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Histoire Militaire et Stratégie
Correspondance de Napoléon
RIHM
 

 

 

Correspondance militaire
de Napoléon Ier

Extraite de la correspondance générale et publiée

Par ordre du ministère de la guerre

Tome cinquième

Paris - 1876

  

930. - MOUVEMENTS DE L’ENNEMI CONTRE BERNADOTTE. ‑ AVIS ET ORDRES.

 

AU MARÉCHAL SOULT, A SPORTHENEN.

 

Finkenstein, 5 juin 1807.

 

Mon Cousin, je reçois au moment même, à deux heures après midi, une lettre du maréchal Ney qui m’écrit, à sept heures du matin, que son avant-­garde a été attaquée à six heures à Altkirch ; il a dû vous en prévenir. Il paraît qu’hier le maréchal prince de Ponte‑Corvo a été aussi attaqué légère­ment. Qu’est‑ce que tout ceci veut dire ? Tout porte à penser qu’il y a un mouvement chez l’ennemi, quoiqu’il soit absurde de sa part d’engager une affaire générale, aujourd’hui que Danzig est pris. Je viens toutefois d’ordonner que demain, à midi, toute la cavalerie soit réunie. Je n’ai pas de nou­velles de vous, ce qui me fait supposer que vous n’avez pas été attaqué.

 

Je serais fort aise que l’ennemi voulût nous éviter d’aller à lui. Mon projet était de me mettre en mouvement le 10. J’ai fait toutes mes dispositions de magasins pour aller à sa rencontre à cette époque.

 

J’imagine que vous aurez appelé à vous toute votre cavalerie légère.

 

Je vous prie, si le maréchal Ney est obligé d’évacuer Guttstadt, et dans ce cas il se retirera sur Deppen, de porter votre attention sur sa gauche, et de favoriser sa retraite, si tant est qu’il soit contraint à la faire.

 

NAPOLÉON.

 

Je vous remercie sur ce que vous me dites rela­tivement à la mort du petit Napoléon.

 

Je compte beaucoup sur vous et vos braves.

 

Mettez à l’ordre que Neisse a capitulé ; vous sen­tez l’importance de cette place. Faites‑le sentir.

 

Dépôt de la guerre.

(En minute aux Arch. de l’Emp.)

 

 

931. ‑ ORDRE DE SE CONCENTRER A OSTEROW ;

 

MANŒUVRES PROJETÉES.

 

AU MARÉCHAL DAVOUT.

 

Finkenstein, 6 juin 1807, 8 heures du soir.

 

Mon Cousin, l’ennemi a été repoussé hier devant le prince de Ponte‑Corvo et devant le maréchal Soult. Il a alors pris le parti de se dégarnir devant  pour se porter avec plus de forces sur le maré­chal Ney. Le maréchal Ney est vis‑à‑vis Deppen. Le prince de Ponte‑Corvo et le maréchal Soult occu­pent encore leurs têtes de pont ordinaires. Dans cette situation de choses, vous comprenez facile­ment qu’il est bien urgent que vous soyez réuni à Osterode avec toutes vos forces et les deux divisions de dragons, à la rencontre desquelles il faut en­voyer, et que vous puissiez appuyer ainsi la droite du maréchal Ney. Que fera l’ennemi ? Continuera­-t‑il à marcher sur Allenstein, quand nous occupons encore Deppen et Liebstadt ? Tout cela peut donner lieu à des événements fort singuliers. Toute ma cavalerie et mon infanterie de réserve se réunissent à Saalfeld et Mohrungen ; moi‑même je serai à Saal­feld dans une heure, bien désireux d’avoir de vos      nouvelles deux ou trois fois dans la nuit, s’il est possible. Il faut ne rien laisser à Allenstein et faire tout évacuer sur Marienwerder, car c’est par Ma  rienwerder, Marienburg et Danzig qu’est ma ligne d’opération. L’ennemi manœuvre comme si ma ligne était sur Thorn. Vous aurez choisi des posi­ tions à Osterode, qui en offre de si avantageuses, pour obtenir l’ennemi s’il avance jusque‑là. Vous     êtes l’extrémité de ma droite ; jusqu’à cette heure­             mon intention est de pivoter sur vous. Je compte sur le courage de vos corps d’armée et sur votre fermeté ; mais beaucoup de canons et de bonnes positions, afin, à tout événement, de gagner tout temps possible. Je n’entends, par cette lettre, rien contremander à l’ordre que vous avez de sou­tenir Alt‑Ramtem ; c’est la tête d’Osterode.

 

Comm. par Mme la maréchale princesse d’Eckmühl.

(En minute aux Arch. de l’Emp.)

 

 

932. – TROUPES EN MARCHE POUR APPUYER LE MARÉCHAL LANNES. – INSTRUCTIONS ET AVIS.

 

AU MARÉCHAL LANNES.

 

Preussich-Eylau, 13 juin 1807, 9 heures du soir.

 

Mon Cousin, mon officier d’ordonnance arrive à l’instant. Il ne me donne pas assez de renseignements pour me faire connaître si c’est l’armée ennemie qui débouche par Friedland, ou seulement un parti. Dans tous les cas, la division Grouchy est en marche, et ce général, de sa personne, se rend sur-le-champ auprès de vous pour commander votre cavalerie. Le maréchal Mortier envoie aussi sa cavalerie pour appuyer le vôtre et se met en mouvement avec son corps d’armée. Selon les nouvelles que je recevrai, je ferai partir, à une heure du matin, le maréchal Ney pour vous soutenir.

 

Le grand‑duc de Berg est aux portes de Kœnigs­berg : on entend une vive canonnade contre le corps du général l’Estocq ; il paraît que le maréchal Soult a atteint, à Kreuzburg, l’arrière‑garde de l’Estocq ; la fusillade et la canonnade n’ont duré qu’une demi­-heure, ce qui fait supposer que cette arrière‑garde a été culbutée. Le grand‑duc n’attendait que de savoir que Domnau n’était pas occupé par l’ennemi, pour marcher avec l’infanterie sur Kœnigsberg.

 

Le maréchal Davout est sur la Frisching. J’attends à chaque instant de nouveaux détails.

 

Si, par les renseignements que vous aurez obtenus de vos prisonniers, vous avez été certain que l’en­nemi n’était pas en force, je suppose que vous serez entré à Friedland et que vous vous serez rendu maître de ce poste important. Le 1er corps sera à Domnau, s’il est nécessaire, demain avant dix heures du matin. Écrivez‑moi toutes les deux heures ; envoyez‑moi l’interrogatoire des prisonniers, et, si vous êtes à Friedland, envoyez‑moi le bailli, avec beaucoup de renseignements.

 

NAPOLÉON.

 

Comm. par M. le duc de Montebello.

(En minute aux Arch. de l’Emp.)

 

 

933. ‑ INSTRUCTIONS POUR S’EMPARER DE KOENIGSBERG.

 

AU GRAND‑DUC DE BERG.

 

Preussich‑Eylau, 14 juin 1807, 3 heures et demie du matin.

 

Le maréchal Soult se met en mouvement à quatre heures du matin, pour se porter droit sur Kœnigsberg. Il est tout simple que l’ennemi ait mis toutes ses pièces de canon en batterie. Il est fâcheux qu’il n’ait pas été jeté dans la place dès hier ; une grande quantité de bagages et bon nombre de pièces et de troupes n’auraient pas pu joindre et seraient venues tomber en notre pouvoir. Toute cette artillerie aura sans doute filé pendant la nuit. S’il en est autrement, elle doit être entre vos mains. Il ne faut pas s’amuser à des attaques de front, mais tourner les positions de l’ennemi et marcher sur Kœnigsberg. La division Morand s’est mise en marche hier soir à six heures, et a dû rejoindre le maréchal Davout. Il n’y a pas un moment à perdre pour entrer dans la ville. La Pregel n’est pas large ; si l’ennemi a mis un grand nombre de pièces sur les remparts et expose ainsi la ville à être prise d'assaut, il faut, pendant qu’on rassem­blera les bateaux et autres moyens de passer, faire sommer la place et exposer les malheurs auxquels on va livrer cette grande cité. Je suppose qu’avant onze heures du matin vous m’aurez appris que mes troupes sont à Kœnigsberg. Il faut que des partis de cavalerie se dirigent sur‑le‑champ sur toutes les routes à la poursuite de l'ennemi. On pourra em­ployer le maréchal Soult tout entier et du maréchal Davout seulement ce qui sera nécessaire. Il faut envoyer aussi de la cavalerie sur toutes les routes en arrière, pour ramasser les traîneurs et s’emparer de tous les magasins, hôpitaux et établissements de l’ennemi, aussi bien que pour assurer ces routes.

 

            NAPOLÉON.

 

Archives de l’Empire.

 

 

933. - ORDRES POUR LA BATAILLE DE FRIEDLAND.

 

Au bivouac en arrière de Posthenen, 14 juin 1807.

 

Le maréchal Ney prendra la droite, depuis Pos­thenen jusque vers Sortlack, et il appuiera à la posi­tion actuelle du général Oudinot. Le maréchal Lannes fera le centre, qui commencera à la gauche du maréchal Ney, depuis Heinrichsdorf, jusqu’à peu près vis‑à‑vis le village de Posthenen. Les grenadiers d’Oudinot, qui forment actuellement la droite du maréchal Lannes, appuieront insensiblement à gauche, pour attirer sur eux l’attention de l’ennemi. Le maréchal Lannes reploiera ses divisions autant qu’il le pourra, et, par ce ploiement, il aura la faci­lité de se placer sur deux lignes. La gauche sera formée par le maréchal Mortier, tenant Heinrichsdorf et la route de Kœnigsberg, et de là s’étendant en face de l’aile droite des Russes. Le maréchal Mortier n’avancera jamais, le mouvement devant être fait par notre droite, qui pivotera sur la gauche.

 

La cavalerie du général Espagne et les dragons du général Grouchy, réunis à la cavalerie de l’aile gauche, manœuvreront pour faire le plus de mal possible à l’ennemi, lorsque celui‑ci, pressé par l’attaque vigoureuse de notre droite, sentira la néces­sité de battre en retraite.

 

Le général Victor et la Garde impériale à pied et à cheval formeront la réserve et seront placés à Grünhof, Bothkeim et derrière Posthenen.

 

La division des dragons Laboussaye sera sous les ordres du général Victor ; celle des dragons Latour­-Maubourg obéira au maréchal Ney ; la division de grosse cavalerie du général Nansouty sera à la dis­position du maréchal Lannes, et combattra avec la cavalerie du corps d’armée de réserve, au centre.

 

Je me trouverai à la réserve.

 

On doit toujours avancer par la droite, et on doit laisser l’initiative du mouvement au maréchal Ney, qui attendra mes ordres pour commencer.

 

Du moment que la droite se portera sur l’ennemi, tous les canons de la ligne devront doubler leur feu dans la direction utile, pour protéger l’attaque de cette aile.

 

NAPOLÉON.

 

Thibaudeau, Histoire générale de Napoléon.

 Mathieu Dumas, Précis des événements militaires.

 

 

935. ‑ PROJET DE CANTONNEMENT POUR LES DIFFÉRENTS CORPS DE LA GRANDE ARMÉE.

 

Skaisgirren, 17 juin 1807.

 

Le 1er corps, en avant‑garde à Tilsit, avec sa cavalerie légère, la division de dragons de Lahous­saye, la division de dragons Grouchy et deux brigades de la cavalerie légère de Lasalle, ce qui ferait 6 à 7,000 hommes de cavalerie, éclairerait toute la gauche du Niemen et dix à douze lieues sur la droite, occupant la rive gauche avec une avant‑garde de cavalerie et de l’artillerie, et ayant tout son corps d’armée campé en trois camps, le premier à deux lieues de Tilsit, le second à quatre lieues et le troi­sième à cinq ou six lieues de Tilsit, sur la route de Labiau. Ce dernier camp serait couvert par des ouvrages de campagne et abatis pour former un bon champ de bataille. Ce champ de bataille se trouve­rait à une journée ou une journée et demie des différents corps.

 

Le maréchal Ney aurait la droite et occuperai Insterburg. A sa cavalerie légère on réunirait une brigade de cavalerie légère de la division Lasalle et la division de dragons de Latour‑Maubourg, ce qui lui ferait près de 4,000 chevaux, poussant des postes le plus près possible sur la droite dans la direction du Niemen, de Grodno et d’Olita.

 

Le 4è corps, à Wehlau.

 

Le corps du maréchal Davout, à Labiau, qu’il occu­perait avec ses trois divisions en avant, de manière que la 1re ne se trouvât qu’à six lieues de la 3è divi­sion du général Victor.

 

Le maréchal Lannes, à Kœnigsberg, avec la Garde impériale.

 

Le maréchal Mortier serait détaché avec les Polo­nais pour maintenir la communication de la Grande Armée avec le corps du maréchal Masséna.

 

On aurait à Wehlau deux têtes de pont et un camp retranché ; on y arrangerait un champ de bataille. On préparerait également un champ de bataille à Kœnigsberg.

 

Les trois divisions de cuirassiers et la division de dragons du général Milhaud seraient placées le long de la Pregel, où elles pourraient être plus aisément nourries.

 

Par ces dispositions, l’ennemi ne pourrait passer le Niemen sans que le général d’avant‑garde le sût. Tant que ce ne serait pas une opération sérieuse, on pourrait s’y opposer avec la cavalerie, la 1re et la 2è division. Quand il s’apercevrait que l’ennemi veut commencer une nouvelle campagne, il se reploierait sur son 3è camp, où, dans un jour, quatre corps d’armée se trouveraient réunis ; ce qui, dans un ter­rain préparé, donne encore deux jours à la réserve et à tous les cuirassiers pour arriver. Dans ce cas, la gauche de l’armée serait appuyée au Kurische‑Haff, la droite à la Pregel ou à la petite rivière de….. ce qui ferait quatorze lieues, sur lesquelles il y en a six de bois et de marais impraticables. L’armée serait donc toujours maîtresse de se porter sur Wehlau et Labiau.

 

De belles têtes de pont à Weblau, à Labiau, sur le canal, ainsi qu’à Insterburg, seraient nécessaires.

 

Le 3è et le 4è corps vivraient aisément par les canaux, l’Alle, la Pregel et le canal de Deime.

 

Le 1re et le 6è pourraient vivre des mêmes moyens. Le 1er recevrait les vivres par Labiau et Insterburg. Les convois n’auraient que huit ou dix lieues à faire par terre. Ces deux corps trouveraient aussi des ressources dans tout le pays s'étendant par la droite.

 

Il faudrait surtout n’avoir à Tilsit aucune espèce d’établissement. Il ne faudrait occuper la ville que comme avant‑poste et pour en tirer toutes les res­sources qu’elle peut donner.

 

NAPOLÉON.

 

Archives de l’Empire.

 

 

936. ‑ DISPOSITIONS GÉNÉRALES POUR LA DISTRI­BUTION DE L’ARMÉE EN QUATRE GRANDS COMMANDEMENTS.

 

Kœnigsberg, 12 juillet 1807.

 

La Garde impériale partira sans délai pour se diriger, à très‑petites journées, avec séjour et sans se fatiguer, sur Berlin, où elle attendra de nouveaux ordres.

 

Les équipages de l’Empereur suivront la Garde.

 

Les officiers d’ordonnance de Sa Majesté resteront près le major général, et, quand il quittera l’armée, ils resteront près du maréchal Soult et seront successivement expédiés à Sa Majesté, toutes les fois qu’il y aura des nouvelles à lui porter.

 

GRAND ÉTAT‑MAJOR GÉNÉRAL.

 

Le major général restera à Kœnigsberg jusqu’à ce que tous les ordres pour l’exécution des disposi­tions ordonnées par l’Empereur soient expédiés et que les troupes soient en marche. Après cela, il se rendra en droite ligne à Paris. Comme ministre de la guerre, il commande en l’absence de l’Empereur la Grande Armée, jusqu’à ce qu’il parte pour Paris. Son départ n’aura lieu que quand tout ce qui a rap­port aux dispositions ci‑dessus sera mis en exécution, de manière qu’il ne puisse y avoir aucun embarras, que les commandements soient distincts et que chacun sache ce qu’il a à faire.

 

Du moment que le major général quittera l’ar­mée, la correspondance des maréchaux, celle de l’intendant, des commandants du génie et de l’artillerie lui seront adressées à Paris. Il en sera de même pour les chefs d’état‑major, qui enverront à Paris les mêmes situations qu’à l’armée, le major général se trouvant près de l’Empereur, à Paris, pour y remplir ses fonctions comme à l’armée.

 

1er COMMANDEMENT. ‑ MARÉCHAL DAVOUT.

 

DUCHÉ DE VARSOVIE.

 

Tout le territoire du duché de Varsovie sera sous le commandement de M. le maréchal Davout ; il aura le commandement des troupes ; défense des places, artillerie, génie, administration, etc., sera chargé de tout. A cet effet, il aura sous ses ordres les troupes polonaises, celles saxonnes, le 3è corps d’armée, la division de dragons du général Lahoussaye, la brigade de cavalerie légère du gé­néral Pajol et celle du général Watier. Ces deux brigades seront commandées par le général de di­vision Lasalle.

 

2è COMMANDEMENT. ‑ MARÉCHAL SOULT.

 

LA VIEILLE PRUSSE JUSQU’A L’ODER.

 

Kœnigsberg et la vieille Prusse jusqu’à l’Oder seront sous les ordres immédiats de M. le maréchal Soult, ainsi que toutes les troupes qui s’y trouvent, les dépôts de cavalerie et hôpitaux.

 

Le maréchal Soult aura également sous ses ordre le corps du maréchal Lannes, qui sera commandé par le général Oudinot, à l’exception des troupe saxonnes, qui, passent aux ordres du maréchal Davout, mais seulement jusqu’au moment où le 4è corps  sera sur l’Oder.

 

La division des grenadiers réunis occupera Danzig.

 

La division du général Verdier occupera les environs de Danzig, mais le pays au delà de deux lieues de rayon, afin de vivre sur la Prusse. Elle ne rentrera sur le territoire de Danzig qu’au moyen, où l’on devra évacuer la Prusse.

 

Quand le 4è corps sera sur l’Oder, le corps du maréchal Lannes, commandé par le général Oudinot, fera partie du commandement du maréchal Davout auquel il rendra compte, à Varsovie.

 

CAVALERIE DE RÉSERVE.

 

La cavalerie de réserve de l’armée, qui formait le corps du grand‑duc de Berg, se dirigera sur Ber­lin, sans autre considération que celle de la faire vivre ; elle prendra des séjours, et il lui sera donné différentes directions, afin qu’elle ait plus de faci­lité à trouver des fourrages. Les cantonnements se­ront arrangés de manière que cette cavalerie sé­journe, entre la Vistule et l’Oder jusqu’à la fin d’octobre.

 

Le général Belliard et l’état‑major de la réserve de cavalerie seront établis dans le lieu où le maré­chal Soult aura son quartier général.

 

Après le départ du major général, le maréchal Soult pourra donner des ordres et contre‑ordres à la cavalerie de réserve, suivant les circonstances. Dans le cas d’événements, il se concerterait avec le maréchal Davout afin d’agir d’accord.

 

3è COMMANDEMENT. ‑ MARÉCHAL MORTIER.

 

HAUTE ET BASSE SILÉSIE.

 

Le maréchal Mortier se rendra à Breslau pour commander la haute et basse Silésie. Tous les Fran­çais de son corps d’armée, sous les ordres du gé­néral Dupas, se rendront directement à Stettin.

 

Tous les Polonais de son corps se rendront sous les ordres du maréchal Davout.

 

Le maréchal Mortier aura en Silésie :

 

1° Le corps de M. le maréchal Masséna, qui se rend à Breslau, sous les ordres du général Suchet ;

2° Le corps du maréchal Ney, qui se rend à Glo­gau, sous les ordres du général Marchand.

 

4è COMMANDEMENT. ‑ MARÉCHAL BRUNE.

 

Le maréchal Brune commande la Poméranie et conserve son commandement tel qu’il est aujourd’hui. Il correspondra directement avec le major général, soit à Kœnigsberg quand il y sera, soit à Paris. Dans les cas imprévus, le maréchal Brune se concerterait avec les maréchaux Davout et Mortier.

 

L’intendant général de l’armée, M. Daru, restera dans le lieu où le maréchal Soult aura son quartier général, pour pouvoir, de concert avec lui,  exécuter toutes les dispositions du traité de paix et de la convention, pour ce qui regarde les contributions et l’administration, et exécuter tous les ordres de l’Empereur qu’il recevra par le major général.

 

Le général Songis restera dans le même lieu où le maréchal Soult aura son quartier général, pour y exécuter les ordres qu’il recevra du major général.

 

Le parc d’artillerie se rendra à Berlin. On aura soin que les chevaux vivent aux dépens du pays.

 

Les mêmes dispositions regardent le général Chasseloup et le parc du génie.

 

Les aides de camp du ministre de la guerre se­ront partagés entre MM. les maréchaux Davout et Brune, pour lui être expédiés successivement tous les cinq jours et apporter les nouvelles.

 

Par les dispositions ci‑dessus, il y aura donc quatre corps d’armée :

 

Le maréchal Soult dans la vieille Prusse ;

Le maréchal Davout dans le duché de Varsovie ;

Le maréchal Mortier dans la Silésie ;

Le maréchal Brune dans la Poméranie.

 

La réserve de cavalerie suivant le mouvement du 4è corps.

 

Le maréchal Bernadotte se rendra dans les villes hanséatiques, d’où il correspondra immédiatement avec le major général.

 

Le corps de M. le maréchal Bernadotte, aux or­dres du général Victor, sera dirigé en droite ligne sur Spandau, où il tiendra garnison sur les États de Prusse, à la droite de l’Elbe, et où il sera à portée de la Poméranie suédoise, c’est‑à‑dire de Prenzlow et de Pasewalk.

 

Comme les mouvements pour évacuer les États de Prusse se font par les troupes aux ordres du ma­réchal Soult, ce maréchal restera plénipotentiaire de l’Empereur, conjointement avec M. le maréchal de Kalkreuth, plénipotentiaire du roi de Prusse.

 

Les mouvements d’évacuation se feront :

1re ligne sur la Vistule ;

2è ligne sur l’Oder ;

3è ligne sur le Havel, près Berlin.

 

Les maréchaux Masséna, Lannes, et Ney se rendront immédiatement à Paris.

 

Le 5è corps restera donc commandé par le général Suchet, le 6è corps par le général Marchand, le corps du maréchal Lannes par le général Oudinot, qui, lui‑même, sera aux ordres du maréchal Soult jusqu’au moment où ce maréchal sera sur l’Oder, et passera, dès ce moment, aux ordres du maré­chal Davout, et correspondra avec lui à Varsovie.

 

Il sera écrit une lettre de satisfaction au général Gouvion Saint‑Cyr, et il lui sera donné une autori­sation pour aller à Paris reprendre ses fonctions au Sénat.

 

NAPOLÉON.

 

Dépôt de la guerre.

 

 

937. ‑ NOTE RÉGLANT LA MANIÈRE DONT AURA LIEU L’ÉVACUATION DES ÉTATS PRUSSIENS.

 

Kœnigsberg, 13 juillet 1807.

 

La paix étant signée, l’évacuation doit avoir lieu. Elle se fera en plusieurs temps. Tout ce qui est Polo­gne ne sera pas encore évacué. La vieille Prusse sera évacuée en deux temps : d’abord tous les pays jusqu’à la Passarge et Guttstadt, formant les ancien­nes positions de l’armée, et, quinze jours ou un mois après, ces pays‑là jusqu’à la Vistule, et enfin tout le pays jusqu’à l’Oder, le reste de la vieille Prusse jusqu’à la Poméranie et la Poméranie elle-­même.

 

M. Daru se fera donner par M. d’Albe les limites du duché de Varsovie. La ville de Danzig et deux lieues autour restent libres, et je dois y tenir garni­son : il faut compter que j’aurai à Danzig 12,000 hommes pendant l’espace d’un ou deux ans ; il est bon que je ne sois pas obligé de faire des achats et que les magasins soient abondamment pourvus, du moins en blé et eau‑de‑vie.

 

J’aurai dans le duché de Varsovie une quarantaine de millions de rations pendant près d’une année ; comme Bromberg, Thorn, Posen font partie de ce duché de Varsovie, il est convenable de réunir là le plus de subsistances possible.

 

Il faudra calculer s’il convient de vendre ce que nous avons à Küstrin, quand nous l’évacuerons, ou s’il est préférable de le faire venir à Bromberg. Il faudrait calculer aussi s’il faut faire vendre ce qui vient de Silésie.

 

Quant à Kœnigsberg, il est probable que l’éva­cuation devra en avoir lieu vers le 1er août. Il faut donc, d’ici à ce temps‑là, avoir évacué sur Elbing tous les vins, eaux‑de‑vie, draps, blés et autres objets, jusqu’à la concurrence de quatre millions, prendre les mesures les plus énergiques pour avoir la contribution, et tâcher de ne rien laisser en arrière afin de n’avoir point de discussion.

 

Le langage de l’intendant général doit toujours être que l’Empereur n’est point maître de rendre les magasins, ni de remettre les contributions, parce qu’ils appartiennent à l’armée, et que, s’il le faisait, il faudrait qu’il les remboursât de ses deniers, ce qui n’est pas proposable.

 

De Marienwerder, il faut faire évacuer sur Var­sovie et sur Thorn.

 

Tous les malades doivent être évacués sur Thorn, Bromberg, Küstrin et Danzig ; ceux qui sont sur la droite doivent être évacués sur Varsovie et autres villes voisines, où ils auront le temps de se guérir. Les grands blessés et les malades qui sont restés sur la ligne, s’ils sont Prussiens ou Russes, doivent être laissés, car je rends les prisonniers. Il faudrait en remplir Kœnigsberg lorsque nous abandonne­rons la place ; ce sera à la Prusse à y pourvoir. Il faut surtout n’en avoir ni dans le duché de Varsovie ni à Danzig : les évacuer sur les États prussiens. Mêmes ordres à Berlin.

 

Il faut que, lors de l’évacuation des États prus­siens, il n’y ait aucun malade russe dans la ville et territoire de Danzig, ni dans le duché de Varsovie.

 

La même observation doit être faite pour les pays de la rive gauche de l’Elbe qui doivent former le royaume de Westphalie ; il est nécessaire qu’on n’y laisse aucun malade russe ni prussien, et qu’on les renvoie dans les États qui restent à la Prusse.

 

Tous les magasins que j’aurai à Spandau, on les évacuera sur Magdeburg ; Magdeburg me reste ; y évacuer les magasins des États qui restent à la Prusse, car mes armées resteront très‑longtemps en Westphalie.

 

M. Daru me fera connaître ce que j’ai accordé à chaque corps en habillement, ce que chaque corps a reçu, et ce que j’ai à leur délivrer, ce que j’ai en magasin à Danzig et à Kœnigsberg.

 

C’est le corps du maréchal Davout que je compte laisser à Varsovie.

 

C’est le corps du général Oudinot que je compte laisser à Danzig.

 

Tout ce qui est au delà de l’Oder, l’envoyer à Magdeburg.

 

Il ne faut rien donner inutilement aux corps.

 

Mettre à l’ordre que, vu les circonstances de la paix, la mesure des lettres de change pour la solde est annulée, que l’argent est prêt en France. En écrire au ministre du trésor public.

 

NAPOLÉON.

 

Comm. par M. le comte Daru.

 

 

938. ‑ COMPOSITION DES CORPS DE BRUNE ET DE BERNADOTTE. ‑ AVIS DIVERS.

 

AU MARÉCHAL BERTHIER.

 

Dresde, 22 juillet 1807.

 

Mon Cousin, je reçois votre lettre par laquelle vous m’annoncez que vous serez le 24 à Berlin. Je désire que vous vous rendiez à l’armée devant Stral­sund. Ordonnez au général Chasseloup d’y prendre le commandement du génie. Donnez tous les ordres pour que l’artillerie arrive en grande quantité, de manière que l’on fasse à la fois trois attaques et que cette place soit promptement enlevée.

 

Si vous n’y voyez pas d’inconvénient, donnez ordre à tous les Hollandais de se rendre en Hol­lande, en passant par Hambourg. Donnez ordre à tous les Espagnols, même à ceux qui viennent de France, de se rendre à Hambourg ; les Espagnols formeront le noyau de l’armée du maréchal Berna­dotte. Ainsi l’armée du maréchal Brune sera com­posée : 1° de la division italienne, commandée par le général Pino, et des trois régiments de cavalerie italiens ; 2° des quatre régiments français de la division Molitor ; 3° des trois régiments français de la division Boudet ; 4° du 5è d’infanterie légère et du 19è de ligne, ce qui fait neuf régiments français ; du régiment d’Aremberg et des deux régiments de cavalerie légère français venus de Danzig ; de tous les Badois, de la brigade bavaroise venue de Munich ; des régiments de Nassau, de Würzburg, de Hesse‑Darmstadt et du grand‑duc de Berg. Ce qui fait donc :

 

 

Infanterie

Cavalerie

Italiens

6,000 hommes

1,000 hommes

Français

16,000

1,000

Bavarois

2,000

1,500

Troupes alliées

6,000

1,500

Badois

4,000

500

Sous-total

34,000

4,000

Total

38

000

 

Ce qui est plus que suffisant.

 

Renvoyez le régiment polonais qui était devant Kolberg à Kalisz ; je crois que son dépôt est dans cette ville.

 

Le maréchal Bernadotte se trouvera avoir les 15,000 Espagnols.

 

Les 15,000 Hollandais se réuniront dans l’Oldenburg et dans l’Ost‑Frise, sous les ordres du général hollandais ; et, en cas d’événements, ils recevraient des ordres du maréchal Bernadotte.

 

Voilà la distribution qui me paraît la plus convenable.

 

Toutes les nouvelles compagnies d’artillerie qui arrivent de France et qui sont à Magdeburg et ailleurs, qui n’ont point fait la guerre, le général Songis les enverra à Stralsund pour pousser vigou­reusement le siège.

 

Quand vous aurez ainsi arrangé les choses, que M. Daru et les plénipotentiaires prussiens seront réunis à Berlin pour traiter ensemble, conformément à l’article 6 de la convention militaire, vous vous rendrez à Hanovre. Vous aurez soin de visiter vous‑même, en passant, Magdeburg, pour avoir une idée de la force de cette place.

 

A Hanovre vous réunirez la commission des États ; vous leur direz que le temps de tergiverser est passé, et qu’il faut que les neuf millions de contributions qu’ils me doivent soient payés jusqu’au dernier sou, et qu’il faut s’exécuter.

 

Vous écrirez au commandant de Baireuth pour presser l’entier payement, non‑seulement de la contribution, mais des revenus du pays.

 

Vous vous arrêterez à Fulde pour voir pourquoi on n’y paye point les contributions.

 

J’ai envoyé des pouvoirs au maréchal Soult pour régler, avec les plénipotentiaires, la route intermé­diaire entre la Saxe et la Prusse. Après tout cela, s’il n’y a rien de nouveau, vous vous rendrez à Paris, en laissant vos chevaux et la plus grande par­tie de votre maison militaire à Berlin.

 

A votre retour de Stralsund, restez à Berlin assez de temps pour pouvoir m’apporter un rapport de M. Daru sur tout ce qui regarde les contribu­tions, etc.

 

Vous donnerez ordre au maréchal Brune que, lorsqu’il y aura des pourparlers pour capitulation, ou des parlementaires à envoyer, il emploie le géné­ral Reille, mon aide de camp.

 

NAPOLÉON.

 

Dépôt de la guerre.

(En minute aux Arch. de l’Emp.)

 

 

939. ‑ DÉCRET PORTANT LA DISSOLUTION DES CAMPS DE L’OCÉAN ET LA COMPOSITION DU CORPS DE LA GIRONDE.

 

Saint‑Cloud, 2 août 1807.

 

TITRE 1er.

 

DISSOLUTION DES CAMPS DE SAINT‑LÔ, PONTIVY ET NAPOLÉON.

 

ARTICLE PREMIER. ‑ Les trois camps volants de Saint‑Lô, de Pontivy et de Napoléon seront dissous dans le courant du mois d’août.

 

ART. 2. ‑ Chacun de ces trois camps formera une division d’un corps qui portera le titre de Corps d’observation de la Gironde.