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Histoire Militaire et Stratégie
Correspondance de Napoléon
RIHM
 

 

 

Correspondance militaire
de Napoléon Ier

Extraite de la correspondance générale et publiée

Par ordre du ministère de la guerre

Tome cinquième

Paris - 1876

  

990. ‑ INSTRUCTIONS POUR ACTIVER LE MOUVEMENT DE TROUPES DANS LA DIRECTION DE MADRID.

 

AU GRAND‑DUC DE BERG,

LIEUTENANT DE L’EMPEREUR EN ESPAGNE.

 

Paris, 6 mars 1808.

 

Je reçois votre lettre du 2 mars. Vous avez dû recevoir le 5 la lettre que je vous ai écrite le même jour, par laquelle je vous ordonnais de porter votre quartier général à Vittoria et d’y être rendu le 10. Vous pouvez porter votre quartier général à Burgos et y être le 12. Dirigez ma Garde sur Burgos ; mais réunissez des escortes de cavalerie et de gendar­merie depuis Bayonne jusqu’à Burgos, de manière que j’aie à chaque poste pour mon escorte au moins trente hommes. Je suppose que le 14 mars ma Garde sera à Burgos ; que le maréchal Moncey aura réuni son corps d’armée entre Aranda et Burgos, et que de sa personne il sera à Aranda avec sa cavalerie, sa pre­mière division et dix‑huit pièces de canon ; que sa seconde division sera à une marche de la première, et sa troisième division à Burgos ; que le général Dupont sera le même jour à Valladolid avec sa pre­mière division, sa cavalerie et dix‑huit pièces de canon, ses deux autres divisions à une demi‑marche de l’avant‑garde ; et que ces deux corps d’armée auront du pain et du biscuit pour une douzaine de jours. Je suppose que ma Garde aura aussi à Burgos du pain et du biscuit pour dix ou douze jours. Mes chevaux devront être également à Burgos. Un page et une brigade suivront le quartier général du ma­réchal Moncey ; un autre page et une brigade seront auprès du général Dupont. Le reste de mes chevaux restera à Burgos. Canisy organisera chaque brigade de manière qu’il y ait deux chevaux pour moi, des portemanteaux, etc.

 

S’il n’y a rien de nouveau et que le prince de la paix vous ait écrit, vous pouvez lui répondre une lettre insignifiante, dans laquelle vous lui direz que mes ordres vous ont conduit en Espagne pour passer la revue de mes troupes, dont vous ignorez la destination, et que vous serez fort aise si les circonstances vous mettent à même de le voir.

 

Vous aurez soin de laisser, pour commander tous les pays compris entre Valladolid et les Pyrénées, un des généraux de brigade qui sont venus à la suite de l’armée.

 

Faites envoyer de Vittoria et de Bayonne 100,000 rations de biscuit dans la citadelle de Pam­pelune. Que le général Merle l’approvisionne sans trop effrayer les habitants, et qu’il fasse aussi enfermer la poudre qui est hors de la ville. Il faut dans cette citadelle une demi‑compagnie d’artillerie. Donnez en conséquence l’ordre à la moitié d’une des deux qui se trouvent à Bayonne de s’y rendre. Met­tez‑y un chef de bataillon d’artillerie que le général la Riboisière désignera, un officier du génie, un bon commandant, deux adjudants de place et un commissaire des guerres. Que tout cela soit fait promptement, afin que, lorsque je jugerai à propos de faire venir la division du général Merle à l’armée, je sois maître du poste important de la citadelle de Pampelune en y mettant, un millier de conscrits. L’hôpital doit être dans la ville, de manière que la garnison puisse vivre isolée, si cela est nécessaire. Faites moi connaître qui vous aurez nommé.

 

7 mars 1808.

 

P. S. Activez tous les mouvements des corps des généraux Moncey et Dupont, de manière que le maréchal Moncey puisse s’emparer le plus tôt pos­sible des montagnes qui séparent Burgos de Madrid.

 

Je suppose que vous serez le 12 à Burgos. En­voyez vos chevaux dans la direction d’Aranda, et suivez le mouvement du maréchal Moncey, qui sera en mesure d’entrer le premier à Madrid. Qu’il réunisse sa cavalerie et sa première division à trois ou quatre lieues en avant d’Aranda, sa seconde division à Aranda, et sa troisième division entre Aranda et Burgos ; qu’il soit prêt à partir le 14, abondam­ment pourvu de vivres, et que sa cavalerie soit en tête.

 

D’après la minute. Archives de l’Empire.

 

 

991. ‑ NOUVELLES INSTRUCTIONS POUR LA MARCHE

SUR MADRID.

 

AU GRAND‑DUC DE BERG,

LIEUTENANT DE L’EMPEREUR EN ESPAGNE.

 

Paris, 9 mars 1808.

 

Je reçois votre lettre du 6 mars. Je vois avec plaisir que l’affaire de Saint‑Sébastien a bien fini. La moindre hostilité sur ce point m’eût été très désagréable. C’est aujourd’hui le 9. Je suppose que vous êtes à l’heure qu’il est à Vittoria, d’où je rece­vrai de vos nouvelles. Vous serez probablement  le 14 à Burgos. Le principal est que le maréchal Moncey fasse filer ses 300,000 rations de biscuit sur Aranda (le général Dupont a déjà les siennes à Valladolid), et que les deux corps d’armée aient leur pain et leur biscuit avec eux pour une quin­zaine de jours, afin d’éviter tout désordre et d’être sûr que l’armée marche en bon ordre. Le major général vous expédie des ordres de mouvement par un officier d’état‑major qui vous arrivera avant l’es­tafette, puisqu’il part aujourd’hui à six heures du soir. J’espère que ma Garde sera toute réunie le 14 ou le 15 à Burgos, et que vous aurez assuré une escorte de Bayonne à Burgos. Je donne ordre au général Merle de laisser 1,000 hommes dans la citadelle de Pampelune et de se rendre à Vittoria, où il devra être le 15 ou le 16. Sa seconde brigade, composée de cinq bataillons de la réserve que je suppose devoir arriver le  12 ou le 14 à Bayonne, continuera également sa route sur Vittoria, ce qui portera la division du général Merle à 4,500 hom­mes d’infanterie et 12 pièces de canon. Le régiment de marche qui arrive aujourd’hui 9 à Bordeaux, et qui probablement sera le 16 ou le 17 à Bayonne, dirigera également sa marche sur Vittoria, pour augmenter encore la division Merle. Enfin la divi­sion Verdier, qui arrive aujourd’hui et demain à Bordeaux, arrivera le 17 et le 18 à Bayonne et for­mera la seconde division de réserve. Quatre régi­ments de marche de cavalerie, qui arriveront le 20 et le 21 à Bayonne, continueront leur route sur Vittoria, pour se ranger sous les ordres du général Merle. La seconde partie de ma Garde, composée des fusiliers et de plusieurs détachements de cava­lerie, formant 3,000 hommes et 500 chevaux, arri­vera à Bordeaux le 20, et continuera sa marche, ce qui formera sur mes derrières une réserve assez considérable, maintiendra ma communication avec Madrid, et fera face aux troupes espagnoles de Galice.

 

Il faut que le général Merle fasse son mouvement de Pampelune de manière à ce qu’on s’en aperçoive le moins possible. Il laissera le général Darmagnac avec un millier d’hommes dans la citadelle.

 

Vous verrez par les ordres que vous recevrez du major général que, le 16, la deuxième division du maréchal Moncey devra être sur Aranda, et que sa troisième division partira le 15 de Burgos pour marcher sur Aranda, de manière que, le 17, le gé­néral Grouchy avec les deux brigades de cavalerie, ayant chacune trois pièces d’artillerie légère, la pre­mière et la deuxième division du maréchal Moncey, se mettent en marche sur la montagne de Somo­-Sierra, pour arriver le 18 au soir au pied de cette montagne, la passer le 19, et y séjourner le 20, si vous ne recevez pas de nouveaux ordres. Cette journée du 20 sera employée à faire passer la troisième division du maréchal Moncey, de sorte que le 21 tout son corps se trouve réuni à une marche au delà de la montagne ; que le général Dupont marchera de manière à se trouver le 19 à l’intersection des chemins de Ségovie et Saint‑Ildefonse avec celui de Madrid ; qu’il ne mènera avec lui que sa cavalerie, son artillerie et deux divisions, et qu’il laissera sa troisième division à Valladolid pour ob­server le corps espagnol qui est en Galice. Il est nécessaire que vous ayez des renseignements po­sitifs sur le lieu où se trouve ce corps, et que le général qui commandera de ce côté ait soin de vous informer de tout ce qui viendrait à sa connaissance. Le maréchal Moncey doit marcher avec sa seconde division ; vous, avec la troisième. Les divisions doivent camper par brigade, en conservant entre chaque brigade une distance d’une lieue, et une distance de six ou sept lieues entre la dernière bri­gade de l’armée et l’avant‑garde. S’il arrivait que les Espagnols fussent en situation de se défendre à Madrid, le général Dupont doit se diriger sur Saint‑Ildefonse, se réunir à vous et marcher sur Madrid pour donner ensemble, si cela est néces­saire.

 

Enfin l’armée doit être abondamment pourvue de tout, marcher dans le meilleur ordre. Retardez même votre mouvement d’un jour, pour peu que cela soit nécessaire, afin qu’il n’y ait pas de traî­neurs. Du reste, il faut marcher avec confiance et en attitude de paix, en prenant cependant les cautions convenables. Envoyez de mon côté, sur Burgos et Bayonne, les hommes considérables que pourrait envoyer l’Espagne, le prince de la Paix, le prince des Asturies, s’ils venaient. Que tous vos propos soient pacifiques ; dites que vous marchez sur Cadix et sur Gibraltar. Je vous ai écrit hier que mon intention est qu’avant de partir la solde soit payée jusqu’au 1er mars aux officiers et aux soldats, et que le payeur de Bayonne a reçu des ordres en conséquence. Cela est très‑important pour que le soldat ne pille pas et puisse acheter ce dont il a be­soin. Il faut que les caisses soient abondamment pour­vues, afin que, arrivé à Madrid, on paye la solde courante avec exactitude, et qu’on rembourse les pertes provenant du change des monnaies.

 

Le général espagnol Solano est parti de la rive gauche du Tage pour Badajoz, où il arrive le 10, afin de se diriger sur Cadix ou sur Madrid. L’impor­tant est de savoir laquelle de ces deux routes il sui­vra en partant de Badajoz.

 

Je serai probablement rendu à Burgos le 22. Je vous ai déjà recommandé de faire suivre par une brigade de mes chevaux la division du maréchal Moncey, et d’en envoyer une autre à la division du général Dupont. Mes chevaux doivent suivre votre quartier général, hormis une réserve, qui restera à Burgos. Menez, avec les chevaux qui suivront votre quartier général, une compagnie de 60 gendarmes d’élite, les mameluks, 60 chasseurs, 60 grena­diers, 60 dragons et 120 Polonais avec trois pièces d’artillerie légère. Ces 3 ou 400 hommes vous for­meront une réserve. Le reste de ma cavalerie sera répandu depuis Burgos jusqu’à Aranda, et depuis Burgos jusqu’à Bayonne, pour mon escorte. Faites en sorte qu’indépendamment de l’infanterie il y ait à Vittoria assez de cavalerie pour mon escorte et pour ma garde.

 

Donnez toutes les assurances possibles au prince de la Paix, au Roi, à tout le monde. Le plus important de tout est que le plus grand ordre soit observé pendant la marche.

 

Je vous réitère encore qu’aucun des mouvements prescrits ci‑dessus n’est pressé ; qu’il faut retarder un jour ou deux, si cela est nécessaire ; que les corps doivent être munis de quinze jours de vivres et de biscuit, être bien habillés, bien armés, avoir leurs cinquante cartouches par homme ; enfin être en mesure, après avoir passé la montagne, de faire de grandes marches, s’ils en reçoivent l’ordre. Je vous ai dit qu’il fallait passer la montagne le 19. Il n’y a pas d'inconvénient à ne la passer que le 20 ou le 21 ; mais que le corps du général Dupont marche toujours en conséquence.

 

D’après la minute. Archives de l’Empire.

 

 

992. ‑ FORMATION A RENNES D’UN CAMP DE RÉSERVE.

 

AU GÉNÉRAL CLARKE, MINISTRE DE LA GUERRE.

 

Paris, 10 mars 1808.

 

Monsieur le Général Clarke, il sera formé à Rennes un camp de réserve, composé de trois bri­gades d’infanterie et de trois régiments provisoires de cavalerie, avec dix‑huit pièces de canon. La 1re brigade sera composée du 2è d’infanterie légère et du 15è de ligne, et se réunira à Pontivy. La 2è brigade sera composée du 4è régiment d’infanterie légère, d’un bataillon suisse et d’un bataillon des légions de réserve qui est à Rennes, et se réunira à Rennes. La 3è brigade sera compo­sée du 12è léger et du 14è de ligne, et se réunira à Avranches et Vire.

 

Il sera formé un 7è et un 8è régiment provisoire de dragons, qui se réuniront à Rennes et qui seront composés chacun de neuf compagnies de 80 hom­mes montés, officiers et sous‑officiers compris, savoir : le 7è régiment, d’une compagnie de 80 hommes de chacun des régiments de dragons suivants : du 1er, du 3è, du 4è, du 5è, du 15è, du 9è, du 10è, du 2è, du 6è ; le 8è régiment, d’une compa­gnie de 80 hommes de chacun des neuf régiments de dragons suivants : du 8è, du 11è, du 12è, du 18è, du 19è, du 20è, du 22è, du 25è, du 26è. Ce qui por­tera le complet de chaque régiment à 720 hommes et des deux régiments à 1,400 chevaux. Vous don­nerez l’ordre que ces détachements partent au 1er avril. Les régiments qui ne pourront pas fournir 80 hommes en fourniront 40, et feront partir les 40 autres avant le 1er mai. Le 7è régiment se réunira à Pontivy et le 8è à Rennes.

 

Il sera formé un 3è régiment provisoire de hussards, qui se réunira à Saint‑Omer. Il sera composé de huit compagnies des huit régiments de hussards suivants, savoir : une compagnie de 80 hommes du 1er régiment de hussards ; une compagnie de 80 hommes du 2è ; une compagnie de 80 hommes du 3è ; une compagnie de 120 hommes du 4è ; une compagnie de 80 hommes du 7è ; une compagnie de 80 hommes du 8è ; une compagnie de 80 hommes du 9è ; une compagnie de 80 hommes du 10è. Ce qui portera le complet de ce régiment à 680 hom­mes. Ce régiment sera sous les ordres du général Saint-Cyr, qui commande le camp de Boulogne.

 

Les régiments qui pourront fournir sur‑le‑champ leur contingent le fourniront ; les autres en fourni­ront d’abord la moitié, et l’autre moitié dans le cou­rant d’avril.

 

Il sera également réuni à Saint‑Omer, aussitôt que possible, les 3è et 4è escadrons du 10è et du 22è de chasseurs. Un escadron fort de 200 hommes au moins devra être prêt au 1er mai, et le 4è escadron dans le courant de mai.

 

NAPOLÉON.

 

P. S. Le 2è régiment d’infanterie légère partira le 15 mars ; le 4è partira le 20 ; le 12è partira le 25, et le 14è de ligne partira le 25. Il ne partira que deux bataillons de chacun de ces régiments.

 

Proposez‑moi trois généraux de brigade pour les commander.

 

D’après la copie. Dépôt de la guerre.

 

 

993. UTILITÉ DE FAIRE UN RÈGLEMENT POUR LE PAYEMENT DES MASSES AUX CORPS EN CAMPAGNE.

 

A M. DEJEAN,

MINISTRE DIRECTEUR DE L’ADMINISTRATION DE LA GUERRE.

 

Paris, 12 mars 1808.

 

Monsieur Dejean, j’ai rendu un décret sur les masses des régiments provisoires de Portugal et d’Espagne. Mais je pense qu’il serait nécessaire de faire un règlement général qui fît connaître com­ment on doit se conduire en campagne pour les masses. Je pense qu’il faudrait régler que la moitié ou le tiers de la masse générale sera payé aux détachements comme à‑compte, dont le commandant serait tenu de rendre compte au conseil d’adminis­tration du régiment, et qui serait employé pour la réparation à faire à l’habillement, pour les masses de ferrage, de harnachement, d’armement et autres objets dont le détachement aurait besoin. Il est absurde que nos règlements ne prescrivent rien là-­dessus. Ainsi, par exemple, les régiments qui sont aux armées de Naples, de Dalmatie, ont leurs dé­pôts dans le royaume d’Italie, et bientôt ils les auront en Provence. Il faudrait déterminer ce qui doit leur être payé pour l’habillement et pour pour­voir au renouvellement et remplacement dudit ha­billement. En général, cela s’applique à toutes les circonstances. Le linge et chaussure est une masse par compagnie, mais le linge et la chaussure ne suffisent pas. Je désire là‑dessus un mémoire. Corn­bien faudrait‑il passer au soldat pour son habille­ment, etc.? voilà ce que je veux savoir. Je n’ai pas assez d’habitude des détails des corps pour avoir une idée faite là‑dessus.

 

NAPOLÉON.

 

D’après l’original. Dépôt de la guerre.

 

 

994. ‑ NOTE SUR UN RAPPORT DU PRINCE JOACHIM POUR DIVERS CHANGEMENTS A OPÉRER DANS L’ARME DE LA CAVALERIE.

 

Paris, 12 mars 1808.

 

Renvoyé au ministre de la guerre, pour proposer les changements convenables ; c’est‑à‑dire, 1° régu­lariser l’uniforme des chasseurs ; 2° placer le man­teau des cuirassiers sur le devant de la selle et dimi­nuer de beaucoup ce portemanteau ; l’expérience a prouvé que, quand il est trop grand, le soldat le remplit de choses inutiles ; 3° faire des changements à l’arme des dragons, diminuer également le porte­manteau, leur donner une espèce de manteau à manches et le placer sur le devant de la selle ; enfin ne donner à toutes les armes de cavalerie qu’un seul habit comme à l’infanterie ; ce qui produira une grande économie et allégera beaucoup cette arme.

 

Le ministre me proposera dans la semaine les changements qui paraissent évidents, et il enverra le reste à la discussion d’une commission.

 

NAPOLÉON.

 

 

D’après la copie. Dépôt de la guerre.

 

 

995. ‑ REPROCHES AU SUJET D’UNE EXPÉDITION DE SOULIERS.

 

A M. DEJEAN,

MINISTRE DIRECTEUR DE L’ADMINISTRATION DE LA GUERRE.

 

Paris, 19 mars 1808.

 

Monsieur Dejean, je reçois votre rapport sur l’ex­pédition des souliers que vous avez envoyés à Bor­deaux et à Perpignan. Aucun de ces souliers ne me sera utile. Il est de fait que les souliers qui arrive­ront le 8 avril à Perpignan ne me serviront à rien ; c’est de l’argent jeté ; j’avais espéré de les avoir au 30 mars. A‑t‑on vu envoyer des souliers de Paris à Perpignan ? Ils se perdront en route. Avignon, Tou­louse, Perpignan, Nîmes sont‑ils les déserts de l’Ara­bie, et les hommes dans ces villes ne portent‑ils pas des souliers ? Si, comme je m’y attendais, vous en eussiez commandé dans ces villes, on vous en eût fait 6,000 paires en un mois. Toutes ces mesures sont mal prises. Quant aux hommes de la réserve, il ne fallait pas beaucoup de soins pour ordonner que les draps et la doublure fussent fournis à Bordeaux ;  Bordeaux n’est pas un village. Que m’importe que cette doublure arrive quand les hommes sont à cent lieues de là ? Si le ministre de l’administration de la guerre me rendait compte, comme le ministre de la guerre, de l’exécution de mes ordres, je serais à même de lui faire connaître comment j’entends qu’ils soient exécutés. Si, par exemple, il m’eût répondu, « Je fais partir, tel jour, telle quantité de souliers pour Bordeaux ou Perpignan », je lui aurais dit, « Cela ne me convient pas. »  Il reste à savoir à pré­sent en combien de jours ces souliers arriveront à Bayonne.

 

D’après l’original. Dépôt de la guerre.

 

NAPOLÉON.

 

 

996. - INSTRUCTIONS A DONNER AU MARÉCHAL BESSIÈRES, ALLANT PRENDRE UN COMMANDEMENT EN ESPAGNE.

 

AU PRINCE DE NEUCHATEL,

MAJOR GÉNÉRAL DE LA GRANDE ARMÉE.

 

Paris, 19 mars 1808.

 

Mon Cousin, vous donnerez l’ordre au maréchal Bessières de partir demain pour Burgos, où il sera rendu le 26. Il prendra le commandement, 1° de toute ma Garde impériale à pied et à cheval qui se trouve à Burgos ; 2° de la 1re et de la 2è division des Pyrénées occidentales que commandent les généraux Verdier, Duhesme et Merle. Vous lui remettrez l’état des mouvements de ces deux divisions, et vous lui ferez connaître que son but est, 1° de maintenir la tranquillité sur les derrières de l’armée du grand-­duc de Berg qui marche sur Madrid, et dans les pays compris entre le Duero et les Pyrénées ; 2° de sur­veiller le corps espagnol qui peut se trouver en Galice. Vous lui ferez connaître que le grand‑duc de Berg, avec les corps du maréchal Moncey et du gé­néral Dupont, sera arrivé à Madrid ; que le grand­-duc de Berg a cependant eu l’ordre de laisser à Val­ladolid la 3è division du corps du général Dupont que commandait le général Malher ; que cette divi­sion serait sous ses ordres pour s’opposer aux mou­vements que ferait la division espagnole qui est en Galice ; que, le 25 mars, le général Verdier avec sa division et douze pièces de canon se trouvera à Vittoria, et le général Merle à Burgos avec sa division et ses douze pièces de canon ; que la Garde impé­riale est déjà toute réunie à Burgos, et que la 2è bri­gade est depuis le... mars à Bayonne ; que différents régiments de marche de cavalerie au nombre de 12 à 1500 hommes, et différents bataillons de marche d’infanterie formant le même nombre d’hommes, vont renforcer la division du général Merle. Vous autoriserez le maréchal Bessières à s’arrêter à Bayonne pour passer la revue de la 2è colonne de ma Garde, composée de deux régiments de fusiliers et de plusieurs détachements à pied et à cheval. S’il la trouve suffisamment reposée, vous l’autoriserez à la faire entrer en Espagne, en la dirigeant sur Burgos et en laissant quelques piquets de cavalerie en échelons de Bayonne à Burgos pour mon passage. Il réunira tout le reste de la cavalerie de la 1re colonne de ma Garde, pour, avec la cavalerie des régiments de marche, avoir un corps de 12,000 chevaux pour main­tenir la tranquillité dans le pays et s’opposer au corps espagnol de la Galice, s’il faisait quelque mou­vement. Vous lui ferez connaître que tout est encore pacifique avec l’Espagne, et que ce ne sont que des mesures de précaution. Vous lui ferez connaître éga­lement que la route de l’armée est par Aranda ; qu’il doit veiller à réunir à Burgos 3 ou 400,000 rations de biscuit, dont il fera filer une partie sur Aranda, où il doit toujours y avoir une centaine de milliers de rations.

 

NAPOLÉON.

 

D’après l’original. Dépôt de la guerre.

 

 

997. ‑ INSTRUCTIONS POUR L’OCCUPATION DU DANEMARK ET L’INVASION DE LA SUÈDE.

 

AU PRINCE DE NEUCHATEL,

MAJOR GÉNÉRAL DE LA GRANDE ARMÉE.

 

Saint‑Cloud, 23 mars 1808, 3 heures après midi.

 

Mon Cousin, envoyez avant de vous coucher un courrier extraordinaire au prince de Ponte‑Corvo. Faites‑lui connaître que vous venez de recevoir les ­lettres du 14 mars ; que je considère les troupes qui sont sur le territoire de Holstein comme si elles étaient à Hambourg, puisqu’elles peuvent s’y por­ter en peu de marches ; que, par la présente, vous l’autorisez à faire passer à Copenhague les deux divi­sions espagnoles et la division française ; ce qui, je pense, fera une force de 22 à 24,000 hommes ; que ces troupes seront prêtes à partir de Copenhague les huit premiers jours d’avril ; que les troupes hollan­daises et celles françaises du général Dupas restent où elles se trouvent jusqu’à ce que je sache positivement le lieu où elles sont arrêtées ; que des frontières de Russie à Abo il y a un mois de route ; qu’ainsi les Russes ne peuvent y être arrivés que du 20 au 25 mars ; qu’il est nécessaire, avant que le maréchal Bernadotte entre en Scanie, de connaître, 1° si les Russes sont arrivés à Abo ; 2° le nombre de troupes que les Danois veulent employer dans l’expédition de Scanie. L’expédition de Suède doit être tentée, mais seulement avec toute sûreté de réussir. Mon intention n’est pas que le prince de Ponte‑Corvo passe en Scanie avant d’être certain d’avoir sous ses ordres 36,000 hommes, indépendamment des secours que peut lui offrir la Norvège. Les divisions espagnoles et la division française formeront, je pense, un pré­sent sous les armes de 22,000 hommes. Il faut donc que les Danois fournissent 14,000 hommes pour arriver à 36,000. Les choses étant ainsi, je laisse carte blanche au prince de Ponte‑Corvo, ayant soin, en arrivant en Suède, de ménager mes troupes sans faire une guerre d’invasion. Les Danois peuvent ôter toutes les troupes qui sont dans le Holstein, et le prince de Ponte‑Corvo est maître de disposer d’une division hollandaise pour garder le Holstein et main­tenir ses communications. Le sieur Didelot a écrit que les Danois ont des moyens suffisants pour faire passer 30,000 hommes en Scanie. Si cela est ainsi, je désire que le prince passe d’abord avec 12,000 Da­nois, 12,000 Espagnols et 8,000 Français. Les autres deux mille Danois, les mille ou deux mille Espagnols et les autres mille Français passeront avec le second convoi. Il faut aussi que le prince royal ait des troupes pour garder le Seeland. Je n’aurai point de diffi­culté qu’un régiment de la division Dupas, celui qui se trouve le plus près de la Fionie, avec deux régi­ments hollandais, passe à Copenhague aussitôt que le prince de Ponte‑Corvo sera en Suède, pour aider les Danois à garder Copenhague. J’enverrai alors deux autres régiments hollandais et le 58è, qui est à Hambourg, pour garder le Holstein et la Fionie. En résumé, j’approuve que le prince n’ait fait aucun mouvement rétrograde. J’approuve même qu’il laisse où elles sont les troupes hollandaises. Je l’autorise dès à présent à passer à Copenhague. Je ne l’autorise à passer en Scanie, pour faire la guerre, qu’avec deux divisions danoises formant 14,000 hommes ; ce qui complétera son armée à 36,000 hommes. Dans ce cas, je l’autorise à disposer d’une division hollandaise et d’un régiment de la division Dupas pour garder la Fionie et Copenhague. Mais je lui défends expressément de passer en Suède si les Da­nois n’ont 14,000 hommes à joindre à ses troupes. Je n’ai point un assez grand intérêt à l’expédition de Suède pour la hasarder à moins de 36,000 hommes. Je ne veux pas non plus que, quand mes troupes seront en Suède et séparées du continent par la mer, les Danois soient tranquilles à Copenhague ; cela n’aurait pas de sûreté pour moi. Une fois débarqué en Scanie, le prince de Ponte‑Corvo doit faire une guerre réglée ; fortifier un point comme tête de pont, en cas d’événement ; s’emparer, s’il est pos­sible, des points qui interceptent le Sund, pour empêcher la communication des Anglais avec les Sué­dois ; enfin publier des proclamations dans le pays, et produire le plus de mécontentement contre le roi de Suède. Je ne l’autorise à marcher sur Stockholm qu’autant qu’il serait assuré d’y avoir un parti puis­sant pour le seconder. Dans ses proclamations, il ne doit jamais appeler le roi actuel roi de Suède, je ne le reconnais point comme tel, mais l’appeler le chef de la nation suédoise, se servir du mot générique de Gouvernement ; et, quand il est obligé de lui parler à lui‑même, l’appeler toujours le chef de la nation suédoise ; dire que nous ne le reconnaissons plus comme roi depuis que la constitution de 1778 a été culbutée. Vous ferez connaître au prince de Ponte­-Corvo que je m’en repose sur lui pour maintenir la dignité qui est dite à son caractère et à la Majesté Impériale ; qu’il ne doit signer aucun armistice, con­vention ni acte quelconque, qu’il n’y soit appelé prince de Ponte‑Corvo et non maréchal Bernadotte, commandant en chef l’armée impériale française, et non commandant les troupes françaises ; que le roi de Suède s’est mal comporté avec le maréchal Brune. Vous lui ajouterez que, du moment qu’il aura donné tous les ordres, il se rendra à Copen­hague pour y voir le prince royal et lui faire con­naître mes intentions.

 

NAPOLÉON.

 

D’après l’original. Dépôt de la guerre.

 

 

998. ‑ ORDRE DE PRÉPARER UN PROJET DE CAMPEMENT POUR LES 1er,  3è, 4è ET 5è CORPS.

 

AU PRINCE DE NEUCHATEL,

MAJOR GÉNÉRAL DE LA GRANDE ARMÉE.

 

Saint‑Cloud, 24 mars 1808.

 

Mon Cousin, donnez l’ordre aux maréchaux Victor, Soult, Davout et Mortier de se préparer, au premier ordre qu’ils recevront, à faire camper leurs corps par divisions, et de vous faire connaître le lieu où sera tracé le camp de chaque division, en vous en envoyant le croquis, afin qu’à la réception de leurs projets j’en ordonne la mise à exécution. On ne doit point camper sans mon ordre ; mais il est pro­bable que je l’enverrai avant le mois de mai ; en attendant, on doit tout préparer. Les trois divisions du 1er corps camperont en Prusse, les trois du 5è corps en Silésie, les quatre du 4è corps entre la Vistule et l’Oder. Une division du 3è corps campera du côté de Kustrin, et les deux autres en arrière de Varsovie. Vous direz dans votre lettre un mot qui fasse comprendre à ces maréchaux l’avantage qu’il y a de tenir pendant quatre mois les troupes campées ; la discipline, l’instruction, la santé du soldat, tout y gagne. En vous envoyant leurs projets de campement, ils vous feront connaître le jour où ils pense­ront que les troupes pourront commencer à camper.

 

NAPOLÉON.

 

D’après la copie. Dépôt de la guerre.

 

 

999.   - OBSERVATIONS RELATIVES A LA SITUATION DES ÉQUIPAGES MILITAIRES DE LA GRANDE ARMÉE.

 

AU GÉNÉRAL DEJEAN,

MINISTRE DIRECTEUR DE L’ADMINISTRATION DE LA GUERRE.

 

Saint‑Cloud, 26 mars 1808.

 

Monsieur Dejean, je vous envoie tous les rapports qu’on me remet sur la situation des équipages mili­taires de la Grande Armée. J’ai là huit bataillons qui, à 140 voitures par bataillon, font 1,120 voi­tures. Si ces 1,120 voitures étaient bien attelées, bien organisées, et que ce fût surtout de bonnes voitures, elles seraient d’une ressource immense pour l’armée. Mais une grande partie de ces voi­tures manque, une autre partie n’est pas couverte, beaucoup de chevaux sont hors de service, beaucoup d’hommes n’ont point d’armes, etc. Le sieur The­venin dit, dans son rapport, qu’une grande quantité de caissons est en construction à Berlin, à Varsovie, à Magdeburg ; il y a longtemps que j’entends dire cela. J’ai dépensé beaucoup d’argent, et je n’ai rien. Des chevaux, des harnais, des voitures, des armes, on peut se procurer de tout cela en Allemagne. La seule chose qui pouvait réellement manquer, ce sont des hommes ; il paraît qu’il y en a aujourd’hui suffisamment. Quant à l’armement, je désire que les officiers, le major inspecteur lui‑même, soient armés d’une carabine ou mousqueton, d’une paire de pistolets dans les fontes et d’un sabre ; que les maréchaux des logis et les brigadiers aient le même armement, de sorte que les officiers et sous‑officiers puissent, en cas d’événement, se réunir, éloigner quelques Cosaques ou hussards, et surtout faire face à quelques voleurs. Les soldats auront une carabine, un baudrier et un sabre. Il y aura un soldat pour deux chevaux ; chaque soldat aura sa carabine, et dans le temps d’exercice on les exercera à charger, à tirer, à tenir leurs armes propres et à faire les évolutions les plus nécessaires. Par ce moyen, les soldats des équipages, en renfermant leurs convois dans une maison ou dans un enclos, pourraient faire le coup de fusil. Je vous prie de correspondre avec le sieur Daru pour que ces équipages soient mis promptement dans le meilleur état. L’avenir est incertain, et, quand on a une armée, il faut maintenir en bonne situation. Si, après la bataille d’Austerlitz, on eût réorganisé les équipages, cela eût été d’un bien incalculable pour la guerre qui a suivie.

 

Faites‑moi connaître les caissons que les corps sont tenus de se procurer, ceux qui ont reçu de l’argent pour cet objet, et ce qu’ils ont aujourd’hui.

 

Pourquoi le 7è et le 8è bataillon des équipages, qui ont été formés en France, ont‑ils de si horribles chevaux ? Ce sont tous des chevaux de réforme. Qui est‑ce qui les a fournis ? Est‑ce la compagnie Breidt, ou sont‑ce des marchés que vous avez passés ?

 

NAPOLÉON.

 

D’après la copie. Dépôt de la guerre.

 

 

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