Institut de Stratégie Comparée, Commission Française d'Histoire Militaire, Institut d'Histoire des Conflits Contemporains

 Revenir au sommaire général

  

Portail Nouveautés Etudes stratégiques Publications ISC- CFHM- IHCC Liens Contacts - Adhésion

 

Dossiers :

 

  . Théorie de la stratégie

  . Cultures stratégiques

  . Histoire militaire

  . Géostratégie 

  . Pensée maritime

  . Pensée aérienne

  . Profils d'auteurs

  . Outils du chercheur

  . BISE

  . Bibliographie stratégique

 

Publications de référence

 

Stratégique

Histoire Militaire et Stratégie
Correspondance de Napoléon
RIHM
 

 

Correspondance militaire
de Napoléon Ier

Extraite de la correspondance générale et publiée

Par ordre du ministère de la guerre

Tome sixième

Paris - 1876

 

 

1175. - MISSION EN ITALIE CONFIÉE AU CHEF D’ESCADRON DE TURENNE.

Schœnbrunn, 2 août 1809,

M. le chef d’escadron Turenne se rendra en Italie. Il m’écrira de Klagenfurt pour me faire connaître la situation de cette place, sous le rapport de l’arme­ment, de l’approvisionnement et de la garnison. De là il ira à Villach, d’où il me fera connaître si mes troupes ont occupé Sachsenburg et tout ce qui est relatif à ce fort. Il se rendra ensuite à Osoppo, d’où il m’enverra l’état des troupes de toutes armes qui y ont passé depuis la bataille pour rejoindre l’armée, et l’état de situation du fort de Malborghetto, arme­ment, approvisionnement et garnison. Il continuera sa route sur Udine, Palmanova, Goritz et Gradisca. Il m’écrira de ces villes. Il me rendra compte de la situation de Palmanova, des motifs qui retiennent dans cette place le corps venant des 27è et 28è divisions militaires et l’empêchent de filer sur l’armée.

Il se rendra à Vérone et tâchera d’avoir connais­sance d’une colonne de 800 hommes de cavalerie aux ordres du chef d’escadron Canino, qui doit y arriver le 4 août.

Il se mettra à la tête de 800 hommes de la 16è demi‑brigade provisoire, de 1,400 hommes de la 17e idem, de 320 hommes de la 3è compagnie de pionniers, de 180 hommes de la 3è compagnie du régiment de pionniers, de 400 hommes du bataillon de marche de la 27è division militaire, de 400 hom­mes du bataillon de marche de la 28è division et de 120 hommes du 9è bataillon d’équipages militaires, indépendamment de ce que les dépôts de cavalerie du Piémont pourront encore fournir. Cette colonne de 4,000 hommes doit être réunie, du 23 au 25 août, à Osoppo.

M. le chef d’escadron Turenne ira à Turin et à Alexandrie pour accélérer le départ de ces troupes et s’assurer qu’elles partent en bon état. Il joindra à celle colonne tout ce que le général Caffarelli pourra faire partir pour cette époque des dépôts d’Italie, infanterie, cavalerie et artillerie.

Avec cette colonne, il entrera en Allemagne par Villach, Klagenfurt. Il tiendra la main à ce qu’elle marche en ordre, couche toute dans le même endroit et soit toujours en mesure contre les événe­ments imprévus. Il profitera de toutes les occasions pour donner de ses nouvelles, afin qu’il puisse rece­voir des ordres et que sa marche puisse être dirigée selon les circonstances.

Il m’écrira d’Italie tous les soirs sur ce qu’il verra et apprendra.

D’après la minute. Archives de l’Empire.

 

 

1176. ‑ DIFFÉRENTS TRACÉS DE TÊTES DE PONT SUIVANT LE BUT QU’ON SE PROPOSE.

AU GÉNÉRAL COMTE BERTRAND,

COMMANDANT LE GÉNIE DE L’ARMÉE D’ALLEMAGNE,

A VIENNE.

Schœnbrumn, 5 août 1809.

Monsieur le Général Bertrand, on a arrêté un type général de tête de pont en plaine, avec un réduit de 300 ou 400 toises, avec trois ou quatre redoutes, de manière que les deux redoutes en aval et en amont se trouvent au moins à 600 toises du pont et à 800 pour les grands ponts. Il est donc évident que ces deux redoutes se trouveront ainsi éloignées de 1,600 toises, formant une demi‑circonférence au moins de 2,000 à 2,400 toises. Il faut donc six ou sept de ces redoutes, qui, jointes à la garnison du réduit, exigeraient 2,000 hommes pour garder la tête de pont ; encore ne pourrait‑elle faire qu’une faible résistance ; encore est‑il évident que ces redoutes, éloignées de 300 ou 400 toises, ne pour­raient présenter aucune résistance raisonnable ; que, une prise, elles le seraient toutes successivement ; qu’elles ne pourraient être défendues par l’artillerie du réduit, tout comme elles ne défendraient pas le réduit. Ces redoutes, en effet, ne sont pas placées là pour donner une nouvelle force au réduit, mais elles sont établies pour donner protection à un corps d’armée et à tous les embarras d’une armée qui serait en retraite : c’est une espèce de camp retran­ché. Les têtes de pont de Passau, de. Linz et de Spitz, devant servir au débouché de toute une armée, doivent être construites sur ce principe. Mais il est des têtes de pont qui ont un autre but et qui, si elles étaient construites sur ce principe, induiraient en erreur, par exemple, la tête du pont d’Anger sur la March. En faisant établir une tête de pont sur la rive gauche de la March, mon but n’est point qu’elle puisse protéger la retraite d’une armée ou, autrement parlant, qu’elle serve de camp retranché : mon vrai but est d’occuper un point sur la rive gauche de la March, afin que l’ennemi ne puisse se servir de cette rivière comme d’un rideau ; que, en conservant la tête de pont, je puisse déboucher, si je le désire. On sent que ce débouchement est très­-hypothétique. Si, après avoir fait une tête de pont, on faisait des redoutes à 400 et 500 toises les unes des autres, on irait contre l’objet. Ces redoutes, une fois prises, nuiraient au lieu de servir. Il faut donc construire seulement une enceinte, établir des lunettes en amont et en aval, assez pour qu’on ne puisse pas découvrir le pont, et si ensuite on veut établir d’autres lunettes, il faut qu’elles soient très-­près de la place, qu’elles soient protégées par le feu du réduit et qu’elles le protègent. Comme la March est une très‑petite rivière, il serait convenable, pour remplir l’objet qu’on se propose, de couvrir le pont des deux côtés, à peu près comme cela est tracé ici.

NAPOLÉON.

D’après l’original comm. par le général Henry Bertrand.

 

 

1117. ‑ ORDRE DU JOUR BLAMANT LE MARÉCHAL BERNADOTTE D’UN ORDRE ADRESSÉ AUX SAXONS A LA SUITE DE LA BATAILLE DE WAGRAM.

Camp impérial de Schœnbrunn, 5 août 1809.  

Sa Majesté témoigne son mécontentement au ma­réchal prince de Ponte‑Corvo pour son ordre du jour daté de Leopoldau le 7 juillet, qui a été inséré à une même époque dans presque tous les journaux, dans les termes suivants :

« Saxons! dans la journée du 5 juillet, 7 à 8, 000 d’entre vous ont percé le centre de l’armée ennemie et se sont portés à Deutsch‑Wagram, malgré les efforts de 40,000 hommes soutenus par 50 bouches à feu. Vous avez combattu jusqu’à minuit et bivoua­qué au milieu des lignes autrichiennes. Le 6, dès la pointe du jour, vous avez recommencé le combat avec la même persévérance, et, au milieu des ravages de l’artillerie ennemie, vos colonnes vivantes sont restées immobiles comme l’airain. Le grand Napoléon a vu votre dévouement ; il vous compte parmi ses braves.

« Saxons! la fortune d’un soldat consiste à rem­plir ses devoirs ; vous avez dignement fait le vôtre!

« Au bivouac de Leopoldau, le 7 juillet 1809.

« Le maréchal d’Empire, commandant le 9è corps,

« BERNADOTTE. » 

Indépendamment de ce que Sa Majesté com­mande son armée en personne, c’est à elle seule qu’il appartient de distribuer le degré de gloire que chacun mérite.

Sa Majesté doit le succès de ses armes aux troupes françaises et non à aucun étranger. L’ordre du jour du prince de Ponte‑Corvo, tendant à donner de fausses prétentions à des troupes au moins mé­diocres, est contraire à la vérité, à la politique et à l’honneur national. Le succès de la journée du 5 est dû aux corps des maréchaux duc de Rivoli et Oudi­not, qui ont percé le centre de l’ennemi en même temps que le corps du duc d’Auerstaedt le tournait par sa gauche.

Le village de Deutsch‑Wagram n’a pas été en notre pouvoir dans la journée du 5. Ce village a été pris, mais il ne l’a été que le 6, à midi, par le corps du maréchal Oudinot.

Le corps du prince de Ponte‑Corvo n’est pas resté « immobile comme l’airain » : il a battu le premier en retraite. Sa Majesté a été obligée de le faire cou­vrir par le corps du vice‑roi, par les divisions Brous­sier et Lamarque, commandées par le maréchal Macdonald, par la division de grosse cavalerie aux ordres du général Nansouty, et par une partie de la cavalerie de la Garde. C’est à ce maréchal et à ses troupes qu’est dû l’éloge que le prince de Ponte­-Corvo s’attribue.

Sa Majesté désire que ce témoignage de son mécontentement serve d’exemple, pour qu’aucun maréchal ne s’attribue la gloire qui appartient aux autres.

Sa Majesté, cependant, ordonne que le présent ordre du jour, qui pourrait affliger l’armée saxonne, quoique les soldats sachent bien qu’ils ne méritent pas les éloges qu’on leur donne, restera secret et sera seulement envoyé aux maréchaux commandant les corps d’armée.

NAPOLÉON.

D’après l’original. Dépôt de la guerre.

 

 

1178. ‑ ORDRES POUR LA DÉFENSE DE LA HOLLANDE ET DE LA BELGIQUE, PAR SUITE DU DÉBARQUEMENT DES ANGLAIS DANS L’ILE DE WALCHEREN.

AU GÉNÉRAL CLARKE, COMTE D’HUNEBOURG,

MINISTRE DE LA GUERRE, A PARIS.

Schœnbrunn, 9 août 1809.

Je reçois votre lettre du 3. Je vous ai fait connaître hier mes intentions. J’ai peu de chose à y ajouter aujourd’hui, seulement que vous devez exécuter toutes les dispositions que j’ai ordonnées, quand même les Anglais n’auraient fait aucun pro­grès et resteraient stationnaires dans l’île de Walche­ren. Il est nécessaire, pour les négociations enta­mées ici, pour l’exemple de l’avenir et pour mes vues ultérieures, d’avoir une armée dans le Nord. Il est trop heureux que les Anglais nous donnent le prétexte de la former. A moins que les Anglais ne se soient embarqués et ne soient retournés chez eux, il faut lever les 30,000 hommes de gardes na­tionales, comme je l’ai ordonné par mon décret. Le seul inconvénient que cela aura, ce sera de me coûter quelques millions.

A vous parler confidentiellement, il est possible que, lorsque ceci sera terminé, je fasse occuper les côtes de Hollande pour fermer les ports de Hol­lande aux Anglais. Ils sentiront le résultat d’une clôture en règle des débouchés de l’Ost‑Frise, de l’Elbe et de la Zélande. Jusqu’à cette heure, ils vont et viennent en Hollande comme ils veulent.

Je ne vois pas dans vos lettres que vous ayez réi­téré au général Monnet l’ordre de couper les di­gues, si la place était serrée de près. Je le lui ai dit de vive voix plusieurs fois ; réitérez‑le‑lui de ma part ; je n’admets aucune excuse. Je n’ai pas be­soin de vous dire que le ministre Dejean et vous devez prendre des mesures pour faire passer des vivres à Flessingue ; entendez‑vous avec le ministre de la marine. Envoyez également à Flessingue 8 ou 10 officiers d’artillerie de tout grade, un officier du génie et un détachement de sapeurs. Ce que le géné­ral Rampon a de mieux à faire, c’est de tenir ses troupes réunies, jusqu’à ce que l’on voie ce que veut faire l’ennemi. Avec des troupes médiocres et en si petit nombre, le général Rampon ne peut chasser les Anglais de l’île de Walcheren ; il se fera battre. La fièvre et l’inondation doivent seules faire raison des Anglais. Le roi de Hollande, qui peut disposer de 10 ou 12,000 hommes, les aura portés sur Berg‑op‑Zoom et aura approvisionné et mis en état ses places du Nord.

Quant à mon escadre, elle ne court aucun dan­ger, puisqu’elle peut se réunir à Anvers et que ses 6,000 hommes augmenteront la garnison de cette place.

Je ne vois rien dans vos lettres qui soit relatif à mes places d’Ostende, de Lille, et à mes places fortes de première ligne. Ne perdez pas un mo­ment pour les armer et approvisionner, si vous ne l’avez déjà fait, et pour lever des gardes nationales, qui en feront le service en règle. Comme je vous l’ai mandé il y a trois jours, à moins que l’ennemi n’ait évacué l’île de Walcheren et ne se soit rembar­qué, ne partez de rien pour ne pas exécuter tous mes ordres. Faites mettre dans le Moniteur des bulletins de Flessingue. Il n’y a pas d’inconvénient que la nation soit instruite. Je vois avec peine que vous n’ayez pas mis Anvers en état de siège et que vous n’ayez envoyé personne pour y commander. Que voulez‑vous que fasse ce pauvre général Rampon de tout ce que vous lui avez écrit, qui n’est propre qu’à lui faire tourner la tête ? S’il garnit toutes les bat­teries françaises et hollandaises de l’Escaut, il ne lui restera personne sous les armes. Comment voulez­-vous qu’avec 14 à 15,000 gardes nationales il passe à Flessingue ? Et si, pendant qu’il exécute cette in­struction, l’ennemi débarque dans l’île de Cadzand, les batteries seront prises et l’île perdue. Les débar­quements de l’ennemi hors de l’île de Walcheren ne résultent pas des pièces que vous m’avez envoyées. Le ministre de la marine a confondu cela. Les nouvelles du 30 ont été détruites parcelles du 31. Qu’ap­pelez‑vous une défensive dangereuse, et comment provoquez‑vous un homme qui a de si mauvaises troupes à prendre l’offensive ? Les Anglais ne sont pas entrés dans le Sud‑Beveland, pays de marais, où ils ne pourraient se maintenir. Ce qu’il y a de mieux à faire pour mon escadre, c’est d’entrer à Anvers, où elle n’a rien à craindre. Si le général Rampon passe sur la rive droite de l’Escaut, tout est perdu. Vous lui parlez comme s’il avait 20,000 grenadiers de ma Garde. Tout ce qu’il a à faire, c’est de rester à Gand, de garder l’île de Cadzand par des détachements, de s’organiser et d’exercer ses troupes. Tant que les Anglais seront dans l’île de Walcheren, il n’y a rien à craindre. Ils perdront deux mois devant Flessingue ; la fièvre et l’inonda­tion feront le reste. Le général Rampon ne doit en­voyer personne à Flessingue ; il y a tout autant de monde qu’il en faut. L’instruction que vous lui avez donnée est mauvaise ; il vaut mieux ne pas écrire que d’écrire à un général quelque chose qu’il n’en­tende pas. S’il exécute votre ordre, il se fera battre et prendre par les Anglais, et ses 6,000 hommes de gardes nationales iront à Londres. Sa seule destination doit être, comme je vous l’ai dit, d’occuper l’île de Cadzand, c’est‑à‑dire les communications avec Flessingue, par des détachements pouvant l’ap­puyer par tout son corps, de défendre la rive gauche, d’être toujours à même d’arriver à Anvers avant l’ennemi, et d’organiser son artillerie de campagne. Faites connaître au général Monnet qu’il n’a pas besoin d’un seul homme de secours. Je veux chasser les Anglais de l’île de Walcheren, qui doit être défendue par les fièvres et l’inonda­tion. Mettez Ostende et Anvers en état de siège et envoyez‑y de bons commandants. Que mon escadre rentre à Anvers ; elle est là à l’abri de tout. Les Anglais ne sont pas assez insensés pour se disséminer dans un tas de petites îles ; ils savent que des forces peuvent promptement se réunir contre eux de France et de Hollande. Il est constant, par le rap­port du général Monnet du 31 et par les dépêches télégraphiques, qu’il y a 18,000 Anglais dans l’île de Walcheren, et que toute leur expédition est là. Si les Anglais étaient entrés dans le Sud‑Beveland, le commandant d’Anvers n’aurait pas envoyé 800 hommes le 31 sur Gand. L’amiral Missiessy l’a dit pour justifier sa retraite sur Anvers, que j’ap­prouve beaucoup, puisque la présence de son esca­dre à Flessingue était inutile (hormis un vaisseau, une frégate et des chaloupes canonnières), et qu’il n’y avait de salut pour elle qu’à Anvers. Tant que les Anglais n’auront pas un avantage sur mes trou­pes, il n’y a rien de fait ; mais les choses iraient mal, s’ils battaient le général Hampon et se por­taient sur Gand. Ce que les Anglais désirent, c’est de le voir passer l’Escaut. Ils périront par l’inaction et les maladies, suites d’une expédition mal combinée ; ils perdent tous les jours, et sentent que la France et la Hollande, revenues de la première sur­prise, se lèvent contre eux ; au lieu que, si le géné­ral Rampon se fait battre, leur expédition a eu un résultat. Je considère le corps du général Rampon comme un corps d’observation, qui ne doit rien hasarder, qui doit surveiller Ostende, Anvers, empê­cher l’ennemi de débarquer sur la rive gauche de l’Escaut, et, à tout événement, couvrir mes places de Flandre. Organisez et complétez ce corps. Que voulez‑vous que fasse le général Rampon avec 12,000 gardes nationales sans officiers ? Envoyez‑lui des généraux de brigade, des majors, des officiers d’artillerie; organisez son artillerie de campagne. Pendant ce temps, le duc de Valmy réunira son corps à Wesel et le roi de Hollande ses moyens à Berg­-op‑Zoom. Il n’y aurait qu’une seule circonstance où le général Rampon pourrait hasarder une bataille, ce serait pour sauver Anvers. Alors seulement une bataille serait légitime, puisque, si l’ennemi prenait Anvers, il brûlerait mes chantiers et prendrait ou détruirait mon escadre, et par là aurait rempli son but. Hors cela, il n’y a rien à faire. Laissez les An­glais se battre les flancs dans les marais et pour­ suivre l’ombre d’une proie, car en effet ils ne savent pas ce qu’ils veulent. Les Anglais ne resteront pas plus de quinze ou vingt jours dans l’île de Walcheren, et pendant ce temps vous devez réunir 80,000 hommes et quatre‑vingts pièces de canon en Bel­gique, et encore faut‑il que cette masse de troupes agisse prudemment ; car, si ces 80,000 hommes agissent dans le sens des instructions du général Rampon, ils éprouveront des échecs, se découra­geront, et cela fera le plus grand mal. Le général Rampon n’a pas un bataillon sur lequel il puisse compter.

Il me tarde que cette lettre vous arrive pour pré­venir l’effet de vos ordres. Ce n’est pas au général Rampon qu’il faut recommander d’attaquer ; il ne sait point faire autre chose. Il est bien important que le général Sainte‑Suzanne ou le maréchal Moncey aillent prendre ce commandement. Le général Rampon est incapable d’un système de prudence et de combinaison de cette espèce. Je vous ai déjà mandé cela. Il faut avoir, pour observer Gand, An­vers, Ostende, l’île de Cadzand et mes places de Flandre, les divisions Olivier et Chambarlbac et les divisions de gardes nationales des généraux Ram­pon et Soulès, sous les ordres d’un maréchal. Je compte que vous avez envoyé là une vingtaine de majors, huit ou dix généraux de brigade, et que vous aurez pris toutes les mesures pour atteler soixante pièces d’artillerie pour le service de ce corps, et que vous avez envoyé le général Klein pour former trois régiments provisoires de cavalerie. Je compte également que les 30,000 gardes nationales s’organi­sent en seconde ligne, et que vous prenez des me­sures pour leur donner douze pièces de canon par division ; ce qui, avec le corps du duc de Valmy, me formera trois corps pour la défense du Nord ; et, pendant qu’ils s’augmenteront tous les jours, les Anglais diminueront tous les jours par les ma­ladies et parce qu’ils ont avec eux tout ce dont ils peuvent disposer. Une fois que les 30,000 hommes de gardes nationales seront sur pied, ne les licen­ciez pas sans mon ordre, et même si les Anglais se retiraient, ne prononcez rien sur elles que je n’aie statué.

Les mesures que vous avez prises pour la gen­darmerie sont mesquines. C’est de tous les points du nord de la France qu’il faut la diriger, de ma­nière à en former quatre régiments.

J’ai dit dans ma lettre qu’il ne fallait envoyer au­cun secours au général Monnet ; mais je n’ai point entendu dire qu’il ne fallait pas lui envoyer quelques compagnies d’artillerie, quelques officiers de cette arme, des détachements de sapeurs et surtout des vivres. Cela est toujours nécessaire dans une place.

D’après la minute. Archives de l’Empire.

 

 

1179. ‑ ORDRES CONCERNANT LE SERVICE ET L’EXPLOIT DES INGÉNIEURS GÉOGRAPHES.

Camp impérial de Schœnbrunn, 9 août 1809.

1. Le corps des ingénieurs‑géographes ne rece­vra d’ordres que de l’adjudant commandant Bacler d’Albe. Les ingénieurs correspondront avec lui et lui remettront leurs travaux. Ils recevront mes or­dres par son canal.

2. Tous les ingénieurs‑géographes attachés aux maréchaux rejoindront sur‑le‑champ le quartier général.

3. Chaque soir il me sera fait un rapport sur le travail de chaque ingénieur.

4. Je suis peu satisfait des travaux que les ingé­nieurs ont faits pendant la campagne. On ne m’a pas remis la reconnaissance entre Passau et Krems. La position d’Enns, quoique bien coloriée, est mal faite sous les rapports militaires ; il n’y a point de place pour y tracer une tête de pont, et le point essentiel de Mauthausen ne s’y trouve point ; il n’a point de mémoire à l’appui. Il faut recommencer cet ouvrage et y joindre un mémoire descriptif. Le champ de bataille d’Ebelsberg est sans mémoire ; il ne sert pas à mes combinaisons. La reconnaissance sur la droite du Danube, devant Vienne, n’est pas com­plète ; elle devait commencer à Nussdorf et aller jusqu’à l’île Napoléon. Je n’ai point la reconnais­sance de Passau ; je n’ai pas eu celle de la rivière de Raab. La reconnaissance des communications entre les deux routes de Vienne à Znaym et de Vienne à Nikolsburg est mal faite et peu utile. Par exemple, de Laa on arrive au moulin de Ruehof, et on traverse ensuite un marais pour aller à Znaym ; au lieu de détailler les ponts et les bras de la ri­vière, on a fait une chaussée embrouillée. Cette carte pourrait tout au plus convenir à un particulier voyageur ; elle ne peut militairement être utile. Le chemin de Znaym à Nikolsburg est mal tracé ; il y a près de Znaym un ruisseau, des marais, un pont, qui ne sont point marqués. L’ingénieur n’a point placé tous les villages ; il n’y a point de population écrite. Quand je demande une reconnaissance, je ne veux pas qu’on me donne un plan de campagne. Le mot l’ennemi ne doit pas être prononcé par l’in­génieur. Il doit reconnaître les chemins, leur nature, les pentes, les hauteurs, les gorges, les obstacles, vérifier si les voitures peuvent y passer, et s’abstenir absolument de projets de campagne.

5. On ne présentera un projet de répartition de travail entre les ingénieurs qui sont ici.

1° J’ai besoin de connaître le Danube d’ici à Raab, la Raab jusqu’à sa source, avec les princi­pales rivières qui y tombent (rive gauche) et celles qui communiquent avec le lac de Neusiedel, de manière qu’on puisse voir facilement tous les débouchés qui communiquent d’OEdenburg et du lac avec le Danube et la Raab, ensuite du lac avec les montagnes de Styrie, pour de là se porter au Semring‑Berg et à Vienne.

J’ai besoin de connaître le cours de la Taya, et le cours de la March avec ses ponts et ses débou­chés sur les monts Karpathes, de manière qu’en prenant pour base la route de Vienne à Brünn on fasse connaître comment on peut arriver des Karpa­thes sur Vienne et sur la route de Brünn. Cela sup­pose une connaissance parfaite de la March, des monts Karpathes et du pays entre les Karpathes et Vienne.

3° Je désire connaître le pays compris entre la route de Vienne à Znaym et le Danube, en le re­montant jusqu’à Mœlk ; il est essentiel d’avoir les communications de Krems vers la route de Znaym, de Krems et de Mœlk vers la Bohême.

4° On reconnaîtra tout le pays d’ici à Saint-­Pœlten et de là au Danube, afin de bien connaître toutes les communications de Saint‑Pœlten au Da­nube et à Vienne. Une bonne étude de ces monta­gnes, qui sont presque partout praticables, serait un ouvrage important à avoir toujours au bureau, puisque ces montagnes couvrent Vienne.

5° On complétera ce travail en prenant pour base la route de Vienne à Saint‑Pœlten, et gagnant de là le Semring pour revenir à Vienne. On étudiera bien l’intérieur de ce dernier triangle et les diffé­rentes communications qui le traversent.

Ces reconnaissances embrasseront un terrain de près de 20 lieues de rayon autour de Vienne et en donneront une connaissance parfaite.

Deux ou trois ingénieurs seront chargés de cha­cune de ces reconnaissances ; ils étudieront bien le pays. On aura par ce moyen à l’état‑major des offi­ciers instruits qui seront plus utiles que les guides. C’est ainsi que travaillaient autrefois les ingénieurs-­géographes des armées ; c’est en suivant leur exemple que les ingénieurs‑géographes acquerront l’es­time et la considération.

6° Quand l’armée marchera, les ingénieurs­-géographes qui auront reconnu le pays seront toujours à l’état‑major, afin de donner tous les renseignements nécessaires. Leurs mémoires de recon­naissance seront toujours du style le plus simple et purement descriptifs. Ils ne s’écarteront jamais de leur sujet pour présenter des idées étrangères. Une méthode précise est la seule qui convienne à l’Em­pereur. On annoncera la longueur des chemins et leur largeur, leurs qualités ; on dessinera exacte­ment les détours des chemins, qui souvent ne peu­vent s’expliquer que par la bizarrerie du terrain. Les rivières doivent être aussi tracées et mesurées avec soin, les ponts et les gués marqués. Le nombre des maisons et des habitants des villes et des villages sera indiqué. Autant que possible, on cotera les hauteurs des collines et montagnes, afin qu’on puisse facilement juger les points dominants ; ces cotes ne doivent être que relatives entre elles. On ne peut sur ce point, et sur beaucoup d’autres, entrer dans des détails trop minutieux ; mais il faut exprimer toujours de la manière la plus simple comment la chose se peint à l’œil de l’observateur.

7. Il y aura une échelle constante pour tous les dessins.

NAPOLÉON.

D’après la copie. Dépôt de la guerre.

 

 

1180. ‑ ORDRES CONCERNANT LA NAVIGATION DU DANUBE.

Camp impérial de Schœbrunn, 10 août 1809.

Il sera mis en construction à Passau trente ba­teaux capables de porter 2 à 300 hommes. Dix seront faits par économie et par les ouvriers de la marine qui sont à Passau ; vingt seront achetés, ce qui fournira un transport de 6 à 9,000 hommes ; l’ingénieur de la marine déterminera un gabarit uniforme pour tous les bateaux destinés au trans­port des troupes et tel qu’ils puissent naviguer par les plus basses eaux.

Un ingénieur de la marine sera spécialement chargé de veiller à leur bonne construction.

Ces bateaux seront payés par l’artillerie.

L’embargo qui avait été mis sur les bateaux d’Ulm et de Ratisbonne sera levé.

Tous les bateaux passant à Passau s’arrêteront à un poste déterminé, et on pourra mettre sur cha­que bateau un certain nombre de militaires, sans rien changer au nolis de ces bateaux. On payera au commerce 3 francs par homme, de Passau à Vienne. Les militaires arrivant à Passau pourront y être retenus pendant trois ou quatre jours, pour attendre une occasion pour les faire arriver par eau à Vienne.

Il sera fait à Vienne un recensement de tous les bateaux qui appartiennent à l’armée ; ils seront remis à la marine ; un ingénieur de la marine sera chargé de les faire mettre en état. On leur affectera une place sûre et convenable pour la facilité des travaux.

Les bateaux qui appartiennent au commerce au­ront un emplacement spécial. Les négociants qui voudront faire remonter leurs bateaux en seront libres.

L’intendant général fera un rapport sur le halage et les moyens à employer pour organiser le retour des bateaux en remontant jusqu’à Linz et Passau. En rassemblant les bateaux arrivant à Vienne, la marine aura des moyens pour transporter 20,000 hommes sur le Danube.

Le colonel Baste fera mettre sur chaque bateau qui descendra à Raab trois marins, qui apprendront la navigation du Danube. Ils reviendront à Vienne en poste et recommenceront le voyage, de sorte qu’on puisse aller à Raab sans le secours des gens du pays.

La navigation de Passau à Vienne se fera par le bataillon des marins, qui étudieront le cours du fleuve de manière à pouvoir se diriger seuls ; lorsqu’il sera nécessaire d'en faire retourner à Passau prendre d’autres bateaux, ils seront envoyés en poste.

Le colonel Baste présentera un projet pour l’or­ganisation de deux compagnies de pilotes ; l’une fera le service de Passau à Vienne, et l’autre de Vienne à Raab. Il placera des officiers de marine à Ulm, à Donauwœrth, à Ingolstadt, à Ratisbonne, à Passau, à Linz, à Mœlk, à Vienne et à Raab. Ces officiers auront avec eux un bateau armé pour faire la police de la rivière et visiter tout ce qui passera.

Les lieux d’embarquement où devront s'arrêter les bateaux passant à Passau, Linz, Mœlk et Vienne seront fixés, et il y sera placé un poste de marins.

Le colonel Baste fera un rapport sur la naviga­tion du Danube.

L’intendant général, le général commandant en chef l’artillerie et le général Bourcier, sont chargés de l’exécution du présent ordre.

NAPOLÉON.

D’après l’original. Dépôt de la guerre.

 

 

1181. - TACTIQUE A SUIVRE VIS‑A‑VIS DU CORPS ANGLAIS DÉBARQUÉ DANS L’ILE DE WALCHEREN.

AU GÉNÉRAL CLARKE, COMTE D’HUNEBOURG, MINISTRE DE LA GUERRE, A PARIS.

Schœnbrunn, 16 août 1809.

Voici mes ordres sur ce qu’il y a à faire contre l’expédition anglaise. Je vous ai donné les mêmes ordres à plusieurs reprises dans mes lettres ; je veux vous les renouveler. Point d’offensive, point d’attaque, point d’audace. Rien ne peut réussir avec de mauvaises ou de nouvelles troupes ; si l’on attaque Flessingue, on les compromet. Le général Monnet s’est déjà trop battu, s’il est vrai qu’il a perdu 1,400 hommes. Que veulent les Anglais ? prendre Flessingue, l’île de Walcheren. C’est une opération impossible, puisque la possession de l’île de Wal­cheren. dépend de la prise de Flessingue. Quand ils seront à 100 toises de la place, on peut lâcher les écluses, et l’île sera inondée. Tant que Flessingue aura un morceau de pain, elle est imprenable ; l’essentiel est donc de rafraîchir les vivres et de jeter dans la place une trentaine de braves et 2 à 300 canonniers. Ces braves sont des officiers du génie, d’artillerie, des majors, etc. Anvers, en supposant que l’ennemi vienne l’assiéger, peut être également défendu par l’inondation. Les forts sont armés et garnis d’artillerie. La garnison est de 6,000 hommes de gardes nationales et de 6,000 hommes de l’escadre. Il y a des magasins de vivres pour huit mois. Anvers peut donc se défendre huit mois. Recommandez au ministre Dejean, qui doit s’être rendu sur les lieux par mes ordres, d’inspecter l’armement et l’approvisionnement de cette place, de mettre des canonniers et des ingénieurs à chaque fort, avec la quantité de vivres et d’artillerie nécessaire. Avec cela, Anvers est imprenable ; les Anglais l’assiégeraient en vain pendant six mois. Ils ne peuvent donc prendre ni Flessingue ni Anvers. Ils ne peuvent prendre l’escadre ; elle est en sûreté à Anvers.

Tout porte à penser que les Anglais ne débarqueront pas dans l’île de Cadzand sans avoir pris Flessingue. S’ils y débarquent, ils disséminent leurs troupes, Ils n’ont pas plus de 25,000 hommes ; ils ne pourraient pas jeter plus de 6 à 7,000 hommes dans l’île de Cadzand, et ils y seraient compromis. Il ne s’agirait donc que de choisir dans l’île un champ de bataille, d’y élever quelques redoutes et batteries de campagne, et d’avoir 12 à 15,000 hommes à portée de s’y rendre. Les batteries du fort Napoléon doivent être à l’abri d’un coup de main. Les Anglais iront‑ils à Berg‑op‑Zoom ? Cette place est en état,                    et là ils seraient disséminés. Ils ne  peuvent avoir moins de 10 à 12,000 hommes dans l’île de Walcheren et 10,000 dans le Sud-Beveland pour défendre la droite de l’Escaut et le fort de Bath, et il ne leur reste plus de monde pour rien entreprendre sur la                    rive gauche. Or Flessingue et Anvers sont impre­nables. Cependant, tout ce qui rend impossible l’acheminement des Anglais sur Anvers, je l’ap­prouve, tels que l’inondation des environs de Berg­-op‑Zoom, le rétablissement du fort Saint‑Martin et les fortifications le long du canal de Berg‑op-Zoom.

Tandis qu’on passera dans cette situation les mois d’août et de septembre, les 30,000 gardes natio­nales, avec de bons généraux, majors et officiers, seront réunies ; le duc de Walmy aura réuni 10,000 hommes à Wesel ; les divisions Olivier et Chambarlhac auront pris une nouvelle consistance, et les deux divisions de gardes nationales des géné­raux Rampon et Soulès seront complétées. Alors, avec cet ensemble de forces de 70,000 hommes de gardes nationales et de troupes de ligne françaises, et 15 ou 16,000 Hollandais, on pourra, sur le bruit seul de cet armement, décider les Anglais à se rem­barquer, marcher à eux et les détruire. Mais point d’opérations prématurées, qui ne peuvent réussir avec de mauvaises troupes ; point d’échec, de la sagesse et de la circonspection. Le temps est con­tre les Anglais : toutes les semaines nous pouvons mettre 10,000 hommes de plus sous les armes et eux les avoir de moins. Mais pour cela il faut de l’ordre, ne pas mêler les gardes nationales avec la ligne ; il faut que la division Rampon reste une, que la division Soulès reste une, que les cinq autres divisions de gardes nationales, forment dans cinq endroits différents, comme je l’ai ordonné ; une par exemple       à Anvers, une à Ostende, une à Bruxelles, une à Lille, une à Saint‑Omer ou Boulogne, etc­. Vous pouvez changer ces points de réunion ; mais en général, il faut que les gardes nationales soient réunies et aient de bons officiers, et qu’elles n’aillent pas se mettre par 1,500 devant l’ennemi sans ordre. Elles y vont, il est vrai, mais elles reviennent bien plus vite. Ce que je vous recom­mande surtout, c’est de prendre garde de ne pas épuiser, en les éparpillant, cette ressource des gardes nationales.

D’après la minute. Archives de l’Empire.

 

 

1182. ‑ RAISONS POUR LESQUELLES LES 4es BA­TAILLONS NE DOIVENT PAS AVOIR DE COMPAGNIES D’ÉLITE.

AU GÉNÉRAL CLARKE, COMTE D’HUNEBOURG,

MINISTRE DE LA GUERRE, A PARIS.

Schœnbrunn, 17 août 1809.

Monsieur le Général, la question que vous me faites sur les grenadiers et voltigeurs des 121è et 122è régiments me donne lieu de vous écrire cette lettre pour vous faire connaître en général mon intention.

Les 4es bataillons ne devraient avoir ni grenadiers ni voltigeurs, et, à la paix, lorsque je ferai un règle­ment sur l’armée, mon intention est de les supprimer et de ne composer ces bataillons que de six compagnies de fusiliers. Je ne fais pas un règle­ment aujourd’hui, parce que les 4es bataillons qui sont au corps du maréchal Oudinot et du duc d’Abrantès ont des grenadiers et des voltigeurs, et qu’il serait fâcheux de les supprimer.

Vous sentirez facilement les raisons que j’ai de ne pas vouloir de grenadiers et de voltigeurs aux 4es bataillons : c’est, 1° parce que les 4es bataillons doivent recruter les trois premiers, et qu’au fond, lorsque la guerre sera éloignée, ils ne feront guère autre chose que de se compléter et de se rendre à l’armée pour y être incorporés, et qu’enfin, en sup­posant une guerre de frontières et que les 4es ba­taillons soient à l’armée, il n’y aurait pas d’incon­vénients qu’ils n’eussent pas de grenadiers ni de voltigeurs, puisqu’en formant alors les trois pre­miers bataillons, à six compagnies de fusiliers et réunissant en un bataillon les trois compagnies de grenadiers et les trois compagnies de voltigeurs, on aurait ainsi un bataillon d’élite de six compagnies.

Donnez donc l’ordre à tous les 4es bataillons qui sont en France de ne former aucune compagnie de grenadiers ni de voltigeurs, et aux inspecteurs aux revues de ne pas les payer. Faites cela par une décision particulière, de vous, afin qu’il n’en résulte aucun inconvénient pour les compagnies de gre­nadiers et de voltigeurs des 4es bataillons qui sont à l’armée.

NAPOLÉON.

D’après la copie. Dépôt de la guerre.

 

 

1183. ‑ NOUVELLES INSTRUCTIONS CONCERNANT LES MESURES A PRENDRE CONTRE LES ANGLAIS.

AU GÉNÉRAL CLARKE, COMTE D’HUNEBOURG,

MINISTRE DE LA GUERRE, A PARIS.

Schœnbrunn, 18 août 1809.

Je vois, par votre lettre du 12, que vous avez reçu enfin ma lettre ; cela me fait grand plaisir. J’espère que vous aurez reçu aussi mes instructions et que vous aurez écrit sur‑le‑champ aux personnes qui commandent, pour qu’on ne fasse pas d’opé­rations insensées et qu’on ne prenne l’offensive nulle part, à moins qu’on ne soit quatre contre un et qu’on n’ait beaucoup d’artillerie de campagne. La présente expédition des Anglais ne peut avoir, encore une fois, aucun résultat ; et la seule manière de lui en donner un serait d’aller imprudemment les attaquer, parce qu’alors nos gardes nationales seraient démoralisées et que les effets s’en feraient sentir sur toutes celles qui sont en réserve. L’île­ de Walcheren a pour défense la fièvre et le mauvais air, qui m’ont toujours empêché d’y laisser des troupes, et Flessingue est imprenable moyennant l’inondation. Quant à l’île de Cadzand, l’ennemi ne pourra jamais l’attaquer avec succès, si l’on y tient 15 ou 16,000 hommes et trente pièces de canon et si l’on y choisit d’avance un bon champ de bataille, fortifié par quelques digues ou courants d’eau. Il faudrait, s’il est possible, que cette position fût appuyée à la batterie Napoléon. Alors, après s’être opposé au débarquement, on se retirerait dans ce camp retranché. En dix jours quelques ouvrages nécessaires seraient terminés. L’ennemi devrait perdre du temps pour reconnaître notre position ; on se renforcerait, et l’on finirait par le rejeter dans la mer.

Ne pouvant pas prendre l’île de Walcheren, les Anglais ne prendront pas davantage Anvers. Il faut que l’escadre s’y renferme. Anvers ne pourra jamais être bloqué. Il ne pourra être assiégé que d’un côté, et le moment où les Anglais se présenteraient pour cela serait celui de les jeter dans l’eau. Si je com­mandais les forces anglaises, je ne croirais pas pouvoir mettre le siège devant Anvers avec moins de 60,000 hommes, et encore j’aurais la crainte d’être battu et jeté dans la mer. Cette opération des Anglais est donc insensée. Tous les jours nous avons des milliers d’hommes de plus, et tous les jours ils en ont des milliers de moins. Tous les jours nous croyons davantage au succès, et tous les jours ils craignent davantage un revers et voient s’approcher une catastrophe.

Je vois que l’approvisionnement de Flessingue était, au 1er août, pour 4,000 hommes pendant trois mois ; c’est la même chose que pour 8,000 hommes pendant six semaines ; or certainement le général Monnet a là 8,000 hommes ; je croirais donc cette place mal approvisionnée si je ne voyais 600,000 rations de pain, vin et viande, ce qui fait pour 6,000 hommes pendant cent jours. Fles­singue a donc des vivres pour quatre ou cinq mois.

Je désire que vous y envoyiez un officier, que vous chargerez de vérifier cet approvisionnement et d’en dresser procès-verbal, et que vous écriviez au général Monnet que je compte qu’il tiendra par les vivres qu’il a jusqu’au 1er février. Indépendamment de cela, il faut préparer des vivres pour les lui faire passer, si cela était nécessaire.  

Veillez également à l’approvisionnement d’Anvers. Il y faut du biscuit, des vivres, de la farine en quan­tité suffisante jusqu’au 1er février.

Je pense qu’il n’y a aucune possibilité que l’en­nemi puisse jamais investir Anvers sur la rive gauche. Je ne vois pas que vous y ayez envoyé assez d’officiers du génie et d’artillerie. J’estime que, pour défendre la ville, il faut au moins quinze officiers d’artillerie, indépendamment de ceux des compagnies, et au moins neuf officiers du génie. Nommez vous‑même un homme de confiance pour commander sur la rive gauche. Il se tiendra à la Tête‑de‑Flandre et aura sous lui deux majors, qui commanderont les deux forts situés l’un à l’aval, l’autre à l’amont de la place. Ordonnez que ces deux forts aient leur approvisionnement séparé, de manière qu’ils puissent continuer de se défendre et rester intacts, quand même Anvers serait pris. Nommez aussi un commandant de la citadelle et assez d’adjudants pour pouvoir faire le service de la place.

Faites passer l’inspection des gardes nationales ; qu’elles soient bien organisées et surtout bien armées.

La perte du fort de Bath est l’accident le plus­ fâcheux qui ait pu nous arriver, mais cela est sans­ remède, et pour tenter de le reprendre il ne faut pas engager une affaire où il n’y aurait pas d’espérance de succès.

Voyez le ministre de la marine pour que décidément mon escadre se mette en sûreté dans Anvers. Je la trouve mal placée comme elle est. Je voudrais la voir dans l’enceinte de la ville et couverte par les remparts. On pourrait laisser seulement un vaisseau et une frégate du côté de Lillo.

Je vois avec peine que vous ayez employé le général Dupont Chaumont ; cela n’est pas con­venable ; envoyez‑le ailleurs.

Je ne saurais trop vous le répéter, il faut agir avec prudence, ne pas compromettre de mauvaises troupes et ne pas avoir la folie de croire, comme bien du monde, qu’un homme, est un soldat. Les troupes de la nature de celles que vous sont celles qui exigent le plus de redoutes, de travaux et d’artillerie. Il faut à ces troupes les quatre pièces de canon par bataillon que prescrit l’ordonnance, mais il faut très-peu de caissons, parce qu’on se battra près de nos dépôts. Ainsi l’attelage ne doit pas être très‑coûteux. Il faut d’autant plus d’artillerie à une troupe qu’elle est moins bonne. il est des corps d’armée avec lesquels je ne demanderais que le tiers de l’artillerie qui me serait nécessaire avec d’autres corps d’armée.

D’après la minute. Archives de l’Empire.

 

 

1184. ‑ FAUTES COMMISES EN ESPAGNE.

AU GÉNÉRAL CLARKE, COMTE D’HUNEBOURG,

MINISTRE DE LA GUERRE, A PARIS.

Schœnbrunn, 18 août 1869.

       Je reçois votre lettre du 12. Je vois qu’il n’y a pas de lettres d’Espagne aujourd’hui. Il me tarde d’apprendre des nouvelles de ce pays et de la marche du duc de Dalmatie. Quelle belle occasion on a manquée ! 30,000 Anglais à 150 lieues des côtes devant 100,000 hommes des meilleures troupes du monde ! Mon Dieu ! qu’est‑ce qu’une armée sans chef!

D’après la minute. Archives de l’Empire.

 

 Copyright www.stratisc.org - 2005 - Conception - Bertrand Degoy, Alain De Neve, Joseph Henrotin