES DE LA GUERRE ET DE L’ADMINISTRATION DE LA GUERRE. Saint‑Cloud, 17 août 1808. Le
1er corps de la Grande Armée, le 5è et le 6è corps, la 3è
division de dragons du général Milhaud, la 1re division de
dragons commandée par le général Latour‑Maubourg, la 4è division
de dragons du général Lahoussaye, ont l’ordre de se diriger sur Mayence,
excepté la 3è division de dragons, qui se dirige sur Wesel. Faire connaître
les directions. Ces
corps d’armée et ces divisions de cavalerie marcheront avec leurs états‑majors,
leur artillerie, le génie, sapeurs, administrations, équipages militaires,
commissaires des guerres, inspecteurs aux revues, officiers de santé,
ambulances, et enfin tout ce qui compose leur organisation complète. Faire
connaître à l’Empereur les routes que ces corps tiendront en partant de
Mayence pour se rendre à Bayonne. Faire connaître quelles sont les villes
sur cette route où l’on peut faire diriger ce qui est aux dépôts des régiments
composant les corps d’armée et les divisions de dragons ci‑dessus désignées,
afin que ces corps en passant trouvent tout ce qui leur serait envoyé de
leurs dépôts pour les compléter autant qu’il sera possible. Indépendamment
de ces trois corps d’armée, quatre régiments d’infanterie et un régiment
de dragons ont ordre de se diriger sur Wesel et de là sur Paris, savoir :
les 32è, 58è, 28è, 75è de ligne et 5è de dragons. On
fera par avance les dispositions pour que ces troupes, arrivées à Paris,
forment une division ; on préparera à l’avance ce qui lui est nécessaire ;
on désignera un général de division, deux généraux de brigade, un
adjudant‑commandant, trois capitaines adjoints à l’état‑major,
un commissaire des guerres, un inspecteur aux revues, des ambulances, des
administrations, et enfin tout ce qui est nécessaire pour l’entière
organisation d’une division de l’armée, douze pièces d’artillerie
attelées, les caissons, le personnel d’artillerie et celui du génie. On
fera des dispositions pour activer la marche des quatre régiments
d’infanterie qui viennent de Wesel, de manière qu’ils arrivent à Paris
à peu près le même jour ; en conséquence, la marche des derniers régiments
se fera en poste, d’après les distances calculées, afin qu’ils
puissent atteindre les premiers régiments et arriver à peu près en même
temps qu’eux à Paris. On
préviendra le maréchal Kellermann qu’un régiment de Nassau, un régiment
de Hesse‑Darmstadt, un régiment de Baden, un régiment du prince
Primat, formant environ 6,000 hommes, doivent être dirigés sur Mayence et
Strasbourg ; on lui donnera l’ordre de les diriger sans délai sur Metz,
aussitôt leur arrivée. Le maréchal Kellermann ne réexpédiera le
courrier porteur de la dépêche qu’en faisant connaître le jour de
l’arrivée de ces corps, leur situation, l’état de leur armement,
habillement, équipement et le présent sous les armes. On
préviendra le maréchal Kellermann de l’arrivée à Mayence de la
division polonaise, forte d’environ 10,000 hommes, venant du duché de
Varsovie. On lui fera connaître que cette division manque de fusils,
qu’il faut la réarmer complètement à son passage à Mayence ; qu’en
conséquence il doit envoyer au‑devant de ses troupes un officier pour
connaître leurs besoins en armement et leurs autres besoins, afin que les
moyens d’y pourvoir soient préparés à l’avance à Mayence, qu’ils y
reçoivent des fusils et tous autres objets d’armement et d’équipement,
en sorte que rien ne les retarde. On
prendra des mesures pour presser la marche de ces divisions, allemande et
polonaise, sur Metz, où elles recevront de nouveaux ordres. On
ne perdra pas de vue la marche de la division allemande, ni celle de la
division polonaise, afin de prendre les ordres de l’Empereur. On
s’informera du personnel et du matériel de l’artillerie qu’elles mènent
avec elles, afin qu’à Metz on puisse leur envoyer des ordres pour se
diriger sur Bayonne. On désignera à l’avance un général français,
parlant allemand, pour commander la division allemande. On préparera à
Metz tout ce qui est nécessaire en administration pour organiser
parfaitement ces divisions. Artillerie.
–
L’artillerie attachée aux corps d’armée et aux divisions de dragons
marche avec ces corps, personnel et matériel. Il serait peut‑être
d’une bonne administration de faire aller à Bayonne le plus de chevaux
haut‑le‑pied qu’il serait possible, c’est‑à‑dire
tous ceux des caissons que l’on pourrait laisser à Mayence, mais pour
cela il faudrait être sûr de trouver à Bayonne le remplacement de ces
caissons, qui auraient l’avantage d’être tous en bon état, au lieu de
ceux venant de la Grande Armée, qui seraient fatigués par la longueur de
la route. Donner
des ordres pour avoir à Bayonne 4 millions de cartouches, 200 milliers de
poudre, 20,000 coups de canon, 20,000 outils de pionniers, des affûts de
rechange et des roues en quantité raisonnable. Former
à Bayonne un équipage de siège composé ainsi qu’il suit : douze
pièces de 24, courtes, approvisionnées de 500 coups par pièce, dont 250
coups seront portés sur des voitures attelées ; douze obusiers de 6
pouces, indépendamment de ceux
de l’équipage de campagne, approvisionnés également à 500 coups ;
six mortiers à la Gomer de 8 pouces avec 500 bombes par mortier ; y réunir
aussi de la roche à feu et autres moyens incendiaires. On ne parle pas
d’envoyer des fusils à Bayonne, parce qu’il s’y trouve une grande
quantité de bons fusils espagnols. Toute cette artillerie doit être attelée
; on présentera à l’Empereur les mesures d’exécution. On
réunira à Perpignan et Bellegarde 2 millions de cartouches, 10,000 coups
de canon, 5 à 6,000 outils, 6,000
fusils, indépendamment de ce qui appartient déjà an corps
d’armée du général Reille et de ce qui arrive avec les divisions Souham
et Pino. Génie.
‑ Le
personnel et le matériel du génie des corps de la Grande Armée marchent
avec eux. On donnera des ordres pour réunir à Bayonne sans délai deux
compagnies de mineurs avec des équipages de mineurs. On enverra également
à Bayonne la valeur d’un bataillon de sapeurs, et enfin une quantité
d’officiers du génie suffisante, y compris ceux venant avec les corps de
la Grande Armée. On réunira à Perpignan et Bellegarde le cinquième de ce
qui est dit ci‑dessus pour Bayonne. Corps
d’armée de Catalogne. ‑
Il
existe en
Catalogne la division italienne du général Lechi, la division du général
Chabran, la division aux ordres du général Reille. Donner
l’ordre au général Saint‑Cyr de se rendre en Catalogne pour
prendre le commandement de la division du général Pino, venant d’Italie,
et de celle du général Souham. Les
deux divisions du corps du général Duhesme ont déjà leur artillerie. Le
général Reille doit avoir douze pièces attelées. Les fonds étaient
faits au général Lacombe Saint-Michel pour l’achat des chevaux nécessaires. La
division du général Pino et celle du général Souham ont amené avec
elles leur artillerie, ainsi que leurs sapeurs. On
nommera pour le corps du général Saint‑Cyr un commandant de
l’artillerie et un commandant du génie. Transports
militaires. ‑
Les trois corps de la Grande Armée arrivent avec leurs bataillons des équipages
militaires. M. Daru a reçu l’ordre de les faire partir au complet, et, si
ces bataillons avaient des détachements au pare général de l’armée, il
a été ordonné de les faire rejoindre. Deux
autres bataillons de transports militaires se trouvent à Sampigny ;
l’intention de l’Empereur est qu’on les dirige sur Poitiers, et que là
on achète 1,200 mulets. Ces 300 voitures, qui porteront 300,000 rations de
vivres, seront achetées au parc général de l’armée d’Espagne. Ces
caissons attelés seront en conséquence dirigés sur Bayonne. Vivres.
‑ On donnera des ordres pour avoir à Bayonne, et pour y maintenir
successivement, à mesure des consommations, 500,000 rations de biscuit. On
fera un approvisionnement d’une quantité de farine suffisante. On
fera acheter dans la Vendée les avoines, les blés et les bœufs qui y sont
en abondance et à un très‑bas prix. On
observe qu’il faut à Bayonne une grande quantité d’avoine, en
calculant les chevaux d’artillerie et les corps de cavalerie qui y
passent. Habillement.
‑ Les
troupes arrivant de la Grande Armée sont habillées ; mais on donnera des
ordres pour que les effets d’habillement et les souliers qui sont aux dépôts
des régiments de ces corps d’armée soient envoyés dans une ville sur la
route de Mayence à Bayonne, afin que les différents corps prennent ces
effets à leur passage. Indépendamment
de ce qui sera fourni par les dépôts des corps, on fera confectionner de
suite, tant à Bayonne qu’à Bordeaux, ou l’on y enverra de Paris,
10,000 gibernes, 10,000 shakos, 10,000 paires de guêtres, 60,000 capotes,
60,000 paires de souliers, 60,000 chemises. Tous ces effets devront exister
en magasin à Bayonne le 1er octobre. On
fera des dispositions pour que le quart des objets ci‑dessus soit également
en magasin à Perpignan. Il
va arriver à Bayonne 1,000 à 1,200 hommes de troupes à cheval, démontés
et presque nus. On donnera des ordres pour qu’ils soient réunis à Pau, où
il sera formé un dépôt. Ce dépôt sera sous les ordres du général
Trelliard, qui recevra à cet effet l’ordre de se rendre à Bayonne et à
Pau, pour y remonter et organiser ces hommes démontés. A cet effet, le général
Trelliard sera autorisé à acheter 200 chevaux de cuirassiers, 200 chevaux
de dragons, 400 chevaux de chasseurs ou hussards. On enverra de Paris à
Pau les selles, et on fera confectionner à Pau ou dans les environs les
bottes et autres objets. On enverra à Bayonne les armes nécessaires pour réarmer
ces hommes. Ces hommes de cavalerie doivent être remontés, habillés et
armés en octobre. On
donnera l’ordre au général Belliard d’envoyer les hommes de cavalerie
à pied à Bayonne et de là à Pau. Les
dépôts d’infanterie de l’armée d’Espagne seront à Bayonne sous les
ordres du général Drouet, qui prendra toutes les mesures pour les faire
promptement habiller, équiper et réarmer. Il
sera également formé un petit dépôt de cavalerie à Perpignan, comme
celui de Pau, pour remonter et réarmer les hommes de cavalerie des corps
d’armée qui sont en Catalogne. Dispositions
générales. –
L’intention de l’Empereur est que les régiments d’infanterie et de
cavalerie du corps du maréchal Davout, du corps du maréchal Soult et enfin
des corps de la Grande Armée qui rentrent en France, tant infanterie que
cavalerie, soient complétés autant qu’il sera possible et dans le
moindre délai. On
fera dresser un état qui fasse connaître tout ce que ces différents corps
peuvent avoir de disponible dans les dépôts, afin que Sa Majesté détermine
la force des détachements qu’il sera dans son intention de faire partir
des dépôts pour renforcer les bataillons et escadrons de guerre. En
résumé, le corps du maréchal Davout restera composé de 63 bataillons et
56 escadrons de troupes françaises, indépendamment des troupes polonaises
et saxonnes ; celui du maréchal Soult, de 47 bataillons et 68 escadrons
de troupes françaises ; total des deux corps au delà du Rhin, 110
bataillons et 124 escadrons de troupes françaises, non compris le corps du
prince de Ponte‑Corvo, composé de 13 bataillons et 10 escadrons de
troupes françaises, indépendamment des troupes espagnoles et hollandaises. On
fera un nouvel état de l’armée d’Espagne en deux parties, la première
de ce qui y reste dans ce moment, la deuxième de toutes les troupes qui la
composeront au 15 octobre. NAPOLÉON. D’après
la copie. Dépôt de la guerre. 1055.
‑ ORDRES POUR LA FORCE ET LA COMPOSITION DES TROUPES PASSANT EN
ESPAGNE ET STATIONNÉES EN ALLEMAGNE. AU
GÉNÉRAL CLARKE, MINISTRE DE LA GUERRE, A PARIS. Saint‑Cloud
, 19 août 1808. J’ai
reçu votre rapport du 8 août. Indépendamment du 1er et du 6è
corps de la Grande Armée, le 5è doit également venir à Mayence, et de là
à Bayonne. Je désirerais que ces trois corps suivissent tous trois la
route la plus courte, c’est‑à‑dire celle de Metz ; je ne
pense pas qu’il y ait d’inconvénient, puisque ces corps marcheront à
plusieurs jours de distance l’un de l’autre. Le 6è arrivera au moins
six jours après le 1er , et le 5è six ou huit jours après le 6è. Le
1er régiment de marche, appartenant au 1er corps, qui
est à Wesel et qui forme 1,500 hommes, pourra se diriger sur Orléans, où
il sera dissous, et chaque détachement entrera dans son régiment à mesure
qu’il passera. Le régiment de marche appartenant au 5è corps et formant
1,800 hommes se dirigera également sur Orléans. Ainsi, la première
brigade, formant 3,300 hommes, pourra marcher tout entière sur Orléans.
Vous me préviendrez du jour où ces deux corps y arriveront, afin que la
brigade de Wesel y arrive au moins six jours avant eux. Ne
faites rien mettre en mouvement qu’au préalable vous ne m’en ayez
fait un rapport. Le 3è régiment de marche, qui appartient au 3è corps,
peut se mettre en marche sans délai pour se rendre à Dresde. Présentez‑moi
un projet de route pour ce régiment, afin qu’il ne se rencontre pas avec
les régiments qui viennent de Dresde ; ce régiment se rendra en Silésie,
où il sera incorporé dans le corps du maréchal Davout. Le 6è régiment
de marche, qui est à Mayence, y attendra le passage du 6è corps, dans
lequel il sera incorporé. Le 4è régiment de marche, qui est à Strasbourg
et qui appartient au 4è corps, peut se mettre en marche pour Berlin, où il
sera incorporé dans ce corps. Ainsi, de cinq régiments de marche, deux se
rendront à Orléans, un attendra à Mayence, et deux se dirigeront l’un
sur Dresde et l’autre sur Berlin. Tous les détachements appartenant à
la division du général Oudinot doivent se diriger sur Dresde, et de là
rejoindront la division à Glogau pour y être incorporés ; ce qui fera un
mouvement de 5 à 6,000 hommes en avant. Je
désire deux choses : 1° que vous me fassiez connaître le jour où
commenceront ces mouvements, et où chaque corps se trouvera chaque jour ;
ne faites rien mettre en mouvement que vous ne m’en ayez soumis un
rapport, de manière que les troupes ne se croisent pas en route ; 2° que
vous me fassiez connaître comment doivent se trouver formés les corps des
maréchaux Davout et Soult et les trois corps qui viennent à Bayonne. Je désirerais,
s’il était possible, que les corps des maréchaux Davout et Soult eussent
chacun leurs quatre bataillons par régiment, et que les corps qui arrivent
à Bayonne eussent les cadres de leurs 4es bataillons. Faites‑moi
connaître ce qui manque au complet de 840 hommes par bataillon, tant aux
corps qui se rendent à Bayonne qu’aux corps des maréchaux Soult et
Davout. Je
vois, par les rapports que vous m’avez envoyés, que les régiments
appartenant au 1er corps seront à Bayonne, l’un portant
l’autre, à 2,300 hommes présents, ce qui fait un effectif de 2,580 ; et
dès lors les trois bataillons de ces régiments, lorsqu’ils entreront en
Espagne, seront à leur grand complet ; mais, comme je voudrais avoir les
quatre bataillons, mon intention est que les cadres des 4es bataillons
soient réunis à Bayonne. S’il est impossible de réunir les soldats,
j’y enverrai des conscrits pour les porter à 840 hommes. Je désire que
les 11 régiments du 1er corps, les 9 régiments du 6è et les 9
régiments du 5è corps, c’est‑à‑dire 29 régiments, entrent
en Espagne dans le courant d’octobre, avec chacun trois bataillons
complets, c’est‑à‑dire 77 bataillons,[1]
qui, en les supposant à 750 présents, feraient un présent sous les armes
de 58,000 et un effectif de 66,000 hommes ; qu’indépendamment chaque régiment
ait le cadre de son 4è bataillon bien formé à Bayonne, qui recevrait
chacun 800 conscrits ; ce qui formerait une vingtaine de mille hommes qui
alimenteraient les bataillons qui seront en Espagne. Ces 20,000 hommes
seront fournis par la levée que je vais faire et que j’enverrai droit à
Bayonne. Tous ces régiments, étant ainsi à quatre bataillons, formeront
un effectif de 80 à 90,000 hommes. Même observation pour les 4 régiments
qui formeront la division Sebastiani ; même observation pour les 11 régiments
qui se trouvent déjà à l’armée d’Espagne. Il
est des régiments qui, par la formation des nouveaux régiments en Espagne,
ont quatre compagnies de moins ; cela ne doit pas empêcher de former le 4è
bataillon, vu qu’alors le dépôt serait réduit aux ouvriers, au
capitaine d’habillement et à quelques officiers et sous‑officiers,
sauf à reformer les quatre compagnies de dépôt, si je le juge nécessaire. Ainsi
donc mon intention est que les 44 régiments de ligne qui vont former
l’armée d’Espagne aient leurs trois premiers bataillons en Espagne et
le 4è à Bayonne pour recevoir des conscrits ; le 5è bataillon au dépôt.
Ceux qui n’ont que quatre bataillons n’auront à leur dépôt que des
ouvriers et la valeur d’une compagnie. Je
désire la même chose pour les 16 régiments qui forment le corps du maréchal
Soult, pour les 15 régiments qui forment le corps du maréchal Davout et
pour les 5 régiments qui forment celui du prince de Porte‑Corvo,
c’est‑à‑dire pour les 36 régiments qui composent l’armée
d’Allemagne. Je désire qu’ils aient, à quelques exceptions près,
leurs quatre bataillons en Allemagne et leurs dépôts en France,
c’est‑à‑dire un effectif de 3,360 hommes en Allemagne, ce qui
ferait un effectif de 118,000 hommes et un présent sous les armes de
110,000 hommes ; ce qui, joint à la division Oudinot, ferait près de
120,000 hommes présents en Allemagne. Ce nombre ne peut être aussi
complet, vu qu’il y a des dépôts qui sont en Italie, qui ont fait des détachements
à l’armée de Catalogne, mais cela ne doit faire une différence que de 4
à 5 bataillons. Ces bases doivent servir de principes pour la levée de
la conscription que je vais faire. Quant
à la cavalerie, la cavalerie légère des 1er , 5è et 6è corps
doit suivre ; les divisions de dragons de Milhaud, de Latour‑Maubourg
et de Lahoussaye doivent également suivre. Les détachements de cavalerie
légère et de dragons dont les régiments se rendent en Espagne rejoindront
leur régiment an fur et à mesure qu’ils pourront le rencontrer. Les détachements
que ces mêmes régiments auraient soit aux régiments de marche de
cavalerie que je viens de former, soit aux dépôts, se joindront en route,
de manière à porter les régiments le plus haut possible, à 1,000 hommes
si cela se peut. Enfin les régiments provisoires de cuirassiers qui sont en
Espagne formeront deux régiments définitifs et recevront des numéros,
ils resteront en Espagne. Tous les régiments de marche formés des détachements
des régiments de cuirassiers, dragons, chasseurs, qui restent à la
Grande Armée, se mettront en marche pour les rejoindre , mais de manière
à ne pas se croiser avec les corps qui arrivent, et renforceront leurs régiments. Il
faudra également préparer en septembre ce qu’il y a de disponible, dans
les dépôts en France, des régiments qui sont à la Grande Armée, pour la
fortifier. Faites‑moi
un rapport sur cette lettre, dimanche, au conseil. D’après
la minute. Archives de l’Empire. 1056
‑ ORDRES CONCERNANT L’ARTILLERIE DES CORPS ENTRANT EN ESPAGNE ET LA
MOBILISATION DE LA GARDE. AU GÉNÉRAL CLARKE, MINISTRE DE LA GUERRE, A PARIS. Saint‑Cloud,
22 août 1808. J’ai
la votre rapport du 19 août. Je pense qu’il est nécessaire de faire
passer sans délai à Bayonne 150 caissons d’artillerie, chargés partie
des différents calibres et de cartouches d’infanterie. Deuxièmement,
il est nécessaire d’y faire passer 100 affûts de rechange et des roues
et pièces de rechange de toute espèce, pour y organiser 200 voitures. Rien
ne doit être changé aux corps qui viennent de la Grande Armée ;
l’artillerie doit suivre la marche de l’infanterie, et l’on ne doit se
permettre aucune opération qui tendrait à retarder d’un jour la marche
d’une seule voiture. L’artillerie qui vient de la Grande Armée devant
suivre les corps auxquels elle appartient, on ne doit se permettre de
changements qu’autant qu’ils pourraient se faire du matin au soir. Ces
changements peuvent se faire très‑facilement quand les corps
passeront à Mayence, Metz et Orléans, si on y fait rendre d’avance les
pièces et autres objets qu’on veut faire échanger. Les corps pourraient
prendre dans ces villes des pièces françaises en échange des pièces étrangères
; cela serait d’autant meilleur que le calibre espagnol est pareil au
calibre français. Cette mesure peut être ordonnée par vous, sans que cela
cause aucun retard ; car je préfère que les corps gardent leur artillerie
étrangère, si ce changement doit retarder la marche d’un seul jour.
Ainsi donc, comme Strasbourg ne se trouve pas sur le passage, il faudrait
que les canons ou les caissons que l’armée doit échanger fussent
rendus à Metz à l’époque du passage des corps d’armée, ce qui est
faisable. Si le changement, que vous proposez, des dix‑sept compagnies
du train contre trois bataillons complets peut se faire, il faut l’opérer
sans perdre un jour. Je n’approuve pas la composition de l’artillerie de
la division de Paris. En Espagne, il faut du petit et du gros calibre ; il
faut donc quatre pièces de 12, quatre obusiers et quatre pièces de 4,
total douze pièces. Je préfère qu’on fasse venir de Mayence deux compagnies
du 7è régiment ; mais il faut qu’elles viennent en toute diligence.
J’approuve qu'on fasse venir de Metz la compagnie du bataillon du train ;
mais, à cet effet, il faut lui en envoyer l’ordre sans perte de temps,
pour qu’elle marche le plus vite qu’elle pourra. Il faut organiser à
Metz, pour la division allemande, quatre pièces de canon, caissons, etc.,
ce qui, joint à l’artillerie de Hesse‑Darmstadt et de Bade, formera
une division de douze pièces d’artillerie. La
Garde, c’est‑à‑dire l’artillerie de la Garde qui est à
Paris, servira 36 bouches à feu, dont 18 pièces seront servies par
l’artillerie à pied et 18 par l’artillerie à cheval. A cet effet,
faites organiser sur‑le-champ les deux compagnies d’artillerie à
pied. Vous ferez acheter des chevaux pour monter les canonniers
d’artillerie à cheval démontés qui se trouvent à la Fère. Vous ferez
organiser le bataillon du train qui est à la Fère sous la dénomination de
bataillon bis de
la Garde ; le bataillon du train qui est en Espagne continuera à être
le bataillon principal. Ce bataillon sera porté au grand complet, et vous
prescrirez les mesures nécessaires pour lui faire fournir 1,200 chevaux et
1,200 harnais ; la Garde attelant ses voitures de 4 chevaux, cela fera 300
voitures. Il faut que ces dispositions soient exécutées pour le 1er
octobre, afin qu’on puisse disposer de ce train de la Garde, soit pour
l’Espagne, soit pour le Rhin. J’approuve
fort qu’il soit acheté 100 mulets dans le Poitou, qui seront donnés aux
corps de la Grande Armée pour remplacer les pertes qu’ils auront faites
en route, de manière que leur artillerie arrive en Espagne en bon état. Je
n’approuve pas les observations que vous faites. Je veux douze pièces de
24, courtes, et je suis fâché que vous ayez perdu huit jours pour ne pas
faire transporter des affûts à Toulouse pour les pièces qui doivent y
arriver. Il faut qu’au 1er octobre les vingt‑quatre pièces
de 24, courtes, soient prêtes à partir de Bayonne ; les pièces de 16 ne
rempliraient pas le même but. Vous ne parlez pas des attelages pour ces
vingt‑quatre pièces. J’approuve que vous tiriez en toute
diligence de Turin une compagnie d’ouvriers pour Toulouse. Dans
votre rapport, vous ne parlez pas des approvisionnements d’artillerie. Je
veux avoir à Bayonne 30,000 fusils, 4 millions de cartouches, 20,000 coups
de canon de réserve, 10,000 obus, 20,000 outils de pionniers, de la roche
à feu, des fascines goudronnées, enfin 100,000 épinglettes pour les
fusils et 10,000 tournevis. Je demande une aussi grande quantité d’obus
à cause du grand nombre de projectiles dont on est obligé de faire usage
dans une guerre d’insurrection. Mon intention est qu’il y ait à
Bayonne, indépendamment de la compagnie d’artillerie qui est à Toulouse,
une autre compagnie d’artillerie que vous pouvez tirer de la Grande Armée,
et, en attendant qu’elle y arrive, vous dirigerez sur Bayonne une ou
deux escouades que vous tirerez des arsenaux les plus à proximité. Mon
intention est qu’on ne fasse aucun transport par mer ; il ne faut pas en
charger la marine ; cela n’assurerait pas le service. Mais on peut
embarquer à la Rochelle des poudres et autres objets, les faire entrer dans
la rivière de Bordeaux jusqu’à Langon, d’où les transports militaires
les prendraient pour les conduire à l’Adour, où ils seraient embarqués
jusqu’à Bayonne. Vous chargerez les transports de l’artillerie de
toutes les dispositions. Prenez bien vos mesures pour que l’artillerie
prenne des moyens sûrs. On peut charger des sergents de surveiller les
transports pour s’assurer qu’ils arrivent. Quant
à Perpignan, le quart de ce qu’on demande pour Bayonne est suffisant. Je
viens de vous parler de l’artillerie de ma Garde ; mon intention est que
tout le matériel et l’administration de la Garde impériale soient réorganisés
ici, ambulances, chirurgiens, transports, caissons, boulangers, commissaires
de guerre, inspecteurs aux revues, de manière à remplacer ce qui est en
Espagne. De sorte que si, au lieu de se diriger en Espagne, la partie de ma
Garde qui est ici se dirigeait en Allemagne, cette nouvelle administration
pût être complètement organisée pour rendre les mêmes services
qu’elle a rendus dans les campagnes dernières. Vous ferez connaître à
ma Garde à Paris qu’elle doit être, au 20 septembre, prête à partir,
savoir : deux régiments de chasseurs de hommes chacun ; deux régiments
de dragons, idem ;
deux régiments de grenadiers, idem
; total, six régiments, 2,400 hommes ; secondement, deux régiments de
chasseurs à pied, forts de 800 hommes chacun ; deux régiments de
grenadiers, idem ;
total, 3,200 hommes ;
36 pièces d’artillerie, servies comme je l’ai dit par des détachements
d’artillerie à cheval, faisant la valeur de deux compagnies ; deux
compagnies d’artillerie à pied, un bataillon du train de 600 hommes et
1,200 chevaux, ce qui fera un corps de ma Garde de 6 à 7,000 hommes prêts
à partir, ayant la même quantité de transports, caissons et toutes les
parties d’administration telles qu’elle les avait la campagne dernière.
Mon intention est que, sans perdre un seul jour et sans me demander de
nouveaux ordres, vous donniez ceux d’exécution et d’achat, et que vous
me remettiez ensuite un état de ma Garde, telle qu’elle sera organisée
d’après les dispositions ci‑dessus. D’après
la minute. Archives de l’Empire. 1057.
‑ NOUVEAUX ORDRES CONCERNANT LE MOUVEMENT DES TROUPES ALLANT
D’ALLEMAGNE EN ESPAGNE. AU
GÉNÉRAL CLARKE, MINISTRE DE LA GUERRE, A PARIS. Saint‑Cloud,
22 août 1808. Monsieur
le Ministre de la guerre, mon intention est que les troupes qui viennent de
la Grande Armée, et qui se dirigent sur Mayence, en partent sur deux routes
: l’une, colonne de droite, l’autre, colonne de gauche. La
route de droite passera par Orléans, Poitiers, Bordeaux ; la route de
gauche passera par Gien, Châteauroux, Limoges, Périgueux, Langon. Il
faut arranger les journées d’étape de ces routes de manière que les
petites étapes soient doublées, s’il est nécessaire, pour égaliser les
marches de ces deux colonnes, sinon en distance, au moins en nombre de
jours. Vous me soumettrez ces deux projets de route sur une petite carte. Vous
pouvez donner l’ordre, dès ce moment, au 1er régiment de
marche, qui est à Wesel, de se diriger sur Paris ; à la division de
dragons du général Milhaud de se diriger également sur Paris. Donnez
le même ordre à tous les détachements que les dépôts des régiments du
1er corps peuvent fournir, soit aux onze régiments
d’infanterie, soit aux trois régiments de cavalerie légère qui le composent,
pour se diriger sur Versailles, d’où l’on donnera des ordres pour que
ces détachements rejoignent leurs corps ; même ordre aux détachements
que les dépôts des quatre régiments de dragons de la division Milhaud
peuvent fournir de se diriger sur Versailles. Tous
les détachements de cavalerie appartenant aux deux autres divisions de
dragons, qui sont en marche de la Grande Armée sur Mayence, seront également
dirigés de leurs dépôts sur Versailles. Le
6è régiment de marche attendra le 6è corps à Mayence. Quant
aux détachements des deux régiments de cavalerie légère du 6è corps,
qui ne se trouveront pas à portée de la route que suivront ces deux régiments,
vous donnerez des ordres pour qu’ils soient dirigés sur Paris. Quant
au 5è corps, il sera fait un travail particulier à son égard, lorsque
ce corps aura reçu l’ordre de se diriger sur le Rhin. Étapes
de l’armée en marche. ‑
Une si grande
quantité de troupes fera renchérir la viande ; mon intention est donc de
la donner en nature aux troupes. Les soldats auront donc l’indemnité de
route, hormis que sur cette indemnité il sera retenu trois sous par
homme, pour la demi‑livre de viande de bonne espèce qui lui sera
fournie en nature. Le ministre de l’administration de la guerre prendra
les mesures pour que, dans les lieux d’étape, les préfets et les
commissaires des guerres passent des marchés qui seront payés par la
retenue des trois sous par homme, et le surplus du prix de la viande, dans
les localités où cela aura lieu, sera payé sur les fonds de
l’administration vivres-viande. Le
3è régiment de marche sera dirigé sur Dresde, pour de là rejoindre
l’armée du maréchal Davout. Le 4è régiment de marche sera dirigé sur
Berlin, et de là rejoindra le corps du maréchal Soult. On fera partir les
trois régiments réunis à Wesel, à Mayence et à Strasbourg, pour les
diriger sur Dresde, d’où ils rejoindront la division du général
Oudinot. Vous chargerez le général Oudinot de visiter ou faire visiter
les dépôts des autres corps, afin de choisir dans chacun 25 grenadiers et
voltigeurs, pour compléter sa division de grenadiers. Vous
aurez soin que tous les détachements des trois divisions de dragons qui
rentrent en France, ainsi que ceux des cinq régiments de cavalerie légère
appartenant aux 1er et 5è corps, et qui font partie des régiments
de cavalerie de marche réunis sur le Rhin, en soient distraits, et soient réunis
à Francfort pour le régiment qui est à Mayence, à Metz pour le régiment
qui est 4 Strasbourg, et à Versailles pour le régiment qui est à Wesel,
de sorte que ces détachements rejoignent leurs régiments, en passant, soit
à Francfort, Metz, ou Paris et Versailles. Quant
aux détachements des deux régiments de cavalerie légère qui
appartiennent au 5è corps, ils resteront dans les lieux où ils se
trouvent, jusqu’à ce que le mouvement du 5è corps ait été décidé. Tous
les autres détachements, soit des divisions de cuirassiers, soit des deux
divisions de dragons, qui restent en Allemagne, soit des régiments de
cavalerie légère qui y restent également, tous ces détachements,
dis‑je, se réuniront à Strasbourg et à Mayence, pour pouvoir former
des escadrons de marche et être dirigés en Allemagne à leurs divisions
respectives. A cet effet, les détachements de carabiniers et des
cuirassiers de la division Nansouty formeront le premier escadron de marche
de cuirassiers, qui se réunira à Mayence ; les détachements de
cuirassiers de la division Saint‑Sulpice formeront un second escadron
de marche, qui se réunira aussi à Mayence. De cette ville, le 1er
escadron de marche sera dirigé sur Berlin, pour la division Nansouty ; le
2è escadron sera dirigé sur Hanau, pour la division Saint‑Sulpice. On
ne parle pas des détachements de la division Espagne, dont les dépôts
sont en Italie. Dragons.
‑ Le 1er
escadron de marche de dragons sera composé des détachements des régiments
des deux divisions de dragons restés en Allemagne. Quant
à la cavalerie légère restée au delà du Rhin, on formera, des détachements
destinés à ces régiments, trois escadrons de marche. Un
escadron formé des détachements des régiments du corps du maréchal
Bernadotte se dirigera sur Hanau. L’escadron
de marche formé des détachements des régiments du corps du maréchal
Soult se dirigera sur Berlin. Enfin
l’escadron de marche des détachements du corps du maréchal Davout se
dirigera sur Dresde. Comme
le départ de tous ces escadrons de marche de cavalerie n’est pas pressé,
le maréchal Kellermann peut les réunir tous dans le comté de Hanau, et,
quand tout ce que les dépôts auront fourni sera arrivé, vous m’en
rendrez compte, afin que je donne des ordres de départ. Ainsi
donc les 3,000 hommes de cavalerie que le maréchal Kellermann a réunis à
Maëstricht, Mayence et Strasbourg, doivent attendre le passage de leurs
corps pour se diriger sur Metz ou Versailles, ou se centraliser dans le comté
de Hanau pour se former en escadrons de marche, et attendre l’arrivée des
détachements que vous ferez diriger, des dépôts en France, sur Hanau,
afin de former les sept escadrons de marche qui doivent renforcer la
cavalerie au delà du Rhin. Vous
ordonnerez au maréchal Kellermann de placer à Hanau un général de
cavalerie pour soigner et exercer ces escadrons de marche. NAPOLÉON. D’après
la copie. Dépôt de la guerre. 1058. ‑ ORDRES DE RÉUNIR A BAYONNE DES APPROVISIONNEMENTS DE TOUTE NATURE. AU
GÉNÉRAL DEJEAN, MINISTRE DIRECTEUR DE L’ADMINISTRATION DE LA GUERRE, A
PARIS. Saint‑Cloud,
22 août 1808. Monsieur
le Général Dejean, mon intention est que vous preniez
sur‑le‑champ les mesures nécessaires pour qu’il y ait à
Bayonne, non en blé, mais en farine, trois à quatre millions de rations de
vivres, des manutentions toutes montées pour cuire en un jour 30,000
rations, un million de rations de biscuit toujours en magasin, et enfin
1,000 bœufs pour le service et le passage de l’armée. Le sixième de cet
approvisionnement sera suffisant à Perpignan. Tout cela doit être existant
à Bayonne et à Perpignan au 10 octobre. Transports.
‑
Vous
prendrez des
mesures pour qu’au 10 octobre les 300 voitures de transport des 10è et 11è
bataillons des équipages militaires soient parquées sur les glacis de
Bayonne et prêtes à partir pour le service général. Vous prendrez aussi
des mesures pour que les bataillons des équipages militaires qui viennent
avec le 1er et le 6è corps, avec les trois divisions de dragons,
arrivent à Bayonne en bon état ; et, à cet effet, il faut qu’ils
trouvent, à leur passage à Poitiers, au moins une remonte du dixième du
nombre de leurs chevaux, en bons mulets du pays. Hôpitaux.
‑ Veillez
à ce que tous les
effets d’ambulance des 1er et 6è corps arrivent de la Grande
Armée avec ces corps, et, si quelque chose avait été oublié, écrivez à
l’intendant général pour le faire rejoindre sans délai. Dirigez sur
Bayonne le nombre de chirurgiens, médecins et le personnel d’hôpitaux nécessaire.
Donnez d’abord tous les ordres pour ne pas perdre un temps précieux.
Faites‑moi un rapport qui me fasse connaître l’organisation du
service de santé de l’armée d’Espagne. Passage
de l’armée. –
L’armée marchera sur deux routes que le ministre de la guerre fera connaître.
Une si grande quantité de troupes fera renchérir la viande ; mon
intention est donc de la donner en nature aux troupes. Les soldats auront
l’indemnité de route, comme à l’ordinaire, hormis que, sur cette
indemnité, il sera retenu trois sous par homme pour la demi‑livre de
viande de bonne espèce qui lui sera fournie en nature. Vous prendrez des
mesures pour que, dans les lieux d’étape, les préfets et les
commissaires des guerres passent des marchés qui seront payés par la
retenue des trois sous par homme, et le surplus du prix de la viande, dans
les localités où cela aura lieu, sera payé sur les fonds de
l’administration des vivres-viande. Habillement.
‑ Vous
ferez donner
les souliers que vous pouvez avoir à Mayence au 1er et au 6è
corps, à leur passage, à raison de 1,000 paires par régiment ; 1,000
paires seront données à chaque régiment à leur arrivée à Bayonne ;
tout cela en gratification. Vous donnerez l’ordre aux dépôts des corps
de diriger promptement les effets des régiments venant de la Grande Armée
sur Metz, Orléans et Bordeaux, ayant soin de calculer et de désigner les
époques où ces corps passeront dans ces villes, afin qu’on puisse, là,
distribuer les effets d’habillement. Il n’y a pas de temps à perdre
pour donner lesdits ordres ; cela doit être fait dans la journée de
demain. Il faut à Bayonne, pour l’armée qui est actuellement en Espagne,
40,000 capotes, 40,000 chemises, 40,000 paires de souliers, 10,000 shakos,
10,000 paires de guêtres ; il faut de plus, pour les corps venant de la
Grande Armée et pour les hommes isolés qui les rejoindront, 120,000
capotes, 30,000 paires de souliers, pour en donner 1,000 à chacun des régiments
à leur passage à Bayonne. Ces 70,000 paires de souliers seront rendues
à Bayonne avant le 15 octobre. Donnez vos ordres et veillez à ce que
chaque dépôt dirige sur Bayonne une paire de souliers pour chaque homme de
leur corps, rendue avant le 15 octobre. Ces souliers seront sur le compte
de la masse de linge et chaussure. Les dépôts dirigeront une autre paire
de souliers pour chaque homme dans le mois de novembre, enfin une autre
paire en décembre ; ce qui fera trois paires de souliers fournies par les dépôts.
Indépendamment de ces trois paires de souliers, mon intention est que vous
soyez en mesure de pouvoir avoir, au compte de l’administration générale,
100,000 paires au mois de novembre et 100,000 paires au mois de décembre ;
ce qui assurera cinq paires de souliers à chaque homme, et, avec les deux
paires qu’ils portent dans le sac, ils se trouveront pourvus pour tout
l’hiver. Écrivez à M. Daru qu’il envoie d’Allemagne 100,000 paires
de souliers, qui seraient portées par les transports militaires. Donnez
l’ordre à M. Mathieu Favier de se rendre à Paris, pour y prendre vos
instructions, et de là, à Bayonne. Effets
de campement. ‑
Il
faut qu’il y
ait à Bayonne, le plus tôt possible, 6,000 marmites, 6,000 gros bidons,
quelques haches et outils de campement ; 30,000 petites bouteilles empaillées
tenant demi‑pinte. Pour le dépôt de cavalerie, il est nécessaire
qu’il y ait à Bayonne un millier de selles et de brides et autres effets
nécessaires aux troupes à cheval. Les capotes, les objets de campement
ne sont nécessaires à Perpignan que dans le rapport d’un sixième. Quant
à la division polonaise, vous devez faire les dispositions pour réunir à
Sedan le plus d’effets d’habillement que vous pourrez. Donnez l’ordre
au dépôt de confectionner avec la plus grande célérité 1,000 habits,
autant de shakos, vestes, culottes, guêtres. Nouvelle
levée. ‑
Mon intention est de diriger 20,000 conscrits sur Bayonne, qui serviront à
compléter les bataillons des 13 régiments de ligne qui sont en Espagne,
des 4 régiments de la division Sébastiani, les 11 régiments du 1er
corps, les 9 régiments du 6è corps ; total, 37 régiments,
c’est‑à-dire à raison de 500 hommes à peu près par régiment.
Le surplus des conscrits sera destiné soit aux corps irréguliers, soit à
l’artillerie, au train ou aux transports militaires. Mon intention est
donc que vous ayez à Bayonne 5,000 habits d’infanterie légère,
habillement et équipement complets, 15,000 habits d’infanterie de ligne,
habillement et équipement complets, shakos, etc., de manière que, le
lendemain de l’arrivée des conscrits à Bayonne, ils y soient complètement
habillés et équipés, et en état de partir pour les places d’Espagne
sur les derrières de l’armée, où, en gardant les communications, ils
travailleront à leur instruction. Les conscrits ne devront pas se rendre
aux dépôts des corps pour aller à Bayonne, vu qu’ils seront pris dans
les départements du Midi ; il faut donc que ces 20,000 habits soient
confectionnés à Bordeaux ou aux environs, et y faire mettre les boutons
des numéros des corps. Il faut cependant observer qu’il est des corps
tels que les 2è, 4è et 12è d’infanterie légère, 32è et 58è de ligne
qui, ayant leurs dépôts à Paris, pourraient être chargés de fournir
à Bayonne les 500 habits sans avoir recours au magasin général. Je ne
serais même pas éloigné de penser que les dépôts des 37 régiments ne
pussent faire partir sur‑le-champ pour Bayonne 500 habillements
complets, partie vieux, partie neufs ; ce qui alors serait un grand avantage
et serait un grand soin de moins pour l’administration générale. Les
conscrits ne seraient pas habillés à neuf et les corps conserveraient
l’avantage qu’ils ont en administrant eux-mêmes. Consulter avant tout
l’état de ce que les corps ont en magasin, alors rien ne serait dérangé
de la règle ordinaire. L’administration des corps enverrait du dépôt
les habits à Bayonne, en même temps que les conscrits partiraient des départements
pour se rendre à Bayonne ; ce qui paraîtrait d’autant meilleur que les
corps venant de la Grande Armée doivent avoir à leurs dépôts une grande
quantité d’habits confectionnés. NAPOLÉON. D’après
l’original. Dépôt de la guerre. 1059.
- ORDRES CONCERNANT LA CONSTITUTION DE L’ARMÉE PLACÉE SOUS LES ORDRES DU
MARÉCHAL DAVOUT. AU
MARÉCHAL DAVOUT, COMMANDANT LE 3è CORPS DE LA GRANDE ARMÉE A VARSOVIE. Saint‑Cloud,
23 août 1808. Mon
Cousin, les Anglais ayant débarqué des forces assez considérables en
Espagne, j’ai rappelé le 1er et le 6è corps et trois
divisions de dragons de la Grande Armée pour finir, cet hiver, de soumettre
ce pays. Dupont a déshonoré nos armes ; il a montré autant d’ineptie
que de pusillanimité. Quand vous apprendrez cela un jour, les cheveux vous
dresseront sur la tête. J’en ferai bonne justice, et, s’ils ont taché
notre habit, il faudra qu’ils le lavent. Je
vous ai donné le commandement de la Pologne et de la Silésie ; vous y avez
le 3è corps, la division Oudinot, une division de dragons et la division de
cuirassiers qui est à Baireuth. Un régiment de marche de 3,000 hommes,
formé de détachements de vos quinze régiments, va partir pour vous
rejoindre ; un autre régiment de marche, fort de 4,000 hommes, également
tiré des dépôts de vos corps, va se mettre en mouvement pour porter votre
corps d’armée à 39,000 hommes d'infanterie, et la division du général
Oudinot à 11,000 hommes ; ce qui vous formera un effectif de 50,000 hommes,
et 20,000 Polonais ou Saxons, qui pourraient y être joints, vous feraient
un effectif de 70,000 hommes d’infanterie. Des détachements de
cavalerie partent également pour renforcer tous vos corps, de manière
que vous ayez 13,000 chevaux ; ce qui, avec 4 ou 5,000 Saxons ou Polonais,
vous ferait 18,000 chevaux, et, avec 12,000 hommes d’artillerie français
et étrangers, vous auriez à vous seul une armée de près de 100,000
hommes. Les Saxons et les Polonais valent bien les Autrichiens. Le maréchal
Mortier, avec le 5è corps, se rend à Baireuth. Je voudrais bien le faire
venir en France, mais je ne me décide pas encore ; si des événements imprévus
arrivaient, vous pourriez vous en servir. L’Autriche
arme, mais elle arme par peur ; nos relations sont au mieux avec cette
puissance ; mais enfin elle arme, et j’ai commencé par lui demander des
explications assez vives. Je suis sûr de la Russie, ce qui m’empêche de
rien craindre de l’Autriche ; cependant il faut se tenir en règle et
avoir les yeux ouverts. Mon intention est d'évacuer la Prusse et d’exécuter
le traité de Tilsit. Je crois que la convention en sera signée demain ou
après ; et, avant le mois d’octobre, je vais rapprocher mes troupes du
Rhin. Je garderai Stettin, Küstrin et Glogau jusqu’à ce que tout soit
entièrement liquidé. Des régiments de marche se mettent aussi en mouvement
pour renforcer le corps du maréchal Soult. Toutes les troupes de la Confédération
sont sous les armes, et, au moindre signal de préparatifs menaçants que
ferait l’Autriche, elles seraient en marche. Soyez rassurant dans votre
langage, car je ne veux rien de l’Autriche. NAPOLÉON. D’après
l’original comm. par Mme la maréchale princesse d’Eckmühl.
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