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Histoire Militaire et Stratégie
Correspondance de Napoléon
RIHM
 

 

Correspondance militaire
de Napoléon Ier

Extraite de la correspondance générale et publiée

Par ordre du ministère de la guerre

Tome sixième

Paris - 1876

 

 

1185. – REPROCHES A ADRESSER AU MARÉCHAL JOURDAN AU SUJET DE LA BATAILLE DE TALAVERA.

AU GÉNÉRAL CLARKE, COMTE D’HUNEBOURG,

MINISTRE DE LA GUERRE, A PARIS.

Schœnbrunn, 21 août 1809.

Faites connaître au maréchal Jourdan mon extrême mécontentement  des inexactitudes et des faussetés qui se trouvent dans ses rapports sur les    affaires des 26, 27, 28 et 29 juillet ; que ses dé­pêches ne me font pas connaître les événements comme ils se sont passés, et que c’est la première fois qu’on se moque ainsi du Gouvernement. Il dit que le 28 on s’était emparé du champ de bataille     de l’armée anglaise, c’est‑à‑dire de Talavera et du plateau sur lequel était appuyée sa gauche, tandis que les rapports subséquents et ceux de différents        officiers disent le contraire et que nous avons été     repoussés toute la journée. Faites‑lui sentir que cette infidélité envers le Gouvernement est un véri­table crime, et que ce crime a manqué d’avoir des        résultats funestes, puisque, ayant appris la nouvelle que les Anglais avaient été battus et que dans cette affaire une armée qui n’était que la moitié de nos    forces avait suffi pour les chasser, cela allait influer sur mes déterminations, lorsque heureusement j’ai appris à temps que mon armée avait été          battue, c’est‑à‑dire qu’elle n’avait pris ni Talavera ni le plateau ; qu’il pouvait dire dans le journal de Madrid tout ce qu’il voulait, mais qu’il n’a pas le droit de déguiser la vérité au Gouvernement.

  Dans une lettre séparée, vous ferez connaître au maréchal Jourdan que les affaires ont été mal dirigées ; que le maréchal Soult devait venir de Sala­manque par Avila sur Madrid, et que, les corps ayant marché isolément, dès le 27 ou le 28 la tête        serait arrivée ; qu’il aurait fallu, pendant ce temps, reculer à petites journées et ne donner bataille sous Madrid que lorsque toutes nos forces auraient été        réunies ; que la marche du maréchal Soult et de ses trois corps sur Plasencia était dangereuse et surtout inutile : dangereuse, puisque notre armée pouvait   être battue à Talavera sans qu’on lui portât secours,    et qu’on compromettait ainsi la sûreté de toutes mes armées en Espagne, tandis que les Anglais n’avaient rien à craindre, car en trois heures de temps ils        pouvaient se mettre derrière le Tage, et, soit qu’ils le repassassent à Talavera, soit qu’ils le repassassent au pont d’Almaraz, soit partout ailleurs, ils avaient   leur ligne d’opération sur Badajoz à l’abri ; qu’on        a donc compromis mes meilleures troupes et le sort de l’Espagne par ignorance des règles de la guerre        et sans que, en cas de succès, on pût obtenir un        résultat ; qu’enfin, puisqu’on avait fait l’énorme faute de se diviser en deux armées de 50,000 hommes chacune, que des montagnes et une grande étendue de pays séparaient, on devait au moins ne livrer bataille qu’à peu près en même temps ; or il était bien évident que le maréchal Soult ne pouvait pas arriver avant le 4 à Plasencia, puis­ qu’il ne commettrait pas la faute d’y arriver sans le 6è corps, lequel étant à Astorga ne pouvait tout au plus arriver qu’à cette époque ; au lieu que l’autre armée de 50,000 hommes, du côté de Madrid, pouvait manœuvrer et gagner quelques jours sans livrer bataille ; les Anglais certes ne se seraient pas compromis s’ils l’avaient trouvée dans une bonne position ; qu’enfin, arrivé devant Talavera,  on savait bien qu’on avait l’armée anglaise en présence ; on le savait par les prisonniers qu’on avait faits les jours précédents ; il est donc de la dernière absurdité de les avoir attaqués sans les avoir reconnus ; il était bien évident que, ceux‑ci ayant placé leur droite sur Talavera (où se trouvaient les Espagnols, qui, s’ils ne valent rien en plein        champ, sont du moins de bonnes troupes lorsqu’ils        peuvent se retrancher dans des maisons) et leur gauche sur un plateau, il fallait s’assurer si ce pla­teau ne pouvait être tourné ; que cette position de l’ennemi exigeait donc des reconnaissances préa­lables, et qu’on a conduit mes troupes sans discernement, comme à la boucherie ; qu’enfin, étant résolu à la bataille, on l’a donnée mollement, puisque mes armes ont essuyé un affront, et que 12,000 hommes de réserve sont cependant res­tés sans tirer ; que les batailles ne doivent pas se donner si l’on ne peut calculer en sa faveur soixante-­dix chances de succès sur cent ; que même on ne doit livrer bataille que lorsqu’on n’a plus de nou­velles chances à espérer, puisque de sa nature le sort d’une bataille est toujours douteux ; mais qu’une fois qu’elle est résolue on doit vaincre ou périr, et que les aigles françaises ne doivent se ployer en retraite que lorsque toutes ont fait également leurs efforts ; que cette manière de conduire mes armées excite d’autant plus mon mécontentement que je sais que le duc de Bellune pensait que, si la réserve avait été mise sous ses ordres, il aurait enlevé la position des Anglais ; qu’il a fallu la réunion de toutes ces fautes pour qu’une armée comme mon armée d’Espagne ait été ainsi bravée par 30,000 Anglais ; mais que, tant qu’on voudra attaquer de bonnes troupes comme les troupes anglaises dans de bonnes positions, sans reconnaître ces positions et s’assurer si on peut les enlever, on me conduira des hommes à la mort en pure perte.

D’après la minute. Archives de l’Empire.

 

 

1186. - INSTRUCTIONS POUR LA DÉFENSE D’ANVERS.

AU GÉNÉRAL COMTE REILLE,

AIDE DE CAMP DE L’ EMPEREUR,

A SCHOENBRUNN.

Schœnbrunn, 24 août 1809.

Monsieur le Général Reille, dirigez‑vous sur Mayence, de Mayence sur Maëstricht et de là sur Anvers. Vous trouverez probablement à Maêstricht le duc de Valmy.

Comme vous n’arriverez que dans les premiers   jours de septembre, il n’est guère possible de prévoir ce qui se sera passé alors. Mes dernières nouvelles d’Anvers sont du 16. Le prince de Ponte‑Corvo avait sa droite appuyée à Berg‑op‑Zoom et sa gauche au fort Lillo, ayant devant lui les marais de Berg‑op‑Zoom. Le fort Lillo était fortement occupé, ainsi que l’île de Cadzand, Terneuse et la Tête-de-Flandre. L’escadre était à Anvers et la ville était armée.

Mon intention est que vous fassiez connaître au prince de Ponte‑Corvo, comme je lui en ai déjà fait donner l'instruction par le ministre de la guerre que dans aucun cas il ne doit se laisser couper d’Anvers, et que, si l’ennemi était supérieur et marchait sur Anvers, il doit s’y tenir comme dans un camp retranché, ayant sa communication avec la France par la Tête‑de‑Flandre, où dans ce cas doit être appuyée la droite du duc de Conegliano, qui est chargé de la défense de la rive gauche. Le duc de Valmy, destiné à agir en espèce de partisan dans le même cas, doit battre la campagne et inquiéter l’ennemi en se tenant en communication avec le duc de Conegliano. 60,000 gardes nationales qui sont sur pied, dont partie est sous les ordres du duc de Conegliano et partie sous les ordres du duc d’Istrie, manœuvreront pour marcher d’accord. Les généraux Chambarlhac, Olivier et Dallemagne, généraux accoutumés à la guerre, le sénateur Colaud, qui a le commandement d’Anvers, les sénateurs Rampon et Soulès sont à l’armée.

Mon intention est que vous restiez là pour être employé, sous les ordres du prince de Ponte-Corvo, à la défense d’Anvers, et de manière à contribuer de tous vos moyens au succès des opérations. Vous pourrez m’écrire tous les jours pour m’instruire de ce qui se passe. Je compte sur votre zèle et sur votre attachement à ma personne pour rendre tous les services que vous pourrez, soit du côté d’Anvers, soit aux différents maréchaux.

L’escadre doit contribuer à la défense d’Anvers. Ce serait une folie de la faire sortir d’Anvers ; elle doit se placer en aval et en amont,  pour aider à la défense de la ville et en être protégée. Tout me porte à espérer que le grand nombre de troupes que j’ai réunies sur l’Escaut rendra nuls les efforts de l’ennemi. Il ne pourrait forcer le fort Lillo qu’en l’assiégeant par terre ; ce qui donnerait le temps et offrirait les occasions de tomber dessus. Le roi de Hollande doit de son côté réunir tous ses moyens. Vous irez voir ce prince, le prince de Ponte‑Corvo, le duc de Conegliano ; enfin vous devez vous servir du double caractère d’envoyé par moi et de mon aide de camp pour faire ce qui sera le plus avan­tageux pour mon service.

Si les circonstances étaient pressantes, vous pourrez dire que je vais arriver à Paris.

NAPOLÉON.

D’après la copie comm. par M. le maréchal Reille.

 

 

1187. - MAUVAISES DISPOSITIONS DES BATTERIES D’ARTILLERIE A ANVERS.

AU GÉNÉRAL CLARKE, COMTE D’HUNEBOURG,

MINISTRE DE LA GUERRE, A PARIS.

Schœnbrunn, 2 septembre 1809.

La manière dont je vois qu’on organise la défense d’Anvers montre peu de talent. Au lieu de mettre les batteries à 1,000 et 1,500 toises l’une de l’autre, où elles ne peuvent se secourir que faiblement et sont obligées de lutter séparément contre toutes les forces de l’ennemi, il fallait réunir cette masse de canons dans un court espace, de manière qu’ils puissent se défendre ensemble et frapper le même but. Je m’étonne toujours comme les notions les plus simples sont inconnues au génie et à l’artil­lerie. Cinq cents pièces de canon disposées en batteries de douze pièces, à 1,000 toises l’une de l’autre, ne coûteront guère plus à éteindre que quinze ; au lieu que cinq cents pièces placées, trois cents sur une rive et deux cents sur l’autre, divisées en batteries de vingt pièces, à la distance de 25 toises l’une de l’autre, selon les localités, for­meraient quinze batteries de vingt pièces d’un côté, lesquelles pourraient tirer au même moment sur tout bâtiment qui s’avancerait. Ces batteries ainsi placées formeraient une barrière infranchissable.

Je voudrais voir réunies autour de Lillo ou près d’Anvers, en avant du coude, toutes les pièces que l’on a éparpillées dans un long cours.

Si Lillo et Liefkenshoek sont environnés de quatre ou cinq batteries, et qu’ils puissent tirer chacun cinquante pièces de 36 ou de 24 et une douzaine de mortiers, ces forts feront un terrible tapage. Les plus grands moyens éparpillés ne produisent aucun résultat en artillerie, comme en cavalerie, en infanterie, en places fortes et dans tout le système militaire.

J’ajouterais beaucoup de réflexions, mais elles seraient tardives. Gardez‑les pour votre gouverne ; ne les envoyez pas même à Anvers, cela ne servirait qu’à décourager. Je vois que des choses que je vous écrivais, vous les avez envoyées à Anvers, quoi­qu’elles ne fussent plus appropriées à la circon­stance ; ce qui ne peut être d’aucun résultat.

D’après la minute, Archives de l’Empire.

 

 

1188. ‑ PROJET D’ORGANISATION DES GARDES NATIONALES EN HUIT ARMÉES.

AU GÉNÉRAL LACUÉE, COMTE DE CESSAC, DIRECTEUR DES REVUES ET DE LA CONSCRIPTION MILITAIRE, A PARIS.

Schœbrunn, 4 septembre 1809.

Les événements qui se passent aujourd’hui font voir la nécessité d’avoir une organisation perma­nente des gardes nationales. S’il fallait se tenir dans un système de circonspection et de prudence, toute l’armée française serait nécessaire pour garder les côtes de France, et, avec trois cents bâtiments de transport et 30,000 hommes embarqués aux dunes, les Anglais paralyseraient 300,000 hommes de nos troupes, c’est‑à‑dire nous réduiraient au rang des puissances de second ordre. Les gardes nationales peuvent seules partout leur faire face. Je désire faire présenter dans la prochaine législature un projet d’organisation des gardes nationales en huit armées, formant près de 300,000 hommes, chaque département de 200,000 hommes de population fournissant deux bataillons ou douze compagnies de 1,680 hommes, et cela organisé par division militaire. Ainsi la 24è division militaire fournirait deux divisions formant 14,000 hommes ; la 25è, une division de 7,000 hommes ; la 26è, deux divi­sions formant 12,000 hommes ; la 16e, deux divi­sions de 10,000 hommes ; la 15è, une division de 12,000 hommes. Ces cinq divisions militaires com­poseraient l’armée du Nord, forte de près de 50,000 hommes. Cette force organisée d’avance, un peu exercée, pourrait se porter sur Boulogne, sur Flessingue, sur Anvers, sur Wesel, selon les événe­ments, en très‑peu de jours.

Si les Anglais se portent sur le Havre, la 2è ar­mée, forte de 50,000 hommes, s’y porterait de son côté, par un à‑droite ; ce qui formerait une réunion de 100,000 hommes sur un même point de débarquement.

La 3è armée, forte de 10,000 hommes, serait destinée à protéger Bordeaux, l’embouchure de la Charente, Rochefort et les Pyrénées.

La 4è armée, forte de 25,000 hommes, serait destinée à se porter sur Montpellier et Marseille.

La 5è armée, forte de 30,000 hommes, serait destinée à protéger Toulon.

La 6è armée, forte de 24,000 hommes, serait destinée à soutenir Gènes et Livourne.

La 7è armée serait l’armée du Rhin, forte d’une quarantaine de mille hommes.

Enfin la 8è armée serait celle du centre et pour­rait être forte de 70,000 à 80,000 hommes.

Je vous envoie le croquis que j’ai ébauché. Je pense qu’il faut forcer le contingent des bons dé­partements de l’ancienne France et un peu diminuer celui des nouveaux départements.

Cette armée de gardes nationales formerait donc près de deux cents régiments, dont un tiers serait à peu de marches des points attaquables. Par ce moyen, on n’aura jamais rien à craindre, et, pourvu qu'il y ait toujours en France quelques dé­pôts de troupes de ligne, on sera à l’abri des incur­sions des Anglais. Je vous charge de faire là‑dessus un beau travail. Il n’y a pas d’autres moyens d’em­pêcher les Anglais, s’ils devenaient entreprenants, de nous faire beaucoup de mal. Vous recueillerez des préfets des renseignements sur la manière dont se formera cette garde nationale.

Du reste, je ne veux pas qu’elle ait de la cava­lerie, ni de l’artillerie, hormis dans les places fortes. La cavalerie est une arme trop coûteuse ; et l’on aurait bientôt réuni, en cas d’événement, 5 ou 6,000 gendarmes à cheval ; ce qui est une fort bonne cavalerie. Je répugne à donner de l’artillerie au contingent des différentes localités ; cela pour­rait être dangereux et les rendrait trop forts. Il serait nécessaire qu’il y eût un bureau par chaque division militaire et qu’on payât quelque employé pour tenir les cadres en état. Les fusils devraient toujours se trouver dans les places fortes les plus près.

NAPOLÉON.

D’après la copie comm. par M. le comte de Montalivet.

 

 

1189. - COMPOSITION DES CORPS D’ARMÉE DU NORD ; INSTRUCTIONS DIVERSES.

AU GÉNÉRAL CLARKE, COMTE D’HUNEBOURG,

MINISTRE DE LA GUERRE, A PARIS.

Schœbrunn, 5 septembre 1809.

J’ai lu avec attention l’état de situation que vous m’avez envoyé de mes trois corps d’armée dans le Nord au 28 août. Je désire que vous m’en envoyiez un semblable tous les cinq jours.

Vous voudrez bien faire exécuter sur‑le‑champ les dispositions suivantes.

ARMÉE D’ANVERS. ‑ Toutes les troupes d’infan­terie de ligne, soit des demi‑brigades provisoires, soit des détachements quelconques, qui se trouvent dans les départements du Nord ou sont en marche pour s’y rendre, feront partie de l’armée d’Anvers et seront réunies en six demi‑brigades provisoires.

Ces six demi‑brigades formeront deux divisions.

1re Division. La 1re division sera organisée ainsi qu’il suit :

18è demi‑brigade provisoire. ‑ Une demi‑bri­gade provisoire sera formée du bataillon du 108è, du bataillon du 13è d’infanterie légère, du bataillon du 48è et de celui du 65è ; total, quatre bataillons de 800 hommes, formant 3,000 hommes, qui com­poseront une demi‑brigade provisoire portant le n° 18. Un colonel en second et deux majors seront attachés à cette demi‑brigade. On réunira tout ce que les dépôts du 48è et du 65è peuvent avoir de disponible et tous les détachements qu’ils ont dans le Nord, et l’on formera ainsi ces quatre bataillons. Les hommes qui ont été pris à Flessingue seront portés à la suite, et seulement pour mémoire. Il sera nommé à toutes les places vacantes.

demi‑brigade provisoire. ‑ Tous les détache­ments qui arriveront de troupes d’infanterie légère, soit des 24è, 26è, 27è régiments, etc., seront incor­porés dans la 4è demi‑brigade provisoire. Les régi­ments qui sont à Paris et qui fournissent à cette demi‑brigade enverront tout ce qu’ils auront de disponible. Enfin cette demi‑brigade sera complétée à 3,000 hommes par tout ce qu’il y aura de dispo­nible dans les différents dépôts d’infanterie légère.­ Un colonel en second et deux majors y seront éga­lement attachés.

demi‑brigade provisoire. ‑ Chaque bataillon de la demi‑brigade sera porté à six compagnies. Le second régiment de marche d’Oudinot, composé de détachements des 26è, 66è et 82è, y sera incor­poré. Tout ce que les dépôts de Paris pourront fournir y sera envoyé, de sorte que cette demi-­brigade soit portée au moins à 3,000 hommes.

Ces trois demi‑brigades provisoires composeront une division, qui sera forte ainsi de 10,000 hommes. Elle sera la première division de l’armée d’Anvers. Elle aura deux généraux de brigade et sera commandée par le général Gilly, que j’ai en­voyé. Douze pièces de canon seront attachées à cette division.

21è demi‑brigade provisoire. ‑ On enrégimen­tera un bataillon suisse de 800 hommes, composé de tout ce qu’il y a de détachements de régiments suisses dans le Nord, d’un bataillon de la Vistule de 800 hommes et d’un bataillon formé de com­pagnies de réserve de départements et fort de 800 hommes. Ces trois bataillons formeront une demi‑brigade provisoire, qu’on appellera la 21è. On nommera un colonel en second et deux majors pour la commander. Elle fera partie de la 1re divi­sion jusqu’à ce qu’on ait pu former une 22è et une 23è demi‑brigade provisoires et réunir ces nouveaux corps pour en composer une 3è division.

Division : 6è et 7è demi‑brigades provisoires. - La 6è et la 7è demi‑brigade provisoires seront complétées par tout ce que les dépôts des régiments qui entrent dans leur formation pourront fournir, par tous les détachements de ces mêmes régiments qui seraient dans le Nord ou en marche pour s’y rendre, et enfin par les incorporations qui se­raient nécessaires, de sorte que ces deux demi­-brigades fassent au moins 3,000 hommes cha­cune.

19è demi‑brigade provisoire. ‑ Il sera créé une 19è demi‑brigade provisoire, qui sera composée de tout ce qu’il y aura encore de troupes de ligne, soit à l’armée de Flandre, soit à l’armée d’Anvers. On en formera quatre bataillons, qui porteront cette demi‑brigade à 3,000 hommes présents sous les armes. Le 1er régiment provisoire, qui est à Breskens, le 1er  provisoire du Nord, que je vois figurer dans l’état de l’armée d’Anvers, enfin ce qui reste de la 8è demi‑brigade provisoire, seront in­corporés dans la 19è demi‑brigade provisoire.

Ces trois demi‑brigades, formant ainsi plus de 9,000 hommes de troupes de ligne, seront sous les ordres du général Conroux. Il y aura deux généraux de brigade attachés à cette division et douze pièces de canon.

20è demi‑brigade provisoire. ‑ Si des détachements qui arrivent il y a de quoi former une 20è demi‑brigade, je l’autorise.

Ces deux divisions seront sous les ordres du géné­ral Reille, mon aide de camp, et formeront une aile de l’armée du prince de Ponte‑Corvo.

Division. Toutes les gardes nationales qui appartiennent au corps du général Rampon et qui sont à Ostende, à l’armée de la Tête‑de‑Flandre ou en route pour se rendre à Lille, joindront le général Rampon ; et, pour porter cette division au moins à 10,000 hommes, on fera fournir par les gardes nationales commandées par les majors.

Cette division sera organisée en trois brigades. Elle sera commandée par le général Rampon, sous les ordres du général Chambarlhac.

Division. La division du général Ney, qui se réunit à Anvers et qui est de 6,000 hommes, sera également sous les ordres du général Rampon. Elle sera commandée par le général Lamarque.

Ces deux divisions formeront le centre de l’armée du prince de Ponte‑Corvo. La division Chambarlhac aura douze pièces de canon. La division Lamarque en aura autant.

Les Hollandais formeront une autre aile de l’ar­mée du prince de Ponte‑Corvo.

CAVALERIE. ‑ La cavalerie de l’armée d’Anvers sera commandée par le général Klein, et sera com­posée d’un 1er régiment provisoire de hussards de 800 à 1,000 hommes, d’un 1er régiment provisoire de chasseurs idem, d'un 7è provisoire de dragons, et de trois régiments provisoires de gendarmerie         de 500 hommes chacun, formant 1,500 gendarmes ; total, 4,000 hommes de cavalerie. Le général Klein         aura sous ses ordres trois généraux de brigade. Douze pièces d’artillerie légère seront attachées à cette division.

ARTILLERIE. ‑ Indépendamment des quarante­-huit pièces attachées aux quatre divisions d’infan­terie et des douze pièces d’artillerie légère attachées à la division de cavalerie, il y aura au parc de ré­serve six pièces de 12 et six obusiers prussiens ; total, soixante et douze bouches à feu.

Tout le train, tous les chevaux appartenant à l’État, enfin tout ce qu’il y a de meilleur pour le service de l’artillerie, sera donné à l’armée d’An­vers. Cette armée aura donc toutes les troupes de ligne et tous les bons attelages d’artillerie.

GÉNIE. ‑ Tous les sapeurs, avec six mille outils attelés, seront attachés à l’armée d’Anvers, ainsi qu’un bataillon d’ouvriers de la marine avec leurs outils.

GARNISON D’ANVERS. ‑ Un régiment de cavaliers démontés d’environ 1,000 hommes, plusieurs compagnies de vétérans formant un millier d’hommes, avec les 1,000 de la garde nationale d’Anvers, feront la police de la ville, de la citadelle et du chantier.

ARMÉE DE LA TÊTE‑DE‑FLANDRE. – L’armée de la Tête‑de‑Flandre sera composée de trois divi­sions : de la division du général Olivier, forte de 8,000 gardes nationales ; de la division du général Soulès, forte de 8,000 gardes nationales, et de la division d’Aboville, forte de 6,000 idem; total, 22,000 hommes.

Il me paraît qu’on pourrait placer la division Soulès dans la Tête‑de‑Flandre et charger le géné­ral Soulès de la défense de cet ouvrage et des environs. Cette division formerait la droite du duc de Conegliano ; la division Olivier en formerait la gauche et la division d’Aboville serait le centre.

Le général d’Aboville est bien vieux ; il faudrait qu’il conservât le commandement, mais lui donner un général de division pour commander ses gardes nationales et les former.

Chacune des divisions du corps de la Tête­-de‑Flandre aura huit pièces de canon ; total, vingt­-quatre.

Un régiment de 500 gendarmes sera attaché au quartier général.

CORPS DE RÉSERVE. ‑ Le corps du duc d’Istrie sera composé de trois divisions de gardes nationales, chacune de 6,000 hommes, de vingt‑quatre pièces de canon et d’un détachement de 500 hommes de cavalerie.

CORPS DU DUC DE VALMY. ‑ Vous donnerez l’ordre au duc de Valmy de porter son quartier général à Maëstricht. S’il a réuni tout ce qu’il y avait de disponible dans les 25è et 26è divisions militaires, il doit avoir actuellement 5,000 hommes de diffé­rentes troupes d’infanterie et un millier de chevaux.

Donnez ordre au duc de Valmy de former les 22è et 23è demi‑brigades provisoires. Chaque demi­-brigade doit être forte de quatre bataillons ; chaque bataillon doit être de 800 hommes. Il les composera de tous les détachements qu’il a pu réunir à Maëstricht. Chacun sera commandé par un colonel en second et par deux majors. Il enverra tous les hussards, chasseurs et dragons, au prince de Ponte-­Corvo pour compléter ses régiments provisoires. Il gardera tous les carabiniers et cuirassiers pour en faire un régiment provisoire de grosse cavalerie, qui restera sous ses ordres. Il se formera ainsi une division de 6,000 hommes d’infanterie, à laquelle seront attachés un régiment de cavalerie de 5 à 600 hommes et douze pièces d’artillerie. Aussitôt que je saurai que ce corps est formé, je lui donne­rai une destination.

Vous voyez donc que mon but serait d’avoir trois divisions, chacune de 10,000 hommes de troupes de ligne, formant dix demi-brigades provisoires, 5 à 6,000 hommes de cavalerie et soixante‑douze à quatre‑vingts pièces d’artillerie ; d’avoir également 60,000 hommes de gardes nationales bien orga­nisées ; et si, lorsque cette crise sera passée, je pouvais, de ces 60,000, en garder 30,000, cela me ferait de ce côté une armée de 50 à 60,000 hommes, soit pour la Hollande, soit pour une réserve pour le Nord. il est important que toutes les troupes de ligne soient réunies sur un point et qu’elles y soient bien organisées. Renvoyez le plus tôt possible tous ces généraux que vous avez mis en réquisition. Les généraux Charbonnier et Despeaux sont absolument inutiles. Le général Théodore Lameth est un intrigant dont je ne veux ; il ne manque pas d’étoffe pour former des généraux de brigade. J’excepte cependant le choix que vous avez fait pour l’artillerie ; tous ces hommes‑là peuvent être fort utiles dans les places du Nord. Vous voyez par ce que je vous mande que le prince de Ponte‑Corvo sera puissamment aidé, puisqu’il a sous ses ordres les généraux Rampon, Cham­barlhac, Lamarque, Reille, Conroux, Gilly. Tous ces hommes‑là sont d’excellents généraux de divi­sion. Il a pour généraux de brigade Bourke, Gency, Maison, Hastrel, etc. Quant aux généraux d’artillerie, je lui ai envoyé Mossel ; il a Leroux, qui est un fort brave homme, et Saint‑Laurent pour la direction. Il faut faire chercher les officiers du génie qui ont servi en Hollande et en envoyer le plus tôt possible de ce côté.

Je désire que vous fassiez rechercher au Dépôt de la guerre tout ce qu’il y a de cartes et de mé­moires sur la Hollande, et que ce qu’on pourra réunir d’intéressant sur cette matière, on l’envoie à Lille, parce qu’aussitôt que mes affaires me permet­tront de partir d’ici, je me dirigerai du côté du Nord, pour tâcher de jouer quelque tour aux Anglais.

Vous devez charger le prince de Ponte‑Corvo et un inspecteur aux revues de faire ces organisations que je viens de vous indiquer pour l’armée d’Anvers. Cela ne doit donner aucun embarras, puisque cela se réduit à donner ordre à tout détachement de troupes de ligne de se diriger sur Anvers, et, de là, de se rendre au camp et de s’y former.

Il paraît que les Anglais n’avaient encore rien tenté le 30. Je suis porté à penser que ces immenses bâtiments qu’ils ont avec eux, et qu’on dit plus gros que des vaisseaux de ligne, sont des carcasses que les Anglais veulent couler dans les passes.

Je vois aujourd’hui beaucoup de forces réunies mais en général je trouve que le prince de Ponte-­Corvo n’en a pas suffisamment; et, quoique je pense qu’il est difficile que l’ennemi entreprenne quelque chose désormais, s’il n’a encore rien tenté jusqu’à présent, cependant je verrais avec satisfaction toutes mes troupes de ligne réunies à Anvers. L’armée d’Anvers est l’armée principale. Les autres ne sont que des armées de secours et d’observation.

Si l’ennemi se portait sur Cadzand, le duc de Co­negliano s’appuierait toujours sur la Tête‑de­-Flandre, dont il ne doit jamais se laisser couper ; le duc d’Istrie réunirait ses trois divisions et marche­rait sur Bruges et Gan, tenant sa droite appuyée sur le duc de Conegliano, et pourrait toujours agir de concert. Mais c’est folie de penser que l’ennemi veuille aujourd’hui prendre Cadzand, quand il ne l’a pas tenté auparavant et lorsque cela lui aurait donné tant de facilité pour la prise de Flessingue.

D’après la minute. Archives de l’Empire.

 

 

1190. ‑ ORDRE DE RECONNAITRE L’EMPLACEMENT D’UN CAMP RETRANCHÉ EN AVANT DE PRESBOURG.

AU GÉNÉRAL REYNIER, COMMANDANT LES TROUPES SAXONNES (ARMÉE D’ITALIE), A PRESBOURG.

Schœnbrunn, 5 septembre 1809.

Je viens d’ordonner qu’avant le 10 septembre on jette un pont à Theben et un autre à Presbourg ; ce qui fera deux ponts. Mon intention est que vous fassiez faire une reconnaissance du château de manière à pouvoir s’en servir comme tête de pont. Il faudra la lier au pont par des palissades et désigner les mai­sons qui doivent être démolies. Faites faire de cela un croquis, et présentez‑moi un mémoire.

Comme j’ai ici dans mes équipages de pont tou­jours de quoi jeter quatre ponts sur le Danube, si mes opérations se dirigeaient du côté de Presbourg, indépendamment de ces deux ponts, j’en ferais jeter quatre autres : ce qui me ferait six ponts. Je désire que vous me choisissiez un beau champ de bataille en avant de Presbourg, la gauche appuyée aux mon­tagnes et la droite au Danube. Ce doit être un champ de bataille pour une armée de 150,000 hommes, et, quoiqu’une armée de cette force n’ait pas besoin d’être fortifiée, cependant je ne dédaignerais pas d’établir quelques ouvrages, comme un système de cinq à six redoutes qui de la montagne descendrait jusqu’au fleuve. Cela formerait mon camp, d’où je sortirais pour aller à l’ennemi et où je rentrerais en cas d’échec. Aussitôt que vous aurez bien médité sur cette idée et que vous aurez étudié les localités, je viendrai moi‑même à Presbourg pour reconnaître les travaux à faire.

La droite, étant appuyée au Danube, ne peut pas être tournée. Il faut que la gauche m’assure les débou­chés sur Theben et Schloss Hof, indépendamment de mes six ponts. Il me semble que c’est cette gauche surtout qui doit être étudiée. Il doit y avoir là des positions à occuper par des redoutes et par quelques centaines d’hommes, et qui doivent être d’un effet merveilleux.

Ainsi, de mon camp de Presbourg, je me trou­verais à même de me porter sur la droite ou sur la gauche, et comme Vienne, par des ouvrages que j’y fais faire, est une place forte à l’abri de toute in­sulte, par la position de Presbourg je me trouverai dans une position inexpugnable.

Je désire avoir là un camp retranché, parce que je veux rester maître de me battre quand je voudrai, et pouvoir attendre le retour d’un détachement de 30 à 40,000 hommes pendant quelques jours sans crainte d’être attaqué.

D’après la minute. Archives de l’Empire.

 

 

1191. ‑ ORDRE DE RÉUNION D’UN CONSEIL D’ENQUÊTE POUR L’EXAMEN DE LA CAPITULATION DE FLES­SINGUE.

AU GÉNÉRAL CLARKE, COMTE D’HUNEBOURG,

MINISTRE DE LA GUERRE, A PARIS.

Schœnbrunn, 7 septembre 1809.

Monsieur le Comte d’Hunebourg, notre Ministre de la guerre, des rapports qui sont sous nos yeux contiennent les assertions suivantes :

      Le gouverneur commandant la place de Flessingue n’aurait pas exécuté l’ordre que nous lui avions donné de couper les digues et d’inonder l’île de Walcheren aussitôt qu’une force supérieure ennemie y aurait débarqué. Il aurait rendu la place que nous lui avions confiée, l’ennemi n’ayant pas exécuté le passage du fossé, le revêtement du rempart étant sans brèche praticable et intact, dès lors sans avoir soutenu d’assaut, et même lorsque les tranchées des ennemis n’étaient qu’à 150 toises de la place et lorsqu’il avait encore 4,000 hommes sous les armes. Enfin la place se serait rendue par l’effet d’un pre­mier bombardement.

Si telle était la vérité, ce gouverneur serait cou­pable, et il resterait à savoir si c’est à la trahison ou à la lâcheté que nous devrions attribuer sa conduite.

Nous vous écrivons la présente lettre close pour qu’aussitôt après l’avoir reçue vous ayez à réunir un conseil d’enquête, qui sera composé du comte Abo­ville, sénateur, du comte Rampon, sénateur, du vice‑amiral Thévenard et du comte Songis, premier inspecteur général de l’artillerie.

Toutes les pièces qui se trouveront dans votre ministère, dans ceux de la marine, de l’intérieur, de la police, ou de tout autre département, sur la reddition de la place de Flessingue, tant sous le rapport de sa défense que de tout autre objet qui pourrait intéresser notre service, seront adressées au conseil pour nous être mises sous les yeux, avec le résultat de ladite enquête.

NAPOLÉON.

D’après la copie. Archives de la marine.

 

 

1192. ‑ SITUATION DE L’ARMEMENT. ORDRES.

AU GÉNÉRAL CLARKE, COMTE D’HUNEBOURG,

MINISTRE DE LA GUERRE, A PARIS.

Schœnbrunn, 14 septembre 1809.

Je reçois votre lettre du 7 septembre. J’ai cru avoir moins de fusils que je n’en avais, parce que les fusils étrangers sont portés à part dans vos états. Je désirerais donc que désormais les deux états de l’artillerie fussent réunis en un seul. Vos bureaux arrangeront le modèle ; mais il sera plus commode pour moi de voir d’un seul coup d’œil la quantité de canons, de projectiles, de fusils français ou étrangers, qui sont dans mes places ; car que m’im­porte que ce soit une pièce de canon française ou piémontaise qui se trouve dans telle place, si cette pièce est approvisionnée du nombre de boulets nécessaire ? Il faut donc rédiger l’état de manière que je voie d’un coup d’œil qu’il y a à Maëstricht, par exemple, trente‑six pièces de canon de 24 et dix pièces de 12 de calibre étranger, etc. Ce que je demande là est très‑facile à faire ; il suffit de destiner une feuille pour l’équipage de siège, une feuille pour l’équipage de campagne. Quant aux armes portatives, il faudrait deux feuilles : une pour les fusils d’infanterie et de dragons et les mousquetons ; et l’autre pour les sabres et les pisto­lets ; ou enfin tout autre arrangement.

Je désire qu’on porte les fusils de rempart après les canons de siège et qu’ils ne soient pas totalisés avec les armes portatives, car ces fusils sont des espèces de petits canons.

Je désirerais aussi qu’au commencement de chaque état on fît bien connaître ce que signifient les chif­fres à l’encre rouge. Je crois bien qu’ils désignent les armes hors de service ; je l’ai su, mais je ne m’en souviens plus. Enfin, pour les fusils, je vou­drais que ces états fussent plus détaillés ; que les fusils y fussent classés par calibre de 16, de 18, de 20, de 22, de 24, en me faisant connaître, par une note que fera Gassendi, les calibres inférieurs, qui peuvent au besoin servir dans les calibres su­périeurs ; par exemple, 20 et 18 peuvent servir pour le calibre de 16, etc.

Venons actuellement à notre situation en fusils. J’ai consulté plusieurs fois l’état des fusils, mais sans avoir recours à l’état des armes étrangères, où il y a également un article Fusils ; de sorte que je ne croyais pas en avoir le nombre qui existe ; si j’avais su avoir ce nombre, j’aurais bien certainement profité du temps de l’armistice pour en faire passer 100,000 aux Polonais. Dans une lettre de ce jour, je vous ai fait connaître mes intentions là‑dessus. Ainsi voilà 200,000 fusils sur lesquels il ne faut plus compter, et, pour que les affaires de Pologne prennent certaine direction, il faudra en envoyer 200,000.

Je vois par mes derniers états de l’artillerie française qu’il y a 286,000 fusils de 1777, qu’il y a 37,000 fusils du modèle n° 1, et 80,000 de dra­gons. J’ai donc 403,000 fusils. Je vois de plus en encre rouge 9,000 fusils de 1777, et 13,000 du n° 1, ancien modèle ; cela fait 22,000 fusils inscrits à l’encre rouge, et que je suppose être à réparer. Total des fusils français, 425,000.

Je vois sur l’état des armes étrangères que j’ai en France 14,500 fusils de calibre français, 44,000 de calibre supérieur et 18,000 de calibre inférieur ; total 76,500 fusils en France ; que j’ai de plus en Italie, en Albanie et en Allemagne, 11,000 fusils de calibre français, 17,000 de calibre supérieur, 3,000 de calibre inférieur ; total, 31,000 fusils ; cela fait donc 107,500 fusils étrangers en état ; et à l’encre rouge, 31,000 fusils de calibre infé­rieur, 42,000 de calibre supérieur et 20,000 de calibre inférieur ; total 93,000 fusils à réparer. Total général des fusils étrangers, 200,500.

J’aurais donc en tout : en état, fusils français, 403,000 ; fusils étrangers, 107,500 ; total, 510,500 ; à réparer, fusils français, 22,000 ; fusils étran­gers, 93,000 ; total, 115,000. J’ai donc en tout 625,500 fusils.

Indépendamment de ce nombre, il y a 177,000 fu­sils à réparer qui ne sont plus portés sur les états.

Vous aurez vu par le décret que je viens de prendre que je vous accorde une augmentation de budget de 1,500,000 francs pour porter la fabri­cation de cette année à 200,000 fusils, et que je vous accorde en outre 500,000 francs pour com­mencer la réparation des 115,000 fusils. Je désire que les 177,000 autres fusils à réparer soient revus et utilisés de manière à faire 177,000 bons fusils, en remettant des platines à ceux qui ont de bons canons et des canons à ceux qui ont de bonnes pla­tines. Par ce moyen, ce serait donc environ 250,000 fusils qu’il faudrait réparer dans le cours de l’année prochaine.

Il me paraît désormais nécessaire d’établir à Anvers une bonne salle d’armes, où il y ait toujours 15 ou 16,000 fusils. Je vois avec peine qu’un point central et de ressource comme Lille n’en contienne presque pas. Il faut toujours 15 à 20,000 fusils à la Fère, comme arsenal de Paris et comme point central.

La manière d’emmaganiser les armes devra être l’objet d’un travail particulier. Il faut que les ar­senaux soient à la portée de nos frontières et de nos côtes ; que partout où on peut être attaqué il y ait des dépôts d’armes, et que partout où l’on peut être dans le cas de réunir les gardes nationales il y ait de quoi les armer. Par exemple, les arsenaux de Saint‑Brieuc et de Rennes devraient être bien garnis, et je n’y vois presque pas de fusils ; je n’en vois pas suffisamment à Cherbourg.

J’attends un état plus détaillé, qui m’indiquera dans quelles places sont ces fusils. Je pourrai alors décider définitivement où pourront être dirigées les armes provenant de la nouvelle fabrication et celles qu’on va réparer.

En somme, j’approuve les conclusions de votre lettre du 7 septembre, et j’espère que ma si­tuation sera augmentée, avant juillet 1810, de 400,000 armes, savoir, de 200,000 de nouvelle fabrication et de 200,000 provenant des répara­tions.

D’après la minute. Archives de l’Empire.

 

 

1193.          ‑ VUES DE L’EMPEREUR SUR LE 8è CORPS EN CAS DE REPRISE DES HOSTILITÉS.

AU GÉNÉRAL JUNOT, DUC D’ABRANTÈS, COMMANDANT LE 8è CORPS DE L’ARMÉE D’ALLEMAGNE, A BAIREUTH.

Schœnbrunn, 14 septembre 1809.

Je vous expédie un officier d’ordonnance pour que vous me fassiez connaître votre situation et que vous accélériez l’armement des Saxons, car voici ce que je calcule. Je suppose que la division Rivaud est composée de deux brigades ou de huit bataillons français, de 6,000 hommes, et d’une brigade de Bavarois et de troupes du prince primat, de 3,000 hommes ; la division Carra Saint‑Cyr est com­posée de quatre bataillons du 22è, de 3,000 hommes, et de 6,000 Saxons ; ce qui formerait 18,000 hommes d’infanterie. J’ai donné ordre que mon régiment d’infanterie de Berg se rendît à Dresde ; cela for­merait un commencement de réserve avec un régi­ment que pourrait vous fournir le roi de Westphalie. Je compte donc sur 18,000 hommes d’infanterie. Je suppose que vous avez quatre régiments de ca­valerie formant 3 à 4,000 chevaux, et que la cava­lerie saxonne avec le régiment polonais doit com­pléter 1,500 à 2,000 chevaux.

Je suppose que vous avez fait réunir l’artillerie du grand‑duché de Berg et que vous aurez, avec cette artillerie et l’artillerie bavaroise et française, trente pièces de canon, et, avec l’artillerie saxonne et celle de la division Saint‑Cyr, autant ; ce qui vous ferait soixante pièces.

Ainsi je compte que vous avez, 1° infanterie, 18,000 hommes ; cavalerie, 5,000 ; artillerie et sapeurs, 2,000 ; total, 25,000 hommes ; 2° que vous avez le nombre de cartouches nécessaire ; que votre artillerie a un approvisionnement et demi, et qu’il y a en outre un approvisionnement à Dresde.

Je dois vous faire connaître mes projets sur votre corps d’armée. Mon intention est que, aussitôt que l’armistice sera rompu, vous réunissiez tout votre corps à Dresde, ce qui doit se faire en moins de six jours de marche, de sorte qu’au commencement des hostilités vous soyez campé sur l’extrême fron­tière, prêt à vous porter sur Prague, où mon inten­tion est de réunir une armée de 100,000 hommes, dont vous ferez partie. Comme il n’est pas probable que ceci ait lieu avant le 10 octobre, il est possible qu’alors j’aie pu vous renforcer.

Toute l’armée autrichienne est sur Komorn, en Hongrie, à quarante lieues de Vienne en descendant le Danube.

J’ai ordonné à l’intendant général de faire venir du biscuit de Magdeburg et d’en réunir 500,000 ra­tions à Dresde. Je suppose que Dresde est abon­damment pourvu de munitions de guerre ; Magde­burg pourra d’ailleurs lui en fournir. Enfin je dé­sire que vous me fassiez connaître les ressources que Dresde peut fournir en artillerie pour le siège de Prague, et les moyens de transport du pays

J’ai ordonné que 10,000 fusils, 4,000 mousque­tons, 3,000 paires de pistolets et 1,000 sabres soient envoyés de Magdeburg à Dresde, et que de Dresde ces armes fussent dirigées le plus secrètement possible sur Varsovie, pour armer les Polonais. Informez‑vous à Magdeburg si cela est parti, et ayez soin qu’à Dresde on fasse filer ces armes le plus secrètement possible et avec précaution sur Var­sovie, surtout pour la journée qui passe sur le territoire prussien.

Envoyez des espions à Prague pour me faire con­naître la situation de cette place.

Le général d’artillerie Mossel va reprendre le­ commandement de l’artillerie de votre corps.

La forteresse d’Egra n’était pas armée au com­mencement de la campagne. Les Autrichiens l’ont-­ils armée depuis? Peut‑on s’en emparer facilement ? Serait‑elle utile ?

Les Autrichiens ont porté toute la guerre en Hongrie.

D’après la minute. Archives de l’Empire.

 

 

1194. ‑ NOTE SUR LA MISE EN ÉTAT DE DÉFENSE D’ANVERS.

AU MINISTRE DE LA GUERRE.

Schœnbrunn, 25 septembre 1809.

Anvers n’était qu’un arsenal de construction ; il est devenu aujourd’hui un port maritime d’arme­ment et d’expédition. Les ennemis chercheront donc constamment à détruire mes établissements d’Anvers. Il faut donc sérieusement s’occuper de les protéger d’une manière relative à leur impor­tance. J’ai aujourd’hui dix vaisseaux à Anvers, j’en aurai bientôt trente ; ce sera véritablement mon principal arsenal.

DÉFENSE DU FLEUVE. ‑ Des vaisseaux de guerre ne peuvent se présenter devant Anvers qu’en tra­versant l’Escaut. Ils peuvent le traverser entre Flessingue et l’île de Cadzand ou entre Rammekens et l’île de Sud‑Beveland ; car il paraît que des vaisseaux de ligne sont entrés, cette fois‑ci, dans l’Escaut par cette passe. La première de toutes les opérations est donc d’être maître absolu de ces deux passes.

L’ÎLE DE CADZAND. ‑ On a déjà tracé deux batte­ries dans l’île de Cadzand. On a, je crois, adopté deux forts permanents. Perfectionner ces forts, établir un réduit casematé contenant un magasin à poudre et les autres magasins indispensables ; cou­vrir ces forts par une inondation, assurer leur com­munication avec la place de l’Écluse ; fortifier l’Écluse comme place de deuxième ligne ; établir un pont sur pilotis et une tête de pont vis‑à‑vis l’Écluse, de sorte qu’il soit facile, en tout temps, de venir au secours des forts établis dans l’île de Cadzand : alors l’Écluse sera la place de dépôt et le point d’appui de la défense de l’île de Cadzand, et, ces trois points occupés, cette île sera à l’abri de toute attaque.

L’ÎLE DE WALCHEREN. – L’important, pour l’île de Walcheren, c’est d’avoir à Flessingue des batte­ries qui se croisent avec celles de l’île de Cadzand. Mais il faut aussi établir un système qui commu­nique de Flessingue avec Rammekens, et construire une place sur le Sloe, afin que, dans aucun cas, on ne puisse isoler l’île de Walcheren de celle de Sud­-Beveland. Mais il faut que l’île de Walcheren rentre en notre pouvoir, pour qu’on puisse déterminer ce qu’il convient de faire. La place située sur le Sloe rendra impossible le passage du canal, qui est extrê­mement étroit. Les batteries de Flessingue et de l’île de Cadzand rendront difficile le passage de l’ennemi exposé au feu de ces deux batteries. En outre, différentes batteries peuvent être établies sur le Sud‑Beveland pour battre les vaisseaux qui auraient dépassé Flessingue. Mais la première véri­table barrière d’Anvers doit être le fort de Bath et un autre fort vis‑à‑vis l’embouchure de la rivière de Hulst.

Première barrière, LE FORT DE BATH. ‑ Le fort de Bath doit communiquer avec le fort de la rive gauche du canal de Berg‑op‑Zoom par un pont couvert de retranchements et d’inondations, de sorte qu’il soit impossible à l’ennemi d’isoler le fort de Bath du continent. Une centaine de petites bouches à feu doivent être mises en batterie, tant dans ces ouvrages que dans les forts qui assureront la communication. Ces forts devront être disposés de manière à ne pas être à plus de 600 toises les uns des autres ; ce qui, favorisé par le fort de la rive gauche, rendra cette barrière infranchissable.

Deuxième barrière, LILLO ET LIEFKENSHOEK. ‑ Lillo et le fort Liefkenshoek formeront naturelle­ment la seconde barrière. Une centaine de bouches à feu dans ces deux forts, telles qu’elles s’y trouvent aujourd’hui, sont plus que suffisantes ; mais il faut que, dans l’un et l’autre, des casemates à l’abri de la bombe soient construites, surtout pour les pou­dres et les magasins.

Troisième barrière, FORTS, ESTACADES ET CHAINES FERMANT LE PORT A 1,500 TOISES D’ANVERS. ‑ Mais la troisième et réelle barrière d’Anvers doit être deux forts situés sur la rive droite et sur la rive gauche, à 1,200 ou 1,500 toises du rempart d’An­vers, et qui aient une communication assurée par les inondations avec le rempart et la Tête‑de­Flandre. Ces forts doivent être tellement liés par d’autres forts et par les inondations, qu’il soit im­possible de les isoler de la place ; là doit être placée une double chaîne soutenue par des pilotis et fer­mant le port. Ces forts doivent pouvoir contenir chacun une centaine de bouches à feu.

De ces trois obstacles, un seul est suffisant pour arrêter l’ennemi le plus audacieux. Mais supposer qu’un ennemi raisonnable puisse entrer dans l’Escaut sans s’emparer d’une des deux rives serait une folie.

DÉFENSE DE LA RIVE GAUCHE. ‑ Supposons donc que l’ennemi veuille opérer par la rive gauche ; l’île de Cadzand et le fort de l’Écluse lui opposeront un premier obstacle qu’il sera longtemps à franchir. Après l’île de Cadzand, nous trouvons l’île d’Axel, où est la batterie de Terneuse. Terneuse doit être un fort capable de soutenir un siège ; l’île d’Axel doit avoir pour défense le Sas‑de‑Gand et le fort Philippine. Vis‑à‑vis le fort Philippine, il doit y avoir un autre fort qui assure constamment la communication de Philippine avec l’île d'Axel. Enfin, entre l’île d’Axel et la Tête‑de‑Flandre, il est convenable de rétablir la place de Hulst ; on lui donnera la propriété d’avoir aussi une tête de pont dans l’île d’Axel.

Enfin, si l’ennemi avait franchi tous ces obstacles, il arriverait devant Anvers, où la Tête‑de‑Flandre, qui doit être considérablement augmentée, sou­tiendrait une inondation de 2,000 toises.

L’ennemi, pour arriver à Anvers sous la protec­tion de la mer, devrait donc s’emparer de l’île de Cadzand, de l’île d’Axel, des forts qui les défen­dent, et ensuite n’en serait pas plus avancé, puis­qu’il rencontrerait la barrière de Lillo et de Lief­kenshoek, et enfin la troisième et véritable barrière d’Anvers. Nous avons déjà fait connaître que notre intention était d’agrandir considérablement la Tête­-de‑Flandre et d’y comprendre tout le coude que forme la rivière. Il y avait autrefois deux forts parallèles. Tout ce coude de la rivière doit être occupé par l’inondation et par des forts qui la sou­tiennent.

L’ennemi, une fois maître de la rive gauche, pourrait passer l’Escaut et le Rupel et venir se placer devant la citadelle. Il est convenable que, dans cette hypothèse, la citadelle soit couverte, par une inon­dation et par un autre fort, à une étendue telle que trente vaisseaux puissent y mouiller à l’abri ; car on m’assure que, dans la situation actuelle, la rivière ne peut contenir au mouillage que douze vaisseaux. Ainsi, pour assurer la défense de cette partie d’An­vers, il faut reconnaître la distance nécessaire pour trente vaisseaux, et planter là le premier jalon pour les travaux du fort et de l’inondation. Ces forts ne doivent pas être considérables ; l’ennemi qui vien­drait là aurait peu de moyens à opposer aux obstacles les plus légers.

DÉFENSE DE LA RIVE DROITE. ‑ Parlons de l’at­taque de la rive droite, celle que l’ennemi a faite c’est la véritable.

L’ennemi a pu se rendre à l’île de Sud‑Beve­land sans prendre Flessingue ; mais s’il existe une place sur le Sloe, il devra s’en emparer aupa­ravant.

Il ne s’emparera jamais du fort de Bath sans s’emparer du canal de Berg‑op‑Zoom ; mais il est nécessaire que Berg‑op‑Zoom ait une tête de pont sur l’île de Sud‑Beveland.

Les choses ainsi arrangées, le premier obstacle est le canal de Berg‑op‑Zoom. Il faudrait couvrir cette ligne d’inondations et d’ouvrages, de manière qu’une armée de médiocre consistance pût s’y appuyer. L’ennemi ne pourrait pas passer le canal sans laisser une armée devant Berg‑op‑Zoom, surtout si une tête de pont considérable permettait à la garnison de Berg‑op‑Zoom de déboucher dans le Sud­-Beveland.

Une fois que l’ennemi aurait passé le canal de Berg‑op‑Zoom, il investirait Lillo.

Si l’inondation de Lillo peut se lier avec Anvers, et que l’ennemi ne puisse couper cette communication sans de grands travaux, la place en acquerra plus de moyens de défense.

Si enfin Lillo est pris, et que l’ennemi puisse re­monter jusqu’aux deux forts dont on a parlé plus haut, ces forts lui offriront une barrière infranchissable.

ATTAQUE PAR LA MEUSE. ‑ Il est une quatrième manière d’attaquer Anvers : ce serait de débarquer par la Meuse et de se porter droit sur Anvers. Mais alors l’ennemi aurait à passer entre les places de Berg‑op‑Zoom et de Breda, qui ne sont qu’à huit lieues de distance, pour arriver devant une place immense comme Anvers, sans le secours de sa marine, avec ses canons, ses munitions et tout l’attirail d’un siège.

Cependant cette observation est bonne à faire pour faire sentir que, dans tous les cas, il n’y aura de sûreté que quand Anvers sera mis en état de soutenir un siège et de renfermer dans ses mu­railles 25,000 hommes de troupes, tant bonnes que mauvaises, qui attendront là l’occasion d’en battre le triple ou le quadruple.

Nous avons parlé des ouvrages de la rive gauche ou Tête‑de‑Flandre ; d’immenses inondations doi­vent les protéger.

La rive droite se divise en trois parties : la gauche, qui est susceptible d’inondation ; la droite, qui en est également susceptible, et le centre, qui n’est pas susceptible d’inondation.

Il         importe donc d’établir un projet qui couvre cette immense enceinte par des forts et tienne       l’ennemi constamment éloigné de 1,800 toises de la place.

RÉSUMÉ. ‑ Fortifier l’Écluse, les forts de l’île de Cadzand, le Sas‑de‑Gand, le fort Philippine, le fort Terneuse, la place de Hulst ; avoir des têtes de pont, de l’Écluse dans l’île de Cadzand, du fort Philippine dans l’île d'Axel, et de la place de Hulst dans l’île d'Axel : voilà pour la rive gauche.

Pour la rive droite : établir par des forts une communication assurée entre l’île de Walcheren et l’île de Sud‑Beveland ; faire une tête de pont à Berg‑op‑Zoom, dans l’île de Sud‑Beveland ; établir des forts pour assurer la communication du fort de Bath avec le continent.

Du côté de la rivière : avoir une première bar­rière formée par les forts de Bath et de l’embou­chure de Hulst ; avoir une seconde barrière formée par les forts Lillo et Liefkenshoek ; enfin en avoir une troisième formée par les deux forts projetés à 1,500 toises d’Anvers.

Un officier du génie d’un mérite distingué doit être chargé de faire ces projets, de faire les rectifications des cartes, de faire faire les sondes, et enfin de présenter un travail complet.

D’après la minute. Archives de l’Empire.

 

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