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Correspondance
militaire
de Napoléon Ier
Extraite
de la correspondance générale
et publiée
Par
ordre du ministère de la guerre
Tome
sixième
Paris
- 1876
1221.
– NOTE SUR ROCHEFORT.
(EXTRAIT.)
Il
est important de mettre Rochefort dans un état de défense respectable.
Pour cela, il faut d’abord défendre l’île Madame et la pointe de
Fouras, faire connaître leur situation actuelle et ce qu’il faudrait
faire pour que, une armée de 20,000 hommes ayant débarqué à droite et à
gauche et tourné cette position, ces deux batteries pussent résister avec une faible garnison et défendre
l’entrée de la rivière, si l’ennemi jugeait devoir les prendre avant
de s’avancer. Il faut, après cela, empêcher les brûlots d’arriver,
faire connaître la situation du fort Lupin et de la redoute de Vergeroux.
Il
est clair que, si l’ennemi est sur la rive droite, il ne pourra pas
prendre le fort Lupin et profiter de la rivière. De même, si l’ennemi
est sur la rive gauche, les batteries de la pointe de Fouras et la redoute
de Vergeroux, si ces forts sont de quelque importance, l’empêcheront de
profiter de la rivière.
Avant
de penser à empêcher le bombardement de Rochefort, il faut penser à
mettre l’enceinte à l’abri d’un coup de main. Est‑elle revêtue
en maçonnerie ? Pourquoi le tracé est‑il si défectueux ? Y
a‑t‑il contrescarpe au fossé, chemin couvert et glacis ?
Peut‑on en établir ?
Sur
la rive gauche il y a des marais qui ont été desséchés ;
n’est‑il pas nécessaire de couvrir ce côté par une double
couronne ?
Car
d’abord l’ennemi ne tentera jamais une opération avec la certitude de
ne pouvoir s’approcher de la place qu’à 4 ou 500 toises pour bombarder.
S’il n’a pas l’espoir de brûler réellement les vaisseaux et de démolir
l’arsenal, jamais il ne hasardera une expédition qui lui coûterait
quatre fois le dommage qu’il peut faire. Après avoir tiré un millier de
bombes, on peut avoir maltraité quelques vaisseaux, mais c’est un léger
mal.
On
suppose et on demande s’il y a des magasins à poudre à l’épreuve
suffisants pour mettre les approvisionnements de terre et de mer à
l’abri de la bombe.
Il
faut d’abord faire connaître les ouvrages à établir sur les rives
droite et gauche pour mettre la ville à l’abri d’un coup de main ; cela
fait, il faut aussi penser à éloigner l’ennemi le plus possible.
Un
fort dans la position de la redoute de Vergeroux a le double avantage de
barrer la rivière et d’appuyer la gauche des ouvrages, dont il paraît
que la droite doit être sur la hauteur des Chartres.
Un
fort, dans le genre de ceux de Boulogne, à Vergeroux, aux Chartres, et un
intermédiaire formeraient ligne. La droite appuierait à la rivière
ainsi que la gauche. Tout l’espace renfermé entre la redoute Vergeroux et
la rivière formerait un camp retranché de 6 à 7,000 toises de tour, et
qui se trouverait défendu par trois seuls ouvrages ou forts.
Si,
au lieu de la hauteur des Chartres, on peut occuper un point sur la rivière,
à 2 ou 300 toises, il faut le faire. Si la hauteur des Chartres est commandée,
ce qu’on ne peut voir dans les plans, puisqu’il n’y a pas de côtes,
il faudrait s’appuyer à la hauteur de la Coudre et de là à la rivière,
s’il était possible.
Il
est probable que, de la hauteur des Chartres ou de toute autre hauteur des
environs plus près de la ligne, il doit être possible de protéger des
inondations qui fassent que le camp retranché soit suffisamment établi
avec les trois forts qu’on a proposés.
Sur
la rive gauche on peut concevoir une ligne de 1,000 toises, qui
s’appuierait de droite et de gauche à la rivière, et formerait un deuxième
camp retranché.
J’ai
fait dessécher les marais ; il est donc facile de les rétablir. En
occupant par trois ou quatre forts la ligne de 1,000 toises qui sert de
segment au coude de la rivière, on doit être maître des eaux et pouvoir
inonder.
Y
a‑t‑il, sur la crête des hauteurs, des points nécessaires à
occuper ? Autant que je m’en souvienne, il n’y en a guère. On suppose
qu’on peut établir des inondations qui couvriraient la droite ; alors,
avec trois simples forts et des marais qu’on inonderait, on aurait
suffisamment pourvu à la défense de Rochefort.
Ainsi
on croit donc que le ministre doit faire faire des projets pour l’île
Madame, pour la pointe de Fouras, pour les inondations de la rive gauche en
la soutenant par quelques redoutes, pour les trois forts de la rive droite.
Tout cela ne peut être d’une forte dépense. Il faudra également voir ce
qu’il convient de faire à l’enceinte, aux chemins couverts.
Au
premier coup d’œil, les inondations et les sinuosités de la rivière
me paraissent tellement aider aux inondations, qu’on peut raisonnablement
espérer d’arriver à un résultat.
D’après la copie. Dépôt de la guerre.
1222.
‑ INSTRUCTIONS POUR UNE MISSION A REMPLIR
EN
HOLLANDE.
AU
COMMANDANT DEPONTHON, SECRÉTAIRE DU CABINET.
Rambouillet,
15 juillet 1810.
Le sieur Deponthon laissera au sieur d’Albe
le travail qu’il a à moi et partira demain matin pour la Hollande. Il
suivra cet itinéraire : il ira de Paris droit à Willemstad ; il verra
cette place en détail et m’en enverra un plan et mémoire raisonné de la
situation actuelle, qui me fasse connaître son armement, son système
d’inondation, s’il y a des casemates, son approvisionnement en poudre
et en vivres. Il prendra des renseignements sur les sondes de Willemstad
jusqu’à la mer, en suivant le Bieningen (ou Grevelingen).
Quand
il aura recueilli les renseignements nécessaires pour ce mémoire et rédigé
sur les lieux, il ira à Overflakkee ; il restera dans cette île‑là
le temps nécessaire pour observer quelle est la difficulté de passer de
Willemstad dans l’île, si l’ennemi s’en emparait. Il ira ensuite à
Goeree. De Overflakkee à Gocree, peut‑on y passer ? Y
a‑t‑il de l’eau à basse mer et quelle longueur de canaux y
a‑t‑il à franchir ? Il reconnaîtra les batteries existantes,
celles qu’il serait utile d’établir pour défendre la rade et les
passes, enfin ce qu’il y a à faire pour la défense de ces îles. Il se
rendra ensuite à Hellevoetsluis, où, avant de rien faire, il rédigera son
mémoire et le mettra à la poste. Après cela, il visitera Hellevoetsluis,
se procurera des plans de la place et du port, et me fera un mémoire sur la
situation de l’une et de l’autre, sous le rapport de l’armement, des
batteries de côtes et de celles qui défendent la rade. Il marquera sur les
plans qu’il m’enverra l’emplacement des batteries, le nombre des
bouches à feu ; il comptera les vaisseaux en rade, verra quelle protection
ils reçoivent, et quelle est la direction des passes à la mer. Il visitera
ensuite l’arsenal de la marine, les vaisseaux en armement et ceux désarmés,
les chantiers, les approvisionnements de bois ; enfin il me rendra compte de
tout ce qui concerne ce département. Ces observations et ces mémoires
doivent être faits avec maturité et solidité, et non à la hâte.
D’Hellevoetsluis,
le sieur Deponthon se rendra à Brielle ; il ira voir l’embouchure de
Putten et me fera un grand mémoire là‑dessus ; il m’enverra les
sondes, le nombre et la force des bâtiments qui y passent, et tout ce qui
peut m’intéresser sur cette embouchure du Rhin.
De
là il suivra ici plage jusqu’au Texel ; il me fera un mémoire sur le
port du Texel, sur l’armement de la côte, sur les facilités qu’aurait
l’ennemi de s’en approcher, sur la rade extérieure, sur la rade intérieure,
sur les fortifications de terre et de mer, sur la position que prennent les
vaisseaux pendant les glaces, sur le bassin à construire au Texel pour
contenir vingt vaisseaux, sur l’emplacement, sur ce que cela coûterait,
sur ce qu’il y a à faire pour avoir une place à l’embouchure, qui se défende
longtemps et défende la rade. Ce mémoire, fait avec des plans détaillés,
le sieur Deponthon le mettra à la poste.
Il
ira de là à l’île du Texel, qu’il parcourra dans le plus grand détail,
et successivement les îles Vlieland, Terschelling, Ameland et
Schiermonnikoog. Il me fera connaître la situation des passes de ces îles
à basse mer, leur population, les moyens qu’aurait l’ennemi pour s’en
emparer, la difficulté pour l’en chasser et les passes qui conduisent
dans le Zuiderzee. De la dernière de ces îles, il ira à Zoutkamp et à
Groningen, d’où il me dépêchera son travail.
Il
se rendra ensuite à Emden ; il me fera un mémoire sur l’Ost‑Frise
et Emden, longeant la frontière de Hollande du côté de l’Allemagne.
Après
cela les places, de deuxième ligne. Après avoir recueilli tous les
documents qui lui serviront à rédiger son mémoire et l’avoir mis à la
poste, il reviendra visiter les places de seconde ligne : Deventer, Zwolle,
jusqu’au passage dans le Zuiderzee à Hattem.
De
là il ira à Amsterdam ; il reconnaîtra les lignes que les Hollandais
avaient tracées pour la défense de la ville, et me fera un mémoire sur
l’arsenal et sur le Zuiderzee. Il ira visiter Haarlem et reviendra à
Amsterdam, où il restera jusqu’à de nouveaux ordres.
Le
sieur Deponthon aura grand soin, dans tout le cours de sa mission, de ne
recueillir que des renseignements sûrs et exacts et de se procurer les
meilleures cartes, et, s’il y a des parties de la côte qui soient
compromises, d’en informer le duc de Reggio.
D’après
la minute. Archives de l’Empire.
1223.
‑ INTENTIONS DE L’EMPEREUR SUR L’ORGANISATION DE LA GARDE, DESTINÉE
A FOURNIR AUX CADRES D’UNE ARMÉE DE RÉSERVE.
AU
MARÉCHAL BESSIÈRES, DUC D’ISTRIE, COMMANDANT LA GARDE IMPÉRIALE, A
PARIS.
Trianon,
3 août 1810.
Mon
Cousin, donnez les ordres les plus sévères pour que les fusiliers gardent
le shako et ne portent point le bonnet à poil, qui est la coiffure des chasseurs
et des grenadiers de la vieille Garde. Autorisez, sur les 20 centimes
qu’on donne aux régiments qui sont sur la Loire, une retenue de 8
centimes pendant le trimestre de juillet, août et septembre. A la fin de
septembre, vous me rendrez compte, et je verrai si la retenue doit être
continuée. Faites‑moi connaître s’il y a, à la suite des
fusiliers, des écoles pour les perfectionner dans la lecture, l’écriture
et le calcul. Faites‑moi connaître également quel est le nombre
qu’on pourrait prendre pour recruter la vieille Garde. Je voudrais des
hommes qui servent depuis Friedland.
Proposez‑moi
un projet d’organisation morale de la Garde. Voici mes intentions : les
lieutenants et sous‑lieutenants, sergents et caporaux du régiment des
conscrits doivent avoir le même rang que les lieutenants,
sous‑lieutenants, sergents et caporaux de la ligne. Les sergents et
caporaux doivent tous êtres tirés des régiments de fusiliers. Même chose
pour les tirailleurs. Faites‑moi connaître ce qui se pratique
aujourd’hui. Tous les cadres des fusiliers doivent être tirés de la
vieille Garde. Je destine les tirailleurs à former des caporaux pour
l’armée, et les fusiliers, à former les sergents. Je voudrais donc que
les meilleurs sujets des tirailleurs passassent dans les fusiliers, qui ont
une paye supérieure, et que les meilleurs sujets des conscrits passassent
dans les tirailleurs et même dans les fusiliers. On distinguerait les
conscrits qui, après un an d’exercice, seraient reconnus pour être bons
sujets, avoir quelque éducation, être doués d’un bon naturel, savoir
lire, écrire et chiffrer, avoir instruit plusieurs recrues ; ceux‑là
obtiendraient de l’avancement en passant dans les fusiliers ; ceux qui
auraient moins d’aptitude et n’auraient que les connaissances nécessaires
pour être caporaux seraient envoyés aux tirailleurs. Enfin les fusiliers
les plus distingués par leur instruction, leur bonne conduite, qui auraient
quatre années de service ou se seraient signalés par une action de
bravoure, passeraient dans la vieille Garde. Il faut me faire là‑dessus
un projet de règlement, afin que cela soit bien compris. Par ce moyen, la
moitié ou le tiers des fusiliers se recruterait dans les tirailleurs et
conscrits, et la moitié ou le tiers de la vieille Garde, dans les
fusiliers.
Cela
aura l’avantage d’entretenir ma vieille Garde, de faire amalgame et
d’arriver à un résultat qui est celui‑ci : je veux avoir dans ma
Garde de quoi former les cadres d’une armée de réserve de cent
bataillons ou de six cents compagnies, ce qui ferait 3,000 sergents et 6,000
caporaux, ou 9,000 sous-officiers. Les deux régiments de fusiliers sont de
2,300 hommes, les quatre régiments de tirailleurs, de 6,000, et les quatre
régiments de conscrits, de 6,000 hommes. Si on tient la main à ce que ce
soient toujours des hommes de choix, si leur instruction est toujours
suivie, je trouverai toujours 3,000 sergents soit dans les fusiliers, soit
dans les principaux des tirailleurs, et 6,000 caporaux dans les 6,000
tirailleurs et dans les 6,000 conscrits. Je tirerai de ma vieille Garde
facilement 600 lieutenants ou sous‑lieutenants et 600 des écoles et
lycées pour les mêler avec les premiers. Les 600 capitaines seraient
fournis partie par la ligne, partie par ma vieille Garde. Or une réserve de
cent bataillons voudrait dire une réserve de 80,000 hommes. Il est donc nécessaire
: 1° que mes vues soient conservées par un décret qui en donnera
connaissance au ministère, à la Garde et à l’armée ; 2° que les
mesures nécessaires soient prises pour entretenir l’instruction et éclairer
les choix.
NAPOLÉON.
D’après
l’original comm. par Mme la duchesse d’Istrie.
1224.
‑ RECOMMANDATIONS SUR LES TRAVAUX A FAIRE POUR LA DÉFENSE DES BOUCHES
DE L’ESCAUT ET DE LA MEUSE.
AU
GÉNÉRAL CLARKE, DUC DE FELTRE,
MINISTRE
DE LA GUERRE, A PARIS.
Trianon,
4 août 1810.
Monsieur
le Duc de Feltre, je viens de lire avec attention votre rapport du 1er
août sur les travaux extraordinaires du génie.
Je
vois que les fonds que j’ai accordés pour le fort de Bath seront dépensés
au 15 août. Faites‑moi connaître ce que j’ai accordé, ce qu’on
a dû faire, et ce qu’il serait encore possible de faire pour améliorer
ce fort important. Je désire qu’on profite des mois de septembre, octobre
et novembre pour continuer ces travaux.
Je
ne veux pas dépenser plus de 50,000 francs pour les camps de Westkappelle,
dans l’île de Walcheren. Il faut ne laisser que le nombre d’hommes nécessaire
pour ces camps. Accordez les 30,000 francs demandés pour mettre la place de
Zierikzee en état de défense ; ce qui, avec les 10,000 francs que j’ai déjà
donnés, fera 40,000 francs. Je ne prends pas de décret pour cela, parce
que cette dépense sera régularisée après. je suppose qu’au conseil du
mois de novembre on me remettra les plans des travaux que j’ai à y faire,
afin que la dépense soit entièrement complétée pour l’année
prochaine.
Je
vous ai fait connaître mes intentions sur les travaux de l’île d’Aix.
Je
vous recommande de nouveau les travaux de Flessingue. Il faut bien faire
comprendre aux officiers du génie que, si le fort Montebello qui protège
la batterie de Nolle n’est pas mis dans un état de résistance suffisant,
c’est comme s’il n’y avait rien de fait ; car c’est ce fort qui, en
nous établissant maîtres de la communication de la place avec la batterie
de Nolle, rend impossible à l’ennemi de franchir l’entrée de
l’Escaut. Il est donc de la plus grande importance d’avoir, cette année,
le fort Montebello et le fort Saint‑Hilaire.
Il
y a une centaine de voitures du train du génie dont on ne sait que faire ;
au lieu de les désarmer, ne serait‑il pas plus convenable de les
envoyer à Flessingue ? Il faudrait même prendre une des compagnies du
train du génie qui reviennent d’Allemagne, afin de procurer ainsi environ
200 voitures à Flessingue. Il ne faut pas épargner l’argent pour cette
place.
Je
vois qu’on attend à Breskens qu’on y envoie le projet d’amélioration
de la batterie Impériale. Remettez‑moi ce travail mercredi, afin
que je voie s’il est conforme à mes intentions, et que ces ouvrages
puissent être entrepris et finis cette année.
Je
désire que vous donniez des ordres et des instructions an corps du génie
pour qu’on puisse me faire connaître, au conseil de novembre prochain, ce
qu’il y a à faire au fort Impérial de l’île de Cadzand pour lui
donner toute la force possible, de sorte que cette belle batterie, qui défend
l’entrée de l'Escaut et que mon intention est encore d’augmenter de
huit pièces de 48, soit non‑seulement à l’abri d’un coup de
main, mais puisse soutenir un long siège.
Le
nouveau degré de force à donner au fort Impérial doit venir d’une
forte occupation des digues, parce que c’est par là que l’ennemi
pourrait cheminer, et d’un fort ouvrage avancé qui soutiendrait une
immense inondation de plusieurs centaines de toises ; alors on pourra considérer
ce fort comme remplissant son jeu. S’il était ensuite possible de lier
cet ouvrage avec le fort Impérial par une inondation, on serait alors maître
de toute la digue, d’un fort à l’autre, et l’on pourrait y mettre en
batterie autant de pièces de canon que l’on voudrait. Il faut que ce
plan, dégagé de toutes assertions hasardées ou douteuses, soit mis en règle
pour m’être soumis au conseil de novembre, avec les cotes et nivellements
nécessaires.
Après
Cadzand vient la place de Flessingue ; elle devient tous les jours plus
importante ; il est donc indispensable de la porter à un haut degré de défense.
Les forts Montebello et Saint‑Hilaire sont la clef de tout ; il faut
d’abord les finir dans les projets actuels ; mais cela fait, il faut avoir
des projets pour leur donner un autre degré de force, et enfin couvrir la
place d’une grande inondation soutenue par des forts, qui mettent ce point
si important à l’abri de toute crainte. Ces nouveaux projets devront également
être appuyés des plans nivellements et cotes.
La
réunion de la Hollande donnant à l’île de Walcheren un plus haut degré
d’intérêt, il faudrait donc, indépendamment des officiers dont tout le
temps est employé à la conduite de leurs travaux, en envoyer d’autres
qui puissent soigneusement s’occuper des moyens de tirer le plus grand
parti possible des localités, pour tenir cette île avec une main de fer et
la mettre à l’abri de toute espèce d’inquiétudes.
NAPOLÉON.
D’après
la copie. Dépôt de la guerre.
1225.
‑ UTILITÉ DE FORTIFIER TORGAU ET MODLIN.
A
FRÉDÉRIC‑AUGUSTE, ROI DE SAXE, A DRESDE.
Trianon,
4 août 1810.
Monsieur mon Frère, j’ai reçu votre lettre
dit 8 juillet ; je donne entièrement mon assentiment au choix de Torgau
pour y établir la place d’armes de dépôt pour votre royaume. Cette
place a, comme Wittenberg, l’avantage de donner un pont sur l’Elbe. Je
considère même sa situation sur la rive gauche comme avantageuse, parce
qu’il serait plus facile d’en faire lever le siége. L’important
actuellement est de diriger les travaux de manière que, dès le premier
million qu’on y emploiera et dès la première année, il y ait un résultat,
et de ne pas laisser suivre la méthode ordinaire des ingénieurs, de dépenser
beaucoup d’argent et de ne donner de résultat que lorsque tout est
achevé. Dans le temps où nous vivons, les circonstances commandent la
prudence, et il est important d’avoir, le plus tôt possible, un point
d’appui et de dépôt pour les forces militaires de Votre Majesté.
Je
désire qu’aussitôt que l’ingénieur que Votre Majesté choisira aura
assis ses idées, bien reconnu le local, et tracé son plan de situation,
elle me le communique, afin que le résultat qu’il convient pour nos intérêts
d’obtenir, la mise en état de défense de cette place dès l’emploi
du premier million, et dès la première année, puisse s’exécuter.
Quant
à Varsovie, la question est fort difficile ; si l’on est obligé
d’abandonner toute idée de fortifications pour cette grande ville, il
serait avantageux que l’on pût achever les fortifications de Modlin et
leur donner un plus grand développement, en y comprenant l’île qui est
au milieu de la Vistule et en occupant un point sur la rive gauche. Je désire
aussi que Votre Majesté m’envoie le plan de cette place et du terrain de
ses environs. En en faisant une bonne place, Modlin remplirait également le
but d’avoir un pont sur la Vistule et d’être maître de cette rivière,
d’autant plus qu’en cas de besoin il serait facile d’y transporter,
par eau, tous les dépôts de munitions et d’artillerie qui se trouveraient
à Varsovie. Je souhaite que Votre Majesté m’envoie les états de
situation des places de Sierock et de Praga ; celle de l’armée de son
duché, ainsi que quelques notes sur les armes qui s’y trouvent, soit pour
armer les troupes, soit pour armer la population. A‑t‑on fait
usage de celles que j’avais envoyées à l’issue de la dernière
guerre ?
Comme
je désire avoir tout cela très‑secrètement et sans qu’on puisse
se douter que je m’occupe de ces objets, j’ai pensé que la manière la
plus simple était de vous le demander directement. Cependant Votre Majesté
remarquera que ceci n’est que de pure précaution, car mes relations avec
la Russie continuent à être fort bonnes.
D’après
la minute. Archives de l’Empire.
1225.
‑ ORDRES CONCERNANT LES TROUPES AUXILIAIRES ET ÉTRANGÈRES AU
SERVICE DE LA FRANCE.
AU
GÉNÉRAL CLARKE, DUC DE FELTRE,
MINISTRE
DE LA GUERRE, A PARIS.
Trianon,
5 août 1810.
Monsieur le Duc de Feltre, donnez ordre que la division Grandjean soit
dissoute ; que le régiment qui a ordre de se rendre à Saint‑Malo
continue pour Brest ; que, du moment que ce régiment sera arrivé, le 1er
provisoire de ligne retourne à Nantes, et le 2è provisoire de ligne à
Lorient ; que le 3è de ligne, qui est à Cherbourg, se rende à
Saint‑Malo. Envoyez un courrier à Cherbourg pour que le 105è ne
parte pas. Ainsi le 10è d’infanterie légère sera à Brest, le 3è de
ligne à Saint‑Malo, et le 105è à Cherbourg. Donnez ordre au 3è léger,
qui est à Dunkerque et Calais, de se rendre au Havre. Donnez ordre que le
bataillon du régiment irlandais, qui est à Landau, se rende à
Bois‑le‑Duc, où il fournira des postes à Willemstad ; que le
13è de chasseurs se rende à Niort ; que le 1er bataillon étranger,
qui est à Cherbourg, se rende en Hollande. Donnez ordre aux tirailleurs
corses et aux tirailleurs du Pô de se rendre à Boulogne, où ils feront
partie du camp.
Régiments
suisses.
‑
Donnez l’ordre que l’un des deux bataillons du 4è régiment suisse qui
sont à Valladolid (le 1er ou le 2è) y reste ; que tous les
hommes qui sont en état de servir y soient incorporés, et que le cadre
de l’autre bataillon se rende au dépôt à Rennes. Ainsi, des trois
bataillons de ce régiment, l’un reste à Valladolid, et l’autre sera à
Rennes ; il paraît que le 3è a été fait prisonnier. Je vois que le 3è régiment
suisse a un détachement dans l’île de Cadzand, un à Lille, un bataillon
dans l’île de Walcheren, et un à Bruges. Proposez‑moi de réunir
ces bataillons dans un même lieu, pour le bien de la comptabilité de ce
corps. Le 1er bataillon de ce régiment est porté pour mémoire
; je suppose qu’il est prisonnier ; le 2è bataillon est à Valladolid. Le
2è régiment suisse a un bataillon à Valladolid et un en Catalogne. Ainsi
il y a cinq bataillons des régiments suisses en Espagne ; quatre à
Valladolid, et un en Catalogne. Les deux bataillons du 4è régiment
seront réduits à un, comme je l’ai dit ci‑dessus. Le 2è bataillon
du 3è régiment et le 1er du 2è se réduiront à trois
compagnies chacun, où seront incorporés tous les hommes disponibles, et
ces six compagnies formeront un bataillon provisoire. Les cadres des autres
compagnies rentreront au dépôt.
Le
bataillon de l’armée de Catalogne sera complété par un détachement
de 400 hommes qui partira des deux bataillons qui sont à Marseille et
Toulon. Ainsi, des quatre régiments suisses, il y aura quatre bataillons à
Naples, trois en Espagne, dont deux à Valladolid et un en Catalogne, deux
à Marseille et Toulon, deux dans l’île de Walcheren, et deux dans la 13è
division militaire.
Bataillons coloniaux. ‑ Il y a six
bataillons coloniaux ; ne serait‑il pas convenable de les réduire
à trois ? La force des six n’est que de 2,000 hommes ; ce qui fait des
cadres nombreux et très‑coûteux.
Chasseurs de la montagne.
‑ Ne pourrait‑on pas licencier les
chasseurs de la montagne ?
Bataillons étrangers. ‑ Il y a trois
bataillons étrangers. L’un est à Cherbourg, l’autre à Porto-Longone,
le troisième en Corse. De quelles nations sont les hommes qui les composent
? Quels sont les officiers qui les commandent ?
Pionniers.
‑ Faites‑moi un rapport sur le régiment de pionniers. Il
est si disséminé qu’il vaudrait peut‑être mieux le mettre en
compagnies.
Je
vois qu’il y a neuf compagnies de pionniers ; ne serait‑il pas
convenable d’envoyer la 5è à Flessingue (on ne manque pas de bras à
Wesel), de même que la 7è, et d’envoyer à Willemstad la 8è, qui est à
Juliers ? En général, le régiment et les compagnies de pionniers, sur
lesquels j’attends un rapport de vous, je voudrais les placer soit dans
les îles de Walcheren et de Cadzand, soit dans les pays où il n’est pas
facile de trouver des travailleurs.
Bataillon romain. – Qu’est‑ce que
c’est que le bataillon romain qui est à Rome ?
Bataillon départemental et compagnies municipales.
– Qu’est‑ce que le bataillon départemental et les compagnies
municipales qui sont en Catalogne ?
Légion hanovrienne. ‑ Mon intention
est que la légion hanovrienne ne soit plus recrutée et qu’on en réduise
les cadres. Ce pays appartenant au roi de Westphalie, il est inutile de
s’occuper de ce corps.
Je
vois que le régiment d’Isembourg est à 5,800 hommes, le régiment de la
Tour d’Auvergne, à 4,800 ; c’est bien nombreux. Le roi de Naples
demande à les prendre à son service. Écrivez au chef d’état‑major
de faire ce traité. Moyennant que le Roi paye l’armement et
l’habillement, cela peut s’arranger.
Qu’est‑ce
que les bataillons irlandais qui sont à Landau ? Faites‑en passer une
revue de rigueur et faites‑moi connaître de quelle nation sont les
hommes. Je n’ai point l’état des officiers. Donnez ordre que le 2è
bataillon et le 3è de ce régiment irlandais, qui sont en Espagne, soient réduits
à un seul bataillon. On mettra en titre les meilleurs officiers. Ce régiment
restera ainsi à trois bataillons ; il ne sera pas augmenté.
Le
5è bataillon sera détruit dans le régiment espagnol, et sous aucun prétexte
ne sera rétabli. Faites‑moi connaître ce que font le 1er
bataillon de ce régiment qui est dans la Maurienne, et le second qui est à
Anvers ; fournissent‑ils des travailleurs ?
Le
1er et le 2è bataillon du régiment de Prusse qui sont en
Espagne seront de même réduits à un seul bataillon. Ainsi ce régiment ne
sera plus composé que de deux bataillons, l’un en Espagne et l’autre
dans l’île de Walcheren.
Les
tirailleurs corses et les tirailleurs du Pô seront réduits chacun à six
compagnies ; les autres compagnies seront versées dans les compagnies
restantes. On mettra en titre les officiers les plus capables, les autres
seront mis à la suite ou placés ailleurs.
Le bataillon franc de l’île d’Elbe est de
1,000 hommes, et me coûte beaucoup. Aujourd’hui que j’ai des troupes,
je voudrais dissoudre ce bataillon ; cela pourra être agréable aux
habitants et épargnera une dépense inutile.
Je
ne veux, sous aucun prétexte, augmenter les bataillons étrangers, ni ceux
destinés à recevoir les déserteurs. Les déserteurs, je les placerai dans
des bataillons de pionniers pour la Hollande.
Ces
observations sommaires vous feront sentir la nécessité de me faire un
rapport général sur les troupes auxiliaires et hors de numéro.
NAPOLÉON.
D’après la copie. Dépôt de la guerre.
1227.
‑ NOTE SUR LES PROVINCES ILLYRIENNES.
AU
GÉNÉRAL CLARKE, DUC DE FELTRE,
MINISTRE
DE LA GUERRE, A PARIS.
Saint‑Cloud,
14 août 1810.
Monsieur le Duc de Feltre, je vous envoie une
note sur les provinces illyriennes, qu’il conviendra de communiquer au maréchal
duc de Raguse et aux bureaux de l’artillerie et du génie, pour qu’ils
veillent à ce qu’il n’y ait aucun établissement sérieux dans les
provinces illyriennes. Le duc de Raguse doit envoyer le général Poitevin
reconnaître la position d’une place sur l’Isonzo, et de deux forts
qui intercepteraient les routes d’Osoppo à Villach et de Goritz à
Villach par Tarvis.
NAPOLÉON.
D’après
la copie. Dépôt de la guerre.
Le fort de Sachsenburg doit être détruit, parce qu’il n’est
susceptible d’aucune augmentation ; qu’il est tellement plongé que ce
serait jeter son argent sans résultat, et qu’après quinze jours de défense
la garnison serait inévitablement prise avant qu’on y pût revenir.
Villach
paraît susceptible de peu de chose ; du moins tout serait à faire.
Le
cours de la Drave, dont nous sommes en possession, a l’important
avantage de nous rendre maîtres du versant des eaux, et de nous permettre
de choisir les positions que nous devons occuper sur la chaîne des Alpes.
Il
est à prévoir que, dans les événements d’une guerre, les Autrichiens
pourraient nous prévenir ; or il est probable que nous n’essayerons pas même
de défendre Villach et le versant des montagnes, qu’il faudra se retirer
derrière les Alpes. Rester maître des Alpes est la seule chose qu’on
doive désirer.
On
peut en dire autant de toutes les provinces illyriennes. Dans une guerre
contre l’Autriche, l’armée française repassera l’Isonzo, et il est
possible qu’elle ne puisse pas se trouver assez réunie pour se battre
dans des pays si près de l’Autriche. On aura obtenu un grand résultat de
la circonstance qui nous rend maîtres de tout le pays, si nous restons maîtres
de l’Isonzo et du passage des Alpes.
Un
des grands désavantages
de Palmanova est qu’elle ne nous rend pas maîtres de l’Isonzo.
S’il y a une fortification a établir, il faudrait l’établir à Goritz,
Gradisca, ou tout autre point qu’il faut chercher et choisir sur l’Isonzo,
qui fasse que l’armée puisse repasser l’Isonzo et être maîtresse de
le passer quand elle voudra.
Ce
qui est arrivé dans la dernière guerre avait été prévu, et on avait
bien pensé qu’il n’était pas possible de se défendre dans le
Frioul. Il faudrait donc reconnaître quel est le point qu’il faut occuper
pour être maître du chemin d’Osoppo à Villach par Pontebba, celui qui
rendrait maître du chemin de Tarvis à Caporetto par Goritz. S’il y avait
là deux points qu’on pût occuper, cela mériterait la peine de dépenser
un million sur chaque point, de manière que l’ennemi ne pût déboucher
par ce chemin sans prendre les forts ; ce qui exigerait quinze ou seize
jours. On ne prétend pas l’empêcher de passer avec de l’infanterie, de
la cavalerie et des divisions légères, mais intercepter la chaussée ;
c’est de la grande route qu’il est question de se rendre maître.
Il
ne faut donc pas se dissimuler qu’il ne faut établir aucune offensive au
delà des Alpes, aucune défensive au delà de l’Isonzo ; on sera prévenu
par l’ennemi. La vraie défense est sur l’Isonzo et les montagnes. Il
faut charger le général Poitevin de parcourir cette rivière et de déterminer
un point, pour pouvoir l’occuper et faire système avec Palmanova,
surtout chercher le point qui intercepte parfaitement la route de Villach à
Osoppo et de Villach à Goritz par Tarvis.
Ces
deux points sont bien plus importants que celui sur l’Isonzo ; car, si le
quartier général de l’armée ennemie est à Klagenfurt, il lui faut
quatre jours pour se porter aux montagnes, et, s’il y a là des obstacles
qui le retiennent, l’ingression par la Carinthie, qui est l’ingression
la plus dangereuse, se trouvera considérablement retardée, et l’armée
française a tout le temps de se former dans le Frioul, de débloquer les
places et de prendre l’offensive.
Si,
à cause de ces obstacles, l’ennemi ne vient point par Klagenfurt et vient
par Laybach, ce serait un détour de quatre ou cinq jours, qui retarderait
d’autant sa marche. Cela l’obligera à diviser ses forces, parce
qu’il aura toujours à craindre une attaque par la cavalerie. Gagner cinq
à six jours dans ces moments‑là n’est pas un petit objet.
Ainsi
il faut renoncer à toute espèce de projet sur Laybach ; il faut en détruire
les fortifications ; mais il est bon de conserver le château en l’améliorant,
d’abord parce que le château contiendra les habitants, et qu’il peut
être utile, dans l’hypothèse où l’ennemi serait prévenu et où
l’armée se porterait en avant, pour assurer les communications, servir de
refuge aux partis, et qu’il rend solidement maître du pays. Ce château
est situé sur une arête si étroite qu’on ne le croit pas susceptible
d’être fortifié pour être gardé. Il restera à savoir si les 600
hommes qu’on pourrait laisser dans ce fort pourraient s’y défendre
trente ou quarante jours et attendre le retour de l’armée. Ce serait une
raison de plus pour y dépenser quelque argent, et l’on pourrait
s’exposer à la perte de quelques 5 à 600 hommes. Il est plus avantageux
de le conserver que de le détruire ; mais on ne doit le considérer que
comme un simple fort qu’il faut améliorer ; ce sont les bases d’après
lesquelles il faut agir.
Mêmes
raisons au fort de Trieste ; il est utile pour mettre la police contre les
Anglais, maintenir une ville populeuse et commerçante, et assurer les
communications si l’armée est en avant. On a développé, dans une note
précédente, les raisons qui déterminaient à mettre en état le fort de
Trieste. On attend des renseignements pour savoir si l’armée pourra le
garder dans le cas où elle repasserait l’Isonzo. A moins de dépenses
considérables, il est douteux qu’on puisse fortifier ce château de manière
à le mettre en état de se défendre quinze à vingt jours.
Ainsi
un principe général pour les fortifications, l’artillerie et le ministre
de la guerre : c’est qu’il ne doit y avoir aucun établissement sérieux
sur la rive gauche de l’Isonzo, aucun arsenal, magasins de fusils ni
d’artillerie : tout doit être à Palmanova, Venise, Mantoue, et, si
l’on veut, à Osoppo et Zara. Il ne faut penser à établir aucune
offensive sur le pendant des Alpes Juliennes, ni aucune défensive au delà
de l’Isonzo.
On
doit être constamment en mesure d’évacuer en quatre jours de temps tout
le pays au delà de l’Isonzo, et sur le pendant des Alpes Juliennes,
partie sur la Dalmatie, partie sur l’Isonzo.
On
ne doit jamais penser que le commencement de la guerre doit se faire dans
les provinces illyriennes. Tout ce qui est nécessaire à la garnison de
Zara doit se retirer de ce côté ; tout le reste sur l’Isonzo.
Les
avantages du pays illyrien sont très‑considérables ; mais, s’ils
étaient mal saisis, ils deviendraient de grands inconvénients.
Les
avantages consistent : le premier, à ce que l’armée de Dalmatie n’est
plus séparée ; qu’elle formerait l'avant‑garde et se trouverait
sur la Save, en avant de Laybach, tandis que les 2,000 hommes destinés à
la garnison de Zara seraient sur les derrières ; et que, si l’armée
française ne pouvait se réunir à temps, l’armée de Dalmatie formerait
l’arrière‑garde de l’armée et se retirerait sur l’Isonzo, où
elle serait jointe par l’armée d’Italie.
Ainsi
16,000 hommes d’élite de l’armée de Dalmatie ne pouvaient rien en 1809 ;
et, si l’armée d’Italie était battue, l’armée de Dalmatie l’eût
été un peu plus tôt ou un peu plus tard. Si les choses eussent été en
1809 comme aujourd’hui, l’armée de Dalmatie eût été à la bataille
de Sacile : cet avantage est immense.
Le
deuxième avantage est que la réunion de l’armée autrichienne étant près
du Frioul, elle était en mesure d’y porter la guerre le second jour de la
déclaration de la guerre ; aujourd’hui ce ne peut être que le dixième :
c’est un gain de huit jours, qui est très‑considérable dans cette
circonstance.
Le
troisième avantage, et qui n’est pas le moindre, est que, maîtres de
tous les débouchés des Alpes, nous pouvons, pour la défensive, choisir
les points qu’il nous importe de fortifier, pour retarder de dix ou quinze
jours la marche de l’armée ennemie, et que, pour l’offensive, nous
sommes sûrs que l’ennemi n’aura pu rien fortifier.
En résumé,
les provinces illyriennes, considérées sous le point de vue de guerre, ne
doivent être regardées que comme complétant la possession du Frioul. Si
on les considérait autrement, on s’exposerait à de grands malheurs, et
l’on pourrait donner lieu à des pertes de batailles qui pourraient
promettre l’Italie elle‑même.
Ainsi
donc, envisageant les choses sous ce point de vue, il convient de garder les
châteaux de Laybach et de Trieste, de s’y fortifier chaque année
moyennant une petite dépense, d’y détruire tous les bâtiments et
constructions qui pourraient les mettre dans le cas d’être pris par les
obus.
Si
l’on a dépensé, dans quatre ou cinq ans, quelques centaines de mille
francs dans le forts, ils peuvent rendre des services qui compensent
l’argent qu’on y aura dépensé ; il est vrai aussi qu’ils pourront
n’être d’aucune utilité.
S’il
est nécessaire de faire une dépense de quelques millions, ce serait dans
une des deux places qui intercepterait la communication de la Carinthie dans
le Frioul, et une bonne place sur l’Isonzo, en regardant le premier de ces
objets comme beaucoup plus important que le second.
Les
provinces illyriennes peuvent aussi être considérées comme pouvant servir
dans une guerre contre les Turcs ; Karlstadt serait bientôt armé, et
Dubitza pourrait servir à l’agression de la Bosnie.
D’après
la copie. Dépôt de la guerre.
1228.-
FORMATION D’UNE DIVISION DE RÉSERVE DE L’ARMÉE D’ESPAGNE.
AU
GÉNÉRAL CLARKE, DUC DE FELTRE,
MINISTRE
DE LA GUERRE, A PARIS.
Saint‑Cloud,
13 septembre 1810.
Monsieur
le Duc de Feltre, il sera formé une division de réserve de l’armée d’Espagne,
qui sera composée de trois brigades.
La
1re brigade sera composée :
1° Du 1er
régiment de l’armée du Midi, lequel se formera à Limoges et sera composé
de deux bataillons de marche de l’armée du midi. Le 1er
bataillon sera composé de la manière suivante : 100 hommes du 21è léger ;
100 du 28è, 100 du 34è de ligne, 100 du 40è, 100 du 64è, 100 du 88è ;
total, 600 hommes.
Le 2è
bataillon sera composé de 100 hommes du 100è de ligne, 100 du 103è, 100
du 54è, 100 du 63è, 150 du 32è, 150 du 58è ; total, 700 hommes.
Ce 1er
régiment sera commandé par un colonel en second, deux chefs de bataillons
et les officiers nécessaires.
Les
officiers destinés à rejoindre l’armée du Midi auront emploi dans ces régiments.
Vous me proposerez d’y envoyer douze jeunes gens de l’école militaire
de Saint‑Cyr, qui rejoindront à Limoges et auront des brevets de
sous‑lieutenants pour les douze régiments dont les détachements
forment ce régiment de marche. Les détachements faisant partie de ce régiment,
qui se forment à Orléans, recevront l’ordre de continuer leur route sur
Limoges.
Il
est nécessaire que ce régiment soit bien constitué, parce qu’il se
passera beaucoup de temps avant qu’il puisse être dissous et rejoindre
ses corps sous Cadix.
2°
Du bataillon de marche de l’armée d’Aragon, fort de 900 hommes, qui est
à Blois. Ce bataillon sera passé en revue le 20 septembre, et, lorsqu’il
sera complet en officiers et sous‑officiers, vous le mettrez en marche
pour Limoges. Vous y enverrez trois élèves de l’école de Saint‑Cyr
pour remplir des emplois de sous‑lieutenants. On prendra dans les
chevau‑légers polonais huit sous‑officiers pour être employés
comme sous‑lieutenants dans les quatre régiments de la Vistule, à
raison de deux pour chaque régiment. Ces officiers marcheront avec le
bataillon de marche de l’armée d’Aragon, où il y a un détachement de
400 Polonais.
3è du 4è bataillon du 43è, qui se forme à Tours. Ce bataillon sera
passé en revue à Tours le 5 octobre, et lorsqu’il sera sur Limoges.
Les quatre
bataillons composant cette 1re brigade de la division de réserve
seront cantonnées à Limoges. Un général. de brigade ira en prendre le
commandement.
Il sera passé la revue de cette brigade le 10 octobre, mon intention étant
qu’elle soit complétée, pour cette époque, en officiers et
sous‑Officiers, et qu’elle soit en état de faire la guerre.
La 2è brigade
sera composée de quatre bataillons de marche de l’armée de Portugal,
tels qu’ils ont été destinés.
Le 1er
et le 2è bataillon, c’est-à-dire celui qui se réunit le 13 à Bordeaux
et celui qui sera réuni le 15 à Nantes, formeront le 1er régiment.
Le 3è et le 4è bataillon, celui qui se réunit à Paris et celui qui sera
réuni le 29 septembre à Orléans, formeront le 2è.
Le 1er
régiment se formera à Bordeaux, et le 2è à Orléans. Chacun de ces régiment
sera commandé par un colonel en second.
La revue du 1er bataillon sera passée à Bordreaux le 25
septembre. Le qui doit être à
septembre. Le 2è bataillon, qui doit être à Nantes le 15, se rendra immédiatement
à Bordeaux, où il sera également passé en revue le 3 octobre. Le 3è
bataillon se rendra de Paris à Orléans, où il se réunira au 4è
bataillon, qui se rassemble dans cette place.
On
prendra à Saint‑Cyr dix‑huit sous‑lieutenants pour être
placés dans les dix‑huit régiments qui fournissent à la composition
des quatre bataillons de cette 2è brigade.
Lorsqu'on
m’aura rendu compte de la revue qui sera passée des deux derniers
bataillons à Orléans, je les ferai partir pour Bordeaux, où ils
formeront, avec les deux premiers bataillons, la 2è brigade de la division
de réserve.
La
3è brigade sera composée du 3è bataillon du 50è régiment d’infanterie
de ligne et du 3è bataillon du 25è léger, qui se réunissent à Tours,
et de deux bataillons de gardes nationales de la Garde.
Cette
3è brigade, qui sera ainsi forte de 3,000 hommes, sera passée en revue le
8 octobre, à Tours. Il faudra s’assurer qu’à cette époque elle ne
manquera ni d’officiers ni de sous‑officiers. Un général de
brigade sera nommé pour commander cette 3è brigade.
La
brigade de cavalerie du général Fournier, composée des 1er et 2è régiments
provisoires de cavalerie légère qui se réunissent à Tours, fera partie
de cette division et se dirigera sur Niort, afin de désencombrer Tours. Les
deux escadrons de marche qui se forment à Tours se rendront à Niort, et
feront partie de la brigade du général Fournier, qui sera chargé de
veiller à leur organisation.
Le
général qui commandera cette division sera le général de division
Caffarelli, mon aide de camp. Proposez‑moi les trois généraux de
brigade et un adjudant commandant à attacher à cette division. Je désire
qu’elle puisse être réunie, du 15 au 20 octobre, à Bayonne.
Faites‑moi
connaître quand le 13è régiment de chasseurs arrive à Bayonne.
NAPOLÉON.
D’après
la copie. Dépôt de la guerre.
1229.
‑ ORDRES CONCERNANT LA FORMATION DE DÉPOTS D’ARTILLERIE.
AU
GÉNÉRAL CLARKE, DUC DE FELTRE,
MINISTRE
DE LA GUERRE, A PARIS.
Saint‑Cloud,
13 septembre 1810.
Je lis votre rapport sur une proposition de
fondre cent pièces de 12, deux cents pièces de 6 et quatre cents de 3, et,
avec le bronze provenant de cette fonte, de faire couler vingt pièces de
48, quatre-vingts de 24 et trente mortiers à plaque.
Je
vois que j’ai en Hollande deux cent vingt‑huit pièces de 24 en
bronze et cent huit de 18 ; je ne veux pas de nouvelles pièces de 24.
Je
vois qu’il y a vingt‑cinq mortiers de 15 pouces et point de bombes,
cent quinze mortiers de 11 pouces et 37,000 bombes, ce qui ne fait que 300
coups par pièce, et cent trente mortiers de 7
1/2 pouces avec 35,000 bombes, ce qui ne fait que 270
coups par pièce.
Mon
intention est que vous envoyiez à la Haye les vingt‑cinq mortiers de
15 pouces, cinquante‑cinq mortiers de 11 pouces et soixante‑dix
de 7 1/2 pouces. Par ce moyen il ne restera plus en Hollande que soixante
mortiers de Il pouces et 37,000
bombes, soixante mortiers de 7 1/2 pouces et 35,000 bombes. Vous ne
conserverez également que soixante obusiers de 7 pouces, et, à cet effet, vous ferez fondre les
soixante‑quatre autres. Vous ne garderez que soixante obusiers de 5
pouces ; en conséquence vous en ferez fondre trente‑sept.
J’approuve
que vous fassiez fondre également les cent soixante‑dix‑huit pièces
de 3, de siège, et je désire qu’avec cette fonte vous puissiez faire
huit pièces de 48 et quarante mortiers à plaque à grande portée et à la
Gomer.
Il
ne vous échappera pas que j’ai mesuré le nombre de pièces sur le nombre
des projectiles que vous avez portés à la colonne Existant.
Je
ne saurais approuver qu’on fondît cent canons de 12, puisque c’est
l’arme qui défend les places, ni deux cents pièces de 6.
J’approuve
que la marine vous fournisse soixante-trois pièces de 36, ce qui, avec
les trente‑sept, fera cent, et cent pièces de 24. Ce sera donc cent
trente-sept pièces de gros calibre à demander à la marine. La marine ne
peut pas les vendre. Vous lui donnerez du bronze et du cuivre pour même
valeur, dont elle se servira pour doubler ses vaisseaux, etc.
Après
vous avoir fait connaître mes intentions sur l’objet de ce rapport, je
dois vous faire connaître ma pensée sur l’organisation générale de
l’artillerie de la Hollande. Ma pensée est qu’après une campagne
malheureuse sur le Rhin on pourrait perdre la Hollande. Il ne faut donc
laisser à Amsterdam et dans les autres places de Hollande que
l’indispensablement nécessaire pour leur défense ; que tout le reste de
l’artillerie soit renvoyé sur Maëstricht, sur Anvers et sur Wesel
d’abord ; et après, et insensiblement, une partie sera dirigée sur
Lille, Metz et la Fère.
J’aimerais
à avoir toute l’immense artillerie que j’ai à Strasbourg, à Mayence,
à Wesel, en Hollande, réunie dans les trois places de dépôt importantes
de Lille, Metz et la Fère.
De
Metz je pourrais réapprovisionner toute ma frontière de Hollande.
Je
désire donc qu’en novembre ou décembre prochain vous me fassiez un
projet pour, en plusieurs années, conduire foute l’artillerie inutile,
dans mes places dans les trois grands dépôts.
Les
six cents mortiers à la Coehorn sont, je suppose, des mortiers de 6
pouces. Ces mortiers sont fort utiles, et je pense qu’il serait avantageux
que vous les dirigeassiez en grande partie sur Strasbourg et Lille.
Résumé.
– 1° Diriger d’abord sur Anvers, Maëstricht et Wesel toutes les pièces
sans affûts ; je vois qu’il y a deux mille trois cents affûts et trois
mille huit cents pièces ; 2° préparer le travail pour ne laisser en
Hollande que l’artillerie nécessaire à la défense, et diriger tout le
reste sur Anvers, Wesel et Maëstricht ; 3° préparer un projet pour
diriger ce qui y existe et se trouver à Mayence, Wesel, Strasbourg, Maëstricht
et Anvers, sur les grands dépôts de Metz, Lille et la Fère, en raisonnant
dans les différentes suppositions, ou que la Hollande peut être envahie
par l’Angleterre, ou se révolter, ou être coupée de la France par une
armée qui viendrait de la Meuse.
Le
dépôt de la Fère, je le considère comme s’il était à Paris. Les
communications par eau sont à l’abri de toute interruption. Un des événements
supposés arrivant, on évacuerait ce qu’il y aurait à la Fère sur
Paris et la Loire.
Dans
ce sens il devrait y avoir une salle d’armes de cent fusils à la Fère,
et, considérant l’arsenal de la Fère comme l’arsenal de Paris, il
faudrait voir s’il y a quelques bouts de chemin à faire pour faciliter
autant que possible les transports.
Chargez
les officiers d’artillerie de ce travail ; car nous n’avons point de
système, et après quelques revers nous nous trouverions compromis. Mon intention
est d’arrêter ce système cet hiver, car, pour l’exécution, c’est
l’ouvrage de plusieurs années.
D’après
la minute. Archives de l’Empire.
1230.
‑ INSTRUCTIONS A DONNER AU MARÉCHAL MASSÉNA POUR ATTAQUER LES
ANGLAIS ET GARDER SES DERRIÈRES.
AU
PRINCE DE NEUCHATEL ET DE WAGRAM, MAJOR GÉNÉRAL DE L’ARMÉE D’ESPAGNE,
A PARIS.
Saint‑Cloud,
19 septembre 1810.
Mon Cousin, faites partir demain un officier porteur d’une lettre
pour le prince d’Essling, dans laquelle vous lui ferez connaître que
mon intention est qu’il attaque et culbute les Anglais ; que lord
Wellington n’a pas plus de 18,000 hommes,
dont seulement 15,000 d’infanterie, et le reste de cavalerie et
d’artillerie ; que le général Hill n’a pas plus de 6,000 hommes,
infanterie et cavalerie ; qu’il serait ridicule que 25,000 Anglais
tinssent en balance 60,000 Français ; qu’en ne tâtonnant pas et les attaquant
franchement après les avoir reconnus on leur ferait éprouver de grands échecs.
Quant
aux troupes qu’il doit laisser sur ses derrières, il faut qu’il
laisse les régiments provisoires de cavalerie. L’armée a 12,000 hommes
de cavalerie ; il n’y en a pas besoin de plus de 6,000 en Portugal ;
c’est donc 6,000 à laisser entre Ciudad-Rodrigo, Alcantara et
Salamanque. Le prince d’Essling doit laisser à cette cavalerie quelques
pièces d’artillerie ; l’artillerie est le complément de la cavalerie.
Le prince d’Essling a quatre fois plus d’artillerie qu’il ne lui en
faut contre l’armée ennemie. Je suis trop éloigné, et la position de
l’ennemi change trop souvent, pour que je puisse donner des conseils sur
la manière de mener l’attaque ; mais il est certain que l’ennemi est
hors d’état de résister.
D’après
les nouvelles les plus sûres, que l’on tient de l’espionnage à
Londres, si l’on joint à l’armée anglaise dans la péninsule 4,000
hommes qui sont à Cadix, on trouvera qu’elle est de 28,000 hommes ; ce
qui est toute la force des Anglais, qui ont renforcé leur armée de Malle
et de Sicile.
NAPOLÉON.
D’après
l’original. Dépôt de la guerre.
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