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Stratégique

Histoire Militaire et Stratégie
Correspondance de Napoléon
RIHM
 

 

Correspondance militaire
de Napoléon Ier

Extraite de la correspondance générale et publiée

Par ordre du ministère de la guerre

Tome sixième

Paris - 1876

 

 

1231. – MISSION CONFIÉE AU GÉNÉRAL BERTRAND POUR ÉTUDIER LA FRONTIÈRE DE WESEL A LA MER.

NOTE POUR LE GÉNÉRAL BERTRAND.

Saint‑Cloud, 19 septembre 1810.

  De Bâle à Wesel le système des frontières est suf­fisamment connu. Il ne faut s’occuper que de la portion de frontière comprise entre Wesel et la mer, c’est‑à‑dire un espace d’environ 50 lieues.

  On trouve d’abord Schenkenschanz en première ligne, ensuite Grave, Gorinchem ou Gorkum, enfin Bois‑le‑Duc, Geertruidenberg, Breda, Willemstad.

  Le petit fort de Gorinchem a pour avantage de conserver une tête de pont sur la Merwede ; il serait utile d’avoir une place sur le second bras du Rhin, le Leck, du côté de Vianen, pour assurer les com­munications avec la Hollande et Amsterdam. On irait de Geertruidenberg à Schoonhoven (il faudrait savoir ce qu’est Schoonhoven).

  Si la Hollande était prise et qu’il fallût repasser le Rhin, le théâtre de la guerre aurait pour point d’appui à gauche Anvers et à droite Maëstricht. En supposant encore qu’on dût abandonner ces deux points et les laisser investir par l’ennemi, les deux armées viendraient se réunir entre Bruxelles et Liège. Ainsi, à mesure que l’armée ennemie avancerait, sa ligne de fond serait fort augmentée.

  Anvers, Flessingue, Ostende et même Dunkerque seraient le point d’appui de toute l’armée sur la gauche, tandis que Wesel, Venloo, Grave, Maës­tricht et Juliers le seraient sur la droite.

  Parlons maintenant de la frontière qui couvre la Hollande du côté de l’Allemagne.

  Au premier aspect, on voit deux lignes : l’une de Wesel à Coeverden, 30 lieues ; l’autre de Coeverden à Groningen, 14 lieues.

  Ces trois places seraient le point d’appui de trois corps d’armée. Si pendant le siège de Coeverden on était plus faible, on se retirerait de Wesel sur le fort de Schenkenschanz et les derrières de l’Yssel ; on aurait devant soi Zutphen et Deventer pour se­courir Coeverden.

  La défense de Groningen fait un objet distinct ; elle doit s’appuyer sur l’Ems. Groningen, Coeverden et Zutphen sont donc des postes importants, car, si l’on était sur la défensive, la véritable ligne du Rhin pourrait s’appuyer derrière I’Yssel ; alors on couvrirait Amsterdam et le Texel.

  Je demande donc que le général Bertrand voie avec attention ce plan : d’abord Groningen comme centre d’un État à part et d’une petite armée ; il faudrait bien reconnaître les marais qui couvrent ce pays vers l’Ems ; ensuite Coeverden, considéré comme point de départ d’une armée qui marcherait vers l’Ems et le Hanovre ; Coeverden serait en même temps un point de défense ; enfin la véritable ligne de Wesel par Schenkenschanz et Rijssen, der­rière l’Yssel.

  Il faudrait bien reconnaître l’Yssel, voir à remettre en état Zulphen comme tète de pont, et même Zwolle, si cela est possible. En supposant la France fortement occupée, il est dans la nature des choses de croire qu’une armée ennemie viendrait par le nord pour menacer Amsterdam, dans le temps qu’une flotte anglaise attaquerait le Texel et chercherait à faire sa jonction avec l’armée du Nord.

  Résumé. ‑ On doit considérer l’Yssel comme le prolongement de la véritable ligne défensive du Rhin.

  Il faut me faire un mémoire détaillé à ce sujet.

  D’après la minute. Archives de l’Empire.

 

 

1232. ‑ ORDRES CONCERNANT LE COMMANDEMENT DU GÉNÉRAL DROUET, CHARGÉ D’ASSURER LES DERRIÈRES DE L’ARMÉE.

AU PRINCE DE NEUCHATEL ET DE WAGRAM, MAJOR GÉNÉRAL DE L’ARMÉE D’ESPAGNE, A FONTAINEBLEAU.

Fontainebleau, 28 septembre 1810.

  Mon Cousin, donnez l’ordre au général Drouet de se porter sans délai à Valladolid, de sa personne, pour prendre, sous le titre de commandant du 9è corps de l’armée d’Espagne, le commandement des troupes qui sont dans la Vieille‑Castille, et protéger Almeida, Ciudad‑Rodrigo, Salamanque, Astorga. Vous donnerez ordre aux généraux Keller­mann, Seras, aux commandants de Ciudad‑Rodrigo, d’Almeida et à tous les commandants, quelque titre qu’ils aient, de mes forces sur les derrières de l’armée de Portugal, d’obéir aux ordres du général Drouet.

  Vous ferez connaître à ce général qu’il aura sous ses ordres d’abord la division Seras, composée du 113è de ligne, du 4è régiment de la 1re  légion de la Vistule, du 4è bataillon du 12è léger, des 32è et 58è de ligne, et des 2è, 4è, 5è et 7è bataillons auxi­liaires, et de la 4è brigade de dragons, composée des 9è et 10è régiments provisoires, ce qui fait 6 à 7,000 hommes d’infanterie et 1,500 chevaux ; qu’il aura, un bataillon de la garde de Paris, quatre bataillons suisses et 1,200 dragons des 6è et 7è régiments provisoires. Il aura donc plus de 3,000 hommes de cavalerie. Indépendamment de ces forces, il aura son corps d’armée. Avec cette cavalerie, le général Drouet sera maître de la campagne, et pourra ramasser tous ses postes pour marcher au secours de Ciudad-Rodrigo et d’Almeida et revenir ensuite au secours d’Astorga. Il est convenable que les hôpitaux et établissements qui se trouveraient à Benavente et ailleurs soient renfermés dans les places fortes ou dans Valladolid.

  Les troupes ci-dessus énumérées sont trop faibles sans doute pour garder tous les points de la Vieille-Castille, mais le général Drouet, avec une colonne de 8,000 hommes d’infanterie et de 2,000 chevaux, sans dégarnir les postes les plus importants, pourra empêcher que Ciudad-Rodrigo et Almeida soient bloqués, ou du moins en faire lever le blocus. Le prince d’Essling doit avoir laissé plusieurs milliers de chevaux sur ses derrières, puisqu’il a eu l’ordre de laisser les brigades provisoires de dragons. Je compte que le général Drouet sera rendu à Valladolid dans les premiers jours d’octobre pour être à même de faire les mouvements convenables.

  Vous donnerez l’instruction au général Drouet d’expédier, en quittant Vitoria, l’ordre a la division Claparède, composée de cinq demi‑brigades pro­visoires, de partir pour Valladolid, ainsi qu’aux 20è et 7è de chasseurs et au 13è de chasseurs, qui est arrivé le 25 à Bayonne. Ces trois régiments lui donneront plus de 1,500 hommes de cavalerie d’élite.

  Quant à sa seconde division, les deux demi-­brigades qui sont arrivées à Bayonne et qui ont eu ordre de se rendre à Vitoria y serviront pour maintenir la tranquillité de la province et attendront l’arrivée des deux autres demi‑brigades.

  La brigade Dumonstier et la division du général Reille renforcée du 5è provisoire, qui doit déjà y être incorporé, formant 12,000 hommes, sont plus que suffisantes pour contenir la Navarre.

  Les deux autres demi‑brigades qui arrivent in­cessamment à Bayonne se joindront aux deux autres à Vitoria, et reformeront la 2è division ; et, comme une division est en marche pour se rendre dans la Biscaye, le général Drouet pourra retirer cette 2è division.

  Résumé. ‑ Le général Drouet partira 24 heures après la réception de votre ordre, que vous lui enverrez par un officier. Il mettra sur‑le‑champ en marche pour Valladolid les cinq demi‑brigades for­mant sa première division et ses six escadrons de cavalerie.

  En passant à Burgos, la 1re division se fera rejoindre par le bataillon de Neuchâtel avec les deux canons qu’a ce bataillon.

  Donnez ces ordres sur-le-champ.

  NAPOLÉON.

 D’après l’original. Dépôt de la guerre.

 

 

1233. – MÊME SUJET.

AU PRINCE DE NEUCHATEL ET DE WAGRAM, MAJOR GÉNÉRAL DE L’ARMÉE D’ESPAGNE, A FONTAINEBLEAU.

Fontainebleau, 28 septembre 1810, au soir.

  Mon Cousin, je vous ai donné tout à l’heure des ordres pour le mouvement du général Drouet. L’artillerie que j’avais ordonnée pour le 9è corps n’est pas encore formée, mais les cinq demi-brigades doivent chacune avoir leurs pièces de 6, le bataillon de Neuchâtel a deux pièces de 4 ; ainsi le général Drouet aura douze pièce de canon. Le général Seras a, je crois, aussi deux grosses pièces de canon. Mais ce sont des pièces de bataillon, et il n’a pas d’obusiers ; donnez ordre au général Dorsenne de lui fournir quatre obusiers et deux pièces de 6 ou de 8 avec un approvisonnement et demi ; donnez ordre également au général Dorsenne de fournir au général Drouet des caissons pour compléter l’approvisionnement de ses pièces de bataillon à 200 coups par pièce, et également de lui fournir dix caissons d’infanterie. Le matériel, le général Dorsenne le trouvera à Burgos ; s’il n’y est pas, il le fournira de la Garde. Les attelages seront formés par les 600 chevaux du train qui doivent être arrivés à Burgos, puisqu’ils sont partis le 18 septembre de Bayonne, ou qui y arrivent, puisque 350 sont partis le 27 septembre de Bayonne ; et que 100 autres en partent le 28 ou le 29. Ces chevaux seront servis par différents détachements du train. Ainsi le général Drouet aura les moyens d’organiser convenablement son parc.

  Quant au service des six pièces, il sera fait par la compagnie qui est à Burgos, savoir : la 16è com­pagnie du 7è régiment d’artillerie à pied, forte de 73 hommes, et dans laquelle on incorporera le dé­tachement du 7è régiment, fort de 25 hommes, qui fait partie d’une colonne de canonniers dirigée sur l’armée de Portugal, et partie le 28 de Bayonne. Il pourra aussi se servir de 200 hommes d’artillerie destinés à l’armée de Portugal, et partis de Bayonne le 28. Ces hommes compléteront son artillerie, et il les emploiera dans les places d'Almeida et de Ciudad‑Rodrigo. Ainsi le matériel est probablement dans le château de Burgos ; mais, au pis aller, le matériel de la Garde le fournira. Les attelages, je viens de vous faire connaître comment ils existent, et, quant au personnel, je viens d’y pourvoir.

  Je ne sais si le général Cousin est à Burgos ; s’il n’y est pas, le  général Drouet pourra prendre à Ciudad‑Rodrigo ou à Almeida l’officier supérieur d’artillerie que le prince d’Essling y a laissé. Il pourra prendre le premier chef de bataillon d’ar­tillerie qu’il trouvera, et même, s’il est nécessaire, un chef de bataillon d’artillerie de la Garde.

  Ainsi le général Drouet aura quatorze pièces de 6 et une division de six pièces, dont quatre obusiers, total vingt bouches à feu, et tout cela approvisionné à plus de 200 coups, plus dix caissons d’infanterie.

  Pour vous mettre mieux à même d'expédier vos ordres, je vous communique les deux états de mouvements ci‑joints. Je n’ai donc plus d’inquié­tude sur l’artillerie du général Drouet.

  NAPOLÉON.

  D’après l’original. Dépôt de la guerre.

 

 

1234. ‑ OBSERVATIONS AU SUJET D’UN ORDRE DE MOUVEMENT ÉMANÉ DU MINISTÈRE. 

AU GÉNÉRAL CLARKE, DUC DE FELTRE,

MINISTRE DE LA GUERRE, A PARIS.

Fontainebleau, 29 septembre 1810.

  Monsieur le Duc de Feltre, les instructions que vous donnez pour la marche du convoi de Barcelone sont trop précieuses. Il faut laisser le général Baraguey d’Hilliers maître de la modifier selon les circonstances. Recommandez-lui de faire arriver le convoi à Barcelone, mais de bien choisir le moment. Cinq bataillons, qui ne font pas 2,000 hommes, peuvent n’être pas suffisants pour aller à Barcelone. Des ordres de ce genre, quand ils viennent du ministère, demandent à être faits d’une manière vague et circonspecte. Mes troupes doivent être ménagées, et il faut éviter toute occasion de les compromettre. Ce serait une perte irréparable si ces cinq bataillons de bonnes troupes venaient à éprouver un échec.

  NAPOLÉON.

D’après la copie. Dépôt de la guerre.

 

 

1235. – REPROCHES SUR LA RÉORGANISATION DE L’ARMÉE D’Allemagne. – NOUVELLE COMPOSITION DE CETTE ARMÉE.

AU MARÉCHAL DAVOUT, COMMANDANT L’ARMÉE D’Allemagne, A FONTAINEBLEAU.

  Fontainebleau, 4 octobre 1810.

  Mon Cousin, je donne ordre que votre quartier général soit porté de Hanovre à Hambourg ; que deux compagnies d’artillerie à pied, du 9è régiment, qui sont en Hollande, et une des deux compagnies d’artillerie qui sont à Magdeburg, se rendent à Cuxhaven et à Hambourg ; que trois compagnies du 5è bataillon de sapeurs, y compris celle qui était à Hambourg, mais qui depuis avait en ordre de se diriger sur le Zuyderzee, plus la 6è compagnie du 3è bataillon de sapeurs, soient dirigées sur Hambourg. Je donne également l’ordre que 15,000 outils attelés vous soient envoyés. Ainsi vous aurez trois compagnies d’artillerie, quatre compagnies de sapeurs et des outils. J’ai déjà ordonné que le 8è de hussards vous soit envoyé ; je viens de renouveler cet ordre, et j’ordonne que le 16è de chasseurs vous soit également envoyé ; ainsi la cavalerie légère du 3è corps sera composée de quatre régiments. Tous ces contre‑ordres ne seraient pas donnés si vous aviez maintenu l’ordre dans votre armée et si vous ne l’aviez pas laissé désorganiser par les bureaux. Il est absurde qu’un corps soit laissé ainsi en Alle­magne sans aucun moyen de faire la guerre ; il valait autant laisser prendre les fusils de vos soldats.

  Faites‑moi un rapport général sur la composition de votre armée. Mon intention est qu’elle soit composée de quinze régiments d’infanterie, de huit régiments de cavalerie, dont quatre de cava­lerie légère, de 15,000 outils attelés, de 80 pièces d’artillerie avec double approvisionnement, de 60 caissons d’infanterie attelés, des ouvriers, pontonniers, et de tout ce qui est nécessaire pour com­pléter cet attirail.

  NAPOLÉON.

  D’après l’original comm. par Mme la maréchale princesse d’Eckmühl.

 

 

1236. ‑ NOTES SUR L’ORGANISATION DES ARMÉES

AU GÉNÉRAL CLARKE , DUC DE FELTRE,

MINISTRE DE LA GUERRE, A PARIS.

Fontainebleau, 6 octobre 1810.

  PREMIÉRE PARTIE.

  INFANTERIE. Monsieur le Duc de Feltre, j’ai 132 régiments d’infanterie de ligne formant 528 batail­lons de guerre, plus 132 cinquièmes bataillons ou bataillons de dépôt ; en y ajoutant les 4 régiments suisses, cela ferait 136 régiments et forme­rait 34 divisions composées chacune de 4 régiments. Chaque régiment fort de 4 bataillons, ce serait 16 ba­taillons ou 12,800 hommes par division, et un total de 34 divisions d’infanterie et de 435,200 hommes.

  CAVALERIE. J’ai 36 régiments de cavalerie légère, qui font 18 brigades, fortes chacune de 1,800 hommes, au total 32,400 hommes. J’ai 16 régi­ments de cuirassiers, qui forment 4 divisions, fortes chacune  de 3,600 hommes, au total 14,400 hommes. J’ai 30 régiments de dragons, formant 8 divisions, fortes chacune de 3,500 hommes, au total 28,000 hommes. Total de la cavalerie, 74,800 hommes.

  En supposant toutes ces troupes en mouvement à la fois, il faut calculer l’artillerie, le génie, le train et les transports militaires nécessaires tant au personnel qu’au matériel.

  ARTILLERIE. Les 12 divisions de cuirassiers et de dragons ont besoin chacune de 2 compagnies d’artillerie légère ; ce qui fera 24 compagnies d’artillerie à cheval et 144 pièces de canon. En supposant les 34 divisions d’infanterie formée en 11 corps d’armée, chaque corps aura besoin au moins d’une compagnie d’artillerie légère pour son avant-garde ; et chaque compagnie servant 6 pièces, cela ferait pour les 11 corps d’armée 66 pièces de canon.

  Les 34 divisions d’artillerie auraient besoin chacune de 2 compagnies d’artillerie à pied servant 12 pièces, total 68 compagnies d’artillerie à pied et 408 pièces de canon.

  En continuant de supposer que ces 34 divisions forment 11 corps d’armée, il faudrait pour chaque corps 3 compagnies d’artillerie à pied servant 18 pièces de canon ; ce qui ferait au total 33 compagnies et 198 pièces de canon, tant pour les corps d’armée que pour les réserves et les parcs.

Il faudrait, de plus, 40 compagnies pour les places et pour l’équipage de siège ; enfin les 136 régiments, à deux pièces par régiment, formeraient 272 pièces. Cela doit faire pour l’artillerie un total d’environ 1,300 pièces de canon, et, à 5 voitures par pièce, 6,500 voitures. Il faut calculer sur 5 chevaux par voiture, ce qui fait 35,000 chevaux. Sur ce nombre il y en a 5,000 pour les régiments, reste pour le train 30,000 chevaux, qui nécessitent 15,000 hommes pour les servir.

  PONTONNIERS. En portant une compagnie de pontonniers par chaque corps d’armée, ce qui ferait 33 autres compagnies, et au total 67 compagnies de sapeurs.

  BATAILLONS D’ÉQUIPAGES MILITAIRES. Il faudra 11 bataillons d’équipages miliraires ; chaque bataillon servant 150 caissons, cela ferait 1,650 caissons.

  Sans doute le cas où toutes ces troupes seraient à la fois en mouvement se présentera rarement, mais enfin les troupes qui restent sur la défensive finissent par avoir besoin de tout leur attirail. Ces observations ne sont que générales. Je désire  cependant que vous me fassiez un travail que je vais vous indiquer dans la deuxième partie de cette lettre.

  DEUXIÈME PARTIE.

  Considérez toutes les troupes qui sont en Espagne comme devant y rester longtemps, hormis les cadres d’un certain nombre de bataillons qu’on res­serrera progressivement, et supposez que je veux former deux autres armées, une en Allemagne et une en Italie, l’une et l’autre comprenant 300 ba­taillons, sans compter les 132 cinquièmes batail­lons.

  ARMÉE D’ALLEMAGNE.

  INFANTERIE. Mon armée d’Allemagne serait com­posée de 12 divisions, chaque division de 4 régi­ments, chaque régiment de 4 bataillons ; ce qui ferait donc pour cette armée 48 régiments et 192 bataillons, ou 150,000 hommes.

  CAVALERIE. Plus 15 régiments de grosse cavalerie, complétés chacun à 1,000 hommes, au total 15,000 cuirassiers, et 16 régiments de cavalerie légère, fai­sant 16,000 hommes, ensemble environ 30,000 hommes de cavalerie.

  ARTILLERIE. L’artillerie devrait être composée suivant les principes établis ci‑dessus, c’est‑à‑dire qu’il devrait y avoir 8 compagnies d’artillerie à che­val, servant 48 pièces, pour les cuirassiers ; 3 com­pagnies d’artillerie à cheval, à raison d’une pour chaque corps d’armée ; total, 11 compagnies d’artil­lerie légère, qu’on pourrait porter à 12.

  Deux compagnies d’artillerie à pied pour chaque division d’infanterie, ce qui ferait 24, plus 24 com­pagnies d’artillerie à pied pour le parc et la réserve ; total, 48 compagnies.

  Ainsi le personnel de l’artillerie emploierait 48 compagnies d’artillerie à pied et 12 d'artillerie à cheval ; au total, 60 compagnies.

  Le matériel consistera en 72 pièces d’artillerie, à cheval, 144 pièces, à raison de 12 par division, 72 pièces du parc et de la réserve et 96 pièces de ba­taillon, à raison de 2 par régiment ; total, 384 pièces de canon.

  TRAIN. Les voitures attelées à raison de 5 che­vaux par voiture : 5 bataillons de train pourront suffire à tout cela, avec 6 à 7,000 chevaux.

  SAPEURS. Il faudra 12 compagnies de sapeurs pour les 12 divisions et 3 pour le parc des trois corps d’armée ; total, 15 compagnies.

  PONTONNIERS. 8 compagnies de pontonniers se­raient nécessaires.

  ÉQUIPAGES MILITAIRES. Il faudrait une compagnie d’équipages militaires par division, ce qui ferait 12 compagnies, plus 2 compagnies pour la cavalerie et 10 pour le pare général ; total, 24 compagnies ou 4 bataillons d’équipages militaires.

  Ceci formerait une armée de 200,000 hommes; en y ajoutant 44,000 Polonais, 30,000 Saxons, 28,000 Westphaliens, Hessois et troupes de Berg, cela ferait une armée de 300,000 hommes, dont 60,000 hommes de cavalerie.

  Voici actuellement le détail de la composition supposée de cette armée :

  1er corps : le 7è d’infanterie légère formerait quatre bataillons ; le 13è, quatre ; le 15è, quatre (le 4è bataillon de ce régiment, étant en Espagne, serait remplacé par le 3è bataillon du 6è léger) ; le 33è d’infanterie légère, quatre ; le 12è de ligne, quatre ; le 17è, quatre ; le 21è, quatre ; le 25è, trois (le 4è bataillon en Espagne) ; le 30è, quatre ; le 33è, quatre ; le 48è, quatre ; le 57è, quatre ; le 61è, quatre ; le 85è, quatre ; le 108è, quatre ; le 111è, quatre ; total, 16 régiments formant 63 bataillons.

  Ces 63 bataillons composeraient 4 divisions ; chaque division serait formée d’un régiment d’in­fanterie légère et de 3 régiments de ligne. Ce premier corps serait celui qui est actuellement en Alle­magne, sous les ordres du prince d’Eckmühl.

  Un autre corps serait composé de la manière sui­vante, savoir : le 1er  régiment d’infanterie légère formant quatre bataillons ; le 23è, quatre ; le 24è, quatre ; le 26è, quatre ; le 3è de ligne, quatre ; le 4è, quatre ; le 18è, quatre ; le 72è, quatre ; le 123è, quatre ; le 124è, quatre ; le 125è, quatre ; le 126è, quatre ; le 135è, quatre ; le 2è, trois ; le 19è, trois ; le 37è, trois ; le 46è, trois ; total, 17 régiments ou 64 batail­lons formant 4 divisions, chacune de 16 bataillons.

  Le 3è corps d’armée serait composé de 3 batail­lons du 56è, de 3 bataillons du 93è et de 58 batail­lons dont on ferait venir les cadres d’Espagne, en prenant ceux des bataillons les plus faibles (il faut bien calculer qu’il ne reviendrait que les cadres) ; total, 64 bataillons.

  Il faudrait également faire revenir un bataillon pour remplacer au 1er  corps le 4è bataillon du 25è. 

Ces trois corps, portés ainsi à 64 bataillons cha­cun, formeraient donc 192 bataillons, ou 150,000 hommes d’infanterie.

  Je n’ai rien à ajouter quant à la cavalerie ; seu­lement il faudrait faire revenir les cadres de quelques escadrons, afin d’avoir les 16 régiments de cavalerie légère.

  Remettez‑moi la situation de tous ces corps, au 1er octobre, avec l’indication de ce qui manque pour les compléter.

  D’après les calculs approximatifs que j’ai faits, mais qu’on pourra relever avec plus d’exactitude dans vos bureaux, il m’a paru que, pour réaliser cette armée de 200,000 hommes, il me faudrait pour les 30 bataillons d’infanterie légère et les 100 bataillons de ligne un recrutement de 18,000 hommes ; que les 58 bataillons dont les cadres re­viendraient d’Espagne auraient besoin de 40,000 hommes ; cela ferait donc pour l’infanterie 58,000 hommes ; que les cuirassiers auraient besoin de 40,000 hommes ; que les 17 régiments de cavalerie légère auraient besoin de 4,000 hommes. J’ai en France huit compagnies du 1er régiment d’artillerie, cinq du 3è, seize du 5è, huit du 6è, dix‑sept du 7è, dix‑huit du 8è et vingt du 9è ; total, 92 compagnies, sans y comprendre celles du 2è et du 4è régiment, qui sont destinées à l’armée d’Italie. J’ai donc plus de compagnies d’artillerie qu’il ne m’en faudrait ; mais pour les porter à 140 hommes il pourrait me manquer 4,000 hommes. J’ai seize compagnies d’artillerie à cheval, sans compter les douze qui sont en Italie ; il pourrait manquer à leur complet 1,500 hommes. J’ai sept bataillons du train en France ou en Allemagne, en y comprenant ceux que j’ai en Hollande, mais sans y comprendre ceux que j’ai en Italie. J’ai les pontonniers nécessaires. J’ai treize compagnies de sapeurs ; ce qui évidemment ne serait pas suffisant ; il faudrait faire revenir des cadres d’Espagne au fur et à mesure que cela serait possible. Total, 71,500 hommes.

  En résumé, pour compléter cette armée à 200,000 hommes, je trouve qu’il faudrait près de 80,000 hommes.

ARMÉE D’ITALIE.

  Cette armée se composerait de 10 divisions, dont 7 françaises et 3 italiennes, et composées, savoir :

  1re division française, 8è d’infanterie légère ayant quatre bataillons ; 5è de ligne, quatre ; 11è, quatre ; 23è, quatre : 16 bataillons ;

  2è division française, 18è d’infanterie légère ayant quatre bataillons ; 60è de ligne, quatre ; 79è, quatre ; 81è, quatre : 16 bataillons ;

  3è division française, 22è léger ayant quatre ba­taillons ; 6è de ligne, deux ; 20è, quatre ; 72è, quatre : 14 bataillons ;

  4è division française, 14è léger ayant deux batail­lons ; 1er de ligne, quatre ; 10è, quatre ; 101è, quatre : 14 bataillons ;

  5è division française, 9è de ligne ayant quatre ba­taillons ; 29è, quatre ; 53è, quatre ; 106, quatre : 16 bataillons ;

  6è division française, 35è de ligne ayant quatre bataillons ; 52è, quatre ; 92è, quatre ; 112è, trois : 15 bataillons ;

  7è division française, 13è de ligne ayant quatre bataillons ; 84e, quatre ; 102è, quatre ; trois batail­lons suisses à Naples : 15 bataillons; total, 27 régiments formant 106 bataillons et 80,000 hommes d’infanterie.

  La cavalerie se composerait de 8 régiments de ca­valerie légère, qui sont en Italie, et de 5 régiments de dragons ; total, 13 régiments de cavalerie et 1,200 hommes.

  L’artillerie se composerait de 6 compagnies d’ar­tillerie légère, de 14 compagnies d’artillerie à pied pour les 7 divisions d’infanterie, et de 10 compagnies pour le parc ; total, 30 compagnies d’artillerie.

  Le matériel de l’artillerie serait organisé sur le même principe. Les 4 bataillons du train, com­plétés à 1,000 hommes, seraient suffisants. Il faudrait 2 bataillons d’équipages militaires de 180 voitures chacun ; je crois qu’il n’y en a qu’un.

  L’armée italienne se composerait de 3 divisions d’infanterie, de 16 bataillons chacune, ce qui ferait 48 bataillons ; de 6 régiments de cavalerie ; de l’ar­tillerie, des sapeurs et des transports nécessaires. Cela porterait mon armée d’Italie à 140,000 hommes, et, en y ajoutant les Bavarois, les Wurtembergeois et les Badois, cela ferait 200,000 hommes.

  Il faut faire également les états des corps destinés à l’armée d’Italie, et me faire connaître ce qui manque pour les compléter en officiers et soldats. Des calculs approximatifs que j’ai faits, il résulterait que 15,000 hommes seraient suffisants pour compléter les bataillons de guerre de l’armée d’Italie, et 5,000 hommes pour compléter la cavalerie, les équipages militaires et le train ; ce qui ferait 20,000 hommes pour mon armée d’Italie et 80,000 hommes pour mon armée d’Allemagne ; total, 100,000 hommes.

  Il me resterait à compléter les 5es bataillons à raison de 440 hommes ; il faudrait pour cela 58,000 hommes ; j’aurais alors 135 bataillons de 500 hommes.

  Je compte donc sur 300 bataillons, et vous devez faire votre travail sur ce pied, parce que, s’il est pos­sible de rappeler d’Espagne 60 cadres de bataillons, c’est tout ce qu’on peut faire.

  TROISIÈME PARTIE.

  1° Réitérez les ordres dans vos bureaux et ail­leurs pour que tout ce qui concerne l’armée d’Allemagne passe par le prince d’Eckmühl. J’écris à ce prince que je rends les généraux et les chefs d’ad­ministration responsables du moindre mouvement qu’ils feraient faire sans ses ordres.

  Le prince d’Eckmühl redemande le colonel d’artillerie Jouffroy, pour être directeur de son parc ; il faut le lui envoyer.

  3° Il demande aussi deux compagnies d’artillerie légère ; vous avez dû lui envoyer les deux compa­gnies hollandaises.

  Vous voulez faire revenir 2 bataillons du train ; il faut les laisser en Allemagne ; ils y seront mieux nourris et mieux entretenus. Si vous n’avez pas donné contre‑ordre au retour de ces 2 bataillons, il faut le donner sur‑le‑champ ; ils serviront aux éva­cuations de l’artillerie.

  Il faut donner à l’armée d’Allemagne un bon général d’artillerie : le général Pernety est toujours malade. Il faut donner aussi à cette armée un bon général du génie ; prenez‑le parmi les ingénieurs hollandais.

  6° Provisoirement les divisions seront fortes de 5 régiments. Quand j’enverrai le 33è d’infanterie légère et les 4es bataillons qui manquent, je formerai 4 divisions, fortes chacune de 4 régiments.

  7° Il est nécessaire qu’il y ait trois généraux de brigade à chaque division.

  8° La cavalerie s’affaiblirait trop ; je vous ai or­donné d’y envoyer le 8è de hussards et le 16è de chasseurs ; ce qui fera, avec les 2 régiments qui s’y trouvent, 2 brigades de cavalerie légère. Il faut y envoyer deux généraux de brigade. Il faut aussi pour la grosse cavalerie un général de division.

  9° Vous avez dû expédier des ordres pour que 4 compagnies de sapeurs et 15,000 outils attelés fussent envoyés à Hambourg. Il serait aussi conve­nable d’y envoyer 2 compagnies de canonniers et 2 bataillons d’équipages militaires.

  En résumé, je désire que le travail que je viens d’esquisser me soit présenté.

NAPOLÉON.

D’après la copie. Dépôt de la guerre.

 

 

1237. ‑ NOTE SUR LES PLACES DE LA POLOGNE.

Fontainebleau, 6 octobre 1810.

  Sierock, la tête de pont de Praga, sont des ouvrages à entretenir ; ce sont des ouvrages de cam­pagne. Mais il faut employer son argent à concentrer ses magasins à Modlin ; c’est la vraie place du grand‑duché. On doit y placer l’arsenal, les maga­sins de munitions, de vivres et d’habillement, les dépôts, de sorte que, Varsovie pris, cette place reste et rend maître des deux rives de la Vistule et de la Narew. Il est difficile d’avoir une place plus heureusement située et plus propre à remplir le but qu’on se propose. Il existe déjà quatre fronts massés et revêtus. Il est indispensable d’établir le terre‑plein derrière le parapet, afin qu’on puisse mettre partout des batteries. Les barbettes qu’on a mises aux saillants ne sont pas suffisantes pour une place comme Modlin. Les chemins couverts et glacis sont de première nécessité pour avoir des places d’armes et couvrir la place. On doit laisser subsister le tracé actuel.

Le principal avantage de Modlin est d’avoir trois ponts. Indépendamment de l’île suédoise, il faut une tête de pont sur la rive gauche de la Narew ; il en faut une autre sur la rive gauche de la Vistule ; mais il faut coordonner ces ouvrages de manière à ce qu’ils se soutiennent entre eux.

  Le pont de la Vistule a 300 toises de long ; il est donc de première nécessité d’occuper un point qui serait à 250 toises du bastion 6 ; de sorte que ce point de la rive droite, à 700 toises du pont, étant occupé, l’ennemi ne pourrait y établir des batteries et jeter le pont à terre.

  Il est également nécessaire que le point à 600 toises de la Narew, près du village de Modlin, soit occupé. Ce point serait également à 350 ou 400 toises du bastion 2.

  Moyennant ces deux forts, l’ennemi qui arriverait par la rive droite de la Vistule ou de la Narew ne pourrait pas insulter les ponts.

  Le pont de la Vistule peut aussi être insulté sur la rive droite de la Vistule. Il serait donc important d’occuper à 600 toises des points pour empêcher l’ennemi de s’y établir.

  Cela fait donc cinq forts ou fortes redoutes qu’il est essentiel d’établir ; ces forts ne se trouveront éloignés que de 500 toises de la place.

  Ainsi il faut me faire un tracé qui établisse un fort A à 700 toises du fort de la Vistule, un fort B vis‑à‑vis, seulement à 300 ou 400 toises, parce que la rive empêche de voir le pont, un fort C à 600 toises du pont de la Narew, un fort D à 600 toises du fort de la Vistule, et un fort E à 400 ou 500 toises au point où l’on cesse de voir le pont, et un fort E à 400 ou 500 toises au point où l’on cesse de voir le pont, et un fort F.

  Il y aurait 600 toises du fort F au fort D. Tracer derrière ces deux forts un double front qui serve de tête de pont du côté du village de Nowydwor. On peut faire là deux ou trois fronts fermés à la gorge ; dans ce terrain marécageux et bas, ils peuvent être soutenus par un fossé plein d’eau et par une inon­dation, et les forts F et D les flanqueraient d’ailleurs.

Enfin il faut tracer une tête de pont sur la rive gauche de la Vistule ; on pourrait faire à peu près le même tracé que Praga, c’est‑à‑dire 3 ou 400 toises, soutenu à droite et à gauche par les deux forts E et B.

  La rive droite de la Vistule doit dominer la rive gauche de beaucoup ; la force de la place doit donc être sur la rive droite.

  Un système de cinq ou six demi‑lunes, formant ouvrage avancé, serait indispensable pour donner un nouveau degré de force à la place. Il semble que les maçonneries devraient commencer par les demi‑lunes, parce qu’alors l’enceinte actuelle res­terait toujours.

  On croit également que l’arsenal, les grands magasins devraient tous exister sur la rive droite.

  Comme il sera possible de dépenser un million par an, il faut que le génie me fasse un projet pour l’emploi du premier million, mais de manière que chaque année on obtienne un nouveau degré de force.

  D’après la minute. Archives de l’Empire.

 

 

1238. ‑ ORDRE POUR LA RÉPARTITION DES BATAILLONS

DES ÉQUIPAGES MILITAIRES.

AU GÉNÉRAL LACUÉE, CONTE DE CESSAC, MINISTRE DIRECTEUR DE L’ADMINISTRATION DE LA GUERRE, A PARIS. 

Fontainebleau, 13 octobre 1810.

J’ai 12 bataillons d’équipages militaires formant 4,500 hommes, 7,600 chevaux et 1,700 voitures. Le 1er provisoire sera définitivement constitué et prendra le numéro 13. Mon intention est que de ces 13 bataillons il y en ait 2 à l’armée de Portugal, 5 à l’armée d’Espagne, 1 en Italie et 5 en France, avec leurs caissons, leurs chevaux et les hommes, et prêts à entrer en campagne à raison de 4 com­pagnies par bataillon. Les bataillons qui sont en Espagne resteront organisés à 3 compagnies ; ceux destinés à l’armée d’Allemagne seront organisés à 4 compagnies. J’aurai donc pour l’armée d’Alle­magne 700 voitures ; ce qui est le moins qu’on puisse y avoir. Je vois que le 9è bataillon attaché en Italie est à Plaisance ; il n’a que 122 voitures au lieu de 144. Le 12è est à Strasbourg ; il faut faire revenir le cadre de la compagnie qui est en Es­pagne. Le 2è est en Catalogne ; il faut le faire revenir à Toulouse.

  L’armée d’Espagne se divisant aujourd’hui en armées de Portugal, d’Andalousie, d’Aragon et de Catalogne, ces quatre armées ont seules besoin d’équipages militaires. Peut‑être pour l’armée du centre à Madrid les Espagnols pourront y pourvoir. Pour Valladolid, Burgos, la Navarre, ces pays‑là n’en ont pas besoin. Faites‑moi un rapport sur ces propositions.

  Vous pouvez toujours donner des ordres pour que la 4è compagnie du 12è bataillon soit reformée et pour faire revenir le 2è bataillon à Carcassonne ou à Toulouse. Considérez ces deux bataillons comme destinés à l’armée d’Allemagne.

  Faites revenir le personnel du 7è bataillon. Il restera encore le personnel de deux bataillons à faire revenir d’Espagne.

  Quant au 9è bataillon, il est nécessaire en Italie. Vous compléterez avec les dépôts de Commercy et de Pau le 2è, le 7è et le 12è bataillon.

Aucun de ces moyens n’est pressé. Il me suffit que les bataillons existent dans l’intérieur de la France en bon état. Le ministre de la guerre a dû vous écrire. Cela tient au système de préparer une armée de 200,000 hommes pour l’Allemagne.

  Il semble que le personnel du 6è bataillon, qui paraît n’avoir que très‑peu de voitures, pourrait également revenir en France.

Au reste, comme je n’ai point de situation des équipages militaires, je ne puis pas donner d’ordres précis, car je ne regarde pas comme situation l’état que vous m’envoyez tous les mois. Tous les bataillons paraissent y être au complet, et les lieux où se trouve chacun ne sont pas indiqués. Faites‑moi faire un état détaillé, si vous avez les matériaux.

  D’après la minute. Archives de l’Empire.

 

 

1239. ‑ MISSION CONFIÉE A UN OFFICIER DE GÉNIE

EN ÉGYPTE ET EN SYRIE.

AU GÉNÉRAL CLARKE, DUC DE FELTRE,

MINISTRE DE LA GUERRE, A PARIS. 

Fontainebleau, 14 octobre 1810.

Monsieur le Duc de Feltre, je croyais l’officier du génie Boutin parti pour l’Égypte et la Syrie. Les détails ne me regardent pas. Qu’il se rende soit à Otrante, soit à Ancône ; qu’il masque sa mission comme il l’entendra, mais qu’il la fasse. Qu’il passe tout l’hiver et une partie de l’été prochain en Égypte et en Syrie, de manière à pouvoir ensuite rendre compte de la situation militaire et politique de ces pays. Recommandez‑lui de voir la citadelle du Caire, celle d’Alexandrie, Damiette et Saint­-Jean‑d’Acre. Alep, Damas, Alexandrette sont com­pris dans sa mission. Levez tous les obstacles et ne m’en parlez plus.

D’après la minute. Archives de l’Empire.

 

 

1240. ‑ INSTRUCTIONS POUR LA FORMATION DE RÉGIMENTS RECRUTÉS DANS LES PROVINCFS ILLYRIENNES.

AU GÉNÉRAL CLARKE, DUC DE FELTRE,

MINISTRE DE LA GUERRE, A PARIS.

Fontainebleau, 16 octobre 1810.

Monsieur le Duc de Feltre, faites‑moi connaître combien de régiments les provinces illyriennes four­nissaient à l’Autriche. Il me paraît convenable de disposer de tous les soldats qui se trouvent dans ces pays, pour en former des régiments à mon service, et de leur donner des officiers et sous‑officiers des provinces de Carniole, de Goritz et de Laybach.

  Il faudrait également tirer parti de l’Istrie et de la Dalmatie. Comme le royaume d’Italie a déjà un régiment dalmate, on pourrait le compléter aussi haut qu’il doit l’être, et former un nouveau corps du reste. On pourrait organiser trois régiments, dont l’un comprendrait les hommes des provinces de la Carniole et de Villach ; un autre serait formé d’hommes de l’Istrie et du comté de Goritz ; le troi­sième serait fourni par la Croatie civile ; on emploierait les hommes de la Croatie à recruter le régi­ment italien.

  L’état‑major d’un de ces régiments pourrait être placé à Gênes, un autre à Florence, et l’autre dans le Piémont ; ils seraient là assez près et assez loin, et l’on ôterait à l’Autriche beaucoup de soldats. Faites‑moi un rapport sur cet objet.

  La population des provinces illyriennes étant de 1,500,000 âmes, elles doivent fournir 18,000 hom­mes. Il faut en ôter la Dalmatie, dont le  recrutement est réservé au régiment dalmate, qui est à la solde du royaume d’Italie, sauf à prendre par la suite ce régiment à la solde de la France. Il faut en ôter la Croatie militaire. Il restera encore un million d’habi­tants qui doivent fournir un effectif de 12,000 hom­mes, avec lesquels on pourrait former trois ou quatre régiments. Il faudrait conserver la con­scription telle qu’elle était sous la maison d’Autriche, puisque ces peuples y sont accoutumés.

  NAPOLÉON.

D’après la copie. Dépôt de la guerre.

 

 

1241. ‑ ORDRE POUR LES TRAVAUX DE FORTIFICATION

DES PLACES DE L’ESCAUT.

AU GÉNÉRAL CLARKE, DUC DE FELTRE,

MINISTRE DE LA GUERRE, A PARIS.

Fontainebleau, 17 octobre 1810.

  Monsieur le Duc de Feltre, vous recevrez de la secrétairerie d’État un décret qui met un million à votre disposition pour les travaux des fortifications de l’Escaut. Mon intention est que le défaut d’argent ne retarde en rien des ouvrages aussi importants. Il faut que le fort Montebello, la batterie de Nolle, le fort Saint‑Hilaire, les deux magasins à poudre et enfin tout ce qu’il sera possible de faire à Flessingue soit terminé, et que la même activité soit donnée aux travaux de l’île de Cadzand et à ceux du fort Lillo. Quant à Anvers, je vous ai déjà fait connaître que mon projet est d’en faire une place de première force et un dépôt général pour tous les moyens d’artillerie de la Hollande. Anvers devient tous les jours plus important, et la réunion de la Hollande ajoute encore à l’intérêt que cette place a par elle‑même. Il faut que les projets qui me seront remis pour les travaux de 1811 soient faits en conséquence. Mon intention est d’employer au moins quatre millions, l’année prochaine, aux seules fortifications des places de l’Escaut. Il faut qu’on continue les travaux tout l’hiver, autant que cela sera possible. Ordonner qu’au Fort Impérial de l’île de Cadzand on presse, autant que possible, la construction des magasins à poudre et tous les travaux qui doivent assurer la défense de cette place si importante.

  D’après la minute. Archives de l’Empire.

 

 

1242. ‑ INSTRUCTIONS POUR L’ÉTUDE D’UN POINT

FORTIFIÉ, SUR LE RHIN ENTRE WESEL ET MAYENCE.

AU GÉNÉRAL CLARKE , DUC DE FELTRE,

  MIINISTRE DE LA GUERRE, A PARIS.

Fontainebleau, 18 octobre 1810.

        Il paraît que toutes les opinions sont d’avoir un point intermédiaire entre Mayence et Wesel. La       population de Cologne empêche qu’on n’occupe       cette place. Alors quel est le point qu’on doit choisir ? Si l’ennemi dirige sa ligne d’opérations sur Coblentz, il se trouve arrêté par Luxembourg et avoir l’armée de Mayence sur son flanc gauche. D’ailleurs on ne suppose pas que l’ennemi puisse chercher à pénétrer dans les provinces de l’intérieur de la France, mais       seulement arriver à Bruxelles. Une ligne d’opéra­ tions qui partirait de Coblentz serait double en étendue de celle qui partirait de Dusseldorf. Si l’on suppose que l’ennemi prend Cassel, sa ligne d’opé­rations le conduit sur Bonn ou sur Cologne. L’ennemi partant de Bonn peut cheminer sur Liège, passer la Meuse et pénétrer dans la Belgique. Par ce moyen il évite Juliers et Maëstricht ; mais ces deux places seront des points d’appui pour une armée qui mena­cera son flanc droit. Si Bonn est occupé, et qu’alors l’ennemi se dirige sur Cologne, alors il est menacé sur son flanc droit par Juliers et Maëstricht, et sur son flanc gauche par Bonn ; le Rhin se trouve lui être intercepté. Cette opération paraît tellement hasardeuse, qu’il serait difficile de concevoir qu’un homme de sens pût la tenter. Il faut nécessairement prendre Bonn avant de marcher sur Liège, et, pour faire une opération raisonnable, il faudrait s’em­parer de Juliers et de Maëstricht.

  Dans le projet du point intermédiaire à déter­miner entre Wesel et Mayence, il ne faut pas songer à la ville de Cologne, vu son étendue et sa popula­tion. La question se réduit donc à savoir si les forti­fications doivent être à Bonn ou à l’embouchure de la Sieg. Il faut voir ces deux positions et les examiner avec soin sous leurs différents rapports. Que vaut l’enceinte actuelle de Bonn ? Est‑il possible d’occu­per Bonn sans avoir des ouvrages sur les hauteurs de Poppelsdorf ? A quelle distance les remparts en sont‑ils dominés ? Bonn ne serait rien sans une tête de pont. Est‑il possible d’avoir une tête de pont sans occuper le Finkenberg ? A quelle distance serait‑elle dominée par cette hauteur ou par toute autre ? La partie de la place qui serait sur la rive gauche peut­-elle être protégée par une inondation ? Il semble que le ruisseau de Rheindorf est assez considérable pour qu’on puisse en tirer parti. Il est évident que, si la place est sur la rive droite, il sera facile d’étendre une inondation autour de ses ouvrages. Quelle est l’importance de la petite rivière de la Sieg ? Enfin la comparaison des deux projets.

  Si l’on établissait deux ouvrages sur la rive droite, quel doit être le plus fort, celui à l’embouchure de la Sieg ou la tête de pont ? Les ouvrages sur la rive droite ne peuvent pas être de peu de valeur, à cause des hauteurs qu’il faut occuper, sans quoi Bonn perdrait son rôle offensif et resterait à découvert. Il faut calculer la dépense des forts, savoir si on peut profiter des eaux de la Sieg pour obtenir une inon­dation, et déterminer l’espace de terrain qu’elle peut embrasser. On présume qu’il serait possible d’avoir un grand camp retranché sur la rive droite. Savoir s’il peut être protégé par les forts et couvert par l’inondation.

  Ne pourrait‑on pas avoir un fort à l’embouchure du ruisseau de Rheindorf, qui servirait en quelque sorte de réduit à ce camp retranché ? Ce fort pour­rait être en terre, avec fossés pleins d’eau ; et, au moyen du ruisseau, on pourrait d’une inondation. Il faut voir les avantages que l’on peut retirer de cette localité et les balancer avec les inconvénients.

Ces différentes questions ont besoin d’être étu­diées. Il faudrait surtout avoir les plans du terrain à 1,200 toises sur les deux rives, et y marquer les cotes de nivellement.

D’après la minute. Archives de l’Empire.

 

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