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Histoire Militaire et Stratégie
Correspondance de Napoléon
RIHM
 

 

 

Correspondance militaire
de Napoléon Ier

Extraite de la correspondance générale et publiée

Par ordre du ministère de la guerre

Tome cinquième

Paris - 1876

  

940. ‑ PUNITION A INFLIGER A UN AIDE DE CAMP DU VICE‑ROI D’ITALIE QUI A PERDU DES DÉPÊCHES.

 

A EUGÈNE NAPOLÉON, VICE‑ROI D’ITALIE.

 

Rambouillet, 7 septembre 1807.

 

Mon Fils, j’ai reçu la lettre que vous m’avez en­voyée du général Lauriston. Je ne sais trop ce qu’il veut dire, mais, si j’entends bien les lois militaires, les généraux de division sont sous les ordres du gé­néral en chef. Le plus grand mal qu’il pourrait y avoir, vu l’éloignement de la Dalmatie, ce serait que ces lois n’y fussent pas respectées.

 

J’ai relu aussi la lettre que le Pape vous a écrite. Vous savez que je n’ai pas admis le cardinal Litta. Ainsi nous verrons le parti que prendront actuelle­ment ces prêtres.

 

Votre aide de camp Bataille m’a perdu mes dépêches ; il mérite d’être puni : mettez‑le pour quelques jours aux arrêts. Un aide de camp peut perdre en route ses culottes, mais il ne doit perdre ni ses lettres ni son sabre. Les paquets dont le vôtre était chargé n’étaient pas si gros qu’il ne pût les mettre dans l’intérieur de la voiture et sous sa main ; alors il ne les aurait pas perdus. Tous ces gaillards‑là sont des freluquets.

 

                  NAPOLÉON.

 

D’après la copie comm. par S. A. I. Mme la duchesse de Leuchtenberg.

 

 

941. ‑ DÉCISION DE L’EMPEREUR SUR LES CONNAISSANCES QUE DOIVENT POSSÉDER LES OFFICIERS D’ARTILLERIE.

 

Rambouillet, 16 septembre 1807.

 

Le général Clarke, ministre de la guerre, propose à l’Empereur d’accorder la solde à cinquante‑trois élèves d’artil­lerie et du génie de l’école de Metz, qui, après l’examen pro­chain, excéderont le nombre fixé ;

 

D’employer à l’état‑major de cette école trois capitaines en second de plus, dont deux d’ar­tillerie et un du génie ;

 

D’y appeler les professeurs de mathématiques et de dessin des écoles de régiment établies à Metz, Besançon et Strasbourg ;

 

D’affecter une des casernes de Metz au logement nécessaire à ces cinquante‑trois élèves.

 

De l’argent et toujours de l’argent !

 

On conçoit qu’il faut deux ans pour le génie ; un an d’école pour l’artil­lerie est suffisant.

 

Mais la chose à laquelle le ministre doit bien veil­ler, c’est qu’on fasse des officiers d’artillerie. Il faut que, dans les six mois, ils connaissent toutes les sor­tes d’armes, toutes les sortes d'artifices, toutes les manœuvres de force.

 

Au total la demande du ministre est accordée.

 

Le ministre fera con­naître combien de livres de poudre a consommées l’école de Metz,

 

Les élèves sauront‑ils les manœuvres d’artifices ? Combien de fois les fait‑on tirer à la cible ? Ceux destinés à l’artille­rie ont‑ils monté et démonté des fusils ? Com­bien de pièces ont‑ils désenclouées par les différents procédés ? Com­bien ont‑ils fait de ma­nœuvres de force avec du 24 et sans chèvre? Com­bien ont‑ils fait de cartou­ches, de balles, d’étoupilles, de fusées ? Ont‑ils ensaboté des boulets, fait des lances à feu, des che­mises soufrées, goudron­nées ? Combien chaque élève en a‑t‑il fait? Com­bien de fois sont‑ils allés au polygone ? Ont‑ils tiré des bombes, Combien de fois ont‑ils mis dans le rond ou dans le tonneau ? Ont‑ils tiré à ricochet, construit des batteries, fait des saucissons, des gabions ? Connaissent‑ils les différentes espèces de bois, les dimensions et le poids des différentes fer­rures, les différentes es­pèces d’attelages ? Savent­-ils atteler et dételer des voitures de divers atte­lages ? Ont‑ils fait de la poudre ? Enfin connais­sent‑ils la théorie des mines, de la sape, le tracé des places et des fortifications de campa­gne ? Ont‑ils eux‑mêmes ouvert la tranchée ? Voilà ce que Sa Majesté veut que sachent les officiers d’artillerie. Il est inutile qu’ils sachent la coupe des pierres, la construc­tion.

 

D’après la minute. Archives de l’Empire.

 

 

942. ‑ OBSERVATIONS AU SUJET DU NOMBRE ET DU PAYEMENT DES TROUPES DU ROYAUME DE NAPLES.

 

A JOSEPH NAPOLÉON, ROI DE NAPLES.

 

Fontainebleau, 25 septembre 1807.

 

Mon Frère je reçois votre lettre du 16. Je ne conçois pas qu’il faille autant de troupes pour gar­der le royaume de Naples, qui n’est attaqué que par quelques misérables brigands. Je conçois encore moins, à moins que je ne m’explique cela par les théories de votre ministre des finances, qu’avec le secours de six millions, que je vous envoie, vous ne puissiez pas solder 25,000 hommes dans un royaume d’une population de plus de quatre millions d’habitants. La raison que vous n’avez pas de commerce n’est pas satisfaisante. Quand on peut donner à une armée du blé, du vin, du pain, la petite quantité d’argent que vous avez à lui payer pour sa solde est bien peu de chose. Si les denrées ne sortent pas, il faut dire aussi qu’il ne sort pas de numéraire pour d’autres objets. Vos finances, et c’est l’opinion publique, sont horriblement menées. Cela est bien malheureux. Naples m’affaiblit d’une armée et me coûte beaucoup d’argent. La première de toutes les choses est de remettre votre solde au courant. D’ailleurs, voilà l’hiver ; qui peut empêcher vos bâtiments de commerce de venir apporter vos denrées à Gênes et dans les autres ports de la France ?

 

Mon intention est qu’il y ait deux généraux de brigade à Corfou. Le général Donzelot est destiné à y commander en cas de mort du général César Berthier.

 

Je vois avec peine que le 101è n’a qu’un bataillon dans la terre de Labour ; que le régiment de la Tour d’Auvergne n’y a que le 3è bataillon ; que le 20è de ligne n’est pas également réuni dans la pro­vince de Salerne, et qu’il y en a une partie dans la Pouille ; que tout le régiment suisse n’est pas réuni.

 

Vous portez dans l’état de la garnison de Corfou 1,600 hommes pour le 6è de ligne. Vous savez que les grenadiers et une compagnie ont été pris, c’est-­à‑dire 300 hommes ; il ne reste donc plus guère que 1,200 hommes.

 

Je donne ordre à tout le régiment d’Isembourg de se rendre à Naples. Je donne également l’ordre au vice‑roi de vous envoyer un renfort de 3 à 4,000 hommes tirés des dépôts des régiments de votre armée. Ce renfort partira d’Ancône en deux déta­chements, l’un le 15 octobre et l’autre le 1er no­vembre.

 

NAPOLÉON.

 

D’après l’expédition originale comm. par les héritiers du roi Joseph.

 

 

943. ‑ EXPOSÉ DES VUES DE L’EMPEREUR SUR LES TRAVAUX A FAIRE DANS LES DIFFÉRENTES PLACES FORTES DE L’EMPIRE.

 

AU GÉNÉRAL CLARKE, MINISTRE DE LA GUERRE.

 

Fontainebleau, 27 septembre 1807.

 

Je vous renvoie les plans et rapports que vous m’avez faits sur les différentes places. Je désire que vous teniez toutes les semaines un conseil de forti­fication, afin de comparer les comptes de tout ce qu’on a fait avec les sommes accordées cette année, de manière que, dans le courant de novembre, vous puissiez me rendre compte, connaître la situa­tion de mes principales places, et que chacun de vos rapports dise ce qui a été dépensé depuis l’an VIII et ce qu’on a fait, afin qu’on puisse voir ce qu’a coûté chaque ouvrage.

 

Vous devez aussi me faire connaître les évalua­tions faites par les officiers du génie, afin que je m’assure que leurs évaluations n’ont pas été dépas­sées, et que je puisse connaître le degré de con­fiance que je puis mettre à leurs estimations pour tous les nouveaux travaux que je veux entreprendre.

 

Dans le même conseil que je tiendrai pendant le mois de novembre, vous me présenterez le budget de 1808. Les fonds que je veux affecter an génie ne peuvent dépasser douze millions. L’art est de dé­penser cette somme au plus grand avantage de l’État. Sur cette somme, mon intention est de dé­penser cinq millions pour Alexandrie.

 

Par ce moyen, je connaîtrai en général la situa­tion positive des différentes places. Je fixerai défi­nitivement les projets à adopter. J’accorderai les fonds pour les travaux à faire en 1808. La place qui m’importe par‑dessus tout, c’est Alexandrie ; après Alexandrie, Mayence ; après Mayence, Wesel ; après Wesel, Strasbourg et Kehl, et enfin les places de Venloo, Juliers et Maëstricht.

 

Comme la place de Flessingue désormais m’ap­partient, et que cette place acquiert une nouvelle importance, il sera convenable de me présenter un projet complet qui me fasse connaître le parti qu’on pourrait tirer de la coupure des digues, si l’ennemi s'était emparé de l’île.

 

Anvers, Boulogne, Ostende viennent après.

 

Strasbourg, Mayence et Wesel sont déjà suscep­tibles d’une grande défense. Les ouvrages que l’on fait à Kehl, à Cassel et à Wesel tendent à donner à ces places de nouvelles propriétés.

 

La place de Venloo, selon sa capacité, peut se défendre ; celle de Juliers, au contraire, n’est en­core susceptible d’aucune défense sérieuse ; Alexan­drie est dans un état pire encore. Je mets donc de l’importance à ce qu’en 1808, et 1809 au plus tard, Alexandrie et Juliers puissent avoir toutes leurs propriétés.

 

Du reste, je n’accorde point de fonds supplémen­taires, ni pour Kehl, ni pour Mayence, ni pour Anvers, ni pour Boulogne ; cependant j’autorise pour Kehl qu’on puisse dépenser cette année 200,000 francs de plus, lesquels devront être portés sur le budget de 1808.

 

Quelque important que soit Kehl, la prise de cette place, n’influera pas sur celle de Strasbourg. La prise de Cassel, au contraire, influera réellement sur celle de Mayence. Il faut donc prendre un parti sur cette place si importante.

 

Quant à Lans‑le‑Bourg, j’arrêterai le plan aux différents conseils que je tiendrai en novembre ; mais il faut qu’il soit coordonné avec l’auberge que les ponts et chaussées sont chargés de construire, et qu’on me fasse bien connaître la situation topo­graphique des lieux où doivent être établis les bâtiments, de manière qu’ils soient à l’abri d'un coup de main. Mais, comme la somme de 400,000 francs est beaucoup trop considérable, il faudra peut‑être se réduire à établir un logement pour un simple bataillon de 900 hommes. L’auberge, dans ce cas‑là, sera plus commode pour les officiers. Cette caserne ne doit jamais être qu’un logement de passage. Je pense qu’il est nécessaire aussi de terminer la ca­serne de Chambéry.

 

Je désire qu’avant novembre le général Marescot ait été faire une inspection sérieuse à Alexandrie. Les grandes dépenses que j’y ai faites, celles que je veux y faire l’année prochaine, demandent qu’il n’y ait rien de négligé. J’exige qu’on soit assuré de la bonne conduite de la comptabilité, de la bonne conduite de ceux qui dirigent les travaux, et aussi de leur docilité à exécuter les différents ordres.

 

Il faut aussi que le gépéral Marescot approfon­disse sur les lieux les divers tracés et le système général de la place, et vous remette ses observations, afin d’améliorer ce qui en sera susceptible ; car c’est dans Alexandrie que je voudrais concentrer tout l’art de la défense, afin que, perdant l’Italie, une petite armée ou une garnison de 15 à 20,000 bommes puisse s’y tenir enfermée pendant un an, si elle a des vivres pour cet espace de temps.

 

D’après la minute. Archives de l’Empire.

 

 

944. - REPROCHES SUR LE PEU DE SOIN AFFECTÉ A L’ORGANISATION MILITAIRE DU ROYAUME DE NAPLES.

 

A JOSEPH NAPOLÉON, ROI DE NAPLES.

 

Fontainebleau, 1er octobre 1807.

 

Mon Frère, j’ai recu votre lettre du 20. Je vous ai déjà renvoyé les cadres d’un de vos régiments napolitains. Que voulez‑vous que je fasse venir en France des régiments composés de compagnies de 40 hommes ? Il faut que les compagnies soient de 120 ou 140 hommes. Ainsi donc il y aura à peu près de quoi former deux bataillons passables des deux régiments napolitains. Les cadres du second régiment, qui retournent à Naples, pourront reve­nir quand il aura fait 3,000 recrues.

 

Vous me demandez de faire venir à Gaëte, Otrante et Naples, les 3es bataillons des régiments de l’ar­mée. Si je faisais cela, ces régiments seraient bien­tôt perdus, car comment envoyer à Naples des conscrits nus et sans repos, des extrémités de la France ? Vous ne réfléchissez pas assez sur l’organi­sation militaire et vous n’en prenez pas assez de soin. Je n’ai de grandes et de fortes armées que parce que je porte la plus grande attention à tous ces détails. Si le royaume de Naples fournissait son contingent en finances, vous ne manqueriez pas de troupes, je vous en enverrais ; mais vous ne payez rien. Vos finances sont déplorablement administrées ; elles sont tout en métaphysique ; l’argent est cepen­dant une chose très‑physique.

 

Tâchez donc de m’envoyer des détails de Corfou. Envoyez‑y des officiers. Je n’ai encore entendu par­ler de rien. Envoyez‑y trois fois par semaine.

 

NAPOLÉON.

 

D’après l’expédition originale comm. par les héritiers du roi Joseph.

 

 

945. ‑ INSTRUCTIONS POUR L’OCCUPATION DES ILES IONIENNES.

 

A JOSEPH NAPOLÉON, ROI DE NAPLES.

 

Fontainebleau, 6 octobre 1807.

 

Mon Frère, je reçois votre lettre du 26 septembre avec différentes lettres de Corfou. Je n’ai pas chargé le général César Berthier de déclarer que Corfou faisait partie de l’Empire, et, puisque je m’étais tu, il devait bien aussi se taire. Témoignez‑lui mon mé­contentement. Il devait déclarer que la Constitution était ccnservée sur le pied où elle se trouve. Ordonnez‑lui d’agir avec plus de circonspection et de prudence. Je ne conçois pas comment les magasins à poudre ne sont pas encore à sa disposition. Je conçois encore moins comment il peut proposer de rendre Parga à Ali‑Pacha ; il y a dans cette propo­sition de la folie. Écrivez‑lui fréquemment pour lui refroidir la tête et le faire marcher plus lentement. Faites‑lui comprendre qu’il ne sait pas, que per­sonne ne sait ce qu’il fera demain, et qu’ainsi il doit constamment se maintenir dans un grand sys­tème de prudence envers tout le monde. Le général César Berthier a eu très‑grand tort d’arborer le dra­peau français. Il oublie dans ses lettres les choses les plus importantes, telles que le nombre des troupes russes qui se trouvent à Corfou. Vous y avez sans doute envoyé, comme je l’ai ordonné, du grain, de la poudre, et surtout le 14è d’infanterie légère. Vous sentez que j’ai là trop peu de troupes. Si vous n’avez pas encore fait partir le 14è, faites‑le partir sans délai ; c’est ma volonté. Il n’y aura pas de diffi­cultés pour les vivres et les munitions qui sont à Corfou et qui appartiennent aux Russes, tout cela me sera cédé ; j’attends l’ambassadeur de Russie, et ce sera la première chose qu’il fera. J’espère que vous avez envoyé à Corfou un de vos officiers, dili­gent et qui s’empressera de vous faire son rapport. Je n’ai pas encore d’idée nette sur ce pays, et comment en aurais‑je, quand je ne sais pas encore le nombre de troupes russes qui s’y trouvent et les positions qu’elles occupent ?

 

Donnez l’ordre positif au général César Berthier de n’employer à Zante et à Céphalonie que quelques officiers français, avec des troupes du pays et les Albanais qu’il a pris à sa solde, mais pas un seul soldat français de ligne, ni un italien. Mon intention est que toutes mes troupes soient concentrées à Cor­fou, Parga et Sainte‑Maure ; que la position de Parga soit fortifiée et mise en bon état, qu’on y fasse tra­vailler sans cesse, de manière  à la mettre à l’abri des efforts des Turcs ; qu’on fasse la même chose à Sainte‑Maure. On doit, du reste, très‑bien traiter Ali‑Pacha et les Turcs.

 

Autorisez le général César Berthier à mettre en construction sur le chantier de Corfou deux bricks, qui seront montés par des matelots du pays. On y mettra une garnison française et quelques officiers de marine qu’on enverra. Ces deux bricks serviront à défendre l’île contre les corsaires.

 

Tenez au courant la solde des troupes qui sont dans les Sept Iles, et laissez toujours une somme de 50,000 francs à la disposition du gouverneur pour dépenses extraordinaires ; autant à la disposi­tion du commandant de l’artillerie ; autant à celle du commandant du génie, sauf à remplacer tous les mois ce qu’ils auront employé.

 

Voici de quelle manière je désire que mes troupes soient placées. Le général César Berthier, gouverneur général, à Corfou, avec un bataillon du 14è d’infanterie légère, les deux bataillons du 6è, le 5è ré­giment italien et les troupes du pays. Il aura sous ses ordres le général Cardenau, pour commander en second en cas qu’il lui arrive un événement ; un adjudant général, six adjoints d’état‑major, un co­lonel pour faire fonctions de commandant d’armes de Corfou, indépendamment des colonels des 6è et 14è régiments (le colonel du 6è étant prisonnier, le major ira le remplacer) ; un colonel du génie ; un colonel d’artillerie ; un chef de bataillon d’artillerie faisant fonctions de directeur du parc ; un chef de bataillon et quatre autres officiers du génie (en tout six officiers du génie pour Corfou) ; et quatre capitaines en second d’artillerie, également six offi­ciers d’artillerie en tout pour l’état‑major de Corfou.

 

La garnison de Corfou fournira à la position de Parga un détachement de 600 hommes, qui sera relevé toutes les fois qu’on le jugera convenable. Ce détachement sera composé, savoir : de 3 compa­gnies du 6è, qui, au moment du départ, seront toujours complétées à plus de 100 hommes présents sous les armes par compagnie, ce qui fera 300 hommes ; 6 pièces d’artillerie de campagne avec une demi‑compagnie d’artillerie ; 100 Grecs et 2 compagnies du 5è régiment italien, qui également seront toujours complétées à 100 hommes présents. Ces forces seront sous les ordres d’un général de brigade français, d’un chef de bataillon et d’un capi­taine hors de ligne, faisant fonctions de comman­dant d’armes à Parga, d’un officier du génie et d’un officier d’artillerie en résidence. Indépendamment des pièces de campagne, on enverra à Parga 18 ou 20 pièces de fer, et l’on travaillera sans délai à faire là un point d’appui qui soit à l’abri des efforts des Turcs et de qui que ce soit ; on y élèvera des batte­ries battant la mer, pour empêcher les Anglais d’en approcher.

 

Le général Donzelot commandera à Sainte‑Maure. Il aura sous ses ordres le second bataillon du 14è d’in­fanterie légère, 900 Albanais, 6 pièces de campague et une compagnie d’artillerie. On lui enverra aussi assez de pièces de fer pour élever des batteries de côtes. Il fera travailler avec la plus grande activité aux ouvrages nécessaires qui mettront l’ile à l’abri des Anglais. Il aura de plus sous ses ordres deux officiers du génie et un officier d’artillerie com­mandant.

 

Il y aura à Céphalonie un chef de bataillon fran­çais commandant, deux capitaines, un lieutenant d’artillerie et une escouade de 16 canonniers, 600 Al­banais et 600 Grecs levés dans le pays. De même à Zante. Ainsi, si une expédition anglaise considérable se portait sur Céphalonie et Zante, et que ces îles ne pussent être secourues par Sainte‑Maure ou par les Turcs du continent, je ne serais exposé à perdre que quelques officiers et pas de soldats français.

 

Si vous voulez envoyer six compagnies, ayant 120 hommes par compagnie, de vos troupes napo­litaines à Corfou, elles pourraient y prendre du ser­vice et y être utilement employées.

 

Il vous reste donc à expédier le nombre d’officiers d’artillerie et du génie nécessaire, à envoyer un autre général de brigade pour commander à Parga, et un certain nombre d’officiers pour commander à Zante et à Céphalonie.

 

Le commandant de Sainte‑Maure devra avoir une correspondance suivie avec le gouverneur général de Corfou ; mais il correspondra aussi directement avec vous, pour vous donner fréquemment des nouvelles de ce qui se passe. Vous donnerez pour instruction à ces commandants de vivre en bonne amitié avec les Turcs, de les cajoler, mais de se tenir constamment sur leurs gardes et en bon état de défense.

 

NAPOLÉON.

 

D’après l’expédition originale comm. par les héritiers du roi Joseph.

 

 

946. - RECOMMANDATIONS AU ROI DE HOLLANDE POUR LA BONNE ORGANISATION DE SON ARMÉE.

 

A LOUIS NAPOLÉON, ROI DE HOLLANDE.

 

Fontainebleau, 14 octobre 1807.

 

Mon Frère, vos lettres m’assurent que la Hol­lande est revenue à l’exécution du traité d’alliance, et qu’en conséquence tout commerce est interdit avec l’Angleterre. Prenez de nouvelles mesures pour que même une lettre ne parvienne.

 

Après avoir organisé votre armée, ne la désorga­nisez pas. J’apprends que vous voulez défaire votre Garde. La Hollande ne peut pas avoir moins de 40,000 hommes à l’effectif, ce qui fait 25,000 bom­mes sous les armes. Si elle n’a pas ces troupes, qui la défendra ? La paix n’est pas sûre. Voulez­vous vous exposer à voir votre flotte prise et Amster­dam brûlé ? Croyez‑vous que je consentirai à vous envoyer de mes troupes dont j’ai besoin ailleurs ? Et puis pensez‑vous que, si je vous envoie de mes troupes, je serais assez bon pour les payer ? Dans tous les cas, il vous faudrait donc de l’argent. Tenez votre armée sur un bon pied et n’allez pas écono­miser des miettes. Quatre ou cinq millions de plus ou de moins ne peuvent pas changer la face de la Hollande, tandis que 15 ou 20,000 hommes de plus ou de moins peuvent la sauver ou la perdre. Des finances, des troupes et de la sévérité à faire exé­cuuter les lois, voilà les devoirs des rois. Laissez crier les marchands ; pensez‑vous que ceux de Bor­deaux ne crient pas ?

 

D’après la minute autographe. Archives de l’Empire.

 

 

947. - ORDRES CONCERNANT L’OCCUPATION DU PORTUGAL.

 

AU GÉNÉRAL CLARKE, MINISTRE DE LA GUERRE.

 

Fontainebleau, 16 octobre 1807.

 

Monsieur le général Clarke, j’ai écrit au général Junot, commandant en chef mon armée de la Gironde, que mon intention était que l’armée agisse sur les bords du Tage et se dirige en Espagne par Valladolid, Salamanque et Ciudad‑Rodrigo, d’où elle partira pour se rendre à Lisbonne.

 

Vous écrirez à mon ambassadeur près le roi d’Es­pagne, à Madrid, par le même courrier qui portera mes instructions au général Junot ; vous lui ferez connaître que, du moment où les ordres que je donne à mon armée seront prêts à recevoir leur exécution, mon intention est qu’elle agisse sur le Tage ; que, lorsqu’elle sera réunie à Valladolid, elle sera forte de 20,000 hommes d’infanterie et de 2,000 chevaux ; que je désire que le roi d’Espagne y joigne 10,000 hommes d’infanterie, 4,000 cbe­vaux et 30 pièces de canon ; ce qui portera le total de cette armée à 30,000 hommes d’infanterie, 6,000 hommes de cavalerie, 4,000 hommes d’ar­tillerie et sapeurs, et à peu près 70 pièces de canon. Total général, 40,000 hommes de toutes armes. Cette armée, ainsi organisée, se rendra sous Lis­bonne sous les ordres du général Junot.

 

Deux autres divisions devront se diriger, l’une sur Porto, et l’autre à travers la province d’Alen­tejo, au midi du Tage. Ainsi, en supposant que chacune de ces divisions soit de 6,000 hommes es­pagnols, de toutes armes, l’Espagne aurait à fournir moins de 30,000 hommes. Vous écrirez que la solde de mon armée lui sera payée par moi, mais qu’elle sera nourrie par l’Espagne, sauf à faire une com­pensation avec la nourriture des troupes espagnoles qui sont en France.

 

Vous prendrez en conséquence vos mesures pour que la solde de l’armée de la Gironde soit faite exactement jusqu’au 1er janvier. Vous ferez de même mettre une somme de 50,000 francs à la disposition du commandant du génie de l’armée ; 50,000 francs à la disposition du commandant de l’artillerie ; enfin 50,000 francs à la disposition du général Junot pour dépenses secrètes.

 

Quant à ce que l’on fera payer de contributions au Portugal, soit en argent, soit en marchandises, cela ne regarde point le ministère de la guerre : c’est une afflaire purement diplomatique, et il est probable que le roi d’Espagne nommera quelqu’un à Paris pour discuter et régler définitivement cette question.

 

NAPOLÉON.

 

D’après la copie. Dépôt de la guerre.

 

 

948. ‑ ORDRES POUR LA FORMATION D’UN SECOND CORPS D’OBSERVATION DE LA GIRONDE.

 

AU GÉNÉRAL CLARKE, MINISTRE DE LA GUERRE.

 

Fontainebleau, 16 octobre 1807.

 

Monsieur le Général Clarke, mon intention est de former un second corps d’observation de la Gi­ronde, qui sera composé de trois divisions. Ces trois divisions seront composées de trois bataillons de chacune des cinq légions de réserve, de quatre bataillons suisses (deux du 3è, un du 2è et un du 4è), de deux bataillons des troupes de Paris et du 3è ba­taillon du 5è d’infanterie légère ; ce qui fera vingt-­deux bataillons ou sept bataillons par division. Chaque division aura douze pièces d’artillerie pour son service. Proposez‑moi le plus tôt possible la formation de l’état‑major, de l’artillerie, du génie et des administrations. Proposez‑moi également les trois généraux de division, les trois adjudants com­mandants et les six généraux de brigade nécessaires pour commander ce corps. Le corps d’observation de la Gironde aura donc besoin de trente‑six pièces d’artillerie. Ces trente‑six pièces nécessitent 7 à 800 chevaux.

 

Mon intention est que vous fassiez partir le 20, après en avoir passé la revue, le bataillon du train de ma Garde qui est à Paris, et que vous chargiez un officier d’artillerie et un officier de ce bataillon du train de se rendre en poste dans les Pyrénées ou dans les Landes, pour acheter 600 mulets de trait ou chevaux et en faire faire les harnais, de manière qu’au 20 novembre il y aurait là 800 chevaux ou mulets harnachés, servis par 400 hommes du train de la Garde. S’il y avait des harnais confectionnés, on pourrait les faire partir de Paris.

 

Vous ordonnerez que les 3es bataillons des cinq légions de la réserve partent pour Bayonne au 1er novembre, au plus tard. Ces 3es bataillons seront réunis aux deux premiers et seront sous les ordres des majors qui les commandent.

 

 

949. ‑ ORDRES CONCERNANT LA FORMATION D’UNE RÉSERVE GÉNÉRALE DE CAVALERIE.

 

AU GÉNÉRAL CLARKE, MINISTRE DE LA GUERRE.

 

Fontainebleau, 16 octobre 1807.

 

Monsieur le Général Clarke, vous donnerez des ordres pour qu’il soit formé une réserve générale de cavalerie, composée de régiments provisoires. Elle sera organisée de la manière suivante :

 

1° Une brigade de grosse cavalerie, commandée par un général de brigade et composée de deux ré­giments provisoires ;

 

1er régiment : 120 hommes du 1er carabiniers et 120 du 2è ; 140 de chacun des 1er, 2è et 3è cuiras­siers ; ensemble, 660 hommes ;

 

2e régiment : 140 hommes du 5e cuirassiers et 140 du 12è ; 120 de chacun des 9è, 10è et 11è ; en­semble, 640 hommes.

 

Chaque régiment sera commandé par un major de l’un des régiments, par un adjudant‑major et deux adjudants sous‑officiers, choisis de manière que deux officiers ne soient pas fournis par un même régiment, le détachement fourni par chaque régiment sera composé d’un capitaine, d’un lieute­nant, de deux sous‑lieutenants, d’un maréchal des logis chef, de quatre maréchaux des logis, de six brigadiers, de deux trompettes, d’un maréchal fer­rant, et le reste de soldats.

 

Cette brigade de grosse cavalerie se réunira à Tours.

 

2° Une brigade de dragons, commandée par un général de brigade et composée de deux régiments provisoires, composés et organisés de la même ma­nière que la brigade de grosse cavalerie ;

 

1er régiment : 120 hommes de chacun des 11è, 14è 18è et 19è de dragons ; total, 480 hommes ;

 

2è régiment : 140 hommes du 20è de dragons et 120 de chacun des 21è, 25è et 26è ; total, 500 hommes.

 

Cette brigade de dragons se réunira à Orléans.

 

3° Une brigade de chasseurs, commandée par un général de brigade et composée de la même ma­nière que les deux précédentes ;

 

1er régiment : 120 hommes de chacun des 1er, 2è, 5è et 11è de chasseurs ; ensemble, 600 hommes ;

 

2è régiment : 140 hommes de chacun des 12è, 13è et 20è de chasseurs et 120 des 16è et 21è ; en­semble, 660 hommes.

 

Cette brigade de chasseurs se réunira à Chartres.

 

4° Une brigade de hussards, commandée par un général de brigade et composée de la même manière que les précédentes ;

 

1er régiment : 120 hommes de chacun des 2è, 3è, 4è et 5è de hussards ; total, 480 hommes ;

 

      2è régiment : 120 hommes des 7è, 8è, 9è et 10­è hussards ; total, 480 hommes.

 

Cette brigade de hussards se réunira à Compiègne.

 

Vous donnerez des ordres pour que, sans délai, les compagnies qui doivent former chaque régiment soient organisées et mises en marche. Vous choisi­rez vous‑même les majors qui doivent commander les régiments provisoires. Le procès‑verbal de for­mation de chacun des détachements vous sera en­voyé, et vingt‑quatre heures après ces détachements seront en marche.

 

S’il est des corps qui ne puissent pas fournir les détachements aussi forts que je les demande, ils les feront partir sur‑le‑champ aussi forts qu’ils pour­ront les fournir ; il ne faut pas cependant qu’ils soient moindres de 80 hommes, et vous donnerez des or­dres, après vous être concerté avec le ministre De­jean, pour que ces régiments soient mis à même d’acheter des chevaux et des selles pour compléter promptement leur nombre.

 

NAPOLÉON.

 

D’après la copie. Dépôt de la guerre.

 

 

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