| Institut de Stratégie Comparée, Commission Française d'Histoire Militaire, Institut d'Histoire des Conflits Contemporains |
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Correspondance
militaire Extraite
de la correspondance générale Par
ordre du ministère de la guerre Tome sixième Paris - 1876
1085.
‑ OBSERVATIONS SUR LES ÉTATS D’EFFECTIF DES ARMÉES DU RHIN ET
D’ITALIE. AU
GÉNÉRAL CLARKE, COMTE D’HUNEBOURG, MINISTRE
DE LA GUERRE, A PARIS Benavente,
1er janvier 1809. Je reçois les états
de situation au 15 novembre. Voici mes observations pour l’armée du Rhin.
Vous portez au 13è léger 384 hommes, qui arriveront à Hanovre le 6
janvier ; vous affectez ces hommes au 4è bataillon. Je suppose que ces 384
hommes sont le détachement du régiment de marche formé à Louvain ; mon
intention n’est pas qu’il compte au 4è bataillon ; il faut qu’il soit
réparti dans les trois premiers bataillons, qui sont encore loin du
complet. Les cadres de ces détachements doivent retourner à Ostende, y
recevoir les conscrits et former le 4è bataillon, qui devra partir quand
j’en donnerai l’ordre. Le 17è de ligne a déjà ses quatre bataillons
à l’armée du Rhin. Il faut faire partir les grenadiers et voltigeurs de
ce corps, qui sont à la réserve de Boulogne, et les incorporer dans les
compagnies d’élite de ces bataillons. Les officiers et
sous‑officiers rentreront au dépôt pour recevoir les conscrits de
l’année. Par ce moyen, le 17è aurait donc à l’armée du Rhin 3,000
hommes ; il lui manquerait encore 300 hommes, car mon intention est qu’au
mois de mars toute mon armée du Rhin ait 840 hommes par bataillon et quatre
bataillons par régiment, hormis le 15è léger, qui n’en aura que trois. J’ai
à l’armée du Rhin vingt et un régiments d’infanterie ; cela me fera
donc quatre‑vingt‑trois bataillons, qui produiraient 70,000
hommes. Le corps d’Oudinot doit être composé de douze
demi‑brigades provisoires, formées de trente‑six 4es bataillons
des corps qui sont en Espagne et dont les grenadiers et voltigeurs sont déjà
à ce corps. Il offrira une force de trente mille hommes. J’aurai donc à
l’armée du Rhin 100,000 hommes d’infanterie. La division Legrand et la
division Saint‑Cyr, hormis les tirailleurs corses et du Pô, qui
passeront sous les ordres du général Oudinot, se rendront à Paris à
petites journées. Elles seront cantonnées dans un circuit à vingt lieues
aux environs de Paris, et par régiment au moins. Les généraux et tous les
officiers resteront à leur poste. Cela me ferait vingt nouveaux bataillons
et porterait mon armée du Rhin à 120,000 hommes à l’effectif, et, au
moins, à 110,000 présents à l’entrée de la campagne. Je vous ai déjà
donné mes ordres pour tout cela. Mais, dans un moment où je vous laisse la
répartition des 80,000 hommes de 1807, je crois nécessaire de vous
remettre sous les yeux qu’il est à propos de donner à chaque corps le
nombre d’hommes convenable et un excédant de 100 hommes pour ceux qui
ne réussissent pas. Quant à mes quatorze régiments de grosse cavalerie
laissés en Allemagne, je désire avoir au mois de mars cinquante‑six
escadrons de 225 hommes chaque, officiers non compris, c’est‑à‑dire
900 hommes par régiment à cheval, afin de pouvoir présenter 875 hommes,
officiers compris, à l’ennemi, en comptant 50 hommes pour la différence
du présent à l’effectif ; ce qui me ferait 12,000 hommes de grosse
cavalerie présents à l’armée. Les huit régiments de cavalerie légère
devront avoir la même organisation et me présenter 7,000 hommes de
cavalerie légère, et en totalité 19,000 hommes de cavalerie. Quant aux
corps des villes hanséatiques, les deux régiments de ligne et les deux de
chasseurs doivent être sur le même pied. Ainsi, par ces dispositions,
j’aurai à l’armée du Rhin un effectif de 150,000 hommes, artillerie et
sapeurs compris ; aux corps des villes hanséatiques, un effectif de
10,000 hommes. J’aurai donc, en tout, en Allemagne 160,000 hommes. Quant
à l’armée d’Italie, j’y ai actuellement douze régiments de ligne
entiers, faisant quarante-huit bataillons ; seize 3es et 4es bataillons à
l’armée de Dalmatie, lesquels formeront des régiments de deux bataillons
commandés par leurs majors ; quatre bataillons à Corfou, pour lesquels on
suivra la même diriposition ; six bataillons à Naples, soumis à la même
organisation ; total, vingt‑six bataillons, et total général,
soixante et quatorze bataillons, ou plus de 60,000 hommes. Mon intention est
que ces soixante et quatorze bataillons soient tous à l’effectif de 840
hommes avant mars. Les divisions Boudet et Molitor, qui doivent être en
marche pour se porter sur Lyon et les rives de la Saône, me formeront une réserve
qui agira selon les circonstances. Ce corps, étant composé de sept régiments,
doit m’offrir vingt‑huit bataillons, qui me feront plus de 23,000
hommes. Cela portera donc l’infanterie de mon armée d’Italie à près
de 100,000 hommes, y compris l’armée de Dalmatie et un ou deux régiments
que je pourrai encore ôter de Naples ; ce qui, joint à 20,000 Italiens et
à 20,000 hommes de la Confédération, y compris les quatre régiments de
Confédérés qui sont à Lyon et les quatre régiments italiens, porterait
mon armée d’Italie à près de 150,000 hommes, artilerie et sapeurs
compris, ainsi que les auxiliaires. Je pourrai donc avoir, à la fin de
mars, 160,000 Français et 100,000 auxiliaires de la Confédération, de
Hollandais et Polonais, c’est‑à‑dire une armée de 260,000
hommes en Allemagne et 150,000 hommes en Italie, et, au total, au delà de
400,000 hommes à diriger contre la maison d’Autriche, si celle-ci voulait
bouger. Je
désire que vous m’envoyiez cette situation : elle indiquera en encre
jaune ce qui est en projet, en encre noire ce qui existe, et en encre rouge
ce qui doit être envoyé à la conscription de 1809. Entendez‑vous
avec le général Dejean pour que mes troupes ne manquent pas
d’habillements et ma cavalerie de harnachements. D’après
la minute. Archives de l’Empire. 1086.
‑ ORDRES A NEY ET AU GÉNÉRAL LAPISSE DE SE
MAINTENIR A ASTORGA ET A BENAVENTE. A
ALEXANDRE, PRINCE DE NEUCHATEL, MAJOR GÉNÉRAL, A
BENAVENTE. Benavente,
4 janvier 1809. Mon
Cousin, vous ferez connaître au général Lapisse qu’il est sous les
ordres du major général ; qu’il doit rester à Benavente, où il formera
un corps d’observation ; qu’il cantonne ses troupes à Benavente et
aux environs, pour se reposer et rétablir l’ordre et la discipline.
Qu’il forme un magasin de farine
pour 100,000 rations de pain, et qu’il ait toujours 20,000 rations
de pain de faites ; qu’il réunisse tous ses caissons et fasse faire du
biscuit, pour que suivant les circonstances, il soit prêt à se porter
partout. Qu’il fasse réparer les caissons et prenne les mules qu’ont
les soldats pour en renforcer les attelages. Il aura sous ses ordres la
brigade de dragons du général d’Avenay qui est à Toro, et celle du général
Maupetit qui est à Zamora. Ces deux brigades sont chargées de désarmer
ces provinces, de soumettre les villes et d’y faire publier mes
proclamations. Elles correspondront avec le major général et avec le général
Lapisse, afin qu’en cas de besoin il puisse les soutenir avec de
l’infanterie. Vous
ferez connaître au maréchal Ney que mon intention est qu’il reste à
Astorga, qu’il organise le pays et les magasins, où il tiendra toujours
100,000 rations de farine et 20,000 rations de pain, et qu’il fasse faire
du biscuit pour les caissons ; que je donne ordre qu’il soit formé à
Astorga un dépôt de cavalerie, pour y réunir les chevaux écloppés qui
sont en Galice : qu’il désigne un emplacement pour établir ce dépôt ;
qu’il se charge de garder les défilés qui joignent la Galice au royaume
de Léon, et établisse des postes pour que la correspondance soit rapide ;
qu’il ait toujours des officiers de son état‑major auprès du maréchal
Soult, pour être instruit et à même de se porter où il serait nécessaire,
si les Anglais, au lieu de se rembarquer, débarquaient de nouvelles
troupes. NAPOLÉON. D’après
l’original. Dépôt de la guerre. 1087.
‑ PROJET D’UNE CAMPAGNE EN ANDALOUSIE ; INSTRUCTIONS
ET AVIS DIVERS. A
JOSEPH NAPOLÉON, ROI D’ESPAGNE, AU PARDO. Valladolid,
11 janvier 1809, midi. Mon
Frère, je reçois votre lettre du 8 janvier. J’espère que le maréchal
Victor se sera mis en marche le 9. Vous avez vu, par ma lettre d’hier et
par les ordres qui vous ont été envoyés avant‑hier, que je désirais
que la division Dessolle se reposât à Madrid. Si le maréchal Victor
avait besoin d’être soutenu, ce que je ne puis croire, il pourrait être
soutenu par le général Valence ; mais, avec l’infanterie qu’il a, la
division Latour‑Maubourg, le 26è de chasseurs et le 2è de
hussards, il a dix fois ce qu’il faut. Cependant un millier d’hommes,
placés à Aranjuez pour garder le pont et maintenir les communications,
pourraient être utiles. J’y avais destiné la brigade hollandaise, mais
elle a eu ordre depuis de se rendre à Talavera de la Reina avec la division
Leval. Alors un des régiments du général Valence, qui sont arrivés
depuis plusieurs jours à Tolède, étant reposé, peut, avec 3 ou 400
hommes de cavalerie, se porter sur les derrières du maréchal Victor et
garder ses communications. Je
pense que vous avez bien fait de ne pas aller au corps d’expédition
contre l’Infantado. Cette expédition n’a pas un but certain. L’Infantado
se retirera sur Valence, et l’issue n’en produira rien. Vous auriez
donc mal fait de vous y porter. Puisque vous avez le désir bien naturel
d’assister à une expédition, celle où vous devez vous trouver est
celle d’Andalousie ; mais elle ne peut pas se faire avant vingt jours
d’ici. Alors, avec deux bons corps formant une quarantaine de mille
hommes, vous surprendrez l’ennemi par une route inattendue et vous le
soumettrez. C’est l’opération qui finira les affaires d’Espagne :
je vous en réserve la gloire. Faites
faire une tête de pont à Almaraz. Procurez-vous des mulets ou des bœufs
pour atteler un équipage de douze pièces de 24. Écrivez à Somo-Sierra
pour faire venir les six pièces qui y sont encore. Faites mettre sur des
charettes les mortiers. Ce petit équipage vous est nécessaire pour prendre
Séville. La
copie de la lettre du sieur Fréville serait juste si ces blés devaient être
vendus ; mais, puisqu’ils sont d’abord destinés à nourrir l’armée,
il faut d’abord les prendre. Je fais écrire dans ce sens à
l’intendant. Je verrai avec plaisir que tout ce qui a été pris aux
rebelles soit employé aux besoins de l’armée. Je
suis obligé de me tenir à Valladolid pour recevoir les estafettes de Paris
en cinq jours. Les événements de Constantinople, la situation actuelle de
l’Europe, la nouvelle formation de mes armées d’Italie, de Turquie et
du Rhin, veulent que je ne m’éloigne pas davantage. C’est bien à
regret que je me suis vu forcé de partir d’Astorga. Il
y a à Madrid un millier d’hommes appartenant à ma Garde ;
envoyez-les-moi. Voici
les dernières nouvelles de Galice. On n’a eu aucune espèce de nouvelles
de la Romana. La plupart des colonels ont licencié leurs troupes ; une
partie file en Andalousie, les autres s’en vont avec les Anglais. Les
canonniers espagnols n’ont pas voulu remettre leurs canons aux Anglais. Le
8, l’ennemi occupait, par une arrière-garde, Lugo. Le duc de Dalmatie était
depuis le 6 en présence. L’infanterie est arrivée le 7. La division
Marchand était à mi-chemin de Villafranca à Lugo, pour soutenir le duc de
Dalmatie. Vous
pouvez faire votre entrée à Madrid quand vous le jugerez convenable. Je
suppose qu’aujourd’hui 11 le duc de Danzig est arrivé, que le 13
Talavera de la Reina sera occupé, et que Victor aura éloigné et dissipé
les craintes ridicules qu’inspire l’Infantado. Si cela est, vous pouvez
faire votre entrée le 14. Que toutes les troupes soient sous les armes et
que les habitants viennent vous recevoir dehors, avec les cérémonies
d’usage. Allez occuper le palais ; laissez-y un appartement pour moi,
dans le cas où cela ne vous gênerait pas trop. Ne
vous exposez à aucun événement militaire, hormis l’expédition d’Andalousie,
qui ne peut être faite qu’après les pluies. Que faut-il préparer ?
du biscuit et l’équipage de pièces de 24 et de mortiers. Occupez-vous de
cela tous les jours. Cette opération aura de l’éclat. Pour le biscuit,
il vous faut 300,000 rations, faites-en faire à Tolède et à Talavera.
J’ai 300 caissons de transports militaires qui les porteront. Aussitôt
que le général Lapisse aura fini à Zamora, je le ferai marcher sur Salamanque,
qui est encore en révolte et où il y a 3 ou 4,000 hommes. Faites
donc pendre une douzaine d’individus à Madrid ; il n’y manque point de
mauvais sujets ; sans cela il n’y aura rien de fait. Les 3,000 prisonniers
espagnols qui sont à Valladolid ont fort dégrisé ce pays‑ci par
leur présence et par leurs propos. Les prisonniers anglais arrivent par
gros convois. Je
vous recommande la province d’Avila. Envoyez‑y un intendant. Ce
misérable Pignatelli n’a pas dix hommes avec lui. Un bataillon de 400
hommes du régiment de Royal‑Étranger sera là à merveille. Cela
servira d’ailleurs à établir la correspondance entre Salamanque et
Madrid, lorsque la division Lapisse sera arrivée dans cette ville. Il
paraît que le chargé d’affaires d’Espagne, qui était à Vienne, a
quitté cette ville et s’en est allé par Trieste. Il
serait essentiel que vos ministres ne jetassent pas l’argent pour payer
vos agents à l’étranger, hormis celui qui est en Russie, qui se comporte
bien. NAPOLÉON. D’après
l’expédition originale comm. par les héritiers du roi Joseph. 1088.
- ORDRE D’OBSERVER LES AUTRICHIENS ; PRÉCAUTIONS
A PRENDRE. A
EUGÈNE NAPOLÉON, VICE‑ROI D’ITALIE, A MILAN. Valladolid,
13 janvier 1809, au soir. Mon
Fils, je reçois votre lettre, dans laquelle vous m’apprenez que les
Autrichiens forment des approvisionnements considérables à Goritz. Je
suppose que vous avez fait vérifier ce fait pour savoir à quoi vous en
tenir. Il me paraît extraordinaire que les Autrichiens réunissent des
approvisionnements si près de nous ; ils auraient donc pris une étrange
confiance : il est vrai qu’ils ont commis déjà bien des extravagances.
Ils me croient occupé loin d’eux ; ils seront bien attrapés lorsque,
dans quelques jours, ils sauront que je suis à Paris et que mes troupes rétrogradent.
Ici, les Anglais battus et acculés à la mer ont achevé de dessiller les
yeux. Je suppose que Palmanova est parfaitement approvisionnée, c’est là
le principal. Pour peu que des troupes autrichiennes viennent à
s’approcher de l’Isonzo, ordonnez sur‑le‑champ que la place
soit réarmée. Je suppose aussi que vous avez réuni à Palmanova une
certaine quantité de biscuit, suffisante pour servir
d’approvisionnement extraordinaire à l’armée. Faites écrire par les
colonels aux majors, et vous‑même écrivez aux commandants des
divisions militaires, pour qu’on presse l’habillement et le départ
des hommes disponibles qui sont aux dépôts. Les divisions Boudet et
Molitor sont à Lyon, qui se reposent. Du moment que la saison aura fléchi,
je les enverrai en Italie ; ce sera un renfort de sept régiments
d’infanterie et de quatre de cavalerie, et, en outre, de sapeurs et de
troupes d’artillerie. Je suppose que le roi
à Naples a renvoyé tout ce qu’il devait renvoyer dans la haute Italie.
Je vous ai écrit avant‑hier relativement à mon armée italienne ; je
suppose que vous pourrez disposer de 2,000 hommes d’infanterie de ma
Garde, de 16,000 hommes d’infanterie de ligne, tous à l’école de
bataillon, ce qui pourra me former deux bonnes divisions, plus 2,000
chevaux, à peu près, et qu’au total mon armée italienne pourra
m’offrir une force de 20,000 hommes environ. Écrivez
au général Marmont tout ce que vous apprenez des Autrichiens, mais écrivez‑le‑lui
en chiffre ; marquez‑lui que, si les hostilités viennent à
commencer, il doit centraliser ses forces sur Zara, approvisionner cette
ville et manœuvrer de manière à opérer sa jonction du côté de Laybach. NAPOLÉON. D’après
la copie comm. par S. A. I. Mme la duchesse de Leuchtenberg. 1089.
- PROJET D’UNE NOUVELLE ORGANISATION DE LA GARDE IMPÉRIALE. Valladolid,
14 janvier 1809. On s’arrête au
projet suivant : Former
un seul régiment de grenadiers à deux bataillons, chaque bataillon composé
de quatre compagnies de 200 hommes ; ce qui fait 1,600 grenadiers ;
c’est à peu près le même nombre qu’aujourd’hui ; et, comme les
grenadiers coûtent extrêmement cher, ce serait une grande économie. On
pourrait toujours en amener à la guerre 1,200, et les maintenir à ce
nombre pendant le cours de la campagne. Former de même un seul régiment de
chasseurs. Ces deux régiments sont en Espagne. Laisser
les deux régiments de fusiliers comme ils sont, et, des cadres du second régiment
de grenadiers, former un régiment de grenadiers‑conscrits de la
Garde, payé comme l’infanterie de ligne, hormis les officiers et
sous‑officiers, qui seraient de la Garde. Faire de même, avec le
cadre du second régiment de chasseurs, un régiment de conscritschasseurs. On
aurait donc : un régiment de grenadiers, un régiment de
fusiliers‑grenadiers, un régiment de conscrits‑grenadiers, un régiment
de chasseurs, un régiment de fusiliers‑chasseurs, un régiment de
conscrits‑chasseurs ; total, six régiments, douze bataillons,
vingt‑quatre compagnies, ou 9,600 hommes. Si le mot conscrits
était d’un mauvais effet, on pourrait se servir du mot tirailleurs. On suppose
qu’en maintenant constamment à la guerre ces régiments à 1,200 hommes
chacun, on aurait toujours en ligne 7,200 hommes présents sous les armes,
et à Paris un dépôt de 2,400 hommes pour la garde des palais et pour le
repos des hommes fatigués. C’est là la meilleure manière. Un bataillon
de 800 hommes effectifs, c’est‑à‑dire de 600 hommes présents
sous les armes, est suffisant. Les
fusiliers ont déjà un mauvais pli : c’est d’être, entre la Garde et
la ligne, un corps intermédiaire qui coûte le double de la ligne. Il
vaut bien mieux former un corps de tirailleurs qui ne coûte pas plus que la
ligne. Le pli est déjà fait : c’est le dépôt des conscrits de la Garde
à Paris. Restera donc à former les deux nouveaux régiments dont les
cadres doivent être de 3,200 conscrits ; ce nombre existe à peu près au dépôt
de la Garde à Paris La
Garde actuelle n’est, je crois, que de 7,000 hommes ; je vais la porter à
9,600, et il serait possible qu’elle ne me coûtât pas davantage, car
3,200 simples fantassins ne doivent pas coûter beaucoup plus que 800 des
anciens soldats que j’ai dans la Garde. En temps de paix, c’est une
assez belle récompense pour l’armée que d’avoir 3,200 places dans ma
Garde. En temps de guerre, je tirerai toujours plus de profit des fusiliers
et des tirailleurs que des grenadiers et des chasseurs, qu’on craint
d’exposer parce qu’ils sont trop précieux. D’après
la minute. Archives de l’Empire. 1090.
‑ INSTRUCTIONS A DONNER A MARMONT EN CAS DE
GUERRE AVEC L’AUTRICHE. A
EUGÈNE NAPOLÉON, VICE‑ROI D’ITALIE, A MILAN. Valladolid,
14 janvier 1809. Mon
Fils, vous enverrez de ma part l’ordre suivant au général Marmont ;
vous aurez soin de le lui envoyer en chiffre, et de le faire porter par un
officier intelligent et sûr ; quelques jours après vous lui en enverrez
le duplicata. Vous lui enverrez, mais sans les mettre en chiffre, les
bulletins des affaires d’Espagne, le détail de nos avantages, et
l’avis que je suis sur mon retour, que ma Garde et une partie de mes
troupes rétrogradent en ce moment, parce que les affaires d’Espagne sont
finies. Voici
ce qu’il faut mettre en chiffre : « L’Empereur m’écrit
de son quartier général de Valladolid, en date du 14 janvier, et me charge
de vous envoyer les instructions suivantes. La maison d’Autriche fait des
mouvements ; le parti de l’impératrice paraît vouloir la guerre. Nous
sommes toujours au mieux avec la Russie, qui probablement ferait cause
commune avec nous. Si les Autrichiens portaient des forces considérables
sur l’Isonzo et la Dalmatie, l’intention de l’Empereur est que son armée
de la Dalmatie soit disposée de la manière suivante : Le quartier général
à Zara avec toute l’artillerie de campagne, le 8è, le 18è
d’infanterie légère, le 5è, le 11è et le 81è de ligne, les cavaliers
et les vélites royaux, s’ils ne sont pas déjà passés en Italie, le 23è,
le 60è et le 79è, formant, avec le peu de cavalerie qu’il y a,
l’artillerie et les sapeurs, en tout 17,000 hommes. Tous les hôpitaux que
l’armée peut avoir en Dalmatie, concentrés à Zara. Une compagnie
d’artillerie française aux bouches de Cattaro ; une compagnie
d’artillerie française à Raguse. Tous les sapeurs de l’armée de
Zara ; un officier supérieur du génie avec deux ingénieurs et une
escouade de 15 sapeurs à Zara ; autant aux bouches de Cattaro. Une
compagnie d’artillerie italienne à Cattaro, une compagnie italienne à
Raguse, de sorte qu’il y aura près de 200 hommes d’artillerie dans
chacune de ces deux places. Le 3è bataillon du régiment de Dalmatie aux
bouches de Cattaro ; le 3è bataillon d’infanterie légère italienne
aux bouches de Cattaro ; ce qui fera 1,000 hommes qui, avec 200 canonniers
et sapeurs, feront une garnison de 1,200 hommes. Le 4è bataillon du régiment
de Dalmatie à Raguse ; un bataillon français de 600 hommes à Raguse ; ce
qui fera une garnison de 12 à 1,300 hommes à Raguse. Un général de
brigade à Raguse, un général de brigade à Cattaro. Une garnison de 1200
hommes à Castelnovo, pour la défense du fort, prise sur ce qu’on laisse
à Cattaro. On aura soin d’approvisionner ce fort, les bouches de Cattary
et Raguse pour six mois de vivres. Il faudrait réunir également dans ces
places des approvisionnements suffisants en poudre, munitions et tout ce
qui peut être nécessaire pour leur défense. Dans cette situation de
choses, l’armée de Dalmatie, qui a 20,000 hommes présents sous les
armes, non compris les hommes qui sont aux hôpitaux, aurait 1,200 hommes à
Cattaro, 1,200 hommes à Raguse, 400 hommes de plus soit à Raguse, soit à
Cattaro, et 17,000 hommes réunis sous Zara. Cette dernière place
serait aussi approvisionnée pour six mois. «
Le général Marmont, avec ses 17,000 hommes, doit prendre position sur la
frontière pour obliger les Autrichiens à lui opposer d’égales troupes,
et manœuvrer de manière à opérer sa jonction autant que possible. En cas
d’échec, il peut se retirer sur son camp retranché de Zara, derrière
lequel on doit pouvoir se défendre un an. Le général qui sera chargé de
la défense des bouches de Cattaro doit former un bataillon de Bocchèses,
des plus fidèles, pour aider à la défense du pays. Le général qui reste
en Dalmatie doit de son côté organiser un semblable bataillon, composé de
gens du pays. Et si le général Marmont entrait en Allemagne, il laisserait
une compagnie de chacun de ses régiments, composée des hommes malingres
et écloppés, mais commandée par de bons officiers. Il laisserait en
outre un régiment pour la garnison de Zara, et avec le reste il prendrait
part aux opérations de la campagne ; bien entendu que ce régiment
assistera aux batailles qui seraient données avant la jonction ; 12 ou
1,500 hommes des dépôts suffiront dans ces premiers moments pour garder la
Dalmatie ; mais, une fois la jonction opérée, ce régiment rétrograderait
pour venir assurer la défense de Zara et de la province. Par cette
disposition du général Marmont, l’armée active en Italie se
trouverait augmentée de 15,000 hommes des meilleures troupes de France. «
L'instruction à donner aux commandants de Cattaro et de Raguse doit être
de défendre le pays autant que possible, mais de se restreindre à la défense
des places, du moment qu’il y aurait un débarquement et que l’ennemi
se présenterait trop en force. Ceci est une instruction générale qui doit
servir dans tous les temps, quand le général Marmont ne recevrait plus
d’ordres, toutes les fois que ses courriers seraient interceptés, et
qu’il verrait les Autrichiens se mettre en hostilité, chose cependant
qu’on a encore peine à croire. Dans cette situation, si les bouches de
Cattaro et de Raguse étaient bloquées, elles devraient correspondre avec
Ancône et Venise par mer, et pourraient être assurées qu’avant huit
mois elles seraient dégagées. En conséquence, il est indispensable de
munir de poudre et de boulets les bouches de Cattaro et de Castelnovo, et
d’approvisionner ces deux places en biscuit, en blé, en bois, qui sont
les objets principaux. Il est également nécessaire qu’il y ait une
grande quantité de blé, de farine et de biscuit à Raguse, pour le même
objet. L’intention de l’Empereur est que ses troupes
ne soient point disséminées ; elles ne doivent occuper que les
points de Raguse, Cattaro, Castelnovo et Zara. Dans le cas où l’armée de
Dalmatie se porterait en Allemagne, il faut préparer des mines pour faire
sauter les châteaux fermés qu’il peut y avoir dans le pays, et qui
donneraient de la peine à reprendre quant l’armée rentrera. Les gardes
nationales seraient suffisantes pour garder les côtes pendant tout le
temps que l’armée marchera contre l’ennemi, dont les forces, occupées
ailleurs, ne pourraient rien tenter de ce côté. On voit, par le dernier
état du 15 décembre, qu’il y a Raguse et à Cattaro 14,000 quintaux de
blé, ce qui fait pour 4,000 hommes pendant plus d’un an ; cet
approvisionnement est suffisant. L’approvisionnement de Spalatro et
Sebenico serait porté sur Zara ; ce qui ferait 5,000 quintaux à Zara,
c’est‑à‑dire pour 5,000 hommes pendant cent jours, et de
plus le biscuit qui rendrait cet approvisionnement plus que suffisant ; mais
il faut avoir soin que ce blé soit converti en farine, afin de n’éprouver
aucun embarras ni obstacle dans les derniers moments. A tout événement,
ce serait une bonne opération que de réunir sur Zara 10,000 quintaux de blé,
en faisant en sorte, cependant, que les fournisseurs soient chargés de la
conservation, et que cela ne se perde pas. » NAPOLÉON D’après la copie comm. par S. A. I. Mme la duchesse de Leuchtenberg. 1091.
‑ NOTES SUR LA DÉFENSE DE L’ITALIE. Valladolid,
14 janvier 1809. Palmanova
a un rôle défensif et offensif. L’armée française veut‑elle se
porter sur Laybach dans la Carniole ? Palmanova est son dépôt et la place
où se termine sa ligne d’opération ; ses parcs, ses malades, ses
magasins peuvent s’y réunir et s’y former ; en cas d’échec, l’armée
peut venir s’y réorganiser. Veut‑on, après avoir menacé
l’ennemi dans la Carniole et sur l’Isonzo, se porter par une marche de
gauche sur Klagenfurt, se réunir à l’armée d’Allemagne qui aurait
marché sur Salzburg ? Palmanova est encore important. Les troupes destinées
à former sa garnison forment le rideau qui masque, pendant deux jours,
ses mouvements à l’ennemi. Les bagages, les malades, les traînards se
renferment dans cette place. Dans cette seconde hypothèse, Osoppo joue un rôle
inverse de Palmanova ; si on veut se porter sur Klagenfurt, il sert de dépôt
à sa ligne d’opération ; si au contraire l’armée, après avoir menacé
de se porter sur Klagenfurt, livre bataille à l’ennemi qui est sur l’Isonzo,
tous les hommes laissés du côté de Tarvis pour masquer le mouvement se
retirent à Osoppo et en forment la garnison. Ainsi ces deux places sont
importantes pour la guerre, offensive. Mon intention pour 1809 est qu’on dépense
un million à Palmanova et qu’on dépense 200,000 francs à Osoppo. Si,
par des circonstances quelconques, l’armée d’Italie se trouvait trop
faible, et qu’elle fût abandonnée à ses propres forces, soit par
l’infériorité numérique, soit par suite d’une bataille perdue, la
place de Palmanova pourrait demander d’être défendue et occupée par un
peu de monde : 1,500 hommes de bonne infanterie et 1,000 sapeurs, mineurs
et dépôts seraient plus que suffisants ; 4 ou 500 hommes suffiraient à
Osoppo. Ainsi avec 3 ou 4,000 hommes, dont moitié serait de peu de jeu en
rase campagne, ces places importantes seraient gardées. C’est cette
considération qui a fait préférer l’établissement de simples lunettes
au tracé des ouvrages à corne ou à couronne qui avaient été proposés.
Les neuf lunettes ne demandent pas un homme de plus pour la défense de
Palmanova, au lieu que les ouvrages à corne ou à couronne auraient demandé
des forces indépendantes de la place ; c’est aussi ce qui a porté à désirer
que toutes les demi-lunes fussent revêtues. Mon opinion est qu’un ouvrage
en terre a quelquefois des avantages sur un ouvrage en maçonnerie, parce
que les boulets s’y enterrent ; mais l’avantage de la maçonnerie,
c’est de permettre une économie dans la garnison qui garde une place.
Cette considération, dans beaucoup de circonstances, est tellement
importante, que je désire voir toutes les lunettes revêtues. Quant à
Osoppo, j’ai adopté un camp retranché en terre, avec fossé plein d'eau
et chemin couvert, formant une simple couronne soumise à la domination de
la montagne. Le chemin couvert, ayant 600 toises de développement, peut
contenir douze bataillons, et l’intérieur du camp retranché, ayant 100
toises sur 300, peut contenir plusieurs divisions. Vu la faculté que
l’on a de remplir les fossés d’eau, toute maçonnerie devient inutile ;
il suffit de pratiquer quelques flèches dans le flanc de la montagne, qui
auront de la domination sur la tranchée et qui, probablement, ôteront à
l’ennemi l’envie d’attaquer ce camp retranché. Un des principaux
avantages de ce camp retranché, c’est de n’exiger que peu de monde de
plus qu’Osoppo. La montagne et un large fosse plein d’eau le défendent
suffisamment ; 100 hommes dans chaque bastion suffisent pour rendre toute
attaque impraticable. Ainsi donc avec 3,000 hommes de toutes armes et de
toutes espèces de troupes, Palmanova et Osoppo se défendront longtemps,
et, dans d’autres circonstances, tous les magasins de l’armée et 12, 15
ou 20,000 hommes peuvent trouver secours et protection sous le feu de ces
places. Une
fois obligé d’abandonner ces places, où doit‑on s’arrêter ? Ma
première idée fut pour la Piave, ce qui a donné lieu au mémoire que
j’ai dicté il y a six mois. Mais la Piave est guéable les trois quarts
de l’année, mais la Piave tournée peut donner lieu à de fausses manœuvres
du général français, mais enfin la Piave est fort loin de Mantoue, de
Peschiera, où se trouve le centre de la défense de l’Italie ; et la
crainte qu’on peut avoir, si l’ennemi tournait la ligne de la Piave sur
la gauche, de n’arriver qu’après lui devant ces places qui demandent
des garnisons si considérables, rendrait nécessairement moins hardi le général
français. Ce qui a dû fixer ma première idée sur la Piave, c’est que
la Piave couvre Venise, et qu’il faut perdre une bataille avant
d’abandonner ce grand arsenal, cette grande ville, et qu’il est bien
malheureux de faire un détachement de plusieurs milliers d’hommes pour
laisser une garnison dans Venise. Ces avantages sont majeurs, mais ne
serait‑il pas possible de donner à la ligne de l’Adige la même
propriété ? La ligne de l’Adige ne peut jamais avoir la propriété de
couvrir Venise, parce qu’elle n’est pas assez en avant ; mais on peut
tirer des eaux de la Brenta, de l’Adige et des torrents qui se jettent
dans l’une et l’autre de ces rivières, rassembler ces eaux et rendre le
terrain tellement impraticable entre l’Adige et la Brenta qu’il soit
impossible à l’ennemi de couper Venise de l’Adige, et dès lors il sera
obligé de passer l’Adige pour bloquer Venise. Il n’y a guère que deux
ou trois lieues de l’embouchure de la Brenta à l’embouchure de l’Adige
; le pays est déjà marécageux et impraticable. L’art de l’ingénieur
doit être de réunir toutes ces eaux, de s’en couvrir et d’établir un
poste de 3 ou 400 toises de développement défendu par les eaux, qui soit
inabordable et qui protège un chemin qui aille sur l’Adige et à
Chioggia, de manière qu’il soit impossible à l’ennemi de bloquer
Venise sans passer l’Adige ; et peut‑être trouvera‑t‑on
dans ce système le meilleur moyen de fortifier Brandolo. C’est là le
premier travail qu’il faut faire ; il faut que le terrain entre la Brenta
et l’Adige, déjà marécageux, le devienne davantage, au point qu’il y
ait impossibilité absolue de pénétrer avant de s’emparer du poste défendu
par les eaux, et si difficile lui‑même à enlever. Cela une fois posé,
l’armée française a tous les avantages : un courant d’eau considérable
et extrêmement rapide, des digues sur la rive droite qui rendent facile sa
défense, une grande proximité de Mantoue et de Peschiera, l’existence
d’une place centrale déjà considérable, Legnago. Par cette ligne,
Mantoue, Peschiera, Legnago, qui ont été placées par le hasard, qui étaient
décousues et sans système entre elles, s’aident, ne font qu’un tout,
et réunissent leur sphère d’activité pour la défense de l’Italie. Dans
cette situation, il faut fortifier l’Adige, et la place de Legnago existe.
On propose de faire, cette année 1809, à Porto‑Legnago, 200,000
francs de dépense pour améliorer cette partie de la place ; le chemin de
Legnago à Padoue et de Legnago à Mantoue doit être tenu dans le meilleur
état. Les ingénieurs des ponts et chaussées du royaume d’Italie
doivent avoir l’ordre de mettre en état cette route, qui doit être celle
des opérations de l’armée. En 1809, le vice‑roi doit y faire dépenser
des sommes importantes. Supposons que l’ennemi, après avoir forcé le
Tagliamento et la Piave, se porte sur Padoue et sur Vicence ; il peut
vouloir se porter sur Vérone, mais il n’a pour cela qu’un seul chemin ;
il faut qu’il passe à Villanova. De Villanova à Arcole il n’y a
qu’une lieue et demie ; en établissant à Arcole une place forte, en
forme de tête de pont, qui rende toujours l’armée française maîtresse
de passer à Ronco et de déboucher sur Villanova en une heure de temps,
jamais l’ennemi n’osera s’avancer sur Vérone ; la cavalerie légère,
les hussards et les coureurs pourront seuls s’y hasarder. Mon intention
est de destiner 200,000 francs pour la place d’Arcole, dans l’année
1809. J’en ai fait faire sur le plan le tracé tel que je le désire ; le
tracé du général Chasseloup ne m’a pas paru convenable. Outre
l’avantage d’empêcher l’ennemi de se porter sur Vérone, la place
d’Arcole a encore celui d’empêcher l’ennemi d’occuper la position
de Caldiero, que l’ennemi a déjà occupé deux fois avec succès. Arcole
doit être en terre ; les eaux doivent en faire la défense. Il ne doit
point y avoir de maçonnerie, ou peu ; il faudra un pont sur pilotis au
point marqué au plan ; indépendamment de ce pont, il faudra un chemin
qui conduise à Villanova, tant pour la facilité du commerce du pays que
pour rendre plus faciles les mouvements de l’armée sur Villanova. L’Alpone
passe près de Villanova ; s’il était possible, sans des dépenses trop
considérables, d’écluser le pont de l’Alpone, de manière à faire
refluer ses eaux jusqu’à Villanova, et qu’il y eût six à sept pieds
d’eau, on pourrait alors construire une redoute de 35 toises de côté, en
maçonnerie, sur la hauteur, laquelle battrait la route, défendrait les
ouvrages en terre qui seraient derrière l’Alpone, et ferait que la
garnison d’Arcole appuierait ses postes jusqu’à Villanova et laisserait
une centaine d’hommes dans la redoute de gauche. Alors même les troupes
légères ne pourront se porter sur Vérone. Cette deuxième partie demande
à être étudiée, mais le succès ne fait rien à la chose ; ce serait
pour la tranquillité de cette grande ville de Vérone ; car enfin, quand même
l’ennemi s’y présenterait, il serait arrêté devant Peschiera, et, la
ligne d’opération de l’armée française étant sur Mantoue, cette
crainte d’avoir l’ennemi à Vérone ne pourrait pas sérieusement ébranler
la résolution du général français. Après
Arcole et Legnago, une on deux autres places paraissent être utiles entre
Legnago et Venise ; une à peu près dans la direction du grand chemin de
Padoue à Ferrare, vers Anguillara, peut‑être un poste à Castelbaldo
; mais cette place ou ces deux places doivent tirer leur principale force
des eaux, doivent être des places de campagne, ayant la propriété de
pouvoir contenir l’ennemi sur la rive gauche s’il le fallait, ou de
pouvoir être abandonnées à leur propre force avec 400 ou 500 hommes,
s’il le fallait, dans une autre hypothèse. J’accorde
100,000 francs pour chacune de ces places. Cette année, les projets en
seront faits et me seront présentés dans le mois de février. Arcole,
Legnago, Castelbaldo, Anguillara on tous autres postes étant établis, il
faut qu’il y ait sur chacun des points un pont sur pilotis ou de bateaux.
Un pont sur pilotis à Anguillara sera d’une grande utilité pour le
commerce ; un pont de bateaux à Castelbaldo, en temps de guerre, pourra être
suffisant. L’armée
ayant quatre débouchés sur l’Adige, appuyant sa droite à Malghera
convenablement fortifié, sa gauche à la place d’Arcole, son front couvert
par l’inondation existant entre la Brenta et l’Adige, que fera
l’ennemi ? S’il se porte sur Vérone, toute l’armée débouche par
Arcole, le prend en flagrant délit. S’il masque chacun de ces quatre
points, on débouche au moment inattendu par un d’eux, et on culbute
successivement les divers corps, comme des capucins de cartes. Enfin, s’il
remonte la Brenta pour arriver à Trente et se porter sur Monte‑Baldo
et Vérone, appuyant sa ligne d’opération dans le Tyrol, il fait alors un
détachement de huit à dix jours d’absence ; il s’affaiblit d’autant
; s’il est peu considérable, il n’est d’aucune considération, peu
d’hommes à Rivoli l’arrêteront et le culbuteront ; s’il est considérable,
il affaiblit d’autant son armée. L’ennemi
établit‑il son quartier général à Padoue et
cherche‑t‑il à passer l’Adige entre Legnago et Arcole ? Mais
alors, abandonnant une légère garnison à Arcole et dans les autres
places, l’armée peut déboucher au pont d’Anguillara, ou même se jeter
dans Venise, et, par Brandolo ou par Malghera, déboucher sur tout ce qui
bloque cette place, intercepter les
communications dans toutes les directions, et mettre cette armée
dans la position la plus dangereuse. Quelque chose que fasse l’ennemi, le
terrain est disposé de manière qu’avec la moitié des forces et égalité
de talent tout est facile au général français, tout lui présage et lui
indique la victoire ; tout est difficile et scabreux pour l’ennemi.
C’est le seul avantage que les fortifications puissent offrir à la
guerre. Comme les canons, les places ne sont que des armes qui ne peuvent
remplir seules leur objet, elles demandent à être bien employées et bien
maniées. On sent que, pour ces opérations, il est nécessaire que les
communications depuis Ronco, par la rive droite de l’Adige, jusqu’à Anguillara
et Venise, soient soignées ; on doit les faire reconnaître et les tenir en
état, afin de pouvoir porter, pendant la nuit et en deux ou trois marches,
l’armée sur une de ses extrémités. Aucun général expérimenté et
prudent ne se hasardera devant ce grand rentrant de fortifications depuis
Ronco jusqu’à Allalghera, où l’armée française, manœuvrant derrière
les eaux, rend tout espionnage et communication impossible à l’ennemi, et
peut se trouver à tous les levers du soleil à trois marches sur ses derrières,
ou sur un de ses flancs, avec toutes ses forces réunies contre ses forces
à lui disséminées. Si l’on dit, mais l’ennemi prendra Arcole : Arcole,
environné d’eau, n’est pas facile à prendre. Si l’on dit, l’ennemi
prendra Legnago, qu’on croit encore plus important pour lui : on a fait le
plus bel éloge de la ligne qu’on propose, car, si elle n’est attaquable
qu’en prenant une place forte, le but est rempli. On ne peut espérer
d’une ligne que les avantages suivants : rendre la position de l’ennemi
tellement difficile, qu’il se jette dans de fausses opérations et
qu’il soit battu par des forces inférieures, ou, si on a en tête un général
prudent et de génie, l’obliger à franchir méthodiquement des obstacles
créés à loisir, et ainsi gagner du temps ; du côté, au contraire, de
l’armée française, aider à la faiblesse du général, rendre sa
position tellement indiquée et facile, qu’il ne puisse point commettre de
grandes fautes, et enfin lui donner le temps d’attendre des secours.
Dans l’art de la guerre comme dans la mécanique, le temps est le grand élément
entre le poids et la puissance. En
parlant de la ligne de l’Adige, on pourra dire que l’ennemi viendra par
Inspruck sur Trente ; mais alors l’ennemi se dégarnit devant d’autres
forces, et enfin les positions de Monte‑Baldo et de Rivoli ne laissent
rien à désirer. Est‑on maître de Rivoli ? L’ennemi ne peut
point se porter sur Vérone. Est-on maître de Monte‑Baldo ? Il ne
peut pas l’être de Rivoli. La nature a tout fait de ce côté et ne
laisse rien à désirer. Tout est fait dans le système où l’ennemi, maître
de Vérone, aurait passé l’Adige sans doute, mais sans avoir tourné
l’armée française ; car, en supposant l’hypothèse la plus exagérée
que l’ennemi ait son centre à Vérone, sa droite à Peschiera, sa gauche
à Trévise, l’armée française aurait sa droite à Venise, sa gauche à
Mantoue son centre à Legnago, et appuierait Peschiera et Arcole comme
vedettes. On sent que, dans cette hypothèse, l’avantage serait pour
l’armée française appuyée dans toutes ses extrémités à des places
fortes, manœuvrant à volonté entre elles contre des ennemis dont la
gauche, la droite et le centre seraient également en l’air et également
attaquables. Plus
nous réfléchissons sur cette position et plus nous pensons qu’avec
30,000 hommes en ne peut pas en craindre 60,000 de même valeur ; ou du
moins qu’on doit pouvoir gagner plusieurs mois. D’après
la copie comm. par S. A. I. Mme la duchesse de Leuchtenberg. 1092.
‑ INSTRUCTIONS POUR LE MAJOR GÉNÉRAL, AVANT
LE DÉPART DE NAPOLÉON POUR LA FRANCE. Valladolid,
15 janvier 1809. Après le départ
de l’Empereur, le Roi commandera l’armée. Le
major général restera à Valladolid jusqu’à ce qu’il apprenne que les
Anglais sont embarqués. Si, dans huit jours, ils ne l’étaient pas et
qu’il n’y eût rien de nouveau, il se rendra à Paris, s’il ne juge
pas sa présence nécessaire. Pendant le temps qu’il restera à
Valladolid, il continuera à donner des ordres au nom de l’Empereur. Si
le maréchal duc de Dalmatie éprouvait un échec, ce qui n’est pas à présumer,
et que cet échec ne pût être réparé par le corps du duc d’Elchingen,
le major général pourrait faire marcher la division Lapisse ; il tâchera
de correspondre avec Santander, en y envoyant 100 hommes d’infanterie,
afin de donner des nouvelles au général Bonet, qui depuis longtemps en est
privé. Le
major général renouvellera les ordres à Santander et à Burgos, pour
faire évacuer sur Bayonne les laines ainsi que les marchandises anglaises. Le
départ de l’Empereur ne sera pas mis à l’ordre ; on le fera connaître
directement et particulièrement aux ducs de Dalmatie, d’Elchingen et de
Montebello. Le Roi sera prévenu qu’il doit laisser ignorer, autant que
possible, le départ de l’Empereur à Madrid, en disant que Sa Majesté
a été à Saragosse. Le
général Lecamus restera à Valladolid, comme section détachée de l’état‑major
général ; il correspondra directement avec le Roi et avec le major général
à Paris. L’Empereur
laisse le commandement de sa Garde au duc d’Istrie, qui aura son quartier
général à Valladolid. La Garde ne fait pas partie de l’armée. Ce ne
sera que quand l’Empereur fera venir sa Garde et ses équipages que l’on
mettra à l’ordre que Sa Majesté a quitté le commandement de ses armées
en Espagne. Si
des circonstances forcées rendaient indispensable de faire marcher la
Garde, le major général est autorisé à le faire. Comme
le corps du duc de Dalmatie, tel qu’il est en Galice, et appuyé de deux
divisions du duc d’Elchingen, est assez fort pour chasser les Anglais,
l’Empereur désire que la division Heudelet ne dépasse pas Villafranca
jusqu’à ce que le duc de Dalmatie se soit mis en chemin pour Oporto, et
alors il faudrait qu’un régiment du duc d’Elchingen vînt à Astorga
pour garder les communications. Le
major général, tant qu’il sera à Valladolid, y fera la parade comme à
l’ordinaire, verra les hommes isolés. Il donnera l’ordre de faire
partir, le 15, les caissons de la 3è compagnie du 6è bataillon des équipages
militaires, chargés des effets des régiments du corps du maréchal duc de
Dalmatie ; il leur donnera une bonne escorte ; on retardera le départ
d’un jour, si on n’avait pas une escorte suffisante. Pendant
le temps que le major général restera à Valladolid, il enverra tous les
jours un courrier au Roi. Immédiatement
après le départ de l’Empereur, l’estafette sera établie de la manière
suivante. Il y aura à Madrid et à Valladolid un directeur de la poste. Le
directeur de Madrid ne fera pas partir l’estafette sans que
l’ambassadeur de France lui ait fait remettre directement ses dépêches,
lesquelles ne devront être mises dans la valise que par le directeur
lui‑même, sans être vues de personne ; il recevra aussi le paquet du
maître des requêtes Fréville, celui de l’intendant général de
l’armée ; quant au paquet du Roi, c’est le principal et le
premier. A Valladolid, le directeur ne laissera pas partir l’estafette
sans avoir pris les paquets du duc d’Istrie ; il ordonnera de prendre à
Burgos ceux du général Darmagnac et à Vitoria ceux du général Thiébault.
Le major général remettra à cet égard une note au directeur de
l’estafette et au général Nansouty. Le
major général chargera le général Thiébault de correspondre avec lui à
Paris et avec le maréchal duc d’Istrie à Valladolid ; et de même au général
Darmagnac à Burgos et au général Bisson, qui commande la Navarre. Le duc
de Montebello, qui commande devant Saragosse, recevra aussi le même ordre. Pendant
le temps que le major général restera à Valladolid, il enverra tous les
jours un de ses aides de camp au duc de Dalmatie, afin qu’il les lui réexpédie
ensuite toutes les fois qu’il y aura quelque chose d’important. Mais, au
moins tous les deux jours, ces aides de camp porteront les dépêches du duc
de Dalmatie au duc d’Istrie et même au Roi, en passant par Madrid, s’il
y avait quelque chose de pressé. Pendant
que le major général sera à Valladolid, il expédiera à Paris
successivement ses aides de camp revenus de Galice ; et, après son départ,
ils continueront leur route sur Paris, ayant auparavant remis les dépêches
adressées au duc d’Istrie Le
major général expédiera, tous les jours à peu près et lorsque les événements
l’exigeront, l’un des aides de camp des généraux attachés à l’Empereur,
pour Saragosse, afin que le duc de Montebello en expédie un pour Paris au
moins tous les trois jours, ou lorsque les circonstances l’exigeront. Pendant
le temps que le major général restera à Valladolid, il expédiera tous
les jours à Sa Majesté un de ses officiers il ordonnance avec les différents
rapports. Le
major général partira huit ou dix jours après l’Empereur, en profitant
des différents relais de Sa Majesté. Après le passage du major général,
tous les relais de l’Empereur seront réunis à Vitoria, sous la garde des
chasseurs et de la moitié de la gendarmerie d’élite, qui s’y rendra à
cet effet. Le
grand maréchal remettra au major général l’état des officiers
d’ordonnance et des aides de camp. Le major général pourra dès demain
en expédier sur Saragosse. Le
major général recommandera en parlant au duc d’Istrie de faire tous les
jours une parade comme le fait Sa Majesté, de visiter les hommes qui
passent, de leur donner du repos et de leur faire joindre en règle leurs
différents corps. D’après
la copie. Dépôt de la guerre. 1093. ‑ INVITATION AU
ROI DE BAVIÈRE A SE PRÉPARER A LA GUERRE. A
MAXIMILIEN ‑JOSEPH, ROI DE BAVIÈRE, A MUNICH. Valladolid,
15 janvier 1809. J’expédie
à Votre Majesté un de mes officiers d’ordonnance pour lui faire connaître
que je suis instruit que l’Autriche fait des mouvements ; ses démarches
paraissent dirigées par l’esprit de vertige et de folie,
avant‑coureur de la perte des États. Ayant détruit les armées
espagnoles et battu l’armée anglaise, j’ai jugé convenable de me
porter à Paris et de mettre en mouvement rétrograde une partie de mes
troupes. Dans cette situation de choses, j’écris directement à Votre
Majesté, parce que je désire bien connaître le nombre de jours qu’il
lui faudrait pour mettre ses troupes sur pied, infanterie, cavalerie,
artillerie, caissons, le nombre d’hommes et de chevaux qu’elle pourrait
fournir. La guerre ayant pour but de défendre ses frontières, il serait
bien à désirer que Votre Majesté pût mettre 40,000 hommes sous les
armes. Quand l’Autriche fait des efforts, il faut en faire pour garantir
la Bavière du malheur d’être envahie par ses éternels ennemis. Je prie
Votre Majesté de faire armer les forteresses de Passau, de Burghausen et de
Kufstein, d’y faire tenir une bonne garnison, de les faire approvisionner
pour trois mois de vivres, de munitions de guerre, poudre, etc. J’ai
autorisé le duc d’Auerstaedt à marcher sur le Danube avec 80,000 hommes,
parmi lesquels mes belles divisions de cuirassiers, et deux cents pièces de
canon, si Votre Majesté le demande et si les circonstances devenaient
urgentes. Je n’en désire pas moins que le corps du général Oudinot se
porte dès à présent à Augsbourg, où il sera à mes frais. Des
compagnies que j’envoie de France vont porter ce corps à 30,000 hommes.
Il peut attendre là que les neiges soient fondues et que le passage soit
ouvert pour se rendre en Italie. Ce corps, qui n’est aujourd’hui que de
12,000 hommes, mais qui sera de 30,000, serait utile à Augsbourg pour
donner de la confiance à vos sujets, à votre armée, et en imposer un
peu à l’Autriche. Si telle est l’opinion de Votre Majesté, je la prie
d’en parler au sieur Otto, auquel je fais connaître mes intentions. D’après
la minute. Archives de l’Empire. 1094.
‑ DÉCISION CONCERNANT UN GÉNÉRAL MIS EN RETRAITE SUR SA DEMANDE ET
RÉCLAMANT DE NOUVEAU DU SERVICE. Paris,
28 janvier 1809. Le
général Clarke, ministre de la guerre, fait un rapport l’Empereur
concernant le général Beker, récemment mis à la retraite sur sa demande
et réclamant de nouveau du
service. Le ministre propose de lui confier le commandement de la 25è
division militaire.
Il
me faut représenter la lettre qu’a écrite cet officier général. S’il
est vrai qu’il ait demandé un congé et, si on ne le lui accorde pas, sa
retraite, c’est un acte d’insubordination que je ne puis souffrir. La
carrière militaire est trop glorieuse, et je récompense trop bien ceux
qui m’y ont servi, pour qu’il soit permis de s’y conduire de la
sorte. J’estime cet officier sous plusieurs rapports, et je n’aurais
point pris cette décision sans des motifs graves ; je ne m’en souviens
pas en ce moment. Je n’entends pas accoutumer les officiers à demander
leur retraite dans un moment d’humeur, et à redemander du service quand
cette humeur est passée. Ces caprices sont indignes d’un honnête homme,
et la discipline militaire ne les comporte pas. D’après
l’original. Archives de l’Empire.
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