Institut de Stratégie Comparée, Commission Française d'Histoire Militaire, Institut d'Histoire des Conflits Contemporains

 Revenir au sommaire général

  

Portail Nouveautés Etudes stratégiques Publications ISC- CFHM- IHCC Liens Contacts - Adhésion

 

Dossiers :

 

  . Théorie de la stratégie

  . Cultures stratégiques

  . Histoire militaire

  . Géostratégie 

  . Pensée maritime

  . Pensée aérienne

  . Profils d'auteurs

  . Outils du chercheur

  . BISE

  . Bibliographie stratégique

 

Publications de référence

 

Stratégique

Histoire Militaire et Stratégie
Correspondance de Napoléon
RIHM
 

 

Correspondance militaire
de Napoléon Ier

Extraite de la correspondance générale et publiée

Par ordre du ministère de la guerre

Tome sixième

Paris - 1876

 

1195. ‑ REPROCHES AU MARÉCHAL SOULT SUR SA CONDUITE EN Portugal ; AVIS DE SA NOMINATION DE MAJOR GÉNÉRAL.

AU MARÉCHAL SOULT, DUC DE DALMATIE, COMMANDANT L’ARMÉE DE PORTUGAL, A PLASENCIA.

Schœnbrunn, 25 septembre 1809.

Mon Cousin, j’ai été mécontent de votre conduite. Mon mécontentement est fondé sur cette phrase de la circulaire de votre chef d’état‑major : « Le duc de Dalmatie serait prié de prendre les rênes du gouvernement, de représenter le souverain et de se revêtir de toutes les attributions de l’autorité su­prême, le peuple promettant et jurant de lui être fidèle, de le soutenir et de le défendre aux dépens de la vie et de la fortune contre tout opposant et envers même les insurgés des autres provinces jusqu’à l’entière soumission du royaume... » C’eût été un crime qui m’eût obligé quelque attachement que je vous porte, à vous considérer comme criminel de lèse‑majesté et coupable d’avoir attenté à mon autorité, si vous vous fussiez attribué le pouvoir suprême de votre propre mouvement. Comment auriez‑vous oublié que le pouvoir que vous exerciez sur les Portugais dérivait du commandement que je vous ai confié, et non du jeu des passions et de l’in­trigue ? Comment, avec les talents que vous avez, auriez‑vous pu penser que je consentisse jamais à vous laisser exercer aucune autorité, sans que vous la tinssiez de moi ? Il y a dans cela un oubli des principes, une méconnaissance de mon caractère et des sentiments et de l’orgueil de la nation, que je ne puis concilier avec l’opinion que j’ai de vous. C’est avec ces fausses démarches que le méconten­tement s’est accru, et qu’on a pensé que vous tra­vailliez pour vous et non pour moi et pour la France. Vous avez sapé le fondement de votre auto­rité, car il serait difficile de dire si, après la circu­laire émanée de vous, un Français qui eût cessé de vous obéir eût été coupable.

Dans votre expédition, j’ai été fâché de vous voir vous enfourner sur Oporto sans avoir détruit la Romana, de vous voir rester si longtemps à Oporto sans rouvrir vos communications avec Zamora, mar­cher sur Lisbonne ou prendre un parti quelconque. J’ai vu avec peine que vous vous fussiez laissé sur­prendre à Oporto, et que mon armée, sans com­battre, se fût sauvée presque sans artillerie et sans bagages.

Toutefois, après avoir longtemps hésité sur le parti que je devais prendre, l’attachement que j’ai pour vous et le souvenir des services que vous m’avez rendus à Austerlitz et dans d’autres circonstances m’ont décidé ; j’oublie le passé, j’espère qu’il vous servira de règle, et je vous confie le poste de major général de mon armée d’Espagne. Le roi n’ayant pas l’expérience de la guerre, mon inten­tion est que, jusqu’à mon arrivée, vous me répon­diez des événements. Je veux moi‑même entrer le plus tôt possible à Lisbonne.

D’après la minute. Archives de l’Empire.

 

 

1196. ‑           OUVRAGES A FAIRE POUR LES ÉCOLES DE METZ ET DE SAINT‑CYR.

AU GÉNÉRAL CLARKE, COMTE D’HUNEBOURG,

MINISTRE DE LA GUERRE, A PARIS.

Schœnbrunn, 1er octobre 1809.

Monsieur le Général Clarke, notre militaire est peu instruit ; il faut s’occuper de deux ouvrages, l’un pour l’école de Metz, l’autre pour celle de Saint‑Cyr.

L’ouvrage pour l’école de Metz doit contenir les ordonnances sur les places, les jugements qu’ont encourus tous les commandants qui ont rendu légère­ment la place dont la défense leur était confiée, enfin toutes les ordonnances de Louis XIV et de nos jours qui défendent de rendre une place avant qu’il y ait brèche et que le passage du fossé soit praticable.

Dans cet ouvrage, qui comporte plusieurs volumes, il faut faire entrer une dissertation sur la défense des places, qui fasse voir :

1° Comment de vrais militaires, prenant le com­mandement de places presque démantelées, les ont en peu de temps mises en état de soutenir un long siège. Il faut entrer, à cet égard, dans de grands détails et citer une quinzaine d’exemples, tels que celui du duc de Guise à Metz et celui du chevalier Bayard à Mézières.

2° Comment ces braves commandants, prévoyant l’attaque de l’ennemi, ont sur‑le‑champ rectifié la brèche, retranché le bastion ; comment, d’ailleurs, le moindre petit ouvrage et une bonne défense des derniers travaux ont considérablement retardé le cheminement des assiégeants. On peut citer le der­nier siège de Danzig, où un simple blockhaus nous a fait passer quinze jours pour le couronnement du chemin couvert et le passage du fossé. Il faut, à cette occasion, se récrier contre cette manie qu’ont les officiers du génie de croire qu’une place ne peut se défendre que tant de jours ; faire sentir com­bien cela est absurde et citer des exemples con­nus de sièges où, au lieu du nombre de jours qu’on avait calculé devoir mettre à faire cheminer les parallèles, on a été forcé d’y employer un temps bien plus considérable, soit par des sorties de la place, soit par des feux croisés, soit par toute autre espèce de retards que la défense de la place a fait naître ; faire voir, lorsqu’il existe une brèche, toutes les ressources qui restent encore si la contrescarpe n’a pas santé, si tous les feux ne sont pas éteints, et comment l’assaut même de la brèche peut manquer si l’on s’est retranché derrière.

 

Je ne trace là qu’un aperçu des idées qui doivent entrer dans cet ouvrage ; c’est un travail complet à faire, et je crois que Carnot, ou tout autre de cette classe, serait très‑propre à s’en charger. Le but doit être de faire sentir de quelle importance est la défense des places, et d’exciter l’enthousiasme des jeunes militaires par un grand nombre d’exemples ; de faire connaître combien, dans tous les cas, les délais qu’on a mis en avant comme règles du chemi­nement ont constamment éprouvé des retards dans l’application. Enfin, dans cet ouvrage, on doit faire entrer un grand nombre de faits héroïques, par les­quels se sont immortalisés les commandants qui ont défendu longtemps les places les plus médiocres, et rappeler en même temps les sentences qui, chez toutes les nations, ont flétri ceux qui n’ont pas rempli leur devoir.

L’auteur seul peut concevoir les divisions de cet ouvrage, dont je ne donne l’idée qu’en bloc. Il doit traiter non‑seulement ce qui regarde l’officier du génie , mais auss le commandant et le gouverneur d’une place ; il doit apprendre le peu de cas qu’il faut faire des faux bruits que l’ennemi peut répandre, et poser en principe qu’un commandant de place assiégée ne doit faire aucune espèce de rai­sonnement étranger à ce dont il est chargé ; qu’il doit se regarder comme isolé de tout ; qu’il doit enfin n’avoir d’autre idée que de défendre sa place, avec tort ou raison, jusqu’à la dernière minute, confor­mément à ce que prescrivent les ordonnances de Louis XIV et l’exemple des braves gens.

J’attache une grande importance à cet ouvrage, et celui qui le fera bien méritera beaucoup de moi. Il faut que ce soit à la fois un ouvrage de science et d’histoire ; que les récits soient même quelquefois amusants ; qu’il y ait de l’intérêt, des détails, et que, s’il le faut, des plans y soient joints. Cependant il ne faut pas sortir des bornes d’un ouvrage propre à être mis dans les mains des jeunes gens.

Quant à l’ouvrage pour l’École militaire, je désire qu’on y traite de  l’administration en campagne, des règles du campement, pour que chacun sache com­ment se trace un camp, enfin des devoirs d’un colo­nel ou d’un commandant de colonne d’infanterie. Il faut surtout appuyer sur les devoirs de l’officier qui commande une colonne détachée ; bien exprimer l’idée qu’il ne doit jamais désespérer ; que, fût‑il cerné, il ne doit pas capituler, qu’en pleine cam­pagne il n’y a pour de braves gens qu’une seule manière de se rendre, c’est, comme François 1er et le roi Jean, au milieu de la mêlée et sous les coups de crosse ; que capituler, c’est chercher à sau­ver tout hors l’honneur ; mais que, lorsqu’on fait comme François 1er, on peut du moins dire comme lui : Tout est perdu fors l'honneur! Il faut citer là des exemples, tels que celui du maréchal Mortier à Krems, et un grand nombre d’autres qui remplissent nos annales, pour prouver que des colonnes armées ont trouvé moyen de se faire pas­sage en cherchant toutes leurs ressources dans leur courage ; que quiconque préfère la mort à l’igno­minie se sauve et vit avec honneur, et qu’au con­traire celui qui préfère la vie meurt en se couvrant de honte. On peut ainsi prendre dans les histoires anciennes ou dans les histoires modernes tous les traits faits pour exciter l’admiration ou le mépris. Au nombre des actions honteuses, il faut mettre les affaires de Blenheim et de Höchstett, et celle du corps de grenadiers français qui, dans la guerre de Sept ans, a capitulé. On peut même citer l’affaire du général Dupont, qui, tandis que des colonnes de secours s’avançaient, se tint pour battu dans une première attaque, préféra, pour sauver des bagages, obtenir une prétendue capitulation qui ne fut point exécutée, et entraîna ainsi les autres divisions dans sa perte.

Il y a un grand nombre de traits historiques pour et contre, qu’il faudra choisir et citer, de manière à inspirer toujours l’admiration pour les uns et le mépris pour les autres.

Beaucoup d’autres ouvrages seraient nécessaires pour les écoles, et il faudrait peut‑être nommer une commission de militaires instruits, que vous chargeriez de faire le prospectus de ces différents ouvrages.

NAPOLÉON.

D’après la copie comm. par M Hippolyte Carnot.

 

 

1197. ‑ ORDRES RELATIFS AUX APPROVISIONNEMENTS

DE MATÉRIEL.

AU GÉNÉRAL CLARKE, COMTE D’HUNEBOURG,

MINISTRE DE LA GUERRE, A PARIS.

Schœnbrunn, 7 octobre 1809.

Je reçois votre lettre du 30 septembre. Je vois avec plaisir qu’il y a en France plus de voitures neuves que je ne pensais ; qu’il y en a 600 à Strasbourg, parmi lesquelles 120 haquets à bateaux ; les bateaux y sont‑ils ? qu’entre Strasbourg et Mayence, Auxonne, Metz et la Fère j’ai 900 voitures neuves ; c’est la moitié de ce que je demande. Ce qui existe à Grenoble doit être tenu en réserve pour l’Italie, en cas de malheur et qu’il fallût reformer une armée sur les Alpes. Je vois 300 voitures marquées en encre rouge ; je présume qu’elles sont à réparer. Au total, cet état est plus satisfaisant que je ne le croyais, et ma croyance est simple : vous m’aviez écrit que vous n’aviez pas de voitures. Vous avez justifié le directeur d’artillerie de Mayence d’avoir donné de mauvaise artillerie au corps de Hanau, en disant qu’il n’y avait pas d’artillerie ; cependant il y avait là 120 voitures.

Il faut avoir un grand nombre de forges de cam­pagne, non‑seulement pour l’artillerie, mais pour que je puisse au besoin en prendre pour la cavalerie. Cela étant, faites vos commandes et organisez vos arsenaux de manière qu’on y travaille sans relâche. Présentez‑moi un nouveau projet. Je désire que vous regardiez comme à‑compte sur les 2,200 voitures que j’ai demandées celles qui sont à Strasbourg, Metz, la Fère, Auxonne et Mayence. Il faut également compter celles que vous faites confectionner et qui entrent dans les budgets des années 1809 et 1810, parce que j’estime que ce ne sera qu’en 1811 que vous pourrez avoir 3,000 voitures que je demande, au lieu de 2,200. Il est probable que celles que vous avez formeront un nombre de 1,000 à 1,200, et, comme je veux conserver les mêmes fonds que j’ai accordés par le budget de cette année, on pourra employer le surplus d’affûts de place et de côte.

RÉSUMÉ. ‑ Je désire que mes arsenaux soient organisés de manière qu’au 1er janvier 1811 j’aie dans mes arsenaux du Rhin 2,500 voitures de campagne neuves, indépendamment de 3 ou 400 voitures que la Grande Armée y déposera. Ce nombre de 2,500 voi­tures se compose. 1° des voitures neuves existant aujourd’hui ; 2° de celles à faire par le budget de 1809 ; 3° de celles à faire par le budget de 1810 ; 4° du supplément à faire en conséquence du budget extraordinaire de cette année, c’est‑à‑dire sur les fonds accordés par mon dernier décret. Présentez­-moi, à mon retour à Paris, un travail là‑dessus.

Un second travail que je désire que vous me fas­siez faire est celui‑ci : me faire connaître, 1° le nombre d’affûts de côte, de siège et de place existant dans mes arsenaux ; 2° les commandes que vous avez faites en conséquence du budget de 1809 ; 3° les commandes que vous avez faites sur le budget de 1810 ; 4° enfin l’extraordinaire pour consommer les fonds que j’ai mis cette année pour les voitures d’artillerie.

Je vous prie de considérer quatre choses : 1° que j’ai pour principe, non‑seulement d’avoir une grande quantité d’affûts et de canons à la Fère, comme place centrale et près de Paris ; 2° que je veux faire de Metz, comme place forte et éloignée des frontières, le grand dépôt de mon matériel ; 3° qu’il faut que Turin puisse fournir à l’armement d’Alexandrie ; 4° qu’il faut que le Nord puisse fournir au grand armement d’Anvers et de l’Escaut, car je désire que les batteries du fort Lillo et autres forts soient sur affûts de place et de côte, ainsi que celles d’Anvers. Jusqu’à cette heure il n’y a que des batteries sur affûts marins ; il faut changer cet état de choses.

Faites travailler avec la plus grande activité pos­sible dans les arsenaux. L’Empire est vaste, et les besoins sont considérables.

D’après la minute. Archives de l’Empire.

 

1198. ‑ PROJET DE FORMATION D’UN CORPS DE 80,000 HOMMES POUR ÊTRE ENVOYÉ EN ESPAGNE.

AU GÉNÉRAL CLARKE, COMTE D’HUNEBOURG

MINISTRE DE LA GUERRE, A PARIS.

Schœnbrunn, 7 octobre 1809.

Monsieur le Général Clarke, donnez l’ordre à Bayonne qu’on forme un régiment de marche tiré des dépôts des 34è, 114è, 115è, 116è, 117è, 118è, 119è et 120è. Ce régiment restera réuni à Bayonne jusqu’à ce qu’il soit bien babillé, bien discipliné et fort de 3 à 4,000 hommes. Le 1er novembre, le gé­néral Hédouville en passera la revue et me fera connaître sa situation.

Vous passerez à Paris la revue des deux bataillons de la Vistule et des 200 lanciers. Vous dirigerez de Sedan tout ce qu’il y aurait de disponible sur ces deux corps, en leur faisant donner ce qui leur est nécessaire pour les porter à 1,500 hommes d’in­fanterie et 300 chevaux. Vous me ferez connaître, au 20 octobre, la situation de ces corps pour que j’indique leur destination.

Vous dirigerez sur Orléans le bataillon irlandais et les autres troupes que vous destineriez pour l’Espagne.

Réunissez à Paris tout ce que les dépôts de dra­gons pourront fournir après avoir complété les six régiments provisoires à 6,000 hommes, et tâchez de porter ce nombre d'hommes à 3,000. Vous pourrez former de ces 3,000 hommes deux ou trois régi­ments de marche. Ces régiments de marche atten­dront à Tours, et autres lieux où le fourrage est abondant, l’arrivée des régiments provisoires, pour se joindre à eux. Par là, j’aurai neuf régiments pro­visoires de dragons, composés des 3è et 4è esca­drons et formant 9,000 chevaux.

Mon intention est de réunir, pour le commencement de décembre, 80,000 hommes d'infanterie et 15 à 16,000 chevaux, pour entrer en Espagne avec ces renforts. Je suppose que l’ennemi aura évacué l’île de Walcheren. Voici comment je suppose que je pourrai former ce corps de 100,000 hommes.

Infanterie : 9,000 hommes, composés des 26è, 66è, 82è, d’un bataillon hanovrien et d’un bataillon de la légion du Midi ; 6,000 hommes des 47è, 15è, 86è et 76è ; 3,000 hommes du 22è de ligne ; 8,000 hommes des neuf bataillons du corps du duc d’A­brantès et du régiment de Berg ; 3,000 hommes du régiment de marche qui se forme à Strasbourg ; 3,000 hommes du régiment de marche qui se forme à Maëstricht ; 14,000 hommes des six demi‑brigades provisoires de l’armée du Nord ; 3,000 hommes du régiment de marche qui se forme à Bayonne ; 19,000 hommes provenant de tout ce qui se trouve dispo­nible aux dépôts de tous les régiments, en France, qui seront dirigés sur Bayonne et incorporés dans les régiments d’Espagne ; 10,0000 hommes de la Garde ; total, 80,000 hommes d’infanterie et 4,000 hommes de troupes alliées.

Cavalerie : 9,000 dragons des neuf régiments provisoires ; 2,000 hommes provenant des dépôts de chasseurs et hussards qui ont leurs régiments en Es­pagne ; 1,000 hommes du régiment provisoire ; 600 hommes du régiment de chasseurs du grand‑duché de Berg ; 3,400 hommes de tous les dépôts de chas­seurs et hussards qui sont en France, à incorporer dans les régiments de l’armée d’Espagne, y compris 1,000 hommes tirés des dépôts de cuirassiers pour le 13è de cuirassiers ; total, 16,000 hommes de ca­valerie.

Ce qui, avec les 80,000 hommes d’infanterie française et les 4,000 alliés, fera 100,000 hommes, que mon intention est d’avoir réunis, entre Bayonne et Orléans, dans le mois de décembre, pour entrer en Espagne.

Je désire que vous fassiez faire ce travail dans vos bureaux, afin de rectifier ces calculs, et que vous me présentiez la formation d’une réserve de 100,000 hommes, en n’y comprenant aucun homme de l’armée d’Allemagne, si ce n’est le corps du duc d’Abrantès.

NAPOLÉON.

D’après la copie. Dépôt de la guerre.

 

 

1199. ‑ REPROCHES A ADRESSER AU ROI D’ESPAGNE QUI A FAIT CONNAITRE LES FORCES DE SON ARMÉE ; CONSIDÉRATIONS A CE SUJET.

AU GÉNÉRAL CLARKE, COMTE D’HUNEBOURG,

MINISTRE DE La GUERRE, A PARIS.

Schœnbrunn, 10 octobre 1809.

Je désire que vous écriviez au roi d’Espagne pour lui faire comprendre que rien n’est plus contraire aux règles militaires que de faire connaître les forces de son armée, soit dans des ordres du jour et proclamations, soit dans les gazettes ; que, lorsqu’on est induit à parler de ses forces, on doit les exagérer et les présenter comme redoutables en en doublant ou triplant le nombre, et que, lorsqu’on parle de l’ennemi, on doit diminuer sa force de la moitié ou du tiers ; que dans la guerre tout est moral ; que le Roi s’est éloigné de ce prin­cipe lorsqu’il a dit qu’il n’avait que 40,000 hommes et lorsqu’il a publié que les insurgés en avaient 120,000 ; que c’est porter le découragement dans les troupes françaises que de leur présenter comme immense le nombre des ennemis, et donner à l’ennemi une faible opinion des Français en les présentant comme peu nombreux ; que c’est pro­clamer dans toute l’Espagne sa faiblesse ; en un mot, donner de la force morale à ses ennemis et se l’ôter à soi‑même ; qu’il est dans l’esprit de l’homme de croire qu’à la longue le petit nombre doit être battu par le plus grand.

  Les militaires les plus exercés ont peine, un jour de bataille, à évaluer le nombre d’hommes dont est composée l’armée ennemie, et, en général, l’instinct naturel porte à juger l’ennemi que l’on voit plus nombreux qu’il ne l’est réellement. Mais, lorsque l’on a l’imprudence de laisser circuler des idées, d’autoriser soi‑même des calculs exagérés sur la force de l’ennemi, cela a l’inconvénient que chaque colonel de cavalerie qui va en reconnaissance voit une armée, et chaque capitaine de vol­tigeurs, des bataillons.

  Je vois donc avec peine la mauvaise direction que l’on donne à l’esprit de mon armée d’Espagne, en répétant que nous étions 40,000 contre 120,000. On n’a obtenu qu’un seul but par ces déclarations, c’est de diminuer notre crédit en Europe, en faisant croire que notre crédit ne tenait à rien, et on a affaibli notre ressort moral en augmentant celui de l’ennemi. Encore une fois, à la guerre, le moral et l’opinion sont plus de la moitié de la réalité. L’art des grands capitaines a toujours été de publier et faire apparaître à l’ennemi leurs troupes comme très‑nombreuses, et à leur propre armée l’ennemi comme très‑inférieur. C’est la première fois qu’on voit un chef déprimer ses moyens au‑dessous de la vérité en exaltant ceux de l’ennemi.

  Le soldat ne juge point ; mais les militaires de sens, dont l’opinion est estimable et qui jugent avec connaissance des choses, font peu d’attention aux ordres du jour et aux proclamations et savent appré­cier les événements.

  J’entends que de pareilles inadvertances n’ar­rivent plus désormais, et que, sous aucun prétexte, on ne fasse ni ordre du jour ni proclamation qui tendrait à faire connaître le nombre de mes armées ; j’entends même qu’on prenne des mesures directes et indirectes pour donner la plus haute opinion de leur force. J’ai en Espagne le double et le triple en consistance, valeur et nombre, des troupes françaises que je puis avoir en aucune partie du monde. Quand j’ai vaincu à Eckmühl l’armée autrichienne, j’étais un contre cinq, et cependant mes soldats croyaient être au moins égaux aux ennemis, et encore aujourd’hui, malgré le long temps qui s’est écoulé depuis que nous sommes en Allemagne, l’ennemi ne connaît pas notre véritable force. Nous nous étudions à nous faire plus nombreux tous les jours. Loin d’avouer que je n’avais à Wagram que 100,000 hommes, je m’attache à persuader que j’avais 220,000 hommes. Constamment, dans mes campagnes en Italie, où j’avais une poignée de monde, j’ai exagéré ma force. Cela a servi mes projets et n’a pas diminué ma gloire. Mes généraux et les militaires instruits savaient bien, après les événements, reconnaître tout le mérite des opéra­tions, même celui d’avoir exagéré le nombre de mes troupes. Avec de vaines considérations, de petites vanités et de petites passions, on ne fait jamais rien de grand.

  J’espère donc que des fautes si énormes et si préjudiciables à mes armes et à mes intérêts ne se renouvelleront plus dans mes armées d’Espagne.

D’après la minute. Archives de l’Empire.

 

 

1200. ‑ DÉCRET FORMANT UN ÉQUIPAGE DE SIÉGE POUR L’ARMÉE D’ESPAGNE.

  Camp impérial de Schœnbrunn, 14 octobre 1809.

TITRE 1er. ‑ MATÉRIEL.

  ARTICLE PREMIER. ‑ Il y aura pour l’armée d’Es­pagne un équipage de siège composé de quatre­-vingt‑quinze bouches à feu, dont trente de 24, trente de 19, quinze obusiers, quatre mortiers de 12 pouces, huit mortiers de 8 pouces, huit mor­tiers de 6 pouces.

  ART. 2. – L’équipage de chaque pièce sera formé de la manière suivante : pièce de 24 ; la pièce formera une première voiture, son affût une seconde ; huit charrettes porteront les boulets à raison de quatre‑vingts par voiture, ce qui fera six cents boulets ; deux charrettes porteront la poudre. Il y aura donc douze voitures par pièce de 24, il y en aura la moitié par pièce de 12, et ainsi de suite. Toutes ces charrettes seront fournies par l’artillerie et viendront du Nord.

  ART. 3. ‑ Il y aura un équipage de mine avec l’approvisionnement de poudre nécessaire pour un siège pareil à celui de Saragosse.

  ART. 4. ‑ Notre ministre de la guerre nous pré­sentera un rapport qui nous fera connaître les lieux d’où sont tirés les différents objets nécessaires pour l’organisation de cet équipage de siège. L’équipage fixé pour l’armée d’Espagne, et qui se trouve déjà à Burgos et à Madrid, fera partie de cette formation ; l’autre partie sera prise à Sara­gosse, Pampelune et Saint‑Sébastien. Le supplé­ment sera pris à Bayonne.

  Neuf cent mille quintaux de poudre au moins (poids de 16 onces) seront destinés à l’équipage de siège.

  ART. 5. ‑ Notre ministre de la guerre nous pré­sentera un projet d’organisation pour le matériel du génie. Les objets existant en Espagne y seront compris ; le surplus sera tiré, tout attelé, de l’armée d’Allemagne.

  TITRE II. ‑ PERSONNEL.

  ART. 6. ‑ Il y aura un général d’artillerie com­mandant l’équipage de siège, un colonel d’artillerie directeur du parc, un chef de bataillon d’artillerie chef d'état‑major ; un général du génie, un colonel du génie directeur du parc, un chef de bataillon du génie chef de l’état‑major, et quarante officiers du génie ; dix compagnies d’artillerie à pied, deux compagnies d’ouvriers, quatre compagnies de mi­neurs, six compagnies de pionniers et quarante mille outils de pionniers.

  ART. 7. ‑ Tout ce qui est disponible dans le personnel de l’artillerie et du génie qui est en Espagne, indépendamment de ce qui est employé au service de campagne, sera attaché au service de l’équipage de siège.

  TITRE III. ‑ ATTELAGES.

  ART. 8. ‑ Il y aura 4,000 chevaux d’artillerie uniquement destinés au service de l’équipage de siège de l’armée d’Espagne, savoir : 2,000 mulets seront achetés en France, 1,000 en conséquence de l’ordre que nous en avons donné dans le mois dernier et 1,000 en conséquence du présent ordre. Ces achats seront faits dans les mois d’octobre, de novembre et de décembre. Les 2,000 mulets seront servis par 600 hommes à pied venant des bataillons du train qui sont à l’armée d’Espagne, et par 600 hommes à pied des différents dépôts et batail­lons du train qui sont en France. Ces 1,200 hommes formeront quatre bataillons de marche du train. 1,200 chevaux seront pris parmi ceux du train qui étaient à l’armée du Nord, et formeront deux ba­taillons de marche du train. Enfin 1,000 chevaux seront dirigés de l’armée d’Allemagne sur Strasbourg.

  ART. 9. ‑ Le ministre de la guerre donnera des numéros à ces six bataillons de marche du train ; les détachements dont ils seront formés conser­veront leur numéro primitif, pour que l’incorpora­tion puisse s’en faire facilement.

TITRE 1V. ‑ DISPOSITIONS DIVERSES.

  ART. 10. ‑ Afin d’éviter les frais de transport militaire, les 2,000 mulets dont il est question dans l’article 8 seront, à mesure de leur formation, dirigés sur Rochefort, la Rochelle et même sur Nantes et Orléans, si cela est nécessaire, pour prendre les effets d’artillerie destinés audit équi­page de siège, et spécialement les poudres.

  Les 1,200 chevaux de l’armée du Nord attelleront quatre ou six cents charrettes qui doivent exister dans nos arsenaux du Nord, et se chargeront égale­ment des poudres et autres objets nécessaires pour l’équipage de siège.

 Les 1,000 chevaux de Strasbourg attelleront éga­lement des charrettes d’artillerie dans les places qui seront désignées par le ministre de la guerre.

  ART. 11. ‑ Notre ministre de la guerre est chargé de l’exécution du présent décret.

  NAPOLÉON.

D’après l’original. Archives de l’Empire.

 

 

1201. ‑ MESURES ORDONNÉES CONTRE LE GÉNÉRAL GOUVION SAINT‑CYR POUR AVOIR QUITTE SON COMMANDEMENT SANS AUTORISATION.

  AU GÉNÉRAL CLARKE , DUC DE FELTRE

  MINISTRE DE LA GUERRE, A PARIS.

  Schœnbrunn, 16 octobre 1809.

  Je suis indigné d’apprendre que le général Gou­vion Saint‑Cyr ait abandonné ses troupes. S’il avait quitté l’armée sans votre autorisation et sans avoir remis le commandement à un maréchal, vous donne­rez ordre qu’il soit arrêté. Épargnez‑lui ce désagré­ment si vous le pouvez, et faites‑lui connaître combien cette conduite est extraordinaire.[1]

  D’après la minute. Archives de l’Empire.

 

 

1202. ‑ NOTES SUR PASSAU.

  AU PRINCE DE NEUCHATEL ET DE WAGRAM, MAJOR GÉNÉRAL DE L’ARMÉE D’ALLEMAGNE, A VIENNE.

  Munich, 21 octobre 1809.

  Mon Cousin, je vous envoie quatre notes que j’ai dictées sur les ouvrages de Passau. Transmettez‑les au général Bertrand, qui enverra des ordres, avec des développements, au général Chambarlhiac. J’ai été en général content de ces ouvrages.

  NAPOLÉON.

  D’après l'original. Dépôt de la guerre.

  PREMIÈRE NOTE.

  Ce qui a fixé l’attention sur Passau, ce sont les deux ponts du Danube et de l’Inn. Sa première pro­priété doit donc être d’assurer ces deux ponts.

  PONT SUR L’INN. ‑ Pour être maître du pont sur l’Inn, il faut avoir un ouvrage en amont, du côté de la rive gauche, et à six cents toises à peu près entre le fort Maximilien et la redoute de Thann. Il faut avoir également une redoute à même distance sur la rive droite. On doit s’arranger de manière que les deux redoutes, qui ne sont éloignées que de cent toises, se défendent entre elles et se coor­donnent avec les forts Maximilien et de Thann. En aval, du côté de la rive gauche, c’est le Danube ; on en parlera lorsqu’il sera question du pont du Da­nube. Du côté de la rive droite, il faut avoir un ouvrage aussi près que possible de l’Inn, sans qu’il soit cependant dominé, c’est‑à‑dire qu’il faut qu’il soit soumis aux redoutes d’Abensberg et d’Eckmühl. Il pourra se coordonner avec la redoute placée sur le Danube.

PONT SUR LE DANUBE. ‑ Le pont du Danube ne peut rester où il est, puisque, pour défendre ce pont, il faudrait occuper la maison du Hackelberg ; mais on doit le placer à quatre cents toises en des­cendant de l’endroit où il est aujourd’hui, c'est‑à-­dire à deux cents toises de la batterie ronde. En amont, il suffira d’occuper par une redoute une position près la maison d’Eggendobel. En aval, il faudra occuper la position qui a été déjà désignée pour le pont de l’Inn.

  Par ce moyen, il sera impossible à l’ennemi d’é­tablir aucun mortier qu’à, huit cents toises des ponts, et l’on pourra dès lors les considérer comme suffisamment défendus.

  DEUXIÈME NOTE.

  La plus importante propriété de Passau est sa propriété offensive, puisque tout ce que l’on a à Passau peut être considéré comme étant à Vienne, pouvant s’y rendre en quatre jours par le Danube.

  La position offensive de Passau est nécessairement attachée aux ouvrages de la rive droite de l’Inn. Ces ouvrages consistent dans le fort Napoléon et dans les redoutes de Wagram, de Thann, d’Eckmühl et d’Abensberg.

  De la redoute de Thann à la redoute d’Abensberg, il y a sept cents toises. Il est nécessaire d’établir une couronne fermée que l’on appellera couronne de Znaym, de sorte qu’il n’y ait que deux cents toises du fort aux bastions de la couronne, ce qui, avec les redoutes, dont on a parlé dans la première note, à établir en amont et en aval de la rivière, formera six redoutes et une couronne embrassant un développement de quinze à seize cents toises. Les deux redoutes en amont et en aval sont secon­daires et doivent être de simples ouvrages de cam­pagne ; elles ne peuvent être forcées, puisqu’elles sont soumises aux redoutes de la hauteur ; elles seront suffisamment fortes lorsqu’elles seront à l’abri d’un coup de main. L’une et l’autre ont l’a­vantage d’appuyer les flancs des réduits. Le premier intérêt est que les redoutes de Wagram et de Thann ne fassent qu’un, c’est‑à‑dire soient liées par une caponnière, de manière que le canon puisse rapide­ment se porter de l’une à l’autre ; celles d’Eckmühl et d’Abensberg devront avoir la même propriété. Par ce moyen, ces quatre redoutes n’en formeront pour ainsi dire que deux. Tous les moyens pourront se combiner pour la défense commune, les garnisons être une, se relever pour le service de nuit, et les magasins être communs à deux. On sent l’immense avantage de ce système. Ainsi, du fort Napoléon, il y aura un chemin qui ira droit à la redoute de Wagram, et un autre qui ira droit à la porte Séverin ; du fort Napoléon, il y aura un autre chemin qui ira droit à la redoute d’Eck­mühl. Par ce moyen, la communication sera prompte. Un chemin général couvrira toutes les redoutes.

  La grande route prendra un embranchement par la vallée de Mutterthal et par la vallée de Linden­thal. On aura ainsi trois grandes communications pour arriver au pont de l’Inn.

  Chaque redoute aura un blockhaus ; chaque blockhaus servant de réduit pourra contenir à la ri­gueur cent hommes, comme caserne. Les parois de chaque blockhaus auront quatre pieds d’épaisseur. Il y aura outre cela dans chaque redoute deux petits blindages, un pour l’artillerie et un pour les vivres, placés de droite et de gauche en dos d’âne, formés par des arbres appuyés l’un contre l’autre. Il y aura un petit plancher pour mettre le tout à l’abri de l’humidité. Il y aura dans chaque redoute de gros gabions ayant six pieds de diamètre, rem­plis de terre et disposés de manière à ne pas prendre de place sur la ligne des parapets, qui pourront servir à se mettre à l’abri des bombes et des obus.

  Le fort Napoléon est comme le réduit du camp retranché. Il est composé de trois fronts, chaque front n’ayant que cent toises et ayant deux cents toises de gorge. Il serait utile d’y établir trois beaux cavaliers pouvant contenir trois batteries de six pièces chacune ; ce qui augmenterait considérable­ment les moyens de défense. Les quatre redoutes de Thann, d’Essling, de Znaym et d’Abensberg prises, le fort Napoléon et les redoutes de Wagram et d’Eckmühl sont encore susceptibles d’une grande résistance. Il n’y a que six cents toises de la redoute de Wagram à celle d’Eckmübl ; il faudrait donc, à soixante ou quatre‑vingts toises des saillants des deux bastions, deux lunettes qui feraient système avec la place, le fort Napoléon et les redoutes de Wagram et d’Eckmühl. Il. faudrait également qu’un chemin couvert liât les redoutes d’Eckmühl et de Wagram avec les deux nouvelles lunettes. Trois blindages pour l’artillerie et les vivres, un blockhaus en forme de réduit, et quelques magasins qu’on se procurerait dans Innstadt, seront suffisants pour le fort Napoléon. Supposant que le fort Napoléon soit pris, il reste l'enceinte d’Innstadt, qui peut, pen­dant trois jours, essuyer le feu des hauteurs, donner le temps de couper le pont et de déblayer ce qu’il y aurait ; il faut même penser que l’enceinte d’Innstadt est assez importante pour que les troupes puissent revenir dedans et chasser l’ennemi des forts qu’il aurait occupés.

  Deux choses sont à faire à Innstadt : 1° nettoyer les fossés et établir un pont‑levis avec barrière et tambour ; 2° raser les toits des portes, de manière à en former des plates‑formes, garder trois tours, et blinder pour que les canonniers se trouvent à l’abri de la fusillade des hauteurs.

  TROISIÈME NOTE.

  PLACE DE PASSAU PROPREMENT DITE. ‑ Passau n’est attaquable que du côté du Spitzberg. Le fort Maxi­milien a besoin d’un blockhaus et de deux ou trois blindages ; il a besoin que les crémaillères ferment elles‑mêmes à la gorge. Le fort Maximilien est à 400 toises de l’enceinte de la ville ; il y a donc 1,000 toises de l’extrémité du fort à la batterie cir­culaire. L’enceinte a moins de 300 toises ; on doit pouvoir en tirer un grand parti. Il y a une belle contrescarpe, un fossé profond, un rempart en terre‑plein. Il faut établir (au tracé près, qui est irrémédiable) ce terre‑plein comme dans les ouvrages modernes, profiter des trois tours pour avoir trois beaux cavaliers, avoir un beau chemin couvert avec glacis, couvrant trois demi‑lunes, une à la porte du milieu et les deux autres sur le Danube et sur l’Inn. Elles doivent être à 120 toises l’une de l’autre et se coordonner entre elles. Le fort Maximilien enlevé, cette enceinte sera encore très‑redoutable. Il faudra prendre une des trois demi‑lunes, faire sauter la contrescarpe et faire brèche à l’escarpe. La muraille est ancienne et bonne, fondée en rochers ; c’est une des plus belles ressources de la place de Passau.

Sur le quai de l’Inn comme sur celui du Danube, il y a plusieurs tours qu’il faut raser ; déblayer les décombres, et abattre ce qui est inutile.

  QUATRIÈME NOTE.

  RIVE GAUCHE DU DANUBE. ‑ Le fort Eugène et le fort Alexandre ont besoin chacun d’un blockhaus et de deux blindages. Moyennant la redoute faite à Eggendobel, à 150 toises en avant des crémaillères, cette rive gauche se trouvera assez forte.

          Du fort Eugène à la citadelle, il y a 400 toises. Pour rendre impossible à l’ennemi de se loger entre, il faudrait établir entre la citadelle et le fort un ouvrage qui se rattache à la citadelle et couvre le front d’attaque, de manière qu’on ne puisse arriver à la citadelle qu’après que cet ouvrage aurait été pris. La citadelle n’a que 100 toises de front ; cet ouvrage en couronne, lié à la citadelle, pourrait former un des plus beaux fronts de défense de la citadelle, et la couvrirait parfaitement ; alors cet ouvrage à corne, qui ferait partie de l’enceinte de la citadelle, la rapprocherait tellement du fort Eugène et du fort Alexandre, qu’il en serait comme l’ouvrage avancé ; il n’y aurait plus que 100 à 200 toises d’intervalle ; il serait impossible à l’ennemi de s’intercaler entre.

Le fort Rivoli n’est nécessaire à la place qu’autant qu’il protège la redoute qui sera placée pour empê­cher l’effet des batteries que l’ennemi pourrait éta­blir sur la rive gauche du Danube pour rompre le pont. Mais il est indispensable de maintenir la com­munication entre le fort Rivoli et la citadelle. Pour cela, une caponnière bien placée, avec une bonne redoute intermédiaire, paraît indispensable. Cette redoute paraîtrait devoir être construite du côté de la maison Fravengel, qui n’est qu’à 250 toises des batteries le plus près du fort.

  Après ces travaux terminés, il restera encore à établir des magasins dans la place. L’hôpital Saint-­Nicolas, le Niederhaus, l’ancien château du Prince et autres maisons situées dans la ville paraissent nécessaires à occuper, à blinder et arranger de ma­nière qu’on sache où placer un million de car­touches, soit en barils, soit confectionnées, un mil­lier de voitures, un million de biscuit et trente mille quintaux de farine.

  D’après la minute. Archives de l’Empire.

 

 

1203. ‑ INSTRUCTIONS POUR LA FORMATION DE RENFORTS DESTINÉS A L’ARMÉE D’ESPAGNE.

  AU GÉNÉRAL CLARKE , DUC DE FELTRE,

MINISTRE DE LA GUERRE, A PARIS.

  Fontainebleau, 30 octobre 1809.

Monsieur le Général Clarke, je vous ai fait con­naître l’intention où j’étais que la division Loison, qui sera forte de 12,000 hommes tant en infanterie qu’en cavalerie, pût entrer en Espagne le plus tôt possible, et avant le 11 décembre.

  Je vous ai fait connaître l’intention où j’étais que la division Reynier, qui sera forte de 15,000 hom­mes d’infanterie et de 4,000 hommes de cavalerie, pût être réunie à Bayonne vers la fin de décembre.

Enfin je vous ai fait connaître que mon intention était que le 8è corps fût dirigé sur Paris et Huningue, et pût y être arrivé avant le 30 novembre.

  Les divisions Loison et Reynier seront successive­ment incorporées dans les cadres qui sont en Espagne, puisque les corps dont elles sont composées appartiennent déjà à l’armée d’Espagne.

  Mais je dois aussi vous faire connaître mes inten­tions sur l’organisation du 8è corps, que je désire pouvoir faire entrer en Espagne dans les derniers jours de janvier. Ce corps sera commandé par le duc d’Abrantès. La 1re division sera composée des quatre bataillons du 22è de ligne et des huit bataillons actuellement existants à la division Rivaud ; total, douze bataillons. Tous ces bataillons seront mis au grand complet de 840 hommes par l’incorporation soit de ce qu’ils ont ou auront de disponible à leur dépôt d’ici au 1er décembre, soit de ce qu’ils auraient dans les six demi‑brigades provisoires qui sont au Nord. Par exemple, le 19è a 360 hommes dans la 6è demi‑brigade, le 25è y a 300 hommes, le 28è y a 400 hommes, le 36è 200 hommes, etc. Je suppose que d’ici au 1er décembre je pourrai avoir disponible une partie de ces demi‑brigades provisoires ; mon intention est de retirer tout ce qui sera possible. Cette 1re division sera donc composée de 10,000 hom­mes présents sous les armes et formant deux brigades.

  La 2è division, commandée par le général La­grange, sera composée de trois bataillons du 65è, d’un bataillon du 46è et de huit bataillons des huit régiments qui sont à Paris ; ce qui fera en tout douze bataillons ou 10,000 hommes.

  Les 3è et 4è divisions seront formées de tout ce que les dépôts de France pourront fournir au 1er dé­cembre. C’est peu que d’évaluer à 10,000 hommes la force à laquelle chacune de ces divisions pourra être ainsi portée ; ce qui réunira sous les ordres du duc d’Abrantès un corps de 40,000 hommes environ. Pour pouvoir l’organiser convenablement, je désire que le chef de vos bureaux qui a fait le travail que vous m’avez remis, pour la formation d’une réserve de 100,000 hommes destinés pour l’Espagne, vienne à Fontainebleau. Il fera connaître au sieur Monnier, secrétaire du cabinet, qu’il est arrivé ; il apportera les états qu’il peut avoir et fera cette organisation sous mes yeux. Entre autres matériaux et renseigne­ments dont il devra se munir, il aura soin d’ap­porter un état de situation de toutes les demi‑bri­gades provisoires et régiments de marche qui existent, un état de tout ce qui est disponible dans les diffé­rents dépôts en France, un état de la situation où se trouvent tous les 1ers, tous les 2es, tous les 3es, tous les 4es bataillons et les 1re, 2è, 3è et 4è compagnies des 5es bataillons. En travaillant une couple d’heures avec moi, cet employé comprendra de quelle ma­nière je veux faire ce travail.

  Quant à la cavalerie, je ferai également faire cette formation par votre employé. Mon intention est que la cavalerie de ce corps d’armée soit composée de tous les 3es et 4es escadrons des vingt‑quatre régi­ments de dragons, et je crois pouvoir réunir ainsi vers le 1er décembre un total de 10,000 chevaux.

  Cela portera donc le corps du duc d’Abrantès à 50,000 hommes. La division de Loison doit être de 12,000 hommes ; celle de Reynier sera de près de 20,000 hommes ; cela formera donc une armée de­ 85,000 hommes à envoyer en Espagne.

  Après le 8è corps, il restera à former une 3è divi­sion de réserve d’une vingtaine de mille hommes, tant cavalerie qu’infanterie. Cette division pourrait entrer en Espagne à la fin de mars ; ce qui complé­terait les 100,000 hommes que l’on peut, à ce qu’il me paraît, facilement réunir.

  NAPOLÉON.

  D’après la copie. Dépôt de la guerre.

 

 

1204. ‑ RAPPORT A FOURNIR SUR LA CAMPAGNE DE GOUVION SAINT‑CYR EN CATALOGNE ; ARRÊTS INFLIGÉS A CET OFFICIER GÉNÉRAL.

AU GÉNÉRAL CLARKE, DUC DE FELTRE,

MINISTRE DE LA GUERRE, A PARIS.

Fontainebleau, 14 novembre 1809.

Monsieur le Général Clarke, il faut me faire un rapport sérieux sur la campagne du général Gou­vion Saint‑Cyr en Catalogue :

  1° Sur les raisons qui l’ont porté à évacuer cette province lorsque Saragosse était prise et sa jonction faite avec le maréchal Mortier, conduite qui a dé­concerté les opérations en Espagne, tandis que, en soutenant le colonel Briche, il eût pu porter la guerre sur le royaume de Valence, au lieu de re­venir sur nos frontières ;

  2° Sur ce qu’il s’est laissé constamment attaquer par les Espagnols et ne les a jamais attaqués, et sur ce que, après les avoir toujours battus par la valeur des troupes, il n’a jamais profité de la vic­toire ;

  3° Sur ce qu’il a, par cet esprit d’égoïsme qui lui est particulier, compromis le siège de Girone ; sur ce qu’il n’a jamais secouru suffisamment l’armée assiégeante, l’a au contraire attirée à lui et a laissé ravitailler la ville ;

  4° Sur ce qu’il a quitté l’armée sans permission, sous le vain prétexte de maladie : il devait, dans ce cas, rester dans une des places de l’arrondissement de l’armée et ne point partir sans l’ordre du ministre.

  Vous lui ferez connaître que je l’ai suspendu, que j’ai ordonné qu’il gardât les arrêts dans sa cam­pagne, et que vous allez me faire un rapport sur sa conduite. Vous notifierez aux inspecteurs aux revues qu’il est suspendu de ses fonctions, comme ayant quitté l’armée, et qu’il ne lui est dû aucun frais de poste ni traitement quelconque, à quelque titre que ce soit. Il est nécessaire que vous fassiez faire par le Moniteur une relation où les échecs qu’a reçus le général Saint‑Cyr à Girone soient connus et la bonne conduite du duc de Castiglione détaillée, tout cela cependant légèrement.

  D’après la minute. Archives de l’Empire.


[1] Le général Gouvion Saint‑Cyr avait cru pouvoir quitter le 7è corps avant l’arrivée du maréchal Augereau, désigné depuis trois mois pour le remplacer dans ce commandement.

 

 

 

 Copyright www.stratisc.org - 2005 - Conception - Bertrand Degoy, Alain De Neve, Joseph Henrotin