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Histoire Militaire et Stratégie
Correspondance de Napoléon
RIHM
 

 

 

Correspondance militaire
de Napoléon Ier

Extraite de la correspondance générale et publiée

Par ordre du ministère de la guerre

Tome cinquième

Paris - 1876

  

 

1000. ‑ INSTRUCTIONS SUR LA RÉPARTITION DES BATAILLONS DES ÉQUIPAGES ENTRE LES CORPS DE LA GRANDE ARMÉE.

 

A M. DARU, INTENDANT GÉNÉRAL DE LA GRANDE ARMÉE.

 

Saint‑Cloud, 21 mars 1808.

 

Monsieur Daru, le major général m’a remis un rapport du sieur Thévenin, en date du 27 février, qui ne me fait pas connaître la situation réelle de mes équipages. Il y a des voitures qui manquent, d’autres qui ne sont pas couvertes, d’autres en mau­vais état. Vous verrez par un décret que j’ai pris quel armement je donne aux bataillons. Vous leur ferez sur‑le‑champ fournir des carabines de mes ma­gasins, et vous consulterez le général Bourcier sur la manière la plus commode de porter les carabines. Peut‑être serait‑il plus avantageux qu’elles pussent se porter comme celles des chasseurs, car je ne vois pas pourquoi les conducteurs d’un convoi, pouvant détacher leurs porteurs, ne se réuniraient pas à l’es­corte pour défendre leurs voitures. Il sera nécessaire de les exercer aux manœuvres essentielles de l’infanterie, comme à charger leurs armes, à tirer, et surtout à marcher à pied, afin qu’ils puissent garder leurs convois. Il en résultera un grand avantage pour la sûreté des convois, et de l’honneur pour le corps, qui se trouvera assimilé au train de l’artillerie et à l’armée. Les officiers, même le major inspecteur, peuvent porter la carabine pour donner l’exemple. Je suppose que vous leur avez donné un uniforme général, avec une distinction sur le bouton.

 

Je désire que les bataillons ne soient point dépla­cés sans mon ordre. Le 7è était autrefois à Varsovie ; aujourd’hui, c’est le 2è. Mettez de côté les harnais et les voitures qui ne valent rien, et occupez‑vous de la réorganisation de ces équipages sans faire trop d’éclat. Je vous rends responsable, si vous n’avez pas an mois de mai huit fois 140 voitures, c’est‑à‑dire 1,120, très‑bonnes, avec les chevaux harnachés et pouvant faire leur service. Les corps d’armée sont composés de trois et de deux divisions. Il faut attacher aux corps à trois divisions un bataillon. Une compagnie sera affectée à chaque division, et la 4è compagnie sera à la disposition de l’ordonnateur et de l’état‑major. Chaque compagnie d’équipages est, je crois, de trente caissons, indépendamment de la prolonge et de la forge ; ainsi chaque compagnie pourrait porter trois jours de pain complets, qui, en campagne, peuvent servir quatre et cinq jours. Ajoutez à cela les caissons des corps de la di­vision, qui pourraient en porter pour un jour. Cet état serait satisfaisant. Les corps d’armée à deux divisions, tels que le 5è et le 6è corps, auraient trois compagnies, dont une attachée à chaque division et une à l’état‑major ; la 4è compagnie restera au bataillon. Voici donc comme je conçois la destina­tion des huit bataillons : 1er corps, un bataillon, puisqu’il a trois divisions ; 3è corps, un bataillon ; 4è corps, un bataillon ; 5è corps, trois compagnies ; 6è corps, trois compagnies ; corps du prince de Ponte‑Corvo, trois compagnies. Cela serait donc le fond de six bataillons. Il resterait pour le quartier général deux bataillons entiers et trois compagnies des bataillons qui ne fourniraient que trois compagnies, ou plus de quatre cents caissons. Proposez­-moi donc une répartition conforme à ces bases : un bataillon aux corps à trois divisions; trois compa­gnies aux corps à deux divisions, et une compagnie au quartier général. Vous pouvez laisser les 4è et 5è bataillons en Silésie ; il y aurait six compagnies aux corps d’armée et deux au quartier général. Mon intention est que ces caissons soient employés uni­quement à porter du pain. Pour porter l’avoine, la paille, le foin, les selles, les hommes écloppés, la cavalerie a plus de moyens que l’infanterie ; ainsi il est inutile d’y penser. Aucun bagage des officiers ni des généraux ne doit être souffert sur ces voitures. Les officiers des équipages en sont respon­sables, et le major général doit être prévenu s’il y a des ordres à donner à ce sujet, pour qu’il puisse les donner.

 

Pour les ambulances, j’avais prescrit que les corps devaient se les procurer, et j’avais mis à leur dis­position des fonds pour cette dépense. Je n’ai point présent à l’esprit ce que j’ai ordonné là‑dessus ; mais il me semble que chaque bataillon doit avoir son caisson. Les régiments ont‑ils le nombre des caissons qu’ils doivent avoir ? S’ils ne les ont pas, quel en est le motif ? C’est à vous d’écrire aux com­mandants et d’exiger que cela soit. S’ils ont touché l’argent, ils doivent avoir leurs caissons ; s’ils ne l’ont pas touché, il faut le leur faire toucher. Je suppose que l’armée, si tout est organisé comme il doit l’être, doit avoir 200 caissons de corps ; il est possible que les caissons des corps destinés aux am­bulances et aux emmagasinements ne suffisent pas, et qu’il en faille quatre ou six pour porter les effets de la division. En ce cas, il faut le faire connaître pour avoir le nombre de caissons qui est nécessaire pour porter le pain.

 

J’attends un rapport de vous sur cela, pour faire exécuter les règlements. Il faut aussi que les ordon­nateurs et employés aient leurs caissons ; c’est leur affaire.

 

NAPOLÉON.

 

D’après la copie. Dépôt de la guerre.

 

 

1001. ‑ INTENTIONS MANIFESTÉES DE PORTER L’ARMÉE D’ITALIE AU CHIFFRE DE 120,000 HOMMES.

 

A EUGÈNE NAPOLÉON, VICE‑ROI D’ITALIE.

 

Saint‑Cloud, 29 mars 1808.

 

Mon Fils, dans la situation actuelle de l’Europe, il faut toujours se tenir en mesure et ne point perdre de vue que, d’un moment à l’autre, on peut avoir besoin de courir aux armes. Cette circonstance m’a porté, à appeler la circonscription de cette année, qui se lève en ce moment, et qui sera rendue sous les drapeaux au mois de mai. Vos cadres en rece­vront une augmentation considérable, qui les com­plétera. Voici l’augmentation que je donnerai à mon armée d’Italie, si jamais elle est dans le cas d’agir.

 

Le corps du Frioul composerait deux divisions de 12 bataillons chacune. Les 8 bataillons de Vérone et quatre autres bataillons, qui lui seraient fournis par le Piémont, formeraient la troisième division.

 

Les 8 bataillons de Toscane, qui seraient portés à 12 par 4 bataillons que lui fournirait également le Piémont, composeraient la quatrième division. La cinquième division serait formée de huit 4es batail­lons de l’armée de Dalmatie et de quatre 4es bataillons de Naples. La sixième division serait formée de huit autres 4es bataillons de l’armée de Naples et de quatre bataillons que je retirerais de la même armée de Naples. Vous auriez donc six divisions formant 72 bataillons qui, à 840 hommes chacun, forme­raient un effectif de 60,000 hommes. Les 4 régi­ments de dragons et les 3 régiments de chasseurs et de hussards qui sont en Italie seraient augmentés de 3 régiments de chasseurs tirés de l’armée de Naples, et présenteraient une force de 9,000 hom­mes à cheval. Chaque division d’infanterie aurait 12 pièces de canon attelées, ce qui ferait 72 pièces de canon. Chaque régiment de cavalerie aurait 2 pièces, ce qui ferait 92, et 6 pièces au parc, ce qui ferait une artillerie de 98 pièces de canon. Les sapeurs, le train, les canonniers, composeraient environ 4,000 hommes et porteraient votre armée à 72 ou 74,000 Français.

 

L’armée de Dalmatie, qui a un effectif de 26,000 hommes, compléterait votre effectif à 100,000 hommes de troupes françaises. Les trou­pes italiennes composeraient deux divisions de 18,000 hommes d’infanterie et 2,500 chevaux, de 1,500 hommes d’artillerie ; ce qui fera 22 à 24,000 hommes et complétera votre armée à plus de 120,000 hommes effectifs. L’armée italienne aura 36 pièces de canon attelées. Ainsi, sans affaiblir ma Grande Armée ni mes armées d’Espagne, vous pourrez entrer en campagne avec 120,000 hommes effectifs, c’est‑à‑dire 100,000 hommes présents, ce qui fera la plus belle armée qu’on ait vue en Italie.

 

J’ai déjà ordonné que les deux divisions du Frioul campassent cet été, l’une à Udine et l’autre à Osoppo ; que celle de Vérone campât à Montechiaro ; que les huit bataillons de l’armée de Dalmatie se réunissent à Trévise et à Padoue. Il faudrait réunir les douze 4es bataillons de l’armée de Naples à Rome et à Ancône. Proposez‑moi les mouvements à faire pour cet objet et les dispositions à prendre pour la réunion de l’armée que je viens de vous in­diquer, si cela était nécessaire. Vous ne devez en­voyer aux nouveaux dépôts que les cadres des dépôts, et n’envoyer avec eux ni armes, ni draps, ni fonds de magasins ; sauf aux majors d’envoyer les conscrits joindre les 4es bataillons, où ils trouve­ront des armes et des habits. J’ai donné ordre cependant que les dépôts qui n’auraient pas reçu leurs draps les reçussent aux nouveaux emplace­ments de dépôt ; pour ceux qui n’auraient qu’une partie au dépôt actuel et qui auraient à en recevoir une autre partie, il faut faire diviser les ouvriers.

 

NAPOLÉON.

 

D’après la copie comm. par S. A. I. Mme la duchesse de Leuchtenherg.

 

 

1002. ‑ INSTRUCTIONS SUR L’ADMINISTRATION DE LA GRANDE ARMÉE.

 

A M. DARU, INTENDANT GÉNÉRAL DE LA GRANDE ARMÉE.

 

Saint‑Coud, 31 mars 1808.

 

Monsieur Daru, je ne conçois pas que la conven­tion passée le 1er  mars avec le roi de Westphalie ne soit pas encore parvenue aux relations extérieures.

 

Il est inutile d’acheter des chevaux ; la levée n’est pas assez pressée pour cela ; en la faisant doucement et insensiblement, on arrivera à mon but.

 

Je vous ai fait connaître que mon intention était que les onze cents voitures qui sont à la Grande Ar­mée fussent mises en état, neuves ou mises à neuf, attelées de quatre chevaux, avec un charretier pour deux chevaux, et de bons harnais. Je crois vous avoir dit également que j’entendais que les corps eussent leurs caissons d’ambulance, comme je l’ai ordonné avant la dernière campagne, et que les généraux, les ordonnateurs, pas même le major inspecteur, ne disposassent d’aucun de ces caissons. La quantité de chevaux que vous avez donnée à l’artillerie sur les 8,000 que vous avez requis me paraît suffisante, pourvu que l’artillerie la reçoive exactement.

 

Faites‑moi passer la situation de mes magasins au 1er mai. Vous n’avez pas sans doute trop désappro­visionné Varsovie et Danzig.

 

Il ne faudrait pas conclure de ces préparatifs que j’aie la moindre inquiétude sur la durée de la paix ; mais l’expérience du passé doit servir de règle puisqu’on a une armée, il ne faut pas, pour écono­miser deux ou trois millions, la laisser se désorga­niser.

 

Faites en sorte que tous les corps aient leurs ca­potes, leurs souliers et leur habillement en bon état. Avant la fin de l’été, ils seront considérablement renforcés ; il n’y aura aucune compagnie qui ne soit à 140 hommes. Faites en sorte que les soldats aient leurs marmites et leurs effets de campement, parce que du 1er au 30 mai je vais faire camper toute l’ar­mée par divisions. Cette manière de passer l’été est la plus favorable pour la santé, l’instruction et la discipline des troupes. Entendez‑vous avec les généraux Bourcier et Songis pour que l’artillerie et la cavalerie ne manquent de rien.

 

NAPOLÉON.

 

P. S. Faites passer cette lettre[1] au général Cau­laincourt par un courrier extraordinaire.

 

D’après la copie comm. par M. le comte Daru.

 

 

1003. ‑ EMPLACEMENTS A ASSIGNER AUX TROUPES DE L’ARMÉE D’ESPAGNE.

 

AU GRAND‑DUC DE BERG,

LIEUTENANT DE L’EMPEREUR EN ESPAGNE, A MADRID.

 

Saint‑Cloud, 1er avril 1808

 

Je reçois votre lettre du 25 mars. Je serai le 4 avril à Bordeaux, probablement le 6 à Bayonne. Je vous ai écrit hier. Je vois avec plaisir, par votre lettre du 25, que la tranquillité régnait à Madrid, que le prince de la Paix n’aura point de mal. Il convien­drait que vous pussiez l’envoyer à Bayonne. Quand vous feriez semblant de l’envoyer comme prison­nier, c’est égal ; le principal est qu’il sorte d’Es­pagne.

 

Je vois avec plaisir que vous ayez fait occuper Aranjuez ; mais il faut l’occuper en force. Le maré­chal Bessières est actuellement suffisamment fort pour la Galice. Appelez à vous tout le corps du gé­néral Dupont. Le général Dupont peut porter son quartier général et son parc à Tolède. Il se trouvera là en position d’avant‑garde, sur le chemin de Cadix et de Badajoz ; il peut avoir là avec lui une de ses divisions. Placez la 2è à Aranjuez et la 3è à l’Escurial.

 

Ma Garde doit être en marche depuis longtemps sur Madrid. Je suppose qu’elle sera arrivée avant le 10 avril. Mes chevaux, les détachements de ma Maison, de ma Bouche, doivent être également partis pour Madrid. Il faut placer tout cela où je dois loger. Je ne sais pas si le Prado, qui est une maison de campagne du roi d’Espagne, est assez grand pour moi ; s’il n’est pas assez grand, peut­-être serait‑il convenable que j’allasse à l’Escurial.

 

Ainsi donc gardez les trois divisions de Moncey à Madrid. Je désire qu’elles soient campées, et qu’elles complètent tous les jours leur instruction. Placez le quartier général du général Dupont à Tolède ; gar­dez les cuirassiers avec vous à Madrid, et donnez au général Dupont un régiment de dragons et un de hussards ; cela, avec sa 1re division et douze ou dix-­huit pièces d’artillerie, fera plus de 8,000 hommes. Il sera ainsi à même d’éclairer la route de Cadix et de Badajoz. La 2è division du général Dupont sera à Aranjuez ou à Madrid même, avec les trois divisions du maréchal Moncey ; la 3è, à l’Escurial ; ma Garde à pied et à cheval, au lieu où je dois loger ; au Prado, si cela est possible ; à l’Escurial, si le Prado n’est pas logeable ; enfin dans une maison de campagne près Madrid. Il faut cependant que ce soit une maison royale ou une maison de prince. Enfin je m’en rapporte pour mon logement à ce que vous ferez. Il suffit que ma Garde se trouve où je dois loger, et que, si je vais à Madrid, je puisse sortir sans traverser toute la ville.

 

D’après la minute. Archives de l’Empire.

 

 

1004. - OBSERVATIONS AU SUJET D’UNE REVUE D’UN RÉGIMENT PROVISOIRE SE RENDANT EN ESPAGNE.

 

AU GÉNÉRAL CLARRE, MINISTRE DE LA GUERRE.

 

Barbezieux, 4 avril 1808.

 

Monsieur le Général Clarke, j’ai passé, en route, la revue du bataillon du 13è léger et du 72è, faisant partie du 14è provisoire. J’ai observé qu’il n’y avait que trois ou quatre officiers pour chacun de ces ba­taillons, tandis qu’il devrait y en avoir quatorze. J’en ai demandé la raison, et l’on m’a dit qu’il y avait de vieux officiers qui restaient au dépôt et ne mar­chaient pas ; faites‑en passer la revue de rigueur et donnez‑leur leur retraite. Mon armée ne doit pas être l’armée prussienne. Il n’y avait pas de chefs de bataillon ; il est vrai qu’ils étaient commandés par deux excellents capitaines que j’ai nommés sur‑le-­champ chefs de bataillon. Berthier vous enverra la nomination de ces deux chefs de bataillon, pour que vous les fassiez compter au corps.

 

J’aurai besoin de beaucoup d’officiers en Espagne. D’après ce que j’ai vu et ce que l’on m’a dit, le plus court est de commencer par en faire. Vous ferez partir, en conséquence, vingt‑quatre heures après la réception de cette lettre, par la diligence pour Bayonne, et de manière à être arrivés à Bayonne du 13 au 15 : 1° 25 vélites de ma Garde, pris dans les chasseurs à pied, et 25 vélites grenadiers ; ces 50 vé­lites devront être pris parmi les plus instruits, les plus âgés et les plus forts, et qui se soient trouvés ou à la campagne d’Austerlitz ou à celle de Pologne ; 2° 15 sergents, caporaux ou soldats, tirés des gre­nadiers, et 15 tirés des chasseurs de ma Garde, pris parmi les vieux soldats, lettrés, vigoureux, et dans le cas d’être faits officiers. Vous donnerez à ces 80 individus leurs frais de poste jusqu’à Bayonne, leur gratification d’entrée en campagne ; vous les ferez partir et vous en enverrez l’état au major gé­néral. Arrivés à Bayonne, je les placerai dans diffé­rents régiments. Vous aurez soin de les munir, avant de partir, de leur hausse‑col, épée et épaulettes.

 

Vous en nommerez également 5 dans les vélites des chasseurs à cheval, 5 dans les grenadiers à cheval et 5 dans les dragons ; vous en nommerez 10 parmi les grenadiers et 10 parmi les chasseurs, en prenant ces 35 hommes parmi les anciens soldats capables, pour leur intelligence, d’être officiers. Ce sera 35 offi­ciers que me fournira ma Garde à cheval. Vous ferez prendre aux grenadiers l’uniforme de cuirassiers, et aux chasseurs l'uniforme de chasseurs et de hussards, aux dragons l’uniforme de dragons. Ces 35 of­ficiers se rendront également à Bayonne. Ce sera un secours de 115 officiers pour l’armée. Je vous re­commande de faire donner la retraite à tous ceux qui n’auront point marché.

 

J’ai remarqué dans les bataillons que j’ai vus, et l’on m’assure que cela commun à tous, que le dépôt avait gardé la masse de linge et de chaussure ; de sorte que, me faisant présenter les livrets de chaque homme, j’ai vu qu’il manquait 12 francs, 6 francs, 8 francs. Les commandants disaient que cet argent était à la caisse à Anvers. Ordonnez que les états des sommes appartenant à la masse de linge et de chaus­sure des dépôts qui ont des détachements aux corps qui sont en Espagne soient envoyés à ces détache­ments. A cet effet, l’inspecteur portera au compte des dépôts, sur les premières sommes qu’il livrera, tout ce qu’ils auraient à ce titre. Le payeur, en Espagne, payera à chaque compagnie ce qui lui revient de ladite masse. Ces états seront comparés, dans vos bureaux, pour s'assurer qu’ils sont les mêmes et que le trésor n’y perd rien. Donnez les ordres les plus immédiats sur cet objet.

 

J’ai remarqué également que les détachements étaient mal habillés. Le 13è a 300 hommes qui n’ont que des capotes et pas d’habits. Ce serait une folie que de leur en faire donner. Il faudrait que le mi­nistre Dejean écrivît au corps pour savoir pourquoi l’on n’a pas habillé les conscrits, puisqu’on a touché la première mise.

 

Ayez soin que de la Garde, tant à pied qu’à che­val, on n’envoie que des hommes qui soient utiles, et qui lui fassent honneur. Faites‑moi connaître éga­lement si l’on ne pourrait pas envoyer de Saint‑Cyr une douzaine de jeunes gens, pour en faire des ser­gents‑majors et des fourriers, et de l’École polytech­nique 15 ou 20. Mais il faudrait s’assurer avant s’ils savent commander ; s’ils ne le savent pas, qu’ils l’apprennent avant d’être employés ; autrement ils ne seraient d’aucune utilité aux corps. Envoyez égale­ment 50 tambours et 20 trompettes. Il y a aux Inva­lides une école de tambours, et à Versailles une école de trompettes ; si ces écoles ne pouvaient en­voyer ce nombre, qu’elles envoient ce qu’elles pour­ront. Vous pouvez charger ces enfants, avec leurs caisses et leurs trompettes, sur trois ou quatre vélo­cifères pour Bayonne. Envoyez au major général l’état nominatif de tout cela et le jour où cela doit arriver à Bayonne.

 

S’il y avait, parmi les officiers en réforme, 30 ca­pitaines, 8 ou 10 chefs de bataillon, quelques colonels de quelque valeur, vous pourriez les tirer de la réforme et les diriger sur Bayonne, où je trouverai moyen de les employer.

 

D’après la minute. Archives de l’Empire.

 

 

1005. ‑ INSTRUCTIONS AU PRINCE MURAT, AU SUJET DE L’ADMINISTRATION ET DE L’INSTRUCTION DES TROUPES.

 

AU GRAND DUC DE BERG,

LIEUTENANT DE L’EMPEREUR EN ESPAGNE, A MADRID.

 

Bordeaux, 6 avril 1808.

 

Je reçois votre lettre du 31 mars. Le général Bel­liard envoie au prince de Neuchâtel un état qui est plein d’erreurs. Il porte 3,300 chevaux au corps de la Gironde, comme il ne porte à la division des Py­rénées occidentales que 12,000 hommes ; il n’y porte pas le général Verdier. Je ne songe pas à convertir les régiments provisoires en régiments définitifs. Chaque régiment provisoire est composé de quatre bataillons à quatre compagnies ; ces quatre compagnies sont toutes d’un même régiment. Je crois qu’il y a que quatre bataillons qui aient leurs compa­gnies formées de deux régiments différents, ce qui est une exception. Par la nouvelle organisation que j’ai donnée à l’armée, les bataillons sont composés de six compagnies, et presque toutes les quatre com­pagnies qui sont aux régiments provisoires feront partie des 4es bataillons. Aussitôt que les dépôts pourront le faire, ils expédieront les deux compa­gnies de grenadiers et de voltigeurs, et alors les ré­giments provisoires seront composés de quatre ba­taillons, chaque bataillon fort de six compagnies et ayant un effectif de 840 hommes. Dans tous les temps, dans l’organisation militaire, un bataillon a été détaché ; ainsi, si toutes les fois que cela arrive, on devait culbuter l’organisation, où en serions‑nous ? D’ailleurs les dépôts fourniront aux régiments, au lieu qu’ils n’auraient pas de dépôts d’où je puisse diriger sur les armées d’Espagne et sur la Grande Armée.

 

Chaque bataillon doit être commandé par un chef de bataillon. Je sais qu’il en manque beaucoup ; mais, quand je serai à l’armée, les bons capitaines, je les ferai chefs de bataillon. Je sais qu’il manque beau­coup d’officiers. J’en ai fait venir cent, tirés des vélites de ma Garde, qui ne tarderont pas à se rendre à Madrid, et seront placés dans les régiments. Vous pouvez demander au général Lepic vingt vélites ou vieux soldats, capables d’être faits sous‑lieutenants, pris dans les bataillons de ma Garde qui vont arri­ver le 6 à Madrid. Vous en enverrez l’état au major général, ainsi que des corps où ils seront attachés, en les donnant aux corps qui en ont le plus besoin. Je suppose que chaque régiment provisoire a un guidon en forme de drapeau. S’ils n’en ont pas, faites‑en faire. Un simple guidon, comme les gre­nadiers en avaient, est suffisant. Ayez bien soin de recommander que, dans la manœuvre, chaque com­pagnie forme une division, et chaque demi-compagnie un peloton. Il faut le mettre à l’ordre, le dire et le redire, afin que les officiers le comprennent bien ; dire que, dans l’organisation des bataillons à quatre compagnies, une compagnie forme toujours une division.

 

Vous devez avoir des souliers. Dites à l’intendant général d’en écrire au major général, et de lui faire connaître la quantité que le maréchal Moncey a fait faire, celle que le ministre Dejean a envoyée, et celle distribuée. J’ai donné, je crois, une gratifica­tion de souliers. Les corps doivent en sus s’en four­nir sur la masse de linge et de chaussure. Ils peuvent s’en faire faire à Madrid, car, enfin, on porte des souliers en Espagne.

 

J’ai donné une gratification à la masse de linge et de chaussure. Il faut mettre tout cela en règle. Les corps, à ce qu’il paraît, n’ont point emporté de leur régiment la masse de linge et de chaussure ; ils ont porté leurs livrets ; mais on a laissé la caisse au régiment. Je viens d’ordonner qu’à Paris on fasse la retenue de cette masse aux conseils d’administration des régiments, et qu’en même temps on réintègre les mêmes sommes dans les compagnies des régiments provisoires. Vous pouvez faire exécuter cette disposition sans délai, et ordonner qu’un relevé soit fait des livrets, par compagnie, qui constate ce que chaque indi­vidu a dans la masse de linge et de chaussure. L’intendant général arrêtera l’état définitif, qui sera envoyé à la guerre. Le payeur enverra ce même état au trésor public. Cela mettra quelque aisance dans la masse de linge et de chaussure.

 

Il est nécessaire que l’administration des régi­ments reste séparée par bataillon, puisque c’est le moyen le plus simple de la rattacher à l’administra­tion générale du corps. Les majors peuvent avoir la surveillance sur les quatre bataillons des régiments.

 

Je suppose que les troupes s’exercent deux ou trois fois par jour ; qu’on fait faire l’exercice à feu et tirer à la cible. Si l’on tire à la cible, il ne faut pas le faire en public, mais de bonne heure et sans qu’il y ait d’Espagnols.

 

Tous les caissons d’infanterie qui étaient destinés au corps du maréchal Moncey doivent être partis. Le général Dupont doit en avoir beaucoup, de manière que vous devez être muni de cartouches d’infanterie. Comme vous le dites, le parti que vous prenez d’en faire faire est le meilleur. Les soldats doivent, indépendamment de ce qu’ils ont dans le sac, avoir leurs cinquante cartouches ; je suppose que le général la Riboisière s’occupe sérieusement de cet objet. Il faut avoir un dépôt de cartouches à Burgos, à Aranda, à Vitoria, à Pampelune, à Saint­-Sébastien ; Pampelune doit vous en fournir. Faites-vous remettre par le général la Riboisière un mé­moire qui fasse connaître votre situation dans cette partie. J’avais ordonné la réunion de cent voitures à Bayonne ; cela devrait être prêt à présent. Il y a dans le nombre beaucoup de caissons d’infanterie.

 

D’après la minute. Archives de l’Empire.

 

 

1006. ‑ ORGANISATION DE L’ARTILLERIE DE LA GRANDE ARMÉE.

 

AU PRINCE DE NEUCHATEL,

MAJOR GÉNÉRAL DE LA GRANDE ARMÉE.

 

Bordeaux, 7 avril 1808.

 

Mon Cousin, j’approuve l’organisation de l’artillerie que le général Songis présente dans son rap­port du 5 mars, avec les changements suivants. Dix obusiers sont de trop pour le 1er corps ; huit suffi­sent. On portera alors au parc six pièces de 6, au lieu de quatre. Six pièces ne suffisent pas au 3è corps. Quoique ce corps ne soit composé que de trois divi­sions, il y a cependant un plus grand nombre de régiments que dans les autres divisions. Je pense donc qu’il faut porter au parc quatre pièces de plus, ce qui ferait dix pièces au lieu de six ; des pièces peuvent être détachées avec les régiments qui seraient extraits des divisions. Cela porterait le nombre de pièces du 3è corps à cinquante‑deux. La réserve du 4è corps n’est pas suffisante à six pièces, il faut également l’augmenter de quatre ; ce qui porterait le nombre des pièces de ce corps à soixante­-quatre. La réserve du 5è corps est trop forte à six pièces, quatre suffisent ; ce qui fera monter le nom­bre des pièces de ce corps à trente‑quatre. Même observation pour le 6è corps. Le total des pièces nécessaires serait donc de trois cent quatre, au lieu de trois cents. Il faut avoir, indépendamment de cela, au parc général, seize pièces; ce qui ferait trois cent vingt pièces de canon. Je pense que le général Songis doit se procurer ces trois cent vingt pièces sans délai, et qu’il en a les moyens avec la quantité du personnel du train qu’il a ; qu’il doit supprimer tout ce qui serait luxe de parc inutile, et recruter avec activité les chevaux. Il y a une partie de l’approvisionnement qu’on se procurerait plus tard, qui, nécessairement, serait traîné de Küstrin, de Stettin, de Varsovie, par réquisitions ou par des moyens de transport qu’on trouvera alors. Cet équi­page serait composé de trente‑six pièces de 12, de deux cent dix de 3, de 4, de 6 et de 8, et de soixante et douze obusiers. Ce qui fait, pour un approvisionnement complet, 630 caissons, 320 piè­ces, 150 forges, caissons de parc, prolonges, affûts de rechange, c’est‑à‑dire 1,100 attelages, 600 cais­sons d’infanterie, en tout 1,700 attelages, et, pour un approvisionnement et demi, 945 caissons, 320 pièces, 150 forges, caissons de parc, etc., c’est‑à‑dire 1,415 voitures et 600 caissons d’infanterie, en tout 2,015 attelages, qui, à 5 chevaux l’un portant l’au­tre, en comprenant les voitures qui doivent être attelées de 6 chevaux, ne forment que 10,000 chevaux. Or vous en avez 13,000 : il reste donc 3,000 chevaux pour le parc et pour les autres besoins. Ces 3,000 chevaux peuvent atteler 600 cais­sons (c’est‑à‑dire porter, comme parc général, un demi‑approvisionnement de toute l’artillerie), 100 caissons de parc, forges, prolonges, etc., et 200 caissons d’infanterie. Vous devez observer au général Songis que l’artillerie, telle qu’il l’organise, coûte trop de chevaux d’attelage, et qu’il faut que les effets soient proportionnés aux moyens.

 

NAPOLÉON.

 

D’après la copie. Dépôt de la guerre.

 

 

1007. ‑ INSTRUCTIONS SUR LES APPROVISIONNEMENTS DE VIVRES ET DE CARTOUCHES, SUR LA MARCHE DES CONVOIS, ETC.

 

A JOACHIM, GRAND‑DUC DE BERG,

LIEUTENANT DE L’EMPEREUR EN Espagne, A MADRID.

 

Bayonne, 15 avril 1808.

 

Je reçois votre lettre du 11 avril à onze heures du soir. Le général Reille doit être arrivé. Le prince des Asturies était le 14 à Vitoria. Monthion, que je vous ai expédié, l’ayant rencontré, l’a vu ; il était douteux s’il se rendrait ou non à Tolosa. Ce­pendant il devait s’y rendre samedi. Laissez à Bes­sières les fusiliers de la Garde. Reposez bien vos troupes. Demain je vous expédierai un officier. Savary est ici depuis hier.

 

La division du général Lasalle, ayant plusieurs régiments de très‑belle cavalerie, va arriver ici. Vous connaissez mes intentions ; elles sont immua­bles. Il est inutile que j’entre dans d’autres détails.

 

Je vois avec plaisir qu’à mon arrivée il n’y aura plus de gale, que les différents détachements seront réunis, et que vous aurez vos vivres assurés pour deux mois.

 

J’ai ici 100 caissons chargés de munitions à canon et d’infanterie ; le les ferai escorter par la division Lasalle et 4,000 hommes d’infanterie.

 

J’ai ici réunis 500 mulets embrigadés ; on va les charger de cartouches, et les faire partir à fur et mesure.

 

Il paraît que vous avez à Madrid beaucoup de fusils ; vous devez vous en servir pour armer vos troupes, ainsi que des munitions que vous avez à Ségovie.

 

Il faut que vous teniez en règle votre magasin de deux millions de cartouches à Madrid, afin que vous puissiez en distribuer cinquante à chaque homme.

 

S’il y avait des mouvements en Espagne, ils res­sembleraient à ceux que nous avons vus en Égypte. Ainsi donc il faut tenir vos troupes réunies, et faire marcher les convois en grande force.

 

Je vous ai fait connaître que les points importants étaient Aranda, Buitrago, où il fallait avoir des magasins de cartouches et de vivres.

 

J’ai appris avec plaisir que les officiers se tenaient resserrés dans les mêmes quartiers et bien en me­sure. Tenez la main à ce qu’aucun homme isolé ne marche, et réitérez l’ordre à Aranda qu’on les retienne tous et qu’on ne les fasse marcher que par colonne de 500 hommes. Vous ne sauriez trop veiller à cela.

 

D’après la minute. Archives de l’Empire.

 

 

1008. ‑ NOTES CONCERNANT LES MESURES A PRENDRE POUR LA GARDE DE LA ROUTE DE MADRID A BAYONNE.

 

POUR LE PRINCE DE NEUCHATEL, MAJOR GÉNÉRAL DE LA GRANDE ARMÉE, A BAYONNE.

 

Bayonne, 16 avril 1808.

 

Demander un mémoire sur les trois provinces de la Biscaye. Quel est le capitaine général ? où se tient‑il ? Quels sont les commandants sous ses ordres ? où se tiennent‑ils ? Quel est l’organisation civile de ce pays ? Où est l’intendant général ? quel est‑il ? Ses subdélégués ? où se tiennent‑ils ? L’or­ganisation des états ? où s’assemblent‑ils ? leur nombre ? Lorsqu’ils ne sont pas réunis, qui les repré­sente ? Où se tient la députation ?

 

Recommander au général Verdier de ne point laisser isolé aucun détachement, infanterie ou cava­lerie ; de s’organiser bien fortement à Vitoria avec sa 1re brigade, d’où pourront, au besoin, partir des colonnes mobiles. Sa 2è brigade viendra prendre de suite position à Hernani, où, au besoin, elle pourra être renforcée d’une partie de la garnison de Saint­Sébastien. Il laissera seulement au poste un gen­darme et deux hommes de cavalerie sous la respon­sabilité de l’alcade, pour lui prêter main‑forte ainsi qu’aux maîtres de poste, et avoir la police des hommes isolés. On fera comprendre au gouverneur général de la province et aux alcades que ces hom­mes ne sont que pour les derrières.

 

A M. le maréchal Bessières : que les seuls points où il doit avoir des Français sont Vitoria, Aranda, Burgos et Hernani ; qu’il placera des détachements avec quinze jours de vivres dans les postes (tels que Pancorbo) à l’abri d’un coup de main ; qu’il concentrera toutes ses troupes ; qu’il retirera les hommes de l’hôpital de Valladolid pour les porter sur ceux de Burgos, Aranda, etc., à l’exception d’une centaine qu’on ne pourrait transporter, et qu’on y laissera sous la responsabilité espagnole ; qu’à Valladolid continuera à rester le commandant de la place avec 12 hommes et un piquet de cavalerie (lui recom­mander les hommes isolés, surtout de la Garde im­périale) ; qu’à Burgos se porteront ceux depuis Vitoria à Burgos ; à Madrid, tout ceux depuis Lerma à Madrid ; que l’Empereur approuve la nomination du général Frère au commandement de la division à Aranda, poste important et qu’il faut garder soi­gneusement. Réunir sous ses ordres les divers ba­taillons de marche. Avoir au moins à Aranda 1,200 hommes d’infanterie, 5 à 600 hommes de cavalerie et quatre pièces de canon de la division Merle.

 

Que le général Verdier continuera à être sous les ordres du maréchal Bessières, mais ayant la police de la province de la Biscaye, composée de Gui­puzcoa, Alava et Biscaye proprement dite ; il n’y a que la seule place de Saint‑Sébastien. Que le gé­néral Verdier prenne connaissance de l’organisation de la province, des hommes en place ou qui ont de l’influence, afin d’agir au besoin en conséquence. Sa 1re brigade à Vitoria ; sa 2è à Hernani, comme il a été dit. Faire connaître ces dispositions au maréchal Bessières.

 

C’est le moyen d’être partout, puisque en deux marches on peut se porter sur tous les points avec des forces imposantes. Point de garnisons ; point de petits paquets. Quant au chemin d’Aranda à Madrid, il y aura le point de Buitrago, où sont des magasins et un hôpital ; le grand‑duc y tiendra 1,000 hommes en infanterie et cavalerie avec deux pièces de canon pour tenir les communications.

 

Les hôpitaux à Saint‑Sébastien, Burgos, Aranda et Vitoria ; aucun homme souffert entre ces points ; les soldats isolés seront sur‑le‑champ dirigés sur le plus près. Rendre les généraux responsables des hommes isolés, les retenir dans les corps et les y mettre en subsistance.

 

Que le maréchal Bessières, les généraux Verdier et Frère se portent sur le pays ou village qui pour­rait s’insurger ou qui aura maltraité des soldats et des courriers ; y faire un grand exemple. Une fois dans une campagne un terrible exemple, comme j’ai fait à Bignasco en Italie, suffira.

 

Le maréchal Bessières jugera s’il ne serait pas à propos de réunir les escadrons provisoires dans les quatre régiments provisoires. Ces escadrons, mal organisés, rendent peu de services, d’autant que 1,000 hommes du général Lasalle arrivent à Bayonne. L’intention de l’Empereur est que le ma­réchal Bessières ait le commandement des trois provinces, Navarre, Biscaye et Vieille‑Castille. Dans la province de la Navarre, il y a le général d’Agoult avec sa brigade ; on tiendra bonne garni­son dans la citadelle de Pampelune, qui, dominant la ville, en rend toujours maître ; dans celle de la Biscaye, le général Thouvenot est chargé de Saint­-Sébastien.

 

Tous les hommes isolés seront retenus à Bayonne. Après trois jours de repos, avec des cartouches et bien armés, ces hommes seront dirigés sur Saint-­Sébastien, de manière à porter les bataillons de la réserve à 1,000 hommes chacun, et avoir une co­lonne mobile, commandée par le colonel Pepin, de 1,200 hommes d’infanterie, 50 hommes de cava­lerie et quatre pièces de canon.

 

A Hernani, la 2è brigade du général Verdier, composée du 3è escadron de marche des cuirassiers, du 13è provisoire d’infanterie et de trois pièces de canon. A la tête de cette colonne sera le général Ducos, qui partira de Bayonne le 18 ; le 17, au soir, le major général prendra là‑dessus mes ordres. Cette brigade sera renforcée du 14è régiment provi­soire (qui doit arriver le 14 à Bayonne, y rester un jour et prendre mes ordres avant le départ), et d’une compagnie de 100 Basques, s’il est pos­sible de la former. Le général Verdier, avec sa 1re brigade et douze pièces de canon, 3 à 400 hommes de cavalerie qui forment à présent les postes dans les relais depuis Irun, se tiendra à Vitoria ; sa 2è brigade, ainsi que la garnison de Saint‑Sébastien, sera spécialement chargée de la­ Biscaye.

 

Enfin M. le maréchal Bessières se tiendra à Bur­gos avec les deux régiments de fusiliers de la Garde, huit pièces de canon de la Garde, la 1re  brigade du général Merle avec huit pièces de cette division, le 1er régiment de marche, la brigade Gaulois. Toute la cavalerie de la Garde, entre Vitoria et Burgos. Enfin le général Frère se tiendra à Lerma avec trois bataillons de marche, différents escadrons de marche et les quatre régiments de marche du général Lagrange. Le maréchal Bessières est maître d’établir les troupes dans ces quatre points, Hernani, Burgos, Aranda et Vitoria ; il n’y aura point de Français ailleurs, à l’exception d’un poste à l’abri d’un coup de main, que l’on pourra occuper. On pourra laisser quelques capitaines ou lieutenants pour commander les points importants, avec ordre de se replier vers la masse en cas d’insurrection générale.

 

On fera connaître à M. le maréchal Bessières et au général Verdier que j’irai en Espagne à la tête de la division Lasalle, composée de quelques milliers d'hommes. On laissera les chevaux aux relais. Dans tous les pays quelconques, en tenant les principales villes ou postes, on les contient facilement, en ayant sous sa main les évêques, les magistrats, les principaux propriétaires, qui sont intéressés à main­tenir l’ordre sous leur responsabilité.

 

Au maréchal Bessières : tenir à Madrid des corps nombreux de la Garde ; c’est là que les événements se passeront. C’est là le centre des Espagnols. Autour de cette capitale se trouvent les grandes plaines.

 

Dépôts de cartouches à Burgos, Aranda, Vitoria et Buitrago, et y faire venir des vivres et du biscuit. 300,000 rations de biscuit à Vitoria, autant à Burgos, Aranda et Buitrago. Ces mesures doivent s’exécuter sous dix jours, par gradation et sans secousses, rien n’est pressé ; mais cependant plus tôt si des insur­rections se manifestaient.

 

D’après la minute. Dépôt de la guerre.

 

 

1009. ‑ INSTRUCTIONS SUR LE ROLE A TENIR ET SUR LES MESURES A PRENDRE.

 

AU MARÉCHAL BESSIÈRES, COMMANDANT DE LA GARDE IMPÉRIALE EN ESPAGNE, ETC., A BURGOS.

 

Bayonne, 16 avril 1808.

 

Mon Cousin, le major général vous aura fait con­naître mes intentions. Je désire que mes troupes soient centralisées dans les quatre points de Her­nani, Vitoria, Burgos et Aranda. J’envoie à Hernani le général Ducos avec le 3è escadron de marche de cavalerie, une brigade de régiments provisoires et six pièces de canon que j’ai fait organiser à Bayonne ; ce qui compose une fort belle brigade, qui sera la seconde de la division Verdier. Il ne sera fait aucun établissement à Hernani ; les hôpitaux et les maga­sins seront établis dans la place de Saint‑Sébastien. Cette brigade du général Ducos sera augmentée, si l’occasion l’exige, d’une colonne mobile tirée de Saint‑Sébastien, que commandera le colonel Pepin. Cette colonne serait de 1,200 hommes et de deux pièces d’artillerie. Le général Verdier avec ses douze pièces d’artillerie, sa 1re brigade et 2 ou 300 chevaux, gardera Vitoria ; il aura le comman­dement de la Biscaye et prendra des mesures pour assurer la tranquillité de cette province. Tous les hommes isolés se rendront à Saint‑Sébastien, pour être mis en subsistance dans les bataillons ; aucun ne passera Vitoria ni Burgos. Recommandez bien aux commandants de place d’y porter la plus grande surveillance et mettez en subsistance les hommes isolés dans les bataillons de marche que vous avez.

 

Entre Hernani et Vitoria il n’y aura aucun hôpital ni dépôt ; tout sera évacué sur Saint‑Sébastien. Entre Vitoria et Burgos il n’y aura aucun hôpital, ni établissement, ni poste français ; tout sera à Vitoria ou à Burgos. Vous réunirez à Burgos toutes vos troupes, en laissant à Aranda 1,800 hommes d’infanterie, de cavalerie et d’artillerie. Il y aura aussi à Saint‑Sébastien, Vitoria, Burgos et Aranda, des magasins de vivres, de biscuit, de cartouches, et des hôpitaux. Tenant ainsi les capitales, le pays restera tranquille, et, s’il était agité, quelques colonnes mobiles tombant sur le lieu, et y faisant des exemples sévères, y rétabliraient la tran­quillité. Vous pouvez laisser entre les différents points de réunion quelques gendarmes avec des soldats espagnols, en faisant connaître qu’ils sont là pour faire respecter les alcades et maintenir la police. Laissez également des commandants de place dans les lieux où ils seraient nécessaires pour faire respecter les alcades.

 

Faites évacuer tout ce qui est à Valladolid sur Burgos et l’Escurial, en y laissant un commandant d’armes qui puisse avoir l’œil sur tout ce qui s’y passe.

 

Vous laisserez mes relais, en employant mes escortes, sur les routes de Vitoria, Burgos et Aranda. Je vous recommande de ne laisser aucun homme de la Garde isolé, pour n’avoir, dans aucun cas, à regretter l’assassinat ni la perte d’aucun. Lorsque toutes les mesures que je prescris seront exécutées, le général Verdier aura 10,000 hommes pour la police de la Biscaye ; vous en aurez autant pour la police de la Castille. Je pense que la cava­lerie ne vous est pas utile dans les lieux où vous êtes ; ainsi vous pouvez envoyer à Madrid les 2è et 3è escadrons de marche, pour être incorporés dans les régiments provisoires ; ce qui aura l’avan­tage de mettre de l’ordre et de fortifier mon armée de Madrid. Je vous laisse le maître de garder les quatre régiments de cavalerie du général Lagrange, ou de n’en garder que ce que vous jugerez vous être nécessaire, et d’envoyer le reste à Madrid, car c’est là surtout qu’il faut de la cavalerie.

 

Quant à la cavalerie de ma Garde, il faut qu’elle soit forte à Madrid. Je suppose que vous avez en Espagne 1,500 chevaux de ma Garde ; il faut qu’il y en ait 1,000 à Madrid et 500 à Burgos, sans cepen­dant faire faire aucun mouvement rétrograde. Il faut que vous ayez en main ces 500 chevaux à Burgos, et, si vous y joignez 5 ou 600 hommes d’autre cavalerie, cette force sera suffisante. Le reste de la cavalerie de ma Garde, il faut l’envoyer à Madrid.

 

D’après ce que j’apprends d’Espagne, mon inten­tion est d’y venir à la tête d’une division, en m’ar­rangeant de manière à faire double marche. Je vous préviendrai d’ailleurs pour que vous puissiez en­voyer de Burgos à ma rencontre des détachements convenables. J’attends après‑demain ici la division Lasalle, qui a les 10è et 22è régiments de chasseurs, deux très‑beaux régiments que j’ai vus à Bordeaux. Votre artillerie doit être distribuée de la manière suivante : trois à Aranda, quatorze à Burgos, douze à Vitoria et six à Hernani. En cas de grands mouve­ments militaires, ces corps peuvent se réunir pour livrer bataille, et vous auriez alors une armée res­pectable. Vous êtes aussi chargé de la garde de la Navarre ; je me borne à faire occuper la citadelle. Les 100,000 rations de biscuit doivent y être arri­vées. Aussitôt que d’autres troupes arriveront dans la position de Hernani, on renforcera Vitoria. Je pense que vous devez réunir sous les ordres du gé­néral Frère, à Aranda, les bataillons de marche, en gardant avec vous à Burgos le 1er régiment de mar­che. Tout ce qui porte le nom de régiment ou d’es­cadron de marche est destiné à être incorporé dans les régiments provisoires qui sont à Madrid. Ainsi, du moment que la cavalerie du général Lasalle sera arrivée à Burgos, mon intention est que les quatre régiments du général Lagrange et les autres esca­drons de marche se rendent à Madrid pour être in­corporés. Cela est nécessaire pour donner de la force à ces cadres. Il est nécessaire que vous gardiez les deux régiments de fusiliers. Vous pouvez toujours envoyer les cuirassiers des régiments de marche du général Lagrange et des autres escadrons de marche à Madrid. Vous savez que les cuirassiers sont plus utiles que toute autre cavalerie. La cava­lerie n’est d’aucun usage d’ici à Burgos : elle est, au contraire, nécessaire à Madrid. En deux mots, renvoyez tout ce qui porte le titre de régiment, escadron et bataillon de marche, à Madrid, hormis ce qui vous est nécessaire pour compléter 300 chevaux à Vitoria ; 1,000 chevaux à Burgos et 300 che­vaux à Aranda ; ce qui fera 1,600 chevaux ; et du moment que la division Lasalle sera à Burgos, cette division vous fournira de bonne et belle cavalerie. Vous pourrez donc renvoyer tout ce qui est esca­dron ou régiment de marche à Madrid.

 

Quant aux cartouches, un parc de 100 caissons chargés de 600,000 cartouches partira demain pour Saint‑Jean‑de‑Luz ; il est tout attelé par le 6è bis ; ­il continuera sa marche sur Madrid pour compléter le parc de l’armée. J’en fais partir 500,000 autres pour Burgos, pour mettre en magasin à Burgos. Après‑demain il en partira 500,000 autres pour Aranda, et le 19 il en partira 500,000 autres pour Burgos. Si vous n’avez pas de besoins urgents, vous pouvez diriger le premier convoi sur Aranda et garder le second pour Burgos.

 

Je vous ai déjà, je crois, recommandé d’établir une grande distinction entre les régiments de marche et les régiments provisoires qui sont en Espagne. Un régiment provisoire de cavalerie ou d’infanterie est organisé et ne doit subir aucun changement tant qu’il restera en Espagne ; un régiment, bataillon ou escadron de marche est une or­ganisation provisoire pour conduire les troupes à Madrid, c’est‑à‑dire aux régiments provisoires. Cette intelligence est très‑nécessaire pour bien com­prendre les ordres que vous recevrez. Ainsi, tous les hommes isolés qui vous arriveront, vous pouvez les incorporer, soit à Aranda, soit à Burgos, dans les régiments ou bataillons de marche ; puisque alors naturellement ces régiments se dirigeront sur Madrid, pour être incorporés dans les régiments provisoires, les hommes que vous y aurez mis en subsistance sauront y retrouver leurs corps. Pour les hommes isolés appartenant aux corps du Por­tugal ou de la division du général Dupont, tous ceux qui vous arriveront à Aranda, vous les mettrez en subsistance dans les corps comme vous l’enten­drez, même dans les régiments de fusiliers, où ils seront mieux, et mieux dressés ; et quand vous en aurez réuni 6 à 800 de l’un ou de l’autre corps, vous en formerez un bataillon de marche, que vous appellerez bataillon de marche de l’armée du Por­tugal ou du corps de la Gironde, et vous les gar­derez à Burgos jusqu’à ce que je vous envoie des ordres pour leur destination. Le général Verdier, qui a des régiments provisoires et aucun bataillon de marche, mettra en subsistance dans ses corps les hommes isolés qui lui arriveront, vous en enverra l’état exact, et, lorsque vous verrez qu’il a un mil­lier d’hommes, si les circonstances le permettent, vous lui donnerez l’ordre de les diriger sur Burgos pour être incorporés dans les bataillons de marche, ou dans ceux de l’armée de Portugal ou du corps de la Gironde. Ces précautions sont nécessaires ; cette armée ne s’est formée que par des soins per­pétuels : il ne faut point s’en départir.

 

Vous devez avoir des souliers à Burgos. Il n’y a pas d’inconvénient que vous fassiez faire un millier de culottes, un millier d’habits et un millier de shakos, si on peut le faire à un marché convenable, à Burgos. Vous distribuerez ces effets d’habillement aux hommes isolés et sortant des hôpitaux.

 

Il ne doit y avoir aucun magasin, aucun hôpital intermédiaire entre Saint‑Sébastien et Vitoria, entre Vitoria et Burgos ; il ne doit y avoir aucun poste isolé, voilà le principal.

 

Du reste, ces dispositions ne sont pas pressantes ; il faut les faire avec adresse, faire le moins de mouvements possible de Valladolid sur Burgos. La majeure partie de ce qui est à Valladolid est en guéri­son ; il faut les envoyer au corps. Le grand‑duc de Berg donnera l’ordre au maréchal Moncey de tenir à Buitrago 500 hommes d’infanterie et de cavalerie et trois pièces de canon, et d’y avoir un hôpital et un magasin de cartouches. Par ce moyen, avec ces cinq grands dépôts, l’armée peut faire ses mouve­ments sur Madrid sans inconvénient. En prenant ces mesures, on ne craindra plus le mauvais esprit qu’on cherche à répandre en Espagne, et la division de Galice ou un mouvement insurrectionnel dans le pays seront réprimés. Les évêques, les intendants, les états, les notables des capitales doivent répondre de la tranquillité des villages et de la sûreté des com­munications. Pour tout cela il faut avoir un système bien entendu.

 

NAPOLÉON.

 

D’après l’original comm. par Mme la duchesse d’Istrie.



[1] Cette lettre n’a pas été retrouvée.

 

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