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Correspondance
militaire
de Napoléon Ier
Extraite
de la correspondance générale
et publiée
Par
ordre du ministère de la guerre
Tome
sixième
Paris
- 1876
1211.
‑ ORDRES D’ORGANISATION ET DE MOUVEMENT DANS L’ARMÉE D’ESPAGNE.
AU
PRINCE DE NEUCHATEL ET DE WAGRAM, MAJOR GÉNÉRAL DE L’ARMÉE D’ESPAGNE,
A PARIS.
Paris,
11 janvier 1810.
Mon
Cousin, je vous ai envoyé ce matin par un de mes pages une dépêche
contenant des ordres pour différents mouvements de troupes dans mes armées
d’Espagne. J’ai jugé à propos d’y faire les changements suivants :
Provinces de Valladolid et de Léon. ‑ Le général Loison sera maître de
porter son quartier général à Benavente on à Astorga. Le principal but
de sa division devra être de tenir en échec toutes les troupes qui sont en
Galice, d’organiser et de garantir tout le royaume de Léon. Sa division
sera composée comme je l’ai ordonné, hormis que le général Ferey, qui
est déjà à Léon, commandera une de ses brigades. Dans cette position, le
général Loison appuiera sa droite sur le général Bonet, et sa gauche sur
le duc d’Elchingen, qui est à Salamanque. Faites part de ces
dispositions au duc d’Elchingen. Le général Kellermann continuera à
avoir le commandement de la province de Valladolid. Écrivez au général
Kellermann pour connaître la quantité d’artillerie qu’a
aujourd’hui la brigade Ferey, qui est à Léon, et réitérez tous les
ordres nécessaires pour que le général Loison ait huit ou dix pièces de
canon.
Navarre et Biscaye. ‑ Le général
Montmarie commandera la brigade de la division Reynier qui est destinée à
entrer en Navarre, et le général Lamartinière commandera l’autre
brigade, qui est dans la Biscaye. La brigade destinée pour la Navarre, au
lieu d’être dirigée sur Logrońo et Tudela, se réunira à
Pampelune, et le général Montmarie, qui est actif et qui sera sous les
ordres du général d’Agoult, commandant la province, prendra toutes les
mesures nécessaires pour détruire les bandes d’insurgés. Par ce moyen,
Suchet, n’ayant plus à penser à la Navarre, en retirera toutes ses
troupes pour se renforcer. Tous les détachements des régiments de la
Vistule, tous ceux du 14è, du 44è régiment et tous les autres
appartenant au corps du général Suchet qui se trouvent en Navarre
recevront ordre de rejoindre leurs corps en Aragon.
Province de Santander. ‑ Vous donnerez
ordre au général Reynier de faire occuper Frias et Puentelarra par le général
Valentin, et de vous faire passer la correspondance suivie du général
Bonet. Vous témoignerez au général Bonet ma satisfaction de toute sa
conduite dans le cours de cette année. Vous lui ferez connaître que je le
renforce du 118è et du 122è ; que j’envoie le général Loison à
Astorga avec 12,000 hommes ; que je le laisse maître d’entrer dans les
Asturies ou de faire cette expédition de concert avec le général Loison ;
que je désire connaître ses notions sur cette expédition ; que
peut‑être, dans cette saison, les neiges seront un obstacle, mais
que, s’il était possible de pénétrer de son côté, il pourrait être
avantageux de menacer la Galice par la marine, tandis que Loison la
menacerait par Astorga ; car, enfin, il vaut mieux porter la crainte chez
l’ennemi que le laisser faire diversion et prendre une position offensive.
Vous ferez connaître au général Bonet qu’il est maître absolu de
prendre toutes les mesures convenables pour faire rentrer l’argent et les
effets d’habillement dont il a besoin pour mettre mes troupes dans le
meilleur état. Je désire aussi qu’il puisse pourvoir à la solde ;
Santander est un pays riche, où il ne doit pas être difficile de trouver
un million. J’entends seulement que tout cela soit fait en règle et
sans aucune espèce de gaspillage.
Aragon et Catalogne. ‑ Vous ferez
connaître au général Suchet qu’il doit réunir 500,000 rations de
biscuit à Saragosse et 100,000 à Alcaniz ; qu’il doit, en outre, réunir
à Alcaniz quelques réserves de cartouches et de munitions de guerre ; que
je désire savoir ce qu’il préfère, ou de se porter sur Lerida pour en
faire le siège, ou de se porter sur Tortose ; que je suppose que son corps
doit être, en réunissant tous les détachements qui se trouvent en ce
moment éparpillés, de 16,000 hommes d’infanterie et de 2,000 hommes de
cavalerie ; que je désire qu’avec cela il soit prêt à se porter au
secours de Barcelone et aider à l’arrivée du 7è corps, qui s’avance
sous le commandement du duc de Castiglione ; et qu’il est nécessaire
qu’il se mette le plus tôt possible en correspondance avec le duc de
Castiglione ; que ce maréchal vient d’obtenir de grands succès ;
qu’il est maître de Girone et de la plus grande partie de la Catalogne.
Envoyez au général Suchet copie de la dernière situation que vous avez du
7è corps. Faites‑lui connaître enfin qu’il doit subvenir
abondamment à tous les besoins de ses troupes, tant pour les effets
d’habillement, pour les toiles, pour les souliers, que pour la solde ; que
l’Aragon est assez riche pour lui fournir de grandes ressources, et que
nos dépenses deviennent tellement considérables que j’ai désormais
peine à suffire à toutes.
Vieille-Castille.
– Je
vous ai écrit que Solignac devait commander une division française de 8 à
9.000 hommes ; mandez à ce général que mon intention est que, aussitôt
que la division Gratien sera arrivée à Burgos, il ait à réunir tout ce
qui appartient à la division allemande et à le diriger sur Ségovie, où
ces troupes seront sous les ordres du Roi. Mandez au Roi que je pense
qu’il faut réorganiser cette division allemande, soit pour tenir garnison
à Madrid, soit pour tenir garnison à Ségovie et maintenir tous les
environs.
8è
Corps et Biscaye.
- Le général Reynier continuera à avoir son quartier général à
Vitoria, à activer l’organisation de ses trois brigades et à diriger
tous les mouvements nécessaires pour réprimer les rebelles de la Navarre
et de la Biscaye, enfin pour maintenir les communications avec Santander par
Frias, avec Burgos, Tuleda et Pampelune, celles de Tuleda à Burgos, etc.
Vous ferez connaître que mon intention est de réunir tout le 8è corps à
Logrońo. A cet effet le général Lagrange, avec la première brigade
de sa division, entrera le 14 en Espagne et se dirigera en droite ligne sur
Logrońo. Le commissaire ordonnateur et le chef de l’état-major s’y
transporteront le plus tôt possible ; tout l’état-major et le
commandant en chef y seront réunis le 8 février. Tous les ordres seront
donnés pour que les divisions ci-devant Rivaud et Lagrange y arrivent le
plus tôt possible, ainsi que les administrations et l’artillerie, cela
formera 16 à 17,000 hommes, qui devront être à Logrońo dans les dix
premiers jours de février. Le 10è bataillon provisoire des équipages
partira le 21 de Pau pour se rendre à Logrońo ; il se chargera, en
passant à Bayonne, d’effets d’habillement et de biscuit pour le 8è
corps.
Donnez
ordre au général Lagrange et au chef d’état‑major de faire faire
à Logrońo 200,000 rations de biscuit. Donnez l’ordre au général
Reynier de faire compléter l’approvisionnement de biscuit de Vitoria à
500,000 rations. Donnez le même ordre pour Saint‑Sébastien. Donnez
le même ordre à Burgos. Faites compléter à 1,200,000 rations de biscuit
l’approvisionnement de Madrid.
La
cavalerie du 8è corps sera composée de la 1re brigade, qui
comprend les 1er, 2è et 3è régiments provisoires, formés des
3es et 4es escadrons qui appartiennent aux régiments de la division
Latour-Maubourg, et de la 3è brigade, qui comprend les 6è et 7è régiments
provisoires, formés de huit escadrons qui appartiennent à la division
Milhaud. Cela fera donc vingt escadrons, pouvant faire un présent sous les
armes de plus de 5,000 hommes. Des cinq brigades de dragons, il me reste
donc à disposer de deux, de la 2è et de la 4è. Vous donnerez ordre à la
2è et à la 4è brigade de
continuer leur route aussitôt qu’elles seront arrivées à Bayonne et de
se diriger l’une et l’autre sur Burgos.
Dispositions diverses. ‑ Vous donnerez
ordre au bataillon de Neuchâtel, à tout ce qui se trouve à Bayonne
appartenant au quartier général, et au 1er bataillon du train
chargé de 180,000 paires de souliers, de partir de Bayonne et de se
rendre à Vitoria, ou ils resteront jusqu’à nouvel ordre. La compagnie
des guides, les chevaux et l’état major, et la moitié des miens,
partiront de Bayonne sous l’escorte du bataillon de Neuchâtel. Donnez
ordre à Bayonne de faire partir tous les lanciers. Réitérez l’ordre aux
généraux Loison, Reynier et Suchet de diriger sur Madrid tous les lanciers
polonais qu’ils peuvent avoir sous leurs ordres. Donnez ordre au 11è
bataillon des équipages militaires de partir le plus tôt possible pour
Bayonne. Aussitôt que l’infanterie de la gendarmerie de l’armée d’Espagne
sera arrivée à Bayonne, faites‑la entrer en Espagne et
dirigez‑la sur Vitoria, La 3è division du duc d’Abrantès, composée
de quatre régiments de marche et de douze bataillons auxiliaires, ne se
remuera pas sans un nouvel ordre de vous. Faites‑moi connaître quelle
sera la situation de ce corps au 1er février, ainsi que celle
des vingt escadrons de gendarmerie, ainsi que celle de la division d’arrière‑garde,
dont j’ai ordonné la réunion à Orléans. Cette division
sera‑t‑elle réunie à Orléans pour le 1er février
?
Indépendamment
des quatre régiments de marche d’infanterie, des douze bataillons
auxiliaires, des vingt
escadrons de gendarmerie, des trois divisions de la Gardes, et de la
division d’arrière-garde qui se forme à Orléans, j’ai encore ordonné
la formation de plusieurs régiments de marche de cavalerie :
remettez-moi un état de ces corps, de leur force et du lieu où ils se
trouvent.
Ecrivez
au chef d’état-major général en Espagne de renouveler tous les ordres
précédents pour réunir les corps et rallier tous les détachements, tant
d’infanterie et de cavalerie que d’artillerie, et même les bataillons
des équipages et du train, car la dispersion des corps ne peut produire que
le désordre.
NAPOLÉON.
D’après
l’original. Dépôt de la guerre.
1212.
– RÉPARTITION DE SEIZE ESCADRONS DE CAVALERIE POUR GARDER LA LIGNE DE
BAYONNE A MADRID.
AU
PRINCE DE NEUCHATEL ET DE WAGRAM, MAJOR GÉNÉRAL DE L’ARMÉE D’Espagne,
A PARIS.
Paris,
20 janvier 1810.
Mon
Cousin, faites connaître au général Buquet que, aussitôt que les seize
premiers escadrons de gendarmerie qui sont placés depuis Bordeaux jusqu’à
Saint-Benoît auront chacun plus de 150 hommes présents sous les armes, mon
intention est qu’il les répartisse de la manière suivante : le 1er
à Irun, le 2è à Hernani, le 3è à Tolosa, le 4è entre Tolosa et
Vitoria, le 5è à Vitoria, le 6è à Miranda, le 7è à Briviesca, le 8è
à Burgos, le 9è à Lerma, le 10è à Aranda, le 11è entre Aranda et
Somo-Sierra, le 12è à Somo-Sierra, le 13è à Buitrago, le 14è à
Cabanillas, le 15è à Alcobendas, le 16è à Madrid.
Les
quatre autre escadrons de gendarmerie seront de réserve pour se porter
partout où il serait nécessaire pour renforcer la ligne ou pour rester à
Madrid, où je désire avoir six escadrons pour s’en servir au besoin.
Aussitôt que les six premiers escadrons seront en état de marcher, vous
ordonnerez au général Buquet de les répartir depuis Bayonne jusqu’à
Miranda et de les pousser successivement jusqu’à Madrid, à mesure que
les autres pourront les remplacer.
Vous
ferez connaître ces dispositions au duc de Dalmatie, en lui envoyant la
composition de ces escadrons qui, étant forts de 4,000 hommes et de 1,600
chevaux, sont suffisants pour maintenir parfaite sûreté sur toute la
ligne, depuis la France jusqu’à Madrid. Vous lui ferez connaître également
que mon intention est que la ligne de communication de Bayonne et de Madrid
passe par Somo-Sierra, comme étant la plus courte et la moins exposée
aux incursions des troupes qui viendraient de Portugal. Vous donnerez ordre
que 300 hommes d’infanterie avec trois ou quatre pièces de canon soient
toujours placés à Somo‑Sierra, et que l’on travaille à la redoute
que j’avais ordonnée sur cette montagne, afin que ce point de
communication avec Madrid ne puisse jamais être intercepté, et que, pénétrant
jusqu’à Salamanque, Valladolid et le Guadarrama, l’ennemi soit encore
loin de couper le passage de Somo‑Sierra. Vous demanderez au duc de
Dalmatie un projet pour étendre l’inspection des chefs d’escadron de
gendarmerie sur la route à dix lieues à droite et à gauche, afin qu’ils
puissent en assurer les alentours.
Dans
ce système, des magasins considérables et des manutentions sont nécessaires
à Aranda et à Burgos. Les troupes prendraient du pain à Burgos, Aranda et
Butrago, cette ligne sera désormais celle des opérations l’armée d’Espagne,
l’Aragon étant soumis ; au lieu que celle de Valladolid peut être
interceptée au moindre mouvement du Portugal.
Informez
de ces dispositions le général Hédouville, pour qu’il vous fisse
connaître quand les six premiers escadrons de gendarmerie qui sont dans son
commandement pourront se mettre en mouvement.
NAPOLÉON.
D’après
l'original. Dépôt de la guerre.
1213.
‑ INSTRUCTIONS A DONNER AUX AGENTS FRANÇAIS A L’ÉTRANGER POUR
QU’ILS FOURNISSENT DES RENSEIGNEMENTS INTÉRESSANTS.
A
M. DE CHAMPAGNY, DUC DE CADORE,
MINISTRE
DES RELATIONS EXTÉRIEURES, A PARIS.
Paris,
24 janvier 1810.
Monsieur le Duc de Cadore, vous donnerez
l’ordre positif à mes ministres et à mes consuls, même ceux employés
en Perse, à Constantinople et en Amérique, de vous écrire tous les
jours une dépêche qui vous fasse connaître ce qu’il y a d’important
dans le pays où ils se trouvent. Mes consuls en Amérique devraient vous
envoyer toutes les nouvelles relatives au commerce ; je n’en ai aucune.
Ils devraient envoyer toutes les nouvelles relatives aux Anglais, la note
des bâtiments qui entrent et sortent des ports d’Amérique ; eux ni mon
ministre n’en font rien. Le ministre que j’ai à Berlin n’écrit rien.
J’ignore la chronique de ce pays et ce qui peut m’intéresser. Mon
ministre à Munich n’écrit pas davantage ; il est pourtant important
qu’il nous donne des nouvelles du Tyrol. Celui de Hollande, dans une
circonstance aussi grave, n’écrit que des lettres insignifiantes. Mes
ministres en Russie, en Espagne et à Bade, sont les seuls dont la correspondance
soit satisfaisante. Faites donc une circulaire à tous mes ministres,
consuls et agents à l’étranger, et remontez la correspondance des
relations extérieures. Ce département languit.
NAPOLÉON.
D’après
l’original. Archives des affaires étrangères.
1214.
- PROJET DE DÉCRET SUR L’ORDONNANCEMENT
DES
DÉPENSES DE LA GUERRE.
NOTE POUR
LES MINISTRES DU TRÉSOR PUBLIC, DE LA GUERRE ET DE L’ADMINISTRATION DE LA
GUERRE.
Palais
des Tuileries, 7 février 1810.
L’administration
de la guerre demande 44 millions pour l’habillement comme dépense réelle.
Il y a donc une augmentation de dépense de 7 millions, puisque, selon le
travail de la commission chargée d’examiner ce service et le rapport qui
en a été fait par M. Daru, le tout dressé d’après les revues, il n’y
avait qu’une dépense réelle de 37 millions. Le ministre du trésor
public demande aussi 4 millions de plus. Il est indispensable que le payeur,
le trésor et l’administration de la guerre s’entendent pour savoir
d’où viennent ces différences et comment elles peuvent être justifiées.
Les revues de 1806 étant faites, la colonne de ce qu’a coûté
l’habillement pendant 1806 est une colonne positive.
Le
trésor ne doit pas administrer. Ce n’est pas à lui à avoir besoin des
revues. Dans la règle, il ne devrait pas payer un son sans ordonnance
ministérielle ; du moins il devrait, quand le mois est écoulé, être
couvert par une ordonnance du ministre. Le ministre qui suit les affaires
de son département s’apercevrait, lorsque ces ordonnances lui seraient
demandées, s’il y a eu des abus dans la dépense du mois précédent ;
tandis que, par la fausse méthode du trésor, qui paye par à bon
compte et qui attend des revues pour se faire couvrir de sa dépense, le
ministre est deux ans sans savoir ce qu’il a dépensé. Ces observations
s’appliquent non-seulement à la solde, mais encore à la masse de pain
de soupe, à l’indemnité de route et au gîte et geôlage.
Il
est indispensable de prendre des mesures pour prescrire une méthode moins
fautive à l’avenir, de rédiger pour ces mesures un projet de décret,
d’y joindre un rapport détaillé sur la manière de procéder du trésor
avec tous les ministères, et de faire en sorte qu’en mars les payements
faits tant pour la solde que pour les trois masses soient établis par
division militaire et par corps, et que le ministre de chaque département
donne ses ordonnances. Si les ministres ne veulent pas ordonnancer parce
qu’ils constateraient la dépense, ils peuvent toujours donner des
ordonnances de reconnaissance.
Il
est également nécessaire que, désormais et à dater du 1er
janvier 1810, les pièces à régulariser soient portées dans les balances
que remet le trésor et forment une colonne à part, divisée par ministères.
Il faut aussi que, pour tous les exercices et notamment pour 1808, le
montant des pièces à régulariser soit déterminé ministère par ministère.
Il faut enfin que des mesures soient prises pour assurer les régularisations.
Sa
Majesté désire que les ministres de la guerre, de l’administration de la
guerre et du trésor se réunissent pour présenter, mercredi prochain, un
projet de décret qui sera rédigé sur les bases suivantes :
TITRE
1er.
1°
Le ministre de la guerre n’ordonnancera pas la solde avant qu’elle ait
été payée. Il enverra par mois au trésor le bordereau de la solde par
division militaire, et, dans le courant du mois, il lui donnera avis des
mouvements.
2°
Le trésor ouvrira chaque mois un crédit aux payeurs des divisions. Il leur
ordonnera d’envoyer chaque mois le bordereau des payements faits, corps
par corps. Le payeur de la guerre remettra ces bordereaux au ministre de la
guerre. Il en sera fait un modèle, dressé de manière qu’on puisse vérifier
non‑seulement les payements faits aux corps, mais ceux qui ont été
faits aux officiers, grade par grade.
3°
Le ministre de la guerre donnera alors une ordonnance et, pour pièces à
l’appui, le bordereau, corps par corps et par division militaire. Il aura
préalablement fait faire les vérifications nécessaires par le bureau du
mouvement et par les chefs des services. Le bordereau de l’artillerie sera
vérifié au bureau de l’artillerie ; celui du génie, au bureau du génie
; celui de la gendarmerie, au bureau de la gendarmerie. De cette manière,
le ministre ordonnancera sans attendre les noms, mais du moins sur une
première vérification.
TITRE
II.
4°
On procédera de la même manière pour le ministère de l’administration
de la guerre. Le bordereau des payements faits pour le pain de soupe,
l’indemnité de route, le gîte et geôlage, établi par corps et par
division militaire, sera envoyé par le trésor au ministre, qui
ordonnancera en mettant à l’appui de ses ordonnances les bordereaux
qu’il aura fait vérifier par ses différents bureaux. Il connaÎtra
ainsi l’état de l’emploi de ses fonds et à quels agents et parties
prenantes les payements auront été faits.
D’après la minute. Archives de l’Empire.
1215.
‑ INSTRUCTIONS ET OBSERVATIONS SUR L’ENTRETIEN DES PLACES FORTES.
AU
GÉNÉRAL CLARKE, DUC DE FELTRE,
MINISTRE
DE LA GUERRE, A PARIS.
Paris,
13 février 1810.
Je
désire que, samedi au plus tard, vous me présentiez l’état des
casernes de l’intérieur à remettre aux villes, des ponts‑levis à
supprimer dans les places, des digues et écluses à rendre aux ponts et
chaussées, des places à ne plus entretenir, afin de produire par là une
grande économie. Ces trois derniers objets seront contenus dans un seul décret
en plusieurs titres.
Je
n’attache aucune importance à Ypres. J’ai là des fortifications qui
empêchent la ville de s’étendre et occasionnent des prohibitions qui gênent
la population.
Je
n’attache aucune importance à Gand, Amiens, Mézières, Verdun, Auxonne,
Colmar, Entrevaux, Villefranche, ainsi qu’un grand nombre de places. Le
comité verra en détail l’état des places. Je ne veux point les démolir,
mais je ne veux y faire aucune espèce de dépense. Je serais d’avis que
deux on trois châteaux, tels que Ham, qui servent de prisons d’État,
fussent remis là la police, qui se plaint du génie et que les prisonniers
s’échappent ; elle n’aura plus lieu de se plaindre de personne.
En
faisant démolir Sedan, j’ai dit qu’on conservât la citadelle ; mais je
ne veux rien y faire.
Je
n’attache aucune espèce d’importance à aucune place de la Corse ;
aucune ne peut se défendre ; il n’y a là aucun système ; aucune n’est
approvisionnée de manière à pouvoir se défendre.
Ainsi
donc les places à entretenir sont les places de première ligne ; en outre,
quelques places centrales, Metz par exemple ; quoique n’étant pas de
première ligne, c’est un point d’appui. J’attache aussi de
l’importance à Lille. Luxembourg est une place à discuter. Je verrais
volontiers un mémoire sur Luxembourg. Il est clair que Luxembourg a été
fait contre Metz. Est‑il utile de le garder ? Je ne préjuge point la
question : je n’y ai pas réfléchi. Il est évident que cette place exige
une grande garnison, un grand entretien, un grand approvisionnement dans un
pays très‑ingrat.
En
supposant qu’on conserve Luxembourg et Metz, il est évident que bien des
petites places, précédemment élevées autour pour fermer la trouée qui
existait, deviennent aujourd’hui inutiles : par exemple Longwy. La
position de Luxembourg tournait et prenait en flanc tout le système de
l’Alsace.
Longwy,
Sarrelouis, Sarrebourg, Sarreguemines, Phalsbourg, sont des places
auxquelles je ne veux pas dépenser un sou ; mais il faut que le directeur
des fortifications et le commandant militaire aient la surveillance pour
qu’on ne détruise rien.
Ici
il faut poser le principe : toute place est bonne. Je désirerais en avoir
une à Orléans Comme point central, pour contenir tous les dépôts de
France. Mais il n’est pas question de faire des romans, et la question se
réduit à cela : l’État n’a que 1,200,000 ou 1,500,000 francs pour
entretenir ses places ; vaut‑il mieux les employer à entretenir avec
soin les places de première ligne, ou les diviser sur une multitude de
places, de manière à avoir sa frontière en mauvais état ?
Pendant
qu’on prendra Mayence, Landau ou Wesel, on aura le temps de réparer les
places de la Flandre, de la Meuse et de Lorraine. En cent années de temps,
même sans rien faire, une fortification ne se dégrade pas de manière
qu’en trois mois, avec des bras et de l’argent, on ne la mette en état
; car, quand même il y aurait quelque brèche au corps de place, il n’y
en aura pas à la demi‑lune, ni à la contrescarpe, et la place pourra
encore se maintenir en état de défense, et d’ailleurs il n’y a pas de
brèche qu’on ne puisse réparer en trois mois.
Si
nos places de Flandre eussent été négligées pendant quinze à vingt ans,
elles n’en auraient pas moins joué leur jeu en 1793, en supposant qu’on
y eût travaillé en 1791 ou 1799, comme on a fait effectivement dans toute
la France.
J’ai vu, dans ma tournée, qu’on
s’amusait à relever la contrescarpe d’un bastion à Mézières,
tandis que toutes les contre‑mines de Mayence s’écroulaient. Je désire
qu’il n’y ait rien de pareil cette année. Il ne s’agit point de dépenser
de petites sommes ; je ne veux pas qu’on dépense un sou. Je veux
d’abord que mes places frontières soient en état ; il faut supprimer
sans miséricorde toute espèce de dépense aux autres places.
NAPOLÉON.
D’après
la copie. Dépôt de la guerre.
1216.
‑ UTILITÉ DE FORTIFIER LE HAVRE ET CHERBOURG.
AU
GÉNÉRAL CLARKE, DUC DE FELTRE,
MINISTRE
DE LA GUERRE, A PARIS.
Paris,
9 mars 1810.
Les
fortifications sont surtout appropriées contre l’Angleterre, parce que,
cette puissance ne pouvant tenter que des coups de main pour profiter de
l’éloignement de l'armée, des dépôts et des arsenaux renfermés dans
des places peuvent lui résister suffisamment longtemps. Il est donc vrai
de dire que les fortifications sont beaucoup plus importantes contre les
Anglais que sur le Rhin contre de fortes armées continentales, qui,
remportant de grandes victoires, auraient le temps de prendre des fortifications
qui seraient ensuite des obstacles contre nous.
Les
Anglais pourraient vouloir pénétrer par l’Escaut pour brûler les
chantiers d’Anvers. La réunion du Brabant, d’une part, et, de
l’autre, les travaux qu’on exécute de ce côté, le mettront
suffisamment à l’abri. Mais si les Anglais veulent entreprendre une opération
importante au commencement d’une grande guerre continentale, peut‑être
auraient‑ils intérêt à s’emparer d’Ostende, ce qui donne une véritable
importance à Ostende, Nieuport et Gravelines. On doit tenir en état
Dunkerque et Calais. Aire est une place de première ligne. Je désire un mémoire
sur Nieuport, Dunkerque, Gravelines et Calais.
On
a fait pour Boulogne ce qu’il était possible de faire. Il faudrait
prendre un parti pour Montreuil : le démolir, ou le mettre en état s’il
est susceptible de défense. Montreuil est sans intérêt ; il n’en a
qu’à cause de Boulogne. Abbeville est en bon état ; il faut me remettre
un plan et des notes sur Abbeville. Cette place est d’un intérêt médiocre
; elle ne sert qu’à empêcher l’ennemi d’aller à Amiens. Dieppe a
peu d’intérêt et n’est susceptible de rien. Les Anglais ne gagneraient
rien à s’en emparer.
Un
point important, c’est le Havre. Comme port de mer, le Havre contient
toujours des frégates et une immense quantité de bois ; bientôt il y aura
quatre vaisseaux de guerre sur les chantiers ; il y a de superbes bassins ;
enfin c’est le port de Paris. Il est impossible de laisser le Havre dans
l’état où il est. Dans les dernières années de la monarchie, on a eu
l’ineptie de détruire les fortifications du Havre, ce qui est le comble
de l’ignorance. Je désire un mémoire sur le Havre. Mon intention
positive est de fortifier cette place, de manière que les établissements
du commerce, les chantiers de la marine, les magasins de bois et enfin la
place soient non‑seulement à l’abri d’un coup de main, mais
puissent encore se défendre assez longtemps pour que les secours y arrivent
de tous les côtés de la France. Si l’expédition de l’Escaut eût débarqué
au Havre, la flottille anglaise aurait pu remonter jusqu’à Rouen, et il
est hors de doute que l’ennemi serait arrivé à Rouen, aurait saccagé la
Normandie, sans qu’on pût s’y opposer. Il faut donc que le Havre soit
fortifié, comme la garde de Rouen, comme port marchand et comme ville de dépôt.
C’est, dans ce moment‑ci, la partie de notre côte où nous sommes
le plus vulnérables. Honfleur est‑îl fortifié ? Je désire un
rapport sur l’embouchure de la Seine.
Je
désire un rapport sur Cherbourg. Il faut s’en occuper sérieusement. Il y
a déjà des vaisseaux en rade ; il y en aura bientôt douze on quinze, et
dans trois ans les travaux du port seront terminés. Je désire donc que des
officiers du génie de distinction soient envoyés au Havre et à Cherbourg,
et rapportent sur ces points importants des projets, afin qu’on puisse
commencer à y travailler dès cette année. J’accorderai à cet effet un
supplément au budget.
D’après la minute. Archives de l’Empire.
1217.
‑ INSTRUCTIONTS A DONNER A MASSÉNA POUR LA PRISE DE CIUDAD‑RODRIGO
ET D’ALMEIDA AVANT DE PÉNÉTRER EN PORTUGAL.
AU
PRINCE DE NEUCHATEL ET DE WAGRAM, MAJOR GÉNÉRAL
DE L’ARMÉE D’ESPAGNE, AU HAVRE.
Le
Havre, 29 mai 1810.
Mon
Cousin, mandez au prince d’Essling que, selon les nouvelles que nous avons
d’Angleterre, l’arrivée du général Wellington n’est forte que de
24,000 hommes, Anglais et Allemands, et que les Portugais n’ont que 25,000
hommes ; mais que je ne veux pas entrer dans ce moment à Lisbonne, parce
que je ne pourrais pas faire vivre la ville, dont l’immense population
tire ses subsistances par mer ; qu’il faut employer l’été à prendre
Ciudad‑Rodrigo et après cela Almeida ; qu’il ne faut pas aller par
expédition, mais méthodiquement ; que le général anglais, ayant moins de
3,000 hommes de cavalerie, petit bien recevoir bataille dans un pays où la
cavalerie est inutile, mais ne viendra jamais la livrer dans un pays de
plaine.
Les
trois divisions d’infanterie du 6è corps font seules 24,000 hommes. Deux
divisions du 8è corps seront composées de la manière suivante : la division
Clausel, telle qu’elle existe ; on y ajoutera le bataillon du 46è qui est
à la division Lagrange, ce qui portera la division Clausel à 8,500 hommes,
toute la division actuelle du général Solignac, plus le 65è, ce qui
portera cette division à 9,000 ; total du 8è corps, 17,500 hommes. Ces
cinq divisions formeront donc plus de 40,000 hommes.
Les
bataillons des 2è, 4è et 12è légers, des 32è et 58è de ligne, sous les
ordres des généraux de brigade Corsin et Jeanin, feront partie de la
division du général Seras, qui aura ainsi sous ses ordres : ces cinq
bataillons, 3,000 bommes ; les quatre bataillons auxiliaires, 3,000 hommes
; le 113è et le 4è bataillon de la Vistule, 3,000 hommes ; total, 9,000
hommes.
Le
général Seras aura sous ses ordres les généraux de brigade Brenier,
Corsin et Jeanin.
La
cavalerie sera disposée de la manière suivante : le 3è de hussards et
le 15è de chasseurs, qui doivent former 2,000 hommes, resteront attachés
au maréchal duc d’Elchingen. Les 15è, 25è, 3è, 6è, 10è et 11è de
dragons, formant six régiments et près de 5,000 hommes de cavalerie,
composeront la réserve de cavalerie, que commandera le général Montbrun.
Cela seul formera donc 7,000 hommes de cavalerie. La première brigade de
dragons, formant 1,500 hommes et composée des 1er, 2è et 3è régiments
provisoires, restera attachée au duc d’Abrantès. La 2è, composée des 6è
et 7è provisoires, sera attachée au général Kellermann, et la 3è,
composée des 8è, 9è et 10è, sera attachée au général Seras.
Ainsi
le prince d’Essling aura 40,000 hommes d’infanterie et 9 à 10,000
hommes de cavalerie, indépendamment des troupes d’artillerie, des sapeurs,
etc., ce qui lui fera une armée de 50,000 hommes, avec lesquels il assiégera
d’abord Ciudad-Rodrigo et après Almeida, et se préparera ainsi à
marcher méthodiquement en Portugal, où je ne veux entrer qu’en
septembre, après les chaleurs et surtout après les récoltes.
La
division la Houssaye restera à l’armée du Midi.
Le
général Reynier se portera du côté d’Alcantara, avec deux divisions
d’infanterie formant 14,000 homnies, le 1er de hussards, le 2è
de chasseurs, les chasseurs hanovriens et le 8è de dragons, formant environ
2,000 hommes de cavalerie ; ce qui composera un corps de 16 à 17,000
hommes. Le général Reynier sera ainsi placé sur la gauche de CiudadRodrigo,
occupant Alcantara, menaçant le Portugal de ce côté, et conservant les
communications avec Madrid. Le prince d’Essling le maintiendra dans cette
position sans le laisser entamer.
Par
ce moyen, le prince d’Essling aura sous ses ordres sept divisions
d’infanterie, fortes de 54,000 hommes, et 11,000 hommes de cavalerie ;
ce qui lui fera une armée de 65 à 70,000 hommes.
Il
aura sur sa droite le général Seras, qui, avec 9,000 hommes d'infanterie
et 1,500 chevaux, manœuvrera entre Astorga, le royaume de Léon et Zamora,
de manière à maintenir ses communications avec le général Bonet, à
menacer le Portugal du côté de Bragance, et à couvrir la plaine de Valladolid.
Le général Seras sera ainsi sous les ordres du général Kellermann,
lequel aura 1,200 hommes de cavalerie avec les Suisses et les différents dépôts,
pour maintenir la tranquillité dans la plaine. Par ce moyen le général
Kellermann réunira dans ses mains 12 à 13,000 hommes. D’ailleurs, avant
que le prince d’Essling entre en Portugal, une réserve de 20,000 hommes
sera arrivée à Valladolid.
Donnez
donc tous les ordres en conséquence au prince d’Essling et aux généraux
Kellermann et Seras ; donnez‑en avis au général Bonet, et enfin
faites connaître toutes ces dispositions au duc de Dalmatie.
NAPOLÉON.
D’après
l’original. Dépôt de la guerre.
1218.
‑ NOTE SUR LA DÉFENSE DE CORFOU.
Saint‑Cloud,
21 juin 1810.
La
garnison de Corfou est forte aujourd’hui de 5,000 hommes de terre et de
1,000 marins formant l’équipage des chaloupes et bricks en station à Corfou
; ce qui fait 6,000 hommes. En cas de siége, surtout, il faudrait lever un
corps d’habitants, qu’on ferait servir comme ouvriers,
aides‑canonniers, et pour d’autres ouvrages.
Ces
6,000 hommes ne peuvent être attaqués avec quelque succès que par 18,000
hommes ; expédition tellement considérable, qu’elle est hors des forces
des Anglais, puisque, en Belgique, ils n’ont en que 12,000 hommes,
qu’ils n’ont en Sicile que 6,000 hommes, et qu’en Portugal même, où
ils portent tant d’intérêt, ils n’en ont que 211,000.
On
peut donc prévoir le cas où les Anglais pourraient attaquer Corfou avec
9, 10 ou 11,000 hommes dont il n’y aurait tout au plus que 8,000 Anglais,
et les 3,000 autres composés de déserteurs de toutes les nations. En
supposant qu’ils pussent débarquer, et qu’on ne pût les chasser de
l’île, on serait obligé de se renfermer dans la place, et on se
trouverait exposé au bombardement et à toutes les suites fatigantes
qu’il entraîne. On conçoit que, dans ce cas, si l’on avait un camp
retranché sous la place, il pourrait y avoir telle chance où les 5 ou
6,000 Français pourraient battre les ennemis, et, par le résultat d’une
victoire, les obliger à se rembarquer, tandis que, si on se renfermait dans
la place, on ne ferait plus une guerre active et l’on n’aurait plus
aucune chance de succès.
Enfin,
quand même les Anglais auraient 18,000 hommes, on sent qu’on ne pourrait
faire une défense brillante, et la prolonger pendant le temps nécessaire
pour les dégoûter ou jusqu’à ce qu’on pût avoir des secours, qu’en
faisant une guerre de siège offensive.
Une
guerre de siège purement passive ne peut avoir d’autre résultat que de
prolonger la défense un mois de plus ou un mois de moins.
Corfou
ayant déjà trois lignes d’enceinte, il faut trois sièges. Ainsi on peut
prévoir que le commandant pourra résister quatre mois ; mais enfin, au
bout de ces quatre mois, il sera perdu. Le résultat, au contraire, qu’on
peut espérer d’une guerre de siège active ou offensive est incalculable.
Je
pense donc qu’il est nécessaire que, dans les positions les plus avancées,
à 4 ou 500 toises de la lunette Saint‑Roch, dans des points qui sont
probablement donnés par le terrain, on établisse cinq à six redoutes,
qui, appuyées à la mer de droite et de gauche, seraient placées sur une
étendue de 1,000 à 1,100 toises. Ces cinq ou six redoutes seraient donc éloignées
entre elles d’environ 150 toises, vu la largeur des redoutes qu’on
suppose être de 40 toises de côté intérieur. On aurait soin que les côtés
qui sont attaquables par l’ennemi aient le profil de siège,
c’est‑à‑dire des parapets de 3 toises et des remparts de 4
toises de largeur, avec un relief de dix pieds au moins sur la campagne. En
les construisant, on y placerait des magasins à poudre, blindés et
couverts en terre. Les côtés de la place pourraient avoir un bon profil de
campagne.
La
construction de ces six redoutes doit être d’une petite dépense. On
pourrait charger un bataillon de ces ouvrages. En un mois de temps ces
ouvrages seront massés et en état de défense, et l’on pourra toujours
continuer à les perfectionner.
Le
tracé sera fait de manière que les ouvrages se flanquent entre eux le plus
possible. Par la suite, on pourra couvrir ces cinq ou six ouvrages par un
chemin couvert, qui n’empêcherait point de déboucher par‑dessus
les glacis pour aller à l’ennemi. Il serait inutile de le palissader, si
ce n’est dans les angles saillants qui seraient en avant des redoutes,
parce que le chemin couvert ferait partie de la fortification des redoutes
et donnerait un second rang de feux ; mais, dans l’intervalle des
redoutes, le chemin couvert ne serait point palissadé, de manière
qu’il n’y eût aucun obstacle pour aller en bataille à l’ennemi et
revenir de même. Ce chemin couvert ne doit être entrepris que lorsque les
redoutes auront toute leur perfection.
Je
suppose ces redoutes faites, ce qui peut être avant le mois de septembre ;
on peut les armer de huit à dix pièces de canons de fer, on canons de
toute espèce. L’armée française étant rangée en bataille derrière
ces redoutes, l’ennemi ne pourrait point les attaquer de vive force ; et,
s’il faisait cette sottise, ce serait le cas de déboucher de derrière
les redoutes, et, dans ce cas, 5,000 hommes peuvent en battre 15,000.
L’ennemi ne tentera point une opération si folle. L’ennemi sera donc
obligé d’ouvrir la tranchée ; je suppose qu’il l’ouvre à 500 toises
; il sera obligé, pour se couvrir, de faire des ouvrages de 1,800 toises de
développement, parce qu’il voudra appuyer sa droite et sa gauche à la
mer pour ne pas craindre d’être tourné. Il cheminera sur une ou deux
redoutes, mais il sera toujours obligé d’essuyer les feux des trois
redoutes ; celles sur lesquelles il cheminera seront alors remplies
d’artillerie ; et alors aussi la garnison commencera une guerre active, en
faisant des lignes de contre‑attaque, en cheminant contre les cheminements
de l’ennemi. Il est probable que les redoutes peuvent être placées de
manière à avoir un grand commandement ; quels avantages n’auront point,
sous la protection des forts placés en arrière et qui les dominent, ces
cheminements qui marcheront à l’ennemi ! C’est alors que des batteries
établies dans ces lignes de contre‑approche rendront ces sièges
actifs. C’est là qu’un commandant et de bons officiers pourront déployer
toutes les ressources de la guerre. Le siège ainsi conduit, le temps nécessaire
pour réduire ces lignes est incalculable. Deux et trois mois peuvent se
passer dans ces opérations ; mais, en supposant que l’habileté ou la supériorité
de l’ennemi soit tellement considérable que ces redoutes ne puissent
tenir que quinze ou vingt jours, c’est un prolongement de défense qui ne
peut être donné par aucun ouvrage isolé, d’autant plus que, pendant ce
temps‑là, l’ennemi sera éloigné de 1,200 toises de la place, que
la ville sera tout à fait couverte, ainsi que la presqu'île de San-Pantaleone.
On
travaillera perpétuellement à ces redoutes, de sorte que, si la place n’était
assiégée qu’au mois de mai prochain, ces redoutes seraient des forts très-considérables.
On
sent facilement qu’une guerre active ne peut être établie entre les
forts Abraham et Saint‑Sauveur, parce que l’ennemi, une fois maître
de la presqu’île de San‑Pantaleone, a un grand développement et
de grands avantages pour attaquer la ville et prendre en flanc les
cheminements et la défense de l’assiégé.
Ce
qu’on propose a donc l’avantage de rendre maître de la presqu’île de
San‑Pantaleone et d’obliger l’ennemi à de grands développements.
S’il était possible d’appuyer la gauche de manière qu’on fût maître
de la pêcherie de Callikiapoulo, ce serait un grand avantage.
Je
ne puis pas penser que ces ouvrages doivent coûter plus d’une trentaine
de mille francs en gratifications pour les troupes, qui doivent travailler
pour se couvrir pour leur propre défense, par honneur et avec la plus
grande activité. Il faut charger chaque bataillon de la garnison d’une de
ces redoutes ; elles porteront le nom de redoutes
impériales, un numéro et le nom du bataillon qui aura été chargé
de la construction. Si la garnison de Sainte‑Maure, au lieu de rester
pendant deux ans les bras croisés, eût remué de la terre, il n’y a pas
de doute que les Anglais n’eussent pas réussi, et peut‑être
n’eussent‑ils rien tenté. C’était l’usage des Romains, et
c’est celui de l’Empereur. Sa Majesté est surprise qu’un aussi bon
officier que le gouverneur n’ait encore entrepris aucun système
d’ouvrages en terre, qui eût ajouté une grande force à la place. La
marine doit fournir des travailleurs, la ville doit aussi en fournir gratis,
ou à très‑bon marché. Aussitôt qu’on aura suffisamment établi
cette première ligne, il faudra en établir une deuxième ; ce sera une
ligne qui partira du fort Saint‑Sauveur, aura devant elle l’étang
des salines, s’appuiera à la mer et empêchera l’ennemi de s’établir
dans la presqu’île de San‑Pantaleone. On ajoutera au système des
lignes deux forts : un entre le fort Saint‑Sauveur et les salines,
l’autre entre les salines et la mer, qui pourront être réunis par une
ligne en arrière, si on le juge nécessaire.
On
comprend que cette redoute sera protégée par le fort Saint‑Sauveur
et qu’elle ne pourra être attaquée que par un côté, et peut‑être
pourrait‑elle avoir, au moyen des salines, une petite inondation en
avant, ou un fossé plein d’eau.
Enfin,
comme on sent que c’est spécialement entre les salines et la mer que
l’ennemi voudra percer, on construira trois redoutes à 100 toises l’une
de l’autre, de manière que l’ennemi ait à les prendre successivement ;
et, lorsqu’on verra qu’il sera près de s’emparer de la première, on
coupera l’isthme en arrière, pour laisser entrer l’eau de la mer et
multiplier les obstacles sur les cheminements de l’ennemi ; on rendra
ainsi les abords de ces redoutes fort difficiles.
C’est
la presqu’île de San‑Pantaleone qu’il faut défendre, si, rebuté
par ces obstacles, l’ennemi chemine sur le fort Abraham (il paraît que
c’est la partie la plus forte de la place), et on aura rempli son but.
Puisque cette presqu’île est si importante à conserver, il faut établir
plusieurs redoutes partout où l’ennemi pourrait débarquer, et y avoir
des batteries de côtes.
En
débouchant par les salines, on se trouvera avoir des positions sur le flanc
de l’ennemi ; rien n’empêchera d’ailleurs que, lorsque ces deux
ouvrages seront faits, on n’occupe encore le mont Olivetto par de forts
ouvrages en terre.
Une
place comme Corfou , avec la garnison qui doit y être, ne peut se défendre
qu’en remuant de la terre et en obligeant l’ennemi à dix sièges avant
qu’il soit arrivé sur la première enceinte de la place. Si on laisse
l’ennemi arriver à 20 toises de la place, ou si l’on ne prétend
disputer le terrain que par des affaires de postes on de tirailleurs, ce qui
est impossible vu la supériorité de l’ennemi, on n’entend point les
moyens de vaincre.
Corfou
est inattaquable de trois côtés : la ligne occupée par la fortification
n’a que 600 toises, de sorte qu’une garnison de 4 à 5,000 hommes courrait
risque, si elle ne faisait rien, de laisser prendre les forts et la ville,
et de rentrer ensuite dans la citadelle avec une garnison trop considérable
pour pouvoir y être contenue ; et on aurait la douleur de voir capituler,
après trois mois de siège, une garnison de 3,000 hommes, devant une armée
qui n’aurait plus sous les armes que 5 à 6,000 hommes. Une place comme
Corfou, dont la garnison ne peut sortir que prisonnière ou victorieuse, ne
doit se rendre que faute de vivres, ou bien les officiers qui la commandent
ne connaissent pas toutes les ressources de la guerre.
D’après
la copie. Dépôt de la guerre.
1219.
‑ NOTE SUR CHERBOURG.
Rambouillet,
8 juillet 1810.
Il
faudrait avoir le plan de Cherbourg jusqu’à 600 toises du fort de
Querqueville et jusqu’à 600 toises du fort de l’île Pelée, de manière
que le terrain se trouve bien embrassé. On a plusieurs buts à remplir à
Cherbourg.
1°
Mettre les établissements maritimes à l’abri d’un coup de main et dans
le cas de soutenir un siège de quinze jours de tranchée ouverte.
2°
Éloigner le bombardement de ces établissements de manière que
l’ennemi, dès le moment de son débarquement, ne pût se placer qu’à
12 ou 1,500 toises des établissements maritimes.
3°
Empêcher l’ennemi de pouvoir établir aucune batterie dans l’intérieur
de la rade. Or, la rade, qui commence au fort de Querqueville et finit au
fort de Vile Pelée, a 3,000 toises à vol d’oiseau. Il serait donc
convenable que, dans aucun point de ces 3,000 toises, l’ennemi ne pût
envoyer ni bombes ni boulets, et, si le projet est difficile pour les deux
passes, il faut au moins s’appuyer à une passe et maintenir toujours la
passe libre. La passe naturelle parait être du côté de Querqueville.
Que
l’ennemi ne puisse se placer entre le fort de Querqueville et la place sur
un espace de 12 à 1,500 toises, alors on sera toujours maître de s’appuyer
à gauche, d’entrer et de sortir par la passe de gauche. Par la suite on tâchera
d’avoir la même propriété pour la passe de droite.
Une
expédition à Cherbourg ne peut avoir pour but que de brûler les établissements
maritimes de l’escadre qui serait dans la rade. Il doit y avoir cette
semaine un conseil sur Cherbourg, où se trouvera M. Cachin et où
l’emplacement des établissements sera déterminé. Pour mettre à
l’abri d’un coup de main les établissements maritimes, il faut que
l’emplacement des bastions et des bâtiments soit positivement désigné
; ce qui aura lieu dans les conférences qu’on va tenir.
Pour
tenir l’ennemi à 1,500 toises des établissements maritimes, il paraît
qu’il faut occuper une circonférence de 5,000 toises. Un cercle de 5,000
toises ne peut être occupé que par sept ou huit forts. En supposant que
ces forts fussent des pentagones ou des quadrilatères en terre, avec un réduit
en maçonnerie, ils occuperaient par leur enceinte, ou au moyen de
demi‑lunes ou flèches avancées, une largeur de 2 ou 300 toises ; en
espaçant ces forts de 400 toises, il en faudrait huit. Le réduit en maçonnerie
devrait contenir un magasin à poudre, des puits, une manutention, un
magasin de vivres, des logements à l’épreuve. Il faudrait faire un modèle
en relief d’un de ces forts, comme M. Fontaine en fait faire pour les
monuments de Paris.
Ces
forts pourraient être défendus par 300 hommes, ce qui ferait 2,400 hommes
nécessaires ; et ils pourraient contenir chacun 7 à 800 hommes. Ces forts
pourraient être faits, l’un portant l’autre, pour 1 million : 7
millions pour les forts et 3 millions pour l’enceinte seraient une dépense
au plus de 10 millions, qui, à 3 millions par an, serait faite en quatre
ans.
S’il
était possible, au lieu de sept forts, de n’en faire que six, en
agrandissant quelques forts par des demi‑lunes, en faisant quelque
inondation soutenue par des redoutes, cela diminuerait non‑seulement
les dépenses, mais la garnison.
Ainsi
2,000 hommes dans les forts, 4,000 dans la ville, en tout 6,000 hommes, même
de mauvaises troupes, mettraient Cherbourg à l’abri d’une armée de
25,000 hommes ; et si, découvrant que l’ennemi ouvre la tranchée contre
un fort, on pousse des lignes de contre‑approche des deux forts
voisins, et qu’on borde d’artillerie l’intervalle qui les sépare, la
résistance augmenterait beaucoup, et le temps que ce fort pourrait résister
serait indéterminé. Il est hors de doute que c’est sur ces bases
qu’il faudrait faire le projet. Mais il y a des points intérieurs qu’il
faut occuper pour maintenir les communications, et quelques autres plus éloignés
qu’il faut occuper à cause de leur commandement.
Mais
je crois très‑important de ne pas perdre de vue qu’il faut éloigner
les attaques de l’ennemi de 1,600 toises au moins des magasins ; ce qui
porterait les forts à 1,500 toises et les batteries ennemies à 16 ou
1,700 toises. Il sera donc impossible que l’ennemi bombarde sans prendre
un de ces forts.
On
a dit que les forts devaient être des pentagones ou des quadrilatères ;
ainsi ils auront une épaisseur de 2 ou 300 toises ; les fortifications de
la place gagneront aussi du terrain ; ainsi la gorge des forts ne sera
vraiment éloignée que d’environ 1,000 toises ; ce qui serait trop
distant sans doute pour recevoir une protection de la place, mais ce qui empêchera
l’ennemi de s’établir entre les forts et la place, ou du moins rendra
son attaque trèspérilleuse.
D’après
la minute. Archives de l’Empire.
1220. ‑ ORDRES POUR L’ARMEMENT DES COTES ET L’INSTITUTION DE
COMMISSIONS CHARGÉES DE LEUR INSPECTION.
AU
GÉNÉRAL CLARKE, DUC DE FELTRE,
MINISTRE
DE LA GUERRE, A PARIS.
Rambouillet,
11 juillet 1810.
Je vous renvoie plusieurs de vos rapports
relatifs à l’armement des côtes. J’y vois qu’il y a 906 batteries
composées de 3,648 bouches à feu, la plupart employées au service du
cabotage, et employant 13,000 canonniers et coûtant 7 millions. Rien de
cela ne me paraît extraordinaire. Votre rapport est fondé sur une
supposition qui n’est pas exacte c’est de croire que le cabotage de port
à port a cessé il est, au contraire, plus actif que jamais.
Vous
dites que c’est à tort que la marine se plaint souvent des batteries de côtes
; mais elle a raison : 1° parce que le personnel des garde‑côtes ne
vaut pas ce qu’il devrait valoir ; 2° parce que les affûts de côtes
sont pourris et n’offrent pas suffisamment de solidité.
Partez
du principe que, dans l’état d’infériorité de notre marine, on ne
saurait avoir trop de batteries de côtes. Le cabotage est fort et prendrait
plus d’accroissement si les batteries étaient mieux servies et composées
d’un meilleur matériel. J’ai ordonné à la marine de vous fournir
1,000 affûts de côtes. Il résulte d’un de vos rapports que, depuis
l’an XII, il n’a été fabriqué que 938 affûts de côtes ; ce qui ne
fait pas 200 par année. Je vois, par les états qui y sont joints, qu’il
existe aujourd’hui 2,800 affûts de côtes et marins. Moyennant les 1,000
affûts de la marine, les 938 construits depuis l’an XII, les 100 pour lesquels
les fonds sont faits par le budget de cette année, total plus de 2,000 affùts
neufs que vous devez mettre en batterie le plus tôt possible, vous devez être
à même de mettre les batteries de côtes dans le meilleur état.
Je
désire savoir ce que coûte une compagnie et si l’on ne pourrait pas
employer des troupes mieux organisées et plus sûres à ce service.
Remettez‑moi
un projet pour nommer six commissions composées chacune d’un officier
d’artillerie, d’un officier du génie et d’un officier de marine. Une
de ces commissions serait chargée de l’inspection des côtes depuis la
frontière de Hollande au delà d’Emden jusqu’à l’Escaut ; la deuxième,
de l’Escaut à la Seine ; la troisième, de la Seine à Brest ; la quatrième,
de Brest à Bayonne ; la cinquième, de Cette à Nice ; la sixième, de Nice
jusqu’à Terracine. Ces commissions seraient chargées de parcourir les côtes,
de vous faire un rapport tous les huit jours sur les travaux, de faire connaître
la situation des batteries, les travaux qu’il faudrait y faire et les
nouvelles batteries qu’il serait nécessaire d’établir. Elles resteront
sur les lieux pour recevoir vos ordres et donner des réponses. Vous
diviserez le travail de chaque commission en plusieurs stations. Ainsi, par
exemple, la commission qui serait chargée de l’inspection de la rive
gauche de l’Escaut visiterait l’île de Cadzand et irait à Ostende, lèverait
un croquis des batteries, en reconnaîtrait la situation, prendrait note de
celles à réparer, et se concerterait avec l’inspecteur du génie et de
l’artillerie d’Ostende. Après avoir fini ses opérations à Ostende,
la commission irait à Dunkerque et correspondrait avec vous ; de là la
commission irait à Boulogne, etc. Par ce moyen, le travail ne
s’entasserait pas. Rédigeant sur les lieux, les commissaires rédigeront
mieux ; ils répondraient aux objections, et on parviendrait à avoir un
système de batteries de côtes bien organisées et sur de bons affûts.
Il
faudra avoir soin qu’en passant la revue de chaque batterie la commission
fasse bien connaître le but de cette batterie.
Les
commissions d’inspection auront soin d’observer le degré
d’importance de chaque batterie qui exigerait des affûts neufs, ou des
affûts de côtes, ou des affûts marins ; ce qui permettrait de les laisser
à la disposition des communes.
D’après
la minute. Archives de l’Empire.
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