| Institut de Stratégie Comparée, Commission Française d'Histoire Militaire, Institut d'Histoire des Conflits Contemporains |
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Correspondance
militaire Extraite
de la correspondance générale Par
ordre du ministère de la guerre Tome cinquième Paris - 1876 980.
‑ DÉCRET PORTANT NOUVELLE ORGANISATION DE L’INFANTERIE. Palais
des Tuileries, 18 février 1808. NAPOLÉON,
Empereur des Français, etc. Sur le rapport de notre ministre de la guerre, Nous
avons décrété et décrétons ce qui suit : TITRE
1er. COMPOSITION
DE L’INFANTERIE DE LIGNE ET LÉGÈRE. ARTICLE
PREMIER. ‑ Nos régiments d’infanterie de ligne et d’infanterie légère
seront, à l’avenir, composés d’un état‑major et de cinq
bataillons. Les quatre premiers porteront la dénomination de bataillons
de guerre, et le cinquième celle de bataillon
de dépôt. ART.
2. ‑ Chaque bataillon de guerre, commandé par un chef de bataillon,
ayant sous ses ordres un adjudant‑major et deux adjudants
sous‑officiers, sera composé de six compagnies, dont une de grenadiers,
une de voltigeurs et quatre de fusiliers. Elles seront toutes d’égale
force. ART.
3. ‑ Chaque bataillon de dépôt sera composé de quatre compagnies.
Le major sera toujours attaché à ce bataillon. Un capitaine, désigné par
le ministre, sur la présentation de trois candidats faite par le colonel,
commandera le bataillon de dépôt, sous les ordres du major. Il commandera
en même temps l’une des quatre compagnies. Il y aura près du dépôt un
adjudant‑major et deux adjudants sous-officiers. ART.
4. ‑ La force de l’état‑major et celle de chaque compagnie de
grenadiers ou carabiniers, de voltigeurs ou de fusiliers, est déterminée
ainsi qu’il suit :
ÉTAT‑MAJOR. ‑ 1 colonel, 1 major, 4 chefs de bataillon,
5 adjudants‑majors, 1 quartier‑maitre-
trésorier, 1 officier payeur, 1 porte‑aigle, 1 chirurgien‑major,
4 aides‑chirurgiens, 5 sous‑aides, 10 adjudants
sous‑officiers, 2 deuxième et troisième porte‑aigle,
1 tambour‑major, 1 caporal tambour, 8 musiciens dont un chef, 4 maîtres‑ouvriers
; total ; 50. COMPAGNIE.
- 1 capitaine, 1 lieutenant, 1 sous-lieutenant, 1 sergent‑major, 4
sergents, 1 caporal-fourrier, 8 caporaux, 121 grenadiers, voltigeurs,
fusiliers, 2 tambours ; total, 140. Ainsi
la force de chaque régiment sera de 3,970 hommes, dont 108 officiers et
3,862 sous-officiers et soldats. ART.
5. Il y aura, par bataillon de guerre, quatre sapeurs qui seront choisis
dans la compagnie de grenadiers, dont ils continueront à faire partie,
ainsi que le caporal qui commandera tous les sapeurs du régiment. ART.
6. ‑ En bataille, la compagnie des grenadiers tiendra la droite du
bataillon, celle des voltigeurs la gauche. ART.
7. ‑ Quand les six compagnies seront présentes au bataillon, on défilera
et l’on agira toujours par division. Quand les grenadiers et voltigeurs
seront absents du bataillon, on manœuvrera et défilera toujours par
peloton. Deux
compagnies formeront une division ; chaque compagnie formera un peloton ;
chaque demi-compagnie, une section. TITRE
II. NOUVELLE
FORMATION DES RÉGIMENTS. Art.
8. – Les compagnies qui, dans les régiments actuels à quatre bataillon,
excéderont le nouveau complet, seront réparties dans les régiments à
trois et à deux bataillons conformément au tableau n°1. Dans
les régiments à trois bataillons, la nouvelle formation s’opérera ainsi
qu’il suit : La
compagnie de grenadiers, celle de voltigeurs et les quatre premières
compagnies de fusiliers du 1er bataillon actuel formeront le 1er
bataillon. La
compagnie de grenadiers, celle de voltigeurs et les quatre premières
compagnies de fusiliers du 2è bataillon actuel formeront le 2è bataillon. Les
trois dernières compagnies du 1er bataillon actuel et les trois
dernières du 2è formeront le 3è. La
compagnie de grenadiers, celle de voltigeurs et les quatre premières de
fusiliers du 3è bataillon actuel formeront le 4è. Enfin
les trois dernières compagnies du 3è bataillon et la compagnie supplémentaire
détachée de l’un des régiments à quatre bataillons formeront le
bataillon de dépôt. Art.
9. – La compagnie de grenadiers qui devra être formée dans les régiments
actuellement à trois bataillons sera prise sur la totalité du corps, parmi
les hommes les plus propres par leur taille au service de grenadier, lorsque
cela se pourra, et nul ne pourra, lors de la première formation, y être admis
s’il n’a quatre ans de service ou s’il n’a fait deux des quatre
campagnes d’Ulm, d’Austerlitz, d’Iéna ou de Friedland. ART. 10. ‑ On ne dirigera sur les régiments qui en auront besoin que les cadres des compagnies supprimées dans ceux qui sont actuellement à quatre bataillons ; les soldats de ces compagnies seront incorporés dans les compagnies conservées, quelle que soit la force de chacune d’elles. ART.
11. ‑ Les officiers et sous‑officiers des compagnies dont les
cadres ne feront pas partie des nouveaux régiments resteront à la suite de
leur corps, y feront le service et recevront le traitement de leur grade
jusqu’à ce qu’ils aient été pourvus des premiers emplois vacants, qui
leur appartiendront de droit. ART.
12. ‑ Il y aura dans chaque régiment huit capitaines de 1re
classe, douze de 2è, douze de 3è, quatorze lieutenants de 1re
classe, quatorze de 2è.
Les capitaines de 1re classe seront les quatre plus
anciens. Ils commanderont chacun la 1re compagnie de fusiliers de
chaque bataillon. Le
capitaine de grenadiers sera au choix du colonel, et inscrit toujours
comme capitaine de 1re classe, quel que soit son temps
d’ancienneté. Lorsqu’un
des quatre capitaines sera attaché au dépôt, il sera remplacé à sa
compagnie par le premier capitaine de 2è classe. ART.
13. ‑ Il pourra être admis deux enfants de troupe par compagnie ; ils
jouiront, comme par le passé, de la demi‑solde, du logement, du vêtement
et du chauffage. TITRE
III. DISPOSITIONS
GÉNÉRALES. ART.
14. ‑ Les bataillons de dépôts seront établis dans les garnisons
indiquées par le tableau n° 2. Ils ne pourront quitter ces garnisons
qu’en vertu d’un ordre formel de notre part. ART.
15. ‑ Le capitaine d’habillement et le quartier‑maître
feront toujours partie du bataillon de dépôt. L’officier payeur suivra
les bataillons de guerre. Le
capitaine commandant ce bataillon, sous les ordres du major, et le capitaine
d’habillement auront chacun le commandement particulier d’une des
compagnies. Les
lieutenants chargés des différents détails sont attachés aux compagnies
du dépôt. ART.
16. ‑ Les officiers attachés aux dépôts ne pourront en être retirés
pour rejoindre les bataillons de guerre qu’en vertu d’un ordre du
ministre. ART.
17. ‑ Chaque régiment aura une aigle, qui sera portée par un
porte‑aigle ayant le grade de lieutenant ou de sous‑lieutenant
et comptant au moins dix ans de service, ou ayant fait les quatre campagnes
d’Ulm, d’Austerlitz, d’Iéna, et de Friedland. Il jouira de la solde
du lieutenant de 1re classe. Deux
braves, pris parmi les anciens soldats non lettrés, qui, par cette raison,
n’auront pu obtenir d’avancement, ayant au moins dix ans de service,
avec titre, l’un de second porte‑aigle, et l’autre de troisième
porte‑aigle, seront toujours placés à côté de l’aigle. Ils
auront rang de sergent et la paye de sergent‑major. Ils porteront
quatre chevrons sur les deux bras. L’aigle
restera toujours là où il y aura le plus de bataillons réunis. Les
porte‑aigle font partie de l’état‑major du régiment. Ils
sont nommés tous les trois par nous, et ne peuvent être destitués que par
nous. ART.
18. ‑ Chaque bataillon de guerre aura une enseigne portée par un
sous‑officier choisi par le chef dans une des compagnies de ce
bataillon. Le bataillon de dépôt n’aura aucune enseigne. ART.
19. ‑ Les régiments de ligne ont seuls des aigles pour drapeaux ;
les autres corps ont des enseignes. Nous
nous réservons de donner nous‑même les nouvelles aigles et les
enseignes aux nouveaux régiments. ART.
20. ‑ Nos ministres de la guerre, de l’administration de la
guerre, et du trésor public, sont chargés, chacun en ce qui le concerne,
de l’exécution du présent décret. NAPOLÉON. D’après
la copie. Dépôt de la guerre. 981. ‑ ORDRES POUR LA FORMATION D’UN PARC D’ARTILLERIE DE RÉSERVE A BAYONNE. AU
GÉNÉRAL CLARKE, MINISTRE DE LA GUERRE. Paris,
18 février 1808. Je
reçois votre lettre d’aujourd’hui avec les états relatifs à
l’artillerie du corps d’observation des côtes de l’Océan. Vous
donnerez les ordres suivants. Une
compagnie d’artillerie à cheval, des trois du corps du maréchal Moncey,
passera sous les ordres du général Dupont, et le général Dupont enverra
en place une compagnie composée du même nombre de canonniers à pied. Je
n’ai pas besoin de vous faire sentir la raison de ce mouvement. Les
quatre pièces de qui sont à Bayonne, du parc de la Rochelle, et deux de 4
partiront avec deux compagnies d’artillerie à pied (des trois qui sont
à Bayonne qui sont la 20è du 1er régiment et les 7è et 22è
du 5è), également pour l’armée des côtes de l’Océan ; moyennant
l’arrivée de ces quatre pièces, le maréchal Moncey aura
quarante‑deux pièces de canon. Vous
ferez donc partir de Bayonne quatre pièces de 12 et deux de 4, total six pièces
et cinq affûts de 12, un affût d’obusier (quinze affûts d’obusier
n’étant pas suffisants pour douze obusiers), un affût de 4,
dix‑huit caissons de 12, quatre caissons de 8, six de 4,
vingt‑huit caissons d’infanterie ; total soixante-neuf voitures. Il
restera à Bayonne quatre pièces de 8, quatre de 4 et quatre obusiers, deux
caissons d’infanterie. Il est nécessaire de compléter ces caissons. En
faisant partir deux compagnies d’artillerie à pied, il restera à Bayonne
une compagnie qui sera augmentée d’une compagnie qui partira de l’île
d’Aix. Ces douze pièces de canon, avec un approvisionnement et demi, et
les caissons d’infanterie désignés, resteront à Bayonne pour servir la
division d’Orléans. Vous recevrez mes ordres au 1er mars sur
le mouvement définitif de cette artillerie. Je suppose qu’au 1er
mars elle sera réunie à Bayonne. Vous ferez partir la compagnie de l’île
d’Aix pour Bayonne. Nommez un chef de bataillon pour commander ces deux
divisions d’artillerie, qui seront composées chacune de deux pièces de
4, deux de 8 et de deux obusiers. Tous
les approvisionnements que vous destinerez à la division d’Orléans, et
dont j’avais approuvé le mouvement, vous les réunirez également à
Bayonne, mais sans pièces. 400 chevaux peuvent atteler cent voitures. Je désire
donc avoir à Bayonne cent voitures d’approvisionnement, dont quarante
pour caissons d’infanterie et soixante de munitions à canon. Vous
calculerez ces munitions à canon de manière que le maréchal Moncey ait,
avec ce qu’il a, un double approvisionnement de 12, c’est‑à‑dire
six nouveaux caissons ; un double approvisionnement de 8, c’est‑à‑dire
huit caissons ; un triple approvisionnement de 4, c’est‑à‑dire
treize caissons ; un double approvisionnement d’obusiers, c’est‑à-dire
dix‑huit caissons ; ce qui fait quarante‑cinq caissons ; les
quinze autres nécessaires pour des forges, des outils de parc, quelques
artifices nécessaires pour mettre le feu à une porte qu’on veut emporter
de vive force, etc. Ce parc de cent voitures restera à ma disposition à
Bayonne. Vous me ferez connaître le jour où il sera réuni, pour en disposer
alors. Ainsi
je dois avoir à Bayonne : 1° le parc de cent voitures attelées par le 6è
bataillon bis et la compagnie du train partis dernièrement de Besançon ; 2°
les douze pièces qui s’y trouvent actuellement restant du parc de la
Rochelle et de Toulouse, c’est‑à-dire quatre‑vingts
voitures, dont cinquante et une sont existantes actuellement. Il faudra donc
vingt-neuf ou trente voitures pour compléter ce parc. Faites‑moi
connaître ce qu’il serait nécessaire de préparer au général Dupont
pour lui compléter son double approvisionnement. D’après
la minute. Archives de l’Empire. 982.
‑ INSTRUCTIONS AU PRINCE MURAT, LIEUTENANT
DE L’EMPIRE EN ESPAGNE. Paris,
20 février 1808. Mon
ministre de la guerre a dû vous faire connaître que je vous ai nommé
mon lieutenant auprès de mon armée en Espagne. Le 2è corps de la Gironde
que commande le général Dupont, le corps d’observation des côtes de
l’Océan que commande le Maréchal Moncey, la division des Pyrénées
occidentales que commandait le général Mouton et que je viens de donner au
général Merle, la division des Pyrénées orientales que commande le général
Duhesme, le détachement de ma Garde à pied et à cheval que commande le général
Lepic, les troupes formant les 16è, 17è et 18è régiments provisoires,
les cinq bataillons des légions de la réserve qui vont se compléter à
Bordeaux, forment les armées près lesquelles je vous ai nommé mon
lieutenant, et auxquelles vous devez, en cette qualité, donner tous les
ordres nécessaires pendant mon absence. Le corps de la Gironde a son
quartier général à Valladolid ; celui des côtes de l’Océan a son
quartier général à Burgos ; la division des Pyrénées occidentales est
à Pampelune ; celle des Pyrénées orientales est à Barcelone ; la
division de ma Garde a ordre d’être rendue du 1er au 3 mars à
Bayonne ; enfin le général Savary est parti aujourd'hui pour Orléans, et
il est probable que, demain ou après‑demain, les 16è, 17è et 18è régiments
provisoires se mettront en route pour Bordeaux. Avant qu’ils soient arrivés,
je vous ferai connaître la destination de ces troupes. Des
régiments provisoires de cavalerie se réunissent à Poitiers. Le
ministre de la guerre vous fera connaître la formation de plusieurs régiments
de marche qui vont renforcer les régiments de cavalerie que j’ai en
Espagne. Plusieurs régiments d’infanterie, de marche, indépendamment
des régiments provisoires réunis à Orléans, se forment également pour
aller renforcer les douze premiers régiments provisoires qui sont au corps
du maréchal Moncey. Le général la Riboisière commande en chef l’artillerie
et va se rendre à Bayonne. J’ai donné ordre au ministre du trésor
public d’y envoyer un payeur général. Un commandant en chef du génie va
être nommé, ainsi qu’un ordonnateur en chef faisant fonction
d’intendant. Vous
ferez prendre l’avance à un de vos aides de camp, qui se rendra à
Valladolid, et à un autre, qui se rendra à Burgos, pour prendre l’état
de situation du corps du maréchal Moncey et celui du corps du général
Dupont. Vous en enverrez un troisième à Pampelune, pour avoir la situation
de la division des Pyrénées occidentales. Vous écrirez, par ces aides de
camp, aux généraux, pour leur faire connaître votre arrivée à Bayonne
et leur donner les instructions nécessaires en cas d’événements imprévus. Le
général Dupont doit avoir 300,000 rations de biscuit, c’est‑à‑dire
des vivres pour son corps d’armée pendant quinze jours. 300,000 rations
de biscuit ont dû être transportées de Bayonne à Vittoria, ce qui
donne aussi des vivres pour quinze jours au corps du maréchal Moncey.
Donnez ordre que ces vivres soient transportés sur Burgos, et que, de plus,
il en soit confectionné dans cette dernière ville, afin que les quinze
jours de vivres au corps du maréchal Moncey soient bien assurés. Le
général la Riboisière, commandant l’artillerie, qui connaît tous les
ordres que j’ai donnés, dirigera les mouvements des différents parcs
conformément à mes intentions. Vous verrez par la correspondance ci‑incluse, dont vous prendrez connaissance et que vous renverrez ensuite au ministre de la guerre, que le général Darmagnac, qui avait le commandement de la division des Pyrénées occidentales, n’est pas entré dans la citadelle de Pampelune et s’est contenté d’occuper la ville. C’est une grande imprudence à lui d’être entré dans la ville avec 2,500 hommes sans son artillerie. Sa division doit être forte actuellement de 3,000 hommes ; douze pièces d’artillerie y sont attachées ; il faut, sans délai, les lui faire parvenir, en faisant faire à cette artillerie un détour par le grand chemin, puisqu’on ne peut l’envoyer directement à cause des neiges. Du moment que vous serez certain que les douze pièces de canon sont à Pampelune, et que le général Merle, auquel je viens de donner le commandement de cette division, y est arrivé, vous écrirez au commandant général de la Navarre qu’il vous est nécessaire d’occuper la citadelle de Pampelune, afin de mettre mes derrières en sûreté ; que je suis en paix avec le roi d’Espagne, mais qu’il faut, puisque des intérêts communs obligent mes troupes à entrer en Espagne, que les derrières soient gardés, etc. Du reste, vous chargerez ceux que vous enverrez là d’assurer les habitants de la province que, quelques événements qui puissent arriver, je serai le premier à défendre l’intégrité de leurs privilèges. Après
la citadelle de Pampelune, la plus importante est celle de Saint‑Sébastien.
Vous enverrez voir la situation dans laquelle elle se trouve, et, si elle en
mérite la peine, vous la ferez occuper, ainsi que toute autre forteresse
qui se trouverait entre Valladolid et Pampelune et la France, afin que nos
derrières de l’armée soient parfaitement tranquilles. L’aide
de camp que vous enverrez au général Moncey ira jusqu’à Aranda sur le
Duero, et vous manderez au général Dupont de vous envoyer l’itinéraire
de Valladolid à Madrid, et au maréchal Moncey de vous envoyer celui
d’Aranda à Valladolid, et de Burgos à Aranda et à Madrid, en faisant
connaître la position, les montagnes et le nombre de jours qu’il y
aurait à vivre. Vos
communications avec les commandants espagnols doivent être amicales, et
vous ne devez donner pour explication de l’occupation des forteresses que
le besoin de mettre en sûreté les derrières de l’armée. S’il
arrivait que le commandant général de la Navarre se refusât à rendre la
forteresse de Pampelune, vous emploieriez les troupes du maréchal Moncey
pour l’y forcer. Du
reste, il est inutile que vous ayez aucune communication avec la cour
d’Espagne jusqu’à ce que je vous en aie donné l’ordre. Le
principal, avant tout, c’est d’occuper la citadelle de Pampelune. D’après
la minute. Archives de l’Empire. 983.
‑ SUITE DU PRÉCÉDENT. Paris,
20 février 1808. Je vous ai envoyé ce matin vos instructions ; voici ce que j’ai à y ajouter. Deux
bataillons de chasseurs de ma Garde, commandés par le général
Friederichs et formant 1,200 hommes ; six pièces d’artillerie ; un régiment
polonais ; un escadron des chasseurs de ma Garde, fort de 200 hommes ; un
escadron de grenadiers à cheval de ma Garde, de même force ; un escadron
de dragons et 160 gendarmes d’élite, formant en tout près d’un millier
d'hommes de ma Garde, doivent arriver à Bayonne au 1er
mars. Vous ferez rester en arrière un détachement par arme, composé
des hommes les plus fatigués ; vous leur accorderez séjour à Bayonne et,
le lendemain ou le surlendemain, vous les ferez partir pour Vittoria, où je
désire qu’ils arrivent, si cela est possible, du 8 au 10 mars. Vous
laisserez sur la frontière d’Espagne un officier de gendarmerie d’élite
avec 20 hommes, afin de surveiller tous les mouvements et de contenir la désertion.
Cet officier adressera chaque jour au général Savary, qui sera près de
moi, un rapport sur ce qui se passe, allant et venant. Je désire par ce
moyen être bien instruit de tous les détachements, bataillons et
transports de vivres qui passeraient. J’ai
donné des ordres pour qu’il fût levé 500 mulets de bât dans les pays
basques, et qu’ils fussent embrigadés de manière que les conducteurs
soient français. Ce
qui m’importe par‑dessus tout, c’est que la citadelle de Pampelune
soit occupée par mes troupes, afin que la division Merle devienne
disponible. Du moment qu’on en sera maître, on y mettra pour garnison 6
ou 700 hommes, en prenant les trois petits bataillons qui sont dans la
division des Pyrénées occidentales ; on y placera aussi un commandant,
un commissaire des guerres, un officier du génie, un officier
d’artillerie avec une demi‑compagnie d’artillerie, pour procéder
sans ostentation à l’armement de la citadelle, la mettre hors de danger
d’être surprise et en état d’imposer au pays. J’ai
à Bordeaux cinq bataillons, qui sont les 4es des cinq légions de la réserve.
Ces cinq bataillons ne forment guère qu’une force de 1,400 hommes ;
mais 1,600 hommes que j’ai appelés des compagnies départementales
doivent être rendus à Bordeaux, ce qui porte ces bataillons à 3,000,
situation suffisante, puisque ces bataillons ne sont qu’à quatre compagnies.
J’ai donné ordre que ces régiments formassent une seconde brigade sous
les ordres d’un général de brigade, et que cette brigade fît partie de
la division des Pyrénées occidentales que commande le général Merle. A
votre passage à Bordeaux, vous aurez soin de parler au général Drouet,
qui y commande la division militaire, pour qu’il ait à passer là revue
de ces bataillons et à activer le plus possible leur organisation, car mon
intention est que ces cinq bataillons soient rendus le plus tôt possible à
Pampelune ou à Fontarabie. Aussitôt
que la citadelle de Pampelune sera occupée par mes troupes, vous donnerez
l’ordre à la 3è division du corps du maréchal Moncey de se rendre à
Vittoria et à Burgos, afin que Vittoria soit désencombrée pour recevoir
ma Garde. En la faisant partir, vous ordonnerez d’ailleurs qu’elle
laisse des piquets depuis la frontière jusqu’à Vittoria, pour pouvoir
vous escorter ; car il est possible que vous portiez bientôt votre quartier
général à Vittoria. Si,
au contraire, vous tardiez à être mis en possession de la citadelle de
Pampelune, il faudrait faire faire un mouvement à cette 3è division du
corps du maréchal Moncey, pour la rapprocher de la place et exiger sérieusement
que la citadelle soit remise. D’après
la minute. Archives de l’Empire. 984. - INSTRUCTIONS DÉTAILLÉES POUR L’APPLICATION A LA GRANDE ARMÉE, AUX ARMÉES DE DALMATIE, D’ITALIE ET DE NAPLES, DU DÉCRET PORTANT NOUVELLE ORGANISATION DE L’INFANTERIE. AU
GÉNÉRAL CLARKE, MINISTRE DE LA GUERRE. Paris,
22 février 1808. Monsieur
le Général Clarke, vous devez avoir reçu mon décret pour la nouvelle
organisation de l’armée. Je me suis hâté de vous l’envoyer, ainsi que
les différents tableaux, afin que vous puissiez donner tous les ordres préparatoires.
Mon intention est cependant qu’aucun dépôt ne se mette en marche pour sa
nouvelle destination, et qu’aucun embrigadement ne soit fait qu’en
conséquence d’une instruction que vous donnerez aux généraux chargés
de ce travail, et qui, avant d’être expédiée, sera mise sous mes yeux.
Voici quelles sont mes vues ; je vous les fais connaître afin que cela vous
serve pour la rédaction de cette instruction. 3e
Corps de la Grande Armée. Vous
chargerez le maréchal Davout de faire l’opération pour son corps
d’armée. Il y a dans ce corps d’armée des régiments qui ont deux
bataillons et d’autres qui en ont trois. Le 17è de ligne
a‑t‑il son 3è bataillon en Pologne, ou bien ce 3è bataillon
est‑il toujours en deçà de l’Elbe ? Cela est nécessaire à savoir
pour arriver à la formation. Si ce 3è bataillon est en deçà de l’Elbe,
vous lui donnerez l’ordre de retourner à Boulogne, où est le 4è
bataillon, afin d’y procéder à la formation. Le 12è de ligne a deux
bataillons au 3è corps ; il n’y a pas de difficulté pour le former à
trois bataillons. Il en est de même des 25è, 48è, 65è, 85è, 108è et
111è. Tous ces régiments, ayant un effectif de plus de 2,000 hommes,
auront l’effectif de leurs cadres rempli à raison de 140 hommes par compagnie.
Mais les 30è, 33è, 61è, ayant moins de 2,000 hommes à l’effectif,
n’auront pas assez pour former leurs trois bataillons. Mon intention est
donc que vous ordonniez que l’on forme les deux premiers bataillons
conformément aux tableaux ; qu’on y mette tous les hommes disponibles des
régiments, et que l’on se borne à former les cadres du 3è bataillon
qu’on enverra en France pour se compléter. Le 15è d’infanterie légère
gardera ses trois bataillons ; mais le 13è n’en gardera que deux, et le
cadre du 3è bataillon sera renvoyé en France. Si le 7è léger, qui est
porté comme ayant un effectif de 2,700 hommes, n’a que deux bataillons an
corps d’armée, c’est‑à‑dire dix‑huit compagnies, il
sera formé à trois bataillons, et tout restera à l’armée ; mais, si
ces 2,700 hommes comprennent l’effectif de trois bataillons,
c’est‑à‑dire de vingt‑sept compagnies, alors on formera
les 1er, 2è, 3è, 4è bataillons et le bataillon de dépôt, en
prenant tous les hommes disponibles pour compléter les trois premiers
bataillons, dont le complet doit être de 2,520 hommes, et l’on renverra
les cadres du 4è et des trois compagnies de dépôt, ou le cadre actuel du
3è bataillon, à son dépôt, pour s’y reformer. Le 17è de ligne
n’est porté que pour un effectif de 2,200 hommes. Si cet effectif ne
comprend que deux bataillons de dix‑huit compagnies, on formera ces
dix‑huit compagnies en trois bataillons, conformément au décret ;
mais, s’il y a trois bataillons, c’est‑à‑dire
vingt‑sept compagnies, on formera également les quatre bataillons et
les trois compagnies de dépôt, en prenant les hommes disponibles pour les
trois premiers bataillons ou dix‑huit compagnies, et l’on enverra
seulement au dépôt le cadre des neuf dernières compagnies. Le 3è de
ligne est porté à un effectif de 3,400 hommes. Je suppose qu’il y existe
les cadres des trois bataillons ou de vingt‑sept compagnies ; en ce
cas, on formera les vingt‑sept compagnies en quatre bataillons et
trois compagnies de dépôt ; on mettra tous les hommes disponibles des
trois compagnies de dépôt dans les quatre bataillons, et l’on enverra
les cadres de ces compagnies au dépôt. S’il arrivait qu’il n’y eût
que deux bataillons ou dix‑huit compagnies, ce que je suis porté à
croire, vous donneriez l’ordre au dépôt de faire partir le cadre qui
doit former le 4è bataillon, c’est-à‑dire les six premières
compagnies qui doivent former le bataillon actuel, lesquelles se rendraient
en Pologne. On attendrait leur arrivée pour former ces 3,400 hommes en
quatre bataillons, car il est absurde et contraire au bien du service
d’avoir des compagnies de plus de 140 hommes. Avant de rédiger les
instructions du maréchal Davout, vous vous assurerez de tous ces faits. 4è
Corps de la Grande Armée. ‑ Vous
chargerez le maréchal Soult d’organiser le 4è corps et la division
Molitor. Les 2è, 22è et 28è de ligne, 36è, 46è, 67è et 75è ne
garderont à l’armée que deux bataillons ou douze compagnies, en
prenant tous les hommes disponibles, et renverront le cadre du 3è bataillon
au dépôt. Les 4è, 16è et 18è de ligne, 37è, 57è, 72è et 105è, ayant
un effectif de plus de 2,000 hommes, garderont leurs trois bataillons. Quant
au 3è de ligne, s’il a à l’armée dix‑huit compagnies
seulement, il gardera tout son monde ; mais, s’il a vingt‑sept
compagnies, il ne gardera que trois bataillons ou dix‑huit compagnies,
et renverra les cadres des neuf autres. Les 10è, 24è et 26è
d’infanterie légère garderont leurs trois bataillons. Les tirailleurs
corses et les tirailleurs du Pô n’éprouveront aucun changement. 1er
Corps de la Grande Armée. Quant
au 1er corps, les 8è et 32è de ligne, les 45è, 54è, 63è, 94è,
95è et 96è, les 9è et 27è légers garderont tout leur monde ; mais si le
24è a actuellement vingt‑sept compagnies à l’armée, il gardera
quatre bataillons pleins et renverra les cadres des trois dernières
compagnies du 3è bataillon actuel au dépôt. Si, au contraire, il
n’avait que dix‑huit compagnies, il garderait tout son monde. Le 16è
d’infanterie légère, n’ayant que 2,500 hommes à l’effectif, ne
gardera que trois bataillons ou dix‑huit compagnies, et renverra les
cadres des autres compagnies. 5e
Corps de la Grande Armée. ‑ Pour
le 5è corps, le 34è, qui a ses trois bataillons à la Grande Armée,
c’est‑à‑dire vingt‑sept compagnies, en gardera vingt-quatre.
Les 40è, 64è, 88è, 100è et 103è, garderont leurs trois bataillons ou
dix‑huit compagnies. Il en sera de même des 17è, 21è, et 28è
d’infanterie légère. 6e
Corps de la Grande Armée. ‑ Tous
les régiments du 6è corps garderont également trois bataillons ou
dix‑huit compagnies, à l’exception des 19è, 50è, 58è et 93è,
qui, n’ayant qu’un effectif de 2,000 hommes et au‑dessous, ne
garderont que deux bataillons ou douze compagnies ; et du 54è qui gardera
quatre bataillons ou vingt‑quatre compagnies, et renverra au dépôt,
qu’il doit avoir définitivement, les cadres des trois dernières
compagnies du 3è bataillon actuel, qui sont destinées à former son dépôt. Cette
instruction doit vous faire comprendre de quelle manière doivent être
dirigés vos ordres. Je vous enverrai le travail pour les autres armées. Les
compagnies de grenadiers et de voltigeurs du corps du général Oudinot
appartiennent à des 3es et 4es bataillons ; si elles appartiennent à des
3es bataillons, elles doivent, dans la nouvelle organisation, faire partie
du 4è bataillon ; on les portera donc audit bataillon comme détachées à
la division Oudinot. Si, au contraire, elles font partie des 4es bataillons
actuels, elles doivent être portées à la suite du régiment comme détachées,
puisque j’ai autorisé, par l’organisation générale, les régiments
actuels de quatre bataillons à conserver les grenadiers et voltigeurs du 4è
bataillon ; bien entendu que, si la division Oudinot était dissoute, et que
ces compagnies eussent rejoint, elles seraient aussitôt incorporées dans
le régiment. Une
instruction pareille sera faite pour les armées d’Italie, de Dalmatie et
d’Espagne, afin de statuer sur les cas particuliers et d’éviter les
embarras. NAPOLÉON. D’après
la copie. Dépôt de la guerre. 985.
‑ SUITE DU PRÉCÉDENT. Paris,
22 février 1808. Je
vous ai envoyé, ce matin, des observations destinées à servir à la rédaction
de l’instruction pour la formation de la Grande Armée. Je vous envoie
maintenant pour les armées de Dalmatie, d’Italie et de Naples. Mais
il est nécessaire de commencer par une observation générale qui
s’applique à toute la France, et plus particulièrement à l’Italie. On
s’exposerait à des frais considérables et inutiles, si tous les magasins
qui sont à Venise devaient être transportés dans les divisions des Alpes
pour être confectionnés, et revenir ensuite pour pourvoir à
l’habillement des bataillons de guerre. Mon intention est donc qu’avec
le 4è bataillon, qui est en Italie, il y ait une partie des ouvriers pour
confectionner tout ce qui reste ; que les cadres du dépôt, le
quartier‑maître et l’autre partie des ouvriers se rendent seuls au
lieu du dépôt avec les fonds de caisse et les papiers d’administration,
mais sans bagages. A cet effet, je suis décidé à n’accorder aucuns
frais de transport pour les nouveaux dépôts, et il n’en faut réclamer
aucun, puisque tout ce qui se trouve au dépôt actuel doit être employé
et confectionné sur place. L’habillement de 1808, ainsi que les conscrits
et les hommes impotents qui attendent leur retraite, se rendront au lieu du
nouveau dépôt, et, quand le matériel sera épuisé, le reste des ouvriers
s’y rendra également. Les objets confectionnés demeureront dans les
lieux où ils se trouvent jusqu’à ce que le corps passe, pour les corps
du Rhin qui sont à l’armée, ou que les effets aient été envoyés à
l’armée. Cet objet est important, puisqu’il s’agit d’économiser
plusieurs millions de dépense et d’empêcher que les objets ne se détériorent
dans des transports inutiles. Il faut donc que le matériel ne marche jamais
sans que vous ayez pris mes ordres, et, dans ce cas, vous me ferez connaître
ce que coûtera chaque déplacement proposé. C’est en négligeant de
telles précautions qu’on fait des frais qui sont énormes et sans utilité. Armée
de Dalmatie. ‑ Le
8è d’infanterie légère a un effectif de 2,000 hommes ; il en est de même
du 18è. Le 5è de ligne a plus de 2,000 hommes. Le 11è de ligne a un
effectif de plus de 2,700 hommes. Le 79è a plus de 2,400 hommes ; le 23è
de ligne, plus de 2,200 ; le 60è de ligne, 2,100. Tous ces régiments
n’ont que deux bataillons ou dix‑huit compagnies à l’armée de
Dalmatie. Ils y seront donc formés à deux bataillons de six compagnies
chacun, conformément au décret. Cet effectif est plus considérable que ne
le portent vos états, parce que, le 10 février, j’ai fait partir 2,000
hommes des dépôts des régiments pour cette armée. Le 8è n’a qu’un
seul bataillon en Dalmatie, lequel se trouve fort de 1,600 hommes ; il est
donc indispensable que vous ordonniez aux cadres des trois dernières
compagnies du 2è bataillon, qui se trouvent au dépôt en Italie, de partir
le plus tôt possible avec un nouveau renfort de 200 hommes, pour former,
avec les trois dernières compagnies du bataillon qui est, en Dalmatie, un 3è
bataillon ; alors ce régiment aura
son 1er et son
3è bataillon en Dalmatie. Le général Marmont pourra être chargé de
faire cette organisation, et le général Charpentier de former les
bataillons qui sont en Italie. Les 8è et 18è d’infanterie légère, qui
sont à Venise, et les 5è, 11è et
23è de ligne, 60è et 79è ne demandent aucune observation. Le décret a
pourvu à la manière dont les bataillons doivent être formés. Il est
seulement nécessaire que tous les cadres qui doivent se rendre à un
autre corps, pour les régiments à quatre bataillons, y aillent en règle.
Le général Charpentier réunira tous les cadres de manière qu’ils
aillent ensemble jusqu’à Chambéry, et ne se séparent que lorsque cela
sera nécessaire pour qu’ils se dirigent vers leur destination particulière.
Le 81è, qui a neuf compagnies en Dalmatie, enverra, comme nous l’avons
dit ci‑dessus, les trois dernières compagnies du 2è bataillon
actuel, pour s’unir avec les trois dernières du 1er, et former le 2è
bataillon. Son 2è bataillon se formera avec les grenadiers et voltigeurs et
les quatre premières compagnies du 2è, et son 3è bataillon avec les
grenadiers et voltigeurs et les quatre premières compagnies du 3è
bataillon, comme à l’ordinaire. Mon intention est que tous ces 3es
bataillons restent dans le pays de Venise et soient tous réunis. Les
compagnies formant le dépôt doivent seules aller en arrière pour
recevoir les conscrits. Aussitôt qu’ils seront réunis, habillés, et
que l’on se trouvera dans la saison favorable, je me réserve de donner
des ordres pour qu’on les expédie sur les 3es bataillons. A moins de nécessité,
mon intention n’est pas que, de tout l’été, aucun conscrit quitte le dépôt,
qui va se trouver tout près de France, pour aller aux bataillons de guerre.
En n’envoyant des hommes en Italie qu’au mois de mars, on les aura
acclimatés pendant l’été, et l’on en épargnera un grand nombre. Armée
d’Italie. – L’armée
d’Italie n’est susceptible d’aucune observation. Le 35è a un
effectif de 3,776 hommes. Les quatre bataillons qui seront formés
emploieront un effectif de 3,360 hommes, et les cadres des six compagnies
qui seront envoyées en d’autres corps, 120 hommes. Les compagnies de
grenadiers et voltigeurs du 4è bataillon sont détachées dans la
division Miollis. Comme j’ai autorisé les régiments à quatre bataillons
à conserver leurs grenadiers et voltigeurs jusqu’à ce que la circonstance
vienne de les incorporer, ces compagnies seront autorisées à rester où
elles sont, et elles doivent être comprises dans le procès‑verbal de
formation. Le 53è a 2,900 bommes. Il ne pourra donc pas compléter ses
quatre bataillons de guerre à 140 hommes par compagnie. Il sera nécessaire
qu’il les égalise le plus possible. On complétera ensuite ces quatre bataillons
de guerre lorsque les conscrits auront été formés aux dépôts, et les
cadres des dépôts joindront le nouveau
lieu qui leur est assigné avec 100 soldats seulement. Les autres
corps de l’armée d’Italie se trouvent dans des cas semblables et ne
demandent aucune observation particulière. Armée
de Naples. – L’armée
de Naples est dans le même cas que celle de Dalmatie. Tous ses régiments
sont composés de deux bataillons ou dix‑huit compagnies à l’armée,
lesquelles seront formées à trois bataillons. Les 4es bataillons
continueront aussi à rester dans les lieux où ils sont aujourd’hui ;
leurs dépôts et les compagnies de dépôt, conformément aux observations
ci‑dessus, se rendront seuls à leurs nouvelles destinations. Quand ce
départ sera effectué, je verrai, sur le compte qui me sera rendu, s’il
est convenable de faire partir aussi ces 4es bataillons pour joindre leurs
dépôts. Les régiments de l’armée de Naples sont faibles ; presque
aucun ne serait dans le cas de conserver plus de deux bataillons ou douze
compagnies, car presque aucun n’a un effectif de plus de 1,700 hommes.
Mais l’armée de Naples étant une armée agissante, et ayant d’ailleurs
les 4es bataillons à compléter, il sera convenable de prescrire de
former les dix‑huit compagnies qui y sont en 3es bataillons, en répartissant
le plus également possible l’effectif de ce que chaque régiment a dans
le royaume de Naples ; de sorte que mon intention est, dans la nouvelle
formation, de tenir trois bataillons à Naples, un à moitié chemin en
Romagne, et le dépôt en France, pour faire passer les conscrits de
l’un à l’autre endroit, de manière à concilier leur acclimatement
avec les besoins du service. D’ailleurs, ces quatre bataillons me serviront
en Italie. Les compagnies de grenadiers et de voltigeurs sont déjà presque
toutes en activité dans l’État romain, et les quatre autres compagnies,
quelque faibles qu’elles soient, seront toujours une ressource pour
contenir le pays. En
faisant le travail de la Grande Armée, je n’ai pas pu faire connaître la
destination que je voulais donner aux 4es bataillons, parce que je ne sais
pas bien où ils se trouvent. Les uns ont envoyé leurs grenadiers et
voltigeurs à Oudinot, et ces compagnies ne peuvent pas bouger ; les
autres compagnies sont aux régiments provisoires ; quelques‑unes aux
régiments de marche. Pour qu’aucune de mes intentions ne soit contrariée,
il faut ne mettre en mouvement que les simples cadres, une partie des
ouvriers, les fonds de caisse et les papiers de l’administration, sur les
dépôts, pour recevoir les conscrits, et que le reste du 4è bataillon
demeure où il se trouve, jusqu’à ce que vous m’ayez fait un rapport
et que je voie s’il n’y a pas d’inconvénient à ordonner à ces 4es
bataillons de rejoindre le dépôt, ou s’il faut leur donner toute autre
destination. Vous
aurez soin de faire, par armée, le travail que vous me présenterez avant
de rien ordonner, et de mettre sur une colonne le numéro de chaque
compagnie et de chaque bataillon dans leur classement actuel, le lieu où
ils sont aujourd’hui et le
rang qu’ils doivent prendre dans le nouveau classement. Si vous avez des matériaux pour bien former les états, je déciderai sur‑le‑champ tous les mouvements à faire. Il
est bien essentiel de recommander qu’il ne soit fait aucun changement dans
le classement des officiers et sous‑officiers, qui doivent tous
rester dans leurs cadres. D’après
la minute. Archives de l’Empire. 986.
‑ ORDRE CONCERNANT L’APPROVISIONNEMENT DE
SOULIERS. AU
GRAND‑DUC DE BERG, LIEUTENANT
DE L’EMPEREUR EN ESPAGNE. Paris,
22 février 1808. Le
maréchal Moncey a passé un marché pour faire faire à Bayonne vingt mille
paires de souliers. Faites‑moi connaître s’ils sont faits. Le
ministre Dejean y a expédié 12,400 paires de souliers le 20 janvier, qui
doivent arriver les premiers jours de mars. Vous me ferez connaître quand
ils arriveront, et s’ils sont de bonne qualité. Mon intention est
qu’il en soit donné une paire à chaque homme, à son passage. Si les
vingt mille paires commandées par le maréchal Moncey existent en magasin,
faites-les transporter à Burgos. Il est fort important d’avoir beaucoup
de souliers. D’après
la minute. Archives de l’Empire 987.
‑ MISSION CONFIÉE A M. DE TOURNON, OFFICIER
D’ORDONNANCE DE L’EMPEREUR. Paris,
25 février 1808. Vous
vous rendrez à Madrid ; vous descendrez, à votre passage à Bordeaux, chez
le général Commandant, et vous prendrez des renseignements sur la
situation des 4es bataillons des cinq légions de la réserve, ainsi que sur
les 1,600 hommes que j’ai appelés, il y a deux mois, pour compléter ces
cinq bataillons. Vous me remettrez donc un état qui me fera connaître la
situation de chaque bataillon, en mettant le nombre des compagnies de chaque
bataillon, le nombre primitif d’hommes qu’ils ont amenés de la réserve
et le nombre d’hommes qui y ont été incorporés. De
là vous irez à Bayonne ; vous remettrez la lettre ci‑jointe au
grand‑duc de Berg ; vous me ferez connaître ce qui arriverait à
votre connaissance, le lieu et la situation de ma Garde. Vous m’écrirez
de Bordeaux et de Bayonne par l’estafette qui part tous les jours de ces
deux villes pour Paris. Si ma Garde était partie de Bayonne, vous m’écririez
de Vittoria, en prenant vos renseignements en route auprès du général
Lepic qui la commande. A
Burgos, vous m’écrirez les troupes que vous aurez rencontrées et ce qui
viendrait à votre connaissance. L’estafette part également de Burgos
tous les jours. De
là vous vous rendrez à Madrid par le plus court chemin, et vous remettrez
ma lettre au Roi. Vous attendrez la réponse de la Cour de manière à
rester cinq on six jours à Madrid et à être le 15 mars à Burgos. Vous
aurez soin de m’écrire par le courrier qu’enverrait le sieur
Beauharnais, en donnant des renseignements vagues et rien qui puisse faire
soupçonner que vous ayez des renseignements sur mes projets. En
passant à Poitiers, vous verrez les détachements de cavalerie qui y
sont, ainsi que les escadrons de marche qu’on y a formés. D’après
la minute. Archives de l’Empire. 988.
‑ INSTRUCTIONS POUR L’ÉTABLISSEMENT DES ÉTATS DE SITUATION DE LA
CAVALERIE. AU
GÉNÉRAL CLARKE, MINISTRE DE LA GUERRE. Paris,
2 mars 1808. Monsieur
le Général Clarke, le dernier état de situation présentant la situation
de tous les corps au 15 février comprend les régiments de cavalerie. Je
remarque que plusieurs régiments de marche y sont appelés provisoires, que
plusieurs sont mal numérotés. La confusion va se mettre dans cette partie
importante de l’administration. Les premiers régiments provisoires de
dragons sont ceux qui sont en Portugal ; s’ils n’ont pas été formés
en régiments provisoires, ce qui est possible, il faut me présenter un décret
pour les former. Vous appelez provisoires les détachements de cuirassiers
venant d’Italie qui arrivent le 8 mars à Poitiers, cela est évidemment
un escadron de marche. Je suis fâché qu’il vienne à Poitiers,
puisqu’il est destiné pour Barcelone. Vous le laisserez reposer à
Poitiers, vous le dénommerez ce qu’il est, escadron de marche, et
j’en disposerai quand il sera nécessaire. Il ne faut jamais joindre,
dans les états de situation, un escadron de marche à un régiment
provisoire, jusqu’à ce que l’incorporation ait eu lieu et que
l’escadron ou bataillon de marche soit dissous. Vous portez les
escadrons de marche de Poitiers comme provisoires : il peut se passer bien
des événements avant que cela soit ; il faut les porter à part et tels
qu’ils sont organisés pour la marche. Faites mettre dans cet état le
nombre d’officiers et soldats de chaque régiment. Je remarque, dans le même
livret, que les détachements que les régiments de cavalerie ont fournis
aux régiments provisoires ne sont pas portés dans l’effectif ; cela est
très‑mal, et propre à donner de fausses idées de la situation de
mes régiments. Je vous prie de me faire remettre un état de situation de
ma cavalerie. La 1re colonne contiendra le nom des régiments ;
la 2è, le nombre d’escadrons et leur effectif, que le régiment a à la
Grande Armée ou à l’armée de Naples au 1er février ; la 3è,
le nombre d’hommes que le régiment a aux régiments provisoires ; la 4è,
le nombre d’hommes que le régiment a aux escadrons de marche ; la 5è
nombre d’hommes que le régiment a au dépôt ; la 6è l’effectif du régiment
; la 7è, ce que le régiment doit recevoir de l’appel des compagnies de
réserve ; la 8è, ce que le régiment doit recevoir de la conscription de
1809 ; la 9è, l’effectif du régiment après avoir reçu ses conscrits ;
la 10è, le nombre d’hommes que le régiment doit encore fournir aux régiments,
qui sont en Espagne, composant le corps d’observation de l’Océan, selon
l’ordre qui en a été donné ; la 11è, ce que le régiment doit fournir,
selon les ordres qui ont été donnés pour la division de Poitiers, non
compris les détachements formant les escadrons de marche qui sont partis.
Une colonne désignera, si on peut le savoir, le nombre d’hommes à réformer
qui sont encore au dépôt. On mettra, au bas de chaque régiment, en encre
jaune, les chevaux ; chaque cheval placé dans sa case, comme les hommes. Le
résultat de tout cela sera l’effectif en hommes et en chevaux, qui me
fera connaître la situation actuelle et celle présumée d’ici à deux
ou trois mois. NAPOLÉON. D’après
la copie. Dépôt de la guerre. 989.
REPROCHES AU GÉNÉRAL JUNOT COMMANDANT L’ARMÉE DE Portugal. Paris,
4 mars 1808. Je
reçois vos dépêches du 14 février, que me porte mon officier
d’ordonnance Tascher. Tout ce que j’apprends du Portugal est que le pays
n’est pas entièrement désarmé, observation qui n’a point échappé à
l’Angleterre, qui suppose qu’il n’a pas été prudent de le tenter. Je
ne puis m’expliquer et je ne trouve pas de raisons qui soient cause que
vous ne m’ayez pas envoyé les troupes portugaises, et que le 15 février,
c’est‑à‑dire deux mois et demi après votre entrée en
Portugal, ces troupes y soient encore. Il y a là dedans de la folie. Au
milieu de cela, vous publiez avec emphase mon décret qui impose une
contribution de cent millions ; il fallait attendre que vous fussiez maître
du pays. Croyez‑vous l’être aujourd’hui ? En relisant les lettres
que je vous ai écrites depuis votre entrée en Portugal, vous verrez que
vous n’avez rien fait de ce que je désirais. Vous me répondez de belles
paroles, mais vous ne faites pas ce que je désire. Il est fâcheux pour moi
de voir ainsi contrarier mes projets. Vous êtes entré le 11 décembre en
Portugal ; le 15 décembre les troupes portugaises devaient, formées ou
non, être dirigées à grandes marches sur la France, et être arrivées à
Bayonne, du 15 janvier au 1er février, où je les aurais fait
organiser. Immédiatement après que ces troupes auraient été parties,
j’aurais procédé au désarmement. Voilà ce qui s’appelle se rendre maître
d’un pays. Enfin vous avez poussé l’inadvertance jusqu’à laisser des
mois entiers des places fortes entre les mains des Portugais. Je ne sais pas
à quelle école vous avez été élevé. En Italie, où je n’ai qu’à
me louer des habitants, où je suis leur souverain légitime, où leurs
troupes sont à ma solde, je ne laisse pas même aujourd’hui leurs
places fortes à des commandants italiens, mon armée étant là. Vous ne
projetez qu’organisation ; cela est ridicule dans les circonstances où
vous vous trouvez. La première chose à faire est de diriger, sans perdre
un moment, les troupes portugaises sur la France. Malheureusement il est déjà
bien tard aujourd’hui. Je n’aurais pas dû m’attendre à une conduite
aussi extraordinaire. Je
ne comprends rien à la mauvaise disposition de vos camps ; il faut tenir
vos troupes réunies, occuper les places fortes d’Elvas et d’Almeida.
Je ne sais pas ce que vous entendez par « armée portugaise »
; lorsque les Anglais débarqueront, elle irait les joindre ; ce seraient
des misérables s’ils ne le faisaient pas. Je ne vous croyais pas si dépourvu
de politique et de prévoyance ; vous l’êtes à un point dont je n’ai
pas vu d’exemple. Je vous réitère mon ordre de retirer mes troupes de
Lisbonne ; je ne veux pas qu’elles restent au milieu de la population
d’une ville immense, exposées à manquer de pain. Il faut les baraquer
dans des situations saines et de manière à les avoir dans la main. D’après
la minute. Archives de l’Empire.
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