Institut de Stratégie Comparée, Commission Française d'Histoire Militaire, Institut d'Histoire des Conflits Contemporains

 Revenir au sommaire général

  

Portail Nouveautés Etudes stratégiques Publications ISC- CFHM- IHCC Liens Contacts - Adhésion

 

Dossiers :

 

  . Théorie de la stratégie

  . Cultures stratégiques

  . Histoire militaire

  . Géostratégie 

  . Pensée maritime

  . Pensée aérienne

  . Profils d'auteurs

  . Outils du chercheur

  . BISE

  . Bibliographie stratégique

 

Publications de référence

 

Stratégique

Histoire Militaire et Stratégie
Correspondance de Napoléon
RIHM
 

 

Correspondance militaire
de Napoléon Ier

Extraite de la correspondance générale et publiée

Par ordre du ministère de la guerre

Tome sixième

Paris - 1876

 

1083. INSTRUCTIONS AVANT LE DÉPART DE L’EMPEREUR QUITTANT MADRID POUR MARCHER CONTRE LES ANGLAIS.  

A JOSEPH NAPOLÉON, ROI D’ESPAGNE, AU PARDO.  

Chamartin, 22 décembre 1808.

Mon Frère, le major général a dû vous envoyer vos ordres et vous faire connaître l’emplacement et la force des différents corps qui restent dans votre commandement pour la ville de Madrid.

Je vous envoie différentes notes que je désire que vous lisiez avec attention pour vous servir de règle.

Envoyez un général de brigade de votre suite à Guadalajara, pour prendre le commandement du corps qui s’y trouve et vous instruire directement de ce qui se passe. Si la division Ruffin n’était pas arrivée ce soir, envoyez sur le chemin de Tolède pour savoir pourquoi elle n’arrive pas.

NAPOLÉON.

D’après l’expédition originale comm. par les héritiers du roi Joseph.

NOTES.

L’Empereur est parti avec une force égale à celle qu’il laisse sous le commandement du Roi, mais un peu inférieure en cavalerie, pour se porter sur Val­ladolid.

Les coureurs doivent être aujourd’hui à Medina del Campo, et le maréchal Ney doit avoir son quar­tier général à Arevalo.

L’Empereur sera probablement cette nuit à Villacastin.

La manœuvre des Anglais est extraordinaire. Il est prouvé qu’ils ont évacué Salamanque. Il est pro­bable qu’ils ont fait venir leurs bâtiments de trans­port au Ferrol, pensant qu’il n’y avait pas de sûreté pour eux à se retirer sur Lisbonne, vu que de Talavera nous pouvons nous porter sur la rive gauche du Tage et leur fermer ce fleuve. Peniche d’ailleurs n’a pas de rade. Avec toute la cavalerie qu’ils ont, ils pensent ne pouvoir s’embarquer que dans un bon port et sous la protection d’une place forte. Tout porte donc à penser qu’ils évacuent le Portugal et qu’ils portent leur ligne d’opération sur le Ferrol, qui leur offre ces avantages.

Mais, en faisant ce mouvement de retraite, ils peuvent espérer de faire essuyer un échec au corps du maréchal Soult, et ils ne se sont décidés que lorsqu’ils se sont assuré une bonne retraite et pris leur direction sur la droite du Duero. 1° Ils peuvent ainsi avoir fait ce raisonnement : si les Français s’engagent dans Lisbonne, nous évacuerons sur Oporto, et nous serons encore dans notre ligne d’opération du Ferrol. 2° Ils peuvent avoir l’espoir de recevoir de nouveaux renforts. Mais, quel que soit le projet des Anglais, il va donner lieu à des événements qui auront une grande influence sur la finale de toutes les affaires.

Le seul but réel du Roi doit être de garder Madrid. Tout le reste est de peu d’importance. Tous les débris des armées espagnoles même ne peuvent faire face devant les 8,000 hommes de ca­valerie qui sont laissés au Roi.

Dans la position qu’occupe l’armée qui couvre Madrid, elle garde le Tage, la droite appuyée à Talavera et la gauche du côté de sa source, en avant de Guadalajara. L’ennemi ne peut venir que par l’Estremadure ; et le duc de Danzig a le double de forces qu’il lui faut contre lui. Si, selon l’ordre que j’ai donné, il le bat dans la journée du 24 et l’épar­pille bien, son corps deviendra entièrement disponible. Après l’affaire, il doit faire une tête de pont à Almaraz, y laisser la division Lasalle et quelques compagnies de voltigeurs, et revenir ave son infanterie sur Talavera, pour aider aux manœuvres générales que commandera l’Empereur à Avila et Ciudad‑Rodrigo, ou bien se porter sur Tolède et Madrid, par les ordres du Roi, pour venir au secours de la capitale.

L’ennemi peut venir d’Andalousie. Nos postes ont été au Manzanares. La plaine est nue, et tout peut se borner de ce côté à repasser la Sierra‑Morena. Au pis aller, le maréchal Victor, avec la divi­sion Latour-Maubourg, les divisions Ruffin et Vil­latte, aurait de quoi faire face à ce qui pourrait venir, soit du côté de l’Andalousie, soit du côté de Tarancon par Cuenca. Il paraît y avoir de ce côté plus de troupes et il y a là une division qui couvre Valence et qui est dans les montagnes de Cuenca. On pense que le maréchal Victor doit donner quel­ques compagnies de voltigeurs à la brigade de ca­valerie qui est à Tarancon. La position d’Aranjuez est très‑bonne. C’est le vrai point pour s’opposer à ce qui viendrait, soit du côté de Cuenca, soit du côté d’Andalousie.

Il ne serait pas prudent de laisser Madrid avec la division Leval ; et, la division Ruffin se portant pour soutenir le maréchal Victor, il faudrait que le corps du duc de Danzig rétrogradât de deux marches sur Madrid ; et même, après le combat qu’il va livrer, on lui aurait donné cet ordre, si d’un côté on n’avait pensé qu’on serait assez à temps et que les événements qui vont se passer d’ici à peu de jours changeraient la face des affaires, et de l’autre si un mouvement rétrograde n’était pas toujours d’un mauvais effet. Si Talavera était évacué et que l’ennemi y rentrât, ce serait sans doute d’un mauvais effet. Cependant cette considération ne devrait pas arrêter, s’il y avait nécessité, mais elle n’existera pas tant que l’Empereur laissera ces forces à Madrid.

Quant à Madrid, il y a pièces courtes avec affût ; il faut les mettre en batterie. On a travaillé aux fortifications ; il est essentiel d’y travailler avec activité. Il faut placer les établissements et maga­sins dans la Porcelaine, activer la confection de l’habillement et veiller à ce que le Retiro soit prêt pour 4 à 5,000 hommes pour un mois. Si le génie fait son devoir et est secondé, dans dix jours les 3,000 Allemands, avec un commandant ferme, doi­vent pouvoir s’enfermer dans la Porcelaine et être en état d’y tenir dix jours contre toutes les forces de l’Espagne réunies, jusqu’à ce qu’ils aient été dégagés.

Le Roi, en passant du Pardo par le dehors de la ville, fera bien d’aller voir les magasins ; et, dans deux ou trois jours, il pourra aller voir le palais, toujours en passant pas le dehors de la ville.

Il faut faire continuer la signature du registre comme à l’ordinaire, poursuivre l’exécution des mesures ordonnées par l’Empereur avec la plus grande activité, telles que le placement des meubles provenant des maisons des condamnés, dans le Retiro, et la recherche de leurs biens, presser les con­fections d’habillements et organiser des magasins au Retiro.

Quant à l’habillement des troupes du Roi, l’Em­pereur a ordonné que 1,200 vestes et culottes rouges, chapeaux, etc., fussent mis à la disposition du général Salligny pour habiller le bataillon espa­gnol étranger ; que 400 vestes blanches, 400 culot­tes bleues, chapeaux, etc., fussent remis à l’Escurial pour les recrues de la garde royale. On peut les prendre dès aujourd’hui et en habiller ces recrues, afin que ce corps de l’Escurial ait une tournure. On suppose qu’ils sont déjà habillés et armés. Si cela est ainsi, ils pourraient déjà rendre des services au moins pour les communications, surtout s’ils ont des officiers et des sous‑officiers de la Garde. On pourrait donc mettre 150 hommes au Puerto de Guadarrama, 150 à la poste, où est le piquet de gendarmerie, 150 à moitié chemin de Guadarrama à Villacastin et 150 à Villacastin ; ce qui ferait 600 hommes. Le Roi pourrait encore faire mettre 150 hommes et une demi‑compagnie de cavalerie à mi‑chemin entre Guadarrama et Ségovie, afin d’avoir fréquemment des nouvelles de cette ville, où doi­vent être conduits nos blessés et les prisonniers que nous ferons. Il y a dans ces différents postes 6 gendarmes d’élite auxquels ils prêteront main-­forte. Il faudrait mettre dans leur uniforme un signe qui les distinguât des Espagnols, tel qu’une raie bleue au bras, par exemple. Le reste pourra garder l’Escurial, et sur l’état de situation qui en sera envoyé au major général, on pourrait en faire venir 400 pour réunir à la garde du Roi. Il est nécessaire que le Roi ait au Pardo la moitié de sa garde à pied, sa cavalerie et son artillerie à pied ; s’il peut y joindre 400 hommes du régiment dont il est fait mention ci‑dessus, cela formera au Pardo une petite réserve de 2,000 hommes, qui ne peut qu’être utile.

Administration. Il faut prendre des mesures pour approvisionner les magasins de Madrid, y avoir 12,000 quintaux de farine, y diriger, lorsqu’on sera sûr que nous sommes à Valladolid, 20,000 rations de pain, et après cela 20,000 rations de biscuit pour renfermer dans la Porcelaine. Le Roi enverra un de ses officiers à Ségovie, avec ordre de faire partir pour l’armée, en les dirigeant sur Villacastin, tous les jours, 5,000 rations de pain et 20,000 rations de vin ou d’eau‑de‑vie. Il sera nécessaire que demain le Roi envoie un de ses aides de camp au maréchal Victor à Aranjuez, et au général Latour‑Maubourg, et un à Talavera au duc de Danzig. Il sera convenable de tenir un poste d’observation de 25 chevaux et de 50 hommes à pied entre Alcala et Madrid.

Il y a un dépôt de cavalerie à Leganes ; il faut y réunir tous les détachements de cavalerie qui arrivent à l’armée. En moins de huit jours il y arri­vera plus de 1,000 chevaux, appartenant aux divi­sions Latour‑Maubourg, Milhaud, Lasalle et Lahous­saye ; on les fera reposer, on en passera la revue, et on prendra mes ordres pour leur destination, sans en laisser partir aucun sans mon ordre. Si le Roi place là un de ses aides de camp pour les retenir et les réunir dans ce dépôt, il se pro­curera en peu de jours une ressource de 1,200 chevaux.

Quant aux hommes isolés, il y en a cinq dépôts au Retiro. Tout ce qui appartient au maréchal Soult, soit infanterie, soit cavalerie, sera dirigé sur Ségovie. Beaucoup de généraux arrivent, leur des­tination est ci‑jointe.

Il faut avoir soin qu’aucun détachement ne parte, ni pour le corps du duc de Danzig, ni pour Aran­juez, ni pour aucun autre corps. On aura par ce moyen deux milliers d’hommes au Retiro en peu de temps. L’état en sera envoyé au major général, et, sur l’ordre de l’Empereur, on les fera partir, hor­mis ceux appartenant à la division Ruffin, en ayant soin qu’ils soient bien habillés, armés, équipés, et qu’ils aient leurs cinquante cartouches par homme.

D’après l’expédition originale comm. par les héritiers du roi Joseph.

 

 

1084. ‑ COMPOSITION DES TROUPES LAISSÉES SOUS LES ORDRES DU ROI JOSEPH.

A ALEXANDRE, PRINCE DE NEUCHATEL, MAJOR GÉNÉRAL, A CHAMARTIN.

Chamartin, 22 décembre 1808.

Mon Cousin, faites connaître aux corps des maréchaux Victor et duc de Danzig, aux divisions Lasalle, Milhaud, Latour‑Maubourg et à la garnison de Madrid, que j’ai nommé le roi d’Espagne mon lieutenant, et que, jusqu’à mon retour à Madrid, les corps désignés ci‑dessus recevront ses ordres. Le maréchal Jourdan expédiera les ordres du Roi, comme chef de son état‑major. Vous ferez connaître au Roi que le corps du duc de Danzig est à Talavera de la Reina ; qu’il est composé de la division Sebastiani de quatre régi­ments français, formant 6,000 hommes ; de la division Valence de trois régiments polonais, for­mant 4,000 hommes ; du 5è régiment de dragons et d’un régiment de chevau‑légers westphaliens de 800 hommes, et de vingt‑quatre pièces de ca­non ; que la division Milhaud est en avant de Talavera, composée de trois régiments de dragons et de six pièces de canon ; que la division Lasalle est à Almaraz (l’ennemi occupant le pont sur la rive gauche du Tage), composée du 10è régiment de chasseurs, du 9è de dragons, des lanciers polonais et du 5è de chasseurs, formant deux brigades ; que j’ai donné l’ordre au duc de Danzig d’attaquer les 10 ou 12,000 hommes qui sont derrière Almaraz dans la journée du 24, de leur prendre leurs ca­nons, de les faire poursuivre par sa cavalerie et de­ les éparpiller ; ce qui produira deux effets : le pre­mier, d’avoir des nouvelles positives de ce qui se passe en Portugal, ensuite d’être à même de mar­cher sur Madrid, Ciudad‑Rodrigo ou Tolède, selon que les circonstances l’exigeront.

Vous ferez connaître au Roi que le corps du ma­réchal Victor est à Tolède composé des deux divi­sions Ruffin et Villate ; que la division Ruffin a eu ordre de se rendre à Madrid, où elle doit arriver ce soir ; que le corps du maréchal Victor avec la division Villate a ordre de se rendre le 24 à Aranjuez en laissant un bataillon, le 26è de chasseurs et deux pièces de canon à Tolède ; que ce maré­chal aura sous ses ordres la division Latour­Maubourg, composée de six régiments de dragons partagés en trois brigades, avec six pièces de canon ; qu’une de ces brigades est à Madridejos, ayant des reconnaissances sur Manzanares ; qu’une autre brigade est à Tarancon, et la 3è brigade à Aranjuez, observant la route de San‑Clemente ; que le 55è de ligne et deux pièces de canon se trouvent à Gua­dalajara ; que ce régiment, qui est là en observa­tion, est également sous les ordres du maréchal Victor ; que le général Latour‑Maubourg a dû lui envoyer 150 chevaux ; qu’il est convenable que le Roi envoie le général Merlin ou un de ses géné­raux de brigade, intelligent, qui puisse sans difficulté commander, et un colonel pour éclairer les routes de Valence et Saragosse, avec l’instruction de ne jamais se laisser couper de Madrid ; que la ville de Madrid a pour garnison la division Leval, composée de deux régiments allemands, avec huit pièces de canon, un régiment de hussards hollandais, et la division Ruffin qui arrive ce soir ; et que la division Dessolle laisse une brigade à Madrid, jusqu’à ce que la division Ruffin soit arrivée.

RÉCAPITULATION. Corps du duc de Danzig : 10, 000 hommes d’infanterie, 700 de cavalerie, 24 pièces d’artillerie ; division Milhaud, 1,300 hommes de cavalerie et 6 pièces d’artillerie ; division Lasalle, 2,000 hommes de cavalerie ; total, 10,000 hom­mes d’infanterie, 4,000 de cavalerie, 30 pièces d’artillerie.

Corps du maréchal Victor : division Villate, 5,000 hommes ; division Ruffin, 6,000, 40 pièces d’artillerie; division Leval, 3,000 hommes et 8 pièces d’artillerie ; 55è régiment, 3,000 hommes ; total, 17,000 hommes et 48 pièces d’artillerie.

Division Latour‑Maubourg : 3,000 hommes de cavalerie et 6 pièces de canon ; 300 du 26è de chasseurs ; 300 hommes des chevau‑légers hollandais ; total, 3,600 hommes de cavalerie et 6 pièces de canon.

Garde royale : infanterie, 2,000 hommes ; ca­valerie, 300 ; artillerie, 6 pièces.

Il y aura donc sous les ordres du Roi : infanterie, 28,000 hommes ; cavalerie, 8,000 ; artillerie, avec les sapeurs, les dépôts, etc., 4,000 hommes ; soit 40,000 hommes et 90 pièces de canon.

NAPOLÉON.

D’après l’original. Dépôt de la guerre.

 

 Copyright www.stratisc.org - 2005 - Conception - Bertrand Degoy, Alain De Neve, Joseph Henrotin