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Stratégique

Histoire Militaire et Stratégie
Correspondance de Napoléon
RIHM
 

 

 

Correspondance militaire
de Napoléon Ier

Extraite de la correspondance générale et publiée

Par ordre du ministère de la guerre

Tome cinquième

Paris - 1876

  

960. – ORDRE POUR L’OCCUPATION DU PAYS ENTRE LA VISTULE ET L’ODER.

 

AU MARÉRAL SOULT, CHARGÉ DU 2è COMMANDEMENT DE LA GRANDE ARMÉE, A ELBING.

 

Fontainebleau, 7 novembre 1807.

 

Du moment que nos conventions seront signées avec les Prussiens, mon intention est que vous évacuiez la rive droite de la Vistule ; que vous teniez plusieurs régiments de cavalerie légère dans l’île de Nogat ; que vous placez une de nos divisions à Marienburg, comme tête de pont, en la disséminant à Neuburg, Mewe, cette division pouvant être appuyée par le corps qui est à Danzig ; que vous envoyiez votre cavalerie entre l’Oder et l’Elbe et que vos deux autres divisions et vos parcs soient dirigés sur Stettin. Mon intention est que vous ayez le commandement de tout le pays compris entre la Vistule et l’Oder, excepté la Pologne, qui est occupée par le Maréchal Davout.

 

Aussitôt que j’aurai appris que vous êtes en marche sur Stettin, je vous donnerai aussi le commandement de la Poméranie suédoise.

 

Vous pourrez dirigez tout cela de Stettin. Mais, sous aucun prétexte, pour aucun motif, vous ne devez point évacuer la droite de la Vistule sans mon ordre. Dites, promettez ce que vous voudrez, mais n’exécutez pas ce mouvement que je ne vous en aie écrit.

 

Les Russes n’ont pas évacué la Valachie, ni la Moldavie ; les Prussiens ne sont pas d’accord sur les contributions. L’Autriche vient de déclarer la guerre à l’Angleterre. La division Verdière vient de rece­voir l’ordre de se rendre à Stettin. Les alliés vont à Baireuth. Il n’y aura donc définitivement entre l’Elbe et l’Oder que vous et le 1er corps. Six divi­sions d’infanterie ne peuvent pas être gênées dans un si grand espace de terrain et pourront passer l’hiver tranquillement, s’il y a lieu.

 

D’après la minute. Archives de l’Empire.

 

 

961. ‑ ORDRES RELATIFS A LA FRONTIÈRE DES PYRÉNÉES.

 

AU GÉNÉRAL CLARKE, MINISTRE DE LA GUERRE.

 

Fontainebleau, 11 novembre 1807.

 

Monsieur le Général Clarke, donnez l’ordre au général Dupont d’accélérer son départ pour Bayonne, de former sa première division des sept premiers bataillons de toutes les troupes qui seront arrivées avant le 20 novembre. Il formera sa seconde divi­sion des sept bataillons qui arriveront après, et il suivra, pour la formation de ses divisions, non les ordres que j’ai donnés, mais l’ordre de l’arrivée des bataillons.

 

Accélérez le départ de l’artillerie.

 

Donnez également des ordres pour accélérer le départ des régiments qui forment le 2è corps de la Gironde, pour Bayonne. Supprimez les séjours, et, s’il y a de petites étapes, faites‑les doubler.

 

Donnez également l’ordre que les régiments pro­visoires de cavalerie qui doivent former les quatre brigades de réserve accélèrent leur marche, de ma­nière à arriver, le plus tôt possible, en supprimant les séjours et en doublant les petites étapes.

 

Donnez ordre que les bataillons composant le corps d’observation des côtes de l’Océan accélèrent aussi leur marche, en supprimant les séjours et brûlant les petites étapes.

 

Donnez l’ordre également aux trois compagnies d’artillerie à cheval de partir sans délai avec leur artillerie. Donnez l’ordre qu’au 20 novembre les places frontières de l’Espagne soient armées. En­voyez‑y des compagnies d’artillerie. Au 20 novembre, vous y ferez entrer des approvisionnements pour servir à la garnison pendant quinze ou vingt jours. Ces approvisionnements se feront par réqui­sition par l’intermédiaire des préfets.

 

Faites fabriquer 200,000 rations de biscuit à Perpignan et 300,000 à Bayonne. Voyez le ministre de la marine pour que, s’il y a du biscuit tout fait à Bordeaux, on le fasse filer sur Bayonne. Tout cela doit être le plus secret possible, surtout l’ar­mement des places des frontières d’Espagne du côté des Pyrénées orientales. Donnez des instructions secrètes, et faites marcher les corps de manière que les premières opérations ostensibles ne se fas­sent pas voir dans ce pays avant le 25 novembre.

 

Quand je parle de places, je veux dire celles de l’extrême frontière, telles que Bellegarde. Je ne connais pas assez cette frontière pour savoir s’il y en a d’autres. Les approvisionnements qu’on verra là, on dira que c’est pour l’armée de la Gironde.

 

Faites‑moi faire un livret qui me présente l’état de situation des 1er et 2è corps de la Gironde et de celui des côtes de l’Océan, et qui me fera connaître quand partiront les compagnies d’artillerie, l’état-­major des trois corps, les caissons de l’artillerie, et le jour où chaque chose sera rendue à sa destina­tion. Vous comprendrez dans ce livret, sous le titre de Troupes qui n’ont pas encore de destination définitive, les quatre bataillons qui sont dans la 13è division militaire, qui ont ordre de se tenir prêts à marcher avec le régiment irlandais.

 

Vous accélérerez le départ des régiments napolitains qui entrent en France par le mont Cenis, en toute hâte pour Avignon.

 

NAPOLÉON.

 

D’après la copie. Dépôt de la guerre.

 

 

962. ‑ DISPOSITIONS POUR LA RÉPARTITION ET L’EMPLACEMENT DES TROUPES DE LA GRANDE ARMÉE EN SIX GRANDS COMMANDEMENTS.

 

AU PRINCE DE NEUCHATEL,

MAJOR GÉNÉRAL DE LA GRANDE ARMÉE.

 

Fontainebleau, 11 novembre 1807.

 

Mon Cousin, vous enverrez demain un nouvel officier d’état‑major à l’armée, et vous ferez con­naître aux maréchaux les dispositions suivantes :

 

Le territoire de l’armée sera divisé en six com­mandements. Le premier commandement compren­dra le duché de Varsovie et la province de Küstrin, y compris Küstrin et son territoire. Le maréchal Davout y commandera, et il placera ses troupes de manière à pouvoir y passer tout l’hiver et dans l’ordre suivant : 1° une division avec un régiment de cavalerie légère à Thorn, à Bromberg et à Posen, occupant par des détachements d’infanterie et de cavalerie les frontières du côté de la Prusse et de la Russie ; 2° une division et deux régiments de cava­lerie légère à Varsovie et à Kalisz ; 3° une division et les quatre régiments de cavalerie légère du géné­ral Pajol à Küstrin et dans la province de Küstrin. La division de dragons qui est attachée an maréchal Davout se rendra en Silésie. Par ce moyen, la Po­logne se trouvera soulagée d’une division d’infan­terie, d’une division de dragons et d’une division de cavalerie légère. La place de Küstrin ne recevra d’ordres que du maréchal Davout. Il y aura un de ses généraux de division qui aura là son quartier général.

 

Le deuxième commandement comprendra l’île de Nogat et le pays de la rive gauche de la Vistule jusqu’à l’Oder, non compris le territoire de Danzig et le territoire du duebé de Varsovie. La Poméranie suédoise fera partie de ce commandement, ainsi que la place de Stettin et la province d'Ukerniark.

 

Le maréchal Soult aura ce commandement. Son corps sera placé de la manière suivante : 1° une di­vision d’infanterie et trois régiments de cavalerie légère dans l’île de Nogat et sur la rive gauche de la Vistule ; 2° deux divisions autour de Stettin et dans l'Ukermark ; 3° une division de dragons entre Stettin et la Vistule ; 4° la division Molitor, qui fera désormais partie du 4° corps, dans la Poméranie suédoise ; 5° le régiment du grand‑duc de Berg, qui fera également partie du 4è corps, sera cantonné dans la Poméranie.

 

La ville de Danzig et son territoire formera un commandement particulier. Il y aura là le corps du général Oudinot augmenté du 9è de hussards et des 7è et 2è de chasseurs.

 

Le troisième commandement comprendra la Si­lésie. Le maréchal Mortier aura ce commandement. Il y aura le 5è et le 6è corps. Le 5è corps sera dans la haute Silésie et le 6è corps dans la basse Silésie. Il y aura trois divisions de dragons, celle qui était attachée au 3è corps et les deux qui se trouvent déjà en Silésie.

 

Le quatrième commandement comprendra les pays situés entre l’Oder et l’Elbe. Le maréchal Vic­tor aura ce commandement. Il y aura là le 1er corps et les trois divisions de grosse cavalerie.

 

Le cinquième commandement comprendra les villes hanséatiques. Le maréchal prince de Ponte-­Corvo aura ce commandement. Il y aura ce qui s’y trouve actuellement.

 

Le sixième commandement comprendra de Ha­novre.

 

Le parc général d’artillerie se rendra à Erfurt. Le grand quartier général et le quartier général de la réserve de cavalerie seront à Berlin.

 

La division Verdière sera dissoute ; les 2è et 12è légers se rendront à Paris ; le 3è et le 72è feront partie du corps du maréchal Soult et remplaceront le 14è et le 55è ; le 14è rejoindra son dépôt, en partant vingt‑quatre heures après la réception de votre ordre ; le 55è rejoindra le camp de Boulogne. L’ar­tillerie de la division Verdière se rendra à Mayence, pour servir dans l’intérieur. Les troupes bavaroises et wurtembergeoises, et les autres troupes alliées, qui se trouvent en Silésie et dans la province de Berlin, se rendront à Baireuth, pour de là être ren­voyées chez elles. Vous me ferez connaître le jour de leur arrivée, et vous me demanderez mes ordres. La brigade de cavalerie légère du général Bruyères sera cantonnée dans la Poméranie suédoise. La divi­sion de dragons de Milhaud se rendra en Hanovre ; tous les détachements appartenant à ces corps la re­joindront.

 

Par cet arrangement, mes troupes seront placées de manière à passer l’hiver sans se gêner les unes les autres. Le maréchal Davout restera à Varsovie, le maréchal Soult à Stettin, le maréchal Mortier à Breslau, le maréchal Victor à Berlin et le prince de Ponte‑Corvo à Hambourg. Si j’avais oublié quelqué corps, ce que je ne crois pas, vous me le ferez connaître avant d’expédier vos ordres. Réitérez l’ordre à M. Daru de réunir les magasins de capotes et effets d’habillement à Magdeburg, où doit être le dépôt général, en ne laissant à Varsovie que ce qui est nécessaire au 3è corps, et à Danzig ce qui est né­cessaire à la division Oudinot, et c’est peu de chose.

 

NAPOLÉON.

 

D’après l’expédition originale. Dépôt de la guerre.

 

 

963. ‑ CONDUITE A TENIR PAR LE GÉNÉRAL JUNOT,

DÈS SON ARRIVÉE A LISBONNE.

 

AU GÉNÉRAL JUNOT,

COMMANDANT LE CORPS D’OBSERVATION DE LA GIRONDE.

 

Fontainebleau, 12 novembre 1807.

 

Je reçois votre lettre du 3 novembre. Deux dé­pêches que vous avez reçues de moi par des cour­riers extraordinaires vous auront fait connaître mon intention relativement à votre marche en Portugal. Elles s’accordent assez avec les projets que vous me faites connaître. Je conçois toujours l’espérance que tous saisirez la flotte. Je vous envoie ci‑joint l’état des officiers de marine qui vont vous joindre.

 

Si on vous laisse arriver, comme je le suppose, voici la conduite que vous devez tenir : occuper les ports, bien placer vos troupes dans des camps, sai­sir la flotte, faire arborer sur tous les bâtiments le pavillon français, y répartir les officiers de marine que je vous envoie, mettre à bord de chaque vais­seau 200 hommes d’infanterie.

 

Je donne ordre au ministre de la marine de diri­ger en toute hâte un bataillon de canonniers de la marine, afin d’en garnir les vaisseaux. Vous ferez sur‑le‑champ armer les vaisseaux qui seront en état de l’être ; vous ferez tenir l’équipage de force à bord, et y ferez mettre des vivres, afin que j’aie là sept à huit vaisseaux de ligne qui puissent se porter partout.

 

Du moment que vous aurez pris possession de la flotte et des places fortes, vous procéderez au désar­mement de l’armée.

 

Vous ferez connaître au prince régent qu’il doit se rendre en France ; vous tâcherez qu’il y consente de bon gré. Vous lui donnerez des officiers dont la commission apparente sera de l’escorter, mais bien réellement pour le garder. Arrivé à Lisbonne, vous m’en ferez prévenir, et on attendra là mes ordres. Vous en ferez de même de tout ce qui a droit au trône, et, sans dureté, sans vexation, vous les ferez partir pour Bayonne. S’il y a des Suisses, vous les incorporerez dans vos régiments suisses, en envoyant les officiers à Paris pour être placés dans mes régi­ments suisses, s’il y a lieu.

 

Vous vous déferez des hommes les plus mar­quants, et qui pourraient vous donner de l’inquié­tude, en leur donnant l’ordre de se rendre à Paris. Tous devront attendre à Bayonne de nouveaux ordres.

 

  Vous pouvez même réunir de l’armée portugaise un corps de 5 à 6,000 hommes, officiers et soldats, en les dirigeant par colonnes de 1,000 hommes sur la France, et leur déclarant que je les prends à mon service. Vous les feriez assermenter ; vous y mêleriez quelques officiers français, et donnerez d’autres noms à leurs régiments ; et effectivement je les prendrai à mon service. Par ce moyen, vous vous débarrasserez de beaucoup de monde. Vous aurez soin de les diriger par différents chemins.

 

Les revenus doivent être perçus pour mon compte. Le sieur Herman doit être administrateur général des finances du pays ; je donne ordre au ministre du trésor public de vous envoyer un receveur général, qui sera sous ses ordres.

 

Je n’ai pas besoin de vous recommander de ne donner lieu à aucune espèce de plaintes : c’est à vous à donner à tout le monde l’exemple du plus grand désintéressement. Veillez avant tout à ce que la solde de l’armée soit pourvue. Ce qui viendra des prises, des bijoux, magasins de marchandises anglaises, moitié sera pour le domaine privé et moitié pour l’armée ; et, dans cette moitié, les gé­néraux et les chefs auront lieu d’être satisfaits de la manière dont ils seront traités.

 

Les marchandises anglaises doivent être saisies ; les individus anglais, arrêtés et envoyés en France ; les propriétés anglaises, même foncières, doivent étre séquestrées en mon nom, telles que maisons, vignes, terres, etc.

 

Je vous réitère de bien vous conduire, et comme je le ferais moi‑même, et de donner l’exemple de la plus grande pureté ; il vaut mieux avoir une for­tune noblement acquise, que vous pourrez avouer et que vous tiendrez de mes mains, qu’une fortune illégitime et honteuse. Il paraît que la gloire mili­taire que vous recueillez en Portugal ne sera pas grande ; il faut donc que vous acquériez celle d’un administrateur probe et irréprochable ; il faut donc que vous donniez l’exemple.

 

Votre chef d’état‑major est un homme peu déli­cat, qui a pris beaucoup d’argent à Fulde ; imposez-­lui une loi scrupuleuse. Faites connaître que qui que ce soit qui vole, j’en ferai justice.

 

Vous ferez arborer à Lisbonne le pavillon fran­çais, et vous vous tiendrez dans cette situation.

 

Votre armée doit être exactement payée. Vous devez de plus accorder aux généraux, colonels et commandants, des traitements comme ceux de la Grande Armée, mais pas davantage.

 

Tous les objets précieux que vous prendrez, vous les ferez mettre dans des caisses et envoyer à la caisse d’amortissement. Ils auront la destination dé­finitive que je vous ai dite par ma lettre.

 

 

964. ‑ PUNITION INFLIGÉE AU GÉNÉRAL SERVAN, POUR AVOIR DONNÉ DANS UNE PUBLICATION LES ÉTATS DE SITUATION DE L’ARMÉE.

 

AU GÉNÉRAL CLARKE, MINISTRE DE LA GUERRE.

 

Fontainebleau, 15 novembre 1807.

 

Le général Servan est prévenu d’avoir donné des états de situation de mes troupes en 1806, dans un ouvrage qui a été imprimé, intitulé : Campagnes des Français en Italie depuis Henri IV jus­qu’en 1806. Le général Servan était alors inspec­teur aux revues ; il a donc abusé de ma confiance pour divulguer les choses les plus secrètes de l’État. Vous lui ordonnerez les arrêts, et me ferez con­naitre ce qu’il allègue pour sa justification ; et, lors­qu’il sera prouvé que le général Servan a donné ces renseignements, vous ferez mettre à l’ordre de l’armée que ce général a été mis aux arrêts pour avoir, coupable et insensée, divulgué les secrets de l’Etat.

 

Vous veillerez à ce qu’aucun renseignement ne soit publié, sur les frontières militaires de l’em­pire, que vous ne l’ayez permis, et vous ne la don­nerez, votre permission, pour rien de ce qui pourrait donner à l’ennemi des connaissances qui pourraient être nuisibles.

 

D’après la minute. Archives de l’Empire.

 

 

965. ‑ INSTRUCTIONS CONCERNANT LE 2è CORPS D’OBSERVATION DE LA GIRONDE, LE CORPS D’OBSERVATION DES COTES DE L’OCÉAN, ET LA DIVISION D’OBSERVATION DES PYRÉNÉES OCCIDENTALES.

 

AU GÉNÉRAL CLARKE, MINISTRE DE LA GUERRE.

 

Venise, 6 décembre 1807.

 

Je reçois votre lettre et l’état de répartition des cantonnements que vous avez donnés aux régiments provisoires qui composent le corps d’observation des côtes de l’Océan. Mon intention est que la brigade de chasseurs se réunisse à Bayonne et y soit le 25 décembre ; que la brigade de grosse cavalerie se rende également à Bayonne, de manière à y être réunie le 20 décembre. Ces deux brigades, qui font plus de 2,000 hommes de cavalerie, feront partie du 2è corps de la Gironde, suivront son mouvement et seront sous les ordres du général Dupont. La bri­gade de dragons et la brigade de hussards feront partie du corps d’observation des côtes de l’Océan. Ainsi le général Dupont aura deux régiments provi­soires de grosse cavalerie, deux régiments de chas­seurs et un détachement du 10è régiment de dra­gons. Donnez l’ordre au général Dupont d’avoir, le 20 décembre, son quartier général à Vittoria, et de faire entrer, le 16, sa 2è et sa 3è division, de ma­nière à avoir, du 20 au 25 décembre, tout son corps d’armée entre Vittoria et Burgos, en le plaçant selon les circonstances. Je compte qu’il aura, à cette époque, 22,000 hommes d’infanterie, 2,500 bom­mes de cavalerie, et, avec l’artillerie, passé 25,000 hommes.

 

Vous lui enjoindrez de ne point quitter son armée pour aller à aucune conférence ni à aucune cour, et de veiller sur les opérations des Espagnols, mais sans témoigner aucune méfiance. Son langage doit être qu’il est destiné à soutenir le général Junot, et que l’on sait que les Anglais méditent une grande expédition contre Lisbonne.

 

Ainsi, au 10 décembre, aucun corps du 1er et du 2è corps d’observation de la Gironde ne sera en France. Vous ferez donc en sorte de rapprocher de Bayonne les trois divisions d’infanterie, les deux brigades de cavalerie et l’artillerie des corps d’ob­servation des côtes de l’Océan, de manière que, du 20 au 30 décembre, ces divisions puissent, s’il est nécessaire, entrer en campagne pour soutenir le général Dupont. Vous donnerez l’ordre que tous les détachements qui sont en marche pour rejoindre le corps du général Junot soient placés à Salamanque sous les ordres du général Dupont ; cela doit faire un corps de 3,000 hommes. Si le général Junot en a besoin, le général Dupont les lui fera passer. S’il n’en a pas besoin, le général Dupont les gardera à Salamanque pour en renforcer au besoin son corps d’armée.

 

Le bataillon irlandais, le bataillon de Prusse et le bataillon de Westphalie feront partie du corps d'observation des côtes de l’Océan. Le bataillon de Westphalie sera placé dans la 1re division, le batail­lon irlandais dans la 2è, et le bataillon de Prusse dans la 3è ; ce qui augmentera d’autant ces divi­sions.

 

Le 4è bataillon du 15è régiment de ligne, le 3è bataillon du 47è, le 3è du 70è, le 3è du 86è et le 2è du 47è, avec le bataillon suisse, faisant une force de 3 ou 4,000 hommes, se réuniront à Saint‑Jean-­Pied‑de‑Port. Il est nécessaire que ce corps soit réuni là le 20 décembre ; il portera le nom de Division d’observation des Pyrénées occidentales. Vous donnerez l’ordre au général Mouton, mon aide de camp, de prendre le commandement de cette division. Vous organiserez pour cette division, douze pièces d'artillerie.

 

Les différents détachements de la Garde impé­riale qui sont en marche pour Bordeaux se réuni­ront dans cette ville.

 

Le maréchal Moncey aura le commandement en chef du corps d’observation des côtes de l’Océan ; cela sera tenu secret aussi longtemps que possible. Vous vous entendrez avec ce maréchal pour nommer son chef d’état‑major. Il fera en sorte d’être rendu le 22 décembre à Bordeaux.

 

Après la minute. Archives de l’Empire.

 

 

966. ‑ EXPOSÉ DES IDÉES DE L’EMPEREUR SUR LA POSSIBILITÉ D’ORGANISER L’ARMÉE EN LÉGIONS.

 

AU GÉNÉRAL CLARKE, MINISTRE DE LA GUERRE.

 

Milan, 20 décembre 1807.

 

Monsieur le Général Clarke, j’ai reçu votre rap­port sur la nouvelle organisation de l’armée ; vous avez parfaitement rempli le but que je me suis pro­posé. Mais, avant de signer le projet de décret que vous me présentez, je désire que vous consultiez MM. Dejean, Lacuée et quelques chefs de division de vos bureaux ou officiers supérieurs les plus au fait de ces matières, pour examiner la question de savoir s’il ne vaudrait pas mieux, au lieu de 116 ré­giments, n’avoir en France que 58 ou 60 légions. Le ministre de la guerre n’aurait alors à corres­pondre qu’avec 60 dépôts. On pourrait alors com­poser le conseil d’administration : du major, qui en serait le président et qui resterait au dépôt ; du quartier‑maître, qui pourrait être mieux choisi ; du capitaine d’habillement et d’un commissaire des guerres qui serait à la tête de l’administration du corps et résiderait dans le département où se trou­verait le dépôt, qui, pour premier principe, ne doit jamais changer. Il est facile alors de concevoir que les ministres de la guerre et de l’administration de la guerre pourraient obtenir plus de facilités d’économie et de régularité. Comme le dépôt ne changerait jamais de lieu, les revues des détachements des corps, dans quelque coin de l’Europe qu’ils se trou­vent, seraient envoyées aux dépôts et arrêtées là définitivement. Le major, le quartier‑maître, le com­missaire des guerres, trois membres principaux du conseil répondraient de cette comptabilité et corres­pondraient avec les détachements. Le ministre de la guerre nommerait un inspecteur aux revues près de chaque dépôt, pour la revue définitive et arrêter les comptes des corps avec le trésor public. Ces inspecteurs aux revues changeraient, par les mêmes principes que les commissaires des guerres ne chan­geraient jamais et appartiendaient aux corps. Ainsi le quartier‑maître ferait dans le régiment les fonc­tions du ministre du trésor ; le commissaire des guerres serait le commissaire ou le procureur du régiment ; le major président en serait l’inspecteur et le commandant militaire. L’inspecteur aux revues ne ferait point partie du corps ; il en serait le con­trôleur et l’homme chargé des intérêts du Gouvernement.

 

Quant à la formation, elle devrait être alors, pour arriver au nombre de 58 ou 60 légions, de huit bataillons de guerre à six compagnies et d’un bataillon de dépôt de huit compagnies, par légion, opération qui se ferait en réunissant deux corps de ceux organisés selon le projet. Dans ce cas, la légion serait sous les ordres : 1° d’un général de bri­gade commandant les bataillons de guerre ; 2° d’un premier, colonel, commandant les quatre premiers bataillons, et, dans l’ordre de bataille, spéciale­ment affecté au commandement des deux premiers bataillons et d’un premier lieutenant‑colonel corn­mandant les deux seconds bataillons, sous les ordres du colonel ; 3° d’un second colonel, commandant les 5è, 6è, 7è et 8è bataillons, et, dans l’ordre de bataille, spécialement affecté au commandement des 5è et 6è bataillons, et d’un second lieutenant-­colonel, commandant, sous les ordres du second co­lonel, les 7è et 8è bataillons ; 4° d’un major, qui resterait au dépôt, commandant les huit compagnies de dépôt, présidant le conseil d’administration et servant utilement pour toutes les opérations de la conscription.

 

Il y aurait huit chefs de bataillon. Les lieutenants­-colonels auraient un grade au‑dessus des chefs de bataillon, et une augmentation de traitement moindre cependant que celui des majors actuels. Les com­pagnies de dépôt auraient une organisation différente de celle des compagnies de guerre, c’est‑à‑dire que les ouvriers, dont enfin un corps ne peut se passer, y seraient compris. On mettrait dans chaque compa­gnie de guerre un musicien, de manière que deux bataillons auraient une musique de douze musiciens, et le régiment réuni en aurait vingt‑quatre, et, lorsque toute la légion serait réunie, elle aurait quarante‑huit musiciens. Il faudrait bien prévoir de quelle manière serait organisé un régiment en cam­pagne. Ainsi, lorsque deux bataillons partiraient du dépôt de la légion, il faudrait qu’ils eussent leur offi­cier payeur, etc., et, allant en Italie, en Espagne, par exemple, que le conseil d’administration déta­chât les ouvriers et tout ce qui est nécessaire pour la confection ; et, comme on suppose que la légion peut être divisée par les événements de la guerre, quoiqu’il doive arriver rarement qu’elle le soit, en quatre détachements de deux bataillons, il faut que chaque détachement puisse avoir son officier payeur, son chef ouvrier, son chef armurier, son chef tailleur, son chef cordonnier, lesquels seraient pris parmi les chefs de dépôt. Il faudrait donc quatre chefs ouvriers de chaque espèce. Le cas où chaque légion serait divisée en quatre détachements est rare, mais celui où elle serait divisée en deux détachements, l’un de six bataillons et l’autre de deux, doit être commun.

 

Supposons que la France eût 60 légions ainsi organisées : l’effectif de chaque légion serait donc de 7,840 hommes ; ce qui, multiplié par 60, ferait 470,000 hommes d’infanterie, que la France entretiendrait sur pied de guerre ; et dans l’état de paix, n’entretenant les compagnies qu’à 100 hommes, l’effectif de chaque légion serait de 5,600 hommes ou de 336,000 hommes pour le total de l’infanterie. Il serait toujours facile de tirer d’un corps de 5,600 hommes, sans même faire aucune levée, les six premiers bataillons au grand complet, à l’ef­fectif de 5,040 hommes qui, multipliés par 60, feraient 300,000 hommes à envoyer audit effectif et non au présent sous les armes ; et en ôtant, pour les malades et la différence de l’effectif au présent, un septième, ce sera toujours une très‑belle armée qu’on aurait disponible, et, en moins de trois mois après, les 7è et 8è bataillons pourraient rejoindre les six premiers, ou recevoir une autre destination. Il résulte qu’on pourrait faire partir sur‑le‑champ du corps trente‑six compagnies au complet. Le général de brigade partirait avec ses trente‑six com­pagnies ; l’aigle de la légion partirait avec les deux colonels également ; le premier commandant quatre bataillons, le second en commandant deux, et le premier lieutenant‑colonel commandant les 3è et 4è bataillons, sous les ordres du premier colonel. Il y aurait ainsi à l’armée un général de brigade, trois officiers supérieurs et six bataillons formant trois régiments. Il serait possible sans doute que les 7­è et 8è bataillons aillent servir de garnison ou se porter vers une autre frontière, et ne pas rejoindre les six premiers bataillons ; mais ils auraient leur lieutenant‑colonel pour les commander et ce qui est nécessaire à leur organisation. Cette organisation offrirait l’avantage que la légion aurait toujours ses commandants, puisqu’elle attrait un général de brigade, deux colonels et deux lieutenants‑colonels, c’est‑à‑dire cinq officiers supérieurs, sans compter les chefs de bataillon. Le Gouvernement n’aurait donc plus que deux légions à réunir pour former une force de 10,000 hommes à l’effectif, et de 8,000 hommes présents sous les armes. Il faudrait laisser au bataillon la petite aigle actuelle, qu’on ap­pellerait aigle de bataillon, et il y aurait l’aigle légionnaire, portée par un officier, qui serait le point de ralliement de la légion, et à laquelle serait attachée par‑dessus tout l’honneur de la légion.

 

On sent qu’en réduisant les conseils d’administra­tion à 60, on pourra trouver aisément soixante lieues de ressources et propres à la formation des conscrits.

 

Si, après une longue paix, on diminuait l’effectif des compagnies à 80 hommes, on pourrait toujours lever, dans un moment imprévu, sur‑le‑champ, quatre bataillons. Cependant je ne dissimule pas que ce projet peut avoir des inconvénients. Vaut‑il mieux avoir 60 légions que 120, sous le rapport de la comptabilité, de l’économie et des moyens militaires ? Voilà la question.

 

Ce travail serait incomplet si l’on n'arrivait à faire la même chose pour la cavalerie et pour l’artillerie. Mes régiments de cavalerie sont de quatre esca­drons ; est‑il plus convenable de les maintenir ainsi ou de n’avoir, par exemple, que sept régiments de grosse cavalerie à huit escadrons ? Comme nous avons aujourd’hui soixante et dix‑huit régiments de cavalerie, nous n’en aurions plus alors que trente-­neuf ; et, en en laissant sept d’artillerie, dont quatre à pied et trois à cheval, le ministre de la guerre n’aurait plus à surveiller et à correspondre qu’avec cent six corps au lieu de deux cent douze.

 

D’après ce principe, deux légions non‑seulement formeraient une division de l’armée active, mais encore pourraient avoir dépôt et garnison dans les places fortes. 14,000 hommes effectifs, avec dépôt et garnison, ne forment guère que 9 ou 10, 000 hom­mes présents sous les armes ; ce qui est la force réelle d’une division. Méditez sur ce projet, prenez l’avis des personnes les plus exercées sur ces ma­tières, et présentez‑m’en le résultat.

 

NAPOLÉON.

 

D’après la copie. Dépôt de la guerre.

 

 

967. - ORDRES CONCERNANT LES TROUPES ÉTABLIES EN ESPAGNE ET SUR LA FRONTIÈRE DES PYRÉNÉES.

 

AU GÉNÉRAL CLARKE, MINISTRE DE LA GUERRE.

 

Milan, 23 décembre 1807.

 

Monsieur le Général Clarke, donnez ordre au général Dupont d’avoir, le 10 janvier, son quartier général à Valladolid, où il réunira tout son corps d’armée, ayant soin, sans affectation, d’avoir l’œil sur le pont du Douro, et de tenir des détachements à Salamanque, comme pour se porter sur la route de Lisbonne. Il réunira des vivres à Valladolid par tous les moyens possibles et achèvera d’organiser entièrement son armée. Il aura soin que les trois bataillons de chacune des cinq légions de réserve soient dans une même division. Envoyez‑lui un of­ficier à Vittoria, pour que j’aie l’état exact de son corps d’armée et que je sache bien à quoi m’en tenir. Donnez ordre que les 500,000 rations de biscuit que j’ai fait fabriquer à Bayonne soient trans­portées à Vittoria, pour y rester en réserve.

 

Donnez ordre au maréchal Moncey d’organiser le corps d’observation des côtes de l’Océan, selon l’or­ganisation primitive que j’avais ordonnée, et d’en­trer en Espagne sans délai, de manière que sa première division soit à Vittoria le 5 janvier, la seconde division le 10, avec son quartier général, et la troisième le 12.

 

Donnez ordre au corps qui est à Orléans de re­joindre le maréchal Moncey, afin de former les di­visions comme je l’ai primitivement ordonné.

 

Donnez des ordres sans délai pour former la division d’observation des Pyrénées à 1,000 hommes par bataillon. Je ne conçois rien à la force que vous donnez à ces bataillons dans votre état de situation. Faites‑moi connaître quelle sera la force de cette division au 1er janvier. Si elle était alors forte de 4,000 hommes, et qu’elle eût six pièces de canon au moins, vous donneriez ordre au général Mouton de se diriger sur Pampelune et d’entrer dans cette place le 8 janvier.

 

Donnez ordre que la division du général Lechi, composée d’Italiens et de Napolitains, la brigade du général Bessières, les régiments suisses et français qui sont à Perpignan, soient réunis sous le nom de division d’observation des Pyrénées‑Orientales ; que cette division se réunisse, au 1er janvier, à Per­pignan, et qu’il y ait pour la commander trois géné­raux de brigade. Faites transporter à Bellegarde les 200,000 rations de biscuit que j’ai fait fabriquer à Perpignan, et prenez toutes les mesures pour que cette division, que je suppose devoir être forte de 8 à 10,000 hommes, soit prête à agir au premier ordre que je lui donnerai.

 

Prenez toutes les mesures pour que ces différents corps soient parfaitement organisés et l’artillerie en règle. Dans les derniers états du corps d’observation des côtes de l’Océan, je vois que les commissaires ordonnateurs, les commandants d’artillerie, du gé­nie, les inspecteurs aux revues ne sont pas nommés, pas plus que les adjudants commandants et les com­missaires des guerres des différentes divisions. Je suppose que cette organisation est faite à l’heure qu’il est ; il faut que ces officiers et administrateurs rejoignent en poste.

 

Il faut au moins deux commissaires des guerres par division.

 

Je vois aussi beaucoup de monde manquant dans le 2è corps d’observation de la Gironde. J’ai ordonné à trois colonels et à plusieurs officiers d’artillerie et du génie de l’armée italienne de se rendre à Bordeaux.

 

NAPOLÉON.

 

D’après l’original. Dépôt de la guerre.

 

 

968. ‑ NOUVELLES RECOMMANDATIONS AU GÉNÉRAL JUNOT SUR LA LIGNE DE CONDUITE QU’IL DOIT SUIVRE.

 

AU GÉNÉRAL JUNOT, COMMANDANT L’ARMÉE DE PORTUGAL.

 

Milan, 23 décembre 1807.

 

Je reçois votre lettre du 6 et celle du 7 décembre. Un aide de camp du vice‑roi, qui est parti il y a deux jours, vous porte des lettres de moi. Je vois avec plaisir que mes troupes aient occupé Peniche ; mais vous ne me faites pas connaître si la place d’Almeida et les autres places du royaume sont occupées par mes troupes. Je n’ai pas besoin de vous réitérer de quelle urgence il est que vous vous en empariez, et qu’il y ait commandant et garnison française dans toutes ces places.

 

Je trouve que la marche que vous suivez n’est pas bonne, parce qu’elle n’est pas prévoyante. Vous faites comme les hommes qui n’ont point l’expé­rience des conquêtes, vous vous bercez de vaines illusions : tout le peuple qui est devant vous est votre ennemi. Vous aurez, du moment que la mer sera tenable, des Anglais sur vos côtes et des intri­gues dans vos provinces. Alors tous les moyens que vous aurez laissés aux Portugais tourneront contre vous ; car enfin la nation portugaise est brave.

 

Je vous réitère donc que mon intention positive est que, 1° le pays soit occupé par mes troupes ; 2° que le pays soit désarmé ; 3° que toutes les troupes portugaises soient dirigées sur France, par­ colonnes de 800 hommes, en ôtant tout ce qui est hors de service ; ce n’est pas que je désire avoir beaucoup de ces hommes, mais je désire en débar­rasser le pays ; 4° que tous les princes, ministres et autres hommes qui peuvent servir de point de ralliement soient envoyés en France.

 

Je vois avec peine que vous ayez mis la première division à Lisbonne. Vos dépôts suffisent pour gar­der les forts. Toutes les troupes doivent être cam­pées en carré et être disponibles au premier événe­ment. Vous faites camper votre seconde division, qui est la plus mauvaise ; c’est justement l’inverse. Il ne suffit pas d’avoir des troupes pour jeter à quelques marches de Lisbonne, mais il faut qu’elles soient disponibles pour se porter partout sans qu’on s’en aperçoive. C’est là l’avantage des camps.

 

Dans le projet de nouvelle organisation que vous formez des troupes portugaises, je trouve que vos compagnies ne sont bonnes à rien. Qu’est‑ce que c’est que 80 hommes ? En arrivant en France, ces compagnies seront réduites à 50 hommes et n’au­ront que des officiers. Il est préférable d’envoyer de grosses compagnies à l’effectif de 140 hommes.

 

Vous devez avoir plus de 2,000 hommes de cava­lerie. Attelez bien votre artillerie pour qu’elle soit toute disponible pour se porter partout où il sera nécessaire. Je vous le répète, ne gardez point de troupes portugaises. La légion de police, pour la police de la ville, est beaucoup trop forte ; mais vous pouvez y entremêler quelques Français pour être instruit de ce qui se passe. Il faut retirer tous les canons et fusils, soit des arsenaux, soit d’ailleurs où ils seraient à la disposition du peuple.

 

Je pense qu’il faut mettre en armement une petite division d’un vaisseau et de quelques frégates pour obliger l’ennemi à s’éloigner de Lisbonne. Les offi­ciers de marine et canonniers français doivent vous être arrivés. En écrivant à la cour d’Espagne qu’on vous envoie tous les marins français qui s’y trou­vent, vous aurez bientôt 300 marins français. Du reste, vous avez des Danois, des Hollandais, des Espagnols et même des Portugais, et vous compo­serez de tout cela vos équipages, que vous accompagnerez d’une garnison française.

 

Je ne vois pas d’inconvénient à ce que vous lais­siez la division espagnole sur le Douro ; mais pre­nez avec vous quelques détachements de cavalerie et d’artillerie.

 

Il n’y a pas de doute que vous devez confisquer toutes les marchandises anglaises quelles qu’elles soient. Tout est plus facile dans le premier moment que par la suite. Ne cherchez point la popularité à Lisbonne, ni les moyens de plaire au pays ; c’est manquer votre but, enhardir le peuple et vous pré­parer des malheurs. Momentanément il est impos­sible de rien faire pour eux qui équivale à l’état de tranquillité et de commerce où ils étaient ; ils se plaindront, mais il faut avant tout que votre armée ne manque de rien.

 

Je vous envoie un décret qui vous fera connaître les différentes dispositions que j’ai ordonnées.

 

On n’a jamais prétendu que les vingt centimes pour la masse d’ordinaire dussent équivaloir au pied de guerre. Les troupes qui sont en Italie ne touchent que vingt centimes, par la raison qu’elles ne sont pas traitées sur le pied de guerre ; mais, en Portu­gal, il faut que le soldat ait du vin et de l’eau‑de‑vie. Je suppose que mes troupes ont à Lisbonne les vi­vres de campagne et sont très‑bien nourries. C’est votre premier devoir de ne les laisser manquer de rien. Je désire que vous puissiez payer la solde et les masses du 2è corps de la Gironde, qui reçoit l’ordre de venir à Valladolid afin d’être à portée de vous soutenir.

 

Le grand nombre de troupes que je suis obligé de lever rend mes dépenses énormes. J’ai fixé la contribution extraordinaire à cent millions ; toutes les villes doivent payer en raison de leurs moyens, et avec cela vous ne manquerez pas du nécessaire ; mais, je vous le répète, il faut renvoyer les troupes portugaises et désarmer le pays.

 

 Je donne ordre à Paris qu’on vous envoie des au­diteurs et quelques personnes de l’administration qui vous seront utiles. Vous verrez que je donne ordre au ministre des finances de vous envoyer des agents des douanes, de l’enregistrement et des postes, et des employés ayant l’habitude des impo­sitions territoriales. Le ministre de la police vous enverra aussi un agent pour mettre à la tête de votre police. Je pense que Mollien vous a envoyé un payeur général capable.

 

D’après la minute. Archives de l’Empire.

 

 

969. ‑ MISSION EN ESPAGNE CONFIÉE AU GÉNÉRAL MOUTON, COMMANDANT LA DIVISION D’OBSERVATION DES PYRÉNÉES OCCIDENTALES.

 

Paris, 7 janvier 1808.

 

Monsieur le Général Mouton, laissez le comman­dement de votre division à l’officier que vous en jugerez le plus capable, et rendez‑vous à Vittoria et à Valladolid. Parcourez les camps des troupes fran­çaises, prenez des renseignements sur la situation des places fortes espagnoles, sur les mouvements qui s’y font, sur les villes, sur l’opinion publique. Envoyez‑moi des rapports sur la situation de mes troupes, corps par corps, infanterie, cavalerie, ar­tillerie, officiers généraux, etc. Écrivez‑moi longuement tous les jours.

 

D’après la minute. Archives de l’Empire.

 

 

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