| Institut de Stratégie Comparée, Commission Française d'Histoire Militaire, Institut d'Histoire des Conflits Contemporains |
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Correspondance
militaire Extraite
de la correspondance générale Par
ordre du ministère de la guerre Tome cinquième Paris - 1876 950.
‑ INSTRUCTIONS AU GÉNÉRAL JUNOT, COMMANDANT
LE CAMP D’OBSERVATION DE LA GIRONDE. Fontainebleau,
17 octobre 1807. Je
reçois votre lettre du 10. Mon intention est que vous correspondiez tous
les jours avec le ministre et quelquefois avec moi. Je
donne ordre que deux adjudants commandants vous soient envoyés, et que des
régiments provisoires, formés de détachements des corps qui composent
votre armée, se mettent en marche pour vous renforcer. De nouveaux détachements
se mettront en marche après, de manière à maintenir votre armée dans
son complet actuel. Des ordres sont partis également pour que les corps qui
forment votre 3è division envoient tout ce qu’ils ont de disponible.
Les régiments suisses envoient leurs 2es bataillons, ce qui augmentera
votre armée de deux bataillons. J’ai ordonné que deux nouvelles compagnies
d’artillerie vous fussent envoyées. Un général de brigade se rend à
l’armée de la Gironde pour commander l’artillerie. Une escouade
d’ouvriers est partie pour se rendre à votre armée, ainsi que plusieurs
généraux de brigade. Je
ne suis point d’opinion de former à six compagnies les bataillons de
votre 2è division. Je vois que le plus fort bataillon est à 1,000 hommes,
c’est-à‑dire à 150 hommes par compagnie ; les fatigues de la
route les réduiront à 100 hommes ; ce n’est pas trop. Vous
êtes le maître d’ordonner que les compagnies de grenadiers soient
complétées également à ce nombre. Vous les ferez compléter par des
grenadiers postiches. Un
2è corps d’observation sera, au 1er décembre, réuni à Bayonne, et sera
fort de 30,000 hommes, dont 5,000 de cavalerie. Dans toutes les chances vous
serez appuyé. Faites‑moi
faire la description de toutes les provinces par où vous passez, des
routes, de la nature du terrain ; envoyez‑moi des croquis. Chargez des
officiers du génie de ce travail, qu’il
est important d’avoir. Que je puisse voir la distance des villages, la
nature du pays, les ressources qu’il présente. Et ne quittez pas votre
armée, d’abord parce qu’un général ne doit jamais la quitter ;
ensuite parce qu’il n’est grand que dans son armée, et qu’il est
petit dans les cours. Quelque invitation que l’on vous fasse, marchez avec
une de vos divisions. J’apprends,
au moment même, que le Portugal a déclaré la guerre à l’Angleterre et
renvoyé l’ambassadeur anglais : cela ne me satisfait pas ; continuez
votre marche ; j’ai lieu de croire que c’est entendu avec
l’Angleterre pour donner le temps aux troupes anglaises de venir de
Copenhague. Il faut que vous soyez à Lisbonne au 1er décembre, comme ami
ou comme ennemi. Maintenez‑vous
dans la meilleure harmonie avec le prince de la Paix. Adressez‑vous à
mon ambassadeur pour toutes les affaires que vous aurez à discuter avec
la cour. D’après
la minute. Archives de l’Empire. 951.
‑ OBSERVATIONS AU ROI DE NAPLES AU SUJET DES TROUPES NAPOLITAINES. A
JOSEPH NAPOLÉON, ROI DE NAPLES. Fontainebleau, 18 octobre 1807. Vous
me proposez des régiments napolitains, mais ceux que vous m’avez envoyés
ne sont pas complets ; ce ne sont pas des régiments d’officiers qu’il
me faut. Je ne fais pas de difficulté de recevoir des régiments
napolitains, pourvu que les compagnies soient à un effectif de 140 hommes.
Les régiments que vous avez en Italie ne sont pas à un effectif de 60
hommes par compagnie. Ce n’est pas ainsi qu’on forme des régiments. Il
fallait laisser les 3es bataillons à Capoue pour faire partir dans la
saison favorable de gros détachements, pour recruter les deux bataillons
qui sont en France. J’ai deux bataillons napolitains qui seront bientôt
réduits à rien. Il faut donc que les régiments que vous m’envoyez
soient composés de deux bataillons de neuf compagnies chacun ; chaque
compagnie, au moment de passer les Alpes, doit avoir 140 hommes ; ce qui
fait 1,260 hommes par bataillon. Les 3es bataillons resteront à Capoue,
afin de recevoir les recrues, et ils feront tous les ans partir 7 à 800
hommes pour recruter les deux 1ers bataillons. Alors il sera possible
d’avoir deux régiments. Quant
à l’idée d’avoir à Naples des troupes napolitaines aussi bonnes que
les miennes, je ne crois pas que vous viviez assez, ni votre fille, pour
voir ce miracle‑là. Je vois par là que vous êtes comme les trois
quarts des hommes, qui ne connaissent point la différence des troupes. Des
troupes comme celles que je vous laisse ne sont pas remplacables par des
troupes étrangères. Les troupes russes leur sont inférieures ; les
troupes allemandes plus inférieures ; les troupes italiennes plus inférieures
encore : et cependant les Italiens sont formés depuis douze ans, sont mêlés
de beaucoup de Français et ont passé quatre ans au camp de Boulogne. Je
désire que vous renvoyiez le régiment des pontonniers, le bataillon du
train et le régiment d’artillerie à cheval français, que vous avez. Il
ne faut pas à Naples de régiments d’artillerie napolitains, vous
n’en avez pas besoin. Je crois que vous pouvez renvoyer encore quelques régiments
de cavalerie française, ce qui tendrait à diminuer vos dépenses. L’idée
que je serais obligé de maintenir 30,000 Français pour garder le royaume
de Naples n’est pas admissible, Naples les payerait‑il ; et encore
serait‑ce une certaine charge pour la France. J’apprends
avec plaisir ce que vous me dites de M. Rœderer. Je trouve que vous avez
tort de tant payer les officiers français qui sont à Naples ; il fandrait
alors en diminuer beaucoup le nombre. Quant aux fournisseurs, je ne sais pas
pourquoi vous leur donnez de l’argent, puisque vous avez de tout, du blé,
du vin, des draps. Vous n’avez besoin de fournisseurs que pour la
manutention, et alors ce que vous auriez à payer serait très‑peu de
chose. NAPOLÉON. D’après
l’expédition originale comm. par les héritiers du roi Joseph. 952.
‑ ORDRES RELATIFS A LA FORME DES TROUPES DU ROYAUME D’ITALIE. A
EUGÈNE NAPOLÉON, VICE‑ROI D’ITALIE. Fontainebleau,
19 octobre 1807. Mon
Fils, le 2è corps de la Grande Armée, stationné dans le Frioul, doit être
complété, chaque compagnie à un effectif de 140 hommes, ou à 1,260
hommes par bataillon. Le 13è de ligne a un effectif de 1,700 hommes ; il
lui manque donc 700 hommes. Le 35è a un effectif de 2,500 hommes ; il lui
manque donc 1,100 hommes. Le 53è a un effectif de 2,100 hommes ; il lui
manque donc 300 hommes. Le 106è est au complet. La plupart des 3es
bataillons de ces régiments peuvent offrir de quoi les compléter, de sorte
que l’effectif de la division Seras, qui n’est que de 9,700 hommes,
serait de 11,800 hommes. La division Broussier, qui est de 7,500 hommes,
doit être de 10,800 ; les dépôts de ces régiments peuvent offrir à peu
près ce complet. Le
général Lemarois doit être arrivé à Ancône ; il prendra le
commandement de la division Duhesme ; vous donnerez à ce général un
congé pour se rendre en France, comme il l’a demandé. Le quartier général
du général Lemarois sera à Ancône ; il fera occuper les provinces de
Macerala, Fermo et le duché d’Urbin, dont il a le gouvernement. Vous lui
donnerez l’ordre de diriger des colonnes mobiles sur les frontières du
royaume de Naples, afin d’arrêter les brigands qui se réfugient dans
les États du Pape. Il a deux régiments de grenadiers qui forment une
force de près de 3,000 hommes. Avec ces troupes, il doit être à même de
purger de brigands la frontière des États du Pape. Aussitôt qu’un de
ces brigands sera pris, il nommera une commission militaire et le fera juger
et fusiller. Vous
donnerez l’ordre que tous les détachements de la division Miollis, qui
appartiennent à ceux de mes régiments qui sont à Naples, soient de suite
dirigés sur Naples, excepté toutefois les grenadiers et voltigeurs des 3es
et 4es bataillons, qui resteront en Italie. Tous les autres détachements
qui doivent être envoyés à Naples, le général Miollis les réunira en
colonnes qui seront fortes chacune d’environ 1,000 hommes ; à Naples, les
détachements composant ces colonnes seront incorporés, et les officiers
et sous‑officiers rentreront dans les cadres des 3es et 4es
bataillons. Je vois dans l’état de situation de cette division 500 hommes
du 20è de ligne, 500 hommes du 62è; je suppose que ce sont des basses
compagnies. Cela réduira un peu la division Miollis ; mais il y a
d’autant moins d’inconvénient que cela fera taire les criailleries de
la reine d’Étrurie. NAPOLÉON. Ci‑joint
le décret que j’ai pris pour l’armée de Naples. D’après
la copie comm. par S. A. I. Mme la duchesse de Leuchtenberg. 953.
‑
OBSERVATION AU SUJET DE L’ÉTAT DE SITUATION DES TROUPES. AU
GÉNÉRAL CLARKE, MINISTRE DE LA GUERRE. Fontainebleau,
21 octobre 1807. La
récapitulation, que l’on m’a remise, des troupes au 1er
octobre me paraît inexacte. On porte à la Grande Armée 319,000 hommes présents
sous les armes et 73,000 aux hôpitaux : il est constant qu’il n’y a pas
plus de 23,000 hommes aux hôpitaux. On porte 7,000 prisonniers de guerre :
il est constant qu'il n'y a jamais en ce nombre de prisonniers de guerre.
Aussi arrive‑t‑on ainsi à un effectif de 432,000 hommes, qui
est un total fort exagéré. Dans la prochaine récapitulation que vous me
présenterez, je désire que vous distinguiez, soit à la Grande Armée,
soit à l’armée de Naples, soit à l’armée d'Italie, les troupes
françaises des troupes étrangères. D’après
la minute. Archives de l’Empire. 954.
‑ OBSERVATIONS AU SUJET DES FRAIS D’ENTRETIEN DE L’ARMÉE
DU ROYAUME DE NAPLES. A
JOSEPH NAPOLÉON, ROI DE NAPLES. Fontainebleau,
21 octobre 1807. Mon
Frère, par votre lettre il paraît que vous employez trente‑six
millions pour les frais de l’armée française. Cela est beaucoup trop
considérable. Vous avez deux régiments de dragons qui sont incomplets ;
s’ils étaient à 900 hommes chacun et à 600 chevaux, ils ne vous coûteraient
que 700,000 francs par régiment, ou 1,400,000 francs pour les deux. Vous
avez trois régiments de chasseurs incomplets ; si ces trois régiments étaient
chacun a un effectif de 800 hommes et de 600 chevaux, ils ne vous coûteraient
que deux millions. Ainsi la cavalerie, en la supposant forte de plus de
4,000 hommes et de plus de 3,000 chevaux, ne vous coûterait que 3,500,000
francs. Comme vous savez, il y a une grande différence entre ce que vous
avez et ce que je porte ici en supposant le complet ; cela devrait donc
vous coûter beaucoup moins. Dix
régiments d’infanterie, chacun de deux bataillons, chaque bataillon à
1,000 hommes, ou 20,000 hommes, ne devraient vous coûter que dix millions ;
vous savez que vous avez beaucoup moins que ce nombre. Un
bataillon du train ne devrait vous coûter que 400,000 francs. Un bataillon
d’artillerie ne devrait vous coûter que 700,000 francs. Ainsi votre armée
ne devrait pas coûter quinze millions ; encore de ces quinze millions
faut‑il ôter la différence de votre situation actuelle au complet
que j’ai supposé. Il est vrai qu’il faut y ajouter quelques dépenses
de généraux, quelques dépenses de réparations d’artillerie, quelques
dépenses de casernes ; mais enfin, en mettant pour tout cela une somme de
cinq millions, avec une somme de vingt millions vous avez bien plus qu’il
ne vous faut pour faire face à toutes vos dépenses. Je
vous prie de faire raisonner cela et de faire faire votre budget en double,
par corps et ensuite par masse. Quant
à la solde, cette dépense doit être fort au-dessous des six millions
que je vous envoie. J’ai encore diminué vos dépenses en ordonnant que
les officiers de vos 3es et 4es escadrons rentrent en Italie, en ordonnant
que vous renvoyiez aussi les cadres des 3es et 4es bataillons, en maintenant
vos bataillons à un effectif de 140 hommes par compagnie, enfin en vous ôtant
les pontonniers, les bataillons du train d’artillerie et l’artillerie à
cheval ; il vaut mieux remplacer toutes ces troupes par de l’infanterie. En
administration politique, les problèmes ne sont jamais simples ; jamais la
question ne se réduit à savoir si telle mesure est bonne. Par exemple, un
régiment d’artillerie à cheval est sans doute un régiment qu’il est
agréable d’avoir ; mais il faut chercher si c’est bien ce qui
convient mieux, et si votre argent ne serait pas mieux employé à solder un
régiment de 3,000 hommes, qui ne coûte guère davantage. Le
grand besoin que j’ai d’établir, avec soin l’état de mon militaire,
afin de ne pas porter le désordre dans toutes mes affaires, exige que je
fixe sur un pied définitif mon armée de Naples et que je sache qu’elle
est bien entretenue. Vous
jugerez du soin qu’il faut que j’apporte dans ces détails quand vous
saurez que j’ai plus de 860,000 hommes sur pied. J’ai une armée encore
sur la Passarge, près du Niemen ; j’en ai une à Varsovie ; j’en ai
une en Silésie ; j’en ai une à Hautbourg ; j’en ai une à Berlin ;
j’en ai une à Boulogne ; j’en ai une qui marche sur le Portugal ;
j’en forme une seconde à Bayonne ; j’en ai une en Italie ; j’en ai
une en Dalmatie, que je renforce en ce moment de 6,000 hommes ; j’en ai
une à Naples ; j’ai des garnisons sur toutes mes frontières de mer. Vous
pouvez donc juger, lorsque tout cela va refluer vers l’intérieur de mes
États, et que je ne pourrai plus trouver d’allégeance étrangère,
combien il sera nécessaire que mes dépenses soient sévèrement calculées. Vous
devez avoir un inspecteur aux revues assez habile pour vous faire l’état
de ce que doit vous coûter un régiment selon nos ordonnances. NAPOLÉON. D’après
l’expédition originale comm. par les héritiers du roi Joseph. 955.
‑ ORDRES POUR L’EMPLACEMENT DES TROUPES EN POLOGNE. AU
MARÉCHAL DAVOUT, CHARGÉ DU 1ER COMMANDEMENT DE LA GRANDE ARMÉE,
A VARSOVIE. Fontainebleau,
23 octobre 1807. Mon
Cousin, j’apprends que vos soldats manquent de viande, fatiguent le pays
et le ruinent. Ne craignez rien des Autrichiens ni des Russes et dormez
tranquille. Vous ne serez pas attaqué que je ne vous en aie prévenu un
mois d’avance. Placez donc une de vos divisions le long des confins de la
Silésie, du côté de Kalisz, de manière qu’il n’y ait qu’un régiment
au plus dans une même ville. Cette division devra occuper la nouvelle Silésie,
qui faisait partie de la Pologne. Une autre division peut être répandue
le long de la Vistule, depuis Plock jusqu’à Rawa, ayant son quartier général
à Varsovie et occupant les petites villes de Lowiez, etc. Cette division
sera également bien. Que votre troisième division ait son quartier général
à Thorn et occupe Bromberg jusqu’à Posen ; elle sera encore parfaitement.
Ainsi disséminées, vos troupes ne fatigueront pas les habitants,
trouveront des ressources de tout genre et vivront plus facilement. Faites
mettre dans les journaux de Varsovie que la meilleure intelligence règne
entre l’Autriche et moi ; et cela, faites‑le mettre de toutes les manières,
tantôt prenant pour texte le séjour du grand-duc de Würzburg à
Fontainebleau, tantôt la prochaine remise de Braunau, tantôt en parlant
de l’ambassade de Vienne ; la meilleure intelligence règne également
entre les Russes et moi ; mais dans les circonstances où nous sommes, et
dans le pays où vous êtes, où l’on désire la guerre, il faut porter
une grande attention à redresser constamment les esprits. NAPOLÉON. D’après
l’original comm. par Mme la maréchale princesse d’Eckmühl. 953.
‑ INSTRUCTIONS AU GÉNÉRAL JUNOT POUR SA MARCHE A TRAVERS L’ESPAGNE
ET POUR LA PRISE DE POSSESSION DU PORTUGAL. AU
GÉNÉRAL JUNOT, COMMANDANT
LE CORPS D’OBSERVATION DE LA GIRONDE. Fontainebleau,
31 octobre 1807. Vous
marchez sur seize colonnes, c’est‑à‑dire que votre 1re
colonne est partie de Bayonne le 19 octobre, tandis que la 16, ne partira
que le 5 novembre. Je n’approuve point cette marche. Vous auriez dû
marcher, sur trois colonnes, c’est‑à‑dire par division. Par
ce moyen, mon armée aurait été rendue à Salamanque du 10 au 12 novembre.
Vous dirigerez sur‑le‑champ la 1re division sur Alcantara, et
vous prendrez vos mesures de manière qu’elle y soit arrivée avant le 25
novembre. Vous faites marcher l’artillerie à quatre jours de vos
divisions et la cavalerie à quinze jours de l’armée : faites avancer
sur‑le‑champ toute ma cavalerie, de manière qu’elle gagne le
plus possible. Vous la partagerez en quatre, en attachant une partie à
chaque division et en gardant une quatrième partie pour la réserve, de
manière que chaque division soit prête à combattre. Je
désire donc que le 26, au plus tard, toute la 1re division avec
son artillerie arrive à Alcantara, pendant que la 2è sera en marche sur
Alcantara et que la 3è aura déjà dépassé Ciudad‑Rodrigo, et que
le 1er décembre toute mon armée soit réunie à Alcantara. Si
les Portugais ne font aucune défense, et que vous puissiez marcher sans
obstacle, vous entrerez même avant cette époque en Portugal, afin de réunir
toute votre armée à Abrantès. D’Alcantara
à Abrantès il y a vingt‑cinq lieues, c’est‑à‑dire
quatre jours de marche. Vous devez agrandir les marches des queues de vos
colonnes et leur faire gagner six jours. J’ai hâte que mon armée arrive
à Lisbonne. De Bayonne à Salamanque il n’y a que cent lieues. Dans la
saison où nous sommes, vous y mettez vingt‑six jours ; vous pouvez
n’en mettre que seize ou dix‑sept. De Salamanque à Alcantara il y a
cinquante lieues, qui peuvent être faites en neuf jours. Ainsi votre 1re
division peut arriver le 10 à Salamanque, et le 19, ou au plus tard le 20,
à Alcantara. Les
Anglais font sortir à force leurs troupes de Copenhague ; il ne faut pas
que, par défaut de lenteur, vous vous laissiez prévenir. Il est des
passages de Lisbonne à Alcantara qu’il est bon de saisir. Vous ne devez
pas mettre plus de difficulté à entrer sur le territoire du Portugal que
sur le territoire espagnol. S’il y a jour, comme je l’ai mandé au
ministre de la guerre, à ce que vous y entriez comme auxiliaire, sans rien
convenir par écrit, il n’y a aucune difficulté à faire entrer ma 1re
division en Portugal dès le 22. D’Alcantara à Lisbonne il y a cinquante
lieues ; dans cette supposition, ma 1re division serait à
Lisbonne le 1er décembre, et tout le reste suivrait. Quant
aux troupes espagnoles qui doivent vous joindre, vous pouvez les faire venir
par la rive gauche du Tage jusqu’à Abrantès, si vous pensez n’en avoir
pas besoin, et dans ce cas vous pourrez ne les pas introduire à Lisbonne et
les jeter sur la gauche, entre Lisbonne et le cap Saint‑Vincent. Enfin,
dans la supposition que le Portugal vous reçût comme auxiliaire,
jusqu’à ce que j’aie décidé définitivement le sort de cette
puissance, vous resteriez à Lisbonne et à vingt lieues de Lisbonne, et
vous auriez soin que toutes les troupes portugaises fussent jetées préférablement
du côté du cap Saint-Vincent. Il
y a de Lisbonne à Bayonne deux cents lieues ; c’est aujourd’hui pour
nos troupes une marche fort ordinaire ; cela doit se faire en
trente‑cinq jours. Vous aurez vu, par la convention que j’ai faite
avec l’Espagne, qu’une division espagnole doit se rendre à Porto et
l’autre dans le pays des Algarves. Arrivées
à Lisbonne, mon intention est que troupes soient baraquées dans un camp
sur une des hauteurs. Mes troupes ont campé à Boulogne tout l’hiver
pendant plusieurs années. La ville vous offrira des bois et toutes les
ressources pour faire des baraques superbes. Vous
établirez trois camps pour vos divisions, mais de manière qu’ils soient
tous à une distance de cinq lieues. Chacune devra camper sur deux lignes,
ou même, s’il est possible, chaque division campera en bataillon carré,
de manière à couvrir les quatre côtés du bataillon carré, et les
fortifier, s’il est nécessaire, par des redoutes. A Lisbonne, vous ferez
donner à mes troupes des capotes, des couvertures et tout ce qui leur sera
nécessaire. Je
vous ai déjà fait connaître qu’en vous autorisant à entrer comme
auxiliaire, c’était pour que vous puissiez vous rendre maître de la
flotte, mais que mon parti était décidément pris de m’emparer du
Portugal. Le
Portugais est bravre, la ville est populeuse, mon ordre est donc
positivement que mes troupes ne soient point disséminées dans des
casernes, mais campées sur des hauteurs, bien disposées, de manière à
être maître de la rivière, du port et de la ville. De ces camps, des détachements,
tous les jours ou tous les deux jours, seront envoyés faire le service des
batteries ou la police de la ville. J’espère
qu’au 1er décembre mes troupes seront à Lisbonne, parce que
le prince royal, n’ayant que 15,000 hommes, ne peut vouloir résister, et
que, s’il voulait le faire, vous y seriez entré le 10 décembre. Vous
seriez responsable de tous les événements qui pourraient arriver sur mer
à l’occasion du moindre retard. Les
troupes espagnoles vont arriver ; vous écrirez à mon ministre en Espagne
de presser pour qu’au moins quelques régiments de cavalerie vous arrivent
à Alcantara. Mais enfin n’en recevant pas, vous êtes assez fort pour
arriver à Lisbonne. Je donne des ordres pour que le 2è corps de la Gironde
se porte sans délai à Bayonne. Lisbonne
est tout. Je vous enverrai d’ailleurs de nouvelles instructions avant ce
temps. Le général Loison part demain pour remplacer le général Laroche
; s’il tardait à venir, vous avez des généraux de cavalerie que vous
pouvez employer. Il
part après‑demain un nouveau régiment provisoire de Paris ; je
vais donner l’ordre à un autre régiment provisoire de partir de
Bretagne, de sorte que, quel que soit le nombre des malades que vous ayez,
vous pourrez vous maintenir au complet. Je
n’accorde aucun traitement extraordinaire à personne ; mais, du moment
que vous serez sur le territoire portugais, avec ce qui proviendra des
contributions, on payera d’abord la solde et ce qui est dû à l’armée,
et les généraux et officiers seront traités comme à la Grande Armée. Le
ministre de la guerre vous écrira à ce sujet. Vous emploierez dans toutes
les affaires d’argent le consul général à Lisbonne, et vous mettrez le
plus grand ordre dans l’armée. Vous
trouverez ci‑joint un petit mémoire extrait de la correspondance du général
Leclerc, et un mémoire que j’ai fait faire sur les expéditions qui ont
eu lieu en Portugal. Aussitôt
que vous aurez en vos mains les différentes places fortes, vous y mettrez
des commandants français et vous vous assurerez de ces places. Je n’ai
pas besoin de vous dire qu’il ne faut mettre au pouvoir des Espagnols
aucune place forte, surtout du pays qui doit rester dans mes mains. D’après
la minute. Archives de l’Empire. 957.
‑ ORGANISATION DU 2è CORPS DE LA GIRONDE. AU
GÉNÉRAL CLARKE, MINISTRE DE LA GUERRE. Fontainebleau,
3 novembre 1807. Monsieur
le Général Clarke, le 2è Corps de la Gironde sera partagé en trois
divisions. La
1re division sera commandée par le général Barbou et composée
de trois bataillons de la 1re légion de réserve de l’intérieur,
de trois bataillons de la 2è légion et du 2è régiment suisse ; total,
sept bataillons faisant 7,000 hommes. La
2è division sera commandée par le général Vedel, que j’ai nommé général
de division, et sera composée de deux bataillons de la 3è légion de réserve,
de trois bataillons de la 4è légion et du 3è régiment suisse ; ce qui
fera sept bataillons ou près de 6,000 hommes. La
3è division sera commandée par le général Malher, et sera composée de
la 5è légion de réserve, du 2è bataillon du 4è régiment suisse, de
deux bataillons de la garde de Paris et du 3è bataillon du 5è léger ;
ce qui fera sept bataillons. Le
corps sera commandé en chef par le général de division Dupont. Vous vous
entendrez avec ce général pour le choix du chef de l’état‑major.
Vous nommerez un officier pour commander le génie. Le général Boussart
commandera la cavalerie. Le
général Dupont sera rendu à Bayonne pour le 15 novembre. Chaque
division aura douze pièces de canon. Vous
vous entendrez avec le ministre Dejean pour nommer un ordonnateur et
organiser les administrations, de manière qu’au 1er
décembre ce corps puisse commencer à agir, si cela était nécessaire. Le
général Ruffin, que j’ai nommé général de division, remplacera le général
Dupont dans le commandement de la 1re division du 1er
corps de la Grande Armée. Vous
donnerez ordre aux adjudants commandants Thomas, Rewest et Chameaux, et aux
capitaines adjoints Bochud, Caignet, Ferret, Gaillard et Fouchard, de se
rendre à Bayonne pour être employés dans ce corps. Le
général Pannetier sera employé dans le même corps, division du général
Barbou. Les
généraux de brigade Godinot et Liger‑Belair seront employés dans le
même corps, division du général Malher. Les
généraux Cassagne, Laplane et Laval seront employés dans le même corps,
division du général Vedel. NAPOLÉON. D’après
la copie. Dépôt de la guerre. 958.
‑ FORMATION DU CORPS D’OBSERVATION DES COTES DE L’OCÉAN. AU
GÉNÉRAL CLARKE, MINISTRE DE LA GUERRE. Fontainebleau, 5 novembre 1807. Monsieur
le Général Clarke, des circonstances différentes me portent à donner une
autre formation aux deux brigades d’infanterie provisoires de réserve
dont j’avais ordonné la réunion à Nancy et à Sedan. Vous trouverez
ci‑joint le tableau de la formation de ce corps, qui portera le
titre de Corps d’observation
des côtes de l’Océan, et qui se réunira : la 1re
division à Metz, la 2è à Nancy et la 3è à Sedan. Chacune de ces trois divisions sera composée de deux brigades, chaque brigade de deux régiments provisoires, chaque régiment provisoire de quatre bataillons, chaque bataillon de quatre compagnies des 3es bataillons portés dans le tableau, et qui seront complétées à 150 hommes chacune ; total, 48 bataillons. Cela formerait un total de 28,800 hommes. Les
quatre brigades de cavalerie provisoire de la réserve, qui se réunissent
à Orléans, Tours, Chartres et Compiègne, seront comprises dans ce
corps, ainsi que les trois compagnies d’artillerie légère, et les
trente‑six pièces de canon qu’elles servent. J’ai
donné l’ordre que le général Mouton, mon aide de camp, se rendît, le
15 novembre, dans les villes où se réunissent ces brigades. Il passera la
revue de ces troupes et vous rendra compte de leur situation. Il
est nécessaire d’organiser, pour le service des trois divisions,
dix‑huit pièces de canon, et d’y destiner trois compagnies
d’artillerie à pied et une compagnie pour le parc ; dix‑huit autres
pièces seront servies par les trois compagnies d’artillerie à cheval
dont j’ai ordonné la formation. Ainsi il y aura trois compagnies
d’artillerie à cheval, quatre à pied et cinquante‑quatre pièces
de canon. Proposez‑moi
un général d’artillerie pour commander cette artillerie, un directeur
du parc et des officiers d’artillerie. Tout
cela formera un corps de plus de 34,000 hommes. Entendez‑vous
avec le ministre Dejean pour fournir des caissons à ce corps et aux deux
corps de la Gironde. Je
suppose que vous avez pris des mesures pour organiser le service de santé
de ces corps. Réunissez
à la Fère les quatre compagnies d’artillerie à pied, les
dix‑huit pièces d’artillerie et le parc de ce corps.
Faites‑moi connaître quand les trois compagnies d’artillerie à
cheval pourront se mettre en marche, pour que j’indique le lieu où elles
devront se réunir. Recommandez
au maréchal Kellerman de faire fournir des capotes aux trois divisions du
corps d’observation des côtes de l’Océan. Proposez‑moi
trois généraux de division, six genéraux de brigade, un général
d’artillerie, un du génie, trois adjudants commandants et douze officiers
d’état‑major, pour composer l’état‑major de ce corps. En
attendant, donnez l’ordre au général de brigade Brun de se rendre à
Metz, pour prendre le commandement de la 1re division ; au général
de brigade Lefranc de se rendre à Nancy, pour prendre le commandement de la
2è division, et au général de division Morlot de se rendre à Sedan, pour
commander la 3è division. La
1re division, composée de quatre régiments et de seize petits bataillons,
doit pouvoir rester tout entière à Metz. Je désire qu’elle puisse
rester toute dans cette ville, parce qu’elle prendra plus d’ensemble.
Si elle ne peut pas y rester, vous me proposerez les villes voisines où
l’on pourrait détacher une
brigade. Même observation pour la 2è division, qui se réunit à Nancy.
Quant à la 3è division, une brigade sera placée à Sedan et
l’autre à Mézières. NAPOLÉON. D’après
la copie. Dépôt de la guerre. 959.
– ORDRE CONCERNANT L’ENTRETIEN DE L’ARMÉE OPÉRANT EN Portugal. AU
GÉNÉRAL CLARKE, MINISTRE DE LA GUERRE. Fontainebleau,
5 novembre 1807. Monsieur
le Général Clarke, répondez au général Junot que j’entends qu’il
vous fasse connaître les receveurs qui n’auraient pas payé exactement
les ordonnances du trésor. Je considère cela comme un acte très-coupable,
et mon intention est d’être rigoureux sur cet objet. Faites-lui
connaître qu’à l’avenir, dès que mon armée sera entrée en Portugal,
elle doit être nourrie, habillée et soldée sur les contributions qui
seront levées dans ce pays ; il faut que, dès ce moment-là, je
n’aie plus un sou à y envoyer. Je
n’entends pas que, sous prétexte de manque de vivres, sa marche soit
retardée d’un jour : cette raison-là n’est bonne que pour des
hommes qui ne veulent rien faire : 20,000 hommes vivent partout, même
dans le désert. NAPOLÉON. D’après
la copie. Dépôt de la guerre.
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